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« Je ne suis ni folle ni possédée ! »Suzanne Simonin

Il y a 50 ans déjà ! « La Religieuse » de Denis Diderot (1760-1781)  était adaptée au cinéma par  Jacques Rivette  et soulevait une puissante  vague d'indignation et d’appels à la censure de la part de la société bien-pensante.  La présidente de l'Union des Supérieures Majeures écrit le 12 octobre 1965 au ministre de l’information, Alain Peyrefitte et accuse la production d’être « un film blasphématoire qui déshonore les religieuses ». Le ministre, qui partage ce point de vue, lui promet qu'il fera tout en son pouvoir pour empêcher le film de nuire à l'image des religieuses. En effet, DIDEROT ne mâche pas ses mots : « Faire vœu de pauvreté, c’est s’engager par serment à être paresseux et voleur. Faire vœu de chasteté, c’est promettre à Dieu l’infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois. Faire vœu d’obéissance, c’est renoncer à la prérogative inaliénable de l’homme, la liberté. Si l’on observe ces vœux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d’un fanatique ou d’un hypocrite. » Son réquisitoire contre le fanatisme est sans appel. Tout comme d’ailleurs celui de Jean-Jacques ROUSSEAU avec cette phrase célèbre extraite  "Du contrat social" en 1762 : "La terre entière regorgerait de sang et le genre humain périrait bientôt si la Philosophie et les lois ne retenaient les fureurs du fanatisme, et si la voix des hommes n'était plus forte que celle des dieux."

Une longue bataille juridique s’enflamme, la distribution et l’exportation du film interdit aux moins de 18 ans est empêchée. Il faut attendre 1975 pour la levée de censure par le Conseil d’état. Sujet toujours sensible, un nouveau film sort en 2013, avec Pauline Etienne et Isabelle Huppert.

826862457.jpg?width=450Les temps ont  certes changé depuis les années 60, mais il faut croire que la contrainte de la prise de voile imposée à une jeune ville de 16 ans menant à son enfermement à vie est un sujet qui n’a pas fini de passionner et de nous révolter. Daniel Scahaise à son tour exploite ce texte sulfureux avec  grande  empathie et justesse de ton.

Rappelons l’histoire en bref. Suzanne Simonin, enfant rejetée, née en dehors des liens du mariage, est contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle n’aspire qu’à vivre dans « le monde ». Au couvent, elle est confrontée à l’arbitraire de mères supérieures tour à tour bienveillantes, cruelles ou vraiment trop caressantes…dans leurs transports interdits.  Véritable héroïne de la dignité,  loin de tout péché d’orgueil ou d’outrecuidance, la jeune fille résiste courageusement à la barbarie de l’enfermement, aux sévices corporels, aux brimades, aux privations par la PAROLE. Elle a décidé de lutter par tous les moyens pour recouvrer son identité et sa liberté d’action. Sa  seule arme est la plume…pour rédiger un mémoire à charge contre la Famille, l’Eglise et l’Etat. 

3840311950.jpg?width=450Chaque geste, chaque mouvement, chaque tressaillement  de Suzanne la mal aimée est un tableau de maître. Dolorès Delahaut qui l’incarne avec passion et raison à la fois, a des airs de Jeanne d’Arc.   Le plateau  central est  un  carré de marbre noir, traversé par les sombres forces de l’Injustice qui cerne de tous côtés  la vie palpitante qui bouillonne dans la jeune religieuse. Biche aux abois, elle  se bat avec l’énergie et la détermination de la chèvre de Monsieur Seguin, préférant au besoin, s’immoler plutôt que de renoncer à sa liberté.  Les jeux d’ombres, de lumières et de citations musicales ou sonores sont fascinants. Et la plume et l’écritoire, les seuls alliés de la jeune fille, de mener presque  une vie propre!  On croit voir le texte s’écrire en encre sympathique sur les pages de la confession de la religieuse.

 3936137295.3.jpg?width=450Le premier contact du public avec la scène est synonyme dès le départ, d'aveuglement et  de violence monastique « qui jettent l’économie animale dans un désordre dont elle ne peut sortir  ». Les chaises des spectateurs-juges sont disposées sur les quatre côtés de cet abîme qui pourrait tout aussi bien être un puits sans fond  où flotte,  retournée face contre terre, le corps sans vie de la jeune  religieuse. Morte ou vivante? Murée et enterrée vivante? Autour des spectateurs,  des parois faites  rideaux noirs tels les plis de la robe religieuse.   Deux mères supérieures impassibles  sont  assises avec vous au premier rang de part et d’autre du plateau.  Julie Lenain,  impressionnante dans son rôle de castratrice, de juge et de tortionnaire,  Hélène Theunissen  incarnant au fil de l’histoire, la souffrance physique d'un réalisme soufflant d’une infâme lubricité.  Distribution remarquable et vibrante de colère, de révolte et de violence pour interpréter un texte qui n'a pas vieilli... hélas!  La voix, la stature de Stéphane Ledune rendent le plaidoyer de Diderot pour Dieu et contre les institutions liberticides  d’une intensité stupéfiante! La fin de l’histoire, est un dernier coup de poignard d'une muflerie inouïe.

La Religieuse

Denis Diderot - Théâtre en Liberté

Du 13.01 au 14.02.2015

Réservez en ligne

 

Crédit Photos : Isabelle De Beir
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Caresse,

 

 

Votre main tout satin,

vagabonde sur mon visage chagrin ;

navire aventureux,

naviguant, chaloupant près

de mes yeux immensément bleus ;

Tombent du ciel marin,

des pommes d'amour, des fraises tagada,

mille douceurs nuits et jours,

sur mon corps,

sans fin.

De vous, des mots grandis,

 portés par cet amour,

 s'émancipent, s'enhardissent,

 au contact des miens

qui ne font que rêver, s'écrire,

"adulescents" tout le temps.

Troublants !

Votre main tout satin,

sur la mienne tâchée d'encre,

se pose et l'enveloppe,

la sommant de s'ouvrir,

de se donner corps et âme.

Ecrire, oui mais,

 à la vôtre s'alliancer.

 

NINA

 

 

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Au-delà du sentier

 

 

 

L'éveil de l'intelligence me passionne.

Des gourous, à tous ceux avides de comprendre,

Pressés d’être conduits sur le sentier des sages,

Apprennent que les guides sont de fieffés farceurs.

Et l'interminable chemin sera risqué.

 

Cependant, démuni au bout de son épreuve,

Le pèlerin ressent de la sérénité;

Son esprit et son âme accueillent le repos.

 

J'ai souvent entendu des hommes éclairés,

   En suivant, solitaire un parcours incertain.

Arrivée à la fin d'un surprenant voyage,

N'ayant plus de souhaits, attentive à l'instant,

Optimiste entêtée, j'ignore les prières.

 

J'ose me comparer aux résignés de l'Inde,

Rendant grâce au destin dans l'eau sacrée du fleuve.

Mais n'oublie  pas que moi, je vis dans le confort.

23/01/1992

 

 

 

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La femme loin de ta vie

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Photo Edouard Boubat

Ne me dis rien

Ne me prête rien

C'est loin de ta vie

Que je serai la femme de ta vie

 

Mi-femme, mi-ombre

Princesse à distance

Ni épouse ni amante

Lointaine compagne

 

Rêvée, diaphane

Absolue, éthérée

Plus désirable encore

Que l'idée du désir.

 

J'ai laissé dans le lin

Juste un doux parfum

Qui suffit à remplir

Tes nuits, jour après jour

 

Trois gouttes de rose

Où reposait ma tête

Discrètes et de bon ton

Ne te demandent rien

 

Sans rumeur ni tapage

Peu à peu elles s'estompent,

Joli rêve qui s'éloigne

Sur la pointe des pieds.

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Indubitablement

 

 

Soliloque

De nos jours, il existe encore des sensibles,

Aussi des raffinés souffreteux et des drôles,

Des égarés rêveurs, des apprentis sorciers.

Il y a, dans la nuit, des énervés qui veillent,

Et dans les rues, le jour, des êtres allant pressés,

Pris dans l' impératif de l'ordre quotidien.

Beaucoup s'épuiseront attachés à leur tâche

Pourtant, il restera toujours des solitaires,

Pouvant prendre le temps de s'écouter penser.

Afin que leurs écrits soient certes inimitables,

Des poètes ont créé un étrange langage.

Ils confèrent aux mots un sens inusité.

Indubitablement, ils se sentent puissants,

Visiteurs d'un ailleurs, à eux seuls accessible.

Lors, divaguer en vers ressortit d'un grand art.

                                                                       25/5/1998

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Jean Lhassa : THANATHOS

Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

présentent

 

THANATOS

Jean Lhassa

 

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Parler de la mort sans tomber dans les poncifs, voilà le challenge que Jean Lhassa s’est lancé au moment d’entreprendre l’écriture de son recueil de nouvelles. On peut l’envisager à tout âge, sous n’importe quel aspect … même si on sait qu’elle surgira à un moment forcément inopportun, sous les traits d’un être cher, dans un rêve ou au coin de la rue. On peut également mourir de tout, d’un rien. L’auteur connaît admirablement ses classiques et possède une âme de feuilletoniste. Il y a donc un peu de Jean Ray et de Thomas Owen dans ses lignes, même s’il fait œuvre personnelle. Une quarantaine de textes courts et n’excédant jamais plus de six pages aident le lecteur à appréhender le dernier instant avec philosophie, horreur ou ...incrédulité.

 

 

Romancier et essayiste, Jean Lhassa est aussi un spécialiste du western italien, genre auquel il a contribué en écrivant trois ouvrages analytiques, et du cinéma en général. Auteur d’une biographie d’Ennio Morricone, le maestro italien, il a également collaboré à de multiples reprises avec le scénariste Mythic pour accoucher d’une centaine de nouvelles et de deux romans (Maasterstein, Hushan). Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles publient régulièrement ses textes et ce depuis une vingtaine d’années.

 

Dépôt légal : D/2013/4467/3 – 3e trimestre 2013

136 pages

Chez le même éditeur :

-          Le goût du malheur : Henri Vernes

-          Gus Rongy : Oglala

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Duiveldag : Jean Lhassa et Mythic

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

-          Furya : Mythic

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

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Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

présentent

 

IL ÉTAIT UNE FOIS LE WESTERN

Anthologie d’auteurs francophones

 

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Impossible de parler du western sans imaginer de vastes étendues sauvages accompagnées par un souffle d’harmonica. Depuis que Sergio Leone a revisité l’Ouest sauvage, rien n’est plus pareil et l’univers des cow-boys a pris un grand coup d’étrier dans le derrière. Jean Lhassa a eu l’idée de rassembler le meilleur des auteurs francophones que compte la Belgique et de leur proposer de se promener dans les univers de Bruno Corbucci, de Sergio Sollima et Damiano Damiani afin de partir à la rencontre de Terence Hill, de Georges Hilton et de Giuliano Gemma. On connaît cependant les écrivains d’aujourd’hui. Ils partent d’une thématique et s’évadent dans des mondes personnels qui doivent un peu … beaucoup … à ce qu’ils ont lu, vécu ou entendu. Chacun avec son style, sa force et ses limites, a soumis une nouvelle plus ou moins longue. Si Henri Vernes a accepté d’offrir un texte placé en début d’ouvrage, les noms de Gus Rongy, Laurent Aknin, Nicolas Bay, Daniel Bastié, Georges Bouillon, Charles Fox, Dan Pascal, Léopold Pauwels et de nombreux autres viennent dresser un portrait subjectif de l’Ouest assimilé par des hommes et des femmes de la fin du XXe siècle.

 

Dépôt légal : D/1996/4467/18 – 4e trimestre 1996

336 pages

Chez le même éditeur :

-          Thanatos : Jean Lhassa

-          Le goût du malheur : Henri Vernes

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Fantasmagorie crétoise : Mikis Theodorakis

-          Furya : Mythic

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

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Jean Lhassa : COSMOPOLYTON

Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

présentent

 

COSMOPOLYTON

Jean Lhassa

 

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Difficile de parler d’Eros sans parler de l’amour et de l’énorme sensualité qui y prépare. Difficile de parler de l’amour sans parler de la haine et de la vengeance qui en découlent inévitablement. Qui sont donc celles et ceux qui prennent le corps et les arguments imparables d’Eros ? Une harpiste que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam mais qui vous subjuguera, une jeune étudiante qui s’invite dans vos rêves, nuit après nuit, une maman perdue trop tôt, une conquête que vous auriez mieux fait d’éviter, une fille d’un autre temps impossible à satisfaire, une délicieuse amante qui vous cachait sa maladie, une épouse trompée qui vous fera payer au centuple votre trahison, une passionnée du voyeurisme, un trop joli garçon dont l’atout dangereux reste sa virilité en or … Toutes et tous ont en commun dans les nouvelles rassemblées ici la mort, le prix à consentir aux dards d’Eros. Ils succomberont sans lutter aux divins coups de foudre. Trente-six textes à lire sans modération. La plume de Jean Lhassa reste plus que jamais une aubaine pour tout amoureux de belles lettres avec, en prime, l’imagination au pouvoir. 

 

Romancier et essayiste, Jean Lhassa est aussi un spécialiste du western italien, genre auquel il a contribué en écrivant trois ouvrages analytiques, et du cinéma en général. Auteur d’une biographie d’Ennio Morricone, le maestro italien, il a également collaboré à de multiples reprises avec le scénariste Mythic pour accoucher d’une centaine de nouvelles et de deux romans (Maasterstein, Hushan). Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles publient régulièrement ses textes et ce depuis une vingtaine d’années.

Chez le même éditeur :

-          Oglala : Gus Rongy

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Fantasmagorie crétoise : Mikis Theodorakis

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Furya : Mythic

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

 

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12273078255?profile=original"Les caractères" sont un recueil de maximes et portraits moraux de Jean de La Bruyère (1645-1696), publié à Paris chez Estienne Michallet en 1688; neuf éditions revues, augmentées et corrigées chez le même éditeur jusqu'en 1696.

On pourra sans grand risque soutenir que, en dépit des Dialogues sur le quiétisme, La Bruyère est l'homme d'un seul livre. C'est vers 1674 - peut-être même dès 1670 - qu'il a dû commencer à consigner par écrit ses réflexions sur la société qui l'entoure, et jusqu'à l'année de sa mort il ne cessera de corriger et de retravailler un texte qui fixe pour nous la vérité de son auteur. OEuvre en un sens autobiographique, puisque issue pas à pas de l'expérience personnelle (celle en particulier du préceptorat de Louis de Bourbon, petit-fils du Grand Condé) avec son lot d'admirations et surtout de rancoeurs. Le bourgeois propulsé dans la maison de Condé rencontre en effet, dans ce poste d'observation privilégié sur la noblesse et la cour, mille occasions quotidiennes d'humiliations, surtout s'il se double d'un intellectuel timide. Les Caractères sont une façon de revanche. Une revanche au demeurant précautionneuse: lorsque, en 1688, le livre paraît, son auteur reste anonyme et son titre s'abrite derrière un autre, les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec les Caractères ou les Moeurs de ce siècle. Apparemment, il ne s'agit que d'une imitation, d'un prolongement modeste apporté à l'oeuvre du philosophe antique, cette dernière bénéficiant d'ailleurs d'une typographie plus aérée. Le public pourtant ne s'y trompe pas, qui absorbe trois éditions en un an. Six autres paraîtront du vivant de l'auteur. Plus encore que le succès, avec son parfum de scandale - une première clé manuscrite prétend dévoiler, en 1693, les personnes visées dans les portraits-charges du moraliste - et son cortège de polémiques - des Anciens contre les Modernes, des «esprits forts» contre les croyants -, les Caractères apportent à La Bruyère la gloire: le 16 mai 1693, il est sur cet unique ouvrage élu à l'Académie française.

Entre 1688 et 1696, le livre va considérablement évoluer. Point dans le nombre (16) ni dans l'ordre de ses chapitres, mais dans le nombre des remarques qui les composent. On passe de 420 remarques pour la première édition à 1 120 pour la dernière. La Bruyère ajoute toujours, puisant notamment dans un manuscrit élaboré sur une quinzaine d'années et dont une partie seulement a formé l'édition de 1688, sans presque rien retrancher (rarissime exception: la remarque 19 du chapitre «Du souverain ou de la république»). Ces ajouts n'ont pas pour but d'équilibrer la longueur des différents chapitres, mais d'introduire plus de diversité à l'intérieur de chacun d'eux par une alternance de textes différenciés. On distingue en effet trois types de remarques: les maximes - l'ouvrage de La Rochefoucauld avait été édité à Paris en 1665 -, par définition brèves et exprimant une vérité morale universelle; les réflexions, qui interviennent en commentaire d'un énoncé général et comptent en moyenne une dizaine de lignes; les portraits enfin, de longueur variable, et dont les modèles sont désignés la plupart du temps par un nom fictif. D'une édition à l'autre, le pourcentage des réflexions (environ 30%) varie peu, alors que celui des maximes recule sans cesse devant les portraits: cette évolution reflète, bien que La Bruyère proteste de sa bonne foi, le goût stimulé des mondains pour l'énigme médisante, à laquelle nul n'est en peine de trouver une solution. Au début de sa carrière littéraire, La Bruyère est gouverné par la prudence: il ne se donne guère pour ambition d'améliorer ses semblables, la place de la satire est limitée (une dizaine seulement de portraits, aux allusions opaques, et dont les victimes sont souvent décédées). Mais petit à petit les attaques personnelles vont se faire plus nombreuses et directes, l'auteur va afficher son désir d'instruire et de réformer le lecteur; il donne un cours plus libre à son pessimisme et aboutit à une véritable critique sociale. A la fin, il tranche du philosophe et se pose - nouveau Pascal - en apologiste de la religion chrétienne. Mais c'est aux Essais, et non aux Pensées, que l'évolution des Caractères fait bien plutôt songer: un auteur couvert d'abord par un ou plusieurs écrivains antiques et satisfait apparemment d'écrire entre leurs lignes refait toute sa vie un livre de plus en plus volumineux, complexe et personnel auquel la postérité va l'identifier.

I. «Des ouvrages de l'esprit». «Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent» (Remarque 1). Quand bien même il resterait place pour un talent nouveau, les critiques se ligueraient contre lui, par incompréhension ou jalousie. Le seul salut possible est dans un retour au simple et au naturel qu'ont illustrés les Anciens et que les «honnêtes gens» sont encore capables de goûter.
II. «Du mérite personnel». Le mérite devance l'âge chez ceux qui sont de royale lignée, mais les grands génies ne leur sont pas inférieurs. Quant au sage, il renoncera à se faire valoir plutôt que d'avoir à dépendre des autres.

III. «Des femmes». Les femmes ont-elles du mérite? Si l'on met à part celles qui bénéficient d'une haute naissance, leur mérite se ramène à leur beauté - beauté trompeuse, car éphémère et fardée. Lorsque le temps de plaire est passé, elles se jettent dans une dévotion affectée et envieuse, décidément incapables de se conduire jamais par raison.
IV. «Du coeur». Le coeur sert à aimer: non point de la passion violente de l'amour, mais de la préférence d'estime que veut l'amitié. Il est aussi le siège de la générosité, vertu opposée à la prodigalité comme à l'avidité et qui donne sa douceur au commerce des hommes.

V. «De la société et de la conversation». Les entretiens ordinaires sont vains et incommodes: comment éviter Acis - le «diseur de phoebus» -, Arrias - l'esprit prétendument universel - ou le grossier Théodecte? Chacun ne pense qu'à éblouir les autres, les railler, les écraser, quand la politesse consisterait à les rendre contents d'eux-mêmes en leur donnant de l'esprit.
VI. «Des biens de fortune». L'acquisition des richesses se fait au détriment non seulement du repos et de la santé, mais de l'honneur et de la conscience. Une consolation cependant devant l'ascension insolente des parvenus: la rapidité de leur chute.

VII. «De la ville». Paris est «le singe de la cour» (R. 15): les hauts magistrats s'acoquinent avec ce qu'il y a de plus dévergondé dans l'aristocratie; les parasites pullulent, pures nullités (ainsi Narcisse) qui jouent les utilités; les bourgeois ne proportionnent plus leur dépense à leur revenu, mais à leur vanité.
VIII. «De la cour». C'est le pays de l'esclavage. On y passe son temps, dans le brouhaha des antichambres et des escaliers, à contraindre ses sentiments pour plaire aux amis du nouveau favori tout en se ménageant à force de flatteries des appuis qui doivent nous permettre de le remplacer. «Vous êtes homme de bien?» Pronostic immédiat: «Vous êtes perdu» (R. 40).

IX. «Des grands». La grandeur est loin d'aller avec le discernement: parmi ceux qui sont au service des puissants, les gens d'esprit sont le plus souvent méprisés, alors que les intrigants entrent dans la confidence de leurs maîtres. C'est le règne des intendants et des bourgeois, qui profitent de l'ignorance où sont les grands de leurs propres affaires comme de celles de l'État.
X. «Du souverain ou De la république». Tous les régimes se valent, hormis la tyrannie. Pour l'État, le plus sûr est de n'introduire aucune réforme, car c'est donner l'exemple du changement. En politique extérieure, la guerre est une solution désastreuse qui, outre les maux qu'elle cause directement, empêche de procurer le bien au peuple.

XI. «De l'homme». Dans ses relations avec autrui, l'homme fait l'expérience de l'inconstance, de l'incivilité et de l'injustice. Tous ces maux ont une racine naturelle en son coeur: l'amour-propre. Ils s'ajoutent à ceux qui lui viennent de sa constitution physique, promise à la caducité et à la mort.
XII. «Des jugements». Nous jugeons mal. A preuve, les contradictions qui paraissent entre nos jugements. C'est qu'ils sont gouvernés par le préjugé, fondés sur l'apparence et en définitive portés sur un objet lui-même contradictoire. Deux instances peuvent échapper à l'erreur: la postérité et les philosophes.

XIII. «De la mode». Généralement parlant, «il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu'à l'affecter» (R. 11). Il importe cependant d'y résister lorsqu'elle intéresse «le goût» (R. 1) - qu'elle fixe de façon pathologique sur des objets insignifiants -, et surtout la conscience - la mode de la dévotion multiplie les émules de Tartuffe.
XIV. «De quelques usages». Les habitudes du temps montrent des bourgeois enrichis qui n'hésitent pas à se faire passer pour nobles de souche, un clergé trop souvent gagné par les moeurs chicanières et cupides du monde, une justice forte surtout devant le faible et vivant de la contestation des testaments les plus authentiques.

XV. «De la chaire». «Le discours chrétien est devenu un spectacle» (R. 1): les sermons se parent d'ornements étrangers à la gravité de la parole sacrée - figures réitérées, traits brillants, descriptions précieuses - et visent beaucoup moins à convertir qu'à se faire admirer. Un prédicateur véritablement apostolique s'épargne ces vaines recherches pour se livrer à l'inspiration divine.
XVI. «Des esprits forts». L'expression est ironique car les libertins, loin de montrer une quelconque force de raisonnement, ne font que suivre les passions qui les attachent à la terre, ou la mode de l'impiété affichée par les Grands. Quelle déraison chez les prétendus rationalistes! Ce qui pense en moi ne peut être qu'esprit et ne saurait tirer sa première cause de la matière. L'ordre de l'univers immense exclut d'autre part qu'il soit régi par le hasard.

Les Caractères suivent-ils un plan? Il n'est pas évident de découvrir une logique dans la suite de leurs chapitres ou de leurs remarques. La Bruyère semble le premier donner dans l'illusion rétrospective lorsqu'il écrit en 1694, dans la Préface de son Discours à l'Académie, que les quinze premiers chapitres «ne sont que des préparations au seizième»: leur objet serait de ruiner systématiquement «tous les obstacles qui affaiblissent d'abord, et qui éteignent ensuite dans tous les hommes la connaissance de Dieu». A vrai dire, le «Discours sur Théophraste» (1688) qui précède la traduction de cet auteur en tête des Caractères parle seulement de rendre l'homme «raisonnable», et ce «en l'examinant indifféremment, sans beaucoup de méthode». La Bruyère fuit l'ordre didactique du pédant - comme en témoigne la facilité avec laquelle les remarques glissent d'un chapitre à un autre au fil des éditions - pour mimer la liberté, qui n'est point sans règles, de la conversation mondaine. Des repères s'offrent: le livre s'ouvre sur le livre, trouve son centre de gravité à traiter de l'État et culmine avec la religion. L'écrivain, le roi, Dieu. Une ambition d'universalité soutient le projet: «Les Caractères, dit R. Barthes, sont en un certain sens un livre de savoir total.» Avant l'éclatement en disciplines autonomes, il s'agit pour le moraliste de couvrir à la façon d'un cartographe toutes les régions du monde humain sans laisser subsister de terres inconnues. Au lieu d'un ordre analytique, on se trouvera donc confronté à une répartition par zones: deux chapitres sur la nature humaine en général («De l'homme», «Des jugements»), les autres se regroupant en champs thématiques différenciés - l'art («Des ouvrages de l'esprit»), l'amour («Des femmes», «Du coeur»), la société («De la ville», «De la cour», «Des grands», «De la mode», etc.) et la religion («De la chaire», «Des esprits forts»). Le moraliste classique peut encore se poser en encyclopédiste du microcosme.

Le savoir chez lui est indissociable de la critique. Rien ou presque dans son époque ne le satisfait. Pour mieux accabler ses contemporains, La Bruyère peint le passé aux couleurs d'un mythique âge d'or: en littérature, et globalement dans l'art, la perfection se situe au commencement; pour la vie sociale, il faut regretter le mode d'existence patriarcal et l'économie «champêtre» des premiers hommes, quand «il n'y avait encore ni offices, ni commissions, ni présidents, ni procureurs» («De la ville», R. 21); le souverain idéal apparaît sous les traits d'un biblique pasteur, cependant que l'Église contemple dans les vénérables Basile et Chrysostome les modèles de son éloquence enfuie et livrée désormais aux déclamateurs _ «le temps des homélies n'est plus» («De la chaire», R. 5). D'un mot peut se résumer ce que nous avons perdu: la nature, au sens même le plus immédiat du terme. Alors que le bourgeois d'autrefois allait encore sur sa mule et franchissait les rues comme un chasseur traverse les guérets, celui d'aujourd'hui met son étude à se garantir de toute atteinte de la pluie, du vent ou du soleil. La société nouvelle est citadine en cette acception extrême que l'homme n'y est plus en rapport qu'avec d'autres hommes. Au lieu de la nature et de la réalité règnent l'artifice et l'apparence. Si encore l'apparence reflétait la réalité! Mais le signe a pris son autonomie, il prolifère sans mesure et sans référent, comme les armoiries des Sannions qu'on retrouve jusque sur leurs serrures et qui ne correspondent à aucune noblesse de race. Ou plutôt, l'unique référent du signe est devenu l'argent, qui est lui-même un signe. La société, ainsi, n'a plus de fondement naturel, ses distinctions ne renvoient ni au mérite ni au travail - ceux qui la font vivre, les paysans, sont exclus même de l'humanité («L'on voit certains animaux farouches...», «De l'homme», R. 128) - et s'offrent par là au regard du philosophe comme une collection hétéroclite et dévaluée de signes.

A ce monde désarticulé ne peut convenir qu'une écriture discontinue. La Bruyère, comme presque tous les moralistes, adopte la forme du fragment parce qu'elle impose d'emblée la diversité, les contradictions, l'inconsistance même de son sujet - l'homme. A la limite, l'auteur des Caractères récuse la notion de caractère en ce qu'elle prétend abusivement circonscrire une essence: «Les hommes n'ont point de caractères, ou s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi» («De l'homme», R. 147). De manière plus originale, il prolonge la discontinuité jusqu'à l'intérieur du fragment. A une époque où l'art des transitions était la pierre de touche du métier d'écrivain, il ose supprimer systématiquement les liaisons logiques. Ses portraits sont des catalogues d'actes introduits par la répétition indéfinie du pronom «il» et accumulés sans engendrer de récit. Tous les verbes pratiquement qui dépeignent Giton (le riche) se retrouvent dans la description de Phédon (le pauvre), mais dans un ordre différent - rendu par là indifférent. Cette exclusion de la temporalité et de son irréversibilité interdit au personnage de passer pour une personne et le réduit à la série de ses gestes: ce qui fait défaut en lui, c'est l'esprit qui les veut et les coordonne, l'intériorité vivante qu'on a précisément coutume d'appeler «caractère». Fécondité inattendue de La Bruyère: tout en attirant, par la substitution du mécanique à l'humain, la dérision sur une société veuve de son âme, il désigne dans le langage «qui se sait et se proclame artifice» (Doubrovsky) le lieu moderne de l'écriture.

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SAFADORE

SAFADORE

Salon de l'Art Fantastique Européen
Du 7 février au 6 mars 2015
Thermes du Mont-Dore
Du lundi au vendredi de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00 et le samedi de 10h00 à 12h00.

En dix ans, le salon de l'Art Fantastique Européen du Mont-Dore a réuni dans le cadre magique des Thermes historiques une bonne centaine de peintres originaires de toute l'Europe. Toutes les grosses pointures de la mouvance fantastique sont passées dans l'accueillante ambiance hivernale auvergnate pour exposer leur travail créatif dans le cadre de l'événement valorisant, proposé par la Ville du Mont-Dore avec le concours des «Héritiers de Dali». En dix ans, le mouvement rénovateur fondé en 2004 par Roger Erasmy a présenté 25 expositions internationales dans la station du Sancy (devenue port d'attache du collectif) et dans les grandes capitales européennes : Bruxelles, Munich, Ratisbonne, Vienne, Barcelone et Paris. L'affluence du grand public (dont 7.000 visiteurs par an en Auvergne) a permis de constater le fabuleux enthousiasme suscité par l'Art de l'imaginaire

 

 

                             http://fr.slideshare.net/otsancy/safadore2015-visuels-tableaux

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12273074268?profile=originalBertha Wegmann (1847-1926) :

Portrait de l'artiste Johanna Bauck, 1881.

Une peintre suédoise, peinte par une autre peintre, danoise. Toutes deux amies, elles louèrent un studio, à Munich puis à Paris, pour y travailler.

Gloire à la féminité !

Je vous propose dans ce billet un nouvel éclairage sur la peinture scandinave, et surtout de montrer combien important y fut le rôle des femmes.

Si aujourd'hui cela semble évident, ce ne fut pas toujours le cas dans notre sociétée si bien corsetée.

Bien sûr il y eut Sofonisba Anguissola (c. 1532-1625) ou Artemisia Gentileschi (1593-1652), Elisabeth Vigée-lebrun (1755-1842), Rosa Bonheur (1822-1899), Berthe Morisot (1841-1895) ou Mary Cassatt (1844-1926), mais longtemps elles demeurèrent exceptions.

Boccace avait prévenu : "L'art est très étranger à l'esprit des femmes, et ces choses ne peuvent être accomplies sans beaucoup de talent, qualité rare d'ordinaire chez elles.", 1370.

12273074692?profile=originalAmalia Lindegren (1814-1891), Suédoise :

Le petit-déjeuner, 1866.

Le "Breakfast", un autre "must" suédois.

Bon, me direz-vous, Boccace c'est le XIVe siècle, faut bien sortir du Moyen-Âge...

D'accord, alors ancrons-nous dans la "modernité" de l'ère industrielle.

D'ailleurs "Quelques femmes - exceptions très rares - ont pu donner, soit dans l'art, soit dans la littérature, l'illusion d'une force créatrice. Mais ce sont ou des êtres anormaux, en état de révolte contre la nature, ou de simples reflets du mâle.", Octave Mirbeau, 1900.

De l'art et du cochon.

Charmant, non ?

12273074501?profile=originalAmanda Sidvall (1844-1892), Suédoise :

Autoportrait, 1870.

Pourtant, fin dix-neuvième, la femme s'émancipe et "On ne compte plus les femmes typographes, dessinateurs, compables, caissières, courtières, agents d'affaires..."

Ce que l'on semble déjà déplorer.

Et "Dans l'art, c'est pire ; la femme l'encombre. La femme peintre, sculpteur, compositeur, romancier, sont autant de manières d'être où se manisfeste cette prétention à l'assimilation.", Dr Julien Chevalier, 1893.

T'as de la méthode ! T'assimiles, Mimile !

Chevaleresque, vous dis-je !

12273075870?profile=originalFanny Brate (1861-1940), Suédoise :

La fête, 1902.

Avec une lumière aérienne qui illumine la scène, nul doute que "La fête" soit réussie. C'est en tout cas la toile la plus célèbre de cette proche de Carl Larsson.

Heureusement, contre l'avis commun, la femme se rebiffe.

"Oser écrire, oser parler, oser agir sans l'abri du masque ou de l'éventail, n'était-ce pas sortir de cette réserve que les moeurs, les lois, les religions ont de temps immémoriaux, recommandée ou imposée aux femmes comme étant leur plus belle parure ? Aux hommes le forum, aux femmes le foyer...

Ainsi pensait la majorité.", Marguerite Durand, 1902.

12273076476?profile=originalBertha Wegmann (1847-1926), Danoise :

La femme en noir.

Même si influencé par Whistler, ce portrait laisse un parfum inoubliable.

Aussi pousuivons dans son sillage.

En Scandinavie, les femmes semblent moins en butte à l'hostilité, et leur production, toujours ignorée ici, vaut certes d'être exposée et louée.

12273076674?profile=originalHarriet Backer (1845-1932), Norvégienne :

Un cordonnier rural, 1887.

Elève des peintres français Gérôme et Bonnat, elle combine réalisme et impressionnisme, réalisant une synthèse parfaite.

Et si aujourd'hui les femmes sont beaucoups moins rares, elles restent à jamais d'exception.

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Eva Bonnier (1857-1909), Suédoise :

La gouvernante, Brita Maria (Mussa) Bauck, 1890.

Une peinture réaliste qui rend hommage au "petit personnel", qui lit et s'informe, quand il n'est pas cantonné aux fourneaux, voilà un sujet rarement traité.

Vous avez dit féministe  ?

C'est manifeste. Maria Deraisme (1828-1894), ardente féministe, libre-penseuse et peintre à ses heures, savait ce que femme veut.

"Ce que les femmes veulent, c'est de ne point être élevées, enseignées, façonnées suivant un type de convention ; type conçu dans la cervelle des poètes, des romanciers, des artistes, et par conséquent dépourvu de réalité.

Ce que les femmes veulent enfin, c'est qu'on renonce à cette distribution arbitraire, fictive, des facultés humaines, affirmant que l'homme représente la raison, la femme le sentiment."

"Leur juste part de droit et de liberté" en somme.

Michel Lansardière (texte et photos).

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Pour les yeux d'Emilienne

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                        Pour les yeux d’Emilienne

 

 

                                                        Le  roman

 

                     «  Pour les yeux d’Emilienne conte avant tout une formidable histoire d’amour, celle de Maximilien et d’Emilienne. A dix-sept ans, ils se sont connus au collège et se sont aimés puis la vie les a séparés. A tout jamais, croyaient-ils. Chacun d’eux a suivi son propre chemin. Pendant plus de trente ans, Emilienne n’entendra plus aucune nouvelle de son amour de jeunesse tandis que Maximilien cultivera le fantasme du souvenir de la jeune fille mais sans aucun espoir de pouvoir la retrouver. D’ailleurs, est-elle encore vivante ? Et puis, l’incroyable va se produire. Des circonstances étranges vont permettre à Maximilien de retrouver Emilienne. Et le miracle se produira, le fantasme deviendra réalité, leurs destins se croiseront. Un grand amour naîtra et une nouvelle vie s’ouvrira alors pour les deux héros.

 

                                                                      

                                                         L’auteur

 

                     Guy Rombeau est belge et vit dans le Hainaut. Passionné depuis l’enfance par l’art pictural, la littérature et plus particulièrement la poésie, il s’est décidé à se lancer dans l’écriture après une longue carrière professionnelle exercée dans le domaine de l’informatique et de la finance. « Pour les yeux d’Emilienne » est son deuxième roman, paru en 2015, dont une grande partie de l’action se situe dans le pays athois. En 2013, il avait déjà publié un premier roman intitulé « Victor ». Un recueil de poésies intitulé « Souvenirs du Pays Vert » et illustré par l’auteur est en cours de préparation.                 

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Fulda, mon amie d'enfance

J’aimerais une cour où jouer encore,
Là où le soleil pourrait toujours briller.
M’y promener et flâner le soir, y humer
Les parfums qui courent d’un jour qui m’adore.


J’aimerais tant ma montagne aux blancs sommets,
Franchir ma fenêtre et saisir leurs clartés,
M’agenouiller tel un enfant émerveillé,
Tenir aussi dans ma main un flocon mouillé.


Et puis danser, danser comme par le passé,
Virevolter sous le Ciel devenu clément.
Et moi, mère, qui enlacerait ses enfants,
Crierait au monde mes rêves enfermés.

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Ma fille adorée,

 

Sais-tu mon secret pour avancer toujours, bien debout,

souriante et libre d'une certaine façon ?

Tricotes-toi pour toi d'abord, tout le temps de la douceur ;

 rêves éveillés, écriture etc. ..... créativité.

N'y renonce jamais.

Ensuite tu ressentiras la nécessité de partager.

Pour moi ma chérie, la poésie fut au départ

 le substitut, de façon inconsciente bien sûr,

 des bras enlaçant d'une mère,

 ensuite ce fut un cheminement au sein du quotidien,

 une aération, une ouverture bleue, verte, toute lumineuse.

Pour toi bien sûr ma chérie,

 ce sera forcément différent,

sachant que mes bras sur toi, je les referme souvent.

Là où il y a un manque, une absence,

 peut naître puis grandir un ensoleillement,

où sûrement même une fleur !

L'essentiel est en soi.

Oui, sois douce avec toi ma beauté.

Choisis la vie avec un V majuscule !

Celle-ci recèle maintes plaisirs, 

des trésors minuscules ;

 Le minuscule étant l'éclat,

le clin d'œil de l'immense.

voilà mon grand secret,

même plongée dans le noir,

j'aperçois un rayonnement,

dans l'effort je ressent de l'allégresse :

 Je deviens moi de jour en jour.

Ne faut-il pas être un peu sa propre mère ?

NINA

 

 

 

 

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Certitudes

Pendant quelques temps, j'ai marché dans un brouillard épais.

Un brouillard qui m'empêchait de discerner ceux qui marchent devant,

ceux qui marchent derrière.

Je me suis sentie étrangère, seule, abandonnée.

Je me suis laissée envahir par la tristesse, la lassitude.

Que faire?

Rejoindre ceux qui marchent devant, qui me font voir la vie différemment?

Attendre ceux qui marchent derrière?

Rester avec eux et mourir lentement?

Comme à son habitude, le brouillard s'est dissipé et les certitudes sont revenues.

Observer et écouter ceux qui sont devant, ceux qui me nourrissent,

qui me font avancer.

S'arrêter de temps en temps pour encourager, transmettre à ceux qui marchent

derrière, en respectant leur rythme.

Même si parfois cela freine ma marche.

Même si parfois c'est difficile à accepter.

C'est mon rôle.

C'est ce que j'ai toujours fait.

C'est ce que je ferai encore.

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Robert Vandamme : LES JOURS RENOUES

Les Editions du Centre d’Art d’Ixelles

Présentent

 

LES JOURS RENOUES

Robert Vandamme

 

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Les vrais poètes sont trop rares pour les laisser dans un silence insultant. Robert Vandamme fait partie de ces authentiques créateurs qui magnifient la langue et jouent avec les mots. Avec une vingtaine d’ouvrages publiés auprès de différents éditeurs,  il a accepté de confier son dernier manuscrit paru de son vivant aux Editions du Centre d’Art d’Ixelles, un volume d’une rare exigence qu’on lit et relit pour s’imprégner d’une  lecture décapante et globale. Car il faut être modeste pour écrire avec une telle pudeur et une telle générosité et rêver, naturellement, d’être lu. Raisonnable et sans vanité, l’auteur a gardé cette intense vertu socratique qui place la parole, en sa qualité de verbe sans cesse malléable et récusable, bien au-dessus de l’écrit, péremptoire quant à lui, arrogant, définitif. Mais si nous voulons que l’Histoire se prolonge, il faut bien, l’Histoire nous l’enseigne, que nous sacrifiions à l’écriture.

 

 

Chez le même éditeur :

-          Thanatos : Jean Lhassa

-          Oglala : Gus Rongy

-          Le goût du malheur : Henri Vernes

-          Mikis Theodorakis : Fantasmagorie crétoise

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

-          Furya : Mythic

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

Extrait de l'ouvrage

Eglogues 1941

         

           

1.

 

Tandis que les coucous se perdaient dans les bois,

Lucile,j'enroulais tes cheveux à mes doigts.

Souviens-t'en. Les chars lourds grinçaient le long des charmes.

L'amour qui nous avait arraché tant de larmes

Ceignait nos fronts d'une douce mélancolie.

Le baiser que je pris sur ta lèvre pâlie

Avait le goût du miel, de la pluie et du vent.

Déjà je me sentais grave comme un enfant.

2.

Averse, tu me plais avec tes longs fils bleus

Et ton odeur de foin qui flotte sur les routes....

Tandis que le grand vent chassait les chats frileux

Et dans un tourbillon éparpillait les gouttes

De pluie, Eva, nous entremêlâmes nos doigts

Sous un hangar qui sentait bon le trèfle mauve.

Jeune fille, je pense à vous et je revois

Vos deux lèvres d'enfant, vos yeux de jeune fauve.

3.

Pour les jardins frileux et pâles,

Le vent amasse des étoiles.

Effloraison

 

Lente d'octobre sous la lune.

Ombres longues d'un bleu de prune.

Toits des maisons

 

Epars dans les derniers feuillages.

Pour qui, pour quel nouveau visage

Sont ces chansons ?

 

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Gus Rongy : OGLALA

Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

présentent

 

OGLALA

Gus Rongy

 

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Né à Liège, Gus Rongy est un auteur belge, qui a attendu l’âge de la retraite pour se lancer en littérature. De 1990 à nos jours, Gus a écrit une bonne soixantaine de nouvelles, publiées pour la plupart au Centre d’Art d’Ixelles et chez Publibook. Par ailleurs, mettant à profit son expérience de musicien de jazz, – il a fait partie de divers orchestres Dixieland de la capitale dans les années soixante –, il a publié deux romans, La boue du delta (1995), dont l’action se passe dans le sud des États-Unis à l’aube du vingtième siècle, et Les chemins interdits (1997), roman plutôt autobio­graphique, en tout cas tissé de souvenirs personnels. Dans ces deux cas romanesques, l’écrivain prouve qu’il est capable de longs métrages, qu’il a du souffle, qu’il a un sens aguerri de la fresque et que le romancier n’a en rien à rougir auprès du nouvelliste.

 

 

Chez le même éditeur :

-          Thanatos : Jean Lhassa

-          Le goût du malheur : Henri Vernes

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Fantasmagorie crétoise : Mikis Theodorakis

-          Furya : Mythic

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

 

Extrait de l’ouvrage :

Le jobard

Tout a commencé à ma naissance. Il y a très longtemps.

Je suis né dans un chou. C'est une belle entrée en matière.

Ma sœur aînée, elle, était née dans une rose. Vous, les jeunes qui me lisez, vous vous dites que c'est le début d'un conte de fées, ce qui n'est plus tellement d'actualité, et vous vous désintéressez probablement de mon récit. Pas si vite ! Vous allez voir que c'était courant à mon époque, aussi absurde que cela puisse paraître.

J'y ai cru jusqu'à mes dix ans, ce qui était moins courant, même à mon époque. Mes parents n'ont rien fait pour me donner une autre explication. En ces temps reculés, il n'y avait pas de cours d'éducation sexuelle. Il n'y avait pas Internet et ses sites particuliers. Les brochures spécialisées circulaient sous le manteau. Je n'avais même jamais vu une femme enceinte.

Si, tout de même. Un jour − j'étais en troisième primaire −, ma mère et moi avions croisé une voisine qui projetait en avant un ventre monstrueux. Cette femme semblait souffrir d'une grave maladie qui la faisait enfler dans des proportions inhabituelles.

J'ai interrogé ma mère, qui a paru gênée tout à coup, comme si la maladie de cette pauvre femme était tellement effroyable qu'on ne pouvait pas en parler aux enfants. Elle a répondu avec réticence que cette dame attendait un bébé. Et comme j'ouvrais la bouche pour solliciter quelques explications complémentaires, elle m'a dit très vite : « Tu comprendras plus tard. » Et le chapitre fut clos.

Mais je n'arrêtais pas de m'interroger. Comment cette femme avait-elle attrapé un enfant dans son corps ? Par où était-il venu ? Et par où sortirait-il ? Allait-on devoir ouvrir le ventre de cette malheureuse pour en extraire le bébé ? Heureusement, ma maman n'avait pas eu à subir une telle déformation. Il lui avait suffi de m'acheter au marché, rayon des fruits et légumes.

Tout ce qui se passait au sud du nombril, des hommes comme des femmes, était tabou dans la famille. Toutefois, je n'ignorais pas que les filles étaient bâties différemment des garçons : quand j'avais six ans, j'avais obtenu de ma petite voisine Antoinette qu'elle me montre par où elle faisait pipi, en échange d'un bâton de chocolat et d'un grand sac de bonbons au miel.

En ce qui concernait la procréation, mon père n'était pas plus loquace que ma mère. Ce sont les petits condisciples plus au fait de la biologie qui m'ont dessillé les yeux en se moquant de ma naissance potagère. A les entendre parler de ces choses avec des rires sous cape, je me suis douté que l'histoire du chou et de la rose était une invention.

Quand on pense que les autorités pédagogiques projettent actuellement un programme d'initiation sexuelle dès la première année primaire... Ces bambins en connaîtront plus sur la question que moi à quinze ans, âge auquel j'ai entrepris une démarche qui m'a conduit à passer outre au respect humain, à la pudeur et à la honte.

Depuis quelque temps, j'étais très troublé par les transformations étranges dont mon corps était l'objet. Des phénomènes physiologiques nouveaux étaient apparus, qui m'inquiétaient profondément. Ce n'étaient pas seulement leurs manifestations qui me tourmentaient, mais aussi leur répétition. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Assurément, ce n'était pas normal. Je devais être atteint d'une affection grave qui allait altérer ma santé. Une maladie honteuse, à n'en pas douter. Pas question d'en parler à papa et maman : la région concernée était zone interdite.

Après m'être torturé moralement pendant des semaines − tout bien considéré, n'étais-je pas un vicieux ? − et alarmé pour le fonctionnement de mon corps, je me résolus, la mort dans l'âme, à aller consulter le docteur Delforge, médecin de notre famille.

Comme un grand, je pris un rendez-vous pour une consultation, où j'allais enfin pouvoir exposer mon cas à une personne compétente.

Le médecin fut bien surpris de me voir arriver seul. C'était la première fois que j'entrais dans son cabinet sans ma mère. Il dut se douter que quelque chose de grave était en train de se passer, dont je ne désirais pas informer mes parents.

Avec beaucoup d'hésitations, je me décidai à confier au médecin mes anomalies physiques. Tout en parlant, je sentais le rouge de la honte me monter au front.

Le docteur Delforge m'écouta patiemment pendant un bon quart d'heure sans m'interrompre. A la fin, il me fit un grand sourire qui me rassura. Non, je ne devais pas me faire du souci. Non, je n'avais pas de maladie. Non, je n'étais pas un anormal ou un vicieux. Ce qui m'arrivait était on ne peut plus naturel. Cela s'appelait la puberté. Tous les garçons de mon âge étaient logés à la même enseigne, et c'était bien heureux d'ailleurs s'ils voulaient avoir des enfants plus tard. Il n'avait pas le temps d'entrer dans les détails mais il m'expliqua néanmoins que les filles aussi étaient l'objet de transformations sexuelles, accompagnées de phénomènes différents, bien entendu. Pour terminer, il m'appliqua une grande tape sur l'épaule.

« Sacré Antoine, me dit-il, tu es un fameux jobard ! »

Quand je suis sorti du cabinet, je me sentais soulagé, mais j'étais loin d'avoir tout compris. Le docteur Delforge avait notamment parlé de faire l'amour, comme d'une chose tout à fait naturelle, alors qu'autour de moi, cette expression était toujours accompagnée de sous-entendus ou de gestes obscènes.

Et puis, il y avait ce mot « jobard », que j'entendais pour la première fois et qui m'intriguait. Le Petit Robert me renseigna. Ce n'était guère flatteur. Jobard, adj. et n. : crédule jusqu'à la bêtise, naïf, niais. Merci, docteur Delforge...

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je ne peux que me féliciter d'avoir eu des parents comme les miens, même s'ils n'étaient pas prompts à m'éclairer sur certains sujets. Leur intention était louable : ils ne songeaient qu'à me préserver du mal. J'ai souvent pensé que s'il m'avait été accordé de choisir mes parents, ce sont ceux-là mêmes que j'aurais élus.

Cela dit, il me semble que j'avais déjà assez tôt des dispositions naturelles à la jobardise. J'avais de qui tenir : mon père m'avait un jour raconté que dans son village, lorsqu'il était enfant, les petits paysans lui avaient fait un jour avaler des crottes de lapin, lui faisant croire que c'étaient des boules de gomme. On peut être naïf par hérédité paternelle.

Pour mon septième anniversaire, j'avais reçu une panoplie de bricoleur : un marteau, des tenailles, un burin, un vilebrequin, une pince et d'autres outils, dont la qualité primordiale était d'être incassables. J'en étais très fier et je me vantais de mon matériel auprès de Charles, un petit copain de mon âge qui venait jouer à la maison. Celui-ci s'était plutôt montré sceptique : avant que j'aie pu l'en empêcher, il s'était aussitôt saisi de la pince et avait projeté froidement l'outil sur le sol, le brisant en trois morceaux. Il me démontra ainsi que j'étais déjà un fameux jobard.

L'histoire peut paraître drôle. Je peux vous assurer qu'elle ne m'a pas fait rire, moi, le petit moutard de sept ans. D'abord je découvrais qu'on ne pouvait pas se fier aux affirmations des grandes personnes ; ensuite, que la cruauté des autres enfants était sans limite. J'étais inconsolable et il fallut que mon père me fasse la promesse de m'acheter une nouvelle pince pour me calmer. Je m'en suis remis mais Charles n'a plus jamais été invité.

Je gobais tout ce qu'on me racontait : que pour attraper une pie, il suffisait de lui mettre du sel sur la queue ; que des ouvriers spécialisés foraient les trous du fromage de gruyère ; que le boulanger devait introduire la mie à l'intérieur de la croûte.

Lorsque je fréquentais l'école secondaire, combien de fois n'ai-je pas été la victime des plaisanteries de mes condisciples, voire de mes professeurs ? Je cite pour mémoire la table de Pythagore qu'on m'envoya un jour chercher chez le concierge. A moins qu'il s'agisse de la table de décompression, je ne sais plus très bien, ou de celle de Mendeleïev, dont on m'avait écrit le nom sur un bout de papier... Je n'oublie pas non plus la bouteille d'orangeade que je tenais à la main et que je renversai spontanément sur ma culotte en voulant consulter ma montre quand un malin me demanda l'heure. J'étais d'ailleurs souvent l'artisan de ma propre infortune. Quand notre professeur de langues germaniques, pour expliquer sa sévérité, répétait souvent la même astuce : « Dura lex sed lex, mon ami, comme on dit en anglais », j'étais toujours le premier à montrer mon érudition : « Ce n'est pas de l'anglais, m'sieu, c'est du latin. » Et toute la classe de rire... Toujours aussi jobard, non ?

Mais ce que j'ai vécu longtemps comme une humiliation fut mon intervention remarquée dans une pièce célèbre dont j'ai oublié le nom.

J’étais en fin de rhéto, officiellement appelée première gréco-latine à une époque où l’on comptait encore à rebours. Depuis le début de l’année, l’abbé Poitroux, notre professeur de français et de latin, nous faisait répéter inlassablement la pièce, qui devait, lors de la distribution des prix, assurer devant la foule des élèves et des parents la gloire du collège Saint-Barnabé.

Comme l'enseignement n'était pas mixte, pendant des mois, l’abbé avait tenu les rôles féminins, dont il nous disait les répliques. Pour la représentation, on ne pouvait plus se contenter de cet expédient. A force de persuasion, il avait convaincu la mère supérieure de Sainte-Blandine de nous « prêter » les quelques rhétoriciennes qu’exigeait la vraisemblance.

J'étais très fier de mon rôle. Je jouais un gommeux qui faisait des ronds de jambe auprès d'une belle. On dirait maintenant un dragueur. Je m'approchais d'elle, m'inclinais profondément, lui prenais la main et en approchais mes lèvres. A ce moment, je devais dire, avec un air admiratif : « Cette main, madame, il faut que je la baise. » La réplique me paraissant un peu empruntée, je jugeai nécessaire d'en rajouter. Je marquai un temps d'arrêt après « Cette main, madame », puis je me tournai vers le public comme je l'avais vu faire dans une pièce de Feydeau et, avec un clin d'œil de connivence, j'ajoutai : « Il faut que je la baise ! »

Comme piqués par le dard d’une abeille, quelques spectateurs somnolents dressèrent la tête. Au balcon, plusieurs élèves, qui s’ennuyaient ferme en attendant le baisser de rideau, laissèrent fuser quelques rires épars, n’osant en croire leurs oreilles. Les surveillants essayèrent à grand-peine de maintenir l’ordre, de réprimer le chahut en puissance qu’ils sentaient monter inexorablement.

Sur la scène, la jeune fille, qui n’avait qu’une réplique, s’était détournée, mais les secousses qui agitaient ses épaules en disaient long sur ses réactions à l'initiative de son partenaire. En quelques secondes, toutes les rangées furent agitées d’une houle d’hilarité.

L'effet obtenu dépassait de loin mes prévisions. Etait-ce vraiment si drôle ? Pour obtenir un tel résultat, il fallait que j'aie un don spécial. Le feeling, comme on dit. Je me rengorgeais déjà.

Un personnage ne partageait pas l’euphorie générale. L’abbé Poitroux, dont les prunelles exorbitées et le teint cramoisi trahissaient la colère, se mordait les poings de rage. Mais qu'est-ce qui pouvait ainsi l'irriter dans ma réplique ?

En un clin d’œil, ce fut le délire. Des spectateurs s’interpellaient, se retournaient vers le balcon, où les étudiants, ravis de l’aubaine, chahutaient consciencieusement. Il fallut baisser le rideau. L’abbé Poitroux, confus, pâle de rage contenue, dut se résigner à suspendre la pièce. Il s’excusa de manière brouillonne auprès d’une assistance complaisante, pas fâchée tout compte fait de couper à la corvée.

Une fois la salle évacuée, j'eus à subir les foudres de mon professeur, qui ne put s’empêcher, à l’encontre de la plus élémentaire charité chrétienne, d’accabler son malheureux élève. Tout était de ma faute, n’est-ce pas ? Ah! comme il regrettait d’avoir confié le rôle à un misérable obsédé sexuel, qui transposait ses fantasmes en délire verbal !

Moins je comprenais, plus il s'emportait. Comme je tentais de me justifier, il me chassa de sa vue avec un grand geste théâtral. Il se laissa même aller à un écart de langage peu compatible avec son statut d'homme d'Eglise :

« En plus, vous vous foutez de ma gueule ! »

Mais non, père Poitroux, vous vous mépreniez tout à fait. Vous m'attribuiez des intentions que je n'avais certes pas. Pour moi, le verbe baiser n'avait qu'un sens. Malgré mes dix-sept ans, j'ignorais sa signification scabreuse, qu'un condisciple m'expliqua le lendemain, pris de pitié devant mon état de prostration et ayant peine à croire qu'on pouvait être jobard à ce point.

C'était le temps de mes premiers émois. Comme j'avais maintenant l'autorisation de sortir, j'avais envie de rencontrer des filles. Et pour rencontrer des filles, rien de tel que le dancing. On ne disait pas encore boîte, ni discothèque, ni même night club. Tout seul, je n'aurais pas osé m'aventurer dans ces endroits. Accompagné de quelques copains, j'acquérais de l'audace. J'invitais même des filles à danser. En général, elles n'avaient pas l'air de vraiment s'amuser en ma compagnie. Il était rare qu'elles acceptent une deuxième fois. Pourtant je ne me trouvais pas laid quand je me regardais dans le miroir en me rasant. L'une d'elles me dit un jour qu'elle me trouvait gentil mais nunuche. Malheureusement, ce mot, je ne l'ai pas trouvé dans le dictionnaire.

Tout allait s'arranger, croyais-je, avec le service militaire, cette école de virilité. Tout le monde disait que la discipline aguerrissait les recrues et que l'on sortait de cette période de dix-huit mois plus mûr et plus sûr de soi. De plus, j'étais persuadé que le costume allait me donner plus de personnalité. Le prestige de l'uniforme, n'est-ce pas ?

Je dus assez vite déchanter. D'abord, les gradés nous faisaient faire des exercices humiliants, où l'initiative n'intervenait guère. Lors des attaques de section, par exemple.  Imaginez de pauvres diables, par groupes de neuf, déguisés en soldats, l’air farouche, la gueule noircie au bouchon brûlé, le casque surmonté de végétaux, le fusil braqué, courant en tirailleurs sur un terrain de préférence boueux, sous les ordres d’un sergent sadique, qui prenait un malin plaisir à crier « Couché ! » quand nous passions dans une flaque. Quand je dis nous, il me semble que j'étais particulièrement visé, objet d'une attention particulière. Je pouvais être sûr que les plus sales trous étaient pour moi.

Heureusement, il y avait les leçons théoriques, où l'on pouvait souffler. Le sergent nous apprenait à démonter une mitraillette ou un fusil. Il nous montra l'éjecteur et le trou d'évent. Je ne sais trop pourquoi, à ce moment, je ris bruyamment, ce qui ne fut pas du goût de l'instructeur.

«  Pourquoi ce rire bête, Lécuyer ?

− Ben, le trou des vents, sergent, c'est drôle.

− Vous êtes un imbécile, Lécuyer. Le trou d'évent ! Event, en un mot, comme dans éventualité, éventration, évangile. »

Je me le tins pour dit.

Le lendemain, il nous expliqua la fonction des rayures dans le canon, « imprimant à la balle un mouvement hélicoïdal ». Alors que tout le monde s'en fichait, je crus malin, pour me racheter, de montrer mon intérêt : « Sergent, ça veut dire quoi, hélicoïdal ? »

La gaffe ! J'étais loin de m'imaginer que cette question innocente allait plonger mon supérieur dans un profond embarras, dont je ferais les frais plus tard.

« Hélicoïdal, bégaya le sergent, hélicoïdal, bon, ben, ça veut dire... » Soudain, il parut saisi d'une inspiration :

« Ça vient du latin hélico, qui veut dire très vite, puisqu'on dit hélico presto. »

Personne n'osa broncher dans l'assemblée mais il se rendit bien compte que son explication était plus qu'approximative et qu'il avait dit une connerie. Cette connerie, j'allais la payer. Pendant les six semaines d'instruction, je fus sa bête noire et il ne manqua pas une occasion de me rabaisser. Puis, n'étant plus directement sous ses ordres, je respirai un peu par la suite, mais d'autres tourmenteurs allaient se révéler : mes égaux, les troufions de ma compagnie.

Un soir, une demi-douzaine d'entre eux firent irruption dans la chambrée.

J'étais assis sur mon lit, en train de lire, profitant d'un calme inhabituel. De toute façon je préférais rester seul plutôt qu'aller dépenser mon argent dans un café lors des sorties arrosées de mes congénères.

Un certain Bob m'adressa la parole d'un ton qui n'admettait pas de réplique :

« Aujourd'hui, sortie obligatoire. Soirée d'initiation.

− De quoi s'agit-il ? demandai-je timidement.

− Je parie que tu n'as jamais couché avec une femme, reprit Bob. Eh bien, ce soir, nous allons te rendre service. »

Il avait bien deviné, certes, mais je n'aimais pas beaucoup qu'on décide pour moi. D'autant que la perspective d'un contact intime avec une fille m'intimidait passablement. Bob ne me laissa pas le temps d'exprimer mon opinion.

« Vous vous rendez bien compte, railla-t-il en s'adressant à ses compagnons, que le soldat Antoine Lécuyer, à vingt ans, est toujours puceau ! On ne peut pas le laisser dans cet état ! Il faut agir ! C'est une mission de salubrité publique ! Qu'est-ce que vous en pensez, vous autres ? »

En chœur, ils approuvèrent bruyamment.

Je ne pus faire autrement que de me laisser entraîner. C'est ainsi que nous nous retrouvâmes tous au Chat musqué, un bar enfumé à l'éclairage tamisé, où quelques couples étaient vautrés sur des divans de peluche cramoisie.

Le dénommé Bob, qui semblait avoir ses habitudes, se dirigea vers le comptoir et commanda de la bière pour tout le monde, puis il s'adressa à une jeune femme aux longs cheveux noirs qui, dans la pénombre, me parut assez jolie. Elle était assise à une table dans un coin du bar, devant un verre de gin qu'elle sirotait à petites gorgées.

« Rosalinde, je te présente Antoine, dont je t'ai parlé. Sois gentille avec lui, qu'il garde une bonne impression de sa première fois. On s'arrangera plus tard », ajouta-t-il avec une œillade enjouée.

Je n'en menais pas large. Mais comment résister sans encaisser toute la troupe sur le dos ?

La femme m'emmena dans une chambre contiguë où régnait une odeur de renfermé. A y regarder de plus près, la reine de la nuit perdait nettement de son charme : la bouche était vulgaire, les yeux charbonneux, le visage outrageusement maquillé.

Comme je restais là, debout, sans rien dire, Rosalinde déboutonna son corsage et dégrafa son soutien-gorge.

« N'aie pas peur, mon lapin, m'encouragea-t-elle, je ne vais pas te manger. Déshabille-toi. » Elle fit tomber sa jupe en rond à ses pieds, se débarrassa de sa petite culotte et s'étendit sur le lit après avoir envoyé promener ses escarpins à l'autre bout de la pièce.

C'était la première fois que je voyais une femme nue. Elle avait de gros seins ballants, le ventre flasque, les jambes grasses. Le pubis broussailleux me faisait penser à un énorme insecte. Araignée du soir, espoir, me dis-je pour me donner du courage. Je me déshabillai très vite avec un sentiment de gêne, ce qui me rappela le conseil de révision. Alors le désir m'empoigna d'un coup et je me jetai sur le lit.

A peine avais-je commencé que c'était déjà fini.

« Eh bien ! toi, on peut dire que t'es un rapide », constata la femme avec un sourire. Sourire approbateur ou narquois ? Quoi qu'il en soit, j'étais assez fier de ma performance.

Quand quelques minutes plus tard je réintégrai le bar, j'eus l'impression que tous les clients avaient les yeux dardés sur moi. Je crus déceler dans leur regard un éclair de malice. Mes six compagnons avaient disparu, ce qui me parut étrange. L'explication ne tarda pas. La patronne me présenta l'addition : une trentaine de consommations à régler.

Les salauds ! Ils avaient commandé plusieurs tournées générales sur mon compte ! Je n'avais pas le choix, je m'étais fait rouler, je n'avais plus qu'à payer.

Je n'étais pas au bout de mes surprises. J'ouvris mon portefeuille. A part quelques photos et ma carte d'identité, il était vide. J'étais sûr pourtant d'avoir emporté un billet de mille francs, persuadé que je devrais payer mon écot pendant la soirée. L'avais-je perdu pendant le trajet ou me l'avait-on volé ? Par acquit de conscience, je retournai fébrilement toutes mes poches. Soudain me vint à l'esprit une explication, claire, lumineuse, éclatante. Rosalinde, la putain qui m'avait dépucelé, m'avait aussi pigeonné. Comment s'y était-elle prise ? Ces femmes-là doivent avoir l'habitude. Mon inexpérience venait de me jouer un tour.

Que pouvais-je dire ? Accuser mon initiatrice ? Je n'avais aucune preuve. J'eus beau protester de ma bonne foi, la patronne appela la gendarmerie, qui me ramena à la caserne. Je passai deux jours en salle de police pour grivèlerie. J'avais battu ce soir-là tous les records de jobardise.

Par la suite, je me tins éloigné de mes compagnons d'un soir. Je dois à la vérité de dire qu'ils eurent l'honnêteté de payer leur dette intégralement au Chat musqué. Si on excepte mon amour-propre piétiné et la sanction militaire imméritée, cette aventure ne me coûta rien.

Dix mois plus tard, la délivrance arriva. Finies l'armée, la discipline, les corvées, les brimades. Mon père tint à m'accueillir à la gare. Après les embrassades, il me mit la main sur l'épaule. Il affichait l'air solennel des grandes occasions.

« Fils, me dit-il avec embarras, j'ai un aveu à te faire, qui implique aussi ta mère. »

Je craignais le pire. Mes parents avaient-ils l'intention de se séparer ? Ça me paraissait inconcevable. Je m'alarmais en vain cependant.

« J'aurais dû t'en parler plus tôt, reprit-il. Mais maintenant que tu es un homme, il est plus que temps. Eh bien voilà... Euh !... Saint Nicolas, c'était ta maman et moi. »

Pauvre papa... Il me prenait vraiment pour plus naïf que je n'étais. Je n'ai pas osé lui dire que je l'avais deviné depuis bientôt trois ans.

*

Maintenant que les années ont passé, j'ai attrapé du plomb dans la cervelle. Je ne m'en laisse plus conter. Plus question de prendre des vessies pour des lanternes, de tomber dans tous les panneaux, d'être le dindon de la farce, de me laisser éblouir par les miroirs aux alouettes. Je ne suis plus un jobard. Je vote socialiste.

 

 

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Les Editions du Centre d’Art d’Ixelles

présentent

 

JE NE SUIS PAS UNE LOLITA

Daniel Bastié

12273065099?profile=original 

A dix-sept ans, j’en fais presque vingt-cinq. Loin de me plaindre, je répète que je suis en train de franchir une étape importante. Pas de quoi bouleverser mon existence. Néanmoins, un passage obligé vers la fin d’une adolescence pas toujours aisée à vivre, avec les hormones qui s’agitent et des idées confuses qui secouent les méninges. Bon, je ne suis pas comme celles qui n’ont que les mecs en tête, même si … Je veux vivre une passion sur la distance, avec un joli mariage et des enfants aussi beaux que notre couple.

Je rentre un peu le ventre pour m’observer de profil dans le miroir de la salle de bains et je me redresse, en poussant sur les orteils pour gagner quelques centimètres. Mes doigts caressent mes hanches. Je les trouve appétissantes. Un peu lourdes, mais agréables. Il y a aussi mes seins qui peuvent se transformer en objets de séduction. Plutôt volumineux, j’ai pris l’habitude de les cacher sous un pull ou de les dissimuler sous un foulard, que je noue autour du cou et qui pend lorsque je porte un tee-shirt ou un chemisier. Je dois apprendre à plaire. Les garçons ne sont jamais insensibles à la poitrine d’une fille qu’ils croisent. Je me comprends. Je dois néanmoins rectifier certains aspects de mon look. Un minimum de coquetterie ne nuirait pas à mon image. Je regarde bien l’allure des mecs, alors je suis fatalement amenée à songer qu’ils me détaillent de la tête aux pieds, qu’ils m’inspectent et m’attribuent une cote sur dix. J’ai souvent été très dure avec moi-même. Sans rire, il y a certainement dans notre bahut une vingtaine de types qui se damneraient pour sortir avec moi. Le tout consiste à ce qu’ils se décident. On ne doit  pas courir aveuglément derrière une amourette et se contenter de n’importe qui. Je ne suis pas non plus moche à en crever. J’ai déjà eu quelques occasions et des flirts qui n’ont jamais été plus loin qu’une soirée au cinéma ou une promenade au bois de la Cambre. Le top du romantisme ! Quoique du romantisme sans un suivi concret reste un concept. Aujourd’hui, chez les jeunes, avoir une vie amoureuse épanouie est presque devenu obligatoire. Sinon, les autres vous regardent d’un drôle d’air. Je devine leurs élans de sympathie hypocrite : La pauvre, toute seule à son âge ! Bref, avoir un Roméo fait partie des conventions. C’est aussi le must pour ne pas paraître tarte. Franchement, ça me fatigue. Je ne vais quand même pas m’encombrer d’un nul juste pour faire plaisir aux copines. Un mec qui me colle, ça va un temps. Pas pour vivre un demi-siècle en sa compagnie. Ou, alors, il faut le choisir avec discernement. Je veux être rebelle jusqu’au bout des ongles et refuser les diktats. Si je m’entiche d’un gars, je le choisis moi-même et je le fais marcher en cadence. Il devra m’aimer, c’est fatal. Et ce que les autres pensent de notre relation, je leur réponds : « De quoi je me mêle ? ». Se mettre martel en tête finit par fatiguer. Je ne cherche naturellement pas l’excellence dans mes rapports. Je sais ce que je veux et ce que je ne souhaite pas. Une chose finalement pas si mal à l’aube de mon envol en tant que femme du XXIe siècle.

Je demeure dubitative en regardant mon ventre arrondi au-dessus de l’élastique du slip. Il faudra que je convienne d’un vrai régime. J’imagine qu’il faille un soir me présenter en petite tenue devant mon amoureux, qu’ira-t-il penser de moi ? Au moins, il aura de la matière à pétrir ... Quelques poignées d’amour à effacer, des cuisses à affermir en m’exerçant dans un club de fitness et de l’acné, dont il reste quelques traces sur mes omoplates. J’adore mes longs cheveux bruns. Maman dit qu’ils sont assortis à mes yeux et que je ferai souffrir les hommes. En attendant, c’est moi qui ne suis pas bien heureuse. J’aime quelqu’un qui ne le sait pas et je n’ose pas lui avouer ce qui me turlupine. Il ne s’agit pas de lâcheté, simplement d’une prudence qui me confine dans un rôle que j’ai du mal à tenir. Je devrais sans doute revoir ma coiffure. En dégageant mon visage, je mettrais mon front et mes pommettes en évidence. Une bonne manière de rater sa vie amoureuse serait de ne pas en avoir du tout. Je me console en répétant que je ne suis pas unique dans cette situation déplorable. Pour devenir le sujet des attentions, il importe avant tout de se concentrer sur son profil. Même si la majorité des hommes prétendent qu’un beau corps n’est pas l’atout premier qu’ils recherchent chez une femme, alors qu’ils bavent devant des clichés de pin-up à poil ou à moitié nue. Dans cet ordre des choses, exposer ma petite bedaine …

 

 

Daniel Bastié est l’auteur de nombreux ouvrages (Le viol, Med comme Mehdi, Le journal de Morgane, Rue Vogler, Comme une romance, Un bonheur fragile , Georges Delerue : la musique au service de l’image, Michel Magne : un destin foudroyé) et a longtemps travaillé dans l’univers de la presse spécialisée (Les Fiches belges du Cinéma, Soundtrack magazine, Cinéscope, Bruxelles-Plus, Saisons, Mensuel Grand Angle), tout en se consacrant à l’enseignement et au monde des arts. Il vient d’achever un ouvrage sur le studio britannique Hammer, qui sera publié aux éditions Grand Angle dans les prochaines semaines. Avec « Je ne suis pas une Lolita », il signe un roman qui s’adresse aux adolescents et aux jeunes adultes.

 

Dépôt légal : D/2015/446/2

1er trimestre 2015

 

 

 

Chez le même éditeur :

-          Le goût du malheur : Henri Vernes

-          Thanatos : Jean Lhassa

-          Fantasmagorie crétoise : Mikis Theodorakis

-          Furya : Mythic

-          Oglala : Gus Rongy

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

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Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

Présentent

 

FANTASMAGORIE CRÉTOISE

Mikis Theodorakis

 

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Le monde entier a découvert en 1964 la musique du film ZORBA LE GREC, ainsi que le nom de son compositeur. En quelques notes fougueuses, Mikis Theodorakis a enchanté le monde entier et s’est imposé parmi les compositeurs grecs les plus prisés. Auteur d’un nombre impressionnant de partitions pour l’écran, de symphonies, d’opéras et de chansons diverses qu’il a confiées à des interprètes de talent ou qu’il a lui-même défendues sur scène, il reste pour beaucoup l’âme de la Grèce. L’artiste se double également d’un écrivain qui étonne par la richesse de son style et par la pertinence de ses propos. Plusieurs de ses ouvrages n’ont jusqu’ici pas été traduits en français, hormis quelques volumes pour le compte des éditions Belfond. Il a fallu la patience d’Anne Lhassa pour permettre au Centre d’Art d’Ixelles de disposer d’une traduction de FANTASMAGORIE CRÉTOISE  en vue de la diffuser dans la langue de Molière. Autant qu’autobiographiques, ces pages racontent l’histoire d’une famille et d’une région noyée de soleil au passé millénaire. A la fin de l’ouvrage, le lecteur connaîtra et aimera Mikis Theodorakis. Par les temps incertains qui courent, il est bon de relire des textes comme celui-ci, passionnant, convaincant et troublant, où l’horreur alterne avec un immense amour de la vie.

Dépôt légal – D/1994/4467/14 – 2e trimestre 1994

 

 

Chez le même éditeur :

        

-          Gus Rongy : Oglala

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Duiveldag : Jean Lhassa et Mythic

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

-          Furya : Mythic

-          Douze ans, onze mois : Jean Lhassa

 

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Henri Vernes : LE GOÛT DU MALHEUR

Les éditions du Centre d’Art d’Ixelles

Présentent

 

LE GOÛT DU MALHEUR

Henri Vernes

 

12273072486?profile=original

Ecrit successivement à Paris et à Bruxelles en 1947, LE GOÛT DU MALHEUR aurait dû être publié par les éditions du Triolet. Malheureusement, celles-ci firent faillite et le manuscrit demeura dans un tiroir. Près de cinquante ans plus tard, Henri Vernes se souvient de cet écrit et le confie aux éditions du Centre d’Art d’Ixelles. Il s’agit d’une des rares pièces de son œuvre à ne pas avoir connu la gloire de la publication. Rédigé d’une plume alerte, ce roman inédit expose les contradictions de Lenore, jeune Eurasienne, qui persiste à vivre entre les fantômes de son passé et les spectres de son avenir. En cent cinquante pages, le père de Bob Morane nous invite à analyser un microcosme où sexe et désir se côtoient pour mieux broyer l’héroïne. Quelques années plus tard, l’auteur allait connaître la gloire avec LA VALLEE INFERNALE, premier d’une longue série pour le compte de Marabout Junior et la naissance d’un vrai héros qui allait vivre près de deux cents aventures à travers le monde, flanqué de son redoutable ami Bill Balantine. Son combat contre l’Ombre Jaune allait égalait inspirer les créateurs de bandes dessinées et la télévision.

Dépôt légal – D/1994/4467/14 – 2e trimestre 1994

 

Chez le même éditeur :

-          Hushan : Jean Lhassa et Mythic

-         Oglala : Gus Rongy

-          Je ne suis pas une Lolita : Daniel Bastié

-          Les jours renoués : Robert Vandamme

-          Fantasmagorie crétoise : Mikis Theodorakis

-          Zones d’ombres : Patrick Verlinden

-          Cosmopolyton : Jean Lhassa

-          Furya : Mythic

-          Le journal de Morgane : Daniel Bastié

 

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