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Homo ludens: telle une fleur délicate, la société résulte des contrastes sociaux, elle en est la convention, la création raffinée

"Homo ludens" est un essai de critique de l'historien hollandais Johan Huizinga (1872-1945), composé en allemand et publié à Amsterdam en 1938. Dans ce livre, l'auteur entreprend de "définir les éléments de jeu" que comporte la civilisation; à cette fin, il s'appuie sur une notion particulière de la culture, conçue comme un ensemble organique vivant d'une vie propre et échappant aux événements et aux passions. Déjà dans "Déclin du moyen âge", ses vues sur le duché de Bourgogne nous avaient montré un type de "parfait chevalier". Avec "Erasme" (1924), l'auteur avait dessiné la silhouette d'un érudit vivant en dehors des disputes et s'était attaché à nous prouver la valeur de la pensée intime et l'esprit religieux le plus indépendant. Dans "Homo ludens", Huizinga oppose un nouveau modèle de civilisation aux mythes de l' "homo sapiens" (Linné) et de l' "homo faber" (Bergson).

Telle une fleur délicate, la société résulte des contrastes sociaux: elle en est la convention, la création raffinée, le "jeu" en quelque sorte. En dehors de toute nécessité intrinsèque, l'art et la politique, l'amour et les convenances engendrent l' oeuvre, le geste, la parole, dans une effusion sereine et harmonieuse qui porte sa loi en soi-même.

Cet ouvrage rassemble un grand nombre d'exemples et d'observations sur les "éléments de jeu" qui ont brillé depuis le passé jusqu'à nos jours dans le langage et dans la poésie, dans la peinture et le droit, dans la guerre et dans la science, dans le sport et dans l' amour, tout comme dans la philosophie. Chaque époque historique est examinée "sub specie ludi", sans en exclure la politique actuelle envisagée, elle aussi, comme une vaste partie de cartes propre à offrir des solutions inattendues et, au milieu de tant de contrastes, à faire entrer chacun de nous dans le silence de son intimité morale.

L'oeuvre ne manque pas de souligner combien le dilettantisme fut à la base de la formation philosophique de l'auteur. Elle constitue cependant un recueil de pensées bien significatif et qui nous donne une certaine vision du monde sous un aspect unitaire et rationnel. Par "jeu", il faut donc entendre la force ailée des passions dans sa forme de vie la plus élevée: disons l'oeuvre accomplie par un Ariel invisible et tout puissant sur quelque sauvage Caliban.

Seules, ces "formes" désintéressées de civilisation conservent, à travers le temps, la trace du travail et de la lutte de tant de siècles, tout comme dans le symbole d'une pyramide d' Egypte ou d'un théorème de géométrie se conserve l'acquis de la société la meilleure, même si les erreurs et les contradictions inhérentes à la vie des peuples autant que des individus ne cessent de se multiplier.

La crise politique de l'Europe et du monde dans les années qui correspondent à la montée du nazisme suscita chez lui plus qu'une méditation ; il établit un diagnostic dont la clairvoyance nous émeut encore.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale (1938), c'est dans cet ouvrage de philosophie et de synthèse historique qu'il livre à ses contemporains (et aux générations futures) le fruit de ses méditations ; dans cet "Homo ludens" qui fit aussi le tour du monde, il a prétendu recueillir l'essence éternelle de l'homme - peuples et individus - dans la réalisation d'un style renouvelé sans cesse dans une recherche créatrice qui est le jeu. Comme Érasme avec sa folie, Huizinga introduisait avec le jeu une dimension anti-intellectualiste à l'intérieur même de l'intellectualisme.

N.-B.: 

Dans "La crise de la civilisation" (1935)  il fit allusion aux courants nationaux-totalitaires et leurs mythes. Ce qui lui valut d'être détenu par les nazis jusqu'à sa mort en 1945.

Il y notait: 

"Si le salut vient, il sera dû non pas à la matière et à d'extraordinaires régénérations économiques et sociales, mais à l'esprit et à une purification spirituelle. Les champions d'une civilisation purifiée devront être comme des gens qui viennent de se réveiller de bon matin. Ils devront secouer leurs mauvais rêves. Le rêve de leur âme qui vient de sortir de la pourriture et pourrait bien y retomber. Le rêve de leur cerveau qui n'était que du fil de fer tordu et de leur coeur qui était  de glace. Le rêve des griffes et des défenses qui avaient remplacé leurs mains et leurs dents. Et ils devront se rappeler que l'homme ne peut être une bête sauvage."

Je reparlerai de cet ouvrage ("La crise de la civilisation")

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Commentaire de Quivron Rolande le 1 juin 2014 à 12:28

Je suis entièrement d'accord avec ce processus d'évolution reprise dans cette phrase clef :

"Si le salut vient, il sera dû ........mais à l'esprit et à une purification spirituelle" ...

Vraiment intéressant et très d'actualité.

Vivement la suite..

 Merci Cher Robert Paul.

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