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My Fair Lady à Bruxelles
Auriez-vous eu par hasard vent de l’exposition sur la vie d’Audrey Hepburn, « Intimate Audrey »* , créée cette année à Bruxelles par son fils Sean Hepburn Ferrer, pour fêter les 90 ans de sa mère, dans la ville natale de l’artiste ? Celle-ci se tient depuis le 1er mai et jusqu’au 25 août 2019 dans l’Espace Vanderborght. Sielle est passée inaperçue et qu’elle ne vous a pas particulièrement fait dresser l’oreille, voici pour l’artiste comme pour nous, un merveilleux cadeau.
Il est offert par le festival « Bruxellons » qui propose un « My Fair lady » éblouissant, vigoureux comme aux premières heures, débordant de verve et de bienveillance. Une splendide façon de fêter les 20 ans du festival ! Sous la direction artistique de Daniel Hanssens qui s’est saisi du sujet des charmes de la phonétique anglaise et de la fable sociale, ce cadeau vous attend au château du Karreveld à Molenbeek, dans une version de comédie musicale bruxelloise inédite, peaufinée et impeccable.

La mise en scène est de Jack Cooper et Simon Paco. C’est un spectacle de haut niveau qui plaira au beau monde comme aux chats de gouttière. Tout y est beau et soigné : les décors, les costumes, la scénographie, les ensembles, les chorégraphies, le chant, et bien sûr la phonétique : irréprochable! Même transposée en français !
L’histoire
Qui ne se souvient donc pas des remarquables talents d’actrice d’Audrey Hepburn en 1964 et de sa présence hypnotique à l’écran, dans cette comédie musicale unique en son genre, même si pour les chansons, sa voix avait été doublée ? Elle sera à jamais associée au personnage d’Eliza Doolittle en interprétant le parcours fabuleux de l’insolente jeune vendeuse de violettes à l’accent cockney épouvantable, qui guettait quelques sous auprès de grands bourgeois au sortir de l’Opéra… dans le très pittoresque Covent Garden du début du XXe siècle. Incroyable coup du sort, Le colonel Pickering lui achète une fleur et son ami distingué phonéticien se prend au jeu de vouloir faire passer la gueuse pour une duchesse grâce à la qualité de ses manières et de son langage.
L’origine du spectacle
Georges Bernard Shaw avait commencé à écrire sa pièce « Pygmalion » au printemps 1912. La pièce fut jouée la première fois en 1913 en allemand, en Autriche, avant d’atteindre les feux de la rampe à Londres un an plus tard. Mais, toute sa vie, jusqu’en 1950, date de sa mort, Georges Bernard Shaw refusa que l’on adaptât sa pièce « Pygmalion » en opérette, repoussa tout essai d’adaptation cinématographique, hormis celle de 1938 avec Gabriel Pascal, où il conserva une supervision constante de l’adaptation. Penguin is Penguin (books) of course, le texte c’est le texte ! Librement inspiré du mythe grec de Pygmalion et de Galatée (popularisé par le poète romain Ovide dans ses Métamorphoses), « Pygmalion » et « My fair Lady » partagent beaucoup de points communs avec la satire sociale de Shakespeare, « The Taming of the Shrew », dans laquelle un homme brutal apparemment (mais pas tout à fait) se mesure à une femme à l’esprit libre. Si bien que Georges Bernard Shaw se disputa avec les metteurs en scène qui osèrent à maintes reprises vouloir donner une fin romanesque à l’histoire en l’ouvrant sur le mariage du Professeur Higgins et de sa protégée.
Foin des romances à deux balles
Si la jeune femme s’est construite grâce au professeur, l’admire sincèrement, et a vécu une relation unique avec lui, elle est devenue une autre personne et s’affranchit totalement de son influence. Shaw tient en effet à dénoncer la société anglaise où les femmes se laissaient soumettre. Si les femmes de plus de 30 ans peuvent voter en Angleterre dès 1918, Il faut attendre la loi de 1928 qui donna le droit de vote aux femmes à 21 ans quel que soit leur état de fortune. Vote For Women! La mise en scène n’a pas raté l’occasion de le souligner !
Les textes
Cette version bruxelloise francophone** de la comédie musicale est fidèle aux textes et à l’époque. Quel bonheur ! La libre traduction de Stéphane Laporte est d’une grande saveur et d’une belle empathie littéraire. La musicalité de la langue anglaise a trouvé des échos francophones pleins de charme et de vivacité. Cette adaptation soignée sous la direction d’Olivier Moerens donne une performance remarquablement aiguisée du flegme anglais, incarné par le très rusé professeur Henry Higgins dont l’excellent Frank Vincent tire une interprétation très juste. Le personnage est archi plein de lui-même, archi fier de sa condition de « vieux célibataire confirmé », psychologiquement à côté de ses satanées pantoufles en matière de sentiments, inconscient du mal qu’il fait, mais étrangement sympathique.
Sous les étoiles
L’humour pétille sous les étoiles dans la cour du château du Karreveld. Les petites gens sont aussi bien campées dans le verbe, que les habitués d’Ascott. Décernons aussi de multiples médailles pour les fabuleux costumes signés Béatrice Guilleaume et la scénographie de Francesco Deleo, les divines coiffures d’Olivier Amerlinck, les maquillages et perruques de Véronique Lacroix. Aux chorégraphies Kylian Campbell, aux lumières Laurent Kaye. A la direction musicale de l’orchestre, des solistes et des chœurs, la pétulante Laure Campion assistée parJulie Delbart. L’image est retransmise sur des écrans discrets pour ceux qui s’intéressent à la magie de la baguette. Un orchestre live de 12 musiciens joue en effet dans la Chapelle du Château, respect aux instruments… mais ils viendront saluer le public qui trépigne de bonheur.

Les voix
La vigoureuse gouvernante du Professeur Higgins, Mrs. Pearce, a de l’ascendant. Elle lui rappelle « qu’on ne ramasse pas une fille comme on ramasse un galet sur la plage !» Elle est une voix de la raison. Elle représente la voix traditionnelle, maternelle, de la classe « inférieure ». Elle se rapproche rapidement d’Eliza qu’elle entend protéger… Un rôle à la mesure de Laure Godisiabois au mieux de sa forme.
Mme Higgins, la mère du professeur représente aussi la voix de la raison. Elle est jouée par Jeanine Godinas, royale. Emouvante, et sensible lorsqu’elle se prend d’amitié pour Eliza. Comme dans sa jeunesse, elle est féministe en diable et finalement insensible aux peines de cœur de son fils qui n’a toujours pas grandi malgré ses exploits linguistiques!
La troisième voix de la raison est bien sûr celle de Mr. Pickering (François Langlois), subtilement paternel, nanti de cette bienveillance qui lui fait traiter la bouquetière comme une duchesse, contrairement à son ami Henry Higgins !
Et puis il y a la voix du coeur, celle du « love at first sight », sublimement « love me tender ! » : Samuel Soulie dans le rôle de Freddy. Eliza succombera-t-elle ? Elle demande à voir…
Le rôle-titre
Eliza Doolittle, affligée d’un parler populaire à couper au couteau, d’une phonétique branlante, d’une grammaire inexistante et d’un vocabulaire de charretier, succombe à la promesse condescendante du rusé linguiste, rêvant d’élévation sociale. Il parie que son entraînement intensif à la grammaire, style et élocution transformeront Eliza en objet désirable – l’œuvre dont il tombe en fait amoureux- employable, une fois l’expérience réussie, pourquoi pas dans un magasin de fleurs avec pignon sur rue ? Mais le pari gagné, Eliza Doolittle se retrouve seule. Elle se rebiffe et s’en va en claquant la porte. Bel exemple d’expérience sociolinguistique réussie, elle est dans une position délicate. Que va-t-elle devenir ? Comment subvenir à ses besoins avec le genre de compétences qui lui ont été données ? Elle est devenue « autre ». Il n’y a pas que la main de l’homme qui fasse mûrir le fruit ! L’interprétation irréprochable de l’artiste française Marina Pangos est empreinte d’humanité profonde. Elle fait rire, elle fait pleurer, elle fait réfléchir, se poser des questions. Fera-t-elle fléchir la misogynie universelle ? Ce rôle central est un catalyseur d’interrogations. Le maintien est celui d’une reine. Le jeu est sûr, la voix est belle, la métamorphose sublime, le résultat de la performance admirable : une force théâtrale et musicale surprenantes. Pourtant, à vrai dire, l’intrigue était finalement bien mince!
Mais pas que

Le père de la jeune femme a aussi bien des choses à nous dire et à partager. La vis comica de l’éboueur Doolittle (Daniel Hanssens) emporte par sa faconde et sa jovialité. Les petits ont autant d’arrangements que les grands bourgeois. A ses dépens, le très philosophe Monsieur Alfred Doolittle pleure la perte de sa liberté envolée, une fois contaminé par l’argent reçu d’un improbable héritage et dont il ne saurait se départir ! Le voilà obligé de vivre pour les autres au lieu de ne vivre que pour lui-même ! Mais malgré les coups de griffes à la bourgeoisie bien établie, la bonne humeur reste. C'est le plus bel héritage de ce spectacle hors pairs, fable vivifiante et festive.
Dominique-Hélène Lemaire Arts et Lettres
crédit photos: Gregory Navarra
My Fair Lady
De Lerner & Loewe
MISE EN SCÈNE: JACK COOPER ET SIMON PACO – UNE COPRODUCTION DE BULLES PRODUCTION, COOPER PRODUCTION ET LA COMÉDIE DE BRUXELLES –
25 REPRÉSENTATIONS DU 11 JUILLET AU 7 SEPTEMBRE 2019
La vie ce n'est pas assez
Et c'est tellement trop parfois!
Entre présent et passé
Le futur fait-il la loi?
La question est insoluble
Car elle dépend du hasard
et qu'importe qu'on l'affuble
Des fantasmes les plus bizarres!
Si nous n'étions que jouets
Aux mains d'un Dieu tout puissant
Nous n'aurions plus comme projet
Que de nous fondre dans le temps!
Ce goût pour la liberté
Qui fait partie de nos gènes
S'il nous a été donné...
Il doit en valoir la peine?
J.G.
Ce 25 juin, la chaleur quasi caniculaire n' a pas empêché la nouvelle Rencontre littéraire de se dérouler comme prévu en les murs de l'Espace Art Gallery qui exceptionnellement avait baissé son volet pour éviter que l'assistance ne "rôtisse" au cours de la soirée, thème du jour: "Ici, là-bas, ailleurs" d'après le beau titre d'un roman de Anne Philippe comme nous l'a longuement expliqué en introduction Gérard Adam, l'animateur des Rencontres littéraires, les lectures d'extraits des ouvrages présentés étant assurées ce soir par Nicolas Coeck, artiste et comédien.
Auteur de pièces, de poèmes, de nouvelles et de scénarios de courts-métrages, de bandes dessinées et de romans, animant aussi des ateliers d'écriture, Michaël Lambert nous a présentés "Buiten", roman dans lequel un licenciement vécu tel une ultime libération devient le point de départ de tous les possibles: le narrateur, son épouse et sa fille deviennent des migrants qui ont choisi de descendre vers le sud. Le roman d'une rencontre improbable, bouleversant d'émotion, où pétillent joie et vitalité.
Historien, archiviste, professeur diplômé de l'ULB, directeur général adjoint au ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles et auteur d'articles touchant à l'histoire du vingtième siècle, Jean-François Füeg nous a quant à lui fait découvrir "Les oreilles des éléphants", un récit non chronologique de moments de vie, d'une belle fluidité, tournant autour d'une famille "parfaite". De la tendre enfance jusqu'à l'homme d'âge mûr à la mort de la mère.
Chanter-auteur-compositeur à la voix envoûtante, initié aux arts traditionnels et au chant afro-soul-pop et hip-hop, également la danse dans la peau, Zam "Martino" Ebale nous a parlé de son côté de "Zam" qui est le récit de sa propre vie: descendant de lépreux et d'une danseuse traditionnelle, reconnu au Cameroun et engagé dans l'insertion sociale des jeunes défavorisés, Zam s'est exilé, fuyant la loi homophobe de son pays d'origine, le bouddhisme lui ayant permis de transcender la souffrance.
Un roman, un recueil de souvenirs, un récit de vie.
D'une voix claire et distincte, Michaël Lambert, très souriant, nous a entraînés sur les routes du quotidien qui devient étrange, du drame, du non sens. "Le sud est un aimant à voyageurs" mais à chacun son Eldorado au bout du compte! C'est déjanté mais très plaisant, les extrait lus de "Buiten" en témoignent, la liberté et la sécurité également des thèmes-clés parcourant son ouvrage.
Digne et élégant, la voix joviale et puissante, Jean-François Füeg nous a plongés au coeur d'une belle mosaïque de gènes, aux origines sociales diversifiées. C'est un événement familial quelque peu insolite qui a déclenché l'écriture de son livre où les non dits ont la part belle, l'incommunicabilité manifeste mais l'universalité traversant toute son oeuvre.
Charismatique et la voix envoûtante (il le confirme ici!), Zam "Martino" Ebale nous a menés vers une contrée où règnent la danse et le chant, l'immigration, l'ambigüité sexuelle, les rejets et autres préjugés émaillant son parcours, un parcours difficile, semé d'embûches, qui n'a pas empêché l'artiste de s'ouvrir aux autres cultures. Les témoignages sont réellement bouleversants mais quand l'on se dresse pour faire face aux lois, comment pourrait-il en être autrement?
C'est par une mélodie d'une profondeur exceptionnelle interprétée a cappella par l'auteur, danseur et chorégraphe, puis une lecture inspirée de Guy Stuckens, que s'est clôturée la rencontre, une rencontre chaude et chaleureuse dont on se souviendra longtemps. Inspiration, aspiration, élévation...
Thierry-Marie Delaunois, auteur et chroniqueur
L'absence est un vertige qu'il nous faut surmonter
Elle est cette blessure qu'il faudra refermer
Et quoique l'on puisse dire au seuil du non-retour
Nous devrons faire avec, quelque soient nos détours...
Alors si un soleil par miracle nous inonde
Et que dans un sourire on voit rouler le monde
Prendre ces doux instants avec un grand respect
Nous n'aurons pas deux fois la chance d'un même trajet!
Il est tant de merveilles qui échappent à nos yeux
Tellement de vraie douceur qui nous rendrait heureux
Pourquoi la distraction abime-t-elle nos efforts
Et toutes ces craintes idiotes, cette peur d'avoir tort?
Pouvoir crier très fort aux portes du grand âge
Jouir de chaque instant est une sainte rage!
C'est simplement comprendre que s'effritent les jours
Vouloir être capable de ce regain d'amour!
J.G.
Je voudrais composer
chaque matin
un vitrail de mots
pour colorer les heures
faire chantonner la vie
jusqu’à la nuit
..................................
Martine Rouhart, pour Monsieur Paul et les membres d'Arts et Lettres
Je ramasse
à pleines mains
sur mes chemins
le fragile
le minuscule
le peu visible
une multitude
de formes
de bonheur
.........................
Martine Rouhart
Il n'empêche... tu m'as laissée au bord du chemin
Et sans égard aucun, tu es parti très loin!
Enfermé dans ton mal-être tu t'es égaré
Et impuissante, je t'ai regardé t'en aller!
Il n'empêche... n'avais pas prévu la désertion
Même si la solitude me ramène raison
En plongeant tout au fond, retrouver mon univers...
Ne plus jamais laisser mettre tête à l'envers!
Il n'empêche... l'aventure avait goût de bonheur
Et j'y avais mis toutes mes forces et mon cœur!
Regardant s'effriter désirs et illusions...
En honorant mes rêves, j'ai quand même eu raison!
J.G.
I C I: A admirer
Je n'ai pas eu petite enfance
Elle est zappée dans mes souvenirs
M'efforçais à la cohérence
Pour donner aux miens le sourire...
Alors quand vint l'adolescence
J'avais trouvé quelques chemins
Et j'ai gardé de mes errances
Le désir d'autres lendemains...
J'avais trouvé un grand amour
Mais n'étais pourtant pas naïve
Et ne croyant pas aux toujours
Je m'attendais à sa dérive!
Je n'ai pas gardé d'amertume
Mais souvenirs comme des joyaux
Et s'il n'en reste que l'écume
Un grand amour est toujours beau!
Je n'ai pas eu de vrai malchance
Mon ardeur servit de cravache
Et si ce ne fut pas Byzance
M'en suis sortie avec panache!
D'avoir gardé si fort ancré
Malgré le poids de tant d'années
Désirs de vie et de beauté
M'ont empêchée d'être damnée!
Aujourd'hui c'est le temps de la chance
Et j'en accepte le cadeau
Car ce n'est plus une espérance
Mais oui, le monde est enfin beau!
J.G.
Je me demande où s’en vont
tous les songes
que le matin nous vole
peut-être mués en oiseaux
ils nous attendent
dans leur nid de brume
au bord du jour qui s’absente
.........................................
Martine Rouhart
Théâtre: Peut-on rire de l’indicible?
Mein Kampf (farce) à la Clarencière (Bruxelles)
Le contexte
Tout récemment, le New York Times a évoqué que le journal Tylko Polska (Only Poland) avait publié un article intitulé «Comment repérer un juif» au mois de janvier 2019.
En France, malgré la polémique, et la montée de l’antisémitisme, les éditions Fayard annonçaient en 2015 qu’elles publieraient une réédition du livre en 2016, du fait qu’il tombait officiellement dans le domaine public.
En mars dernier, le manifeste politique d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », interdit dans de nombreux pays, a été mis en scène au Powszechny Theater à Varsovie. Le metteur en scène Jakub Skrzywanek voulait montrer que le langage utilisé par les hommes politiques et par tout le monde en Pologne, est pire que celui d’Hitler.
L’œuvre poétique de Georges Tabori « Mein Kampf (farce) » créé en anglais, à Vienne en 1987 est très rarement jouée et se voit exhumée cette année par un groupe théâtral liégeois, Les Anges Hantés . Jorge Lavelli a créé la version française en 1993. A ce propos, Agathe Alexis (Festival d’Avignon, Comédie de Béthune, Théâtre du Rond Point, tournées en France, Suisse et Belgique) nous donne son éclairage. Elle considère que c’est l’une des plus grandes tragi-comédies du vingtième siècle. « Lorsque j’ai lu la pièce pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à cette phrase de Pouchkine : « Le rire, la pitié et la terreur sont les trois cordes de notre imagination que fait vibrer le sortilège dramatique ». Ce texte réunit, en effet, tous les « ingrédients » propres à susciter la magie d’un théâtre qui prend la réalité à bras le corps et secoue – émotionnellement et intellectuellement – le spectateur en l’entraînant sur des chemins à la fois scabreux et lumineux, sans pour autant le désenchanter, c’est-à-dire sans lui faire renoncer à sa propre humanité. « Mein Kampf (farce) » évoque pour moi les grands mystères du Moyen-Âge, avec ses figures : Dieu (le cuisinier Lobkowitz), la Mort (Madame Lamort), la Jeune Fille Vierge (Gretchen), le Méchant, odieux prédateur possédé par le mal absolu ou l’absolu du mal (Hitler) et le Vieil Homme (Shlomo Herzl), qui recherche la sagesse et veut écrire un livre qui s’appellerait « Mon combat » mais dont il n’a écrit que la dernière phrase : « Et ils vécurent éternellement heureux » – admirable image de l’indéracinable utopie qui habite le cœur de l’homme. » Oui inconditionnel à la vie. Quel être, déchu de toute humanité, pourrait écrire l’indicible ? Celui qui fait un pacte avec La Mort.
D’après Georges Tabori, jouée au théâtre de la Clarencière à Bruxelles, et en partance pour le festival d’Avignon 2019, voici l’œuvre interprétée par un quatuor de comédiens belges : Kim Langlois, Dominique Jacques, Guillaume Martin et Benoît Servotte.
Ils sont rompus à l’exercice, débordants d’énergie, menant un combat désespéré contre le mal personnifié, brandissant le rire et la dérision comme doigts d’honneur. C’est beau la mise en scène polyphonique, mais un regard extérieur aurait sans doute mis un peu d’ordre dans le panier. Le spectateur est un peu perdu dans l’articulation dérisoire de la pièce, une façon sans doute de le faire entrer dans la folie. L’homme, serviteur de Dieu, est le fleuron de la création : nézer habéria, l’exception parmi tous les êtres créés. Le dernier créé mais le premier responsable. Il est responsable de sa poule en cage, préfiguration de l’holocauste à venir ? Rira-t-on? Faut-il brûler au troisième degré ? Le respect de la vie chez l’homme et chez l’animal – le « tu ne tueras point » est inscrit sur le visage du prochain.
Mais Dieu a quitté les lieux, horrifié de ce qui va suivre? Fatigué de la lenteur d’écriture de son valet. Soit dit en passant, hasard ou non d’écriture, le personnage se nomme Herzl, un personnage réel, qui, motivé par l’affaire Dreyfus en France, fut le fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897, il est l’auteur de Der Judenstaat – L’État des Juifs. Ce Schmolo se retrouve donc seul pour appliquer les commandements divins, offrir l’asile et essayer de sauver du mal, le méchant visiteur qui vient lui raconter ses rêves de peintre brisé, son attitude d’enfant gâté au moi surdimensionné, et la tentation absolue de la mort comme viatique du pouvoir.
La Mort, notre personnage préféré, apparaît sous les traits de l’excellente interprète Kim Langlois, fascinante, sans sa faux, menaçante comme une déesse hindoue, elle prend ses aises sur une monture vivante qui rappelle l’attirail du Ku Klux Klan. Oui pour la blondeur trompeuse, les faux-cils, la bouche noire, la voix puissante la diction parfaite et les intonations bien étudiées. Le rire macabre. « Und dass hat die Lorelei getan ! ». Le tout s’achève, après un horrible détour par la cuisinière, dans la plus pure tradition de l’humour juif. Sauvés! Rire comme larrons en foire, seule échappatoire. "Ça va ? Oui, répond-il, sauf quand je ris!"
Kim Langlois, Dominique Jacques,
Guillaume Martin et Benoît Servotte
Dominique-Hélène Lemaire, Arts et Lettres
Le spectacle de juin: 
L’attente de l’amante absente nous emmène en d’autres lieux, à d’autres moments que ceux de l'Espagne à la puissance déclinante,
dans des pérégrinations et des anachronismes en harmonie avec l’inépuisable source de folies d' El Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha, dont l'auteur n’aurait certainement rien trouvé à redire à ce genre de procédé et se réjouirait, allez savoir, de voir ses protagonistes en rajouter dans leurs délires.
L’évasion dans le rêve, pour se dérober à la réalité et aux contingences de notre existence terrestre, tenter de lui donner un sens, n’empêche pas des situations grotesques, triviales ou vulgaires, où l'eschatologie chevauche la scatologie.
L'égarement n'a rien de tragique. On s'amuse au contraire au spectacle. La folie nous conduit au génie, puisque celui-ci n'est jamais très loin de celle-là, à une saine réflexion sur notre société et la vanité de nos courses vers le pouvoir et la gloire, qui n'ont pas plus de sens que ses extravagances...
Un joli nom, Dulcinée. Ce n’est pas banal... On en parle beaucoup, mais peut-on dire que vous l’avez vue. Quatre fois, apparemment.
Et peut-être s’en est-elle-même pas aperçue... elle nous la joue genre Arlésienne, votre Dulcinée. On l’espère, mais elle ne vient pas.
C’est bien long, tout ce temps dans l’attente de l’amante absente de Sa Seigneurie errante…..
Tout public : Les mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 juin 2019 à 20h30
P.A.F. : 20 € - étudiant : 15 € -
Je choisis mon fauteuil et je réserve en 1 clic :
« Anna Bolena »… Ou la somptueuse innocence condamnée par un crime prémédité !

Le samedi 20 avril, 20 heures à l’Opéra des Liège, se tenait la fabuleuse dernière de « Anna Bolena », le 29e opéra tragique de Donnizetti. Brillance, effusions prémonitoires de tendresse, amour de la liberté, le rideau se lève sur de véritables ébats amoureux. Un lit royal, à Richmond ? Les courtisans piétinent dans l’antichambre, ne perdant rien du spectacle. Le cœur volage d’Henry VIII brûle d’un nouvel amour, celui de Jane Seymour (Giovanna). Un grand malheur attend Anne, la reine d’Angleterre. « Ne te force pas à la joie, ta tristesse est aussi belle que ton sourire » se plaint-elle à son fidèle page qui lui chante sur fond de harpe les joies du premier amour. Francesca Ascioti, frémissante, juvénile et passionnée interprète joyeusement ce jeune Smeton si amoureux de la reine. Celle-ci tient tendrement sur les genoux une petite fille sérieuse : la future Reine Elisabeth I en habits d’apparat dorés, comme ceux des peintures de cour où on la verra plus tard, auguste, souveraine et intouchable. Anna est sensible aux paroles de Smeton, elle aussi a eu un premier amour dont les cendres sont encore chaudes… mais, utilisées perfidement par le roi pour confondre la reine, elles enflammeront l’opéra jusqu’au brasier final où se consumera la reine répudiée. Cet unique soir du 20 avril, c’est Elaine Alvarez qui, pleine de ressources et de talent dramatique interprète avec un feu inimaginable, cette femme au long développement psychologique, accusée d’adultère et de trahison et injustement condamnée à mort et dont le poids de chaque mot est émotion incandescente.
Dès les premières scènes, ironie du sort et de l’écriture, Anne conseille avec grande sagesse à sa rivale Giovanna de ne pas se laisser abuser par l’éclat du trône et se plaint de la solitude dans laquelle son époux la laisse. L’ardente Sofia Soloviy s’oppose avec fracas à la sagesse de la reine. A la mise en scène fabuleuse, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Liège Wallonie. Et oui toutes les voix sont à la hauteur du festival de costumes rutilants, créés par Fernand Ruiz. Sur le plateau, nous assistons à un défilé ininterrompu de brocards, de soieries, de coiffes, et riches manteaux, dans le palais d’Henry VIII lambrissé de chêne et éclairé par des lustres de Venise à couper le souffle. La scène dans la forêt dans un décor signé Gary McCann pour la première fois sur la scène liégeoise, est tout aussi évocateur des munificences des Tudors. Les lambris de chêne de Richmond ont fait place à l’arbre vivant, le chêne majestueux sous lequel se rend l’imparfaite justice humaine, sous lequel se réunissent les chasseurs princiers et leurs chiens assoiffés de sang… Lord Rochefort, le frère de la reine y rencontre Richard Percy (Riccardo), qu’Heny VIII (Enrico), sûr de la réussite de son complot a rappelé pour confondre celle-ci. Maxime Melnik qui possède jovialité et élégance d’une voix de ténor lumineuse est le Lord. Riccardo, l’amoureux pour l’éternité, avec un timbre convainquant au possible, vibrant d’émotion, et des postures irrésistibles, qui résisterait ? C’est Celso Albelo, le puissant ténor espagnol qui a déjà incarné ce superbe rôle à Vienne et Santa Cruz.

Enrico a bien sûr juré à Giovanna, sa nouvelle conquête, qu’elle n’aura pas de rivale et déteste désormais Anna, cette reine incapable de procréer un héritier mâle ! … Insensée, dupée par l’ambition, Giovanna rêve, comme Anna en son temps, du trône et de la renommée. Quelles vanités ! Anne, convoitait elle aussi le trône d’Angleterre elle aussi, lui avait offert l’amour en échange. Quelle erreur funeste! Donizetti souligne de toutes parts que l’ambition du pouvoir et des richesses n’apporte que couronnes d’épines…
L’amour a la parole sous les traits du charmant page et de Percy, le premier amour de la reine, que le roi a fait revenir d’exil pour accuser son épouse d’adultère. La présence passionnée de Percy dans les appartements de la reine confirme les soupçons du roi. Parole au page qui s’est saisit en cachette d’un portrait de la reine en pendentif : « Ne préfères-tu pas un amant qui t’adore qu’un mari cruel qui t’ignore ? » Nul besoin de juges pour Anna, le médaillon l’accuse déjà, c’est elle qui est volage ! Le sort de la reine est scellé par le roi, un doigt accusateur absolu. Un Marko Mimica absolument maître de la situation, maniant le regard, la voix et les postures de façon impériale et inflexible. Est-il sorti vivant du tableau d’après Hans Holbein qui trône au font à gauche dans les salles du palais ?

Lorsque le chœur des femmes pénètre dans le parloir de la tour où est détenue Anne, elles s’exclament « Qui peut garder les yeux secs devant tant d’angoisse ? Et ne pas sentir son cœur se briser ? » Le public ressent la même chose. La reine souhaite un instant revoir le château de sa naissance qui lui ferait oublier toutes ses épreuves… « Rends- moi un seul jour de notre amour… » La salle émue aux larmes par la vérité absolue de son interprétation lâche des bravi passionnés. La dramaturgie elle aussi, est cinglante de vérité. Sous les coups sourds de cloches fatidiques, Anne donne sa couronne à la très jeune Elisabeth. Dans un long délire vocal aux merveilleuses coloratures, elle a même pardonné à sa rivale, et prie que ce pardon lui accorde la miséricorde divine. Elaine Alvarez dans cet immense rôle romantique, « Tu, mia rivale ! », a vraiment raflé tous les suffrages.

https://www.operaliege.be/spectacle/anna-bolena/
Une tragédie lyrique où vibrent à la fois l’histoire, l’amour, la trahison, la passion et la virtuosité vocale! Sous la baguette de Giampaolo Bisanti, dans une mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera, avec Olga Peretyatko, Elaine Alvarez, Sofia Soloviy, Celso Albelo, Marko Mimica, Francesca Ascioti, Luciano Montanaro et Maxime Melnik
Anna Bolena (Donizetti) du 9 au 20 avril à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
LIVE WEB sur Culturebox : le mercredi 17 avril à 20h30
Marquez sur vos tablettes, lee prochain rendez-vous à L’Opéra de Liège, où d'autres merveilles vous attendent :
« La Clemenza di Tito » de Mozart (15 mai - 24 mai 2019)
« I Puritani » de Vincenzo Bellini ( 16 juin - 28 juin 2019)
Mardi 28 mai 2019: les Rencontres Littéraires de l'Espace Art Gallery nous emmènent ce soir en voyage "aux bords des eaux" d'écrivains dont les liens avec l'élément aqueux sont étroits, intimes: symbiose, attachement, aquarelles, décor d'enfance, l'eau aux coeurs...
Cinéaste, metteuse en scène, auteure de courts-métrages, animatrice et formatrice en ateliers d'écriture, écrivaine de "la mise en mots de ce que l'on porte en soi", Frédérique Dolphijn nous conte ce soir "Là où l'eau touche l'âme", histoire née au bord d'une rivière "alors que regardant l'eau qui dévalait, je me disais qu'elle n'était jamais la même". Un roman intense nous relatant les relations et les non dits d'un groupe de femmes qui a choisi de s'isoler dans un chalet afin de vivre la pêche à la mouche.
Auteur de récits et de nouvelles, peintre et enseignant (les mathématiques et les sciences), Michel Van den Bogaerde nous présente quant à lui "La Promenade d'Ostende", un ouvrage littéraire constitué de nouvelles qui en fait forme un tout. Déclaration d'amour, absence, stupéfaction, une voix parlant pour deux, la métrique des pas, le poids des lettres, les traces matérielles du temps écoulé, les frontières du dialogue, "tout ce qu'une vie n'est pas, parce qu'on a pris d'autres routes", les chemins suivis par l'auteur nous surprennent, nous interpellent.
Homme de théâtre, poète, écrivain, chanteur et parolier du groupe musical Géminides, Aurélien Dony a choisi de nous toucher avec "Le Coeur en Lesse"; Dinant, ses Copères, sa Collégiale, sa citadelle et les alentours nous sont racontés au travers d'un recueil-hommage aux arbres, aux oiseaux, aux amis... L'enfance d'un côté (Anseremme), l'adolescence de l'autre (Dinant),et une infinité d'aventures apparemment banales qui ont façonné son coeur...
Jovial et d'une belle spontanéité, Michel Van den Bogaerde nous explique qu'en fait tout est dit avec le premier récit. Le présent, les souvenirs, de singuliers fantasmes, des méditations à l'aspect arithmétique parcourent ce récit d'un amour manqué, non exprimé mais imprégné d'une poésie qui touche le coeur et l'âme. Son oeuvre est parfaitement construite bien que largement élaguée par son concepteur; s'y glisse notamment une interrogation sur l'art. Un questionnement à découvrir.
Expressive et d'une grande aisance, Frédérique Dolphijn place la rivière au coeur de son histoire: elle traverse ce roman à la fois poétique et polyphonique construit en trois journées, de nombreuses femmes émaillant son récit telles que Olivia, la leader, une ambitieuse, Georgia l'artisane, femme plus effacée mais généreuse, Fanny et bien d'autres, un drame se préparant, que le lecteur ne manquera pas de percevoir. Au départ cela aurait dû être un long métrage, un chat mort jouant également un rôle non négligeable dans le roman où se côtoient pour le meilleur narration, descriptions et dialogues, le tout imprégné ici aussi de poésie et les distances prises par rapport aux personnages sont variables.
Volubile et souriant, souvent direct, Aurélien Dony nous offre un recueil de nouvelles d'une grande sensibilité, la question de l'intégration abordée, de purs instantanés d'existence le parcourant. Auteur "de la nature", Aurélien Dony nous plonge au coeur de l'identité wallonne, amitié et transmission faisant notamment partie des mots-clés de son ouvrage. Le tragique est présent, les paramètres sociaux en cause. Animateur des Rencontres Littéraires, Gérard Adam, pensif, nous évoque subitement sa première rencontre avec l'auteur, lorsque celui-ci n'avait que 22 ans, à Namur lors d'un Salon de Poésie. Un singulier souvenir.
Souvent, au cours de ces Soirées à l'Espace Art Gallery, les souvenirs font ou refont surface, surgissant des eaux vives et profondes des auteurs en présentation, des eaux point dormantes. Du choc des idées jaillit inéluctablement la mémoire du passé, du vécu.
Et, en conclusion, il nous faut absolument mentionner l'implication et l'investissement indéniable de Nicolas Coeck, comédien, qui, chaque mois, nous lit au moins deux extraits de chaque livre présenté, installé à la même table et non loin des écrivains. Une soirée inspirante? Aux eaux de vie!
Prenons un malin plaisir : la saison 18-19 au Public porte bien son nom : Corps et Âmes. Et de nom, il est beaucoup question au cours de cette pièce écrite par Anne Sylvain, dont le déchaînement dramatique ne peut laisser personne indifférent. La plume ardente et inventive d’Anne Sylvain pratique une véritable amplification poétique et dramatique de l’histoire d’« Elephant Man », qui n’aurait nécessité que deux comédiens en scène, Frederick Treves, le docteur et Joseph Merrick, la créature humaine particulièrement repoussante, utilisée à l’époque comme phénomène de foire et surnommée « Elephant man ».
Autour de cet être humain, » I am not an animal, I am a human being » qui vécut sous le règne de la reine Victoria apparaît un quatuor de femmes hors pair. L’auteur fait appel aux grands formats de la scène féminine belge : Bénédicte Chabot, (Les filles aux mains jaunes, Les poissons vert pâle) pour Amélia, la prostituée ; Ariane Rousseau ( Le trio TIBIDI, « le rêve d’Ariane ou l’histoire d’un quatuor à cordes » avec le Qatuor ALFAMA) pour Ellen Terry l’actrice ; Jo Deseure (Tu te souviendras de moi) en Reine Victoria, enfin humaine. Anne Sylvain s’est réservé le privilège du rôle extraordinaire de l’infirmière, tout ce qu’il y a de plus rugueux et rébarbatif, à première vue. Il est clair qu’un regard strictement féminin, décliné en quatre approches différentes, toutes très vraisemblables, ajoute à l’histoire leur pesant d’or. La présence utile et esthétique de la musique de Pascal Charpentier fait le reste.
Un chef-d’œuvre. David Lynch avait porté à l’écran en 1980, sous les traits de John Hurt et d’Anthony Hopkins les mémoires du médecin britannique Frederick Treves intéressé pour ses recherches scientifiques par le célèbre cas de Joseph Merrick, un personnage affligé de difformités spectaculaires que d’aucuns n’hésitaient pas à confondre avec Jack l’éventreur.
Très finement, Anne Sylvain souligne d’emblée combien le nom d’une personne est important pour lui donner existence et dignité. Jusqu’à la fin de la pièce, le médecin s’avère incapable d’appeler son patient par son vrai prénom. Il tombe à tous les coups dans le « John » au lieu de Joseph. (John Doe, pendant de « Jane Doe » dans le monde anglo-saxon dénote quelqu’un d’anonyme ou qui a perdu son identité : NN Nomen Nescio, dans la culture latine.) Machin, quoi, ou …Chose!
Au début du spectacle, le chirurgien Itzik Elbaz, éblouissant et sincère, seul en scène, s’interroge et interroge le monde soulevant des questions essentielles. On ignore encore la présence de Joseph Merrick incarné par le tout aussi fabuleux Othmane Moumen. « Dans l’Angleterre victorienne », la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. Les miroirs se suivront et ne se ressembleront pas. Mais Anne Sylvain nous en tend des dizaines, histoire de nous faire réfléchir à coup de tirades percutantes bourrées d’humour aux grandes questions telles que la place de l’autre, le droit à la différence, l’eugénisme, les limites de la recherche, les apparences si trompeuses, la rumeur, la solitude du pouvoir, le colonialisme, l’appât du gain, la gloire … Et pourtant malgré le sérieux des questions abordées, on ne cesse de rire. Un rire homérique ? Certes non, Dieu nous garde de rire aux éclats comme les dieux dans le premier livre de l’Iliade en voyant la démarche boiteuse de Vulcain… Un rire de connivence, chaleureux et irrésistible, à cause du jeu irréprochable des comédiens et d’ un texte si bien écrit, une intrigue menée avec tant d’ élégance de cœur et d’esprit…Passons sous silence, les références à nos auteurs favoris, Hugo et Shakespeare, de délicieuses billes, pétillantes d’à-propos.
Ce sont très souvent les comportements de chaque personnage qui en disent plus que leurs discours. Ce décalage engendre un rire à la fois jouissif et immensément philosophique. Le personnage d’Elephant Man s’avère être lui-même le miroir de la conscience de chacun où n’existe plus que vérité sans faux-fuyants.
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Anne Sylvain déploie son pamphlet très habilement. Si le médecin prétend vouloir comprendre la pathologie pour l’intérêt de la science, son jeu scénique, démontre tout le contraire, c’est son ego et son intérêt personnel qui sont principalement en jeu, même sous des dehors de bon samaritain. Anne Sylvain joue admirablement bien l’assistante, Eva Lückes, infirmière revêche au possible au début du spectacle, qui fera tout pour comprendre, non seulement la pathologie de Joseph, mais surtout son âme. En effet, à force de soins au patient interné à vie dans l’hôpital, elle crée avec lui une relation basée sur l’empathie, réprouvée par le médecin. Son rôle évolue de façon remarquable. C’est elle qui se plait à faire remarquer jusqu’au bout au bon docteur, qu’il se trompe de nom.
Le dénonceur dénoncé : « Ton éthique est-elle plus honorable que la mienne, charlatan ? » Le médecin a toutes les apparences du beau rôle, c’est lui qui va sauver celui que tous montrent du doigt, il va l’accueillir, l’abriter, le nourrir. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il va lui aussi l’utiliser « comme cobaye au profit des êtres sains » tout comme celui à qui il l’avait arraché, Mr. Norman le montreur de foire. Rôle joué avec une énergie de feu par Yves Classens . Il réclame à cor et à cris de récupérer son « outil de travail », son « trésor » mais Joseph Merrick, ne sera pas dupe ! CarJoseph écoute et entend entend la musique du monde, il a un violon à la place du cœur.
Un spectacle qui a du corps et combien d’âme. En allant voir cette pièce au si beau texte, et si magnifiquement interprétée, on reçoit un talisman contre les injustices du monde, à moins que tout ne vienne de la statuette en bois de santal nommée Ganesch, protecteur des médecins, offerte par la Reine Victoria à son ami, Joseph Merrick dont le squelette a été conservé à L’hôpital de médecine de Londres depuis 1890, date de sa mort.
Comédie dramatique
THE ELEPHANT MAN
De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain
Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie : Noémie Vanheste
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Chandra Vellut
Assistante costumes : Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses : Bloody Mary’s
Maquillage : Patricia Timmermans
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet
Construction du décor : Jani Afar
Régie : Rémy Brans
DU 09/05/19 AU 22/06/19
C'est la saison des au revoir...
Quand s'allonge la liste des deuils
On en a contourné des écueils
En s'accrochant à ses espoirs!
On en a planté des sourires
Avec un cœur tout en lambeaux
On voulait tellement croire au beau
Qu'on en oubliait les soupirs!
Alors ces larmes au bord des yeux
Il ne faut pas s'en étonner
C'est juste qu'on est si fatigué
D'avoir dû dire bien trop d'adieu!
J.G.
Ma tante, un petit ami et moi *1
Huile sur toile, 1942
Jouissant d’une immense aura depuis le succès du film éponyme qui lui fut dédié (Frida de Julie Taymor, 2002), qui fit suite au livre de Hayden Herrera, Frida Kahlo est devenue une icône internationale, une figure de proue du féminisme, qui malheureusement éclipse ses contemporaines mexicaines. J’ai pu le constater lors de la dernière exposition consacrée aux artistes mexicains (Los Modernos, au Musée des Beaux-Arts de Lyon du 2 décembre 2017 au 5 mars 2018) où une foule se massait devant les quelques œuvres de sa main, délaissant, ou presque, les autres artistes accroché(e)s aux cimaises.
Mais foin de polémique, j’ai voulu rendre ici un petit hommage aux autres femmes peintres du Mexique.
Place donc à…
Autoportrait, 1946
María Izquierdo (San Juan de los Lagos, 1902-Mexico, 1955) :
Artiste essentiellement autodidacte, comme le Douanier Rousseau qui fantasma le Mexique dans ses toiles et ses rêves d’exotisme naïfs. Compagne du peintre Rufino Tamayo (1899-1991), proche de Wolfgang Paalen et des surréalistes, elle milita au sein de la Ligue des écrivains et artistes révolutionnaires. Ce qui n’empêcha pas, en 1945, le trio Rivera, Siqueiros, Orozco d’opposer leur veto à une commande de fresque à María Izquierdo. Macho un poco, no ?
En tout état de cause, si les « Trois Grands » se montrèrent bien petits, nos conspirateurs d’opérette l’évincèrent. En art comme en littérature point n’est besoin de généraux de pronunciamientos.
Calvaire
Aquarelle, 1933
Olga Costa (Leipzig, 1913- Guanajuato, 1993) :
Peintre d’origine allemande, née Olga Kostakowsky Falvisant, elle s’activa à promouvoir les arts plastiques mexicains dont elle fut l’« ange blanc » selon Carlos Mérida.
Autoportrait
Huile sur toile, 1947
Rosa Rolanda (Azusa, Californie, 1898- Mexico, 1970) :
Peintre, photographe, danseuse et chorégraphe d’origine américaine, née Rosemonde Cowan, elle côtoya notamment Frida Kahlo et Diego Rivera.
Autoportrait
Huile sur toile, 1952
Maria del Carmen Mondragόn Valseca (Tucabaya, 1893- Mexico, 1978), dite Nahui Olin :
Peintre et poète, elle fut la compagne de Gerardo Murillo, dit Dr. Atl (le signe de l’eau dans l’astrologie aztèque), qui lui donna le pseudonyme de Nahui Olin, en référence au nom nahuatl d’une fleur*2. Libre et sauvage beauté.
Dr. Atl (Guadalajara, 1875-Mexico, 1964)
Nahui Olin : portrait futuriste
Pastel et huile, ca 1921
« Il faut te parer de tes fleurs,
la fleur de spatule rouge divine
à l’éclat de soleil,
la fleur de corbeau.
Avec elles couvrons-nous, sur la terre,
ici-bas, seulement ici-bas. »
Chants de Nezahualcόyotl (1402-1472),
traduits du nahuatl par Georges Baudot.
Alice Rahon (Chenecey-Buillon, Doubs, 1904-Mexico, 1987) :
D’origine française, mariée au peintre Wolfgang Paalen (1905-1959), elle fit partie du groupe surréaliste. Marquée dans ses chairs comme Frida Kahlo, gagna le Mexique à l’invitation de cette dernière, pays qu’elle ne quittera plus.
Autoportrait et autobiographie
Huile et sable sur toile, 1948
Vienne (Autriche), 1905-Taxco (Mexique), 1959
Grand enfumage (Orphée)
Enfumage et huile, ca 1935
Né à Vienne en 1905, Wolfgang Paalen adhéra au surréalisme en 1935. Il initia le procédé « automatique » du « fumage » (comme le sont le « cadavre exquis », grattage, frottage, collage, décollage…). Il s’établit au Mexique en 1939 où il décédera vingt ans plus tard. Il y travailla avec des artistes locaux comme le peintre et caricaturiste Miguel Covarrubias (1904-1957).
A suivre avec Lilia, Leonora, Remedios…
Première partie consacrée à Frida Kahlo au lien suivant :
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 Toile que l’on pourra rapprocher de celle de Frida Kahlo, réalisée en 1936, « Mes grands-parents, mes parents et moi (arbre généalogique) » exposée au MoMA de New York.
*2 Ollin, c’est aussi le mouvement cosmique du Soleil et de la Lune. Nahui Ollin représente les « quatre courses du Soleil », notion qui correspond à la perception cosmogonique des mythes fondateurs dans les cultures préhispaniques. Au commencement du monde il y avait Ometeolt (dieu-deux), puis quatre soleils (jaguar, vent, pluie, eau) se succédèrent…
Lors du quatrième cycle, Nahui Atl (quatre-eau, ou Atonatiuh, soleil d’eau), un homme et une femme sortirent indemnes du déluge mais, ayant désobéis à Tezcatlipoca (« miroir fumant », divinité primordiale), ils furent métamorphosés en chiens.
Nahui Ollin serait en fait le cinquième soleil, un nouvel âge qui verrait s’effondrer le monde dans de violents séismes…
Remarquons que ces quatre soleils nous renvoient aux quatre ères géologiques. L’ère quaternaire, dernière division du Cénozoïque, se serait terminée. Nous serions entré dans l’Anthropocène… le temps où l’homme, nouvelle force tellurique, est devenu capable de bouleverser la biosphère.
Notons encore que la fleur nahui olin est à quatre (nahui) pétales. Fleur que l’on retrouve stylisée sur le manteau de Notre-Dame de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique. La Vierge Marie serait apparue le 9 décembre 1531 (fêtée le 12 décembre, date de la quatrième et dernière apparition) à Juan Diego Cuauhtlatoatzin, qui sera le premier chrétien amérindien canonisé. Prélude à l’indépendance le père Miguel Hidalgo lance son « cri de Dolorès » le 15 septembre 1810 : « Vive la Vierge de Guadalupe ! » fédérant ses partisans. Plus tard les troupes zapatistes la brandiront en étendard.
CQFD, dieux et deux font quatre, merci.
Les deux Frida, 1939
Corps corseté, âme libre d’oiseau blessé, Frida
« dont les visions sont à la fois précises et hallucinantes. »,
Octavio Paz
On dépeint volontiers le Mexicain comme macho, il en serait même le stéréotype. Et l’on n’a pas nécessairement tort, ne serait-ce qu’en pensant au comportement de Diego Rivera à l’égard de sa compagne, Frida Kahlo. Pourtant sous le soleil du Mexique, des femmes se sont épanouies et ont montré un talent singulier, dans leurs toiles aussi bien que dans leurs photographies. Ainsi, à leur manière, elles ont marqué leur siècle et leur pays. Ce que nous allons montrer ici.
Huile sur métal, 28/07/1938
A commencer par Frida Kahlo (Coyoacán, 1907-1954), Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderόn pour l’état civil, née d’un père allemand et d’une mère mexicaine.
« Un ruban autour d’une bombe », selon le mot d’André Breton, poupée désarticulée à la Hans Bellmer.
Huile sur aluminium sous verre, 1938
On ne la présente plus depuis l’immense succès international du biopic Frida de Julie Taymor en 2002, la poliomyélite qui la diminue, son accident de bus en 1925, sa rencontre avec Diego Rivera (1886-1957), leurs amours, leurs amis (Trotski, Breton… Quoique, concernant ce dernier, Frida soit plus réservée : « El seňor Breton se prend trop au sérieux. »), ses emmerdes… Aussi faisons place à sa peinture.
Il faut admettre qu’elle s’est beaucoup représentée, de sa mise au monde à sa mise en tombe, femme brisée au miroir.
Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis
Huile sur métal, 1932
Carmen Rivera depuis son mariage avec Diego Rivera en 1929.
Ecartelée entre racines et modernité.
Fumée des usines Ford à Detroit élevées au dieu-argent,
pyramides du Soleil et de la Lune aux dieux de son pays où la nature est reine.
Organisation scientifique du travail et créativité spontanée.
Prospérité et froideur des gringos, pauvreté et chaleur des compañeros.
La nostalgie gagnait…
Sans cesse elle s’interroge, elle ou son image, sa confidente, sa déchirure,
cet abîme à sonder, toujours entre deux amours, deux civilisations, dis-moi
« Où pourrais-je diriger mon regard ? Si immense, si profond ! »
Huile sur toile, 1940
A quoi tient l’amour ou la considération ?...
« Regarde, si je t’ai aimé, ce fut pour ta chevelure,
Maintenant que tu es tondue, je ne t’aime plus. »
lit-on en bandeau (en-haut, absent de ma photo).
Une émancipation que démentira la Libération…
Frida, l’eau et le feu, l’Ange et la Mort, yin et yang.
Ou plutôt Ollin, le protecteur du jour,
et son pendant, Xolotl*, l’Etoile du Soir,
l’incarnation même de son pays et de sa dualité.
Souvent qualifiée de surréaliste car, comme disait Magritte, « Est surréaliste ce qui paraît convenir à Breton. » Elle, tempérament plus orageux, le traita plus simplement d’ « hijo de p… » Respectueuse, certes, mais franche et directe la pétroleuse épistolière, c’est dire si ses relations pouvaient être compliquées. Langage fleuri qui contraste avec celle qui signait parfois Xochitl, première femme mortelle apparue sur terre dans la mythologie aztèque (ou Xochiquetzal, « belle fleur », déesse de l’amour et de la beauté entourée de papillons et d’oiseaux. Et Frida s’y connaissait en noms d’oiseaux, comme un vrai pistolero).
Alors surréaliste ou pas, quoi qu’il en soit elle est plus dans la recherche de sa vérité, à reconstruire le puzzle de sa vie, ou l’autoanalyse de sa réalité si l’on veut, que dans le songe ou l’illusion. Sa lucidité est sa liberté.
Abrupte peut-être Frida quand elle méprisait les surréalistes, un cénacle d’intellectuels rabougris, prenant maîtresses ou souvent mariés à des artistes de premier plan (Dorothea Tanning et Max Ernst, Remedios Varo et Benjamin Péret, Greta Knutson et Tristan Tzara, Kay Sage et Yves Tanguy, Leonora Carrington…), qui, tout en célébrant leur beauté, les cantonnaient dans un rôle de muse, de faire-valoir, obscurs objets du désir. Critiques serviles et beaux-esprits virils souvent les mésestimèrent, reléguant leurs œuvres au rang de simples curiosités. On vénère les uns, premiers de cordée, on ignore leurs moitiés, grillons du foyer.
Elle leur reprocha également leur manque de vision politique ou leur passivité à l’heure de la montée du fascisme. Oisifs discourant sans fin, vanité et mots oiseux.
Certes dans l’antilogie, Frida ferma souvent les yeux sur les égarements de son muraliste réaliste et rigoriste, quand il n’était pas volage, de mari. Et fut même généralement suiviste (Diego est exclu du Parti communiste mexicain en 1929, elle rompt dans la foulée), voire récidiviste (elle divorce de Diego en décembre 1938, elle se remarie deux ans plus tard avec lui). Toujours ils se rabibocheront. Le cœur a ses raisons.
Surréaliste ou pas, en tout cas son œuvre ne se résume pas à cela. L’artiste est complexe et tourmentée, force obscure aux tonalités flamboyantes.
Crayon et aquarelle, 1932
De 1930 à 1933, Frida séjourne aux Etats-Unis avec son mari. Elle souhaite ardemment être mère mais ne connait que des fausses couches.
Huile sur masonite, 1945
(museo Dolores Olmedo, photo captée sur le net)
Soleil et Lune, impossible rendez-vous…
ou Soleil et Lune
Huile sur masonite, 1942
L’antique cité de Teotihuacán abrita jusqu’à 200 000 âmes au VIIe siècle.
Elle est dominée par la pyramide du Soleil (la 3e au monde par sa taille)
et la pyramide de la Lune que relie entre elles la chaussée des Morts.
Les nuages s’accumulaient, le temps des sacrifices était revenu, les dieux de la guerre l’exigeaient si l’on voulait que le soleil brille encore.
Toujours dans l’action politique Frida, pourtant militante de la paix (elle signe parfois Frieda, de l’allemand frieden, paix), souhaite que son pays s’engage face à l’emprise étouffante des forces de l’Axe. Le 2 juin 1942, le Mexique rejoindra les Alliés contre l’Allemagne nazie (les Etats-Unis étant entrés en guerre le 8 décembre 1941, au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor).
L’enfant alors pourra peut-être paraître apaisée.
La lune est araignée d’argent
qui tisse sa toile
dans la rivière qui la révèle
José Juan Tablada (1871-1945)
Nature morte avec perruche et drapeau
Huile sur masonite (détail), 1951
Rien de tout cela, peut-être, sans quelques autres femmes d’influence qui soutinrent les jeunes pousses prometteuses de la nation. Ainsi Dolores Olmedo qui collectionna activement les œuvres de Rivera et de Kahlo pour les offrir au peuple mexicain dans sa fondation. Ou María Asúnsolo, muse et mécène, déjà remarquée pour ses deux portraits réalisés par David Alfaro Siqueiros (https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/david-alfaro-siqueiros-los-tres-grandes-4e-partie), que l’on dévoile ici sous le pinceau du peintre brésilien Emiliano Augusto Cavalcanti de Albuquerque e Melo dit Di Cavalcanti (1897-1976).
Rio de Janeiro, 1897-1976
Portrait de María Asúnsolo
(huile sur toile, 1942)
A suivre… María, Olga, Rosa et quelques autres…
Snan José, Costa Rica, 1912-Tlalpan, Mexique, 1998
Groupe de femmes
(bronze, 1974)
Michel Lansardière (texte et photos)
* Xolotl était le jumeau de Quetzalcóatl, le Serpent à Plumes, le dieu de l’intelligence de la mythologie aztèque. Diego Rivera a représenté Frida Kahlo au centre de sa fresque Songe d’un dimanche après-midi à l’Alameda (4,8 x 15m, 1948) tenant le symbole du yin et du yang au côté de la Mort avec un médaillon de ceinturon orné du glyphe Ollin le tenant lui enfant par la main droite et bras dessus bras dessous avec José Gualalupe Posada (1852-1913), surtout connu comme graveur et précurseur d’un art populaire proprement mexicain. La mort, aboutissement et complément de la vie, arbore aussi autour du cou un serpent à plumes comme la Grande Zoa portait le boa. Tandis que Frida, légèrement en retrait, veille sur Diego. Voir aussi Nahui Ollin au deuxième volet consacré aux femmes peintres mexicaines…
L’étreinte amoureuse de l’univers
La terre, Moi, Diego et Monsieur Xolotl, 1949
Xolotl, dieu cynocéphale passeur du soleil et des morts dans l’inframonde,
associé aux jumeaux, c’était aussi le nom du chien de Frida.
(photo captée sur le net)
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