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Le XIX ème siècle, surtout dans sa seconde moitié, se révèle être un siècle paradoxal : d’une part, l’on assiste à l’émergence de nombreux états nations concurrents et antagonistes ; d’autre part, l’unité culturelle de l’Europe se trouve à un moment d’apogée. La Belgique, au carrefour de l’Europe et des forces d’unité culturelle et de fragmentation politique qui la traversent, n’échappe évidemment pas à ce paradoxe. La naissance d’un nouvel État Nation. En 1815, faisant suite à l’effondrement de l’empire napoléonien, le Congrès de Vienne décide la réunion de la Belgique et de la Hollande en un royaume des Pays-Bas. Cette union, contre nature, provoque une opposition culturelle, religieuse et linguistique de la part des Belges. Celle-ci conduit rapidement à une insurrection bruxelloise qui amène en 1830 la proclamation de l'indépendance de la Belgique. L’indépendance de la Belgique est reconnue par la conférence de Londres de 1831 qui garantit la neutralité au nouvel État. Léopold Ier prête serment à la Constitution le 21 juillet 1831 et en devient le premier souverain : le royaume de Belgique est né. La création de ce nouvel état nation n’est pas un phénomène isolé en Europe. Qu’il suffise pour s’en convaincre de songer à l’Italie (1848), à la Pologne(1815-1918), à l’Allemagne( 1815-1834-1871), à la Serbie (1878), à la Bulgarie (1878-1908), à la Grèce (1830)… L’affirmation de la Nation par l’Histoire… Dans ce mouvement d’éveil des nationalismes, l’histoire fut souvent appelée à la rescousse pour affirmer la nation. Les historiens belges n’échappèrent pas à cette démarche. C’est ainsi que Henri Moke (1803-1862) dans son Histoire de la Belgique qu’il publie en 1839 annonce clairement son intention : «… au-dessus de la ville et de la province, j’ai toujours cherché à faire entrevoir l’unité nationale qui se préparait lentement, mais à laquelle le pays devait parvenir un jour ». Comme Jacques Stiennon le souligne de manière remarquable, les historiens belges ou de la Belgique comme Gérard (1863), Wauters ( 1817-1898), Gachard (1800 1885), Stecher (1820-1909) ou Kurth (1847-1916) « avaient sans doute compris que dans un pays qui venait de conquérir depuis peu son indépendance, l’idée nationale allait se développer avec une acuité particulière et que le jeune État belge allait, pour justifier son existence, rechercher des arguments dans l’arsenal de l’histoire… » [1] Cette entreprise trouva sans doute son expression la plus significative dans l’Histoire de Belgique (1900) du grand historien Henri Pirenne qui dès le premier alinéa de son introduction fixe clairement ses idées : « il s’agit de retracer l’histoire de Belgique au Moyen Âge en faisant surtout ressortir son caractère d’unité ».[2] …et par la peinture… Les peintres belges contribuèrent aussi à ce grand mouvement d’affirmation de la Nation. C’est ainsi que nombre d’entre eux recherchèrent des thèmes qui pouvaient justifier l’existence même de la jeune Belgique. Ainsi les figures et les évènements de la période bourguignonne[3] , considérée comme prospère et politiquement stable, furent parmi les sujets privilégiés de ce courant de la peinture belge. Les portraits de Philippe le Bon ou de Marie de Bourgogne se multiplient. Aujourd’hui encore l’hémicycle du Sénat propose aux visiteurs des scènes de la Cour des Ducs de Bourgogne, en particulier de Philippe le Bon, peints par Louis Gallait. Henry Leys (1815-1869) peint en 1862 L’Institution de la Toison d’Or, œuvre qui glorifie cet ordre chevaleresque et nobiliaire fondé en 1429 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et destiné à propager la foi catholique. Certes l’Histoire est revisitée pour en conserver les moments heureux éliminant les guerres fratricides ou les périodes de famine. Les moments douloureux sont seulement retenus lorsqu’ils permettent de développer la fibre patriotique. C’est ainsi que se multiplièrent les compositions évoquant les moments de la résistance aux espagnols. Ainsi Le peintre Louis Gallait, installé à Paris où il avait des commandes pour Versailles, n’oubliait pas son pays et envoyait en primeur à Bruxelles, des tableaux monumentaux aux sujets dignes d’intéresser les belges et de leur rappeler leur glorieux passé comme L’Abdication de Charles Quint, de très grand format et remarquée au Salon de 1841.[4] De même par Les Derniers Honneurs rendus aux comtes d’Egmont et de Hornes, par le Grand Serment de Bruxelles (1851), Louis Gallait nous rappelle la tyrannie du Duc d’Albe.[5] L’œuvre fit sensation en 1851 au Salon de Bruxelles puis à Tournai lors de son acquisition. Le tableau représente une foule compacte qui se presse et assiste à une exécution. Le sujet, épisode dramatique de l’oppression espagnole aux Pays-Bas, est symbolisé par la présence vers le centre d’un espion du Duc d’Albe et d’un militaire au chevet des Comtes d’Egmont et de Hornes décapités à Bruxelles le 5 juin 1568. La toile décrit le moment où, la nuit suivante, les arbalétriers de la ville vinrent leur rendre hommage. Henry Leys fait également revivre ce passé, en particulier dans La Furie espagnole où il évoque avec une fougue toute romantique les épisodes glorieux et douloureux de cette période espagnole. Mais cette volonté artistique de renouer avec le passé s’exprime aussi par un retour aux styles des œuvres des grands artistes du passé et plus particulièrement à celui de Pierre Paul Rubens. Certains n’hésitèrent d’ailleurs pas à parler de « prérubenisme ». [6] Cette « passion rétrospective », pour reprendre l’expression de Charles Baudelaire[7] , se retrouve d’abord chez Henri Leys mais aussi chez Gustave Wappers à l’académie d’Anvers, Joseph Lies ,Nicaise De Keyser ou James Tissot. Les « prérubenistes » flamands reviennent ainsi par souci de l’exactitude et de l’analyse à l’art des maîtres septentrionaux des XVème et XVIème siècles. Ils en souhaitent retrouver l’inspiration, la fraîcheur et la force. Le plus souvent, il se contente d’en imiter l’écriture et les tics.[8] Les artistes ne se contentent cependant pas d’une plongée vers ce passé préfigurant la Belgique. Ils magnifient aussi les journées révolutionnaires de 1830 qui amenèrent la Belgique à l’indépendance. Ainsi le tableau de Gustave Wappers Épisode des journées de septembre 1830 –ressemblant à une caricature de La Barricade de Delacroix- est saluée dans l’Europe entière. Cette oeuvre conjugue parfaitement l’élan romantique et l’élan patriotique. Peint au moment d’une contre offensive hollandaise, le tableau représente un tas de corps blessés et mourants réunis autour du drapeau belge. La scène se déroule sur la Grand Place de Bruxelles, symbole des libertés conquises au fil des siècles. Camille Lemonnier parla à son propos de « … la Marseillaise d’un peuple nouveau …». Paul Fierens tempéra quelque peu le propos en parlant plutôt de Brabançonne mais non sans rappeler que si « La Brabançonne n’est pas un chef d’œuvre, nous ne l’entendons pas sans émotion. N’est-ce pas une émotion du même ordre qui s’empare de nous quand nous regardons la grande toile de Wappers ?»[9] Si Épisode des journées de septembre 1830 est le plus emblématique de ce type de tableaux et de composition, d’autres peintres viseront à éblouir le spectateur et à magnifier ces moments où la Belgique se crée. Songeons à Auguste Chauvin (1810-1884), à Charles Coubre (1821-1895) à qui nous devons Départ des volontaires liégeois sous la conduite de Charles Rogier ou L’arrivée de Charles Rogier et des volontaires liégeois à Bruxelles ou encore à Henri de Caisne qui peint en 1835 La Belgique couronnant ses enfants.La Belgique y est représentée sous les traits d’une femme entourée de personnages célèbres de l’histoire de la Belgique ( Godefroid de Bouillon, Philippe le Bon…) et à ses pieds le lion belge. …la sculpture et l’architecture. La sculpture urbaine participa également de ce mouvement d’affirmation de la nation par l’Art. Tantôt il s’agit d’éblouir et d’instruire le nouveau citoyen belge en rendant présent dans la ville les moments prestigieux de son passé. À Bruxelles, Eugène Simonis installe place Royale la statue à cheval deGodefroid de Bouillon, duc de Basse-Lorraine (1089-1095) qui fut le principal chef de la première croisade et fonda le royaume de Jérusalem (1099) qu’il gouverna avec le titre d'«avoué du Saint-Sépulcre». À Liège, Louis Jehotte nous laisse un Charlemagne à cheval dans un style métissé de néo-classicisme et de romantisme. Tantôt ce sont des monuments à la gloire de ceux qui firent l’indépendance de la Belgique. En 1838, Guillaume Geefs exécuta, à la suite d’un concours, l’allégorie de La Belgique triomphante qui occupe le centre de la place des martyrs à Bruxelles. Cette sculpture fût pendant un certain temps dépréciée à cause de sa prétendue ressemblance avec la Vénus de Milo. Aujourd’hui cette proximité apparaît cependant à l’œil averti assez vague et lointaine. En 1859 c’est Joseph Poelaert qui conçoit et inaugure la colonne du Congrès à Bruxelles qui rappelle l’adoption en 1831 de la constitution belge par le Congrès National. La colonne est surmontée d’une sculpture de Léopold Ier que nous devons à Guillaume Geefs. Dans le domaine de l’architecture, Baudelaire dans Pauvre Belgique n’hésite pas à parler de « pastiches du passé » ou pour les églises de « contrefaçons du passé ».[10] Si cette volonté de restauration du passé dans l’architecture n’est pas spécifique à la Belgique –songeons à l’œuvre de Viollet-le-Duc- , l’intention de concourir par ce rappel du passé à la cohésion nationale est évidente et ce, tout en respectant les hiérarchies symboliques de la ville. « Ces styles se paraient d’une valeur sémantique d’équivalence dans l’espace homogène de la ville moderne : ainsi, en Belgique, le néo-gothique fut l’expression du religieux, le néo-flamand Renaissance celle du sentiment civique et nationale (hôtels de ville), le néo-grec baroque celle de la dignité judiciaire (palais de Justice de Poelaert). À noter que l’éclectisme traduisait aussi la hiérachie sociale, soulignant dans l’ordonnacement des styles le coût des matériaux. Liés à la résurgence du sentiment national, les prolongements de l’historicisme en Belgique parurent spectaculaires … »[11] Le XIXème, au delà des nationalismes. Ce survol de l’art belge enchassé dans les aspirations nationales de la Belgique naissante pourrait donner une image injuste du XIXème siècle et de l’art qui le traverse. Sur le plan politique, il serait injuste de le réduire à celui du capitalisme triomphant et des nationalismes qui conduirent l’Europe à Verdun puis Auschwitz. Sur le plan artistique, il serait injuste de ne voir le XIXème siècle que comme celui qui « a rêvé d’être tous les autres et qui n’a pas eu … le simple courage d’être lui-même, de se connaître tout d’abord de s’accepter sans réticences et de se produire à visage ouvert. »[12] Bien évidemment, il ne faut pas cacher la face sombre de l’Europe du XIXème siècle : colonialisme, conditions de vie misérable pour la plupart des citoyens, âpretés des rivalités nationales et la folle course aux armements qui nous projetèrent vers l’abîme. Mais le XIXème siècle européen fût aussi celui de l’innovation, des découvertes scientifiques, des conquêtes sociales et des libertés fondamentales et des sources esthétiques de notre siècle. Formidable unité culturelle et même politique que cette seconde moitié du XIXème siècle puisqu’il fallut attendre 1989 pour que le record de la plus longue période de paix de l’histoire de l’Europe fut battu. La Belgique a participé activement à toute cette épopée et à tous ces mouvements européens. Sans évoquer les autres champs de l’activité humaine, songeons dans le domaine de l’art à Horta et l’Art Nouveau, à Ensor, à Meunier, à Khnopff, à Spilliaert, à Rops, Rik Wauters…qui contribuèrent à forger l’esthétique moderne de l’Europe. Oui la Belgique du XIXème siècle est bien la fille des nationalismes mais elle participe aussi de notre Europe, fille de cette époque. Bibliographie. 1. Monographies. Dumont (G-H), Histoire de la Belgique, Bruxelles,Le Cri,1995. Eemans (M), Les trésors de la peinture européenne, Bruxelles, éditions Meddens, 1996. Mabille (Xavier), Histoire politique de la Belgique. Facteurs et acteurs de changement, éd. Complétée, Bruxelles, CRISP, 1992). Pomian (K), L’Europe et ses nations, Paris, Gallimard, 1992. Smeets (A), L’art flamand d’Ensor à Permeke,Bruxelles, éditions Meddens, 1992. Vercauteren (F), Atlas historique et culturel de l’Europe, Bruxelles, éditions Meddens, 1962. 2. Ouvrages collectifs. La Belle Europe, Le temps des expositions universelles 1851-1913, Bruxelles, Tempora, 2001. Encyclopédie artistique belge, L’Art, 2 Tomes, Bruxelles, La Renaissance du Livre, date de la nouvelle édition non précisée. Encyclopedia Universalis, V° Belgique. Histoire mondiale de l’Art., Verviers, Marabout université, 6 volumes, 1966. Huit siècles de Peinture. Trésors des Musées Belges, Bruxelles, Arcade, 1969. Paris-Bruxelles ; Bruxelles-Paris, Anvers-Paris, Fonds Mercator-Réunion des Musées Nationaux, 1997. La Wallonie, le pays et les hommes, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1978. Notes [1] Stiennon (J), Les régions wallonnes et le travail historique de 1805 à 1905, in la Wallonie, le pays et les hommes, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1978, p 458. [2] Cité par Stiennon (J), op.cit., p 460. [3] C’est sous les ducs de Bourgogne (XIVe-XVe s.) qu’est tentée l’unification des Pays-Bas dont l’histoire se confond avec celle des principautés belges, fief français (Flandre) ou États du Saint Empire romain germanique. [4] Un Salon est une exposition collective périodique d'artistes vivants. Le premier Salon officiel, réservé aux académiciens, se tint au Louvre en 1667. [5] Le Duc d’Albe est un général de Charles Quint et de Philippe II (Piedrahíta 1508 - Lisbonne 1582) et Gouverneur des Flandres (1567-1573) où il exerça par l'intermédiaire du Conseil une violente répression contre les protestants, qui fut à l'origine de la révolte des Pays-Bas. [6] Fierens (P), La peinture au dix-neuvième siècle, in Encyclopédie artistique belge, L’Art, Tome 2, Bruxelles, La Renaissance du Livre, date de la nouvelle édition non précisée, p 447 [7] cité par Lacambre(G), Le voyage dans le temps, in Paris-Bruxelles ; Bruxelles-Paris, Anvers-Paris, Fonds Mercator-Réunion des Musées Nationaux, 1997, p 78. [8] Fierens (P), op.cit., p 447. [9] Fierens (P), op.cit., p 439. [10] Zazzo (A), L’historicisme comme méthode, in Paris-Bruxelles ; Bruxelles-Paris, Paris-Anvers, Fonds Mercator-Réunion des Musées Nationaux, 1997, p 74. [11] Zazzo (A), op.cit., p75. [12] Fierens (P), op.cit., p 410.
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administrateur théâtres

 My Fair Lady à Bruxelles 

Auriez-vous eu par hasard vent de  l’exposition sur la vie d’Audrey Hepburn, « Intimate Audrey »* , créée cette année à Bruxelles par son fils Sean Hepburn Ferrer, pour fêter  les  90 ans de sa mère, dans la ville natale de l’artiste ?  Celle-ci se tient  depuis le  1er mai et jusqu’au 25 août 2019 dans l’Espace Vanderborght. Sielle est passée inaperçue  et qu’elle ne vous a pas particulièrement fait dresser l’oreille, voici pour  l’artiste  comme pour nous, un merveilleux cadeau.

Il est  offert par le festival « Bruxellons » qui propose un « My Fair lady » éblouissant, vigoureux comme aux premières heures, débordant de verve et de bienveillance. Une splendide façon de fêter les 20 ans du festival !   Sous la direction artistique de Daniel Hanssens qui s’est saisi du sujet des charmes de la phonétique  anglaise et de la fable sociale,  ce cadeau vous attend au château du Karreveld à Molenbeek, dans une version de comédie musicale bruxelloise inédite, peaufinée et impeccable.

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La mise en scène est de Jack Cooper et Simon Paco. C’est un spectacle de haut niveau qui plaira au beau monde comme aux chats de gouttière. Tout y est beau et soigné : les décors, les costumes, la scénographie, les ensembles, les chorégraphies, le chant, et bien sûr la phonétique : irréprochable! Même transposée en français !

L’histoire

Qui ne se souvient donc pas des remarquables  talents d’actrice d’Audrey Hepburn en 1964 et de  sa présence  hypnotique  à l’écran, dans cette comédie musicale unique en son genre, même si pour les chansons,  sa voix avait été doublée ?   Elle sera à jamais associée au personnage d’Eliza Doolittle en interprétant  le parcours fabuleux  de l’insolente jeune vendeuse de violettes à l’accent cockney épouvantable, qui guettait quelques sous auprès de  grands bourgeois au  sortir de l’Opéra… dans le très pittoresque  Covent Garden du début du XXe siècle. Incroyable coup du sort,  Le colonel Pickering lui achète une fleur et son ami distingué phonéticien se prend au jeu de vouloir faire passer la gueuse pour une duchesse grâce à la qualité de ses manières et de son langage.

L’origine du spectacle

Georges Bernard Shaw avait commencé à écrire sa pièce « Pygmalion »  au printemps 1912.  La pièce  fut jouée la première fois en 1913 en allemand, en Autriche, avant d’atteindre les feux de la rampe à  Londres un an plus tard. Mais, toute sa vie, jusqu’en 1950, date de sa mort,  Georges Bernard Shaw refusa que l’on adaptât sa pièce « Pygmalion » en opérette, repoussa  tout essai d’adaptation cinématographique, hormis  celle de 1938 avec Gabriel Pascal, où il conserva une supervision constante de l’adaptation. Penguin is Penguin (books) of course, le texte c’est le texte ! Librement inspiré du mythe grec de Pygmalion et de Galatée (popularisé par le poète romain Ovide dans ses Métamorphoses), « Pygmalion » et  « My fair Lady » partagent beaucoup de points communs avec la satire sociale de Shakespeare, « The Taming of the Shrew », dans laquelle un homme brutal apparemment (mais pas tout à fait) se mesure à  une femme à l’esprit libre. Si bien que Georges Bernard Shaw se disputa avec les metteurs en scène qui osèrent à maintes reprises  vouloir donner une fin romanesque à l’histoire en l’ouvrant  sur le mariage du Professeur Higgins et de sa protégée.

Foin des romances à deux balles

Si la jeune femme s’est construite grâce au professeur, l’admire sincèrement, et a vécu une relation unique avec lui,  elle est devenue une autre personne et s’affranchit totalement de son influence. Shaw tient en effet à dénoncer la société anglaise où les femmes se laissaient soumettre. Si les femmes de plus de 30 ans peuvent voter en Angleterre dès 1918, Il faut attendre la loi de 1928 qui donna le droit de vote aux femmes à 21 ans quel que soit leur état de fortune. Vote For Women! La mise en scène  n’a pas raté l’occasion de le souligner !

Les textes

Cette version bruxelloise francophone** de la comédie musicale est fidèle aux textes et à l’époque. Quel bonheur ! La libre traduction de Stéphane Laporte est d’une grande  saveur et d’une belle empathie littéraire. La musicalité de la langue anglaise a trouvé des échos francophones pleins de charme et de vivacité.   Cette adaptation soignée sous la direction d’Olivier Moerens  donne une performance remarquablement aiguisée du flegme anglais, incarné par le très rusé professeur Henry Higgins dont l’excellent Frank Vincent  tire une interprétation très juste.  Le personnage  est  archi plein de lui-même, archi fier de sa condition de « vieux célibataire confirmé »,  psychologiquement  à côté de ses satanées pantoufles en matière de sentiments, inconscient du mal qu’il fait, mais étrangement sympathique. 

Sous les étoiles

 L’humour pétille sous les étoiles dans la cour du château du Karreveld. Les petites gens sont aussi bien campées dans le verbe, que les habitués d’Ascott.  Décernons aussi  de multiples  médailles pour les fabuleux costumes signés Béatrice Guilleaume et la scénographie de Francesco Deleo, les divines coiffures d’Olivier Amerlinck,  les maquillages et perruques de Véronique Lacroix. Aux chorégraphies Kylian Campbell, aux lumières Laurent Kaye.  A la direction musicale de l’orchestre, des solistes et des chœurs, la pétulante  Laure Campion assistée parJulie Delbart. L’image est retransmise sur des écrans discrets pour ceux qui s’intéressent à la magie de la baguette.  Un orchestre live de 12 musiciens   joue en effet dans la Chapelle du Château, respect aux instruments… mais  ils viendront  saluer le public qui trépigne de bonheur.

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Les voix

La vigoureuse gouvernante du Professeur Higgins, Mrs. Pearce,  a de l’ascendant. Elle  lui rappelle « qu’on ne ramasse pas une fille comme on ramasse un galet sur la plage !» Elle est une voix de la raison. Elle  représente la voix traditionnelle, maternelle, de la classe « inférieure ». Elle se rapproche rapidement d’Eliza qu’elle entend protéger…  Un rôle à la mesure de Laure Godisiabois au mieux de sa forme.

Mme Higgins, la mère du professeur représente aussi la voix de la raison. Elle est jouée par Jeanine Godinas, royale. Emouvante, et  sensible lorsqu’elle se prend d’amitié pour Eliza. Comme dans sa jeunesse, elle est féministe en  diable et finalement  insensible aux peines de cœur de son fils qui n’a toujours pas grandi malgré ses exploits linguistiques!

 La troisième voix de la raison est  bien sûr celle de  Mr. Pickering (François Langlois), subtilement paternel,  nanti de cette bienveillance qui lui fait traiter la bouquetière comme une duchesse, contrairement à son ami Henry Higgins !

Et puis il y a la voix du coeur, celle du « love at first sight », sublimement  «  love me tender ! » : Samuel Soulie dans le rôle de Freddy. Eliza succombera-t-elle ? Elle demande à voir…

Le rôle-titre

Eliza Doolittle,  affligée d’un parler populaire à couper au couteau, d’une phonétique branlante, d’une grammaire inexistante et d’un vocabulaire de charretier,  succombe à la promesse condescendante du rusé  linguiste, rêvant d’élévation sociale. Il   parie  que son entraînement intensif à la grammaire,  style et élocution transformeront Eliza en  objet désirable – l’œuvre dont il tombe en fait amoureux-  employable, une fois l’expérience réussie, pourquoi pas dans un magasin de fleurs avec pignon sur rue ? Mais le pari gagné, Eliza Doolittle se retrouve seule. Elle se rebiffe et s’en va en claquant la porte. Bel exemple d’expérience sociolinguistique réussie,  elle  est  dans une position délicate. Que va-t-elle devenir ? Comment subvenir à ses  besoins avec le genre de compétences qui lui ont été données ?  Elle est devenue « autre ».  Il n’y a pas que la main de l’homme qui fasse mûrir le fruit ! L’interprétation irréprochable de l’artiste française Marina Pangos est empreinte d’humanité profonde. Elle fait rire, elle fait pleurer, elle fait réfléchir, se poser des questions. Fera-t-elle fléchir la misogynie universelle ?  Ce rôle central est un catalyseur d’interrogations. Le maintien est celui d’une reine. Le jeu est sûr, la voix est belle, la métamorphose sublime, le résultat de la performance admirable : une force théâtrale et musicale surprenantes. Pourtant, à vrai dire, l’intrigue était finalement bien mince!

Mais pas que

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Le père de la jeune femme a aussi bien des choses à nous dire et à partager. La vis comica de l’éboueur  Doolittle (Daniel Hanssens) emporte par sa faconde et sa jovialité. Les petits ont autant d’arrangements que les grands bourgeois. A ses dépens,  le très philosophe Monsieur  Alfred Doolittle pleure la perte de sa liberté envolée, une fois contaminé par  l’argent  reçu d’un improbable héritage et dont il ne saurait se départir ! Le voilà obligé de vivre pour les autres au lieu de ne vivre que pour lui-même !   Mais malgré les coups de griffes à la bourgeoisie bien établie,  la bonne humeur reste. C'est le plus bel héritage de ce spectacle hors pairs, fable vivifiante et festive.

Dominique-Hélène Lemaire Arts et Lettres

crédit photos: Gregory Navarra

My Fair Lady

De Lerner & Loewe

MISE EN SCÈNE: JACK COOPER ET SIMON PACO – UNE COPRODUCTION DE BULLES PRODUCTION, COOPER PRODUCTION ET LA COMÉDIE DE BRUXELLES –
25 REPRÉSENTATIONS DU 11 JUILLET AU 7 SEPTEMBRE 2019


*Tous les bénéfices iront à Eurordis-Rare Diseases Europe et aux hôpitaux Brugmann et Bordet de Bruxelles.**On peut consulter  une version du texte néerlandophone sur écrans discrets.
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UNE QUESTION...

La vie ce n'est pas assez

Et c'est tellement trop parfois!

Entre présent et passé

Le futur fait-il la loi?

La question est insoluble

Car elle dépend du hasard

et qu'importe qu'on l'affuble

Des fantasmes les plus bizarres!

Si nous n'étions que jouets

Aux mains d'un Dieu tout puissant

Nous n'aurions plus comme projet

Que de nous fondre dans le temps!

Ce goût pour la liberté

Qui fait partie de nos gènes

S'il nous a été donné...

Il doit en valoir la peine?

J.G.

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administrateur littératures

Ce 25 juin, la chaleur quasi caniculaire n' a pas empêché la nouvelle Rencontre littéraire de se dérouler comme prévu en les murs de l'Espace Art Gallery qui exceptionnellement avait baissé son volet pour éviter que l'assistance ne "rôtisse" au cours de la soirée, thème du jour: "Ici, là-bas, ailleurs" d'après le beau titre d'un roman de Anne Philippe comme nous l'a longuement expliqué en introduction Gérard Adam, l'animateur des Rencontres littéraires, les lectures d'extraits des ouvrages présentés étant assurées ce soir par Nicolas Coeck, artiste et comédien.

Auteur de pièces, de poèmes, de nouvelles et de scénarios de courts-métrages, de bandes dessinées et de romans, animant aussi des ateliers d'écriture, Michaël Lambert nous a présentés "Buiten", roman dans lequel un licenciement vécu tel une ultime libération devient le point de départ de tous les possibles: le narrateur, son épouse et sa fille deviennent des migrants qui ont choisi de descendre vers le sud. Le roman d'une rencontre improbable, bouleversant d'émotion, où pétillent joie et vitalité.

Historien, archiviste, professeur diplômé de l'ULB, directeur général adjoint au ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles et auteur d'articles touchant à l'histoire du vingtième siècle, Jean-François Füeg nous a quant à lui fait découvrir "Les oreilles des éléphants", un récit non chronologique de moments de vie, d'une belle fluidité, tournant autour d'une famille "parfaite". De la tendre enfance jusqu'à l'homme d'âge mûr à la mort de la mère.

Chanter-auteur-compositeur à la voix envoûtante, initié aux arts traditionnels et au chant afro-soul-pop et hip-hop, également la danse dans la peau, Zam "Martino" Ebale nous a parlé de son côté de "Zam" qui est le récit de sa propre vie: descendant de lépreux et d'une danseuse traditionnelle, reconnu au Cameroun et engagé dans l'insertion sociale des jeunes défavorisés, Zam s'est exilé, fuyant la loi homophobe de son pays d'origine, le bouddhisme lui ayant permis de transcender la souffrance.

Un roman, un recueil de souvenirs, un récit de vie.

D'une voix claire et distincte, Michaël Lambert, très souriant, nous a entraînés sur les routes du quotidien qui devient étrange, du drame, du non sens. "Le sud est un aimant à voyageurs" mais à chacun son Eldorado au bout du compte! C'est déjanté mais très plaisant, les extrait lus de "Buiten" en témoignent, la liberté et la sécurité également des thèmes-clés parcourant son ouvrage.

Digne et élégant, la voix joviale et puissante, Jean-François Füeg nous a plongés au coeur d'une belle mosaïque de gènes, aux origines sociales diversifiées. C'est un événement familial quelque peu insolite qui a déclenché l'écriture de son livre où les non dits ont la part belle, l'incommunicabilité manifeste mais l'universalité traversant toute son oeuvre.

Charismatique et la voix envoûtante (il le confirme ici!), Zam "Martino" Ebale nous a menés vers une contrée où règnent la danse et le chant, l'immigration, l'ambigüité sexuelle, les rejets et autres préjugés émaillant son parcours, un parcours difficile, semé d'embûches, qui n'a pas empêché l'artiste de s'ouvrir aux autres cultures. Les témoignages sont réellement bouleversants mais quand l'on se dresse pour faire face aux lois, comment pourrait-il en être autrement?

C'est par une mélodie d'une profondeur exceptionnelle interprétée a cappella par l'auteur, danseur et chorégraphe, puis une lecture inspirée de Guy Stuckens, que s'est clôturée la rencontre, une rencontre chaude et chaleureuse dont on se souviendra longtemps. Inspiration, aspiration, élévation...

Thierry-Marie Delaunois, auteur et chroniqueur

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SURSAUT...

L'absence est un vertige qu'il nous faut surmonter

Elle est cette blessure qu'il faudra refermer

Et quoique l'on puisse dire au seuil du non-retour

Nous devrons faire avec, quelque soient nos détours...

Alors si un soleil par miracle nous inonde

Et que dans un sourire on voit rouler le monde

Prendre ces doux instants avec un grand respect

Nous n'aurons pas deux fois la chance d'un même trajet!

Il est tant de merveilles qui échappent à nos yeux

Tellement de vraie douceur qui nous rendrait heureux

Pourquoi la distraction abime-t-elle nos efforts

Et toutes ces craintes idiotes, cette peur d'avoir tort?

Pouvoir crier très fort aux portes du grand âge

Jouir de chaque instant est une sainte rage!

C'est simplement comprendre que s'effritent les jours

Vouloir être capable de ce regain d'amour!

J.G.

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Jusqu'à la nuit

Je voudrais composer

chaque matin

un vitrail de mots

pour colorer les heures

faire chantonner la vie

jusqu’à la nuit

..................................

Martine Rouhart, pour Monsieur Paul et les membres d'Arts et Lettres

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IL N'EMPÊCHE...

Il n'empêche... tu m'as laissée au bord du chemin

Et sans égard aucun, tu es parti très loin!

Enfermé dans ton mal-être tu t'es égaré

Et impuissante, je t'ai regardé t'en aller!

Il n'empêche... n'avais pas prévu la désertion

Même si la solitude me ramène raison

En plongeant tout au fond, retrouver mon univers...

Ne plus jamais laisser mettre tête à l'envers!

Il n'empêche... l'aventure avait goût de bonheur

Et j'y avais mis toutes mes forces et mon cœur!

Regardant s'effriter désirs et illusions...

En honorant mes rêves, j'ai quand même eu raison!

J.G.

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JE N'AI PAS EU...

Je n'ai pas eu petite enfance

Elle est zappée dans mes souvenirs

M'efforçais à la cohérence

Pour donner aux miens le sourire...

Alors quand vint l'adolescence

J'avais trouvé quelques chemins

Et j'ai gardé de mes errances

Le désir d'autres lendemains...

J'avais trouvé un grand amour

Mais n'étais pourtant pas naïve

Et ne croyant pas aux toujours

Je m'attendais à sa dérive!

Je n'ai pas gardé d'amertume

Mais souvenirs comme des joyaux

Et s'il n'en reste que l'écume

Un grand amour est toujours beau!

Je n'ai pas eu de vrai malchance

Mon ardeur servit de cravache

Et si ce ne fut pas Byzance

M'en suis sortie avec panache!

D'avoir gardé si fort ancré

Malgré le poids de tant d'années

Désirs de vie et de beauté

M'ont empêchée d'être damnée!

Aujourd'hui c'est le temps de la chance

Et j'en accepte le cadeau

Car ce n'est plus une espérance

Mais oui, le monde est enfin beau!

J.G.

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Où vont nos songes

Je me demande où s’en vont
tous les songes
que le matin nous vole

peut-être mués en oiseaux

ils nous attendent
dans leur nid de brume
au bord du jour qui s’absente

.........................................
Martine Rouhart

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administrateur théâtres

Théâtre: Peut-on rire de l’indicible?

Mein Kampf (farce) à la Clarencière (Bruxelles)

Le contexte

Tout récemment, le  New York Times a évoqué que le journal Tylko Polska (Only Poland) avait publié un article intitulé «Comment repérer un juif» au mois de janvier 2019.

En France, malgré la polémique, et la montée de l’antisémitisme,  les éditions Fayard  annonçaient  en 2015 qu’elles publieraient une réédition du livre en 2016, du fait qu’il tombait officiellement dans le domaine public.

En mars dernier, le manifeste politique d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », interdit dans de nombreux pays, a été mis en scène au Powszechny Theater à Varsovie. Le metteur en scène Jakub Skrzywanek voulait montrer que le langage utilisé par les hommes politiques  et  par tout le monde en Pologne, est pire que celui d’Hitler.

L’œuvre poétique de Georges Tabori « Mein Kampf (farce) » créé en anglais,  à Vienne en 1987 est très rarement jouée et se voit exhumée cette année par un groupe théâtral liégeois, Les Anges Hantés . Jorge Lavelli a créé la version française en 1993. A ce propos, Agathe Alexis (Festival d’Avignon, Comédie de Béthune, Théâtre du Rond Point, tournées en France, Suisse et Belgique) nous donne  son  éclairage. Elle  considère que c’est l’une des plus grandes tragi-comédies du vingtième siècle.  « Lorsque j’ai lu la pièce pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à cette phrase de Pouchkine : « Le rire, la pitié et la terreur sont les trois cordes de notre imagination que fait vibrer le sortilège dramatique ». Ce texte réunit, en effet, tous les « ingrédients » propres à susciter la magie d’un théâtre qui prend la réalité à bras le corps et secoue – émotionnellement et intellectuellement – le spectateur en l’entraînant sur des chemins à la fois scabreux et lumineux, sans pour autant le désenchanter, c’est-à-dire sans lui faire renoncer à sa propre humanité. « Mein Kampf (farce) » évoque pour moi les grands mystères du Moyen-Âge, avec ses figures : Dieu (le cuisinier Lobkowitz), la Mort (Madame Lamort), la Jeune Fille Vierge (Gretchen), le Méchant, odieux prédateur possédé par le mal absolu ou l’absolu du mal (Hitler) et le Vieil Homme (Shlomo Herzl), qui recherche la sagesse et veut écrire un livre qui s’appellerait « Mon combat » mais dont il n’a écrit que la dernière phrase : « Et ils vécurent éternellement heureux » – admirable image de l’indéracinable utopie qui habite le cœur de l’homme. » Oui inconditionnel à la vie. Quel être, déchu de toute humanité, pourrait écrire l’indicible ? Celui qui fait un pacte avec La Mort.

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La pièce

D’après Georges Tabori, jouée au théâtre de la Clarencière à Bruxelles, et en partance pour le festival d’Avignon 2019, voici l’œuvre interprétée par un quatuor de comédiens belges : Kim Langlois, Dominique Jacques, Guillaume Martin et Benoît Servotte.

 Ils sont rompus à l’exercice, débordants d’énergie, menant un combat désespéré contre le mal personnifié, brandissant le rire et la dérision comme doigts d’honneur. C’est beau la mise en scène polyphonique, mais un regard extérieur aurait sans doute mis un peu d’ordre dans le panier. Le spectateur est un peu perdu dans l’articulation dérisoire de la pièce, une façon sans doute de le faire entrer dans la folie. L’homme, serviteur de Dieu, est  le fleuron de la création : nézer habéria, l’exception parmi tous les êtres créés. Le dernier créé mais le premier responsable. Il est responsable de sa poule en cage, préfiguration de l’holocauste à venir ? Rira-t-on? Faut-il brûler au troisième degré ? Le respect de la vie chez l’homme et chez l’animal – le « tu ne tueras point » est  inscrit sur le visage du prochain.

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Mais Dieu a quitté les lieux, horrifié de ce qui va suivre? Fatigué de la lenteur d’écriture de son valet. Soit dit en passant, hasard ou non d’écriture,  le personnage se nomme Herzl, un personnage  réel, qui, motivé par l’affaire Dreyfus en France,  fut le fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897, il est l’auteur de Der Judenstaat – L’État des Juifs. Ce  Schmolo  se retrouve donc seul pour appliquer les commandements divins, offrir l’asile et essayer de sauver du mal,  le méchant visiteur  qui vient lui raconter ses rêves de peintre brisé, son attitude d’enfant gâté  au moi  surdimensionné, et la tentation absolue de la mort comme viatique du pouvoir. 

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La Mort, notre personnage préféré,  apparaît sous les traits de l’excellente interprète  Kim Langlois, fascinante, sans sa  faux, menaçante comme une déesse hindoue,   elle prend ses aises sur  une monture vivante qui rappelle l’attirail du Ku Klux Klan. Oui pour la blondeur trompeuse,  les faux-cils, la bouche noire, la voix puissante la diction parfaite et les intonations bien étudiées. Le rire macabre.   « Und dass hat die Lorelei getan ! ». Le tout s’achève, après un horrible détour par la cuisinière, dans la plus pure tradition de l’humour juif. Sauvés! Rire comme larrons en foire, seule échappatoire. "Ça va ? Oui,  répond-il, sauf quand je ris!"  

Kim Langlois, Dominique Jacques, 
Guillaume Martin et Benoît Servotte

Dominique-Hélène Lemaire, Arts et Lettres

 Le spectacle de juin: mail?url=http%3A%2F%2Fwww.laclarenciere.be%2FSAISON_2018_2019%2Fimages%2FAFFICHES%2FDON-QUICHOTTE_OK.jpg&t=1559329144&ymreqid=7e51cc8f-483b-71a0-1c69-450002013700&sig=c6iMMd2z32WyUTyk0ceeYg--~C

http://www.laclarenciere.be/

L’attente de l’amante absente nous emmène en d’autres lieux, à d’autres moments que ceux de l'Espagne à la puissance déclinante, 
dans des pérégrinations et des anachronismes en harmonie avec l’inépuisable source de folies d' El Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha, dont l'auteur n’aurait certainement rien trouvé à redire à ce genre de procédé et se réjouirait, allez savoir, de voir ses protagonistes en rajouter dans leurs délires. 
L’évasion dans le rêve, pour se dérober à la réalité et aux contingences de notre existence terrestre, tenter de lui donner un sens, n’empêche pas des situations grotesques, triviales ou vulgaires, où l'eschatologie chevauche la scatologie.
L'égarement n'a rien de tragique. On s'amuse au contraire au spectacle. La folie nous conduit au génie, puisque celui-ci n'est jamais très loin de celle-là, à une saine réflexion sur notre société et la vanité de nos courses vers le pouvoir et la gloire, qui n'ont pas plus de sens que ses extravagances...
Un joli nom, Dulcinée. Ce n’est pas banal... On en parle beaucoup, mais peut-on dire que vous l’avez vue. Quatre fois, apparemment. 
Et peut-être s’en est-elle-même pas aperçue... elle nous la joue genre Arlésienne, votre Dulcinée. On l’espère, mais elle ne vient pas. 
C’est bien long, tout ce temps dans l’attente de l’amante absente de Sa Seigneurie errante…..



Tout public : Les mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 juin 2019 à 20h30

P.A.F. : 20 € - étudiant : 15 € - 

Je choisis mon fauteuil et je réserve en 1 clic :

www.laclarenciere.be

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administrateur théâtres

« Anna Bolena »… Ou la somptueuse innocence condamnée par un crime prémédité !

Maxime Melnik, de Anna Bolena

Le samedi 20 avril, 20 heures à l’Opéra des Liège,  se tenait  la fabuleuse dernière de « Anna Bolena », le 29e opéra tragique de Donnizetti.  Brillance, effusions prémonitoires de tendresse,  amour de la liberté, le rideau se lève sur de véritables  ébats amoureux. Un lit royal, à Richmond ?  Les courtisans  piétinent  dans l’antichambre, ne perdant rien du spectacle.  Le cœur volage d’Henry VIII brûle d’un nouvel amour, celui de  Jane Seymour (Giovanna). Un grand malheur attend Anne,  la  reine  d’Angleterre. «  Ne te force pas à la joie, ta tristesse est aussi belle que ton sourire »  se plaint-elle à son fidèle page qui lui  chante sur fond de harpe les joies du premier amour.  Francesca Ascioti, frémissante, juvénile et passionnée interprète joyeusement ce jeune Smeton  si amoureux de la reine.  Celle-ci tient tendrement sur les genoux une petite fille sérieuse : la future Reine Elisabeth I en habits d’apparat dorés, comme ceux des peintures de cour où on la verra plus tard, auguste, souveraine et intouchable.  Anna est sensible aux paroles de Smeton, elle  aussi a eu un premier amour dont les cendres sont encore chaudes… mais, utilisées perfidement par le roi pour confondre la reine, elles enflammeront l’opéra jusqu’au  brasier  final où se consumera  la reine répudiée. Cet unique soir du 20 avril, c’est  Elaine Alvarez  qui, pleine de ressources et de talent  dramatique interprète avec un  feu inimaginable, cette femme au long développement psychologique, accusée d’adultère et de trahison et injustement condamnée à mort et dont  le poids de chaque mot  est émotion incandescente.

Dès les premières scènes, ironie du sort et de l’écriture,  Anne  conseille avec grande sagesse à sa rivale Giovanna de ne pas se laisser abuser par l’éclat du trône et se plaint de la solitude dans laquelle son époux la laisse. L’ardente Sofia Soloviy s’oppose avec fracas à la sagesse de la reine. A la mise en scène fabuleuse, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Liège Wallonie. Et oui toutes les voix sont à la hauteur du festival de costumes rutilants, créés par Fernand Ruiz. Sur le plateau, nous assistons à un défilé ininterrompu de brocards, de soieries, de coiffes, et riches manteaux, dans le palais d’Henry VIII lambrissé de chêne et éclairé par des lustres de Venise à couper le souffle. La scène dans la forêt dans un décor signé Gary McCann pour la première fois sur la scène liégeoise,  est tout aussi évocateur des munificences  des Tudors. Les lambris de chêne  de Richmond ont fait place à l’arbre vivant, le chêne majestueux sous lequel se rend l’imparfaite justice humaine,  sous lequel se réunissent   les  chasseurs princiers et leurs chiens assoiffés de sang… Lord Rochefort, le frère de la reine y rencontre Richard Percy (Riccardo), qu’Heny VIII (Enrico), sûr de la réussite de son complot a rappelé pour confondre celle-ci. Maxime Melnik qui possède  jovialité et élégance d’une voix de ténor lumineuse est le Lord.  Riccardo, l’amoureux pour l’éternité, avec un timbre convainquant au possible, vibrant d’émotion, et des postures irrésistibles,  qui résisterait ? C’est Celso Albelo, le puissant ténor espagnol qui a déjà incarné ce superbe rôle à Vienne et Santa Cruz. 

L’image contient peut-être : 4 personnes

   

 Enrico  a bien sûr  juré à Giovanna, sa nouvelle conquête,  qu’elle n’aura pas de rivale et déteste désormais Anna, cette reine incapable de procréer un héritier mâle ! … Insensée, dupée par l’ambition,  Giovanna rêve, comme Anna en son temps,   du trône et de la  renommée. Quelles vanités !  Anne, convoitait elle aussi  le trône d’Angleterre  elle aussi, lui avait offert  l’amour  en échange. Quelle erreur funeste! Donizetti souligne de toutes parts que l’ambition du pouvoir et des richesses n’apporte que couronnes d’épines…

L’amour a la parole sous les traits du charmant page et de Percy, le premier amour de la reine,  que  le roi  a fait revenir d’exil pour accuser son épouse d’adultère. La présence passionnée de Percy dans les appartements de la reine confirme les soupçons du roi.    Parole au page qui s’est saisit en cachette d’un portrait de la reine en pendentif : « Ne préfères-tu pas un amant qui t’adore qu’un mari cruel qui t’ignore ? » Nul besoin de juges pour Anna, le médaillon l’accuse déjà, c’est elle qui est volage ! Le  sort de la reine est scellé par le roi,  un doigt accusateur absolu. Un  Marko Mimica absolument maître de la situation, maniant le regard, la voix et les postures de façon impériale et inflexible. Est-il sorti vivant du tableau d’après Hans Holbein qui trône au font à gauche dans les salles du palais ?

Maxime Melnik, de Anna Bolena

Lorsque le chœur des femmes pénètre dans le parloir de la tour où est détenue Anne, elles s’exclament « Qui peut garder les yeux secs devant tant d’angoisse ? Et ne pas sentir son cœur se briser ? » Le public ressent la même chose. La reine souhaite  un instant revoir le château de sa naissance qui lui ferait oublier toutes ses épreuves… « Rends- moi un seul jour de notre amour… » La salle émue aux larmes par la vérité absolue  de son interprétation lâche des bravi passionnés. La dramaturgie  elle aussi, est cinglante de vérité. Sous les coups sourds de cloches fatidiques, Anne donne sa couronne à la très  jeune Elisabeth. Dans un long délire vocal  aux merveilleuses coloratures, elle a même pardonné à sa rivale, et prie que ce pardon lui accorde la miséricorde divine. Elaine Alvarez dans cet immense  rôle romantique, « Tu, mia rivale ! », a vraiment raflé tous les suffrages. 

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes debout

https://www.operaliege.be/spectacle/anna-bolena/ 

Une tragédie lyrique où vibrent à la fois l’histoire, l’amour, la trahison, la passion et la virtuosité vocale! Sous la baguette de Giampaolo Bisanti, dans une mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera, avec Olga Peretyatko, Elaine Alvarez, Sofia Soloviy, Celso Albelo, Marko Mimica, Francesca Ascioti, Luciano Montanaro et Maxime Melnik

Anna Bolena (Donizetti) du 9 au 20 avril  à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège 

LIVE WEB sur Culturebox  : le mercredi 17 avril à 20h30

 

Marquez sur vos tablettes, lee prochain rendez-vous à L’Opéra de Liège, où  d'autres merveilles  vous attendent :

« La Clemenza di Tito » de Mozart (15 mai - 24 mai 2019) 

«  I Puritani » de Vincenzo Bellini ( 16 juin - 28 juin 2019)

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administrateur littératures

Mardi 28 mai 2019: les Rencontres Littéraires de l'Espace Art Gallery nous emmènent ce soir en voyage "aux bords des eaux" d'écrivains dont les liens avec l'élément aqueux sont étroits, intimes: symbiose, attachement, aquarelles, décor d'enfance, l'eau aux coeurs...

Cinéaste, metteuse en scène, auteure de courts-métrages, animatrice et formatrice en ateliers d'écriture, écrivaine de "la mise en mots de ce que l'on porte en soi", Frédérique Dolphijn nous conte ce soir "Là où l'eau touche l'âme", histoire née au bord d'une rivière "alors que regardant l'eau qui dévalait, je me disais qu'elle n'était jamais la même". Un roman intense nous relatant les relations et les non dits d'un groupe de femmes qui a choisi de s'isoler dans un chalet afin de vivre la pêche à la mouche.

Auteur de récits et de nouvelles, peintre et enseignant (les mathématiques et les sciences), Michel Van den Bogaerde nous présente quant à lui "La Promenade d'Ostende", un ouvrage littéraire constitué de nouvelles qui en fait forme un tout. Déclaration d'amour, absence, stupéfaction, une voix parlant pour deux, la métrique des pas, le poids des lettres, les traces matérielles du temps écoulé, les frontières du dialogue, "tout ce qu'une vie n'est pas, parce qu'on a pris d'autres routes", les chemins suivis par l'auteur nous surprennent, nous interpellent.

Homme de théâtre, poète, écrivain, chanteur et parolier du groupe musical Géminides, Aurélien Dony a choisi de nous toucher avec "Le Coeur en Lesse"; Dinant, ses Copères, sa Collégiale, sa citadelle et les alentours nous sont racontés au travers d'un recueil-hommage aux arbres, aux oiseaux, aux amis... L'enfance d'un côté (Anseremme), l'adolescence de l'autre (Dinant),et une infinité d'aventures apparemment banales qui ont façonné son coeur...

Jovial et d'une belle spontanéité, Michel Van den Bogaerde nous explique qu'en fait tout est dit avec le premier récit. Le présent, les souvenirs, de singuliers fantasmes, des méditations à l'aspect arithmétique parcourent ce récit d'un amour manqué, non exprimé mais imprégné d'une poésie qui touche le coeur et l'âme. Son oeuvre est parfaitement construite bien que largement élaguée par son concepteur; s'y glisse notamment une interrogation sur l'art. Un questionnement à découvrir.

Expressive et d'une grande aisance, Frédérique Dolphijn place la rivière au coeur de son histoire: elle traverse ce roman à la fois poétique et polyphonique construit en trois journées, de nombreuses femmes émaillant son récit telles que Olivia, la leader, une ambitieuse, Georgia l'artisane, femme plus effacée mais généreuse, Fanny et bien d'autres, un drame se préparant, que le lecteur ne manquera pas de percevoir. Au départ cela aurait dû être un long métrage, un chat mort jouant également un rôle non négligeable dans le roman où se côtoient pour le meilleur narration, descriptions et dialogues, le tout imprégné ici aussi de poésie et les distances prises par rapport aux personnages sont variables.

Volubile et souriant, souvent direct, Aurélien Dony nous offre un recueil de nouvelles d'une grande sensibilité, la question de l'intégration abordée, de purs instantanés d'existence le parcourant. Auteur "de la nature", Aurélien Dony nous plonge au coeur de l'identité wallonne, amitié et transmission faisant notamment partie des mots-clés de son ouvrage. Le tragique est présent, les paramètres sociaux en cause. Animateur des Rencontres Littéraires, Gérard Adam, pensif, nous évoque subitement sa première rencontre avec l'auteur, lorsque celui-ci n'avait que 22 ans, à Namur lors d'un Salon de Poésie. Un singulier souvenir.

Souvent, au cours de ces Soirées à l'Espace Art Gallery, les souvenirs font ou refont surface, surgissant des eaux vives et profondes des auteurs en présentation, des eaux point dormantes. Du choc des idées jaillit inéluctablement la mémoire du passé, du vécu.

Et, en conclusion, il nous faut absolument mentionner l'implication et l'investissement indéniable de Nicolas Coeck, comédien, qui, chaque mois, nous lit au moins deux extraits de chaque livre présenté, installé à la même table et non loin des écrivains. Une soirée inspirante? Aux eaux de vie!

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administrateur théâtres

SPECTACLES 

Prenons un malin plaisir : la saison 18-19 au Public porte bien son nom : Corps et Âmes. Et de nom, il est beaucoup question au cours de cette pièce écrite par Anne Sylvain, dont le déchaînement dramatique ne peut laisser personne indifférent. La plume ardente et inventive d’Anne Sylvain pratique une véritable amplification poétique et dramatique de l’histoire d’« Elephant Man », qui n’aurait nécessité que deux comédiens en scène, Frederick Treves, le docteur et Joseph Merrick, la créature humaine particulièrement repoussante, utilisée à l’époque comme phénomène de foire et surnommée « Elephant man ».


Autour de cet être humain,  » I am not an animal, I am a human being » qui vécut sous le règne de la reine Victoria apparaît un quatuor de femmes hors pair. L’auteur fait appel aux grands formats de la scène féminine belge : Bénédicte Chabot, (Les filles aux mains jaunes, Les poissons vert pâle) pour Amélia, la prostituée ; Ariane Rousseau ( Le trio TIBIDI, « le rêve d’Ariane ou l’histoire d’un quatuor à cordes » avec le Qatuor ALFAMA) pour Ellen Terry l’actrice ; Jo Deseure (Tu te souviendras de moi) en Reine Victoria, enfin humaine. Anne Sylvain s’est réservé le privilège du rôle extraordinaire de l’infirmière, tout ce qu’il y a de plus rugueux et rébarbatif, à première vue. Il est clair qu’un regard strictement féminin, décliné en quatre approches différentes, toutes très vraisemblables, ajoute à l’histoire leur pesant d’or. La présence utile et esthétique de la musique de Pascal Charpentier fait le reste.

Un chef-d’œuvre. David Lynch avait porté à l’écran en 1980, sous les traits de John Hurt et d’Anthony Hopkins les mémoires du médecin britannique Frederick Treves intéressé pour ses recherches scientifiques par le célèbre cas de Joseph Merrick, un personnage affligé de difformités spectaculaires que d’aucuns n’hésitaient pas à confondre avec Jack l’éventreur.

Très finement, Anne Sylvain souligne d’emblée combien le nom d’une personne est important pour lui donner existence et dignité. Jusqu’à la fin de la pièce, le médecin s’avère incapable d’appeler son patient par son vrai prénom. Il tombe à tous les coups dans le « John » au lieu de Joseph. (John Doe, pendant de « Jane Doe » dans le monde anglo-saxon dénote quelqu’un d’anonyme ou qui a perdu son identité : NN Nomen Nescio, dans la culture latine.) Machin, quoi, ou …Chose!

Au début du spectacle, le chirurgien Itzik Elbaz, éblouissant et sincère, seul en scène, s’interroge et interroge le monde soulevant des questions essentielles. On ignore encore la présence de Joseph Merrick incarné par le tout aussi fabuleux Othmane Moumen. « Dans l’Angleterre victorienne », la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. Les miroirs se suivront et ne se ressembleront pas. Mais Anne Sylvain nous en tend des dizaines, histoire de nous faire réfléchir à coup de tirades percutantes bourrées d’humour aux grandes questions telles que la place de l’autre, le droit à la différence, l’eugénisme, les limites de la recherche, les apparences si trompeuses, la rumeur, la solitude du pouvoir, le colonialisme, l’appât du gain, la gloire … Et pourtant malgré le sérieux des questions abordées, on ne cesse de rire. Un rire homérique ? Certes non, Dieu nous garde de rire aux éclats comme les dieux dans le premier livre de l’Iliade en voyant la démarche boiteuse de Vulcain… Un rire de connivence, chaleureux et irrésistible, à cause du jeu irréprochable des comédiens et d’ un texte si bien écrit, une intrigue menée avec tant d’ élégance de cœur et d’esprit…Passons sous silence, les références à nos auteurs favoris, Hugo et Shakespeare, de délicieuses billes, pétillantes d’à-propos.

Ce sont très souvent les comportements de chaque personnage qui en disent plus que leurs discours. Ce décalage engendre un rire à la fois jouissif et immensément philosophique. Le personnage d’Elephant Man s’avère être lui-même le miroir de la conscience de chacun où n’existe plus que vérité sans faux-fuyants.


Anne Sylvain déploie son pamphlet très habilement. Si le médecin prétend vouloir comprendre la pathologie pour l’intérêt de la science, son jeu scénique, démontre tout le contraire, c’est son ego et son intérêt personnel qui sont principalement en jeu, même sous des dehors de bon samaritain. Anne Sylvain joue admirablement bien l’assistante, Eva Lückes, infirmière revêche au possible au début du spectacle, qui fera tout pour comprendre, non seulement la pathologie de Joseph, mais surtout son âme. En effet, à force de soins au patient interné à vie dans l’hôpital, elle crée avec lui une relation basée sur l’empathie, réprouvée par le médecin. Son rôle évolue de façon remarquable. C’est elle qui se plait à faire remarquer jusqu’au bout au bon docteur, qu’il se trompe de nom. 
Le dénonceur dénoncé : « Ton éthique est-elle plus honorable que la mienne, charlatan ? » Le médecin a toutes les apparences du beau rôle, c’est lui qui va sauver celui que tous montrent du doigt, il va l’accueillir, l’abriter, le nourrir. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il va lui aussi l’utiliser «  comme cobaye au profit des êtres sains » tout comme celui à qui il l’avait arraché, Mr. Norman le montreur de foire. Rôle joué avec une énergie de feu par Yves Classens . Il réclame à cor et à cris de récupérer son « outil de travail  », son « trésor » mais Joseph Merrick, ne sera pas dupe ! CarJoseph écoute et entend entend la musique du monde, il a un violon à la place du cœur.

Un spectacle qui a du corps et combien d’âme. En allant voir cette pièce au si beau texte, et si magnifiquement interprétée, on reçoit un talisman contre les injustices du monde, à moins que tout ne vienne de la statuette en bois de santal nommée Ganesch, protecteur des médecins, offerte par la Reine Victoria à son ami, Joseph Merrick dont le squelette a été conservé à L’hôpital de médecine de Londres depuis 1890, date de sa mort.

Dominique-Hélène Lemaire

Comédie dramatique

THE ELEPHANT MAN

De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain

Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste 
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Chandra Vellut
Assistante costumes : Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses : Bloody Mary’s
Maquillage : Patricia Timmermans 
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet
Construction du décor : Jani Afar 
Régie : Rémy Brans  

DU 09/05/19 AU 22/06/19

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SPLEEN...

C'est la saison des au revoir...

Quand s'allonge la liste des deuils

On en a contourné des écueils

En s'accrochant à ses espoirs!

On en a planté des sourires

Avec un cœur tout en lambeaux

On voulait tellement croire au beau

Qu'on en oubliait les soupirs!

Alors ces larmes au bord des yeux

Il ne faut pas s'en étonner

C'est juste qu'on est si fatigué

D'avoir dû dire bien trop d'adieu!

J.G.

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12273305890?profile=originalMaría Izquierdo

Ma tante, un petit ami et moi *1

Huile sur toile, 1942

 

      Jouissant d’une immense aura depuis le succès du film éponyme qui lui fut dédié (Frida de Julie Taymor, 2002), qui fit suite au livre de Hayden Herrera, Frida Kahlo est devenue une icône internationale, une figure de proue du féminisme, qui malheureusement éclipse ses contemporaines mexicaines. J’ai pu le constater lors de la dernière exposition consacrée aux artistes mexicains (Los Modernos, au Musée des Beaux-Arts de Lyon du 2 décembre 2017 au 5 mars 2018) où une foule se massait devant les quelques œuvres de sa main, délaissant, ou presque, les autres artistes accroché(e)s aux cimaises.

Mais foin de polémique, j’ai voulu rendre ici un petit hommage aux autres femmes peintres du Mexique.

Place donc à…

 

12273307056?profile=originalMaría Izquierdo

Autoportrait, 1946

 

María Izquierdo (San Juan de los Lagos, 1902-Mexico, 1955) :

Artiste essentiellement autodidacte, comme le Douanier Rousseau qui fantasma le Mexique dans ses toiles et ses rêves d’exotisme naïfs. Compagne du peintre Rufino Tamayo (1899-1991), proche de Wolfgang Paalen et des surréalistes, elle milita au sein de la Ligue des écrivains et artistes révolutionnaires. Ce qui n’empêcha pas, en 1945, le trio Rivera, Siqueiros, Orozco d’opposer leur veto à une commande de fresque à María Izquierdo. Macho un poco, no ?

En tout état de cause, si les « Trois Grands » se montrèrent bien petits, nos conspirateurs d’opérette l’évincèrent. En art comme en littérature point n’est besoin de généraux de pronunciamientos.

 

12273307270?profile=originalMaría Izquierdo

Calvaire

Aquarelle, 1933

 

Olga Costa (Leipzig, 1913- Guanajuato, 1993) :

Peintre d’origine allemande, née Olga Kostakowsky Falvisant, elle s’activa à promouvoir les arts plastiques mexicains dont elle fut l’« ange blanc » selon Carlos Mérida.

  12273306698?profile=originalOlga Costa

Autoportrait

Huile sur toile, 1947

 

Rosa Rolanda (Azusa, Californie, 1898- Mexico, 1970) :

Peintre, photographe, danseuse et chorégraphe d’origine américaine, née Rosemonde Cowan, elle côtoya notamment Frida Kahlo et Diego Rivera.

 

12273307671?profile=originalRosa Rolanda

Autoportrait

Huile sur toile, 1952

Maria del Carmen Mondragόn Valseca (Tucabaya, 1893- Mexico, 1978), dite Nahui Olin :

Peintre et poète, elle fut la compagne de Gerardo Murillo, dit Dr. Atl (le signe de l’eau dans l’astrologie aztèque), qui lui donna le pseudonyme de Nahui Olin, en référence au nom nahuatl d’une fleur*2. Libre et sauvage beauté. 

 12273307486?profile=originalDr. Atl (Guadalajara, 1875-Mexico, 1964)

Nahui Olin : portrait futuriste

Pastel et huile, ca 1921

« Il faut te parer de tes fleurs,

la fleur de spatule rouge divine

à l’éclat de soleil,

la fleur de corbeau.

Avec elles couvrons-nous, sur la terre,

ici-bas, seulement ici-bas. »

Chants de Nezahualcόyotl (1402-1472),

traduits du nahuatl par Georges Baudot.

 

Alice Rahon (Chenecey-Buillon, Doubs, 1904-Mexico, 1987) :

D’origine française, mariée au peintre Wolfgang Paalen (1905-1959), elle fit partie du groupe surréaliste. Marquée dans ses chairs comme Frida Kahlo, gagna le Mexique à l’invitation de cette dernière, pays qu’elle ne quittera plus.

 

12273308463?profile=originalAlice Rahon

Autoportrait et autobiographie

 Huile et sable sur toile, 1948

 

12273309261?profile=originalWolfgang Paalen

Vienne (Autriche), 1905-Taxco (Mexique), 1959

Grand enfumage (Orphée)

Enfumage  et huile, ca 1935

Né à Vienne en 1905, Wolfgang Paalen adhéra au surréalisme en 1935. Il initia le procédé « automatique » du « fumage » (comme le sont le « cadavre exquis », grattage, frottage, collage, décollage…). Il s’établit au Mexique en 1939 où il décédera vingt ans plus tard. Il y travailla avec des artistes locaux comme le peintre et caricaturiste Miguel Covarrubias (1904-1957).

 

A suivre avec Lilia, Leonora, Remedios…

Première partie consacrée à Frida Kahlo au lien suivant :

 https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-1-re-partie-frida-kahlo?xg_source=activity

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

*1 Toile que l’on pourra rapprocher de celle de Frida Kahlo, réalisée en 1936, « Mes grands-parents, mes parents et moi (arbre généalogique) » exposée au MoMA de New York.

*2 Ollin, c’est aussi le mouvement cosmique du Soleil et de la Lune. Nahui Ollin représente les « quatre courses du Soleil », notion qui correspond à la perception cosmogonique des mythes fondateurs dans les cultures préhispaniques. Au commencement du monde il y avait Ometeolt (dieu-deux), puis quatre soleils (jaguar, vent, pluie, eau) se succédèrent…

Lors du quatrième cycle, Nahui Atl (quatre-eau, ou Atonatiuh, soleil d’eau), un homme et une femme sortirent indemnes du déluge mais, ayant désobéis à Tezcatlipoca (« miroir fumant », divinité primordiale), ils furent métamorphosés en chiens.

Nahui Ollin serait en fait le cinquième soleil, un nouvel âge qui verrait s’effondrer le monde dans de violents séismes…

Remarquons que ces quatre soleils nous renvoient aux quatre ères géologiques. L’ère quaternaire, dernière division du Cénozoïque, se serait terminée. Nous serions entré dans l’Anthropocène… le temps où l’homme, nouvelle force tellurique, est devenu capable de bouleverser la biosphère.  

Notons encore que la fleur nahui olin est à quatre (nahui) pétales. Fleur que l’on retrouve stylisée sur le manteau de Notre-Dame de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique. La Vierge Marie serait apparue le 9 décembre 1531 (fêtée le 12 décembre, date de la quatrième et dernière apparition) à Juan Diego Cuauhtlatoatzin, qui sera le premier chrétien amérindien canonisé. Prélude à l’indépendance le père Miguel Hidalgo lance son « cri de Dolorès » le 15 septembre 1810 : « Vive la Vierge de Guadalupe ! » fédérant ses partisans. Plus tard les troupes zapatistes la brandiront en étendard. 

CQFD, dieux et deux font quatre, merci.

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12273300852?profile=originalFrida Kahlo

Les deux Frida, 1939

Corps corseté, âme libre d’oiseau blessé, Frida

« dont les visions sont à la fois précises et hallucinantes. »,

   Octavio Paz

 

      On dépeint volontiers le Mexicain comme macho, il en serait même le stéréotype. Et l’on n’a pas nécessairement tort, ne serait-ce qu’en pensant au comportement de Diego Rivera à l’égard de sa compagne, Frida Kahlo. Pourtant sous le soleil du Mexique, des femmes se sont épanouies et ont montré un talent singulier, dans leurs toiles aussi bien que dans leurs photographies. Ainsi, à leur manière, elles ont marqué leur siècle et leur pays. Ce que nous allons montrer ici.

 

12273301455?profile=originalAutoportrait

Huile sur métal, 28/07/1938

 

A commencer par Frida Kahlo (Coyoacán, 1907-1954), Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderόn pour l’état civil, née d’un père allemand et d’une mère mexicaine.

« Un ruban autour d’une bombe », selon le mot d’André Breton, poupée désarticulée à la Hans Bellmer. 

 

12273302256?profile=originalThe frame-Autoportrait

 Huile sur aluminium sous verre, 1938

 

      On ne la présente plus depuis l’immense succès international du biopic Frida de Julie Taymor en 2002, la poliomyélite qui la diminue, son accident de bus en 1925, sa rencontre avec Diego Rivera (1886-1957), leurs amours, leurs amis (Trotski, Breton… Quoique, concernant ce dernier, Frida soit plus réservée : « El seňor Breton se prend trop au sérieux. »), ses emmerdes… Aussi faisons place à sa peinture.

Il faut admettre qu’elle s’est beaucoup représentée, de sa mise au monde à sa mise en tombe, femme brisée au miroir.

 

12273302488?profile=originalAutoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis

Huile sur métal, 1932

Carmen Rivera depuis son mariage avec Diego Rivera en 1929.

Ecartelée entre racines et modernité.

Fumée des usines Ford à Detroit élevées au dieu-argent,

pyramides du Soleil et de la Lune aux dieux de son pays où la nature est reine.

Organisation scientifique du travail et créativité spontanée.

Prospérité et froideur des gringos, pauvreté et chaleur des compañeros.

La nostalgie gagnait…

 

Sans cesse elle s’interroge, elle ou son image, sa confidente, sa déchirure,

cet abîme à sonder, toujours entre deux amours, deux civilisations, dis-moi

« Où pourrais-je diriger mon regard ? Si immense, si profond ! »

 

12273302879?profile=originalPortrait aux cheveux coupés

Huile sur toile, 1940

A quoi tient l’amour ou la considération ?...

« Regarde, si je t’ai aimé, ce fut pour ta chevelure,

Maintenant que tu es tondue, je ne t’aime plus. »

lit-on en bandeau (en-haut, absent de ma photo).

Une émancipation que démentira la Libération…

Frida, l’eau et le feu, l’Ange et la Mort, yin et yang.

Ou plutôt Ollin, le protecteur du jour,

et son pendant, Xolotl*, l’Etoile du Soir,

l’incarnation même de son pays et de sa dualité.

 

      Souvent qualifiée de surréaliste car, comme disait Magritte, « Est surréaliste ce qui paraît convenir à Breton. » Elle, tempérament plus orageux, le traita plus simplement d’ « hijo de p… » Respectueuse, certes, mais franche et directe la pétroleuse épistolière, c’est dire si ses relations pouvaient être compliquées. Langage fleuri qui contraste avec celle qui signait parfois Xochitl, première femme mortelle apparue sur terre dans la mythologie aztèque (ou Xochiquetzal, « belle fleur », déesse de l’amour et de la beauté entourée de papillons et d’oiseaux. Et Frida s’y connaissait en noms d’oiseaux, comme un vrai pistolero).

Alors surréaliste ou pas, quoi qu’il en soit elle est plus dans la recherche de sa vérité, à reconstruire le puzzle de sa vie, ou l’autoanalyse de sa réalité si l’on veut, que dans le songe ou l’illusion. Sa lucidité est sa liberté.

      Abrupte peut-être Frida quand elle méprisait les surréalistes, un cénacle d’intellectuels rabougris, prenant maîtresses ou souvent mariés à des artistes de premier plan (Dorothea Tanning et Max Ernst, Remedios Varo et Benjamin Péret, Greta Knutson et Tristan Tzara, Kay Sage et Yves Tanguy, Leonora Carrington…), qui, tout en célébrant leur beauté, les cantonnaient dans un rôle de muse, de faire-valoir, obscurs objets du désir. Critiques serviles et beaux-esprits virils souvent les mésestimèrent, reléguant leurs œuvres au rang de simples curiosités. On vénère les uns, premiers de cordée, on ignore leurs moitiés, grillons du foyer.

      Elle leur reprocha également leur manque de vision politique ou leur passivité à l’heure de la montée du fascisme. Oisifs discourant sans fin, vanité et mots oiseux.

      Certes dans l’antilogie, Frida ferma souvent les yeux sur les égarements de son muraliste réaliste et rigoriste, quand il n’était pas volage, de mari. Et fut même généralement suiviste (Diego est exclu du Parti communiste mexicain en 1929, elle rompt dans la foulée), voire récidiviste (elle divorce de Diego en décembre 1938, elle se remarie deux ans plus tard avec lui). Toujours ils se rabibocheront. Le cœur a ses raisons.

Surréaliste ou pas, en tout cas son œuvre ne se résume pas à cela. L’artiste est complexe et tourmentée, force obscure aux tonalités flamboyantes.

 

12273303863?profile=originalVue de Central Park

Crayon et aquarelle, 1932

De 1930 à 1933, Frida séjourne aux Etats-Unis avec son mari. Elle souhaite ardemment être mère mais ne connait que des fausses couches.


12273304073?profile=originalSans espoir

Huile sur masonite, 1945

(museo Dolores Olmedo, photo captée sur le net)

Soleil et Lune, impossible rendez-vous…

 

12273303690?profile=originalEnfant tehucana, Lucha Maria

ou Soleil et Lune

Huile sur masonite, 1942

L’antique cité de Teotihuacán abrita jusqu’à 200 000 âmes au VIIe siècle.

Elle est dominée par la pyramide du Soleil (la 3e au monde par sa taille)

et la pyramide de la Lune que relie entre elles la chaussée des Morts.

Les nuages s’accumulaient, le temps des sacrifices était revenu, les dieux de la guerre l’exigeaient si l’on voulait que le soleil brille encore.  

Toujours dans l’action politique Frida, pourtant militante de la paix (elle signe parfois Frieda, de l’allemand frieden, paix), souhaite que son pays s’engage face à l’emprise étouffante des forces de l’Axe. Le 2 juin 1942, le Mexique rejoindra les Alliés contre l’Allemagne nazie (les Etats-Unis étant entrés en guerre le 8 décembre 1941, au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor).

L’enfant alors pourra peut-être paraître apaisée.

 

La lune est araignée d’argent

qui tisse sa toile

dans la rivière qui la révèle

José Juan Tablada (1871-1945)

 

12273304498?profile=originalNature morte avec perruche et drapeau

Huile sur masonite (détail), 1951

 

      Rien de tout cela, peut-être, sans quelques autres femmes d’influence qui soutinrent les jeunes pousses prometteuses de la nation. Ainsi Dolores Olmedo qui collectionna activement les œuvres de Rivera et de Kahlo pour les offrir au peuple mexicain dans sa fondation. Ou María Asúnsolo, muse et mécène, déjà remarquée pour ses deux portraits réalisés par David Alfaro Siqueiros (https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/david-alfaro-siqueiros-los-tres-grandes-4e-partie), que l’on dévoile ici sous le pinceau du peintre brésilien Emiliano Augusto Cavalcanti de Albuquerque e Melo dit Di Cavalcanti (1897-1976).

 

12273305293?profile=originalEmiliano di Cavalcanti

Rio de Janeiro, 1897-1976

Portrait de María Asúnsolo

(huile sur toile, 1942)

 

A suivre… María, Olga, Rosa et quelques autres…

 

12273305486?profile=originalFrancisco Zúňiga Chavarria

Snan José, Costa Rica, 1912-Tlalpan, Mexique, 1998

Groupe de femmes

(bronze, 1974)

 

Michel Lansardière (texte et photos)

 

* Xolotl était le jumeau de Quetzalcóatl, le Serpent à Plumes, le dieu de l’intelligence de la mythologie aztèque. Diego Rivera a représenté Frida Kahlo au centre de sa fresque Songe d’un dimanche après-midi à l’Alameda (4,8 x 15m, 1948) tenant le symbole du yin et du yang au côté de la Mort avec un médaillon de ceinturon orné du glyphe Ollin le tenant lui enfant par la main droite et bras dessus bras dessous avec José Gualalupe Posada (1852-1913), surtout connu comme graveur et précurseur d’un art populaire proprement mexicain. La mort, aboutissement et complément de la vie, arbore aussi autour du cou un serpent à plumes comme la Grande Zoa portait le boa. Tandis que Frida, légèrement en retrait, veille sur Diego. Voir aussi Nahui Ollin au deuxième volet consacré aux femmes peintres mexicaines…

12273306468?profile=originalL’étreinte amoureuse de l’univers

La terre, Moi, Diego et Monsieur Xolotl, 1949

Xolotl, dieu cynocéphale passeur du soleil et des morts dans l’inframonde,

associé aux jumeaux, c’était aussi le nom du chien de Frida.

(photo captée sur le net)

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