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L'enfant qui ne sourit pas JGobert

L’enfant qui ne sourit pas

Est un véritable mystère, une énigme

Pour ses parents et sa famille.

Accueilli avec tout l’amour de la terre

L’enfant qui ne sourit pas

 Reste de glace et toise de son regard froid

Le visage aimant de sa maman et sa famille.

L’enfant qui ne sourit pas

 Contemple la vie devant lui

Comme venu d’un autre monde

Où les rires ne sont pas inscrits.

L’enfant qui ne sourit pas

Est beau comme une statue de marbre blanc

Où l’amour jaillit sur lui, ne faisant que passer

Et laisse des traces chagrines

L’enfant qui ne sourit pas

Est doux comme la délivrance du monde

Son regard se pose parfois pénétrant

Sur l’amour de l’univers sans sourire.

 

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des amours de province

Suite. La suite à demain.

                 3

 

Pierre  avait rencontré Béatrice à plusieurs reprises au café de la gare. Il avait l’âge où les conquêtes féminines sont des préoccupations majeures. 

C’était un bâtiment réparti en deux ailes séparées par un couloir d’accueil. Au bout du couloir, à proximité du comptoir de la réception, se trouvait d’un côté une porte vitrée ouverte sur une brasserie et de l’autre l’entrée de l’hôtel et de l’ascenseur qui menait aux étages. Pour des aventures clandestines, c’était un hôtel très pratique. Un couple pouvait se rendre à la brasserie, homme et femme séparément, sous l’œil indifférent d’un passant ou de quelqu’un qui aurait pu les connaitre. Et se retrouver dans une chambre réservée.

A chaque fois, Béatrice s’y trouvait la première, étendue sur le lit, nue à l’exception de sa culotte. C’est lui qui lui ôtait la culotte, premier geste d’un rituel érotique qu’ils avaient éprouvé tous les deux la première fois. Leurs fantasmes se fondaient dans un fantasme commun qui exacerbait leur sensualité.

Béatrice éprouvait un sentiment étrange, mélange de culpabilité et de jouissance. Le bonheur parce que c’est elle que Pierre caressait en haletant, culpabilité parce qu’elle était la rivale triomphante de sa fille.

Aujourd’hui en face de Jacques c’est à Julie que Pierre pensait. Béatrice, la maîtresse du jeune homme qu’il avait été, avait complètement disparu de sa mémoire.

- Il n’y a donc personne ?

Le café se remplissait à nouveau. On attendait un autre convoi funèbre. Jaques se leva.

- Tu rentres chez toi ou tu restes en ville ? Tu vas saluer ton père ? Peut être que nous nous reverrons si tu restes quelques jours.

- C’est ça.

Jacques  avait posé la main sur son épaule. Un geste qui n’exprimait rien de particulier. Un peu de compassion ? Un vague salut ?

- A bientôt, Pierre.

Pierre avait réservé une chambre à l’Hôtel de la Cathédrale puis il s’était promené au hasard. Il avait envie de retrouver cette ville qu’il connaissait cependant depuis toujours. Une ville qui ressemblait à une olive et que l’Escaut partageait en son milieu. Une ville qui ressemblait à de nombreuses villes et dont des sites très anciens constituaient l’attrait des touristes.

C’est la nuit souvent que les villes révèlent leur véritable visage lorsqu’on en fait le tour à pieds sans raison précise. Les arbres des parcs, on dirait qu’ils ne respirent que la nuit, à peine si on les regarde durant le jour. Le fleuve, c’est la nuit qu’on l’entend, le jour ce sont les chalands et le coup de trompe de ceux qui se croisent mais on y fait peu attention. Les villes ne sont pas des êtres humains mais comme eux ils ont un double visage, celui du jour et celui de la nuit.

Souvent, il en est de même avec des femmes qu’on croyait sans surprise. On associe souvent l’image d’une ville à celui d’une femme. Toutes les deux ont leur mystère et leur jardin secret.

Celui de Pierre se trouvait sur une des rives de l’Escaut. Celle où les jeunes garçons emmènent les jeunes filles pour y échanger maladroitement de premiers baisers mouillés. Ou le cinéma de la rue Saint-Brice, un ancien théâtre dont le projecteur tremblotait lorsque le projectionniste avait bu une bière de trop. Les sièges du fond étaient occupés en priorité par des garçons accompagnés. L’ouvreuse ne les balayait jamais de sa torche lumineuse.

D’autres souvenirs encore dont il ne savait plus s’ils étaient réels ou imaginaires le traversaient. Dieu seul sait quel passé, il voulait reconstituer. Un passé que les jeunes gens sont les seuls à connaitre mais dont plus tard ils ne se souviennent plus.

Vers sept heures, il se rendit rue des Jésuites, une rue étroite aux maisons bourgeoises, à la façade discrète mais cossue dont la plupart se ressemblaient. René y avait vécu dans ce qui avait été une maison de maître. Le président  Halloy  y vivait depuis le jour de son mariage. Lorsque sa femme était morte, il avait songé à la quitter puis parce qu’on n’abandonne pas son chagrin en abandonnant sa maison, il y était resté avec ce fils qu’elle lui avait donné. Et dont René, le parrain de Pierre, s’était occupé comme s’il avait été le sien.

Son père l’attendait. Jacques Sturbois l’avait prévenu.

- Pierre est en ville.

Son père l’aurait attendu toute la nuit. Il avait tant de choses à lui dire qu’il s’était très souvent répétées durant cinq ans. Finalement, ils n’échangèrent que quelques mots.  De ceux qu’échangent un père et un fils. Ils sont moins chaleureux souvent que ceux qu’échangent des étrangers.  Pourtant durant cinq ans ils ne s’étaient parlé qu’au travers du téléphone bien plus que de vive voix lorsque monsieur Halloy se rendait au ministère de la Justice, et déjeunait avec Pierre, debout, à la table étroite d’un café qui servait des sandwiches.

- René a spécifié qu’il souhaitait que je n’assiste pas à ses funérailles. Je suis censé ne pas savoir qu’il est mort. Il est absent.

- Oui.

Son père avait l’air de se justifier. Autant il était sûr de lui lorsqu’il s’agissait de questions générales ou professionnelles, autant il était indécis lorsqu’il s’adressait à des proches ou lorsqu’il évoquait des sentiments personnels.

- Tu vas rester ici ?

- Je pense que oui. Peut-être. Cela dépend, je ne sais pas.

Le président Halloy opinait de la tête. Au tribunal ses silences étaient significatifs, disait-on. Chez lui, c’est  sa timidité qu’ils exprimaient.

- Tu le sais. Tu es son héritier. Ainsi, tu reviens ici ? Tu dors ici ?

- J’ai une chambre à l’hôtel de la Cathédrale.

- Il va beaucoup nous manquer. C’est lui qui m’a fait promettre de ne pas l’accompagner. Il ne voulait pas que je le voie en sachant que c’était la dernière fois. Je te verrai demain, je suppose.

- Oui demain. Sûrement.

Son père hésitait. Il prenait conscience que son fils avait près de trente ans.

- Tu vas voir Julie ?

C’était la première fois qu’il prononçait le nom de Julie depuis que Pierre avait quitté la ville. Il pensait que les enfants ne devaient avoir aucun secret pour leurs parents, les parents ne sont pas des juges. Avant tout, ce sont des amis sûrs. En réalités, ils n’échangent que des banalités alors que les parents s’attendent à ce qu’ils se disent tout ce qui est important, c’est-à-dire à leurs yeux tout absolument tout. De ces jeunes gens, ils se souviennent de leur avoir essuyé les fesses.

Après quelques instants les uns et les autres se souviennent que des choses importantes racontées sans retenue l’avaient été lorsque les enfants étaient âgés entre trois et cinq ans.

Ils s’étaient quittés assez tard.

Lorsqu’il était arrivé devant la porte de la maison de Julie, une petite maison à quatre façades bâtie au fond d’un jardin, Pierre avait sonné. La porte s’était ouverte immédiatement.

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Ma solitude, ma dulcinée

 

 

Quand la laineuse toison frisée  passe par-dessus bord,

Comme Panurge, je lui cède la voie.

 Je me délecte avec joie,

 Du parfum des airs salubres  que je hume,

Et du seul bruit des moutons d’écume,

Que mon navire creuse de sa proue,

Que des mouettes survolent en grands froufrous.

Quand d’arrogantes voix, de leurs creux verbiages,

Jacassent, je m’éclipse dans ma bulle sans rage.

Et que du gouvernail, se saisit la Vanité,

Lançant des grommellements  de complète vacuité,

J’embarque dans mon canot et la laisse

Sombrer dans l’ostentation vaine

Quand les harets emplissent les lieux de ronrons futiles,

Et les baudets ânonnent des fanfaronnades ;

Quand leurs insignifiantes flammes noircissent,

 Et éclipsent les lueurs de l’entendement, je m’enflamme. 

Je plonge dans la méditation, vice solitaire

Mais combien salutaire.

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Un vieux livre de poésie

Un très vieux livre posé sur une étagère, recouvert de papier d’école pour le protéger de l’usure du temps. Jauni mais en bon état, il a été édité du début du siècle, il est daté de 1903. Son titre : Anthologie des poètes lyriques de France et de l’étranger du Moyen Age à nos jours et signé par l’auteur Yvan Fonsny .

Un livre trouvé sur une brocante et offert par une personne qui aime la poésie. Un trésor de textes, de poèmes, de chansons, le tout repris par date et époque, le Moyen-âge, la Renaissance, la Poésie lyrique, le Romantisme, les Parnassiens, les Précurseurs du Symbolisme, les Poètes Nouveaux, les Chansonniers. Dans ce livre est noté tout ce que la poésie a donné de beaux, les écrits sont ici  transcrits entièrement, intégralement et accompagnés de commentaires.

 C’est une livre magique  comme en possèdent les magiciens, les fées. Posé maintenant sur une table, il s’ouvre sur des chefs-d’œuvre de la littérature et après avoir feuilleté avec volupté ce livre fragile, le choix s’arrête sur le Romantisme et commence la grande quête de plaisir sans nom de ces lectures mainte fois répétées, recommencées.

 Le temps n’est plus nommé tellement la poésie est belle, profonde. Cette poésie  envahit le lecteur dans ce qu’il a de plus cher. Une page s’ouvre et c’est l’oiseau avec son aile pendante qui lassé d’un long voyage vient offrir son cœur à ses petits affamés. Pour toute nourriture, son amour sublime bercé par la douleur et partageant ses entrailles avec eux avant de mourir.

 Et ce crapaud à la fin d’un orage, au fond d’une ornière, regardait le ciel se demandant pourquoi tant de laideur et de souffrance. Et l’homme passant devant lui, voyant cette bête hideuse lui mit le talon sur la tête, une femme lui creva un œil. Pourquoi tant de cruauté ?  Le baudet, surchargé, saignant de ses pauvres sabots fit qq pas de côté pour ne pas écraser l’infâme. La bonté de cet âne abject, souillé, meurtri sous les coups fut le trait d’union entre ineffable et le suprême.

 Et ce loup qui pour sauver sa famille se fit rempart et se laissa mourir, tuer. Il fit face à son destin les pattes bien droites, la tête haute et les yeux plongés dans ceux de ses bourreaux.

 Que de souvenirs inscrits à l’encre indélébile.

 Où donc est le bonheur ! Redemander cet âge où l’on ne dormait pas,  se dire qu’on était bien malheureux, bien triste, bien fou et que, plus vieux de 10 ans, s'enfermer tout un jour pour relire avec pleurs qq lettres d’amour. 

Si jamais  à l’heure où tout sommeille pleurer comme un enfant à force de souffrir et cent fois crier son nom du soir à l’aurore.

Poète, prends ton luth qui t’a vu triste et silencieux. Crois-tu que le vent d’automne se nourrit de larmes et non de chants. Sais-tu que les plus désespérés sont les chants les plus beaux. Et j’en connais d’immortels qui sont de purs sanglots.

Vigny, Musset, Hugo, Lamartine

JGobert

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L'harmonie qui porte à rêver

 

À Nicole Duvivier 

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Chaque saison, comme une fête,

Emeut toujours pareillement,

Provoque l’émerveillement,

Qui fait méditer les poètes.

Emeut toujours pareillement,

La splendeur des fleurs et des bêtes,

Qui fait méditer les poètes,

Dans un calme environnement.

La splendeur des fleurs et des bêtes

Transmet tout naturellement,

Dans un calme environnement,

L’idée de l’harmonie parfaite

.

Transmet tout naturellement,

Par la grâce qu’elle reflète,

L’idée de l’harmonie parfaite.

L'âme la ressent tendrement.

10 février 2009

 

 

 

 

 

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Cher Paul,

 

Vous êtes et demeurez dans mon existence, l'homme que j'aime, celui dont l'entier mystère me fascine, me touche ; jamais je ne cesserais de vous faire la cour, de vous offrir de somptueux bouquets d'écriture !

Cette crainte persistante en moi,  de vous perdre, et bien pire encore, que vous perdiez la mémoire de moi, me quitte rarement ; alors mon vrai visage n'existera plus, mes mots orphelins devenus.

L’obscurité lourde et mutique, recouvrira notre ile bleue, l'endeuillera.

Savez-vous que j'aime vous faire rire, que la femme est un esprit sans fond, infini ?!.

Oui, je pense que la femme est et restera, la promesse de l'homme meilleur, sa continuité et sa croissance ; elle en est la racine, puis la fleur et son parfum tout à la fois.

C'est l’œuvre de toute sa vie, sans omettre bien sûr la connaissance.

J'aime la part féminine chez l'homme, murmurante ; sur lui elle apparaît tel un originel bijou !

La femme, conjugue admirablement bien, la grâce, la combativité et l'humour ; magicienne depuis toujours.

Voilà, mon Cher Paul, ce qui me tenait à cœur aujourd'hui de vous écrire.

Bien à vous.

Virginie.

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Une exigence romantique

 

Doux ami

Tu m'écris que tu veux des lettres manuscrites,

N'ayant aucun problème à déchiffrer mes mots.

Qu'importe mon papier, tu t'en tiens aux propos.

Lors la facilité me devient interdite.

Rien ne remplacera la valeur d'une lettre.

Je range pieusement les centaines reçues.

Je les ai maintes fois manipulées, relues.

Elles gardent à jamais l'essence de ton être.

Tu sais évidemment les causes de mon choix.

Je ne peux refuser l'option miraculeuse.

Je bas souvent des mains, émerveillée, heureuse,

Recevant sans délai un amical envoi.

Je possède une lettre unique d'un ami,

À jamais disparu, resté inoubliable.

Elle a une valeur pour moi incomparable.

Pour le sentir présent, certes elle me suffit.

Permets-moi de t'écrire dans la félicité.

Je recevrai comblée tes messages nouveaux,

Quand ils me parviendront par courrier escargot.

J'y répondrai sur l'heure avec facilité.

4 décembre 2003

 

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Une lettre en attente

 

Doux ami,

Tu aimais tellement par tes mots me surprendre!

Je n’attends plus vraiment une lettre de toi.

Je crois que j’en connais la cause et le pourquoi,

Je deviens chaque jour plus sereine et moins tendre.

Tu dois être à marcher sur le sable en rêvant,

Ou bien à bavarder avec une amie chère.

Tu restes peu longtemps pensif et solitaire,

Tu aimes à rencontrer des êtres émouvants.

Je suis ton âme soeur, jadis sotte et rebelle.

Nous nous sommes tout dit et nous nous répétons.

J’ai en vain essayé d’user d’un autre ton,

Lors je t’ai envoyé de douces villanelles.

Je n’ai pas de chagrin, du regret seulement.

Tu es et resteras en dépit de l’absence,

Malgré le temps qui lasse et aussi ton silence,

Mon ami de toujours, admiré pleinement.

Je regarde à nouveau ta photo agrandie,

À sa place de choix, auprès du téléphone.

Je me dis, sans y croire: il se pourrait qu’il sonne.

J’ai déjà profité de la télépathie.

8 septembre 2006

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Les lettres d'amour manuscrites

Je ressens un malaise, en lisant à mon tour,
Des secrets violés, échangés en amour.
On ne divulgue pas des propos amoureux,
On les garde pour soi, vivants et savoureux.

Un écrivain connu se sentit offensé
En apprenant soudain le désir insensé
Qui fit que sa maîtresse étalât au grand jour,
Les mots qu'il écrivit pour lui parler d'amour.

Ceux qui sont morts , bien sûr, ne peuvent se défendre.
S'ils ont été célèbres , on s'empresse de vendre
Leurs intimes aveux , imprudemment transcrits,
On pille impunément leurs moindres manuscrits.

Une lettre d'amour est une confession.
L'être qui se confie déclare sa passion,
Les troubles qu'il endure, ses espoirs et ses craintes.
Il exprime , sans fard, remerciements ou plaintes.

Il emploie les mots mêmes qu'il aurait murmurés
Ayant été présent et non pas séparé.
On ne dévoile pas son âme à tout venant
Pas plus qu'on ne s'expose tout nu aux yeux des gens.

Il est vrai que les moeurs changent étonnamment.
Je ne sais plus très bien penser moralement.
Simone de Beauvoir était-elle infidèle,
En publiant des mots écrits juste pour elle?

le 26 mai 2003

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L'adolescence d'un jeune juif.




Après la guerre, j’étais devenu communiste. Mon père n'appréciait pas tellement mon engagement dans ce que j'appelais le Parti. Ce qui l'inquiétait et le rassurait à la fois, c'est que cet engagement était imprégné d'une sorte de romantisme qu'il attribuait à la jeunesse et dont il pensait que tôt ou tard, il se dissoudrait dans ce qu'il appelait les eaux froides de la maturité.
Il ne croyait pas que le monde, un jour plus ou moins lointain, cesserait de ressembler à ce qu'il était, une arène où les hommes se tuent entre eux.
- Vois-tu, Pierre, à force d'amour, le monde serait plus supportable. Mais la vie est trop courte, et l'apprentissage de la raison est trop long.
Il continuait de m'appeler Pierre comme durant la guerre lorsque nous étions en France. On ne sait jamais, disait-il.
- Nous sommes juifs, Pierre.
Nous finissions par nous disputer.
- C'est quoi être juif ?
Je lui avais posé la question après que la guerre se soit achevée. Durant la guerre, on ne posait pas ce genre de question.
La guerre avait cessé mais j'avais le sentiment que le monde, le monde avait dans mon esprit des frontières imprécises, le monde se disloquait et se recomposait sans cesse. Les actualités de l'époque, toujours avant «le grand film», ressemblaient à des éléments de kaléidoscope sans cohérence explicable. Des marches de la mort de juifs haves et aveugles. On y voyait des juifs entassés sur des bateaux qui naviguaient de ports en ports comme les âmes mortes des enfers. Des juifs qui souhaitaient revenir sur la terre de leurs lointains ancêtres.
En Belgique les juifs ne faisaient plus la une des actualités. Ni eux ni ceux qui se présentaient expressément en tant que juifs alors que personne ne leur posait la question de savoir s'ils l'étaient ou non. Lorsque  certains cependant la posaient timidement, c'était pour se réjouir de les revoir vivants.
- Tu es vivant. Je suis heureux, tu sais. Et ta famille?
- Nous sommes rentrés tous les trois.
C'étaient les propos que nous échangions lorsque je rencontrais un ancien condisciple. C'est étrange de n'avoir pour famille que son père et sa mère. Je n'ai jamais dit de quelqu'un «c'est mon cousin» ou «c'est ma cousine, et j'étais amoureux d'elle quand j'avais douze ans».
En 1948, en Israël c'était la guerre qu'on appelait guerre d'indépendance. En 1948, en Belgique, juifs ou non, ils étaient nombreux ceux qui souhaitaient la victoire d'Israël. A l'Athénée, mes condisciples la soutenaient avec autant d'enthousiasme que s'il s'était agi de leur propre combat. Au point que deux d'entre eux s'étaient engagés pour y combattre.
Hector, le garçon beau et athlétique qui aurait séduit toutes les filles s'il n'avait pas été aussi timide, et Michel, le fils d'un ancien colonial, attiré par l'aventure. Arrivés trop tard, la guerre venait de se terminer, mes deux amis ont décidé de rester, et ils ont adhéré à un kibboutz.
Ils m'avaient écrit.
- C'est un pays neuf, Pierre. Tout y est possible.
Michel s'y est marié. Il a épousé une fille d'origine belge. Devant un rabbin il a dû jurer qu'il était juif.
Au fond, la vieille question qui se posait d’une manière ou d’une autre, la seule question qui se posait toujours. C’était quoi être juif ?
Heureusement, il y avait mes frères du Part, Marc, Paul, René, ces frères par la pensée et l'idéal partagé.
René s'était spécialisé dans l'agit-prop. L'agitation et la propagande. Souvent, à l'entrée des entreprises, il distribuait des tracts, vendait le journal du Parti ou haranguait les ouvriers. Il détournait la tête lorsque sortait de l'usine un de ses anciens condisciples appelé, c'était vraisemblable, à faire partie un jour de la direction de l'entreprise parce que ses études l'y préparaient ou parce qu'il hériterait de l'entreprise de son père.
- Jacques m'a dit qu'il t'avait rencontré hier devant l'usine de son père, et que tu as fait semblant de ne pas le voir.
René avait les yeux fixés dans les miens.
- Ecoute, Pierre. Il vient un temps où il faut choisir son camp, et le mien n'est pas celui de Jacques ou de son père.
Il n'était pas le seul à penser ainsi. Un jour que je participais à une manifestation contre le racisme, je m'étais inséré dans un groupe de jeunes gens qui, derrière une bannière communautaire, s’étaient affichés en tant que juifs plutôt que dans un groupe distinct de manifestants laïcs. Je suis incapable de dire ce qui m'avait poussé à le faire. Peut-être ce sentiment qui me pousse toujours à être parmi les minoritaires.
Un jeune garçon que j'avais parfois rencontré chez des amis communs, et à qui déplaisait mon éloignement des cercles juifs assez nombreux à l'époque, se trouvait dans le même groupe.
- Tu vois, Sammy, à quoi bon le nier, tu es juif. Il est inutile de le cacher.
- Je ne me cache pas. Je suis là précisément pour que chacun puisse être ce qu'il a envie d'être sans obliger qui que ce soit à être comme lui.
Il a ri, et il a haussé les épaules.
- On est dans un camp ou dans un autre. Sinon, tu te fais écraser. Inutile, après, d'aller pleurer.
Je l'ai raconté à René. Je lui ai rappelé les souvenirs qui nous liaient à Jacques, ce fils d’industriel par le hasard de la naissance. Il a secoué la tête, et il a répondu avec une certaine emphase.
- Il n'y a pas d'avenir dans le passé.
Hector a été le premier à revenir d'Israël. Sans Myriam, cette jeune fille avec laquelle il était parti pour se battre. Myriam, Michel et lui, après la guerre d’indépendance, avaient adhéré à un kibboutz, décidés à rester en Israël et à y faire leur vie. Parmi les fondateurs d'un pays neuf, le travail de la terre et la vie communautaire allaient les révéler à eux- mêmes.
Un jour tout avait craqué pour Hector. Il avait bien dû le reconnaitre, il aimait Myriam, c'est vrai, mais comme une sœur. Seulement comme une sœur. C'était un homosexuel honteux et profondément malheureux. Il avait imaginé qu'en Israël, ce pays neuf, il pourrait contraindre son corps à force de travail et d'amitié virile. Sans résultat hélas!
Il avait eu une liaison avec un jeune homme à peine moins âgé que lui, et on lui avait laissé entendre que tout le monde était en droit d'être ce qu'il était, que personne n'avait quoi que ce soit contre les homos, mais qu'il valait mieux quitter le kibboutz.
Michel n'est pas revenu, lui. Il s'était marié, il s'était bien adapté, il avait participé à la guerre de 1967 en tant que réserviste.

Il y est mort et il a été enterré comme un juif sous une stèle ornée du Magen-David.
Il est court le temps des illusions. Il est court le temps de l’adolescence.

 

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Balade au bord du Terroin

Une superbe journée, une belle rencontre. Promenade le long du Terroin, petit affluent de la Moselle, près du village médiéval de Liverdun. En compagnie d'une amie de Nancy mais aussi d'Arts et Lettres, Marie Luce Enjolras.

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GROOVE...

Le groove d'une voix rauque s'insinue au matin

Émergeant du sommeil, je fredonne le refrain.

Au coin de la fenêtre, un clin d'oeil du soleil...

Et profond dans mon être, la vie qui s'émerveille!

Les années qui défilent, effilent nos illusions

Quand nos destins fragiles s'essayent à la passion!

A l'aube de nos pleurs aux couleurs de la vie

La beauté d'une journée détourne nos envies...

Puisque au creux du jour, je sais que tu existes

Et que cœur se complaît à rechercher ta piste

C'est que je n'ai pas compris la fuite du temps...

Oui, même au bout des ans, l'amour est flamboyant!

J.G.

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administrateur partenariats

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Glorieuses saisons

Elles continueront leur éternelle ronde,

Les saisons de l'année, porteuses de beautés.

Elles conserveront leur façon d'exister,

Attaquées maintes fois par des forces immondes.

12272983476?profile=original Les saisons de l'année, porteuses de beauté,

Sont attendues partout, à leur tour, dans le monde

Attaquées maintes fois par des forces immondes.

Demeurent vulnérables en leur pérennité.

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Sont attendues partout à leur tour, dans le monde,

Les humains sont joyeux, ayant à les fêter.

Demeurent vulnérables en leur pérennité,

Quand la rage survient en un lieu et l'inonde.

12272982879?profile=original Les humains sont joyeux ayant à les fêter.

Les grâces délicates comme la neige fondent,

Quand la rage survient en un lieu et l'inonde.

Ô mystères envoûtants, rêves d'éternité!

 

Suzanne Walther-Siksou

31 décembre 2013

Illustrations: Aquarelles de Françoise Buisson

" L'automne est un chant de couleurs "

Interprétations poésie, peinture et photos entre les membres d'Arts et Lettres,

sur un poème de Sandra Dulier et une aquarelle de Françoise Buisson

"La battue "

Interprétations poésie, peinture et photos entre les membres d'Arts et Lettres,

sur un poème de Joelle Diehl et une peinture de Nicole Duvivier

"Le printemps"

Interprétations poésie, peinture et photos entre les membres d'Arts et Lettres,

sur un poème de Nina et une aquarelle de Adyne Gohy.

Merci Robert Paul pour ces video

réalisées à partir des montages "photos et textes"

reçus parmi les commentaires

des blogs

" L'automne est un chant de couleurs "

"La battue "

"Le printemps"

Le blog  "Au coeur de l'été " vient désormais

compléter ce quatuor de talents ici rassemblés.

Il termine en beauté cette belle aventure

qui aura durant quelques mois rassemblé de nombreux membres

Nous vous invitons à le commenter généreusement de vos textes ou de vos images.

Ces belles aventures de partenariats enchantent la créativité sur le site,

favorisent les échanges, les découvertes et les rencontres.

Merci d'y participer avec autant d'enthousiasme !

Liliane Magotte et Robert Paul.

 

Les partenariats

Arts

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Lettres

 

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Le chemin de l'oubli

 

Soliloque

Le voeu de tout vivant est que l'on se souvienne,

Quand il ne sera plus, que nous l'avions aimé.

Il laisse des pensées qui quelque temps reviennent,

S'estompent, disparaissent. Ô passé abîmé!

L'inévitable oubli nous aide à rire encore,

Après avoir souffert, accueilli la douleur.

Celle-ci, lentement, s'atténue, s'évapore;

La vie a tant de charmes et de vives couleurs!

Parfois, subitement, on se fait des reproches.

On avait le désir de sauver son esprit,

De sentir sa présence animée, toujours proche.

Mais qu'importe pour lui le chemin qu'on a pris?

Parce qu'il nous aimait, il surveillait la chance,

Espérant ardemment qu'elle nous comblerait.

Il aimerait nous voir recevoir l'espérance.

La sagesse rassure et apporte la paix.

13 mars 2014

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Charlot

 

Avant Bibig, nous avions un autre teckel qui portait le nom de Charlot. C’était un chien superbe à la poitrine large et aux pattes arquées comme des pieds de chaise Louis XVI.

Nous l’aimions beaucoup malgré une singularité assez gênante : il ne supportait pas le mouvement des volets de fenêtre. Chaque matin et chaque soir, pendant que je tournais la manivelle, il hurlait à la mort.

Lorsque nous étions en voiture, à chaque fois que nous avions le malheur de passer devant le magasin d’un commerçant qui ouvrait sa devanture métallique, Charlot se précipitait sur le pare-brise, par-dessus la tête de ma femme,  et se mettait à hurler une fois de plus. Ma femme était obligée de détourner la tête parce que nos voisins de colonne nous regardaient avec mépris. Avec d’autant plus de mépris que nous avions collé sur la vitre arrière une affichette qui disait : votre chien, c’est votre enfant, ne l’abandonnez pas durant  vos vacances !

A part ce trait de caractère, Charlot était charmant. Il était affectueux et ne se plaignait pas trop de la présence de nos enfants et de nos chats. Nous en avions quatre. Deux enfants et deux chats. Serge, Catherine, Nabuchodonosor

Et Puce que dans le langage familier des parents, nous appelions Sergeot, Cathy, Nabu e Pupuce .

Avez-vous remarqué ? Dans les familles aimantes, le prénom des proches subit toujours de curieuses altérations. Ma femme, je l’appelais mon petit poulet alors qu’aux premiers temps de notre mariage, c’était petit castor puis coco qui est assez commun. Plus tard, ce fût chou et enfin petit poulet. Je me demande si je l’ai jamais appelée : mon chéri !

Charlot et nos chiens s’entendaient très bien. Ils dormaient ensemble, ils jouaient ensemble et ils mangeaient ensemble. En fait, lorsque je dis qu’ils mangeaient ensemble, ce n’est pas tout à fait vrai. C’est Charlot qui mangeait avec eux.  Dès qu’il avait achevé son repas, il se ruait sur celui des chats. Néanmoins, parce qu’il n’était pas assez rapide pour vider à lui seul les trois écuelles à la fois, chacun des chats achevait tout de même un repas par jour.

A la mort de Charlot, Pupuce qui était maigre et farouche, nous pensions que c’était là sa nature, prit du poids et devint plus sociable. Il est probable que trois animaux, deux enfants et deux adultes constituent une population excessive pour l’épanouissement des chats et qu’il suffit que cette population se réduise pour que tout rentre dans l’ordre. A en croire les psychologues, il n’en va pas autrement pour l’espèce humaine. Dans un grand nombre de couples, il se produit des phénomènes analogues. L’un des deux est de trop.

Charlot était un chien plein de vitalité, il courait toujours. Dans les escaliers, dans la cuisine, dans les chambres, il passait d’un point à un autre à la vitesse de l’éclair. Lorsque vous souhaitiez vous rendre dans les waters, à peine aviez-vous ouvert la porte qu’il y était assis avant vous. Nous y étions habitués.

Malheureusement, il courait aussi dans la rue après tout ce qui le dépassait de la taille. Dobermans, Bergers allemands, facteurs, voitures, il les poursuivait tous, aveuglé par l’instinct du chasseur. Pour ce qui était des chiens et des facteurs, ce n’était pas trop grave, un peu d’intimidation suffisait à le calmer. En revance, il les pourchassait jusqu’à ce qu’elles aient tourné le coin de la rue. Ce n’est qu’alors qu’il revenait, heureux, persuadé je suppose qu’elles ne repasseraient plus devant lui. Pauvre Charlot !

C’était au début du mois de Mai. Il faisait chaud, la porte-fenêtre du jardin était ouverte. Les cerisiers du Japon étaient en fleurs et, sur les trottoirs, l’éclat du soleil était tout rose. C’était une journée bénie pour le repos. Maggy travaillait dans la cuisine et moi, à moitié somnolent, je lisais dans le salon.

Soudain, nous avons entendu les hurlements d’une voiture, les aboiements rageurs de Charlot, des crissements de frein. Puis plus rien. Le temps d’arriver en courant, la rue avait retrouvé son calme et son éclat.

Charlot était étendu au beau milieu de la rue, irrémédiablement immobile sans l’apparence d’une blessure. Parfois, lorsque le soleil était trop fort, c’est dans la même position qu’il s’abandonnait dans le jardin pour dormir.

Que fallait-il faire ? Ce que chacun d’entre vous auriez fait. Nous avons décidé de reporter sur un de ses frères, l’affection que nous portions à Charlot.

 

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Neuf ans JGobert

J’ai neuf ans et les préparatifs pour mon départ se font.  Un petit sac de toile où maman entasse mes quelques affaires. Dans ce bourg écrase de soleil l’été, je joue dehors avec les gamins de mon âge. Notre terrain de jeu est rocailleux, poussiéreux et notre cabane, un vieux véhicule décharné, abandonné sur le côté d’une route. Mon village est miséreux avec une petite école et sa cour.

Des chèvres malingres vivent en liberté. Les maisons aux toits plats sont tristes. Les habitants désertent cet endroit. Il fait si chaud l’été que la végétation s’étiole, la flore pousse le temps de verdir la nature et grille.  Après ce printemps de courte durée, une chaleur suffocante s’abat sur nous et  nous colle à la peau.  Dans le village, les anciens, assis à l’ombre boivent du thé et dans un geste machinal chassent les mouches. Ils regardent passer l’invisible.

Aujourd’hui je pars pour le pensionnat dans une grande ville, j’ai été sélectionné parmi les élèves de mon âge pour faire des études. Toute la famille est fière de moi et c’est en bon petit soldat que j’attends le bus qui va m’emmener vers l’inconnu. Droit devant moi, mon père, lettré, érudit, sait que l’éducation peut me sortir de ma misère et prétendre à une vie meilleure.  Sous ce ciel aride, seuls les instruits ont une chance.  Fier que son fils ainé parte pour le pensionnat, les larmes sont interdites, il ne montre pas son émotion et balayait d’une main ferme les femmes qui pleurent.

Dans le bus qui me conduit dans ce nouveau monde, je ne suis pas seul. D’autres gamins sont là, eux aussi choisis sur leurs petites compétences. Un grand garçon au fond du bus fait déjà figure de caïd, de chef. Il parle haut et les autres, intimidés le regardent avec respect. Dés neuf ans, la loi du plus fort s’applique. Prés de moi, un petit garçon malingre avec de grosses lunettes, un autre avec le regard triste et un plus petit qui pleure. Quelques rangées plus loin, un garçon au visage d’ange que sa maman a habillé d’un col blanc et qui me sourit. Le bus est presque plein et cette fois, le voyage nous emmène dans la grande cité où nous allons vivre.

 Apeuré et fébrile après des heures de route, j’attends que le bus s’arrête, ramasse mon petit sac en toile et arrive devant cette porte grande ouverte et donnant sur une immense cour. Des bâtiments à étage se profilent au fond et la hauteur des étages me fascine.

Bien rangés comme des petits soldats de plomb, chacun a reçu son affectation, le numéro de son étage, de sa chambre et de sa classe. Deux heures pour s’installer, rendez vous au réfectoire et ensuite premier cours pour faire connaissance avec le personnel.

Mon petit copain  au visage d’ange ne me quitte plus. Il est tellement apeuré qu’il en trébuche. Quelques uns déjà se moquent de lui. Je me sens aussi un peu à l’écart. Les découvertes sont nombreuses, l’eau courante, les éviers, les douches, les lits superposés et chacun une armoire de fer. Le luxe pour nous qui ne possédons rien.

La rencontre avec le personnel dans la cour sous un soleil de plomb fait un peu retomber notre euphorie et notre excitation. Alignés sans bouger pour entendre le règlement, nous comprenons qu’ici, un seul mot prédomine : « Etudier »  

Après avoir reçu cette batterie de renseignements sur ce que ma vie sera les prochaines années, c’est assis dans un coin que mes pensées rejoignent mon petit village là-bas au bled. Les amis restés au village me manquent. Ma rue couverte de caillasses, de poussière, mon ennui, ma misère me manquent. Et toujours dans mon cœur, cette famille, mon père droit et inaccessible,  ma mère et mes petits frères et sœurs.

Mon compagnon de misère n’a pas résisté longtemps et a dû partir, souffrant d’une maladie sans nom.

J’ai donc étudié pour moi, pour lui.  Je m’en suis bien tiré. Quand j’ai reçu le certificat, c’est vers l’adolescence que je pars en changeant d’établissement. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de ma vie.

JGobert

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Le Grenier Jane Tony

A tous ceux qui ont beaucoup donné pour que le Grenier Jeanne Tony soit ce qu'il est,
je pense d'abord - et pourquoi pas ? - à Jeanne Tony elle-même et au regretté Emile,
à tous les membres du Grenier, ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier, j'aimerais dire qu'il n'est pas pensable que cette aventure se termine ainsi au prétexte que quelques uns se sont permis de mettre en doute la qualité de ce qui s'y passait, de salir sa réputation. 
La Poésie n'a vraiment pas besoin de ce qu'à Bruxelles nous nous privions de ce relais alors que par ailleurs tout le monde se plaint du peu d'intérêt que notre société marchande lui accorde.
Un Conseil d'administration se réunira bientôt. J'espère qu'il donnera tort à ceux qui voudraient un peu vite effacer le Grenier Jane Tony du paysage de la Poésie à Bruxelles.

Claude Miseur

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Le nom d'un chien.

 

Bibig n’est pas son véritable nom. Bibig est le diminutif de Big Boss. Big Boss non plus n’est pas son véritable nom. Nous le lui avons donné par modestie. Et parce que dans la rue, les enfants se moquaient de lui. Son patronyme véritable, en effet, avait une connotation aristocratique qui, il faut le reconnaître,  fait toujours envie  aux gens du peuple.. Il se nommait : Xander des Agasses.

 Bibig est un teckel à  poils courts qui est avec nous depuis près de dix ans.

Nous l’avons adopté à la mort de Carlot.

Adopter un enfant est une tâche compliquée et grave. Si on réfléchissait autant au moment de le concevoir pour son propre compte, un grand nombre de nuits ne seraient pas ce qu’elles sont.

Faut-il s’en plaindre ou s’en réjouir ? Serait-il souhaitables que des institutions philanthropiques, des assistants sociaux et des magistrats assistent les jeunes mariés au soir de leur nuit de noce, je ne sais pas. Mais, il y a là une sorte de discrimination à une époque où il paraît naturel de rendre compte aux autorités de tant d’aspects de notre vie privée.

Qoiqu’il en soit, s’il est moins compliqué d’adopter un chien que d’adopter un enfant, c’est cependant une démarche qui demande beaucoup de sérieux.

 Qui choisir ? Des psychologues prétendent que le compagnon à quatre pattes est le fidèle reflet de son maître. A moins que ce soit le contraire ? Cela signifie que le choix d’un chien implique d’abord de bien se connaitre soi-même.

Les Romains qui ont tout dit, à moins qu’il ne s’agisse des Grecs ?, disaient que ce n’était pas fréquent de leur temps. Ce ne l’est pas davantage aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle, vous l’avez remarqué, ce sont les chiens qui choisissent leur maître. Plus perspicaces d’instinct, ils pèsent les avantages et les inconvénients d’une liaison avec tel ou tel individu dont aucun C .V. ne leur a été soumis.

J’ai souvent vérifié que lorsque l’être humain se montre dans son plus grand naturel devant un groupe de chiens, et qu’il accepte d’être élu par l’un d’entre eux, il se fait un ami qui de toute évidence lui était destiné. Bien plus que son épouse lorsqu’il se marie pour dieu sait quelles raisons frivoles, le nombre élevé des divorces le démontre tous les jours.

Maggy et moi, comme des adultes conscients, nous avons évoqué ce que nous attendions de lui. Il devait être gentil pour vivre en bonne entente avec les enfants et les chats. Grand et vigoureux pour effrayer les voleurs et nous défendre.

Ce pouvait être un batard, nous n’étions pas vaniteux. Toutefois, il fallait songer à certains de nos amis qui pourraient trouver étrange que nous n’ayons pas un chien de race. D’autre part, j’avais vu à la T.V. des chiens français très amusants, des Briards qui rassemblaient les moutons sans qu’il soit nécessaire de leur en donner l’ordre. Un Briard, me disais-je, ce serait bien !

Maggy me fit remarquer :

  • Il y a peu de chances que nous ayons un jour des moutons.

Nous en avons discuté quelques heures sans grande conviction. C’est comme pour le choix d’une voiture. On joue avec l’idée de choisir une marque différente de celle que l’on a et finalement, on achète la voiture qu’on possède déjà.

C’est Cathy, notre fille, qui résolut la question après avoir longtemps pleuré dans sa chambre. Elle ouvrit la porte du salon en disant :

-J’en veux un comme Charlot.

Le choix était fait.

Madame Vansteen était la présidente du Teckel Club. Nous lui avons téléphoné. Elle comprenait l’importance de la décision que nous allions prendre et elle nous félicitât pour la gravité avec laquelle nous l’envisagions. Elle était confrontée quotidiennement avec les mêmes problèmes de conscience mais elle ne trouvait pas toujours en face d’elle notre pondération chez des couples bien intentionnés, certes, mais un peu légers. Ils choisissent leur Teckel en fonction de sa taille mais ils ignorent tout de sa psychologie. Puisque nous avions eu un teckel, elle nous encouragea à en adopter un autre. Ce n’était pas dire du mal des autres chiens que de dire que le teckel est particulièrement attachant. Sans parler de son intelligence qui est exceptionnelle malgré, parfois, des aspects troublants.

C’est vrai mais, à en croire madame Vansteen, c’était le signe d’une spiritualité quasi humaine. Je n’ai pas compris ce qu’elle entendait par spiritualité quasi humaine. Personnellement, je n’aurais pas songé à faire ce rapprochement.

Bref, elle connaissait un petit éleveur qui venait d’avoir une portée de champions. Il ne s’en défaisait qu’à contre coeur mais puisque nous étions des gens honorables, madame Vansteen était sûre qu’il nous confierait un chiot sans regret.

Le soir même, tous les quatre, Maggy, Serge mon fils, Cathy et moi, nous étions chez l’éleveur en question.

A la périphérie de la ville, il occupait une petite maison comme en occupent les retraités. Elle était constituée d’une salle à manger qui fait office de hall d’entrée et de salon, d’une cuisine et, la partie essentielle de la maison, d’un appentis ouvert sur le jardin.

Chez la plupart des retraités, l’appentis sert d’atelier de bricolage. En réalité, c’est une sorte de réserve où les épouses relèguent leur mari pour ne pas l’avoir dans les pieds toute la journée ou, au contraire, un refuge pour les maris que la vie professionnelle  n’a pas habitué à vivre en commun avec celle qu’ils ont conquise lorsqu’ils étaient encore des jeunes gens sans expérience.

Les parents de Bibig quant à eux concentraient leur passion sur les trois chiens qu’ils possédaient. Trois teckels qu’ils élevaient comme on élève des enfants. Peut-être mieux. Il faut dire que ces enfants-là leur procuraient de nombreuses satisfactions. Lauréats de concours internationaux, chacune de leur saillie représentait un petit capital. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

La mère de Xander, par exemple, était une chienne dont l’arbre généalogique avait de quoi faire pâlir d’envie des familles humaines à la noblesse souvent moins prestigieuse. Quant à ses  performances, ses diplômes étaient là pour en attester, si notre Serge, il n’est pourtant pas sot, voulait un jour les égaler, c’est le Prix Nobel qu’il devrait s’efforcer d’obtenir.

Au bout d’une demi-heure durant laquelle chacun d’entre nous parlât des siens, nous pûmes enfin voir les enfants.

J’avoue que je fus un peu déçu. Je ne sais pas très bien à quoi je m’attendais mais de voir côte à côte dans un panier, deux chiots pas plus gros que de grosses souris, les yeux fermés, pas plus longs qu’une paire de saucisses de Francfort sur une assiette m’inquiétait. Etaient-ce là les descendants d’une grande famille ? Et si la mère s’était mésalliée, nos éleveurs le reconnaîtraient-ils ?

Maggy les trouvaient ravissants tous les deux. Elle prétendit qu’on voyait rarement des chiots si beaux à leur naissance. Elle avait dit la même chose à la naissance de chacun de nos enfants. Je reconnais qu’en l’occurrence, elle ne s’était pas trompée mais je restais troublé. En outre, le problème était de savoir qui choisir des deux, de Xander ou de sœur jumelle ? Après les avoir réveillés, on les fît marcher. Ils étaient aussi patauds l’un que l’autre. Ils ressemblaient à de petits boudins en mouvement. Moi, je guettais les yeux. Je me disais : je prendrai celui dont le regard pétillerait d’intelligence, celui dont le regard en croisant le mien se ferait complice.

Ils n’avaient pas l’air de s’intéresser à nous. Leur seule préoccupation était de retrouver leur panier.

Cependant, l’un d’entre eux avait quelque chose que l’autre n’avait pas, c’était Xander. Lorsque  Catherine le prit dans ses bras, il eut cet air qu’il conservera, je présume, toute sa vie. Celui d’un être accablé par la fatalité et qui porte sur son visage toute la désolation du Monde. Est-ce qu’un si jeune chien pouvait éprouver de tels sentiments ? Cette expression de nature quasi métaphysique me mit mal à l’aise. 

Vous voyez comment sont les gens ? Ce qui me gênait était précisément ce qui attendrissait ma fille. Je me disais : est-ce qu’il n’a pas l’air bête ? Et Cathy pensait : Comme il a l’air malheureux. Peut-être avions nous raison tous les deux ? On peut être malheureux de se savoir bête.

Naturellement, je gardai mes réflexions pour moi tout en me demandant s’il était sage de s’encombrer d’un être qui à vos propres embêtements ajouterait les siens. Je tentai de dire :

-Une petite chienne nous apportera plus de joie. Elle sera plus caline, plus docile aussi.

Maggy haussa les épaules.

-Tu as toujours été sensible au beau sexe, voilà tout.

Quant à Catherine, il y a longtemps qu’elle éclatait de rire lorsque je parlais de docilité féminine. Ce fut Xander qui gagnât.

Je signai un chèque au porteur, je mis Xander dans la poche intérieure de mon imperméable et nous rentrâmes à la maison.

Nous nous assîmes tous les quatre dans le salon et Xander fut déposé entre nous sur le tapis.

Nous regardions Xander, assis sur son petit derrière qui ne regardait personne.

-Je me demande s’il se plaira parmi nous ?

Serge qui n’avait rien dit de la soirée remarqua soudain une petite flaque qui mouillait le tapis. 

  • Mais il fait pipi.

Il était offusqué.

-Tu vois, triompha Cathy, tu avais tort de t’inquiéter. Il vient de marquer son territoire, il accepte de rester.

 

 

 

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