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À Détona, les pieds dans l'eau

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Fin d'une nostalgique attente.

Un moment des plus émouvants,
Le sable où s'alignent des tentes,
Face aux vagues de l'océan.

La dame âgée semble ravie.
Révolu le temps de la nage,
De la fabuleuse énergie.
Mais elle est là, sur une plage.

Respire le parfum des algues,
Marche les pieds dans l'eau salée,
En voyant arriver les vagues.
Le poids des ans s'en est allé.

5 juin 2016

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L'instant.

Le temps qui passe,

qui se fait lisse,

sur nous qui glisse,

tel un malingre lys,

pour un corps, un esprit,

assoiffés de reliefs,

de verdure et de  bleu,

est un profond supplice !

Alors, prenez vos crayons,

vos couleurs ou votre encre,

pour faire chanter ce lys,

le nourrir de vous, jusqu'à

ce qu'il grandisse,

 devienne radieux et fou ;

Créer déleste du non-vivant,

pérennise  l'instant,

qui s'étend sous nos yeux ;

ainsi l'instant donné,

a pris la dimension de la vie

de cet autre.

NINA

,

 

 

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Vauvenargues. Introduction à la connaissance de l' esprit humain. ; 1746.

Réflexions et Maximes. Essais moraux de Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (1715-1747), publiés à Paris chez Antoine-Claude Briasson en 1746; réédition revue et corrigée en 1747.

 

Où le ranger? Philosophe de la volonté de puissance, précurseur de Nietzsche? Moraliste préromantique annonçant Rousseau? On retient en général son opposition aux moralistes classiques, ses attaques contre La Rochefoucauld, par exemple, qui ne voit qu'égoïsme dans les affaires humaines; contre les jansénistes, Pascal en tête, qui n'ont de cesse d'insister sur la vanité du monde et sur la nécessité pour l'homme de s'en détacher. Pour Vauvenargues, en effet, «la morale austère anéantit la vigueur de l'esprit, comme les enfants d'Esculape détruisent le corps, pour détruire un vice du sang souvent imaginaire» (maxime CLXVII).

 

Mais comment appréhender l'originalité d'un auteur qui déclare d'emblée que tout est dit, que «les meilleures vérités courent les rues» et qui se propose simplement d'en faire l'inventaire, de les amasser au sein d'un tout qu'il nomme «système raisonnable»? Un tel projet jure en son siècle, d'autant que Vauvenargues rejette l'éclectisme et l'idée de progrès, tous deux liés nécessairement au relativisme. S'il veut «concilier tant de vérités [venant] d'une infinité d'hommes différents qui envisageaient les choses par divers côtés», en effet, c'est contre «le bel esprit moderne» qui prétend «parler de tout sans rien savoir» (Essai sur quelques caractères). Une telle science superficielle ne peut servir qu'à contenter la vanité. Le ton, on le voit, est bien celui d'un moraliste.

 

L'édition posthume de 1747 comprend l'Introduction à l'étude de l'esprit humain, suivie de «Fragments», de «Réflexions critiques sur quelques poètes» et de 330 «Réflexions et Maximes» numérotées en chiffres romains (les maximes des Oeuvres posthumes sont numérotées en chiffres arabes). Une brève «Méditation sur la foi» et une «Prière» terminent l'ouvrage (Vauvenargues les donnait lui-même pour de purs exercices rhétoriques).

L'Introduction à l'étude de l'esprit humain est composée de trois livres qui traitent de l'esprit en général, des passions, du bien et du mal moral. L'organisation des trois livres témoigne de l'originalité et de la modernité intellectuelles de Vauvenargues. Son objet est de «faire connaître, par des définitions et par des réflexions, fondées sur l'expérience, les différentes qualités des hommes qui sont comprises sous le nom d'esprit». Imagination, réflexion et mémoire, puissances «vides», sont très vite éliminées et Vauvenargues peut adopter le ton d'un moraliste pour traquer et saisir l'esprit dans l'invention, l'éloquence, le caractère et le sérieux, le sang-froid et l'esprit de jeu, etc. Les passions sont envisagées d'un même point de vue. Vauvenargues s'intéresse entre autres à la passion des exercices, à l'amitié que l'on éprouve pour les bêtes.

 

Après Abbadie (l'Art de se connaître soi-même ou la Recherche des sources de la morale, 1692) et Malebranche (Traité de l'amour de Dieu, 1697), mais avant Rousseau, Vauvenargues distingue nettement l'amour-propre de l'amour de soi. Ainsi de l'amour de la gloire: la vie imaginaire qu'achète l'homme qui meurt pour la gloire au prix de son être réel traduit une préférence incontestable pour le jugement d'autrui. «Avec l'amour de nous-mêmes, on peut chercher hors de soi son bonheur; on peut s'aimer davantage hors de soi que dans son existence propre; on n'est point à soi-même son unique objet. L'amour-propre au contraire subordonne tout à ses commodités et à son bien-être.»

 

Impossible de résumer la diversité des sujets abordés par les «Fragments», les «Réflexions critiques» (qui passent en revue divers auteurs, parmi lesquels Corneille, Racine et J.-B. Rousseau occupent l'essentiel) et les «Maximes». On peut néanmoins souligner la discrète mélancolie qui clôt l'ouvrage: «Quiconque a vu des masques dans un bal, danser amicalement ensemble, et se tenir par la main sans se connaître pour se quitter le moment d'après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde» (maxime CCCXXX). L'éloge de la familiarité, quant à lui, surprendra de la part de celui qu'on présente volontiers comme un moraliste aristocratique et hautain: «Il n'est pas de meilleure école que la familiarité [...]. Là paraît la stérilité de notre esprit, la violence et la petitesse de notre amour-propre, l'imposture de nos vertus. Ceux qui n'ont pas le courage de chercher la vérité dans ces rudes épreuves sont profondément en dessous de tout ce qu'il y a de grand» (fragment XVII).

 

Enfin, de la Préface de l'ouvrage aux différentes «Réflexions et Maximes», se laisse deviner le projet «systématique» de Vauvenargues. Il faut retrouver l'unité et l'harmonie de l'esprit. Tout choix excluant un contraire dans nos appréciations serait alors signe d'abandon, d'impuissance à embrasser toutes ses variétés. Vauvenargues postule qu'«il n'y a pas de contradictions dans la nature» (maxime CCLXXXIX). Aussi nous faut-il renoncer à l'idéal d'une vérité unique et pure. «Nous avons grand tort de penser que quelque défaut que ce soit puisse exclure toute vertu, ou de regarder l'alliance du bien et du mal comme un monstre et comme une énigme. C'est faute de pénétration que nous concilions si peu de choses» (maxime CCLXXXVII). Se dévoile alors la méthode qui inspire l'écriture fragmentaire: «On ne saurait trop tôt rapprocher les choses, ni trop tôt conclure. Il faut saisir d'un coup d'oeil la véritable preuve de son discours et courir à la conclusion. Un esprit perçant fuit les épisodes et laisse aux écrivains médiocres le soin de s'arrêter à cueillir toutes les fleurs qui se trouvent sur le chemin» (maxime CCXIII). L'esprit n'atteint au grand que par saillies, passant de la sorte sans gradation d'une idée à une autre qui peut s'y allier. Il saisit les rapports des choses les plus éloignées. Mais «les hommes frivoles ont besoin de temps pour suivre ces grandes démarches de la réflexion, ils sont dans une espèce d'impuissance» (Introduction, livre I). C'est qu'en effet il n'y a guère d'esprits capables d'embrasser à la fois toutes les faces d'un même objet: c'est là la source la plus ordinaire des erreurs des hommes. Vauvenargues emprunte à Crouzas (Traité du beau, 1715), cette définition du génie comme puissance synoptique. Le génie tient moins aux facultés intellectuelles qu'à la force de l'âme, du coeur. Et réciproquement, ce que l'esprit ne pénètre qu'avec peine ne va pas souvent jusqu'au coeur. Finalement, l'esprit cherche à se saisir lui-même à travers la visée esthétique, dans la manifestation de sa puissance. On retrouve ainsi cette idée leibnizienne que toute joie esthétique se fonde sur une élévation de l'être, le plaisir de ce sentiment pouvant bien l'emporter sur l'aversion qu'inspire l'objet, comme en témoigne ce fragment au ton déjà très rousseauiste (voir le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité): «La vue d'un animal malade, le gémissement d'un cerf poursuivi dans les bois par les chasseurs, l'aspect d'un arbre penché vers la terre et traînant ses rameaux dans la poussière, les ruines méprisées d'un vieux bâtiment, la pâleur d'une fleur qui tombe et qui se flétrit, enfin toutes les images du malheur des hommes réveillent la pitié d'une âme tendre, contristent le coeur, et plongent le coeur dans une rêverie attendrissante.»

 

 

 

«Les choses ne font d'impression sur nous que selon la proportion qu'elles ont avec notre esprit. Tout ce qui est hors de notre sphère nous échappe.» Pour Vauvenargues, le moi n'est pas un théâtre d'idées; il est leur source même, toujours déjà engagé dans un rapport au monde. Il n'est pas continuité de fait, mais de volonté, et l'élargissement de son expérience, qui culmine dans la possession de l'être par l'être, dans la participation au rythme du monde, est, en un sens romantique déjà, action. «Le feu, l'air, l'esprit, la lumière, tout vit par l'action. De là la communication et l'alliance de tous les êtres. De là l'unité et l'harmonie dans l'univers. Cependant, cette loi de la nature si féconde, nous trouvons que c'est un vice dans l'homme. Et parce qu'il est obligé d'y obéir, ne pouvant subsister dans le repos, nous concluons qu'il est hors de sa place» (maxime CXCVIII). Vauvenargues, aristocrate ambitieux et déçu, lancé non sans donquichottisme dans la carrière des armes, annonce clairement cette vision de l'action comme réalisation et affirmation de soi dans le dépassement de soi que consacrera la philosophie romantique.

 

L'homme s'identifie avec son univers mental et sa nature profonde repose en ses passions. Le cogito est la conscience d'une force positive en laquelle on se reconnaît conforme aux lois qui régissent l'existence universelle. Pour Vauvenargues, comme pour Wolff (Psychologia rationalis), le phénomène primitif de l'âme est non pas dans un pâtir (l'impression subie) mais dans l'action. Contre une psychologie des facultés, il faut saisir les directions et expressions divergentes de l'âme comme liées à une seule puissance active qui est force de représentation, génie propre. Le sujet n'est pas en face de l'objet, coupé de lui et devant réformer sa vision pour se soumettre à son ordre: «C'est dans notre propre esprit et non dans les objets extérieurs que nous apercevons la plupart des choses. Les sots ne connaissent presque rien parce qu'ils sont vides, et que leur coeur est étroit; mais les grandes âmes trouvent en elles-mêmes un grand nombre de choses extérieures [...], elles n'ont qu'à se replier sur elles-mêmes, et à feuilleter, si cela se peut dire, leurs propres pensées» (maxime 366). Vauvenargues en tire une doctrine des types d'esprits, doctrine forcément systématique si l'activité de l'esprit est elle-même essentiellement synthétique.

 

L'esprit, ainsi, ne sera pas décomposé en facultés mais décrit en différentes figures, en types, en degrés: «Les hommes ne sentent les choses qu'au degré de leur esprit, et ne peuvent aller plus loin» (fragment XII). L'esprit sera peint en mouvement, en situation, dans ses modalités d'investissement. On comprend ainsi l'intérêt tout particulier de Vauvenargues pour les saillies, le goût, le langage et l'éloquence ou encore pour la passion du jeu, ou pour l'amitié que l'on donne aux bêtes.

 

Contre une psychologie de l'impersonnalité, dépouillant le sujet du discours de son statut privilégié, Vauvenargues met le dynamisme du moi à l'honneur; en ceci, il annonce l'égotisme d'un Rousseau ou d'un Stendhal. Sa psychologie s'ouvre sur l'idée de personnalité sans en avoir le mot (Vauvenargues parle de «caractère»). L'ego est à la fois transcendantal _ condition de possibilité de son propre monde _ et génial, l'accent étant mis sur son originalité créatrice. C'est que l'unité de l'esprit n'est pas point de départ mais exception. C'est l'apanage de l'«esprit étendu», du génie, qui «consiste, en tout genre, à concevoir son objet plus vivement et plus complètement que personne» (maxime 422). La nature est spectacle et la saisie du phénomène comme tel est la pensée la plus profonde. Un préjugé nous fait croire que l'abstrait est d'un accès plus difficile que le concret. L'enjeu, en fait, est celui d'un «retour aux choses mêmes»: le romantisme est là, et avec lui ce que l'on nommera bientôt la phénoménologie (le mot fait son apparition avec Lambert dans son Neues Organon, 1764). S'impose le souci de saisir des phénomènes dans leur dynamisme propre: c'est ce que rend possible une vision attentive aux formes et aux qualités. Car «l'extérieur distingue tous les divers caractères aux yeux d'un esprit attentif», dit Vauvenargues; il faut voir au lieu d'analyser, en considérant que le phénomène tire ses formes de son propre fonds. Car «tout ce qui existe a de l'ordre», c'est-à-dire une certaine manière d'exister qui lui est aussi essentielle que son être même. Deux ans plus tard, dans le «Premier Discours» de l'Histoire naturelle, Buffon dira des choses très semblables.

 

La phénoménologie naïve de Vauvenargues découvre ainsi la nature comme compréhension et participation. Comprendre, en effet, c'est assumer toute la réalité de l'être et dans cette découverte, que Vauvenargues nomme «amour» ou «amour de l'être», la personnalité s'affirme et se crée. Cet amour conjoint le coeur et la réflexion, lie intellection et passion. Car «on ne s'élève point aux plus grandes vérités sans enthousiasme; le sang-froid discute et n'invente pas; il faut peut-être autant de feu que de justesse pour faire un véritable philosophe» (maxime 335). Le sentiment exprime cette spontanéité de l'âme et doit donc être très nettement distingué de la sensation comme deux modes totalement différents de la relation à l'objet. Le sentiment fait le monde à notre mesure.

 

L'évidence «pathique» est alors la vivante vérité. Son contraire est l'inauthenticité: le mot comme simple vêtement, la compréhension abstraite et désincarnée, le savoir mécanique. «La plupart des hommes honorent les lettres comme la religion et la vertu, c'est-à-dire comme une chose qu'ils ne peuvent ni connaître, ni pratiquer, ni aimer» (Introduction, II); «Faites remarquer une pensée dans un ouvrage, on vous répondra qu'elle n'est pas neuve; demandez alors si elle est vraie, vous verrez qu'on n'en saura rien» (maxime 341). Et encore: «Un ouvrage véritablement barbare, c'est un poème où l'on n'aperçoit que de l'art» (Essai sur quelques caractères).

 

En regard, l'herméneutique de Vauvenargues _ qui veut de la vraisemblance jusque dans les fables et affirme que toute fiction qui ne peint pas exactement la nature est insipide _, se prolonge dans une morale de la profusion, tout inspirée d'amour du réel et refusant la modération, laquelle «naît d'une espèce de médiocrité dans les désirs et de satisfaction dans les pensées». «Les sages se trompent en offrant la paix aux passions. Ils vantent la modération à ceux qui sont nés pour l'action et pour une vie agitée.» Il y a des vices qui n'excluent pas de grandes qualités. Il y a donc de grandes qualités qui s'éloignent de la vertu: «Je serai très surpris qu'une imagination forte et hardie ne fit pas commettre de très grandes fautes.» Mais «il faut permettre aux hommes de faire de grandes fautes contre eux-mêmes, pour éviter un plus grand mal: la servitude» (maxime CLXII). C'est le défaut d'ambition qui, chez les puissants par exemple, peut être la source des plus grands vices. Le goût de l'ordre et des règles, le désir de pureté, l'incapacité à supporter le réel dans son achèvement et son imperfection, la sévérité _ que Vauvenargues abomine par-dessus tout _, tout cela est l'indice d'un manque de vitalité, tout cela a sa source dans l'ignorance de la nature et donc dans l'étroitesse, l'impuissance du coeur. Il est difficile de ne pas penser à Nietzsche ici et en particulier à ces phrases de l'Avant-propos d'Ecce Homo: «Quelle dose de vérité un esprit sait-il supporter, sait-il risquer? Voilà qui, de plus en plus, devint pour moi le vrai critère des valeurs. L'erreur n'est pas aveuglement, l'erreur est lâcheté.»

 

Vauvenargues, pour qui «toutes les grandes pensées viennent du coeur» (maxime CXXVII), annonce le mouvement qui, après 1750, avec les Éléments de métaphysique tirés de l'expérience de l'abbé de Lignac notamment, va ramener au coeur. Si l'idée même est action, c'est-à-dire puissance d'affirmation, inséparable de la volonté qui la pose, sa force est dans le coeur, c'est-à-dire dans les passions. L'esprit n'est que l'oeil de l'âme (voir maxime CXLIX), les passions ont appris aux hommes la raison et il n'y a de solide esprit que celui qui prend sa source dans le coeur. De sorte que ceux qui ne sont ni assez faibles pour subir le joug de leurs idées ni assez forts pour l'imposer se rangent volontiers au pyrrhonisme (se justifie ainsi la méfiance de Vauvenargues envers le relativisme).

 

Mais l'originalité de Vauvenargues est surtout d'arriver à une toute nouvelle conception de l'esprit par la réhabilitation des passions: nous sommes nos passions, elles ne se distinguent pas de nous-mêmes. Elles participent de notre caractère. «Il y aurait de la folie à distinguer ses pensées ou ses sentiments de soi.» La nouveauté, ainsi, c'est qu'entre passion et raison on ne puisse plus choisir. L'homme n'est pas esprit d'une part et passion de l'autre, soumis comme tel aux dérèglements du corps. La raison n'est pas non plus rabaissée à l'étage des passions. Vauvenargues ne cherche pas, à l'instar d'un Condillac ou d'un Hume, le principe régulateur de l'esprit dans quelque chose de plus naturel, de plus intime que lui. S'il envisage la raison au risque des passions, c'est pour trouver leur commune unité, dans une conception élargie de l'esprit capable de rendre compte de toutes ses manifestations. Plus de cinquante ans plus tard, Jean Esquirol, l'un des grands fondateurs de la psychiatrie et du traitement de l'aliénation mentale, fera le même chemin (Des passions, 1805).

 

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Un élan vers l'indicible

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Silence dans la solitude.
Le corps sain qui ne bouge point,
L'esprit qui prend de l'altitude,
L'âme émoustillée le rejoint.

La raison est clouée au port,
La mémoire rendu inaudible.
A disparu l'ancien décor.
L'être vole vers l'indicible.

Se colore l'espace bleu
Se métamorphosant sans cesse,
Devenant parfois fabuleux,
Éclairé de vive allégresse.

Ce voyage transcendantal, 
Offert à l'être solitaire,
Qui redevient sentimental,
Est certainement salutaire.

5 juin 2016

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MÊME SI...

Même  si ce n'est qu' un point

Sur l'i du verbe aimer...

Non, ce n'est pas en vain

On peut le savourer.

Et si demain est gris...

Y a des coins de ciel bleu

Qui sont comme un défi

à être enfin heureux!

Même si la vie s'enfuit

Et les jours trop comptés...

Connaitre sous la pluie

Des minutes enchantées!

Et puis, complices et fous

Au milieu des tourments

Arriver à dire NOUS

Ce mot combien charmant!

J.G.

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Espérant de l'imaginaire

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À n'importe qui arrive n'importe quoi.
Des propos conduisant à différentes voies.
De longues élucubrations, aux fins d'instruire,

Des oeuvres fascinantes et d'autres à détruire.



Méditant sur ce qu'il reçoit, le déphasé
Surpris, confus, pense ne plus rien proposer.
Cependant sont en attente des solitaires
Espérant voir surgir la beauté légendaire.

Les poètes chantant engendrent une énergie
Qui mène en un ailleurs empli de fantaisie.
Des peintres, qui ont l'art de la facilité,
Combinent les couleurs de la félicité.

La toile sans limites que survolent les vents
Présente le savoir offert par les savants.
Ce qu'ils ont découvert défie l'imaginaire.
Du divin la nature est le dépositaire.

3 juin 2016

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F L O R A I S O N

De minces lilas verts éclose floraison

Seul un enfant pourrait traduire ce qu'il voit

Exprimer non traduire redire sans changer

La calme multitude uniforme des sons

Que font les rayons blancs du soleil qui se pose

Sur le geste lointain des charpentiers rieurs

Sur l'oiseau sur le pampre où se froissent les feuilles

Sur la clochette au loin sur les coups de marteau

poussière de soleil fleurs blanches vergers verts

Tout parle le silence est habité de voix

Et l'enfant nu logé dans le blason d'azur

Frappé des quatre éclats du soleil émeraude

Rêve au seul bien présent et à ces bêtes calmes

Qui se coulent sans bruit sous les feuillages mûrs

(extrait de "Poussière d'âme", éditions Chloé des Lys, 2009)

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Contemplation.

 

Je regarde tomber la pluie

 du grand ciel vert ;

c'est l'automne du firmament inanimé sur terre,

ce jour un peu trop gris que

j'écris tout en bleu.

Ce matin, dans un jardin, j'ai surpris

une rose blanche qui me semblait bien seule,

je m'en suis approchée juste pour la sentir ;

point de parfum encore n'émanait d'elle ;

elle sommeillait encore, point apprêtée

 mais fort belle, insouciante, toute donnée !

Les roses seraient-elles à jamais adolescentes ?

Nos deux féminités, dans un silence autarcique et ouaté,

se sont un peu touchées.

 

NINA

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Lettre de Joséphine à Pierre,

 

 

Le ciel est gris, les arbres sont sages,

immobiles, les oiseaux ont déserté l'anthracite

pour s'aventurer dans un petit square clos et vert,

ou les mains, les lèvres s'enlacent

jusqu'à ne plus pouvoir faire autre chose

que cela ; l'essentiel pour un temps un peu fou !

Elles existent en s'ouvrant, s'offrant, à  l'instar

des roses qui ne font qu'exister,

 réceptacles infinis de l'instant !

ça et là, un son de coquillages, presque un chant,

à deux stations de métro de la Seine :

L'enfance légère et bleue !

Et moi j'erre ici et là,

je viens de m'offrir le Prix Nobel

2014 de Patrick Modiano :

 Suis heureuse car éprise

de Paris et de vous.

D'une partie de vous, tue car secrète,

 je reçois un monde,

insufflateur d'écriture, de pluies chaudes

et d'ensoleillement, car partagé.

Pourquoi alors devrais-je rêver à un autre bonheur ?

La grisaille du ciel ce matin,

 à côté de tout cela, est d'une telle insignifiance !

Bel automne printanier.

Bien à vous.

NINA

 

 

 

 

 

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Mon très cher JGobert

Malgré ton absence, le fil du temps continue de se dérouler inlassablement. Il défile et poursuit son œuvre de manque. Je pense un peu moins à toi mais je ne veux pas faire de ce départ un deuil.  Depuis peu, ma vie se remplit d’autres particularités qui, au début, ne me paraissaient pas importantes mais qui, aujourd’hui, le sont devenues. Des petites choses qui remplissent ma vie de menus plaisirs simples, et de long silence. Le vide se comble doucement. J’entends toujours tes mots, tes bruits familiers dans une autre dimension, dans mes rêves de toi.  Je saisis les nouveaux sons de la vie avec appréhension, blessée de ton départ, de ton abandon.

J’ai longtemps pleuré d’être seule parmi tous les êtres qui m’entourent et qui me réconfortent. Éloignée de tous malgré moi mais avec un grand besoin de solitude pour oublier une tendresse qui me manque tant.

Depuis peu, de nouveaux projets s’éveillent dans mon âme et dans mon cœur. Mon ami, la vie se réveille, s’éveille avec un grand besoin de vivre malgré mon chagrin. Réaliser mes projets sans toi me paraissait impossible, irréalisable, voir utopique.  Aujourd’hui, cela devient possible.

Chaque matin me paraît plus doux même sans toi. J’en ai les larmes aux yeux. Je ne croyais plus revivre ces matins joyeux.

 J’ai accepté de partir loin d’ici. J’abandonne notre chez nous pour en créer un à moi. Cette existence est un nouveau départ. Mes projets vont enfin prendre vie et je vais m’y plonger pour les réaliser. Je te reste attachée malgré ces mois qui défilent sans toi. Tu seras le premier informé par pensée de cette destinée qui m’attend, délivrée de mes doutes, de mes craintes.

Je saute dans cet avion vers un avenir apaisé et plein de promesses. Accepter le temps qui reste et regarder le vivre sans toi. Un défi pour les printemps à venir.

 

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Un court métrage révélateur

Largement entamé, ce jour
S'ouvrit empli de lassitude.
En délaissant mes habitudes,
À toute action je coupai court.

En manque d'énergie sans doute,
Je fermai les yeux sans opter
De complètement m'absenter;
Je voulais rester à l'écoute.

Mon esprit me laissait en paix.
Or, soudainement ma mémoire
Fit surgir certaines histoires,
Très certainement inventées.

Fus étonnée quand je compris
Que l'intérêt de ces mensonges,
Qui me furent offerts en songe,
Me révélaient un parti-pris.

Mon orgueil agissant je nie,
Pour m'assurer de ma sagesse,
Que des attitudes me blessent
Ou que j'occulte des envies.

La vérité enfin admise,
Je pense que cela est bien.
L'indulgence souvent convient.

À m'apaiser je l'autorise.

2 juin 2015

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Jean-Jacques Rousseau

Compte-rendu du livre de Raymond Trousson, "Jean-Jacques Rousseau. En 78 lettres, un parcours intellectuel et humain', Éditions Sulliver, septembre 2010, 304 pages, 22 €

Tous ceux qui ont aimé Les Confessions ou qui s’intéressent au « père » de la biographie ne peuvent qu’être intéressés par la correspondance du grand philosophe du XVIIIe siècle et par la sélection opérée par Raymond Trousson.

 

Certes, nous connaissions bien celui qui avait fait confiance à la nature humaine et qui avait inventé et défendu le mythe du « bon sauvage ». Nous avions lu ses livres, qu’ils traitent de politique (Le Contrat social), d’éducation (L’Émile), de sentiments (La Nouvelle Héloïse) ou d’amour de la nature (Les Rêveries du promeneur solitaire). Surtout, nous avions dévoré Les Confessions, ouvrage qui marque une date capitale dans l’histoire des lettres françaises puisqu’il peut être considéré comme la première autobiographie. Bien entendu, avant Rousseau, des auteurs avaient déjà parlé d’eux, mais jamais avec cette volonté de dévoiler la part la plus intime de soi-même au public. Rousseau fera fort, désirant se montrer tel qu’il est, sans mensonge aucun (1). En effet, se sentant rejeté et méprisé par tous, il tentera, dans cesConfessions, de prouver que la bonté fait partie de sa nature profonde. Pour ce faire, il ne dépeindra pas seulement son être social mais aussi sa vie intime et ses pensées secrètes… et c’est là que réside la nouveauté de cet ouvrage. Après la lecture d’un tel livre, nous croyions donc bien le connaître. Eh bien non. En fait, rien de tel, pour cerner un écrivain, que de prendre connaissance de sa correspondance. Là, ce n’est pas uniquement l’auteur ou le philosophe que nous découvrons (même s’ils ne sont jamais loin), mais surtout l’homme aux prises avec la vie quotidienne, l’individu avec ses grandeurs et ses faiblesses.

 

Évidemment, la correspondance de Rousseau a déjà été publiée autrefois et dans son intégralité, mais elle est si abondante que les lecteurs ont été découragés, depuis les simples passionnés jusqu’aux chercheurs les plus renommés. Il faut dire que cette correspondance ne comporte pas moins de cinquante-deux volumes (2)… La richesse du livre que nous propose aujourd’hui Raymond Trousson (professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles et spécialiste du XVIIIe siècle) réside précisément dans sa brièveté. Il est parvenu à repérer, dans cette correspondance foisonnante, soixante-dix-huit lettres majeures qui nous permettent en plus ou moins trois cents pages de mieux comprendre qui était vraiment Rousseau.

 

2 700 lettres en 48 ans

 

Tout d’abord, c’était un homme qui, malgré les apparences, n’avait pas l’écriture facile. Dans une lettre à Malesherbes (qui était le président de la Cour des aides et qui, à ce titre, donnait les permissions d’imprimer pour les manuscrits passés par la censure), il avoue que la moindre missive lui coûte des heures de fatigue et qu’il lui faut, pour en venir à bout, se promener dans la campagne afin de « bercer sa pensée ». Cette angoisse devant la page blanche ne l’a tout de même pas empêché de nous laisser 2 700 lettres écrites de 1730 à 1778, ce qui n’est tout de même pas rien, reconnaissons-le, et révèle bien le côté paradoxal de Rousseau.

 

Le livre de Raymond Trousson respecte l’ordre chronologique de la correspondance. Ainsi, nous faisons d’abord connaissance avec le jeune Jean-Jacques qui, après avoir fui sa ville natale à 16 ans, se retrouve fort démuni à 19. Il vient donc implorer l’aide d’un père qui ne s’est pourtant pas soucié de lui depuis pas mal de temps. On sait en effet que Rousseau avait perdu sa mère à la naissance et qu’il avait été élevé, dès l’âge de 9 ans, par un oncle, pasteur protestant, lequel le mit vite en apprentissage chez un maître graveur dès l’âge de 13 ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son père ne fut pas très présent ni très aimant. Il fallait que notre jeune homme fût fort démuni pour se résoudre à la requête qu’il entreprend ici, mais c’est vrai que son avenir matériel était fort incertain.

 

« Triste sort que celui d’avoir le cœur plein d’amertume et de n’oser même exhaler sa douleur par quelques soupirs, triste sort que d’être abandonné d’un père dont on aurait pu faire les délices et la consolation, mais plus triste sort, de se voir forcé d’être à jamais ingrat et malheureux en même temps et d’être obligé de traîner par toute la terre sa misère et ses remords. »

 

Sans argent pour entreprendre des études, Rousseau ne peut guère envisager pour survivre que de devenir secrétaire ou précepteur chez des personnes fortunées. Il pense aussi à enseigner la musique, qu’il connaît bien. C’est ainsi que nous le retrouvons à Neufchâtel en 1730, en train de donner des cours dans cette discipline. En 1732, il est déjà à Chambéry, où il occupe un poste aux services administratifs du duché de Savoie, puis il devient maître de musique de jeunes filles de la bourgeoisie. Bref, il fait de petits boulots et sa situation matérielle reste très précaire. Heureusement pour lui, il recevra l’aide de Madame de Warens dont il devient l’intendant en 1734. Il connaît cette personne depuis quatre ans déjà et c’est sous son influence qu’il s’est converti au catholicisme. Il parlera beaucoup de cette baronne dans Les Confessions, notamment lorsqu’il évoque « Les Charmettes », une propriété retirée dans les environs de Chambéry : « Ici commence le court bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu… » (Les Confessions, livre VI)

 

Bienfaitrice

 

Madame de Warens deviendra même sa maîtresse et l’initiera aux jeux de l’amour. Pourtant, plus tard, il l’appellera « sa chère maman » (treize années les séparaient), ce qui laisse tout de même supposer que leur relation était ambiguë. Il s’adressera souvent à la baronne pour demander de l’aide, mais sa protectrice, qui à la longue s’est un peu lassée de ce jeune homme envahissant et qui a par ailleurs trouvé un autre favori, souhaite maintenant, et avant tout, que Rousseau prenne son destin en main. Celui-ci se sent trahi et il lui écrit de Montpellier (où il séjourne quelques mois afin de consulter des médecins, car il se croit gravement malade) pour se plaindre amèrement de son séjour dans le Languedoc et essayer d’attendrir ainsi sa bienfaitrice. Cette lettre contient des descriptions pour le moins étonnantes : « Je ne sache pas d’avoir vu, de ma vie, un pays plus antipathique à mon goût que celui-ci, ni de séjour plus ennuyeux, plus maussade que celui de Montpellier. […] Pour ma santé, il n’est pas étonnant qu’elle ne s’y remette pas. Premièrement, les aliments ne valent rien ; mais rien, je dis rien, et je ne badine point. Le vin y est trop violent, et incommode toujours ; le pain y est passable, à la vérité ; mais il n’y a ni bœuf, ni vache, ni beurre ; on n’y mange que de mauvais mouton, et du poisson de mer en abondance, le tout toujours apprêté à l’huile puante. »

 

D’autres lettres nous montrent un Rousseau éperdument amoureux. Parfois il est épris d’une jeune fille et lui demande une entrevue ou bien, au contraire, il a imprudemment déclaré sa flamme à une personne importante, qui tient un salon renommé, et il vient s’excuser d’avoir été aussi entreprenant. C’est donc un homme à la fois sensible et fougueux que nous découvrons, un homme qui connaîtra bien des passions et bien des déceptions aussi.

 

« Mais quoi, vous m’avez traité avec une dureté incroyable, et s’il vous est arrivé d’avoir pour moi quelque espèce de complaisance, vous me l’avez ensuite fait acheter si cher que je jurerais bien que vous n’avez eu d’autres vues que de me tourmenter ; tout cela me désespère sans m’étonner et je trouve assez dans tous mes défauts de quoi justifier votre insensibilité pour moi : mais ne croyez pas que je vous taxe d’être insensible en effet : non, votre cœur n’est pas moins fait pour l’amour que votre visage, mon désespoir est que ce n’est pas moi qui devais le toucher. »

 

Mais le grand amour de sa vie restera Thérèse Levasseur, une femme quasi illettrée qui partagera son existence et avec qui il aura plusieurs enfants, tous placés aux Enfants trouvés, comme on le sait. Ce sera pour notre philosophe une source de remords et nous trouvons dans notre recueil une lettre bouleversante (à Madame Dupin) dans laquelle il avoue cette erreur tout en tentant désespérément de la justifier : son manque d’argent, sa santé précaire (Rousseau croit toujours que sa fin est proche), l’impossibilité de concilier les soucis domestiques avec la tranquillité d’esprit nécessaire à un penseur. On notera également sa grande conscience des inégalités de classes : « La nature veut qu’on en fasse [des enfants], puisque la terre produit de quoi nourrir tout le monde : mais c’est l’état des riches, c’est votre état, qui vole au mien le pain de mes enfants. […] Vous prenez pour le déshonneur du vice ce qui n’est que celui de la pauvreté. »

 

Mise à l’Index.

 

Nous trouvons dans notre recueil plusieurs lettres à Thérèse Levasseur, certaines tendres et touchantes, d’autres carrément désespérées, notamment quand Rousseau est chassé de partout et que, ses ouvrages mis à l’index, il mène une existence de fugitif. À chaque fois, il perd son mobilier et ses livres, et sa situation matérielle est des plus précaires. Ce sont là des choses qu’il faut savoir et qu’on n’a pas toujours à l’esprit quand on lit les livres de Rousseau. Car derrière le penseur, il y a un homme réel, qui vit et qui souffre, persécuté pour ses idées. Rien d’étonnant, dès lors, s’il devient paranoïaque à la fin de sa vie et s’il imagine des complots contre sa personne, au point de se brouiller plus ou moins avec tout le monde, y avec compris les personnes qui lui veulent du bien. Il y a sur ce sujet des lettres édifiantes, comme celles qui relatent sa rupture avec Diderot.

 

Celle-ci provient en fait d’un malentendu. Dans un premier temps, Diderot regrette que Rousseau ait quitté Paris pour se réfugier à la campagne, car c’est avant tout dans la capitale que se défend le combat philosophique. En perdant Rousseau, il perd donc à la fois un ami et un allié dans le domaine des idées. Il ne se prive pas pour le lui dire, ou plus exactement pour le lui écrire. Rousseau, cependant, ne perçoit pas les regrets qui sous-tendent ces lettres. Tout ce qu’il comprend, c’est qu’on veut le faire remonter à Paris alors qu’il se sent mal dans la foule. Il a toujours dit qu’il n’était pas à l’aise dans les réunions mondaines et qu’il n’avait aucune répartie dans les conversations. De nature timide, il ne trouve jamais rien à répliquer à ceux qui lui font des objections et ce n’est que lorsqu’il rentre chez lui que ses idées jaillissent, un peu trop tard. Bref, c’est un solitaire qui a besoin de calme pour réfléchir et, dès lors, il n’entend rien aux arguments du fougueux Diderot. Ce dernier, dans Le Fils naturel, avait malheureusement écrit une phrase que Rousseau a prise pour lui : « Il n’y a que le méchant qui soit seul. » Petit à petit, le ton s’aigrit entre les deux hommes : « Je remarque une chose qu’il est important que je vous dise. Je ne vous ai jamais écrit sans attendrissement, et je mouillai de mes larmes ma précédente lettre ; mais enfin la sécheresse des vôtres s’étend jusqu’à moi. Mes yeux sont secs et mon cœur se resserre en vous écrivant. »

 

Paranoïa

 

À la fin, Rousseau est pris à son propre piège. Délaissé par ses anciens amis, la solitude dans laquelle il vit finit par lui peser. Il écrit alors des lettres dans lesquelles il se présente comme un innocent passablement naïf et fondamentalement bon. Se sentant incompris et victime d’une machination, il rompra définitivement avec Diderot.

 

« Il faut, mon cher Diderot, que je vous écrive une fois encore en ma vie : vous ne m’en avez que trop dispensé ; mais le plus grand crime de cet homme que vous noircissez d’une si étrange manière est de ne pouvoir se détacher de vous. Mon dessein n’est point d’entrer en explication […]. Prévenu contre moi comme vous l’êtes, vous tourneriez en mal tout ce que je pourrais dire pour me justifier. […] Je suis un méchant homme, n’est-ce pas ? Vous en avez les témoignages les plus sûrs ; cela vous est bien attesté. Quand vous avez commencé à l’apprendre, il y avait seize ans que j’étais pour vous un homme de bien, et quarante ans que je l’étais pour tout le monde : en pouvez-vous dire autant de ceux qui vous ont communiqué cette belle découverte ? »

 

Dans d’autres missives, Rousseau montre finalement le tempérament hargneux d’un homme blessé à mort, notamment quand il défend son honneur, qu’il estime bafoué par l’ambassadeur en poste à Venise dont il avait été le secrétaire. Derrière cet incident, c’est une nouvelle fois toute la problématique de l’injustice de classe qui fait son apparition. Comment comprendre l’auteur du Contrat social sans prendre connaissance de ces événements malheureux de la vie privée ?

 

Nous découvrons aussi ses relations avec Voltaire. Respectueux et admiratif au début, il se montre plus ferme quand il s’agit de répondre aux moqueries du grand homme à l’encontre de son Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité (Voltaire s’était exprimé de la sorte : « J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain. […] Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage… »). Cet ouvrage, qu’il avait écrit pour un concours organisé par l’Académie de Dijon, contribuera à le rendre célèbre à cause de la polémique qu’il suscita. Cinq ans auparavant, en 1750, il avait déjà écrit un Discours sur les Arts et les Sciences, suite à un autre concours organisé par la même Académie. Il y avait expliqué que le progrès était synonyme de corruption, ce qui avait déjà attiré l’attention sur lui, comme on peut s’en douter, et lui avait valu le premier prix. Ici, dans ce deuxième discours, Rousseau se servira de la notion d’état de nature pour entreprendre en fait une critique sociale. Il démontrera que rien ne justifie en soi l’inégalité que l’on rencontre parmi les hommes qui vivent en société, ce qui pour l’époque où il vit, dans cet Ancien Régime finissant, est tout de même un point de vue révolutionnaire. Mais Voltaire, semble-t-il, n’a pas compris la portée politique du discours de Rousseau et a voulu réduire ses propos à une vision utopiste et un peu ridicule de l’état de nature. Forcément, le maître de Ferney ne jurant que par le progrès, il ne pouvait qu’être en désaccord avec le pauvre Rousseau. Rousseau gagnerait à être relu dans cette perspective car alors que toute l’intelligentsia de son époque ne jurait que par la science et le progrès, il avait su, déjà, voir les limites de ce type de raisonnement. Nous qui aujourd’hui sommes confrontés à la pollution, au réchauffement climatique et à une société essentiellement technicienne qui nous coupe petit à petit de toute réflexion spirituelle ou artistique, il serait peut-être bon de nous demander si les fondements mêmes de la pensée qui nous anime depuis plus de deux siècles étaient les bons. Quelqu’un comme Jacques Elull, avec son Bluff technologique n’aurait sans doute pas désavoué notre philosophe.

 

Indépendance

 

Mais celui-ci ne se laisse plus intimider par la gloire et la renommée de Voltaire et lorsque ce dernier fait paraître son Poème sur le désastre de Lisbonne (en 1755, un tremblement de terre avait fait 100 000 morts et avait quasiment détruit la capitale portugaise), il s’opposera à lui de manière très virulente, lui répondant point par point. Là où Voltaire se pose des questions sur la supposée bonté de Dieu et tient un discours sceptique, Rousseau, lui, reste plus confiant. Les deux hommes ne se rejoignent en fait que dans leur mépris des églises et des dogmes : « J’appelle intolérant par principe tout homme qui s’imagine qu’on ne peut être homme de bien sans croire tout ce qu’il croit, et damne impitoyablement quiconque ne pense pas comme lui. »

 

La dernière lettre adressée à Voltaire date de 1760. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le timide Rousseau s’est bien affranchi : « Je ne vous aime point, Monsieur ; vous m’avez fait les maux qui pouvaient m’être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. […] Vous avez aliéné de moi mes concitoyens [c’est-à-dire les habitants de Genève] pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigué parmi eux ; c’est vous qui me rendrez le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère. […] Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n’est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect que je leur dois, ni aux procédés que ce respect exige. Adieu Monsieur. »

 

S’il est pauvre et banni, Rousseau n’en aura pas moins fréquenté les grands et aura parfois reçu leur protection. C’est le cas du Maréchal-Duc de Luxembourg, qui deviendra un véritable ami pour Rousseau. Dans leur correspondance, on devine cependant que notre philosophe est mal à l'aise. S’il est sensible à l’amitié, il craint qu’on ne lui reproche de côtoyer les grands, ce qui serait contraire à ses principes et à ce qu’il a développé dans ses écrits. Il a peur, surtout, en acceptant leur aide matérielle, de perdre son indépendance intellectuelle, aussi le dit-il honnêtement mais fermement à son protecteur.

 

Pour le reste, on notera encore la présence, dans ce recueil de lettres, des quatre célèbres missives envoyées à Malesherbes et qui peuvent être considérées comme le véritable prélude des Confessions. Rousseau tente en effet d’expliquer qui il est vraiment. Il relate qu’il est mal à l'aise dans la compagnie des hommes, qu’il n’a pas de répartie dans la conversation et qu’il préfère de loin la solitude (ou alors la présence discrète de quelques amis fidèles). Il rappelle aussi sa passion d’enfant pour les livres et son désabusement quand, plus tard, il ne rencontrera pas dans la vie des êtres dignes de ses héros.

 

Trahisons

 

La correspondance de la fin de la vie de Rousseau est plus triste. Réfugié provisoirement en Angleterre auprès du philosophe Hume, qui lui a ouvert sa porte, Rousseau se croit espionné et sa paranoïa le plonge dans une sorte de délire de persécution. Même sa femme, Thérèse Levasseur, prend ses distances. Il lui écrit une lettre touchante dans laquelle il lui rend sa liberté.

 

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« Ma chère amie, non seulement vous avez cessé de vous plaire avec moi mais il faut que vous preniez beaucoup sur vous pour y rester quelques moments par complaisance. Vous êtes à votre aise avec tout le monde hors avec moi, tous ceux qui vous entourent sont dans vos secrets excepté moi, et votre seul véritable ami est le seul exclu de votre confidence. […] Si vous étiez heureuse avec moi, je serais content ; mais je vois clairement que vous ne l’êtes pas, et voilà ce qui me déchire. Si je pouvais faire mieux pour y contribuer, je le ferais et je me tairais ; mais cela n’est pas. Je n’ai rien omis de ce que j’ai cru pouvoir contribuer à votre félicité ; je ne saurais faire davantage, quelque ardent désir que j’en aie. […] Je n’aurais jamais songé à m’éloigner de vous […] si vous n’eussiez été la première à m’en faire la proposition. […] Il est sûr que, si tu me manques et que je suis réduit à vivre absolument seul, cela m’est impossible, et je suis un homme mort. Mais je mourrais cent fois plus cruellement encore si nous continuions de vivre ensemble en mésintelligence, et que la confiance et l’amitié s’éteignissent entre nous. »

 

En 1778, le marquis de Girardin offre l’hospitalité à Rousseau dans un pavillon de son domaine d’Ermenonville, près de Paris. Thérèse le suit mais le trompe bien vite avec un domestique. Malade et ayant deviné l’infidélité de sa compagne de toujours, Rousseau mourra le 2 juillet de cette même année, probablement d’une crise d’apoplexie.

 

 

(1) Voir, sur ce besoin de Rousseau de se montrer tel qu’il est, l’admirable livre de Jean Starobinski, Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l’obstacle, Gallimard, col. « TEL », 1976.

(2) Correspondance complète de Jean-Jacques Rousseau, édition critique établie et annotée par Ralph. A. Leigh, Genève, Institut et Musée Voltaire, puis Oxford, The Voltaire Foundation, 1965-1998, 52 vol.

 

Jean-François Foulon

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Terre des Hommes - 1967

J'ai retrouvé un vieux bouquin !

...

Man and is world

(Terre des Hommes) Imprimé au Canada en 1967

Il y aura donc bientôt 50 ans.

J’ai mis en italique ce que les « bien-pensants » voulaient déjà faire de l’humanité en 1967

Et ils y sont parvenus !

 

Il est imprimé à la page 121.

 

Se nourrir. Répondre à l'explosion démographique par les moyens rapides et efficaces, à l'échelle de ces 140 personnes qui viennent chaque minute augmenter l'espèce humaine. Famines, fléaux, malnutrition, surpopulation. La faim du monde.

Les solutions ARTISANALES et PAYSANNES ne suffisent plus. Le savoureux langage du monde champêtre est remplacé par celui de l'automation, de la planification des récoltes, des croisements améliorés dans l'élevage. Le besoin est impérieux. Le soleil, l'eau, les plantes, la chasse, la pêche, les cueillettes. Il y a eu la culture du blé, les petits bergers avec leurs flûtes et leurs troupeaux de moutons, puis il y a eu l'insémination artificielle, le mûrissement accéléré des fruits, bientôt peut-être de la nourriture artificielle préparée dans des usines chimiques: et pourquoi ne serait-elle pas savoureuse? Le temps d'oublier le parfum de l'orange, le vent qui caresse les blés, et de faire confiance à l'homme qui saura inventer une nouvelle gastronomie pour nourrir son espèce.

 

A la page 135.

 

- Y a t-il eu, avant cette période mystérieuse que nous appelons l'âge des cavernes, des types supérieurs de civilisation, peut-être même plus avancés que les nôtres ? Certains vestiges le laisseraient supposer... Mais l'actualité pose des problèmes plus pressants, plus urgents: l'accroissement géométrique des connaissances, les formes nouvelles de ségrégation, les répercussions de la "ville-monstre" sur l'individu et la société, l'influence de la technologie sur les travaux et les loisirs, les conséquences de l'industrialisation sur les régimes politiques, l'interdépendance croissante des nations, l'urbanisme qui essaie de présider à l'expansion accélérée des villes.

L’homme de notre siècle sent, pense et agit de façons différentes parce qu'il vit dans un milieu différent, celui de la grande ville, qui transforme peu à peu les structures les plus profondes de notre civilisation, de nos cultures. L’industrialisation s'est peu à peu transformée en révolution technologique, et c'est dans la grande cité actuelle qu'on peut en vivre à la fois tous les avantages et tous les inconvénients, en un mot tous les défis.

 ...

 

J’espère que vous avez bien lu…

Je n'ai pas fini de lire cet ouvrage, mais nous pouvons être certains d'une chose en lisant… entre les lignes, c'est que dans l'ombre il y a un peu moins de 50 ans, "ON" préparait déjà notre présent, pourri de nos jours jusqu'à la moelle !

Relisez la page 121 imprimée au Canada en 1967 par Terre des Hommes.

 

Et aujourd'hui encore "ON" made in USA, revendique le droit de continuer à pourrir l'air avec le charbon et le gaz de schiste. "ON" Made in Asiatique revendique le droit et le devoir de faire travailler des gosses de 10 ou 12 ans pour mieux alimenter nos placards d'inutilités qui gaspillent les resources de la planète. Et "ON" continue à nous faire croire que seule la croissance et les industrielles de l'agroalimentaire, nous sortiront du guêpier alors que c'est exactement l'inverse, c'est cette croissance qui détruira l'humanité.

 

3,5 milliards d'individus en 1965   -  7  milliards en 2011

 

Ces 3,5 milliards de "marchent debout" supplémentaires dont je fais partie, ne représentent en définitive, qu'une valeur... marchande ! Ni plus, ni moins !

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Lehman trilogy

CRÉATION EN BELGIQUE AUCUNE MONTÉE N'EST ÉTERNELLE : UN JOUR ÇA REDESCEND Welcome in America. And good luck. C'est ainsi qu'Henry Lehman, émigré juif allemand, est accueilli aux États-Unis le 11 septembre 1844. Il ouvre une petite boutique de tissus dans l'Alabama et est rapidement rejoint par ses deux frères. Près de deux siècles plus tard, le 15 septembre 2008, la banque d'investissement Lehman Brothers fait faillite, entraînant les bourses mondiales dans sa chute. Tout comme Ascanio Celestini, Stefano Massini s'inscrit dans la grande tradition du théâtre-récit italien. Du rêve américain au cauchemar économique, il choisit de raconter la grande Histoire du capitalisme au travers d'une chronique familiale haletante, que Lorent Wanson déploie sous la forme d'un cabaret effroyablement humain. 3 chapitres, 3 épisodes. Une saga à l'américaine, addictive. 1h45 par épisode / Intégrale les samedis Rencontre ME 01.06 après le spectacle DÉBAT DU BOUT DU BAR avec Lorent Wanson, Bernard Bayot, directeur du Réseau Financité et l'équipe du spectacle. Avec Angelo Bison, Pietro Pizzuti, Fabrizio Rongione et au piano Fabian Fiorini ou Alain Franco. Écriture Stefano Massini / Texte français Pietro Pizzuti / Mise en scène Lorent Wanson L’Arche Éditeur est agent théâtral du texte représenté. Le texte est publié à L'Arche Éditeur 2013. Une coproduction Rideau de Bruxelles / Théâtre Épique / Théâtre du Sygne.12273162491?profile=original

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Un bonheur imprévu

Je veux me souvenir, dater
Un bonheur à peine croyable,
D'une douceur incomparable,
Reçu dans ma rue désertée.

J'étais sortie nonchalamment
Car la soirée s'annonçait belle.
Je la découvris irréelle,
Ressentis du ravissement.

Mon bonheur s'est évaporé.
Il fut d'une énergie intense,
Laissa perdurer le silence.
Je demeure revigorée.

Ce n'était pas de l'allégresse
Mais un suave sentiment
De paix et d'émerveillement.
Mon âme accueillit la tendresse.

Solitaire, un petit oiseau
Me révèle son existence.
Il a découvert ma présence.
Sur un fil, m'observe de haut.

Ier juin 2016

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États d'âme

Légèreté

La solitude


peut être ressentie


comme une grâce


par ceux qui se sentent des ailes


et je souris


car j'ai envie de m'envoler.

Intuition poétique

Humeur en vacances,


esprit en errance,


élan de liberté


demeurant incertain


et rencontre du beau


reçu avec émoi

.

2/8/1977

 


I

Police
Taille

e,
élan de liberté
demeurant incertain
et rencontre du beau reçu avec émoi.

2/8/1977

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Abstrait

Avec du noir, du violet
pour les jours qui se veulent tristes.


Avec du jaune ensoleillé
pour les jours qui nous rendent gais.


Avec rouge pour l'amour,
la violence et le pouvoir.


Avec du vert qui se répand
en une ondée rafraîchissante.


Avec le superflu enflé
dans des poches à souvenirs


et des pics d'agressivité.

8/8/1977

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Voyage en eau troublée

 

J’ai pris place, pour quelques années, dans cette chose de peau et de poils, d’os et de sang et de muscles noués.
Je l’ai camouflée pudiquement avec des sous-vêtements faits de sentiments, de pleurs et de tourments, mais  aussi de joie et de bonheur pour en protéger le cœur de la rigueur desséchante des gens.
Je l’ai habillée de connivences et de vivre ensemble pour m’intégrer dans ce monde déjanté et l’ai déguisée de compromis pour me permettre d’avancer à mon rythme, sans me faire complètement absorber par les foules réclamant ma rentrée dans le rang, le lissage par le bas de mes différences, l’annihilation de mes pensées révoltées quand elles ne sont pas révoltantes ou révolutionnaires.

Embrumé, drogué, dopé par les certitudes de ma jeunesse, je l’ai prise comme une barque pour traverser les océans de la vie.
Des océans où je me suis baigné dans l’insouciance des eaux calmes de l’enfance, où j’ai ramé à contre-courant dans mes révoltes d’adolescent, où je me suis laissé porter par mes assurances de jeune adulte, où j’ai lutté contre les éléments déchaînés pour imposer mes points de vue d’adulte « averti ». Croyant détenir des certitudes, je me suis noyé dans les propos lénifiant des escrocs de la pensée alors que c’est eux qui m’avaient implanté mes certitudes qui n’étaient autres que des leurres, que les leurs.

Je me suis ainsi retrouvé parfois sous la tempête, parfois porté par la brise, rarement sous un calme plat. Il est pourtant des jours où, je me suis senti perdu, sans port en point de mire, sans voile à l’horizon, abandonné, seul bien qu’entouré. Comme disait Lény Escudero dans la chanson « Mon voisin est mort » -  « être seul, c’est vivre seul au milieu de la foule … au milieu du désert, on n’est pas seul … on est perdu c’est pas pareil …»

Mais à chaque fois, des soleils apparaissent et mon ciel s’éclaircit de bourgeons d’idées qui me font renaître à la vie au milieu des incertitudes de mon vécu.

J’erre dans un monde fait de contradictions, soufflant le chaud et le froid, le bon et le mauvais, se cherchant mais ne se trouvant point. 

Je suis un être pensant, bien ou mal, mais pensant, parfois penseur souvent pensif.

Quand, de mes semblables, je reçois plus de questions que je n’ai de réponses, je me prends à parler … aux poissons ou aux étoiles, aux algues ou aux cailloux, aux oiseaux ou aux nuages mais ils me laissent tous avec une sorte de soif, toujours plus lancinante, toujours plus brûlante, toujours plus cuisante et toujours inassouvie, celle de toutes mes méconnaissances.

Alors je touche du bout du doigt l’absurdité de tous les combats au nom d’un idéal, d’une religion, d’une politique, d’un concept ...
Ah ! Ils sont nombreux ces prophètes de l’art de vivre ! C’est à peine l’art de survivre qu’ils proposent, quand ce n’est pas moins que l’art de mourir.
Mais vivre ou mourir pour une cause, n’est-ce pas ce que les gens demandent pour avoir une impression de se donner l’illusion d’un sens à leur vie ?
Pourquoi dès lors devraient-ils se priver de toute cette main d’œuvre consentante ?
Face à toutes les questions que se posent la plupart d’entre nous, ils viennent comme des sauveurs, nous apporter leurs bonnes paroles qui se veulent des bonnes solutions. Mais ce n’est qu’un emballage. Un emballage qui se comporte comme un caméléon, prenant la couleur des gens ou du temps mais gardant leur propre manière de penser et d’agir et contrairement à ce qu’ils disent, pour leur bien et leur avantage qui est souvent complètement contraire au nôtre.

J’ai beau les analyser, les retourner, les disséquer, ils m’apparaissent tous aussi futiles les uns que les autres. Pourtant, ils prônent tous le même message de base fondé sur l’amour, l’aide aux autres, la con-fffiaance et le fait qu’ils agissent pour notre bien.

Croyant détenir à eux seuls LA vérité, la seule, la vraie, ils se perdent rapidement dans de faux prétextes. Edictant des lois, des commandements, imaginés par la vanité des hommes qui les prônent et qui s’en servent à leurs fins personnelles.
Vanité, pouvoir, vanité du pouvoir et pouvoir de la vanité.

Les rapides m’entraînent dans les méandres de cette vie, dans ses grottes souterraines noires de l’oubli, si vides qu’un sentiment à peine pensé provoque un vacarme assourdissant, culpabilisant tel un coup foudroyant de solitude. La résonnance de mes pensées se propage et retenti sur la peau des tambours creux de leurs propos. Et cet écho va de plus en plus grandissant m’interdisant de me taire plus longtemps.

Alors je me rappelle que je suis moi, que je n’ai pas besoin de cette pensée imposée, de tous ces « modèles » de vie.
J’ai ma propre pensée et il est important que je me convainque moi-même qu’elle est ma meilleure chance de progresser dans ma vie.
Les réponses, nous les possédons tous aux tréfonds de nous-mêmes mais nous manquons d’un minimum d’introspection pour y accéder. Notre  vie se passe à chercher le chemin qui nous y conduira.

Il me faut donc quitter cette barque ou plutôt cette galère dans laquelle je m’étais enrôlé et qui me salit, qui m’écorche, qui m’éventre, qui m’écœure, qui m’ouvre le cœur et me laboure au plus profond de moi.

Me désincarner, me désincarcérer de ce joug de douleur, sortir de cette enveloppe charnelle, tel un esprit, pour m’évader de cette prison de chair et pouvoir enfin vivre de renouveau.

Je suis un ressuscité, dégagé des faux semblants, j’ai enfin accosté et je regarde les flots des passants se débattant à nager à contre-courant comme pour remonter à la genèse du monde. En fait ils se battent contre eux-mêmes et ne le savent pas ; du moins pas encore.

Je suis un résistant, né humain, conscient de mon appartenance au monde animal, j’essaye au cours de mes pérégrinations de conserver l’essence même de l’homme tout en m’enrichissant de ses nouvelles découvertes. Le fait d’être conscient de faire partie d’un tout donne une valeur à chaque détail, même si certain pense que les détails sont insignifiants et non pas d’importance. En fait chaque chose n’a d’importance que celle qu’on lui donne.

Le monde va à sa perte comme nous allons à la mort ? Et si chaque fin est un nouveau départ, devra t’il se perdre pour mieux se retrouver, devra t’il se détruire pour permettre de régénérer une vie plus fortes ? Et est-ce que seuls les plus forts survivront ?

Alors je me suis posé la question de savoir qui sont les plus forts ! Les plus riches ? Les plus forts physiquement ? Les plus roublards ? Les plus méfiants ? Les plus intellectuels ?… A moins que ce ne soit l’enfant avec ses certitudes qui serait le plus fort ? N’est-ce pas lui qui reconstruit chaque jour le monde dans lequel il vit, qui lui attribue des pouvoirs, des espérances, des devenirs ?

Pour ma part, je pense que les plus forts sont ceux qui peuvent faire preuve de la plus grande indépendance pour penser.

Arriver à penser en toute autonomie dans notre monde où nous sommes confrontés à chaque instant à des messages publicitaires ou autres de tous les genres est une force énorme. C’est la force de la liberté.

L’autonomie n’implique pas de vivre en autarcie bien au contraire. L’autonomie permet justement de vivre avec tout le monde mais sans en dépendre spécialement.

L’autonomie appliquée à la pensée permet de prendre dans chaque situation ce qui nous convient et cette liberté de penser entraîne une liberté d’agir.
Mais la liberté de penser et la liberté d’agir font peur. Ces libertés nous renvoient à nous même. Elles nous responsabilisent face à nos actions et à nos choix de vie. Plus question de dire que c’est la faute de notre éducation, des politiques, des religieux, des autres.

En utilisant à bon escient les nouvelles technologies, tout en restant chez moi, je suis devenu un nomade salutaire, un poète cartésien, un solitaire qui lubrifie les aiguillages de la vie jusqu’à en accepter la mort.
Je suis un libre acteur de ma vie qui transforme sa pensée en acte de vie.

Enfin, JE SUIS ! Je suis MOI tout simplement.

  

                                                                                                                   ©Jean-Jacques RICHARD 2016

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