Nous sommes en 1539...
Michel-Ange travaille sur sa titanesque fresque du Jugement Dernier.
200 nus gigantesques tordus ds ttes les positions possibles.
Il a 6O ans, et l'oeuvre, commandée par Clément VII en 1534 afin de conjurer le sentiment de terreur rôdant à l'époque (le sac de Rome a eu lieu en 1527, l'époque est pour le moins trouble et troublée), semble totalement irréalisable, même pour le grand Buonarroti.
Clément meurt en 34, c'est Paul III qui prend la relève.
Nous sommes donc en 1539, et Michel-Ange travaille sur sa titanesque fresque du Jugement Dernier...
Arrivent le Pape et ses Cardinaux, juger de l'état d'avancement de l'oeuvre.
Bagio de Cesena, premier conseiller du pontife, et genre à pisser de l'acide, est outré ; il déclare qu'une telle ribambelle de "parties honteuses" est plus à sa place dans une taverne ou une maison de plaisirs que dans la Chapelle du Pape, qu'il faut détruire cette horreur et durement châtier l'Artiste.
Michel-Ange serre les dents, impossible de répondre. Les choses en restent là...
Quelques semaines plus tard, le Pape et ses conseillers reviennent.
Et là...consternation !!
Par vengeance, Michel-Ange a osé peindre Bagio de Cesena, en Minos l'esclave de l'enfer, affublé d'oreilles d'âne, un serpent lui bouffant les testicules...(je rappelle aux étourdis que ça, normalement, c'était le bûcher direct. Avec des clous sous les ongles pour faire bonne figure)...Cesena, au bord de l'apoplexie, hurle auprès du Pape de faire quelque chose contre cette infâmie !!!
Moment de silence qu'on imagine très tendu...
Et le Pape, un petit sourire, de répondre : "Mon pauvre ami, je ne peux hélas rien faire ! Si encore Michel-Ange vous eut placé au Purgatoire, j'aurais pu intercéder en votre faveur auprès du Ciel ! Mais en Enfer, ni moi ni personne n'avons aucun pouvoir...".
Moralité : toujours faire attention lorsqu'on emmerde un Artiste de génie et un Pape malin. Au risque d'y gagner une postérité, certes, mais un peu louche ^^
Michel-Ange Buonarotti (1475-1564)
Le Jugement Dernier, détail de l'Enfer, portrait de Bagio de Cesena en Minos.
Fresque.
Entre 1534 et 1541.


Alexandre Tharaud se produit dans les plus grands festivals à travers le monde. Il a enregistré ses variations chez ERATO.
