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Bernardiennes propose un recueil collectif

Quatrième titre cette année, pour l'association bernardiennes.

Il s'agit d'un recueil de nouvelles des trois auteurs-fondateurs, Claude DANZE, Alain MAGEROTTE et Georges ROLAND.

"Nouvelles sucrées ou salées"

Tantôt au goût de miel, tantôt piquantes et acerbes, ces nouvelles bernardiennes emmènent le lecteur dans l'univers pathétique, ironique, fantastique, humoristique, parfois poétique, des trois auteurs bruxellois.

Sucrées ou salées ?... Avec ce recueil, chacun trouvera son compte car il y en a pour tous les goûts et pour toutes les saveurs...

12273019688?profile=original                                      ISBN 978-2-930738-05-5      178 pages         format 12,5 x 21 cm

Pour voir l'ensemble du catalogue, visitez le site   bernardiennes

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Une aventure

 

Une aventure 

 

Il ne vivait pas encore avec Clotilde.

Clotilde, il l’avait rencontrée à l’Archiduc, un bar à la mode, où se pressaient les amateurs de musique de jazz. A partir de onze heures du soir, il était impossible d’y circuler. Pour se déplacer, il fallait se creuser un chemin parmi les consommateurs collés les uns aux autres en s’excusant pour la forme et en levant son verre au-dessus de la tête. Autant de balises liquides qui indiquaient que quelqu’un, homme ou femme, se trouvait en dessous. Face à face, corps contre corps. Ce soir là, c’était Clotilde et lui.

- Je vous offre un verre ?

- Si nous parvenons au comptoir, avec plaisir.

Quelques heures plus tard, ce fut Clotilde qui demanda :

- On va chez toi ou chez moi ?

Clotilde était divorcée. Elles sont nombreuses les femmes divorcées. Il arrive que les maris se séparent de leur épouse durant leur mariage sans qu’elles en soient averties. Lorsqu’elles le sont, à moins d’un arrangement de convenance, le couple divorce pour de vrai. Parfois, il le regrette.

Pierre et elle s’étaient revus les jours suivants. Elle avait demandé le premier jour :

- Tu veux revenir ce soir ?

Il ne savait pas ce qu’il devait répondre. Elle avait été ardente.

Elle avait fixé les règles.

- On couche mais on ne s’est rien promis.

Sans s’être rendu compte du temps qui passait, Pierre et elle vivaient pratiquement ensemble depuis trois ans. Parfois, lorsqu’il se taisait, elle craignait qu’il ne s’ennuie. Alors que le temps des confidences à cœur ouvert n’était pas encore venu.

Ils formaient, croyait-elle, une sorte de ménage incertain mais installé. Elle avait été séduite par ce garçon un peu plus jeune qu’elle qui ne demandait qu’à apprendre ces gestes que beaucoup de jeunes gens prétendaient connaitre de façon innée mais dont ils usaient maladroitement face à des jeunes femmes prêtes à toutes les découvertes.

Aux gestes mécaniques de l’amour, elle donnait un rythme qui les rendait différents en fonction d’une dramaturgie imperceptible qui variait selon l’heure ou les endroits. Clotilde faisait l’amour sans abandon véritable mais soucieuse du plaisir partagé.

Elle préservait sa liberté en n’appartenant à personne.

- Le jour où moi ou toi, on a envie d’être seul, il suffit de le dire.

C’était sa façon à elle, sans blesser son partenaire, de dire qu’ils n’étaient pas unis pour la vie. Ou que de temps à autre, une rencontre inattendue pouvait se produire sans qu’il s’agisse d’une rupture définitive. C’est ce qu’elle appelait : être de bons amis.

Elle avait eu quelques aventures. De celles qui naissent, et se défont tout aussi vite, à partir d’un regard plus appuyé, presque par lassitude, pour ne pas dire non ou parce qu’on a envie de dire oui à quelqu’un.

 Pierre était arrivé à un moment décisif mais elle doutait déjà du pouvoir qu’elle pouvait exercer sur un homme.

-Si nous allions à Paris ?

C’était en septembre, les jours étaient encore beaux. Elle avait rêvé pour elle et pour lui que ce soit comme le jour d’une première rencontre. De celles qui surviennent par hasard sans en connaitre la fin. Un instant épargné du temps.

C’était un week-end de Foires commerciales, la plupart des hôtels affichaient complet. Celui qu’elle avait retenu n’était pas très luxueux mais il était situé à proximité du Boulevard Saint-Germain et des brasseries aux terrasses illuminées. De plus en plus souvent elle cherchait des endroits animés. Elle avait parfois le sentiment que le silence risquait de les séparer.

- C’est tout ce que j’ai pu trouver. Tu n’es pas trop déçu ?

La chambre était petite, le lit en occupait la plus grande partie. Elle avait ôté sa blouse et sa jupe avant de défaire les valises. Elle se savait attirante. Ils étaient si proches l’un de l’autre qu’à chaque fois qu’elle passait près de lui, il sentait l’odeur de sa peau mêlée à celle de son parfum. Un parfum qu’il lui avait offert.

Il avait le ventre contracté. Peut-être était-ce l’atmosphère de cette chambre ? Les hôtels pour beaucoup, hommes ou femmes, suscitent la même sensation que celle que leur procure le sentiment de commettre un adultère.

Elle s’était tournée vers lui. Il la trouvait belle.

- Tu veux faire l’amour ?

Sa voix était claire. Elle posait la question de la même manière que si elle avait demandé s’il voulait un verre d’eau.

- Je crois que j’ai envie de toi.

- Tu crois que tu en as envie ou tu en as envie ?

Elle riait.

- Si nous voulons aller au restaurant, nous n’avons pas de temps à perdre, je vais prendre un bain.

Elle avait ouvert le robinet de la baignoire, et elle avait ôté sa culotte et son soutien-gorge. Elle était entrée dans l’eau pendant qu’il la regardait, troublé par ce corps si tranquille. Elle avait tendu la main.

- Tu veux prendre un bain avec moi ?

Lorsqu’ils étaient sortis de l’hôtel, il faisait déjà nuit.

Clotilde s’était accrochée à son bras, sa cuisse touchait la sienne comme si leurs corps se cherchaient encore. Ce sont ces attouchements là, si vite oubliés, qui marquent le corps des amants véritables.

- Est-ce que ce que tu connais le Harry’s bar ? C’est un endroit fantastique. Au sous-sol il y a un piano, et si tu le lui demandes, le pianiste te joue des airs d’autrefois.

- Non, je ne connais de bar que l’Archiduc.

Le bar était pratiquement vide. Toutes les lampes n’étaient pas encore allumées. Il était trop tôt.

Pour Clotilde, c’étaient des souvenirs qui lui étaient propres. Elle eut peur soudain des souvenirs qui appartenaient à Pierre. Certains d’entre eux probablement appartenaient aussi à une autre.

C’est à cette époque que Clotilde devint amoureuse de Pierre. A quoi reconnait-on qu’on devient amoureuse ? Clotilde s’efforçait de le savoir en femme rationnelle qu’elle était. Elle pensait que ce n’était pas lié au plaisir que lui procuraient ses caresses.

La présence de Pierre lui devenait indispensable. Pour qu’il ne s’en rende pas compte, à quelques reprises elle lui avait demandé de ne pas venir la voir. L’absence, se disait-elle, est un adjuvent à l’amour. L’absence ?

Ce jour-là, au téléphone, elle avait prétexté la venue inopinée d’un ami.

- Tu ne m’en veux pas ? C’est ce dont nous étions convenus. Un ami étranger vient me voir.

- Tu ne me dois pas d’explications, Clotilde. Nous sommes d’abord de bons amis, non ?  Tu me donneras un coup de fil après qu’il soit parti.

En revanche, une autre fois, toujours au téléphone cet intermédiaire sans visage, elle lui avait reproché de ne pas l’avoir prévenue.

- Tu ne m’as pas prévenue que tu ne viendrais pas.

- Je t’ai appelée cet après-midi.

- Tu aurais pu appeler hier soir. Je ne t’aurais pas attendu de toute la soirée. Peu importe avec qui tu étais, ne serait  ce que par courtoisie.

Elle faisait preuve de mauvaise foi mais c’était par amour. Clotilde se demandait avec qui elle vivait. Elle pensait qu’elle devrait rompre avant qu’il ne soit trop tard. Ses relations avec Pierre devenaient ridicules. Un soir, quelques mois auparavant, alors qu’elle ne lui demandait rien, il avait dit, dieu sait pour quelle raison, qu’elle ne devait rien attendre de lui.

- Je ne suis pas un homme équilibré. Je n’ai rien à offrir à une femme.

C’était une forme de dépression sans doute. De rejet de soi-même.

Clotilde avait besoin d’une rencontre. Ne serait-ce que pour son équilibre, pensait-elle. Et pour celui de Pierre en fin de compte. C’était en Italie qu’elle se produisit. Elle se trouvait dans une tout petite ville proche de  Florence. L’hôtel dans lequel elle logeait près de la Grand-Place ouvrait sous les arcades. Hôtel des Arcades. Elle devait rencontrer son fournisseur le lendemain.

D’habitude, elle logeait à Florence  mais ce jour là, moite de chaleur, elle n’avait pas eu le courage de prendre un bain, de se changer et de s’y rendre.

Elle décida de diner à l’hôtel dans une petite salle généralement vide qui donnait sur la cour arrière. La carte n’était pas fort riche mais ce n’est pas de manger dont elle avait envie.

Elle prit un bain et les cheveux encore humides serrés autour de son visage, elle s’installa au restaurant. La salle était vide. Le patron qui avait noué un tablier autour du ventre la servit en souriant.

- C’est pour moi, je vous l’offre.

Il avait apporté une carafe de Chianti qu’elle vida en attendant le repas. Le vin était bon, elle avait envie de boire.

Un peu plus tard, un homme était entré. Un client de l’hôtel, lui aussi probablement. Il avait scruté la salle. Il avait regardé Clotilde. Ils étaient deux désormais. Il eut un sourire et s’approcha de la table de Clotilde.

- Vous ne pensez pas que ce serait sinistre si nous mangions, seuls, chacun à un bout de la salle ?

- C’est vrai.

- Mon nom est Pierre Louvier.

Il s’assit en face d’elle. Il commanda une bouteille de vin florentin. Pétillant. Du Lambrusco.

- Vous verrez, il surprend au début.

Elle n’en avait jamais bu.

Il était français et comme elle, il achetait. Pour une chaine française.

- Moi ce sont des pulls.

Après le repas, elle était un peu ivre, elle dit qu’elle allait se coucher. Elle avait mis une chemise de nuit et rejeté les draps. Mais elle n’avait pas fermé la porte. Elle entendit frapper à la porte et elle alla ouvrir.

Le lendemain, Pierre Louvier avait quitté l’hôtel avant même qu’elle ne descende. Peut être qu’elle avait rêvé ?

Etrange phénomène que l’amour. Les peaux se conviennent, parfois les sentiments se conviennent également. On se sépare parce qu’on craint celui ou celle qu’on  deviendra. On se fuit. On fuit encore et on regrette le premier amour. Il rassure. C’est ça l’amour ? Une anxiété qui apaise ?

Lorsque Pierre avait appris que son oncle était mort, il avait décidé de se rendre à ses funérailles.

- Tu reviendras ?

Il n’avait jamais pensé que Clotilde lui poserait la question. C’est au lit, souvent, que les hommes ou les femmes posent les questions auxquelles il est difficile de répondre.  

Ce ne devait être qu’une aventure.

 

 

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Parfums, P

 

Étendue sur l'allée verte,

le ciel de juin,

par l'orage alourdi,

m'ensemence

des clartés de ce monde,

parfois de vous enténébrées ;

car vous êtes ce secret,

en moi, un peu marine,

enraciné, immense !

L'immensité en soi,

est invisible des autres,

à l'instar d'une noire rose,

aux senteurs paroxystiques,

au sein même de la nuit,

où vogue, vagabonde,

la pleine lune ronde,

sous un voile laiteux ;

sur moi, il neige un peu

de mon enfance,

découverte, toute verte.

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L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous présenter du 11/06 au 29/06/2014 l’exposition  événement des artistes suivants :

Fabienne Cristyn (porcelaines), Anne Monjoie (aquarelles et dessins), Marianne Modave (pastels), Anny Van Gorp (aquarelles), Philippe Vroye (aquarelles), Liliane Sanchez (peintures), Joël Coppens (collages), Catherine Colasse (photographies), Rosy Gutierrez (peintures), Catherine Van Haute (photographies), Bindels Myriam (huiles et aquarelles), Danielle Beaurain (écrivain), Françoise Giaiotto (céramiques), Dominique Leroy (dessins), Michèle Meijer (acryliques et aquarelles) et Israel Severine (photographies).

Collectif d’artistes multidisciplinaires dans le cadre de l’exposition événement des 40 ans de la Ligue en faveur des Insuffisants Rénaux A.S.B.L.

 

Le VERNISSAGE a lieu le 11/06 de 18h 30 à 21h 30 et l’exposition du mardi au samedi inclus de 11h 30 à 18h 30. Et sur rendez-vous le dimanche.

 

Vernissage qui sera agrémenté d’extraits de Musique Celtique interprétés par la harpiste Françoise MARQUET.

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Un week-end à barcelone.

 

C’était à Barcelone, Franco était mort. C’est le roi Juan-Carlos qui était en titre le maître du pays depuis qu’il s’était présenté au parlement en disant que le  chef des armées, c’était lui, et que le temps de la dictature, c’était f-i-n-i, fini. Je ne me souviens plus des mots qu’il avait réellement prononcés mais le sens en était celui que je dis,  Esteban me l’a confirmé vingt ans plus tard.

Je retournais assez souvent à Barcelone sans le dire à Esteban. Pour les miens, j’inventais un motif d’affaires. C’était une sorte de respiration dont j’avais le sentiment qu’il m’était nécessaire pour continuer de vivre.

Barcelone est une ville que j’aime pour cet étrange destin que les Barcelonnais ont en commun : les admirateurs de la Sacra Famiglia qui sont persuadés que le travail interrompu y reprendra un jour. Ceux qui disent qu’ils ne sont pas espagnols mais catalans.

- Nous n’avons rien contre les espagnols, nous sommes différents, c’est tout.

Ceux qui ne veulent connaitre de Barcelone que la partie de la ville qui monte et rejoint Montjuich.

- Miro, vous connaissez ?

Ceux qui vont et viennent sur les Ramblas et qui disent que Barcelone, ce sont les Ramblas. L’écrivain Valdez Montalban qui prétend s’y connaitre mieux en cuisine qu’en littérature. Et combien d’autres encore…

 C’est vrai qu’ils sont différents du reste des Espagnols.  Ils disent qu’ils ne sont pas de cette Espagne d’on  ne sait pas très bien si c’est un pays européen ou une partie égarée du continent africain.

Avant de mieux les connaitre, je craignais que de s’opposer à leur dires quels qu’ils soient, mêmes les plus anodins, leur feraient jeter ce masque d’honorabilité qu’ils arboraient pour sortir un couteau. Tuer par orgueil ne constitue pas un meurtre à leurs yeux. Vive la muerte a dit un général de Franco avant de tirer sur les républicains.

Je le répète. J’aime Barcelone même si je n’aime pas les grands boulevards tracés au cordeau qui aboutissent au Barca d’un côté et au Grands Magasins de l’autre. En revanche, moi qui descend toujours à l’hôtel Colon et qui en serai vraisemblablement le dernier client avant qu’il ne soit transformé, je n’y vais pas pour sa proximité avec la Cathédrale mais pour sa proximité avec les ruelles étroites où se trouvent les bars à filles.

Esteban l’avait dit :

- Je me demande si au fond de nous-mêmes nous ne regrettons pas Don Quichotte prêt à mourir pour ses idées.

- Ne me dis pas qu’il vous arrive de regretter le temps de la guerre civile ?

Pour des idées ? Ou pour jouer avec vos vies ?

- Vive la Muerte est une formule qui nous définit bien.

La première fois que je suis venu à Barcelone, c’était clandestinement. Dans un sac de toile, parmi des

vêtements  roulés en boule, se trouvaient cinq pistolets

destinés  à cinq jeunes partisans qui étaient décidés à se battre contre les franquistes, les armes à la main.

L’un d’eux, un futur médecin au visage aigu, aux yeux et aux cheveux  noirs m’avait proposé de les prendre à l’endroit qu’il m’avait désigné et à les apporter à un lieu proche la frontière qui sépare l’Espagne de la France. Là quelqu’un les prendrait en charge pour traverser la frontière. Ce futur médecin, c’était Esteban. Le temps et le hasard avaient fait de nous des amis ‘ à la vie à la mort ’.

J’avais accompagné le passeur. C’est moi qui avais apporté les armes à Esteban et ses amis. Ils étaient cinq. Quatre garçons et Juanita.

C’est durant cette nuit là que l’Espagne de Franco venait de basculer. Personne ne s’intéressa au jeune adolescent qui venait d’être privé d’un acte d’héroïsme auquel il avait rêvé toute la nuit.

Aujourd’hui, vingt ans plus tard, je ne sais pas pourquoi mais je voulais revoir Juanita qui m’avait ramené chez elle cette nuit-là. Cette nuit qui avait été une césure dans ma vie. Est-ce d’ailleurs de moi dont je parle aujourd’hui ? Nous nous étions aimés longtemps. Dieu sait ce que nous voulions oublier. Elle savait, peut-être qu’elle ne voulait pas le savoir, que j’avais une épouse qui n’avait pensé qu’à moi cette nuit là.      

Juanita a été surprise de me revoir. Elle était professeur d’architecture, m’a-t-elle dit. Elle avait un compagnon qui avait dû s’absenter.

- Vous voulez faire sa connaissance ? Vous pouvez dîner avec nous. Oui, je me souviens. C’était une époque étrange.

Je suis rentré à l’hôtel qui m’a paru soudain plus vieillot. Le lendemain, j’ai repris l’avion pour  rentrer. Je n’ai jamais plus mis les pieds à Barcelone.

 

 

 

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Un menteur par vocation

 

Je le vois bien, mon imagination se tarit. Le nombre de pages de mes nouvelles se réduit. Et d’une construction qui raconte et distribue les évènements,  je ne laisse plus voir que les quelques pages de ce qui dans d’autres nouvelles, plus longues, était la chute.

Je dois en conclure que bientôt mes histoires se suffiront du point final.

Il m’arrive de penser à «  la guerre de Troyes n’aura pas lieu », la pièce de théâtre de Jean Giraudoux.  Au son  unique tiré de la trompette de Sosie qui était, à ce qu’il disait, le son ultime d’une composition bien plus longue et tarabiscottée, et que de cette manière il l’exprimait sans fioritures.

J’ai toujours été un taiseux. En réalité, j’ai  toujours aimé  discourir mais à voix si basse que j’étais le seul à m’entendre. Il est plus que temps que je parle de moi à haute voix.

Je suis né le 19 novembre 1926 à Czestochowa en Pologne. Si je n’y étais pas retourné de très nombreuses années plus tard « pour voir », je serais incapable de dire à quoi ressemblait et ressemble aujourd’hui cette ville de plus ou moins 250.000 habitants dont une grande partie de la population était juive, m’a-t-on dit.

J’imagine que mon père et ma mère la connaissaient, eux, pour y avoir vécu jusqu'à ce qu’un policier de ses amis eut prévenu mon père qu’il serait arrêté dès le lendemain. Il défendait les travailleurs, ce n’était pas très bien vu par les autorités.

A partir de là, j’ignore si c’est mon imagination qui a nourri mes souvenirs ou si ce sont les images fugitives d’un cerveau de gosse qui a nourri les textes littéraires qui j’y ai consacrés.

J’avais 8 ans lorsque mon histoire a commencé réellement et s’est poursuivie sans discontinuer jusqu’à ce jour. Ce jour dont j’ai le sentiment qu’il est le premier des derniers à venir.

Entre le jour de ma naissance et l’âge de huit ans, je ne me souviens que d’images disparates.

Un lit cage dans la cuisine, ma paume brulée par un gâteau retiré du four. La rue Van Helmont et l’épicerie  sur le seuil de laquelle trônait un tonneau de fromages surets. Les diables de réglisse tout noirs achetés rue des Bogards. Des frites mangées après une séance de cinéma le dimanche après-midi dans la cour du patronage.  Et enfin l’arrivée à l’école de la Justice et ma première place au cours de religion dispensé par l’abbé Allard. .

Depuis, je peux tout raconter sans mentir ni à moi ni à d’autres. Ou alors mentir  pour me servir de mes souvenirs plus ou moins arrangés comme  matière première plutôt que d’inventer purement et simplement. 

Je n’avais pas plus de vingt ans lorsque la guerre, celle de 40 s’est achevée. Est-ce que chaque génération est astreinte  à une grande tuerie dont le souvenir le marquera durant toute sa vie. Est-ce qu’aux yeux de ceux qui sont nés après cette guerre, j’apparais aussi incongru que ne le furent à mes yeux les survivants de la guerre précédente, celle de 1914, dont on célèbrera le centenaire ?    

Peu importe les discours conventionnels et saugrenus qu’un  ministre tiendra. Plus personne ne le corrigera.

Je me souviens d’un âne que Claude, mon ami à la vie à la mort de ce temps-là, et moi, nous promenions dans la rue principale à la veilles d’élections. L’âne portait une pancarte qui disait : le suis un âne,  je ne vote pas communiste. Ni l’âne ni les communistes ne furent élus.

Je me suis marié quelques années plus tard à celle que j’avais promis d’aimer le plus longtemps possible. A celle qui, elle, m’a aimé toute sa vie. Elle est morte jeune.

J’ai le sentiment depuis quelques temps que moi aussi, je l’aurai aimée  jusqu’au dernier de mes jours.

Ma quatrième vie, celle que je suis en train d’achever, il me semble qu’elle ressemble  à celle que l’on décrit comme étant celle de l’adolescence. Alors, je rêvais et je pouvais tout attendre de mes rêves. Aujourd’hui que je risque de mentir en disant : à demain, j’éprouve le même sentiment de plénitude qu’alors. Comme alors,   je ne crains rien de l’avenir,  je le connais.

 

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Bientôt...

J'écris des contes thérapeutiques, tous basés sur des histoires vraies, pour des personnes bien réelles. Mes contes servent à aider, encourager, soutenir, re-connaître...

Bientôt je vous partagerai l'un d'entre eux : "La toute vraie histoire du petit écrivain et de sa petite valise pleine de maléfices"

Beau dimanche à tous.

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L'hivernale caresse souffle dans les arbres dénudés
et la brume de cristal enveloppe la Vesle dans une somnolence.
L'esquisse de sa grâce en paysage sans feuilles la révèle alors
dans son absoluité, et me renvoie dans un fragment d'espace intense.
Sur un fond de crépuscule, alors que tremble sur la rive
l'aporie temporalité d'un passé disparu, ses effluves d'humus
et reflets d'argent bercent mon esprit de souvenirs d'antan.
Perdu dans mes pensées, mes yeux s'arrêtent sur les petites
cascades succédant au calme de l'enchantement mélancolique
de sa diligence, où dans le silence de l'air humide, la fin
de l'hiver se lamente sous un ciel apâlissant.

Nom d'auteur Sonia Gallet
recueil © 2014.

Un partenariat d'

Arts 12272797098?profile=originalLettres

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À l'endos d'un tableau

 

J'ai acquis ce jour un tableau

Qui montre un espace sauvage:

Des bois touffus, près d'un cours d'eau,

Un romantique paysage.

Un coin de ciel bleuté, très haut,

Des arbres roux, éteints dans l'ombre,

De l'écume bloquée sur l'eau,

D'énormes roches en grand nombre.

Tout est peint minutieusement,

Comme pour porter témoignage

D'un lieu aimé ou d'un moment.

On oublie, en prenant de l'âge.

J'ai pu lire un touchant aveu,

À l'endos de cette peinture,

En mots simples et merveilleux.

Cette oeuvre fut une aventure.

Qu'est devenue la donataire,

Qui reçut l'émouvant message,

Empli de l'amour de sa mère?

Rien dans la vie ne se présage!

31 mai 2014

 

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"Homo ludens" est un essai de critique de l'historien hollandais Johan Huizinga (1872-1945), composé en allemand et publié à Amsterdam en 1938. Dans ce livre, l'auteur entreprend de "définir les éléments de jeu" que comporte la civilisation; à cette fin, il s'appuie sur une notion particulière de la culture, conçue comme un ensemble organique vivant d'une vie propre et échappant aux événements et aux passions. Déjà dans "Déclin du moyen âge", ses vues sur le duché de Bourgogne nous avaient montré un type de "parfait chevalier". Avec "Erasme" (1924), l'auteur avait dessiné la silhouette d'un érudit vivant en dehors des disputes et s'était attaché à nous prouver la valeur de la pensée intime et l'esprit religieux le plus indépendant. Dans "Homo ludens", Huizinga oppose un nouveau modèle de civilisation aux mythes de l' "homo sapiens" (Linné) et de l' "homo faber" (Bergson).

Telle une fleur délicate, la société résulte des contrastes sociaux: elle en est la convention, la création raffinée, le "jeu" en quelque sorte. En dehors de toute nécessité intrinsèque, l'art et la politique, l'amour et les convenances engendrent l' oeuvre, le geste, la parole, dans une effusion sereine et harmonieuse qui porte sa loi en soi-même.

Cet ouvrage rassemble un grand nombre d'exemples et d'observations sur les "éléments de jeu" qui ont brillé depuis le passé jusqu'à nos jours dans le langage et dans la poésie, dans la peinture et le droit, dans la guerre et dans la science, dans le sport et dans l' amour, tout comme dans la philosophie. Chaque époque historique est examinée "sub specie ludi", sans en exclure la politique actuelle envisagée, elle aussi, comme une vaste partie de cartes propre à offrir des solutions inattendues et, au milieu de tant de contrastes, à faire entrer chacun de nous dans le silence de son intimité morale.

L'oeuvre ne manque pas de souligner combien le dilettantisme fut à la base de la formation philosophique de l'auteur. Elle constitue cependant un recueil de pensées bien significatif et qui nous donne une certaine vision du monde sous un aspect unitaire et rationnel. Par "jeu", il faut donc entendre la force ailée des passions dans sa forme de vie la plus élevée: disons l'oeuvre accomplie par un Ariel invisible et tout puissant sur quelque sauvage Caliban.

Seules, ces "formes" désintéressées de civilisation conservent, à travers le temps, la trace du travail et de la lutte de tant de siècles, tout comme dans le symbole d'une pyramide d' Egypte ou d'un théorème de géométrie se conserve l'acquis de la société la meilleure, même si les erreurs et les contradictions inhérentes à la vie des peuples autant que des individus ne cessent de se multiplier.

La crise politique de l'Europe et du monde dans les années qui correspondent à la montée du nazisme suscita chez lui plus qu'une méditation ; il établit un diagnostic dont la clairvoyance nous émeut encore.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale (1938), c'est dans cet ouvrage de philosophie et de synthèse historique qu'il livre à ses contemporains (et aux générations futures) le fruit de ses méditations ; dans cet "Homo ludens" qui fit aussi le tour du monde, il a prétendu recueillir l'essence éternelle de l'homme - peuples et individus - dans la réalisation d'un style renouvelé sans cesse dans une recherche créatrice qui est le jeu. Comme Érasme avec sa folie, Huizinga introduisait avec le jeu une dimension anti-intellectualiste à l'intérieur même de l'intellectualisme.

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N.-B.: 

Dans "La crise de la civilisation" (1935)  il fit allusion aux courants nationaux-totalitaires et leurs mythes. Ce qui lui valut d'être détenu par les nazis jusqu'à sa mort en 1945.

Il y notait: 

"Si le salut vient, il sera dû non pas à la matière et à d'extraordinaires régénérations économiques et sociales, mais à l'esprit et à une purification spirituelle. Les champions d'une civilisation purifiée devront être comme des gens qui viennent de se réveiller de bon matin. Ils devront secouer leurs mauvais rêves. Le rêve de leur âme qui vient de sortir de la pourriture et pourrait bien y retomber. Le rêve de leur cerveau qui n'était que du fil de fer tordu et de leur coeur qui était  de glace. Le rêve des griffes et des défenses qui avaient remplacé leurs mains et leurs dents. Et ils devront se rappeler que l'homme ne peut être une bête sauvage."

Je reparlerai de cet ouvrage ("La crise de la civilisation")

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Un meneur d'hommes.

René était le fils d’un professeur de collège qui avait quitté sa femme alors que René n’avait que huit ans. Il était parti un matin, et n’était jamais revenu. Elle avait trouvé une lettre qui disait : je pars. De ce jour-là, elle se mit à haïr tous les hommes.

- C’est toi le seul homme de ma vie.   

Souvent, elle faisait porter à René des vêtements de couleur qui auraient mieux convenus à une fille. Personne ne se moquait de lui. A la première raillerie d’un condisciple, il s’était rué les poings en avant, et il avait frappé.

Nous avions fait nos études secondaires ensemble, René et moi. Nous avions renoncé à l’université. Les universitaires sont les prolétaires d’aujourd’hui.  Des prolétaires qui sont les défenseurs cultivés des oppresseurs.  Au même titre que les policiers dont le rôle est de défendre aussi ceux qui oppriment. Nous, nous voulions être parmi les opprimés.

René disait : nous détruirons le beau monde pour construire un monde plus beau. De gré ou de force.

- Et la liberté?

Quel rapport, ajoutait-il. La liberté, c'est comme un adultère commis sur le sable. Il terminait avec emphase: La première marée l'efface. Nous avions vingt ans.

C’est ensemble que nous avions décidé de nous affilier au parti communiste, le parti des travailleurs.

- Tu comprends ? Avoir un idéal de fraternité mais rester hors du combat, c’est indécent.

Au début, Alphonse Delomme, le député communiste de la région s'était inquiété de ces fils de petits bourgeois qui venaient rejoindre le Parti.

- Ce n'est pas un club pour rhétoriciens.

Soit, avait-il dit, il nous jugerait à notre travail. Parce qu'il dirigeait le journal régional du parti, il se déchargea sur nous du travail de réécriture des nouvelles que lui communiquaient les délégués d'usine.

Nous, nous ne faisions pas de fautes d'orthographe, et il nous arrivait, le soir, d'aller aider l'imprimeur du journal de la classe ouvrière.

Il nous avait confié à Marc Moreau, le secrétaire régional des Jeunesses communistes. Trapu, le visage creusé, parlant fort, Marc ne tenait pas en place. Il s'épanouissait dès qu'un auditoire lui faisait face. Peu importait qu'ils fussent nombreux ou non, généralement ils ne dépassaient pas une dizaine, les jeunes ouvriers qui consacraient deux heures par semaine à la cellule dans l'arrière salle d'un café.

Lorsqu'ils étaient deux, c'était de René et moi qu'il s'agissait. Marc faisait notre éducation en parlant d'Histoire, en citant Marx et Lénine, en évoquant la commune de Paris, les luttes ouvrières qui préparent la société de demain, et la place que chacun d'entre nous devait occuper.

René trouvait qu’il était trop didactique.

Lorsque Max est mort, un malaise cardiaque, c’est René qui devint  secrétaire des jeunesses communistes de la ville. Elles n’étaient pas nombreuses ces jeunesses, et préféraient les racontars des filles aux allocutions vibrantes de René.

René apprit à écrire des mots qui étaient des coups de poing. Des mots qui figuraient sur les tracts qu’il distribuait à l’entrée des usines. Il était devenu agit-prop. Agitation et Propagande. C’était un travail important.

Paul Perrin était le fils du propriétaire de l’usine qui se trouvait  derrière la gare, le quartier populaire de la ville. Il avait fait ses études avec nous mais les avait poursuivies pour devenir ingénieur. Un jour, vraisemblablement, il dirigerait l’usine de son père.

Le personnel lui portait le respect qu’il portait à son père, et l’appelait monsieur Paul. Lui tutoyait tous les ouvriers. Son père lui avait dit :

- Si tu ne le fais pas, ils diront que tu es prétentieux. Que tu établis une barrière entre eux et toi.  

Un jour, nous nous trouvions devant l’usine de monsieur Perrin, c’était durant la pause de midi, des ouvriers qui fumaient en bavardant s’écartèrent pour laisser passer la voiture de Paul Perrin, une petite M.G décapotable qui ne disposait que de deux sièges, et une banquette à l’arrière pour y poser un bagage.   

- ça, c’est de la voiture !

Louis, un des plus anciens membres du personnel, secouait la tête.

- On le sait, Louis que c’est de la voiture. Tu nous le répètes tous les jours.

- Parce que c’est la vérité. C’est moi qui la lave. Je la connais mieux que monsieur Paul.

Il en était fier.

René s’était glissé parmi eux. Il distribuait une feuille ronéotypée qui était le journal de la section du parti.  

Il interpella Louis.

- Il se l’est offerte avec l’argent que son père amasse grâce à votre sueur.

Louis avait haussé les épaules.

- Si tous les patrons étaient comme lui, toi et ton parti, vous pourriez fermer votre boutique.

La plupart des ouvriers parlaient entre eux sans faire attention à lui. René souriait mais son regard avait durci.

- C’est pour eux que nous devons nous battre.

C’est vers cette époque que je me suis détaché du parti. Je dois bien l’avouer, c’était de ma part une attitude romantique que celle de mon adhésion au parti. La révolution enflamme la plupart des jeunes bourgeois alors que ce sont les classes populaires qui devraient souhaiter l’explosion de nos sociétés figées.

Pendant longtemps, René et moi nous nous sommes revus comme si rien n’avait changé. Son caractère cependant s’est modifié lorsqu’il avait appris que Gisèle, la fille d’un contremaître de l’usine allait épouser Paul Perrin.

René était amoureux de Gisèle, la fille d’un travailleur qui avait entrepris des études d’institutrice. Il avait le sentiment d’être trahi à la fois par elle et par son père. Son père qui était  heureux de ce que sa fille, d’un seul coup,  gravisse de nombreux barreaux de l’échelle sociale.

- En couchant !

- On peut tomber amoureux de Pierre, non ?

- Quels cons ! Des esclaves consentants. Voilà ce qu’ils sont.

Je n’ai plus revu René. J’ai supposé qu’il poursuivait une carrière de leader populaire. Parfois, je me disais que mes préoccupations sociales n’avaient pas duré longtemps, et que René, lui, était resté fidèle à ses rêves d’adolescent. Etait-ce par compassion ou par goût du pouvoir ?

On est bête quand on est un adolescent. Je me souviens d’un mendiant à qui je n’avais pas donné l’aumône parce que c’était pour manger ; disait-il.

- Je veux bien si c’est pour boire.

Nous avions ri, René et moi. René disait :

- Ne jamais donner l’aumône. Que la vie leur soit dure, ça entretient la haine.

Le jour où il a tué le député Delomme, toute la ville en a été bouleversée. Au procès, il a dit qu’Alphonse Delomme se prenait pour une dame d’œuvres charitables. Les ouvriers, les prolétaires, comme il disait, n’étaient que des moutons. Ce n’est pas ainsi qu’on transforme le monde.

 

 

 

Un meneur d’hommes.

René était le fils d’un professeur de collège qui avait quitté sa femme alors que René n’avait que huit ans. Il était parti un matin, et n’était jamais revenu. Elle avait trouvé une lettre qui disait : je pars. De ce jour-là, elle se mit à haïr tous les hommes.

- C’est toi le seul homme de ma vie.   

Souvent, elle faisait porter à René des vêtements de couleur qui auraient mieux convenus à une fille. Personne ne se moquait de lui. A la première raillerie d’un condisciple, il s’était rué les poings en avant, et il avait frappé.

Nous avions fait nos études secondaires ensemble, René et moi. Nous avions renoncé à l’université. Les universitaires sont les prolétaires d’aujourd’hui.  Des prolétaires qui sont les défenseurs cultivés des oppresseurs.  Au même titre que les policiers dont le rôle est de défendre aussi ceux qui oppriment. Nous, nous voulions être parmi les opprimés.

René disait : nous détruirons le beau monde pour construire un monde plus beau. De gré ou de force.

- Et la liberté?

Quel rapport, ajoutait-il. La liberté, c'est comme un adultère commis sur le sable. Il terminait avec emphase: La première marée l'efface. Nous avions vingt ans.

C’est ensemble que nous avions décidé de nous affilier au parti communiste, le parti des travailleurs.

- Tu comprends ? Avoir un idéal de fraternité mais rester hors du combat, c’est indécent.

Au début, Alphonse Delomme, le député communiste de la région s'était inquiété de ces fils de petits bourgeois qui venaient rejoindre le Parti.

- Ce n'est pas un club pour rhétoriciens.

Soit, avait-il dit, il nous jugerait à notre travail. Parce qu'il dirigeait le journal régional du parti, il se déchargea sur nous du travail de réécriture des nouvelles que lui communiquaient les délégués d'usine.

Nous, nous ne faisions pas de fautes d'orthographe, et il nous arrivait, le soir, d'aller aider l'imprimeur du journal de la classe ouvrière.

Il nous avait confié à Marc Moreau, le secrétaire régional des Jeunesses communistes. Trapu, le visage creusé, parlant fort, Marc ne tenait pas en place. Il s'épanouissait dès qu'un auditoire lui faisait face. Peu importait qu'ils fussent nombreux ou non, généralement ils ne dépassaient pas une dizaine, les jeunes ouvriers qui consacraient deux heures par semaine à la cellule dans l'arrière salle d'un café.

Lorsqu'ils étaient deux, c'était de René et moi qu'il s'agissait. Marc faisait notre éducation en parlant d'Histoire, en citant Marx et Lénine, en évoquant la commune de Paris, les luttes ouvrières qui préparent la société de demain, et la place que chacun d'entre nous devait occuper.

René trouvait qu’il était trop didactique.

Lorsque Max est mort, un malaise cardiaque, c’est René qui devint  secrétaire des jeunesses communistes de la ville. Elles n’étaient pas nombreuses ces jeunesses, et préféraient les racontars des filles aux allocutions vibrantes de René.

René apprit à écrire des mots qui étaient des coups de poing. Des mots qui figuraient sur les tracts qu’il distribuait à l’entrée des usines. Il était devenu agit-prop. Agitation et Propagande. C’était un travail important.

Paul Perrin était le fils du propriétaire de l’usine qui se trouvait  derrière la gare, le quartier populaire de la ville. Il avait fait ses études avec nous mais les avait poursuivies pour devenir ingénieur. Un jour, vraisemblablement, il dirigerait l’usine de son père.

Le personnel lui portait le respect qu’il portait à son père, et l’appelait monsieur Paul. Lui tutoyait tous les ouvriers. Son père lui avait dit :

- Si tu ne le fais pas, ils diront que tu es prétentieux. Que tu établis une barrière entre eux et toi.  

Un jour, nous nous trouvions devant l’usine de monsieur Perrin, c’était durant la pause de midi, des ouvriers qui fumaient en bavardant s’écartèrent pour laisser passer la voiture de Paul Perrin, une petite M.G décapotable qui ne disposait que de deux sièges, et une banquette à l’arrière pour y poser un bagage.   

- ça, c’est de la voiture !

Louis, un des plus anciens membres du personnel, secouait la tête.

- On le sait, Louis que c’est de la voiture. Tu nous le répètes tous les jours.

- Parce que c’est la vérité. C’est moi qui la lave. Je la connais mieux que monsieur Paul.

Il en était fier.

René s’était glissé parmi eux. Il distribuait une feuille ronéotypée qui était le journal de la section du parti.  

Il interpella Louis.

- Il se l’est offerte avec l’argent que son père amasse grâce à votre sueur.

Louis avait haussé les épaules.

- Si tous les patrons étaient comme lui, toi et ton parti, vous pourriez fermer votre boutique.

La plupart des ouvriers parlaient entre eux sans faire attention à lui. René souriait mais son regard avait durci.

- C’est pour eux que nous devons nous battre.

C’est vers cette époque que je me suis détaché du parti. Je dois bien l’avouer, c’était de ma part une attitude romantique que celle de mon adhésion au parti. La révolution enflamme la plupart des jeunes bourgeois alors que ce sont les classes populaires qui devraient souhaiter l’explosion de nos sociétés figées.

Pendant longtemps, René et moi nous nous sommes revus comme si rien n’avait changé. Son caractère cependant s’est modifié lorsqu’il avait appris que Gisèle, la fille d’un contremaître de l’usine allait épouser Paul Perrin.

René était amoureux de Gisèle, la fille d’un travailleur qui avait entrepris des études d’institutrice. Il avait le sentiment d’être trahi à la fois par elle et par son père. Son père qui était  heureux de ce que sa fille, d’un seul coup,  gravisse de nombreux barreaux de l’échelle sociale.

- En couchant !

- On peut tomber amoureux de Pierre, non ?

- Quels cons ! Des esclaves consentants. Voilà ce qu’ils sont.

Je n’ai plus revu René. J’ai supposé qu’il poursuivait une carrière de leader populaire. Parfois, je me disais que mes préoccupations sociales n’avaient pas duré longtemps, et que René, lui, était resté fidèle à ses rêves d’adolescent. Etait-ce par compassion ou par goût du pouvoir ?

On est bête quand on est un adolescent. Je me souviens d’un mendiant à qui je n’avais pas donné l’aumône parce que c’était pour manger ; disait-il.

- Je veux bien si c’est pour boire.

Nous avions ri, René et moi. René disait :

- Ne jamais donner l’aumône. Que la vie leur soit dure, ça entretient la haine.

Le jour où il a tué le député Delomme, toute la ville en a été bouleversée. Au procès, il a dit qu’Alphonse Delomme se prenait pour une dame d’œuvres charitables. Les ouvriers, les prolétaires, comme il disait, n’étaient que des moutons. Ce n’est pas ainsi qu’on transforme le monde.

 

 

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La rive aux grands arbres

12273015687?profile=original

Une photo de Suzanne Walther-Siksou

a inspiré

Au Parc Gouin à Montréal

12273015899?profile=original

Une aquarelle d'Adyne Gohy

La rive aux grands arbres

Poème de Suzanne Walther-Siksou

inspiré de l'aquarelle d'Adyne Gohy

Le fleuve aux reflets lumineux

Dans un impressionnant décor.

Sont exposées des masses d'or,

De grands arbres mystérieux.

L'émoi ressenti est immense

Face à la suprême beauté,

Au repos qu'offre le silence.

Ineffable félicité!

Dans la douce magnificence,

Berçant son âme romantique,

Recourant à la transcendance,

Un peintre crée l'image unique.

Arbres de la rive dormante,

Superbe, emplie de poésie

Une aquarelle éblouissante

Aux couleurs de sa fantaisie.

Un partenariat d'

Arts 
12272797098?profile=original

Lettres

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j 'ai faim j'ai soif

  "Agenouillée devant ton autel, humblement, lumière, source de vie créatrice,

   pour t'offrir ce monde, mes frères, mes sœurs, mes enfants,

  Toi qui lumière erre depuis une décennie  dans la pénombre de nos chaumières,

  tentant en vain de nous nourrir de ton pain de vie, pain d'amour, eucharistie éternelle,

  source d'eau pure revigorante, chatoyante..

  Tournée vers toi les mains jointes, accomplie en  la  grâce de ton Esprit, pour te chanter.

  O Jérusalem resscucitée, lumière éternelle abreuve ce monde de ton miel suave, au mil

  parfums délicieux ...d'ambre, santal, gingembre, embaume de ton encens.

   Cette terre en friche t'appelle, assoiffée elle te réclame...Papa j'ai soif!

  O lumière de mon âme, que ta   paix   nous inonde, nous enveloppe, en ton Eternité.

  Par ta parole, le monde fut conçu, engendré, prit forme

  Par  la grâce de ton Esprit, demain, renaitra.

  Havre de  paix , de plénitude, tu éloignes de  nous toute ivraie , les ténèbres s'estompent.

  Le nouveau-né te cherche.....dis  ABBA c'est quoi l'amour?

   Que ces quelques vers écrits, fixés ici-bas parviennent jusqu'à toi, pour chanter avec nous la vie"

   Fleurus le 30 mai 2014. Mamyblue

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12273013282?profile=originalBartolomé Esteban Murillo (Séville).

Avant de nous consacrer au coeur de notre sujet, la peinture romantique andalouse, un petit panorama des peintres andalous qui ont marqué la peinture espagnole et internationale.

Il ne s'agira donc ici que de brosser à grands traits le portrait des fondateurs de l'Ecole andalouse, avec :

  • Juan Sanchez Cotan (1561-1627), qui fit l'essentiel de sa carrière à Tolède, mais qui s'établit à Grenade dès 1603 pour y réaliser de nombreux tableaux de dévotion. Quoiqu'il soit surtout connu comme maître des bodegones (natures mortes).

12273013673?profile=originalFrancisco de Zurbaran : Santa Marina (musée Carmen Thyssen, malaga).

  • Francisco de Zurbaran (1598-1664), né en Estrémadure, mais formé à Séville où il passa toute sa vie. Il y fonde avec Vélasquez l'Ecole de Séville.

12273014253?profile=originalFrancisco de Zurbaran : Santa Teresa de Jesus (cathédrale de Séville).

  • Diego Velasquez (1599-1660), né et formé à Séville, il gagna Barcelone en 1629, avant d'entamer un long périple en Italie, pour finir sa vie et son oeuvre à Madrid.
  • Alonso Cano (1601-1667), formé à Séville avant de tenir un rôle majeur dans l'évolution de l'Ecole de Grenade où son influence fut profonde.

12273014652?profile=originalBartolomé Esteban Murillo : Garçon au chien

(musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg).

  • Bartolomé Esteban Murillo (1617-162), le maître de Séville. Peintre virtuose, il met un soin particulier à détailler chaque expression, à donner vie à ses scènes populaires, donnant l'illusion au spectateur d'y participer. Son influence sera prépondérante jusqu'à Cézanne. C'est incontestablement le maître du picaresque (les picaros, aventuriers et vauriens, étaient nombreux à Séville). Ce fut le seul peintre espagnol du XVIIe siècle connu de son vivant hors de son pays.

12273015061?profile=originalMurillo : Immaculée Conception (Ermitage, Saint-Pétersbourg).

  • Francisco Herrera le Jeune (1622-1685), né à Séville, très baroque.
  • Juan de Valdés Leal (1622-1690), autre Sévillan au style original.

A suivre...

Michel Lansardière (texte et photos).

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Gratter le souvenir

 

Gratter le souvenir de l’ongle de l’esprit.

Chercher dans un parfum la douceur d’un visage,

La trace d’un amour, la trace d’un message.

Que reste-t-il de moi quand j’ai tout désappris ?

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Une histoire banale




Lorsqu’Hélène est morte, j’avais cinquante ans à peine. L’âge où on s’interroge quant à sa vie et quant à son avenir. Souvent trop tard pour changer quoi que ce soit. Changer, oui. Mais sans bouleverser ce à quoi on est habitué.
C’est une boutade que mon ami Robert répétait souvent. Changer de femme, c’est changer de vie. C’est parfois la transformer de fond en comble sans devoir changer de voiture.
J’avais toujours rêvé de faire ma compagne de Julie mais c’est Robert qu’elle avait épousé et moi dont elle avait fait son témoin de mariage. J’ai parfois eu le sentiment qu’elle aurait accepté que je devienne son amant. Mais Robert était mon ami. Plus tard, elle m’a dit qu’elle n’avait pas compris. Elle m’a demandé si je ne l’avais pas trouvée assez belle, ce jour-là ?
Les hommes souvent, après quelques années de mariage, rêvent de femmes différentes selon les différentes saisons de la vie ou de la journée. C’est surtout vrai durant la nuit lorsque, en caressant leur femme, ils évoquent celles qui figurent en couverture des magazines. Ou la femme d’un ami.
Autant que les hommes, les femmes ont leurs rêves. Un certain nombre d’entre-elles, si pas toutes. Elles rêvent d’hommes qui combleront leurs pulsions sexuelles. Et de celui qui à leur seule vue contribuera à améliorer leur image sociale. Ce sont rarement les mêmes. Les premiers sont jeunes en général. Et vigoureux.
Aux yeux de Julie, moi j’étais différent. Nous nous connaissions depuis si longtemps que ce n’était pas tromper son mari que de le faire avec moi. J’étais une sorte de double imparfait de Robert. S’il devait mourir avant elle, il aurait été heureux que je lui succède dans le lit de sa femme. Certaines nuits, je pataugeais dans ces idées saugrenues. Finalement sait-on ce qui est saugrenu ou non ?
Je pensais souvent à Julie. Au travers de sa silhouette, et plus précisément au travers de sa poitrine que j’imaginais dure et tiède. Pourquoi sa poitrine ? Ces pensées qui me tourmentaient du temps d’Hélène, c’est Hélène que j’accusais de les provoquer. Est-ce que tous les maris se ressemblent ?
Hélène, un matin, ne s’est pas réveillée. Durant la nuit son cœur s’était arrêté de battre. Le jour même Robert avait un accident de voiture qui le tuait sur le coup. Etrange coïncidence ! A se demander si les morts ne se donnent pas d’étranges rendez-vous.
Aux funérailles d’Hélène, j’ai reçu les condoléances de Julie qui m’a serré contre elle pour m’embrasser. Le lendemain c’est elle qui recevait les miennes et me serrait à nouveau contre son corps. Elle s’était parfumée un peu plus fort que la veille.
Trois jours plus tard, nous avons passé la nuit ensemble chez moi dans ce qui avait été notre lit à Hélène et à moi. Julie disait qu’elle était angoissée dans le sien. C’était la première fois qu’elle dormait seule. Elle a posé la main sur mon sexe.
Le sentiment amoureux, celui qu’on ne s’explique pas, a ressurgi au moment où elle m’a dit :
- Merci, c’était bon, tu sais.
Et des gestes qu’elle a évoqués en me mordant le lobe de l’oreille. Je l’aimais, je le savais.
Durant quelques jours, nous avons pris des précautions afin de ne pas susciter des propos vulgaires chez nos voisins. Elle rentrait chez elle dès la fin de l’après-midi mais revenait à la nuit tombée. J’avoue que cela augmentait notre excitation réciproque.
- Tu as pensé à moi en m’attendant ?
Puis elle est restée et nous avons vécu comme un couple établi.
Nous nous sommes mariés six mois plus tard. Elle avait vendu son appartement après avoir récupéré quelques meubles auxquels elle tenait. Leur lit en particulier.
- Tu comprends, il me rappelle trop de souvenirs.
J’ai pensé à Hélène qui durant notre nuit de noces avait éteint la lumière. C’est dans le noir que je lui avais ôté sa chemise de nuit.
A plusieurs reprises depuis, j’ai comparé Julie à Hélène. Une nuit, alors qu’elle s’était étendue sur moi, j’ai dit :
- Arrête Hélène.
Julie à éclaté de rire.
- Elle te faisait ça, Hélène ?
- J’ai peur de n’être pas un homme pour toi.
Elle m’avait caressé et j’avais réagi sans ardeur. Nous étions mariés depuis trois mois.
C’est à cette époque qu’elle a commencé à manifester une fringale d’achats. Elle avait de nombreuses courses à faire. Elle n’avait rien à se mettre, disait-elle. Elle s’absentait pour un après-midi entier et je constatais que j’en étais soulagé. C’était sûr désormais, j’avais eu tort d’épouser Julie. Même si elle était moins assoiffée de sexe qu’elle ne l’était à la mort de Robert.
Un jour, je l’ai suivie. Elle est entrée dans un hôtel et quelques minutes plus tard Gérard, un ami commun à Robert et à moi, la suivait. Trois heures se sont passées. Elle en sortit et Gérard sortait à son tour.
Je compris pourquoi certaines nuits elle ne cherchait plus son plaisir auprès de moi. Un soir, elle m’avait dit au moment ou je lui saisissais les seins :
- Pas ce soir, j’ai la migraine.
C’était donc ça, l’amour ?

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Etre vivant,

 

Toucher à l'essentiel,

l'espace d'une seconde,

d'une minute ou d'une heure ;

un regard, un toucher, une voix ;

qu'importe,

rien ni personne,

 ne pourront évincer cela !

Toucher à l'essentiel,

l'espace d'une seconde,

d'une minute ou d'une heure ;

micro bouleversement en soi ;

euphorie bleue et chaude,

clarté soudaine,

qu'importe,

rien ni personne,

 ne pourront être au dessus de cela !

Ce quelque chose,

d'infiniment grand,

c'est miniaturisé,

 pour se blottir en nous,

nous rendre pleinement conscient

de la respiration du Monde.

Toucher à l'essentiel,

prépare à la rencontre,

au côtoiement  de l'univers de l'autre,

en toute transparence.

Notre peau,

de presque tout s'étonne, frissonne.

 

 

 

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La vallée du bonheur. JGobert

Les nuages jouent. Ils  dessinent et crayonnent sur la vallée faisant naître des tableaux d’ombres et de lumières. Sur ces vastes étendues de blé d’or, sur ces tapis de fleurs sauvages, le vent les amène et les chasse avec la même douceur.  Petites sphères blanches qui se transforment au gré du temps en décor éthéré, ils remplissent le ciel d’une multitude  de beauté.

La terre, devant cette immensité de bleu et de blanc, resplendit et renvoie par une main experte des aquarelles, des portraits aux couleurs du monde où ocre, vert émeraude, rouge vermillon se marient tendrement. Une scène de maître nait au milieu du tumulte de la vie et une musique céleste entonne une marche triomphante vers ces tableaux idylliques où  se pressent les hommes vers un monde nouveau.

Ils cherchent la paix, la sérénité, la vérité dans des cœurs troublés et parfois confondus par la haine, la rancune, la cupidité, le mensonge.  Ils espèrent trouver une réponse à leurs souffrances en essayant de bannir ce qui fait la trame de la vie gommant les chemins escarpés et les sentiments les plus futiles.

Sous cette voute qui tient lieu d’espace, d’infini. Ils se posent les questions qui réclament des réponses judicieuses  et qui sont encore des énigmes pour certains. Le Système, en mode de loi,  englobe les hommes, en étouffe certains et les laisse démunis devant tant d’indifférence.  Ils en oublient  le fondement même de la vie et le respect que chaque homme a droit.

Sur ce chemin cheminant tranquillement à travers ces paysages éclatants où un vent léger rafraichit les pensées, les cœurs légers voguent sur cette vague de douceur et se laissent porter. Ils arrivent lentement là où le bonheur les attend.

Les autres, moins chanceux,  ne ressentent pas cette félicité et bien qu’ils poursuivent depuis un certain temps cette recherche, restent sur des voies couvertes de cailloux et d’ornières.

Tout le monde n’atteint pas le paradis sur terre, la douceur de vivre, l’enchantement d’être deux ou trois ou quatre, la satisfaction d’avoir eu une vie juste, équitable, le plaisir simple mais si important  d’aimer et le suprême honneur d’avoir été aimé pour soi.

Seuls les âmes pures arrivent dans cette vallée et peuvent en retirer le fruit suave de la vie ou de l’éternité.

JGobert

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Bruxelles, une nuit...

Bruxelles, une nuit

Quand Bruxelles s'abandonne aux lustres qui pendulent, 
Zinneke en gargouille et Flupke en cirrhose, 
la cousine Rosa arrose son balcon rose 
et ses mules couronnées de campanules.

Dans le ciel mansardé, entre rideaux de tulle,
entre hier et demain, la lune étale ses poses.
Un tram en liberté chenille en nuit morose,
le cyclope allumé trimbale ses noctambules.

Bruxelles tangue, accents mouillés et vague prose,
au rythme de la nuit et de toutes les Gudule 
d'impasses graffitées en forme d'ecchymoses.

Quand la lune me nargue, lunule et funambule,
quand s'éteint l'Atomium noyé en couperose,
j'écoute le bruit du vers tombant au fond des bulles.

Rolande Gillard

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Le temps de notre vie

 

Soliloque

 

Sur le mur de l'oubli, apparaissent des brèches,

Qui ne révèlent rien quand on passe pressé.

Il masque un grand espace où se trouvent entassés

Des émois calcinés sur une rive sèche.

Le noir, la nuit venue, envahit la lumière

Et la divagation la pensée ordonnée.

Poussé à l'aventure, on reçoit des données

Menant en un ailleurs souvent imaginaire.

Parfois, par grand hasard, on retrouve des clefs;

On pénètre en des lieux où d'anciens amis vivent.

Lors des ardeurs fanées aussitôt se ravivent;

Ô se sentir soudain, caressé, cajolé!

Le sommeil nous paraît un besoin essentiel.

Détournant la raison, il fait qu'elle s'enlise.

Il cerne notre envie d'agir, la paralyse.

Rogné d'une moitié, reste le temps réel.

29 mai 2014

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