Je voudrais composer
chaque matin
un vitrail de mots
pour colorer les heures
faire chantonner la vie
jusqu’à la nuit
..................................
Martine Rouhart, pour Monsieur Paul et les membres d'Arts et Lettres
Je voudrais composer
chaque matin
un vitrail de mots
pour colorer les heures
faire chantonner la vie
jusqu’à la nuit
..................................
Martine Rouhart, pour Monsieur Paul et les membres d'Arts et Lettres
Je ramasse
à pleines mains
sur mes chemins
le fragile
le minuscule
le peu visible
une multitude
de formes
de bonheur
.........................
Martine Rouhart
Il n'empêche... tu m'as laissée au bord du chemin
Et sans égard aucun, tu es parti très loin!
Enfermé dans ton mal-être tu t'es égaré
Et impuissante, je t'ai regardé t'en aller!
Il n'empêche... n'avais pas prévu la désertion
Même si la solitude me ramène raison
En plongeant tout au fond, retrouver mon univers...
Ne plus jamais laisser mettre tête à l'envers!
Il n'empêche... l'aventure avait goût de bonheur
Et j'y avais mis toutes mes forces et mon cœur!
Regardant s'effriter désirs et illusions...
En honorant mes rêves, j'ai quand même eu raison!
J.G.
I C I: A admirer
Je n'ai pas eu petite enfance
Elle est zappée dans mes souvenirs
M'efforçais à la cohérence
Pour donner aux miens le sourire...
Alors quand vint l'adolescence
J'avais trouvé quelques chemins
Et j'ai gardé de mes errances
Le désir d'autres lendemains...
J'avais trouvé un grand amour
Mais n'étais pourtant pas naïve
Et ne croyant pas aux toujours
Je m'attendais à sa dérive!
Je n'ai pas gardé d'amertume
Mais souvenirs comme des joyaux
Et s'il n'en reste que l'écume
Un grand amour est toujours beau!
Je n'ai pas eu de vrai malchance
Mon ardeur servit de cravache
Et si ce ne fut pas Byzance
M'en suis sortie avec panache!
D'avoir gardé si fort ancré
Malgré le poids de tant d'années
Désirs de vie et de beauté
M'ont empêchée d'être damnée!
Aujourd'hui c'est le temps de la chance
Et j'en accepte le cadeau
Car ce n'est plus une espérance
Mais oui, le monde est enfin beau!
J.G.
Je me demande où s’en vont
tous les songes
que le matin nous vole
peut-être mués en oiseaux
ils nous attendent
dans leur nid de brume
au bord du jour qui s’absente
.........................................
Martine Rouhart
Le contexte
Tout récemment, le New York Times a évoqué que le journal Tylko Polska (Only Poland) avait publié un article intitulé «Comment repérer un juif» au mois de janvier 2019.
En France, malgré la polémique, et la montée de l’antisémitisme, les éditions Fayard annonçaient en 2015 qu’elles publieraient une réédition du livre en 2016, du fait qu’il tombait officiellement dans le domaine public.
En mars dernier, le manifeste politique d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », interdit dans de nombreux pays, a été mis en scène au Powszechny Theater à Varsovie. Le metteur en scène Jakub Skrzywanek voulait montrer que le langage utilisé par les hommes politiques et par tout le monde en Pologne, est pire que celui d’Hitler.
L’œuvre poétique de Georges Tabori « Mein Kampf (farce) » créé en anglais, à Vienne en 1987 est très rarement jouée et se voit exhumée cette année par un groupe théâtral liégeois, Les Anges Hantés . Jorge Lavelli a créé la version française en 1993. A ce propos, Agathe Alexis (Festival d’Avignon, Comédie de Béthune, Théâtre du Rond Point, tournées en France, Suisse et Belgique) nous donne son éclairage. Elle considère que c’est l’une des plus grandes tragi-comédies du vingtième siècle. « Lorsque j’ai lu la pièce pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à cette phrase de Pouchkine : « Le rire, la pitié et la terreur sont les trois cordes de notre imagination que fait vibrer le sortilège dramatique ». Ce texte réunit, en effet, tous les « ingrédients » propres à susciter la magie d’un théâtre qui prend la réalité à bras le corps et secoue – émotionnellement et intellectuellement – le spectateur en l’entraînant sur des chemins à la fois scabreux et lumineux, sans pour autant le désenchanter, c’est-à-dire sans lui faire renoncer à sa propre humanité. « Mein Kampf (farce) » évoque pour moi les grands mystères du Moyen-Âge, avec ses figures : Dieu (le cuisinier Lobkowitz), la Mort (Madame Lamort), la Jeune Fille Vierge (Gretchen), le Méchant, odieux prédateur possédé par le mal absolu ou l’absolu du mal (Hitler) et le Vieil Homme (Shlomo Herzl), qui recherche la sagesse et veut écrire un livre qui s’appellerait « Mon combat » mais dont il n’a écrit que la dernière phrase : « Et ils vécurent éternellement heureux » – admirable image de l’indéracinable utopie qui habite le cœur de l’homme. » Oui inconditionnel à la vie. Quel être, déchu de toute humanité, pourrait écrire l’indicible ? Celui qui fait un pacte avec La Mort.
D’après Georges Tabori, jouée au théâtre de la Clarencière à Bruxelles, et en partance pour le festival d’Avignon 2019, voici l’œuvre interprétée par un quatuor de comédiens belges : Kim Langlois, Dominique Jacques, Guillaume Martin et Benoît Servotte.
Ils sont rompus à l’exercice, débordants d’énergie, menant un combat désespéré contre le mal personnifié, brandissant le rire et la dérision comme doigts d’honneur. C’est beau la mise en scène polyphonique, mais un regard extérieur aurait sans doute mis un peu d’ordre dans le panier. Le spectateur est un peu perdu dans l’articulation dérisoire de la pièce, une façon sans doute de le faire entrer dans la folie. L’homme, serviteur de Dieu, est le fleuron de la création : nézer habéria, l’exception parmi tous les êtres créés. Le dernier créé mais le premier responsable. Il est responsable de sa poule en cage, préfiguration de l’holocauste à venir ? Rira-t-on? Faut-il brûler au troisième degré ? Le respect de la vie chez l’homme et chez l’animal – le « tu ne tueras point » est inscrit sur le visage du prochain.
Mais Dieu a quitté les lieux, horrifié de ce qui va suivre? Fatigué de la lenteur d’écriture de son valet. Soit dit en passant, hasard ou non d’écriture, le personnage se nomme Herzl, un personnage réel, qui, motivé par l’affaire Dreyfus en France, fut le fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897, il est l’auteur de Der Judenstaat – L’État des Juifs. Ce Schmolo se retrouve donc seul pour appliquer les commandements divins, offrir l’asile et essayer de sauver du mal, le méchant visiteur qui vient lui raconter ses rêves de peintre brisé, son attitude d’enfant gâté au moi surdimensionné, et la tentation absolue de la mort comme viatique du pouvoir.
La Mort, notre personnage préféré, apparaît sous les traits de l’excellente interprète Kim Langlois, fascinante, sans sa faux, menaçante comme une déesse hindoue, elle prend ses aises sur une monture vivante qui rappelle l’attirail du Ku Klux Klan. Oui pour la blondeur trompeuse, les faux-cils, la bouche noire, la voix puissante la diction parfaite et les intonations bien étudiées. Le rire macabre. « Und dass hat die Lorelei getan ! ». Le tout s’achève, après un horrible détour par la cuisinière, dans la plus pure tradition de l’humour juif. Sauvés! Rire comme larrons en foire, seule échappatoire. "Ça va ? Oui, répond-il, sauf quand je ris!"
Kim Langlois, Dominique Jacques,
Guillaume Martin et Benoît Servotte
Dominique-Hélène Lemaire, Arts et Lettres
Le spectacle de juin: 
L’attente de l’amante absente nous emmène en d’autres lieux, à d’autres moments que ceux de l'Espagne à la puissance déclinante,
dans des pérégrinations et des anachronismes en harmonie avec l’inépuisable source de folies d' El Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha, dont l'auteur n’aurait certainement rien trouvé à redire à ce genre de procédé et se réjouirait, allez savoir, de voir ses protagonistes en rajouter dans leurs délires.
L’évasion dans le rêve, pour se dérober à la réalité et aux contingences de notre existence terrestre, tenter de lui donner un sens, n’empêche pas des situations grotesques, triviales ou vulgaires, où l'eschatologie chevauche la scatologie.
L'égarement n'a rien de tragique. On s'amuse au contraire au spectacle. La folie nous conduit au génie, puisque celui-ci n'est jamais très loin de celle-là, à une saine réflexion sur notre société et la vanité de nos courses vers le pouvoir et la gloire, qui n'ont pas plus de sens que ses extravagances...
Un joli nom, Dulcinée. Ce n’est pas banal... On en parle beaucoup, mais peut-on dire que vous l’avez vue. Quatre fois, apparemment.
Et peut-être s’en est-elle-même pas aperçue... elle nous la joue genre Arlésienne, votre Dulcinée. On l’espère, mais elle ne vient pas.
C’est bien long, tout ce temps dans l’attente de l’amante absente de Sa Seigneurie errante…..
Tout public : Les mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 juin 2019 à 20h30
P.A.F. : 20 € - étudiant : 15 € -
Je choisis mon fauteuil et je réserve en 1 clic :
« Anna Bolena »… Ou la somptueuse innocence condamnée par un crime prémédité !

Le samedi 20 avril, 20 heures à l’Opéra des Liège, se tenait la fabuleuse dernière de « Anna Bolena », le 29e opéra tragique de Donnizetti. Brillance, effusions prémonitoires de tendresse, amour de la liberté, le rideau se lève sur de véritables ébats amoureux. Un lit royal, à Richmond ? Les courtisans piétinent dans l’antichambre, ne perdant rien du spectacle. Le cœur volage d’Henry VIII brûle d’un nouvel amour, celui de Jane Seymour (Giovanna). Un grand malheur attend Anne, la reine d’Angleterre. « Ne te force pas à la joie, ta tristesse est aussi belle que ton sourire » se plaint-elle à son fidèle page qui lui chante sur fond de harpe les joies du premier amour. Francesca Ascioti, frémissante, juvénile et passionnée interprète joyeusement ce jeune Smeton si amoureux de la reine. Celle-ci tient tendrement sur les genoux une petite fille sérieuse : la future Reine Elisabeth I en habits d’apparat dorés, comme ceux des peintures de cour où on la verra plus tard, auguste, souveraine et intouchable. Anna est sensible aux paroles de Smeton, elle aussi a eu un premier amour dont les cendres sont encore chaudes… mais, utilisées perfidement par le roi pour confondre la reine, elles enflammeront l’opéra jusqu’au brasier final où se consumera la reine répudiée. Cet unique soir du 20 avril, c’est Elaine Alvarez qui, pleine de ressources et de talent dramatique interprète avec un feu inimaginable, cette femme au long développement psychologique, accusée d’adultère et de trahison et injustement condamnée à mort et dont le poids de chaque mot est émotion incandescente.
Dès les premières scènes, ironie du sort et de l’écriture, Anne conseille avec grande sagesse à sa rivale Giovanna de ne pas se laisser abuser par l’éclat du trône et se plaint de la solitude dans laquelle son époux la laisse. L’ardente Sofia Soloviy s’oppose avec fracas à la sagesse de la reine. A la mise en scène fabuleuse, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Liège Wallonie. Et oui toutes les voix sont à la hauteur du festival de costumes rutilants, créés par Fernand Ruiz. Sur le plateau, nous assistons à un défilé ininterrompu de brocards, de soieries, de coiffes, et riches manteaux, dans le palais d’Henry VIII lambrissé de chêne et éclairé par des lustres de Venise à couper le souffle. La scène dans la forêt dans un décor signé Gary McCann pour la première fois sur la scène liégeoise, est tout aussi évocateur des munificences des Tudors. Les lambris de chêne de Richmond ont fait place à l’arbre vivant, le chêne majestueux sous lequel se rend l’imparfaite justice humaine, sous lequel se réunissent les chasseurs princiers et leurs chiens assoiffés de sang… Lord Rochefort, le frère de la reine y rencontre Richard Percy (Riccardo), qu’Heny VIII (Enrico), sûr de la réussite de son complot a rappelé pour confondre celle-ci. Maxime Melnik qui possède jovialité et élégance d’une voix de ténor lumineuse est le Lord. Riccardo, l’amoureux pour l’éternité, avec un timbre convainquant au possible, vibrant d’émotion, et des postures irrésistibles, qui résisterait ? C’est Celso Albelo, le puissant ténor espagnol qui a déjà incarné ce superbe rôle à Vienne et Santa Cruz.

Enrico a bien sûr juré à Giovanna, sa nouvelle conquête, qu’elle n’aura pas de rivale et déteste désormais Anna, cette reine incapable de procréer un héritier mâle ! … Insensée, dupée par l’ambition, Giovanna rêve, comme Anna en son temps, du trône et de la renommée. Quelles vanités ! Anne, convoitait elle aussi le trône d’Angleterre elle aussi, lui avait offert l’amour en échange. Quelle erreur funeste! Donizetti souligne de toutes parts que l’ambition du pouvoir et des richesses n’apporte que couronnes d’épines…
L’amour a la parole sous les traits du charmant page et de Percy, le premier amour de la reine, que le roi a fait revenir d’exil pour accuser son épouse d’adultère. La présence passionnée de Percy dans les appartements de la reine confirme les soupçons du roi. Parole au page qui s’est saisit en cachette d’un portrait de la reine en pendentif : « Ne préfères-tu pas un amant qui t’adore qu’un mari cruel qui t’ignore ? » Nul besoin de juges pour Anna, le médaillon l’accuse déjà, c’est elle qui est volage ! Le sort de la reine est scellé par le roi, un doigt accusateur absolu. Un Marko Mimica absolument maître de la situation, maniant le regard, la voix et les postures de façon impériale et inflexible. Est-il sorti vivant du tableau d’après Hans Holbein qui trône au font à gauche dans les salles du palais ?

Lorsque le chœur des femmes pénètre dans le parloir de la tour où est détenue Anne, elles s’exclament « Qui peut garder les yeux secs devant tant d’angoisse ? Et ne pas sentir son cœur se briser ? » Le public ressent la même chose. La reine souhaite un instant revoir le château de sa naissance qui lui ferait oublier toutes ses épreuves… « Rends- moi un seul jour de notre amour… » La salle émue aux larmes par la vérité absolue de son interprétation lâche des bravi passionnés. La dramaturgie elle aussi, est cinglante de vérité. Sous les coups sourds de cloches fatidiques, Anne donne sa couronne à la très jeune Elisabeth. Dans un long délire vocal aux merveilleuses coloratures, elle a même pardonné à sa rivale, et prie que ce pardon lui accorde la miséricorde divine. Elaine Alvarez dans cet immense rôle romantique, « Tu, mia rivale ! », a vraiment raflé tous les suffrages.

https://www.operaliege.be/spectacle/anna-bolena/
Une tragédie lyrique où vibrent à la fois l’histoire, l’amour, la trahison, la passion et la virtuosité vocale! Sous la baguette de Giampaolo Bisanti, dans une mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera, avec Olga Peretyatko, Elaine Alvarez, Sofia Soloviy, Celso Albelo, Marko Mimica, Francesca Ascioti, Luciano Montanaro et Maxime Melnik
Anna Bolena (Donizetti) du 9 au 20 avril à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
LIVE WEB sur Culturebox : le mercredi 17 avril à 20h30
Marquez sur vos tablettes, lee prochain rendez-vous à L’Opéra de Liège, où d'autres merveilles vous attendent :
« La Clemenza di Tito » de Mozart (15 mai - 24 mai 2019)
« I Puritani » de Vincenzo Bellini ( 16 juin - 28 juin 2019)
Mardi 28 mai 2019: les Rencontres Littéraires de l'Espace Art Gallery nous emmènent ce soir en voyage "aux bords des eaux" d'écrivains dont les liens avec l'élément aqueux sont étroits, intimes: symbiose, attachement, aquarelles, décor d'enfance, l'eau aux coeurs...
Cinéaste, metteuse en scène, auteure de courts-métrages, animatrice et formatrice en ateliers d'écriture, écrivaine de "la mise en mots de ce que l'on porte en soi", Frédérique Dolphijn nous conte ce soir "Là où l'eau touche l'âme", histoire née au bord d'une rivière "alors que regardant l'eau qui dévalait, je me disais qu'elle n'était jamais la même". Un roman intense nous relatant les relations et les non dits d'un groupe de femmes qui a choisi de s'isoler dans un chalet afin de vivre la pêche à la mouche.
Auteur de récits et de nouvelles, peintre et enseignant (les mathématiques et les sciences), Michel Van den Bogaerde nous présente quant à lui "La Promenade d'Ostende", un ouvrage littéraire constitué de nouvelles qui en fait forme un tout. Déclaration d'amour, absence, stupéfaction, une voix parlant pour deux, la métrique des pas, le poids des lettres, les traces matérielles du temps écoulé, les frontières du dialogue, "tout ce qu'une vie n'est pas, parce qu'on a pris d'autres routes", les chemins suivis par l'auteur nous surprennent, nous interpellent.
Homme de théâtre, poète, écrivain, chanteur et parolier du groupe musical Géminides, Aurélien Dony a choisi de nous toucher avec "Le Coeur en Lesse"; Dinant, ses Copères, sa Collégiale, sa citadelle et les alentours nous sont racontés au travers d'un recueil-hommage aux arbres, aux oiseaux, aux amis... L'enfance d'un côté (Anseremme), l'adolescence de l'autre (Dinant),et une infinité d'aventures apparemment banales qui ont façonné son coeur...
Jovial et d'une belle spontanéité, Michel Van den Bogaerde nous explique qu'en fait tout est dit avec le premier récit. Le présent, les souvenirs, de singuliers fantasmes, des méditations à l'aspect arithmétique parcourent ce récit d'un amour manqué, non exprimé mais imprégné d'une poésie qui touche le coeur et l'âme. Son oeuvre est parfaitement construite bien que largement élaguée par son concepteur; s'y glisse notamment une interrogation sur l'art. Un questionnement à découvrir.
Expressive et d'une grande aisance, Frédérique Dolphijn place la rivière au coeur de son histoire: elle traverse ce roman à la fois poétique et polyphonique construit en trois journées, de nombreuses femmes émaillant son récit telles que Olivia, la leader, une ambitieuse, Georgia l'artisane, femme plus effacée mais généreuse, Fanny et bien d'autres, un drame se préparant, que le lecteur ne manquera pas de percevoir. Au départ cela aurait dû être un long métrage, un chat mort jouant également un rôle non négligeable dans le roman où se côtoient pour le meilleur narration, descriptions et dialogues, le tout imprégné ici aussi de poésie et les distances prises par rapport aux personnages sont variables.
Volubile et souriant, souvent direct, Aurélien Dony nous offre un recueil de nouvelles d'une grande sensibilité, la question de l'intégration abordée, de purs instantanés d'existence le parcourant. Auteur "de la nature", Aurélien Dony nous plonge au coeur de l'identité wallonne, amitié et transmission faisant notamment partie des mots-clés de son ouvrage. Le tragique est présent, les paramètres sociaux en cause. Animateur des Rencontres Littéraires, Gérard Adam, pensif, nous évoque subitement sa première rencontre avec l'auteur, lorsque celui-ci n'avait que 22 ans, à Namur lors d'un Salon de Poésie. Un singulier souvenir.
Souvent, au cours de ces Soirées à l'Espace Art Gallery, les souvenirs font ou refont surface, surgissant des eaux vives et profondes des auteurs en présentation, des eaux point dormantes. Du choc des idées jaillit inéluctablement la mémoire du passé, du vécu.
Et, en conclusion, il nous faut absolument mentionner l'implication et l'investissement indéniable de Nicolas Coeck, comédien, qui, chaque mois, nous lit au moins deux extraits de chaque livre présenté, installé à la même table et non loin des écrivains. Une soirée inspirante? Aux eaux de vie!
Prenons un malin plaisir : la saison 18-19 au Public porte bien son nom : Corps et Âmes. Et de nom, il est beaucoup question au cours de cette pièce écrite par Anne Sylvain, dont le déchaînement dramatique ne peut laisser personne indifférent. La plume ardente et inventive d’Anne Sylvain pratique une véritable amplification poétique et dramatique de l’histoire d’« Elephant Man », qui n’aurait nécessité que deux comédiens en scène, Frederick Treves, le docteur et Joseph Merrick, la créature humaine particulièrement repoussante, utilisée à l’époque comme phénomène de foire et surnommée « Elephant man ».
Autour de cet être humain, » I am not an animal, I am a human being » qui vécut sous le règne de la reine Victoria apparaît un quatuor de femmes hors pair. L’auteur fait appel aux grands formats de la scène féminine belge : Bénédicte Chabot, (Les filles aux mains jaunes, Les poissons vert pâle) pour Amélia, la prostituée ; Ariane Rousseau ( Le trio TIBIDI, « le rêve d’Ariane ou l’histoire d’un quatuor à cordes » avec le Qatuor ALFAMA) pour Ellen Terry l’actrice ; Jo Deseure (Tu te souviendras de moi) en Reine Victoria, enfin humaine. Anne Sylvain s’est réservé le privilège du rôle extraordinaire de l’infirmière, tout ce qu’il y a de plus rugueux et rébarbatif, à première vue. Il est clair qu’un regard strictement féminin, décliné en quatre approches différentes, toutes très vraisemblables, ajoute à l’histoire leur pesant d’or. La présence utile et esthétique de la musique de Pascal Charpentier fait le reste.
Un chef-d’œuvre. David Lynch avait porté à l’écran en 1980, sous les traits de John Hurt et d’Anthony Hopkins les mémoires du médecin britannique Frederick Treves intéressé pour ses recherches scientifiques par le célèbre cas de Joseph Merrick, un personnage affligé de difformités spectaculaires que d’aucuns n’hésitaient pas à confondre avec Jack l’éventreur.
Très finement, Anne Sylvain souligne d’emblée combien le nom d’une personne est important pour lui donner existence et dignité. Jusqu’à la fin de la pièce, le médecin s’avère incapable d’appeler son patient par son vrai prénom. Il tombe à tous les coups dans le « John » au lieu de Joseph. (John Doe, pendant de « Jane Doe » dans le monde anglo-saxon dénote quelqu’un d’anonyme ou qui a perdu son identité : NN Nomen Nescio, dans la culture latine.) Machin, quoi, ou …Chose!
Au début du spectacle, le chirurgien Itzik Elbaz, éblouissant et sincère, seul en scène, s’interroge et interroge le monde soulevant des questions essentielles. On ignore encore la présence de Joseph Merrick incarné par le tout aussi fabuleux Othmane Moumen. « Dans l’Angleterre victorienne », la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. Les miroirs se suivront et ne se ressembleront pas. Mais Anne Sylvain nous en tend des dizaines, histoire de nous faire réfléchir à coup de tirades percutantes bourrées d’humour aux grandes questions telles que la place de l’autre, le droit à la différence, l’eugénisme, les limites de la recherche, les apparences si trompeuses, la rumeur, la solitude du pouvoir, le colonialisme, l’appât du gain, la gloire … Et pourtant malgré le sérieux des questions abordées, on ne cesse de rire. Un rire homérique ? Certes non, Dieu nous garde de rire aux éclats comme les dieux dans le premier livre de l’Iliade en voyant la démarche boiteuse de Vulcain… Un rire de connivence, chaleureux et irrésistible, à cause du jeu irréprochable des comédiens et d’ un texte si bien écrit, une intrigue menée avec tant d’ élégance de cœur et d’esprit…Passons sous silence, les références à nos auteurs favoris, Hugo et Shakespeare, de délicieuses billes, pétillantes d’à-propos.
Ce sont très souvent les comportements de chaque personnage qui en disent plus que leurs discours. Ce décalage engendre un rire à la fois jouissif et immensément philosophique. Le personnage d’Elephant Man s’avère être lui-même le miroir de la conscience de chacun où n’existe plus que vérité sans faux-fuyants.
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Anne Sylvain déploie son pamphlet très habilement. Si le médecin prétend vouloir comprendre la pathologie pour l’intérêt de la science, son jeu scénique, démontre tout le contraire, c’est son ego et son intérêt personnel qui sont principalement en jeu, même sous des dehors de bon samaritain. Anne Sylvain joue admirablement bien l’assistante, Eva Lückes, infirmière revêche au possible au début du spectacle, qui fera tout pour comprendre, non seulement la pathologie de Joseph, mais surtout son âme. En effet, à force de soins au patient interné à vie dans l’hôpital, elle crée avec lui une relation basée sur l’empathie, réprouvée par le médecin. Son rôle évolue de façon remarquable. C’est elle qui se plait à faire remarquer jusqu’au bout au bon docteur, qu’il se trompe de nom.
Le dénonceur dénoncé : « Ton éthique est-elle plus honorable que la mienne, charlatan ? » Le médecin a toutes les apparences du beau rôle, c’est lui qui va sauver celui que tous montrent du doigt, il va l’accueillir, l’abriter, le nourrir. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il va lui aussi l’utiliser « comme cobaye au profit des êtres sains » tout comme celui à qui il l’avait arraché, Mr. Norman le montreur de foire. Rôle joué avec une énergie de feu par Yves Classens . Il réclame à cor et à cris de récupérer son « outil de travail », son « trésor » mais Joseph Merrick, ne sera pas dupe ! CarJoseph écoute et entend entend la musique du monde, il a un violon à la place du cœur.
Un spectacle qui a du corps et combien d’âme. En allant voir cette pièce au si beau texte, et si magnifiquement interprétée, on reçoit un talisman contre les injustices du monde, à moins que tout ne vienne de la statuette en bois de santal nommée Ganesch, protecteur des médecins, offerte par la Reine Victoria à son ami, Joseph Merrick dont le squelette a été conservé à L’hôpital de médecine de Londres depuis 1890, date de sa mort.
De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain
Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Chandra Vellut
Assistante costumes : Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses : Bloody Mary’s
Maquillage : Patricia Timmermans
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet
Construction du décor : Jani Afar
Régie : Rémy Brans
DU 09/05/19 AU 22/06/19
C'est la saison des au revoir...
Quand s'allonge la liste des deuils
On en a contourné des écueils
En s'accrochant à ses espoirs!
On en a planté des sourires
Avec un cœur tout en lambeaux
On voulait tellement croire au beau
Qu'on en oubliait les soupirs!
Alors ces larmes au bord des yeux
Il ne faut pas s'en étonner
C'est juste qu'on est si fatigué
D'avoir dû dire bien trop d'adieu!
J.G.
Ma tante, un petit ami et moi *1
Huile sur toile, 1942
Jouissant d’une immense aura depuis le succès du film éponyme qui lui fut dédié (Frida de Julie Taymor, 2002), qui fit suite au livre de Hayden Herrera, Frida Kahlo est devenue une icône internationale, une figure de proue du féminisme, qui malheureusement éclipse ses contemporaines mexicaines. J’ai pu le constater lors de la dernière exposition consacrée aux artistes mexicains (Los Modernos, au Musée des Beaux-Arts de Lyon du 2 décembre 2017 au 5 mars 2018) où une foule se massait devant les quelques œuvres de sa main, délaissant, ou presque, les autres artistes accroché(e)s aux cimaises.
Mais foin de polémique, j’ai voulu rendre ici un petit hommage aux autres femmes peintres du Mexique.
Place donc à…
Autoportrait, 1946
María Izquierdo (San Juan de los Lagos, 1902-Mexico, 1955) :
Artiste essentiellement autodidacte, comme le Douanier Rousseau qui fantasma le Mexique dans ses toiles et ses rêves d’exotisme naïfs. Compagne du peintre Rufino Tamayo (1899-1991), proche de Wolfgang Paalen et des surréalistes, elle milita au sein de la Ligue des écrivains et artistes révolutionnaires. Ce qui n’empêcha pas, en 1945, le trio Rivera, Siqueiros, Orozco d’opposer leur veto à une commande de fresque à María Izquierdo. Macho un poco, no ?
En tout état de cause, si les « Trois Grands » se montrèrent bien petits, nos conspirateurs d’opérette l’évincèrent. En art comme en littérature point n’est besoin de généraux de pronunciamientos.
Calvaire
Aquarelle, 1933
Olga Costa (Leipzig, 1913- Guanajuato, 1993) :
Peintre d’origine allemande, née Olga Kostakowsky Falvisant, elle s’activa à promouvoir les arts plastiques mexicains dont elle fut l’« ange blanc » selon Carlos Mérida.
Autoportrait
Huile sur toile, 1947
Rosa Rolanda (Azusa, Californie, 1898- Mexico, 1970) :
Peintre, photographe, danseuse et chorégraphe d’origine américaine, née Rosemonde Cowan, elle côtoya notamment Frida Kahlo et Diego Rivera.
Autoportrait
Huile sur toile, 1952
Maria del Carmen Mondragόn Valseca (Tucabaya, 1893- Mexico, 1978), dite Nahui Olin :
Peintre et poète, elle fut la compagne de Gerardo Murillo, dit Dr. Atl (le signe de l’eau dans l’astrologie aztèque), qui lui donna le pseudonyme de Nahui Olin, en référence au nom nahuatl d’une fleur*2. Libre et sauvage beauté.
Dr. Atl (Guadalajara, 1875-Mexico, 1964)
Nahui Olin : portrait futuriste
Pastel et huile, ca 1921
« Il faut te parer de tes fleurs,
la fleur de spatule rouge divine
à l’éclat de soleil,
la fleur de corbeau.
Avec elles couvrons-nous, sur la terre,
ici-bas, seulement ici-bas. »
Chants de Nezahualcόyotl (1402-1472),
traduits du nahuatl par Georges Baudot.
Alice Rahon (Chenecey-Buillon, Doubs, 1904-Mexico, 1987) :
D’origine française, mariée au peintre Wolfgang Paalen (1905-1959), elle fit partie du groupe surréaliste. Marquée dans ses chairs comme Frida Kahlo, gagna le Mexique à l’invitation de cette dernière, pays qu’elle ne quittera plus.
Autoportrait et autobiographie
Huile et sable sur toile, 1948
Vienne (Autriche), 1905-Taxco (Mexique), 1959
Grand enfumage (Orphée)
Enfumage et huile, ca 1935
Né à Vienne en 1905, Wolfgang Paalen adhéra au surréalisme en 1935. Il initia le procédé « automatique » du « fumage » (comme le sont le « cadavre exquis », grattage, frottage, collage, décollage…). Il s’établit au Mexique en 1939 où il décédera vingt ans plus tard. Il y travailla avec des artistes locaux comme le peintre et caricaturiste Miguel Covarrubias (1904-1957).
A suivre avec Lilia, Leonora, Remedios…
Première partie consacrée à Frida Kahlo au lien suivant :
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 Toile que l’on pourra rapprocher de celle de Frida Kahlo, réalisée en 1936, « Mes grands-parents, mes parents et moi (arbre généalogique) » exposée au MoMA de New York.
*2 Ollin, c’est aussi le mouvement cosmique du Soleil et de la Lune. Nahui Ollin représente les « quatre courses du Soleil », notion qui correspond à la perception cosmogonique des mythes fondateurs dans les cultures préhispaniques. Au commencement du monde il y avait Ometeolt (dieu-deux), puis quatre soleils (jaguar, vent, pluie, eau) se succédèrent…
Lors du quatrième cycle, Nahui Atl (quatre-eau, ou Atonatiuh, soleil d’eau), un homme et une femme sortirent indemnes du déluge mais, ayant désobéis à Tezcatlipoca (« miroir fumant », divinité primordiale), ils furent métamorphosés en chiens.
Nahui Ollin serait en fait le cinquième soleil, un nouvel âge qui verrait s’effondrer le monde dans de violents séismes…
Remarquons que ces quatre soleils nous renvoient aux quatre ères géologiques. L’ère quaternaire, dernière division du Cénozoïque, se serait terminée. Nous serions entré dans l’Anthropocène… le temps où l’homme, nouvelle force tellurique, est devenu capable de bouleverser la biosphère.
Notons encore que la fleur nahui olin est à quatre (nahui) pétales. Fleur que l’on retrouve stylisée sur le manteau de Notre-Dame de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique. La Vierge Marie serait apparue le 9 décembre 1531 (fêtée le 12 décembre, date de la quatrième et dernière apparition) à Juan Diego Cuauhtlatoatzin, qui sera le premier chrétien amérindien canonisé. Prélude à l’indépendance le père Miguel Hidalgo lance son « cri de Dolorès » le 15 septembre 1810 : « Vive la Vierge de Guadalupe ! » fédérant ses partisans. Plus tard les troupes zapatistes la brandiront en étendard.
CQFD, dieux et deux font quatre, merci.
Les deux Frida, 1939
Corps corseté, âme libre d’oiseau blessé, Frida
« dont les visions sont à la fois précises et hallucinantes. »,
Octavio Paz
On dépeint volontiers le Mexicain comme macho, il en serait même le stéréotype. Et l’on n’a pas nécessairement tort, ne serait-ce qu’en pensant au comportement de Diego Rivera à l’égard de sa compagne, Frida Kahlo. Pourtant sous le soleil du Mexique, des femmes se sont épanouies et ont montré un talent singulier, dans leurs toiles aussi bien que dans leurs photographies. Ainsi, à leur manière, elles ont marqué leur siècle et leur pays. Ce que nous allons montrer ici.
Huile sur métal, 28/07/1938
A commencer par Frida Kahlo (Coyoacán, 1907-1954), Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderόn pour l’état civil, née d’un père allemand et d’une mère mexicaine.
« Un ruban autour d’une bombe », selon le mot d’André Breton, poupée désarticulée à la Hans Bellmer.
Huile sur aluminium sous verre, 1938
On ne la présente plus depuis l’immense succès international du biopic Frida de Julie Taymor en 2002, la poliomyélite qui la diminue, son accident de bus en 1925, sa rencontre avec Diego Rivera (1886-1957), leurs amours, leurs amis (Trotski, Breton… Quoique, concernant ce dernier, Frida soit plus réservée : « El seňor Breton se prend trop au sérieux. »), ses emmerdes… Aussi faisons place à sa peinture.
Il faut admettre qu’elle s’est beaucoup représentée, de sa mise au monde à sa mise en tombe, femme brisée au miroir.
Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis
Huile sur métal, 1932
Carmen Rivera depuis son mariage avec Diego Rivera en 1929.
Ecartelée entre racines et modernité.
Fumée des usines Ford à Detroit élevées au dieu-argent,
pyramides du Soleil et de la Lune aux dieux de son pays où la nature est reine.
Organisation scientifique du travail et créativité spontanée.
Prospérité et froideur des gringos, pauvreté et chaleur des compañeros.
La nostalgie gagnait…
Sans cesse elle s’interroge, elle ou son image, sa confidente, sa déchirure,
cet abîme à sonder, toujours entre deux amours, deux civilisations, dis-moi
« Où pourrais-je diriger mon regard ? Si immense, si profond ! »
Huile sur toile, 1940
A quoi tient l’amour ou la considération ?...
« Regarde, si je t’ai aimé, ce fut pour ta chevelure,
Maintenant que tu es tondue, je ne t’aime plus. »
lit-on en bandeau (en-haut, absent de ma photo).
Une émancipation que démentira la Libération…
Frida, l’eau et le feu, l’Ange et la Mort, yin et yang.
Ou plutôt Ollin, le protecteur du jour,
et son pendant, Xolotl*, l’Etoile du Soir,
l’incarnation même de son pays et de sa dualité.
Souvent qualifiée de surréaliste car, comme disait Magritte, « Est surréaliste ce qui paraît convenir à Breton. » Elle, tempérament plus orageux, le traita plus simplement d’ « hijo de p… » Respectueuse, certes, mais franche et directe la pétroleuse épistolière, c’est dire si ses relations pouvaient être compliquées. Langage fleuri qui contraste avec celle qui signait parfois Xochitl, première femme mortelle apparue sur terre dans la mythologie aztèque (ou Xochiquetzal, « belle fleur », déesse de l’amour et de la beauté entourée de papillons et d’oiseaux. Et Frida s’y connaissait en noms d’oiseaux, comme un vrai pistolero).
Alors surréaliste ou pas, quoi qu’il en soit elle est plus dans la recherche de sa vérité, à reconstruire le puzzle de sa vie, ou l’autoanalyse de sa réalité si l’on veut, que dans le songe ou l’illusion. Sa lucidité est sa liberté.
Abrupte peut-être Frida quand elle méprisait les surréalistes, un cénacle d’intellectuels rabougris, prenant maîtresses ou souvent mariés à des artistes de premier plan (Dorothea Tanning et Max Ernst, Remedios Varo et Benjamin Péret, Greta Knutson et Tristan Tzara, Kay Sage et Yves Tanguy, Leonora Carrington…), qui, tout en célébrant leur beauté, les cantonnaient dans un rôle de muse, de faire-valoir, obscurs objets du désir. Critiques serviles et beaux-esprits virils souvent les mésestimèrent, reléguant leurs œuvres au rang de simples curiosités. On vénère les uns, premiers de cordée, on ignore leurs moitiés, grillons du foyer.
Elle leur reprocha également leur manque de vision politique ou leur passivité à l’heure de la montée du fascisme. Oisifs discourant sans fin, vanité et mots oiseux.
Certes dans l’antilogie, Frida ferma souvent les yeux sur les égarements de son muraliste réaliste et rigoriste, quand il n’était pas volage, de mari. Et fut même généralement suiviste (Diego est exclu du Parti communiste mexicain en 1929, elle rompt dans la foulée), voire récidiviste (elle divorce de Diego en décembre 1938, elle se remarie deux ans plus tard avec lui). Toujours ils se rabibocheront. Le cœur a ses raisons.
Surréaliste ou pas, en tout cas son œuvre ne se résume pas à cela. L’artiste est complexe et tourmentée, force obscure aux tonalités flamboyantes.
Crayon et aquarelle, 1932
De 1930 à 1933, Frida séjourne aux Etats-Unis avec son mari. Elle souhaite ardemment être mère mais ne connait que des fausses couches.
Huile sur masonite, 1945
(museo Dolores Olmedo, photo captée sur le net)
Soleil et Lune, impossible rendez-vous…
ou Soleil et Lune
Huile sur masonite, 1942
L’antique cité de Teotihuacán abrita jusqu’à 200 000 âmes au VIIe siècle.
Elle est dominée par la pyramide du Soleil (la 3e au monde par sa taille)
et la pyramide de la Lune que relie entre elles la chaussée des Morts.
Les nuages s’accumulaient, le temps des sacrifices était revenu, les dieux de la guerre l’exigeaient si l’on voulait que le soleil brille encore.
Toujours dans l’action politique Frida, pourtant militante de la paix (elle signe parfois Frieda, de l’allemand frieden, paix), souhaite que son pays s’engage face à l’emprise étouffante des forces de l’Axe. Le 2 juin 1942, le Mexique rejoindra les Alliés contre l’Allemagne nazie (les Etats-Unis étant entrés en guerre le 8 décembre 1941, au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor).
L’enfant alors pourra peut-être paraître apaisée.
La lune est araignée d’argent
qui tisse sa toile
dans la rivière qui la révèle
José Juan Tablada (1871-1945)
Nature morte avec perruche et drapeau
Huile sur masonite (détail), 1951
Rien de tout cela, peut-être, sans quelques autres femmes d’influence qui soutinrent les jeunes pousses prometteuses de la nation. Ainsi Dolores Olmedo qui collectionna activement les œuvres de Rivera et de Kahlo pour les offrir au peuple mexicain dans sa fondation. Ou María Asúnsolo, muse et mécène, déjà remarquée pour ses deux portraits réalisés par David Alfaro Siqueiros (https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/david-alfaro-siqueiros-los-tres-grandes-4e-partie), que l’on dévoile ici sous le pinceau du peintre brésilien Emiliano Augusto Cavalcanti de Albuquerque e Melo dit Di Cavalcanti (1897-1976).
Rio de Janeiro, 1897-1976
Portrait de María Asúnsolo
(huile sur toile, 1942)
A suivre… María, Olga, Rosa et quelques autres…
Snan José, Costa Rica, 1912-Tlalpan, Mexique, 1998
Groupe de femmes
(bronze, 1974)
Michel Lansardière (texte et photos)
* Xolotl était le jumeau de Quetzalcóatl, le Serpent à Plumes, le dieu de l’intelligence de la mythologie aztèque. Diego Rivera a représenté Frida Kahlo au centre de sa fresque Songe d’un dimanche après-midi à l’Alameda (4,8 x 15m, 1948) tenant le symbole du yin et du yang au côté de la Mort avec un médaillon de ceinturon orné du glyphe Ollin le tenant lui enfant par la main droite et bras dessus bras dessous avec José Gualalupe Posada (1852-1913), surtout connu comme graveur et précurseur d’un art populaire proprement mexicain. La mort, aboutissement et complément de la vie, arbore aussi autour du cou un serpent à plumes comme la Grande Zoa portait le boa. Tandis que Frida, légèrement en retrait, veille sur Diego. Voir aussi Nahui Ollin au deuxième volet consacré aux femmes peintres mexicaines…
L’étreinte amoureuse de l’univers
La terre, Moi, Diego et Monsieur Xolotl, 1949
Xolotl, dieu cynocéphale passeur du soleil et des morts dans l’inframonde,
associé aux jumeaux, c’était aussi le nom du chien de Frida.
(photo captée sur le net)
Les hommages de Norge, Marie Gevers, Robert Guiette, Jean Cocteau et Paul Neuhuys
Hommage de Norge
Elskamp de bois
« J’ai triste d’une ville en bois,
J’ai mal à mes sabots de bois »
(Max Elskamp)
Le petit bonhomme de bois
Dans sa chair taille un poème
Et sa chair est aux abois,
Cet arbre doux, ce bon chêne,
Ce lisse pommier, donneur
De rondes pommes amènes
Est une pulpe souffrante.
Ah, le bois taillé de main
Ferme saigne quand il chante !
Une sève de carmin
Colore toute l’image
Où le monde est engravé.
Et le savent à douleur
Ceux de dur et franc lignage,
Sans Pater et sans Ave,
Que rouge est couleur du cœur.
Et lors, grands âges qui vibrent :
Un petit homme benoît
Pénètre d’amour pour toi,
Pour moi,
Tant la rime que la fibre.
O petit homme de bois
De foi,
O petit homme de croix
De bois.
Norge (1962)
Hommage de Marie Gevers :
Max Elskamp
Naissance : 5 mai 1862. Mort : 10 décembre 1931 .
Centenaire : 5 Mai 1962.
Le jour de la naissance.
Max Elskamp pensait-il au jour de son centenaire en publiant l’un de ses principaux recueils de poèmes : « Enluminures » ? Il n’avait alors que trente-six ans… Les premiers vers sont émouvants à citer aujourd’hui :
Ici, c’est un vieil homme de cent ans
Qui dit, selon la chair, Flandre et le sang :
Souvenez-vous en, souvenez-vous en,
En ouvrant son cœur de ses doigts tremblants.
Toujours, nous retrouverons son cœur dans ses poèmes à la fois tendres, discrets, intenses, réservés, douloureux et d’une valeur poétique et littéraire absolue.
S’il parle de ses cent ans dès 1898, i chantera sa naissance bien plus tard, en 1922, déjà touché alors par la maladie qui devait peu à peu l’étreindre, puis l’éteindre. Néanmoins, dans « La Chanson de la Rue Saint-Paul », il s’écrie qu’il est né à la marée haute, sur le ton joyeux dont on dirait : « Je suis né coiffé ! »
C’est ta rue Saint-Paul
Celle où tu es né
Un matin de mai
A la marée haute !
Pour pouvoir évoquer avec précision, aujourd’hui, en souvenir du poète, son jour de naissance, je me suis adressée au savant météorologue « Star », qui a bien voulu me donner les indications nécessaires :
La marée haute natale de Max Elskamp, le 5 mai 1862, eut lieu à 8.06h. Les gens qui n’ont jamais vécu au bord d’un fleuve soumis à la marée ignorent ce que signifient ces mots « Marée haute ! ». Certes, il y a de l’inquiétude, les jours de gros temps où la poussée de l’eau menace, mais que d’allégresse par les jours ensoleillés d’azur !. Le ciel se berce largement à fleur des rives, le clapotis anime les pierres des quais et une activité règne au port. A la marée haute, les sirènes mugissent ou sifflent, car les bateaux chargés se confient au courant qui les entraînera vers l’estuaire, tandis que les navires amenés par le flot attachent les amarres et jettent l’ancre.
Or, en 1862, le mois de mai fut l’un des plus beaux du siècle et, les 5 et 6 mai, les plus chauds du mois. Toute l’œuvre du poète sera sillonnée de navires, de matelots, de nostalgie maritime, et soulevée par le désir de la mer.
M. Louis, Jean, François Elskamp, propriétaire d’un brick nommé l’Ortélius et d’un trois-mâts carré baptisé « Le Louis », fut le père de Max et l’un des notables de la rue Saint-Paul. Nous aimons à croire que l’un de ses deux vaisseaux, quittant le quai, vogua vers sa destination maritime au moment om l’enfant commençait son voyage sur l’océan des jours.
Le voisinage apprit vite que la jeune dame Elskamp venait de mettre au monde un fils, mais nul ne se doutait que l’enfant serait poète. Cependant, Elskamp lui-même pensait que –peut-être- la poésie s’était emparée de lui dès avant sa naissance. Il nous suggère cette idée dans l’une de ses chansons :
Un pauvre homme est entré chez moi
Pour des chansons qu’il venait vendredi Comme Pâques chantait en Flandre
Et mille oiseaux doux à entendre,
Un pauvre homme a chanté chez moi.
Si humblement, que c’était moi
Pour les refrains et les paroles
A tous et toutes bénévoles,
Si humblement que c’était moi,
Selon mon cœur, comme ma foi.
Ainsi Elskamp s’identifiait-il à l’Homme aux Chansons, venu dès Pâques, célébré le 20 Avril de celle année-là. Son poème « A ma mère » confirme qu’il croit devoir sa plus intime sensibilité et ses dons poétiques à l’amour de sa mère :
O Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma mère qui m’étiez divine
Comme les Maries et qu’enfant,
J’adorais dès le matin blanc…
C’est ta rue Saint-Paul
Blanche comme un pôle…
Le soleil reluisait à toutes les façades repeintes à neuf dès le début du printemps, comme il se devait dans une rue « Dévote, marchande –Trafiquante et gaie, Blanche de servantes- Dès le jour monté. » Cette rue, orientée du sud-est au nord-ouest, court droit sur le fleuve. Les matinées y sont donc triomphantes de lumière et nous devinons ce que fut le premier baiser de la jeune mère à son nouveau-né, en ce beau matin clair :
« O ma mère, avec vos yeux bleus,
Que je regardais comme cieux,
Penchés sur moi tout de tendresse… »
Le soleil monta, évoluant dans le plus merveilleux des azurs : celui du printemps, près d’une grande eau mouvante.
Ce jour-là, le vent venait du côté du fleuve. Il entrait librement et caressait d’une souple haleine les maisons de la rue Saint-Paul. Elskamp s’est toujours souvenu de l’air que l’on y respirait, aux temps de son enfance :
« Maritime en tout – L’air qu’on y boit – Sent avec la mer – Le poisson sauré… »
Ensuite, le soleil fléchit en direction des polders de la rive d’en face. Les transbordeurs allaient, venaient, sans cesse, battant des aubes pour faire passer le fleuve aux gens qui, journée finie, rentraient au logis. La nouvelle marée monta. Elle fut haute à 20.15 h. Ramenait-elle au port l’Ortélius ou Le Louis ? Qui le dira ? Mais nous savons que la première nuit du poète se glissa doucement dans « sa rue bien-aimée ». Il dormait, dans son berceau fanfreluché, près de sa mère. « O ma mère, dans mon enfance, - J’étais en vous et vous en moi ».
Dans son recueil : « Dominical » Max Elskamp se présente « avec les enfants du dimanche ». Sans doute eût-il préféré naître « un dimanche à midi », comme Mélisande ? Mais c’était un lundi –jour de la lune- et la lune est bonne aux poètes. Celle du 5 mai 1862 (premier quartier le 6) ne se couchera qu’après minuit. Elle entrera du côté du fleuve, comme le vent et le parfum de l’eau, elle aura eu tout le temps de baigner de rêve la maison de la rue Saint-Paul. C’est à elle sans doute que Max Elskamp doit d’avoir connu l’illusion, Maya :
Maya, l’illusion,
Vous ai-je assez aimée ?
La lettre à Van Bever
L’influence de la rue Saint-Paul occupe vraiment toute l’œuvre de Max Elskamp. Il le sait. Il l’écrit dans une lettre très importante pour lui, puisqu’elle est destinée à préciser son travail et son inspiration en vue de la fameuse Anthologie de Van Bever et Léautaud.
(Date de la poste : 20 juin 1907)
« Je crois que j’ai été très influencé par ces choses qui datent de ma petite enfance. Après la vie m’a pris, plus neutre, me semble-t-il, et à part la pratique des métiers, et ce qui touche à l’âme traditionnelle du peuple, peu de choses ont réagi sur moi. »
Sa mère tant aimée n’a pu lui donner l’âme traditionnelle du peuple de la rue Saint_paul, car elle venait d’ailleurs :
O Claire, Suzanne Adolphine – O ma mère des Ecaussines, mais il lui doit la sensibilité nécessaire à l’avoir ressentie, comprise, assimilée. Il a pu en nourrir sa poésie, au point d’être parvenu à lui donner une langue différente de celle que lui offrait la rue Saint-Paul. Je crois d’ailleurs qu’une telle métamorphose fut favorable à la magie si particulière à l’œuvre de Max Elskamp.
L’âme traditionnelle du peuple, le poète ne peut l’avoir reçue que des servantes. A cette époque, et dans toute la bourgeoisie, les enfants étaient, presque totalement, élevés par les servantes. Elskamp s’en souvient : « Bonne nuit, les hommes, les femmes -bras en croix sur le cœur ou l’âme - et rêve aux doigts en bleu et blanc – les servantes près des enfants ».
Retrouver comptines, proverbes, locutions originaires de la rue Saint-Paul, dans les poèmes d’Elskamp formerait l’élément d’une étude bien intéressante. De la nourrice de Juliette aux servantes, qui scandaient pour Max Elskamp l’histoire d’Anna-la-lune, en passant par celles dont Chateaubriand nous donne le souvenir dans les « Mémoires d’Outre-tombe », que de vigueur, que de poésie leur ont dû nombre de grands écrivains !
Elskamp a reçu du petit peuple de son enfance le goût du folklore, et sa magnifique collection d’objets patiemment rassemblés forme le fonds du Musée d’Anvers. Sa naissance ensoleillée ? Nous aimons à supposer qu’elle soit au départ de sa passion pour les cadrans solaires… Et là, sa sensibilité l’y portant, il fit don, en souvenir de sa mère des Ecaussines, des merveilles qu’il avait rassemblées, au Musée de la Vie Wallonne, à Liège.
Le Calvaire:
« Notre maison, écrit-il encore à Van Bever, se trouvait pour ainsi dire enclavée dans l’église Saint-Paul, et mon enfance s’est passée sous les cloches, au milieu des corneilles et tout contre un horrifique calvaire en grès et cendrée. » On voudrait citer ici tout le poème consacré au Calvaire
Mon Dieu qui mourez à Saint_paul,
Un peu autrement que les autres…
Mon Dieu qui savez les étoiles
Qui fixent à chacun son lot…
Elskamp m’a écrit un jour : « Je crois aux étoiles ». Il croyait aussi à la mer, et le bonheur avait pour lui, comme symbole, un matelot : « Et c’est Lui, comme un matelot – c’est lui qu’on n’attendait plus, - et c’est lui, comme un matelot – qui s’en revient les bras tendus… »
Un matelot ne reste jamais longtemps au logis, si chaud si doux qu’il y fasse. Pour Max Elskamp, il l’a quitté, peu après qu’il eût lui-même quitté la chère rue Saint-Paul. Une grande douleur, une grande déception d’amour l’a emporté :
Un jour où j’avais cru trouver
Celle qui eût orné ma vie,
A qui je m’étais tout donné,
Mais qui, las ! ne m’a pas suivi…
Le père du poète a tenté de le consoler en lui offrant les vastes espaces maritimes : Elskamp, alors, a navigué :
Va, mon fils, je suis avec toi
Tu ne seras seul sous les voiles,
Va, pars et surtout garde foi,
Dans la vie et dans ton étoile !
Elskamp s’est attaché à corps perdu à ses parents, à sa sœur Marie. La mort les lui a enlevées :
C’est vous, mon Père bien aimé,
Qui m’avez dit adieu tout bas,
Vos yeux dans les miens comme entrés
Qui êtes mort entre mes bras.
A sa mère, il a dit :
Et lorsque vous êtes partie,
J’ai su que j’avais tout perdu.
Alors, le poète est entré en maladie.
J’ai dit ailleurs les circonstances de la mort de Max Elskamp, comment je l’appris, et quelles étaient les personnes rassemblées à la table de François Franck ce 10 décembre 1931. On soupait là, après la représentation à Anvers de l’Œdipe d’André Gide : pour cette première, Gide était présent, les Pitoeff, et quelques écrivains d’Anvers. En remémorant, aujourd’hui encore, après tant d’années, l’instant où Willy Konincks, en retard, entra en disant : « Max Elskamp est mort », je puis mesurer la puissance d’émotion soulevée par ces mots. Cependant, le poète en lui se taisait depuis des années… et ses voisins l’entendaient souvent crier dans ses délires… L’émotion fut si profonde, ce soir là, chez Franck, que le regard de Gide fit lentement le tour de la table, en la cueillant à chaque visage comme s’il avait voulu rassembler un herbier du souvenir d’un poète qu’il savait grand.
Je veux citer ici quelques lignes d’un article nécrologique que je possède, auquel manque la signature, mais que je crois dû à André Salmon : « S’exténuant à combattre le désespoir, il passe des années avec Bouddha, mais cette culture de l’idée du néant ne pouvait combler un tel poète. Il traversa le monde d’un pas tremblant – il nous quittait- il s’avançait seul dans la nuit. »
Aux fleurs d’émotion cueillies lors de la mort du poète, par André Gide, et puisque Max Elskamp aimait le folklore, les saints et les fleurs, je veux, à l’occasion de ce centenaire, ajouter deux fleurs qui le concernent particulièrement, il les doit à deux folkloristes : le Baron de Rheinsberg, et Isidore Teirlinck.
La fleur-marraine, offerte par son saint-patron, Maxime, est la « primula véris » ou primevère du printemps, et les servantes de son enfance lui auront dit qu’elle est une clef du Paradis, et vient droit de Saint-Pierre, grâce à qui elle germa dans l’humus des polders… Le 10 décembre, par quelle étrange coïncidence est voué au cyprès. Il figure au jour où le poète sombra dans la mort.
Marie Gevers, Mai 1962, in « Le Thyrse » revue d’art et de littérature, numéro consacré au centenaire de Max Elskamp.
Hommage de Robert Guiette
La Ville en Ex-voto
Sa « petite ville », Max Elskamp la chante dès « Dominical, « la ville de mes mille âmes ». Cette ville en bois, douce ville à bâtir, la ville en rond comme une bague, les bonnes madones aux coins des ruelles. Ce port marchand, cette ville très port-de-mer, il y montre des barques et des grands vaisseaux, et les bâtiments à voiles, les chapelles et les tours et les cloches, c’est toute sa longue litanie qu’il faudrait redire. Poésie frêle, à la voix fêlée. « Mes dimanches morts en Flandre » et « dans la paix bonne d’un pays tendre », avec les petites gens des beaux métiers, la mer à l’horizon.
C’est plus qu’un décor, cette ville, c’est un personnage avec lequel on cause gentiment, à voix basse, retenue, comme pour soi.
Max Elskamp était demeuré très attaché à son vieux quartier de la rue Saint Paul bien qu’il n’y habitât plus. Ecolier, il y retournait passer ses jeudis après midi. Avec son ami, Henri van de Velde, il allait, près de la grande écluse du Kattendyk, à marée haute, voir entrer les bateaux. Les deux amis se mêlaient à une foule affairée d’employés de la douane, de commis, d’affréteurs, de curieux et de femmes aux toilettes extravagantes. C’était parfois « un voilier gigantesque, fatigué et souillé, dont l’équipage composé de nègres agités ou d’hindous lents, n’attendait que d’avoir accosté pour offrir en vente : perroquets, singes, plumes de couleurs éclatantes, peaux d’animaux inconnus, os d’albatros ; ou au départ de pitoyables émigrants polonais ou russes qu’on descendait à fond de cale sans ménagement, avec enfants et bagages ! Spectacles qui fouettaient nos imagination en entraînaient nos pensées si loin, si loin… »
Plus tard, les travaux de rectification des quais entamèrent le plus ancien quartier de la ville, cette « ville en rond » dont il ne reste qu’un morceau. L’ancien pittoresque ne demeurait plus que dans le cœur et la pensée du poète : l’ancien « werf », les quais plantés d’arbres, la population même de ces rues étroites, besogneuses et joyeuses.
Lorsque le lecteur d’aujourd’hui découvre cette image dans les petits poèmes de Max Elskamp, il la compare à ce qu’il voit : la rive droite, tracée au cordeau, les entrepôts et les construction aujourd’hui démodés qui attestaient, vers 1910, la grandeur récente des firmes allemandes fixées à Anvers. Le poète écrivait : « les Rietdijk, les Frascati, toutes les belles prostitution d’antan sont abolies… » ; et depuis, le joli village de Tête-de-Flandre rasé, surgirent les tours, les tunnels et les buildings. Le lecteur se demande alors si, dans les poèmes, ce n’est pas une petite ville ou un village de la Flandre zélandaise que le poète aurait chantée, et non Anvers, cette actuelle grande ville moderne où les anciens monuments et même la cathédrale se trouvent dépaysés. La beauté du spectacle –beauté très réelle encore- est différente de ce qu’a dit le poète. Le fleuve seul, malgré la métamorphose de ses rives, est resté sans doute semblable à lui-même.
Comment imaginer que le poète pourrait encore dans le bruit et le mouvement que nous connaissons, aller bavarder avec les bateliers et les artisans, vanniers et cordiers pour lesquels il avait tant de sympathie ? Les vieux quartiers le voyaient passer, chaque jour, par leurs rues souvent solitaires comme des rues de béguinages, des rues où ne se rencontraient de loin en loin que des vieilles femmes sous leur mante. Elskamp ne se lassait pas d’errer par les vieilles impasses, les cours intérieures, voyant aux murs les madones entourées de guirlandes… Son petit chapeau rond et son macfarlane ne détonnaient pas dans les ruelles grises et mornes. Le poète y poursuivait sa longue méditation.
Que de fois je l’ai vu, vieillard, aller vers les quartiers de son enfance, comme enveloppé de solitude ! Une femme discrète et qui avait dû être très belle, l’accompagnait. Ils ne se parlaient pas. Ils allaient côte à côte, d’un pas sans hâte. Etait-ce « sa » rue Saint-Paul qui l’attirait ? Pensait-il à son poème, à l’église et au calvaire, à ses morts et à son passé ? Voyait-il revivre ses chers fantômes ? Ou bien poursuivait-il sa longue recherche de la Voie ? Refaisait-il la longue route des saints naïfs et des processions, celles des philosophes qu’il avait étudiés, celle de la souffrance et de l’inconnaissable, de cette longue vie qui serait une vie manquée s’il n’y avait les poèmes. Par tout cela, il avançait dans la Voie de la perfection bouddhique, celle qu’il s’était choisie et qui lui était propre.
Le décor désormais n’importait peut-être plus. Le poète avait magnifié sa ville natale, et l’avait réduite en son cœur, en son œuvre, immuable. Comme les vieux marins, du temps des grands voiliers, construisaient des trois-mâts qu’ils enfermaient dans des bouteilles, tout gréés.. Le site, pour jamais à l’image de son cœur, demeurait comme une sorte d’ex-voto de reconnaissance à la vie, tandis que sa pensée plongeait dans d’autres contemplations, hors du temps.
Robert Guiette. (1962)
Hommage de Jean Cocteau:
Il est de toute évidence que Guillaume Apollinaire, s’il doit aux « Serres chaudes » doit surtout à Max Elskamp. Il n’y a là rien qui le diminue, au contraire. Et si un grand poète fraternise avec un autre grand poète pour connaître ses œuvres, je m’en émerveille encore davantage. Mais il me semble que notre Apollinaire aimait Elskamp et que, de ces amours, naissent les monstres délicieux de la Poésie.
Ma découverte du poète anversois me laisse le souvenir d’un coup au cœur. Entre chaque page de l’herbier les belles plantes se mettaient à revivre et à embaumer ma chambre.
Je vous exprime toute ma reconnaissance de vous être adressé à moi, le presque belge.
Votre poète Jean Cocteau.
Hommage de Paul Neuhuys:
Je me souviens de Max Elskamp
Je me souviens de Max Elskamp comme d’un causeur charmant. Il me parlait de la Chine, de la poésie… Je l’ai connu pendant la guerre 1914-1918. J’allais le voir dans sa paisible maison du boulevard Léopold (aujourd’hui avenue de Belgique) dans la bonne maison qui, dit-il, l’attend sous les arbres « en la blanche façon d’un très gauche évêché ».
Max Elskamp était alors à l’apogée de son activité poétique. J’étais un écolier des lettres, et il y avait dans son accueil quelque chose d’ineffablement bon, mais aussi de cruellement désabusé.
Max Elskamp, né à Anvers en 1862, y est mort en 1931. Toute sa vie il est demeuré attaché à sa ville natale, la ville « très port de mer » où il reçut un jour, en 1893 exactement, Paul Verlaine.
« Il y a là une certitude pour moi, me disait-il, un point sur lequel j’attire votre attention, c’est que malgré toute liberté, le poème est « musique » par nature ». Et il me citait à ce propos le « Pantoum négligé » de « Jadis et naguère » :
Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Monsieur le curé n’aime pas les os.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n’émigrons-nous vers les Palaiseaux ?
-Le sens en est exquis à cause du son.
Elskamp parlait volontiers de la rime diminuée par l’assonance, de sa bémolisation (âne et âme) et de sa diézation (Anne et lame). Il m’ouvrait toute grandes les portes de sa bibliothèque, me montrait des éditions rares de Mallarmé, une lettre de Suarès écrite avec des encres variées, rouge, bleue, verte. Il aura toujours été apprécié en France, soit par Apollinaire, soit par Salmon, Cocteau, Eluard, et la poésie est bien chez lui cette flamme invisible dont parle Pétrarque, d’autant plus douce à découvrir par quelques élus du hasard.
Mysticisme
Qu’est-ce que le mysticisme ? Mystique vient d’un mot grec « mustos » qui veut dire muet. Fermer la bouche, être muet d’amour. « Wo man am meisten fuhlt, weist man nicht viel zu zagen », disent les Allemands. Ce qui signifie qu’en voulant exprimer un sentiment profond on risque d’en diminuer l’intensité. Aussi le mystique s’adresse-t-il à Dieu, comme à tout ce qui vaut d’être aimé, qu’il soit porté à la mysticité par la tendresse de l’âme ou par l’enthousiasme des sens.
C’est dans le mysticisme que le Flamand puise son optimisme fondamental : Verhaeren lorsqu’il voit dans l’homme un Prométhée qui un jour « saisira les astres fous entre ses poings » ; Maeterlinck lorsqu’il voit dans les écrits des mystiques « le plus pur diamant du prodigieux trésor humain » et Elskamp (exact contemporain de Maeterlinck), lorsqu’il concentre ses aspirations mystiques dans le refrain de la vielle chanson de Malbrough :
Je vous salue ma vie
d’un peu d’éternité
aujourd’hui en vigie
si haut qu’on peut monter.
Le Folklore
Elskamp me parlait de la Chine en levant un index philosophique et las : Ah ! qu’il eut fait bon vivre en Chine loin d’une pseudo-civilisation qui conduisait l’Europe à sa ruine !... Je voyais les paons faire la roue au sommet des pagodes, des jonques glisser au gré des moussons chaudes, Mr Yang et Mme Yng vendre du thé… Puis il se ravisait doucement : Je ne sais pas vraiment pourquoi je vous dis ça… Cette Chine de porcelaine était du folklore chinois.
Qu’est-ce que le folklore, sinon la mystique populaire ? Elskamp avait fondé le musée du Folklore dans la petite rue du Saint-Esprit, à Anvers, musée où il s’attache à connaître le peuple dans ses plus naïves traditions : comptines, images religieuses, drapelets de pèlerinage. C’est dans ces humbles reliques qu’il a rêvé l’âme de son peuple. Ami des jardiniers et des matelots, il dédiera son « Histoire du jeu de Loto en Flandre » au batelier Hannes qui « sur le fleuve me fut un ami ».
Elskamp, ami du peuple, écrivait en français, faisait scandale à Anvers. Il irritait ses concitoyens. Les uns ne lui pardonnaient pas de vouloir restituer l’innocence d’un peuple dont ils ne connaissait qu’imparfaitement la langue ? Les autres n’admettaient pas qu’un fils de banquier s’intéressât aux billevesées, comme de rassembler, quoi ? des têtes de pipe, des pots à persil, des hochets, des toupies, des moutardiers, des crassets, des étouffoirs, ni d’avoir écrit une histoire du jeu de Loto où il assimilait ce jeu à une ancienne institution bancaire…
Le moyen âge
Toute l’œuvre d’Elskamp est centrée sur le moye âge.
Ses « Enluminures » en font un imagier. Ses « Chansons Reverdies » en font un ménestrel. Avec lui, nous remontons à l’enfance de la poésie. Enfance de la poésie et poésie de l’enfance : Un pauvre homme est entré chez moi pour des chansons qu’il venait vendre… comme Pâques chantait en Flandre… et mille oiseaux doux à entendre…
Dominical, En Symbole vers l’Apostolat, D’anciennement transposé, Salutations dont d’angéliques… C’est une poésie du temps que les cathédrales étaient blanches.
Le moyen âge symbolise pour Max Elskamp la paix du cœur et le contentement de l’esprit.
Il écrit dans un français « anordi », le français du nord et veut apporter dans ces chansons la ductilité rythmique des chansons populaires flamandes. Comme les matelots et les jardiniers il se défend de ne connaître que très peu de mots et met à profit cette infirmité verbale par des ritournelles délicieusement chantonnées :
Et Marie soyez bénévole
à ces syntaxes mal au clair
Et marie de mes beaux navires
Marie étoile de la mer
Marie qui savez que tacites
sont ceux des voiles et des ailes…
Poésie mystique ! Rien de mièvre dans Elskamp. sa mère était wallonne, son père était d’origine danoise. Elskamp veut dire en danois « Champ d’aulnes ».
Nous n’irons plus au ciel
La guerre était finie, Elskamp ne reconnut plus sa ville.
Elle était saoule.
C’était l’époque du jazz et des chansons militaires : « It’s a long way »…
Je l’ai encore revu deux ou trois fois. Il était devenu tout blanc. Il publia encore deux ou trois recueil luxueusement imprimés chez son imprimeur Buschmann à 75 exemplaires : « Musique verte », je crois, et « Joies Blondes »…
Après quoi, cet esprit qui s’était efforcé de monter « si haut qu’on peut monter », plafonna dans le ciel des abstractions et, comme jadis Icare, retomba lourdement sur le sol :
Nous n’irons plus au ciel
nos ailes sont coupées.
C’est la bonne parole
Ecolier des lettres et assez chercheur de nature, il m’est arrivé, comme d’autres forment une collection d’icônes, de collectionner les définitions de la poésie. En voici quelques unes parmi tant d’autres :
La poésie est une création d’un monde imaginaire, une élégance de l’esprit, la musique de l’âme, un défilé de féerie, une éthique non euclidienne, l’art d’exciter l’âme, de se délivrer par un cri, d’enclore son rêve dans un rythme, un breuvage agressif, la quintessence humaine, le souvenir d’une émotion dans le calme…
Mais une des plus belles définitions de la poésie demeure celle de Max Elskamp :
C’est la bonne parole où tous les mots qui s’aiment
semblent des enfants blancs en robe de baptême…
et à cet égard, les « Six chansons de Pauvre Homme pour célébrer la Semaine de Flandre » sont bien, je crois, ce que notre poésie aura produit de plus remarquablement pur.
Paul Neuheuys. (1962)
Le 12 mai prochain, le Salon international du livre de Mazamet fêtera son dixième anniversaire, une occasion d’en faire le bilan.
Tout a commencé très simplement. Michel Sabarthes, comptable à la Mairie, décide de mettre sur pied un salon dédié aux livres et papiers anciens. Une sorte de brocante dans laquelle les amoureux de lecture trouveraient matière à garnir leur bibliothèque à prix démocratique. Rien ne semblait prédisposer l’évènement à prendre une telle ampleur et ce n’est certainement pas l’organisateur, Michel Sabarthes, qui aurait pu imaginer la succès story vers laquelle son Salon allait se diriger.
Ce fut une rencontre, un verre de vin ou de pastis partagé en compagnie de son inséparable ami, Marc Galabru, qui allait orienter le destin de l’évènement. Marc proposera à Michel d’orienter son Salon vers la mixité des genres, c'est-à-dire, offrir aux auteurs contemporains l’opportunité de présenter leurs œuvres tout en gardant une place aux livres anciens. Nous sommes en 2009, ce genre de manifestation ne s’est pas encore répandue, exeption faite quelques passionnés du genre, il fallait donc tout inventer. Offrir une structure capable d’attirer les auteurs et surtout, de séduire le public afin de le motiver à se déplacer, c'était faire aveux de folie. De nombreuses questions demandaient réponse : quid des assurances, de la sécurité, des repas, du transport, des logements ? Comment financer l’évènement ?
Sans toutefois minimiser l’ampleur des défis à relever, il ne fallut que quelques heures pour que décision soit prise. C’est approximativement ainsi que les choses se sont progressivement mises en place. Depuis, le Salon est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Agréable, incontournable y compris sur la scène internationale puisque plusieurs pays se partagent les tables des exposants. Les auteurs proviennent de toutes les régions de France, mais également de Belgique, de Suisse, de Hollande et du Canada. La littérature, la bande dessinée et les vedettes se mélangent sans condescendance. Des plumes plus discrètes, oubliées quelquefois par les médias frôlent bien souvent le sublime. C’est remarquable et ce l’est d’autant plus que, même s’il est entouré d’une petite équipe, un homme, solitaire, porte l’évènement à bout de bras. Michel Sabarthes parcourt des centaines de kilomètres dans le but de distribuer les flyers publicitaires sur les marchés de l'occitanie en n'oubliant pas d'apposer les affiches indispensables à la communication.
Dix ans, une « success story », un défit pérennisée, happy birday Mister Sabarthes, Mister the President !
Pour la dixième année le Salon International du livre de Mazamet accueillera en qualité de parrain un binôme cinématographique. Au-delà des personnalités que sont le réalisateur Romualt Lété et l’actrice Harmonie Rouffiange, il me plait à souligner que ces derniers représenteront une sorte de symbolique autour de celui qui fut et restera le parrain spirituel du Salon. Marc Galabru décédé le 6 octobre 2014, médecin, poète, écrivain et acteur, s’il fut sans nul doute l’une des pierres angulaires du Salon International du livre de Mazamet, fut surtout celui qui offrit sa force et ses encouragements grâce à l’amitié partagée avec Michel Sabarthes. Ainsi, la littérature, le cinéma et, comme une sorte de passerelle, le théâtre, toutes ces disciplines se rejoignent en portant l’espoir que le rêve qu’ils peuvent apporter par le biez de l’écriture, continue à déployer leurs ailes au service de la démocratie et de la liberté de parole. Ce n’est pas rien, une sorte de vitrine qui expose les réussittes de notre éduction. Même si cela parait normal, l'alphabétisation collective n'est pas si ancienne qu'elle n'y paraît.
Quid des auteurs Belges?
Soulignons la présence des éditions Académia et des éditions Acrodacrolivre. Côté auteurs nous aurons le plaisir de cotoyer:
Patricia Fontaine, Ziska Larouge, Jean Piérard, Bou Bounoider et comme vous l'aurez compris, votre serviteur.
Les récompences!
Qui seront les lauréats des prix remis à l’occasion du Salon de Mazamet ? Exeption faite des membres du jury, nul ne le sait encore. Il faudra attendre le 12 mai prochain pour que se lève le voile sur un secret jalousement gardé.
Dix ans déjà, joyeux anniversaire Monsieur Sabarthes et merci pour ce que vous avez réussi à faire malgré les quelques tempêtes qui ont frappé votre rivage. Devant les critiques de ceux qui vous envient, n'oubliez jamais que l'on ne jalouse que ce qui est beau.
"Cela fait à présent deux ans que les Rencontres ont débuté et nous en sommes maintenant à la dix-neuvième!" annonce fièrement en ouverture Gérard Adam, le valeureux présentateur-animateur des Rencontres Littéraires de Bruxelles. C'est en effet en mai 2017 que, sous la houlette de Robert Paul, elles sont nées, Jerry Delfosse nous accueillant à bras ouverts dans sa galerie pour notre plus grand plaisir, et ce 30 avril, Françoise Pirart, Patrick Devaux et François Harray sont nos trois écrivains du jour, thématique du mois: "Les Tamponnés de la vie"! Les marqués de l'empreinte indélébile de la vie!
Historien, écrivain, photographe, plasticien mais avant tout narrateur, né en 1962 à Bruxelles, spécialiste de la métamorphose d'oeuvres majeures de l'histoire de l'art en tableaux photographiques, François Harray nous présente "Le Nouveau Messie": Gabriel, le personnage central de son roman, est incapable de dire non; il vit un insatiable besoin d'amour et lorsqu'une prophétie délirante fait de lui le nouveau Messie, situations incongrues et compromissions surgissent en cascade...
Grand admirateur de Arthur Rimbaud notamment, né en 1953 à Mouscron, Patrick Devaux écrit, peint, voyage, animé d'un véritable goût pour l'action et la liberté. Ce soir il nous évoque "De Porcelaine": Un enfant avec peu de jouets dans le logement familial, un énorme lierre, des vols d'étourneaux, le ciel et la mer, l'espoir et l'espérance, un frère, une dame étrangement attentionnée lui offrant un jour une poupée de porcelaine pâle, froide, sentant la mort, nous sommes avec Devaux plongés dans le récit d'une enfance brutalisée. Un récit poignant.
Auteure de nombreux romans et de recueils de nouvelles, formatrice dans une école d'alphabétisation, Françoise Pirart écrit également pour ceux qui aimeraient laisser un témoignage de leur vie, et c'est de "Beau comme l'éclipse" qu'elle nous parle ce jour: Jeune homme naïf, pur et rêveur, Albien Bienfait part pour le bout du monde, le Zwaziland en l'occurrence, rencontres surréalistes, aventures peu glorieuses et tribulations rocambolesques sur son chemin. Les remous de la vie mais baignés d'un optimisme désopilant et d'une sacrée dose d'espoir aux basques.
En verve, le ton chaleureux, François Harray nous apprend que, vouant un culte à son épouse décédée suite à l'accouchement de leur fils, le père rend celui-ci responsable de cette situation. Bon nombre de "peut-être" émaillent le roman qui revêt pas mal d'aspects délirants et, l'enfant grandissant, le style lui aussi se met à grandir, à évoluer vers une écriture plus "adulte". Nous passons aussi du léger et drôle au plus sérieux à mesure que le récit progresse. La fin? Particulière! Rien ne sera dévoilé ici.
Posé, assuré mais parfois gagné par l'émotion - Comment ne pas l'être? -, Patrick Devaux nous révèle que son "inclassable ouvrage" (mots de Gérard Adam) constitué d'une structure à deux moments (mots de l'auteur) est en majeure partie auto-biographique. L'enfant, c'est lui-même, l'auteur, avec une curieuse poupée de porcelaine comme principal témoin de ses souffrances, mais la part de fiction n'est pas exempte de l'oeuvre. Qui est cette Francesca qui en fait n'apparaît jamais? Et qui est Jules? "De Porcelaine" est à découvrir tout comme les deux autres livres présentés ce soir. "Ecrire, c'est d'abord révéler", nous déclare calmement l'écrivain. Entièrement d'accord?
D'une voix claire, joviale, et le sourire discret, Françoise Pirart nous lance: "Pourquoi l'amour n'est-il pas partout autour de nous?" Roman de confidences et de singuliers émois parsemé de oui - Albien ne sait pas dire non, nous rappelant ici Gabriel -, "Beau comme l'éclipse" nous propose de vécu, du véritable vécu, le rejet du matérialisme et le retour vers la nature prônés, au coeur et à l'esprit de notre personnage principal. Et tout va finir par se précipiter. Un roman d'une belle profondeur...
Tamponnés de la vie? Assurément...mais qui ne l'est point?
A propos du nouvel Espace Art Gallery
L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous faire part de son installation dans des nouveaux locaux en plein centre de Bruxelles.
La nouvelle galerie se situe depuis le mois de mai 2018 à deux pas de la Place De Brouckère et du Béguinage de Bruxelles. Ce nouvel espace de 250 m² est de style loft américain sur différents niveaux. Le lieu est ouvert sur de vastes espaces dégagés et lumineux.
Le quartier est en plein renouveau urbanistique et commercial dans le prolongement de la superbe Place Sainte Catherine, lieu renommé pour ses restaurants et ses attraits touristiques. Dans les environs se situent salle de ventes, centres d’art moderne ainsi que de prestigieux théâtres. La galerie sera donc ainsi située dans l’environnement de la célèbre Place De Brouckère et de ses belles terrasses comme celles du Métropole notamment.
Deux grands parkings (De Brouckère et Alhambra) se situent chacun à 150 mètres de la galerie. De nombreuses lignes de métro sont également présentes, entourées de centres commerciaux et lieux touristiques, hôtels et Palaces.
Nous vous y acceuillerons avec plaisir à notre nouvelle adresse au 83 rue de Laeken à 1000 Bruxelles