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Au bout du silence........

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                                               Je voudrais apprendre à éteindre tous les mots,

                                                tous les bruits , toutes les voix .

                                                Je voudrais ne plus bouger du tout

                                                 pour danser lentement dans ma tête.

                                                 Je voudrais fermer très fort les yeux

                                                  pour découvrir la lumière de la nuit.

                                                  Je voudrais aller jusqu'au bout de la nuit

                                                   Je voudrais aller jusqu'au bout du silence

                                                    pour entendre sa toute petite musique .

Dédié à Robert Paul  .

                                                                                                                                                   Chantal Roussel

                                                                                                                                   (  texte et huile sur toile , 2014 )

    https://www.youtube.com/watch?v=dTCNwgzM2rQ&feature=share&list=FLCahrsgMM6ON_TAbJIv3b9g&index=8                                               ;

                                                 

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Une brise soupire entre les feuilles molles,

Son souffle alanguissant si doux comme un frisson

Et l'air du soir se fend parmi les ailes folles,

Les vagues bruissements éventés du buisson.

 

Il n'est que le reflet des rais pâles de lune

Accordant sa lumière éteinte entre les bois

Du Parc Solitaire où nous rêvons de l'une

Et l'autre mêmement, deux âmes de guingois.

 

Belle sera la nuit aux longues songeries

Dans les rythmes battants des coeurs à l'unisson;

Et nous nous aimerons baignés de nos féeries

A nos lèvres glanant  des baisers, la moisson.

 

L'Aube nous surprendra dans sa chaleur ouatée,

Nous nos éveillerons à sa jaune clarté;

Aurore étincelante ouvrant l' Heure hâtée

Fera de ce silence un don en aparté.

 

 

Orélien des SOURCES. 

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L'azur du ciel pâlit à l'éclat de la Rose

Et l'or pur du soleil déteint sur son pistil;

L'air s'enivre soudain à ce parfum subtil

Et le vent suspendu, de légers pleurs, l'arrose.

Nature en sa splendeur consent à une pose

Et de ses doigts fleuris affine son profil;

L'Aragne* tisserande a dénoué son fil,

 Aux pieds de Flore, " Amour ", rêveusement, repose.

N'entends-tu pas le chant inaudiblement beau

Du Jardin embaumé plein de vie et de grâce,

Dans les trilles joyeux de l'Ode et du ruisseau?

Printemps et bel Eté, jouïssez de l'étreinte,

L'Automne s'en viendra, en sa lueur éteinte...

Rose, éternelle Fleur, sois mon ultime sceau,

Cassolette du soir lorsque ton âme passe...

Orélien des SOURCES. (R-J L)

- * Aragne: la tisseuse d'illusions

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Le pays d’où je viens JGobert

Je viens d’un pays où la démocratie a baissé les bras, les hommes de l’ombre gèrent la vie de la cité. Ils sont puissants, intolérants, exécrables. Ils dirigent selon leur bon vouloir. La vie s’organise sous leur contrôle. Les puissants sont entourés d’hommes de main qui obéissent à l’aveugle et appliquent les ordres. Ils prélèvent la dîme et font la loi.

 La misère y règne en maître et chacun cherche à s’évader ou à partir. Naïve, je me suis crue plus maligne que les autres. J’ai rencontré un bellâtre qui m’a promis mont et merveille. Dans ce dénuement, j’y ai cru et de belles promesses en mots d’amour,  je l’ai suivi.

Ma famille est honnête, pauvre mais honnête. Mon père, un besogneux travaillant toujours à perte et ma mère élevant mes frères et sœurs qui n’arrêtent pas de se multiplier.  Quand ils ont rencontré Stan, les regards se sont croisés et j’ai senti directement la mésentente s’installer. Mon père ne l’a pas accueilli sincèrement.  Ma mère, avec des cadeaux plein les bras, a été plus vite convaincue et n’a plus émis de difficultés.

Mon père m’a fait la leçon et malheureusement, je n’en ai tenu aucun compte. Dans mon pays, les filles se marient encore et respectent les traditions.  Mais après maintes discussions et avec l’approbation de mes parents, il a été décidé que le mariage se ferait chez Stan,  dans son pays.

Le jour du départ arrivé, c’est en pleurs que tout le monde s’est quitté, moi avec ma petite valise, mes parents avec du chagrin et Stan avec un superbe sourire.

Le voyage commencé parut très long et les gestes de tendresse ont vite disparu. La fatigue aidant, j’ai mis cela sur son compte. Arrive enfin l’endroit où ma nouvelle vie commence. Une petite bicoque mal entretenue et qui me donne la chair de poule. Un frisson me glace et j’aperçois des yeux qui m’épient. Stan me bouscule et j’entre à contre cœur dans cette maison mal éclairée et mal odorante. Je réalise soudain que mon conte de fée a pris fin. A des milliers de kilomètres de chez moi, j’ai le sentiment que rien ne va se dérouler comme prévu.

Après avoir demandé des explications à Stan, c’est une gifle que me fait office de réponse et je m’écroule dans un coin de la pièce.  A partir de ce moment, la vie bascule vers l’horreur et de fiancé, je passe à la violence peu commune d’un homme prêt à tout pour se faire obéir.  Je prends mes quartiers dans une pièce sombre et après avoir hurlé comme une possédée, je reçois le premier d’une longue série de coups qui feront de moi quelqu’un de docile.

Dans la pièce voisine, une jeune dame assisse impassible reste immobile la plupart du temps. Elle aussi a connu le même scénario et est à bout de force.

La société où déambule Stan ressemble à celle d’où je viens, elle est faite d’hommes puissants et généreux. Toujours à la recherche de nouvelles expériences, Stan rabat pour eux le gibier et ils le consomment goulument.

De tristes soirées en rencontres malsaines, la vie a pris un tour des plus cruels. Et de fil en aiguille, c’est sur le trottoir que Stan m’installe pour que je gagne ma vie et que je puisse manger.

Désespérée, pitoyable, minable, j’arpente ce bout de trottoir toute la nuit les yeux rougis de tant de misère. Mes compagnes de boulot sont là aussi.  Certaines n’ont plus d’espoir depuis longtemps et gardent la force de se battre pour subsister.

Pour moi, la vie a pris un chemin où il n’a plus de retour possible. Ma famille a renoncé à moi comme j’ai renoncé à elle. Je m’efforce de ne plus y penser pour oublier mes origines. Je suis de nulle part maintenant. Je n’appartiens à personne sauf à ce bourreau qui me soulève le cœur.

 

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12273012070?profile=originalC'est une brève formule sacramentelle attribuée par la tradition au Grec Hippocrate (460/459-375/351 av. JC.). Au XIXe siècle, les spécialistes mirent en doute son authenticité, en le faisant remonter aux prédécesseurs du grand médecin grec, c'est-à-dire aux Asclépiades, qui se le transmirent en tant que formule d' initiation. Quoi qu'il en soit, on peut la considérer comme relevant de l'école hippocratique. Le "Serment" est un document précieux qui nous révèle que l'art médical, séparé désormais du contrôle sacerdotal, était dès cette époque réglementé par des lois qui en définissaient les responsabilités et les devoirs. En outre, chacune de ses phrases s'inspirant de nobles principes, il démontre la haute considération dont jouissait la profession de médecin, dont Hippocrate, dans plusieurs de ses oeuvres, fait l'éloge et qu'il désigne à l'admiration des hommes. Le "Serment" se compose de trois parties: la première est constituée par une invocation aux dieux, la deuxième renferme un exposé des devoirs du médecin et la troisième l'imprécation. Voici la traduction intégrale du "Serment": "Je jure par Apollon, médecin, Par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivant: Je mettrai mon maître au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas-échéant, je pourvoirai à ses besoins; je tiendrai ses enfants pour des frères et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre. Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté. Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s'en occupent. Dans quelques maisons que j'entre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l'exercice ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire".

 

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L'histoire véritable de Jésus de Galilée

 

 

Il n’y avait plus beaucoup de convives à table.  Après que Jésus se soit levé, Judas s’était levé à son tour. Ils s’éloignaient en se parlant. Judas avait entouré les épaules de Jésus. Pierre avait toujours soupçonné qu’il lui portait une amitié trop marquée.

Il faisait torride. Dès le milieu de l’été, Bethléem est un véritable chaudron. Impossible de sortir, la tête découverte.

 Il se demandait de quoi ils pouvaient parler. Jésus faisait de grands gestes. Il marchait à grands pas. De temps en temps, il se retournait pour parler à Judas qui avait  peine à suivre. Pierre  ne les aimait pas beaucoup ni l’un ni l’autre.

Au début, Jésus et les siens n’étaient rien. A peine un groupuscule qui n’inquiétait pas Jean-Baptiste, le plus entreprenant de tous les leaders qui s’opposaient aux autorités hébraïques.

- Rejoins-nous ; disait-il à Jésus.

Il l’avait demandé à plusieurs reprises mais à chaque fois, Jésus riait.

- Continue de te laver les pieds.

 Il fût un temps où Pierre, l’intendant de Jésus,  s’était demandé si Jean-Baptiste n’était pas plus habile que Jésus. S’il ne valait pas mieux le suivre. Puis, parce que même les romains ne s’en préoccupaient pas,  il avait conclu qu’il ne représenterait jamais rien auprès des hébreux non plus.

Jésus, il le voyait bien, avait une autre allure. Ce n’était pas seulement un tribun dont la voix portait loin mais son discours était original.

- Après la mort, vous serez devant mon père. Il vous jugera. Ceux qui sont les premiers aujourd’hui et ici seront les derniers alors que les plus pauvres, les plus nombreux d’entre nous, seront les premiers, et à la droite de mon père.

Jésus pensait que ce qu’il disait correspondait à la réalité. Il était le fils de Dieu et le roi des juifs.

- Tu ne crois pas sérieusement que ce que tu dis est vrai ?

Judas pensait que Jésus voulait juger de sa rhétorique. Parfois cependant, il avait le sentiment que Jésus était convaincu de ce qu’il disait. Il refusait de n’être que le fils d’un charpentier ?

Il y avait des classes sociales différentes en Palestine. Des marchands, des ouvriers et des paysans, des pauvres et des riches. Des autorités civiles et religieuses. Et des artistes qui, le soir venu, à la lueur d’un feu, amusait un auditoire mélangé qui leur jetait des pièces de monnaie.

Tout le monde se plaignait de la présence des romains qui occupaient le pays. Ils se mêlaient peu cependant de la vie des hébreux. Mais il s’agissait d’occupants dont les distractions étaient différentes de celles qu’appréciaient les hébreux hormis les courses qui réunissaient tous les amateurs dans de vastes stades. Les mêmes stades où se réunissaient les autorités militaires lorsque le représentant de Rome se livrait à des proclamations qui confirmaient son autorité.

Pierre était un fils de marchands. Ce sont souvent les fils de marchands qui sont heurtés par la facilité apparente avec laquelle leur père a gagné l’argent que les fils dépensent si aisément. Ils disent que c’est cet argent qui est la base de toutes les injustices sociales. Les moins nantis cependant, il en était convaincu, c’était leur désintérêt pour l’argent qui était la cause de leur misère. La preuve, c’est qu’ils ne cherchaient pas une meilleure condition.  

Jésus considérait Pierre comme un de ses fidèles parmi les plus dévoués. Judas, c’était autre chose.

Peut- être parce que Judas connaissait la liaison qu’il entretenait avec Myriam ? Et qu’il n’en avait jamais parlé avec quiconque. Même avec Jésus. On peut être le fils de dieu, on en est pas moins un homme. Myriam était belle.

Pierre, lui aussi, était amoureux de Myriam. Peut être voulait-il simplement jouir d’elle ou en faire sa compagne et la mère de ses enfants, qui le sait ? Ce qui est sûr, c’est que la présence d’un autre constitue bien plus qu’une injure qu’on essuie de la main. La jalousie amoureuse, le sentiment qu’un autre jouit de ce qu’on considère comme sa propriété, provoque une haine véritable qui obscurcit le cerveau. Seule la mort du rival permet de jouir aussi fort que ne le fait la possession de celle qu’on désire.

Depuis quelques temps Jésus hésitait entre une carrière politique qu’il devinait croissante et Myriam qui lui devenait indispensable.

Il la prenait par la main, et ils s’éloignaient tous les deux sans prévenir qui que ce soit. Ou bien, il marchait à la tête de ce peuple dont il était désormais le seul roi, un bâton à la main. Il hésitait et jouissait de chacune de ces situations, tour à tour, durant la nuit. La nuit, les rêves n’engagent à rien.

Pierre de son côté  était déterminé à parler avec Myriam.

- Oui ou non, Myriam. Veux-tu être ma compagne ?

- Pierre, tu sais bien que j’en aime un autre.

- Et lui, est-ce qu’il t’aime ?

Il lui prit les mains. Il avait ce regard qui l’avait toujours subjugué.

- Je te trouve belle. Je ferai de toi une femme qui compte. Mon père et moi, nous nous partagerons les affaires. Tu seras fortunée, toi aussi.

Il l’avait prise entre les bras. Elle n’osa pas se refuser. Le sort de Jésus désormais était scellé. Qui donc trahit le mieux sinon celle qu’on aime ?

Il faut le reconnaitre, la plupart du temps l’amour est une comédie. Ce sont les grandes déclarations qui en font une tragédie à même d’émouvoir le peuple.

Pierre était le fils d’un de ces marchands qui occupaient les marches du temple.  Le jour du Shabbat les fidèles s’y pressaient. Les fidèles fortunés occupaient le siège qui leur était réservé durant toute l’année. Ils constituaient une clientèle qui aimait à montrer sa piété et son aisance. En outre, certains membres du Sanhédrin y recevaient  des sommes d’argent destinés à des œuvres. L’entente était bonne entre les uns et les autres.

L’époque était mûre pour la prolifération de véritables sectes dont les chefs haranguaient les fidèles, et se faisaient concurrence. En réalité, ce n’étaient que de boutons d’acné sur le visage imposant de l’empire romain.

 Toutefois, le plus gênant, le seul en vérité, était celui qu’on surnommait le Galiléen, le fils d’un charpentier qui promettait à ceux qui le suivaient de survivre après leur mort dans un paradis géré par son père. Le paradis pour demain : la formule, un véritable slogan, était belle.

Judas lui disait :

- Fais attention, Jésus. Tu te fais des ennemis qui savent qu’ils ont pour eux, et leur conscience et les romains.

- Les romains ? Judas, jamais les nôtres ne leur vendront l’un de nous.

- Ils les vendraient tous s’il s’agissait de sauvegarder leur autorité.

- Le monde n’est pas ce que tu crois, Judas.

- Vivement dans ce monde que tu promets. Ou tout le monde sera beau et gentil. Et recevra en retour tout ce qu’il aura donné ici.

- Tu n’y crois pas ?

-Judas secoua la tête.

- Et toi ?

- A en mourir.

- A en mourir ?

Judas regardait son ami avec commisération. Combien d’êtres humains sont-ils prêts à mourir en contrepartie de la gloire. Ont-ils raison, ont-ils tort ?  Lui-même y rêvait sans doute, ce pessimiste qui ne croyait à rien de ce qu’on lui avait appris de ces ancêtres qui avaient reçu les tables de la loi de Salomon lui-même. Gravées dans le marbre afin qu’elles durent plus longtemps sans doute.

 L’un d’eux,  un nommé Moïse,  leur avait fait traverser la mer rouge  pour les sauver.

Judas était un sceptique, il y en avait déjà un certain nombre. Et s’il accompagnait Jésus, ce n’était parce qu’il était crédule et tenait pour justes les harangues de son ami, presque son frère, mais pour le protéger. Trop de gens se prétendaient ses amis et ses disciples depuis que le succès lui faisait une sorte d’auréole.

Une dizaine d’entre eux se faisaient appeler ses apôtres et jouissaient de sa notoriété. L’un d’entre eux pour montrer son courage et sa dévotion n’hésitait pas à repousser ceux qui l’approchaient de trop près, un fils de marchands au langage châtié, un certain Pierre dont Judas se méfiait. Ses paroles coulaient de source sans aucune difficulté. Judas se méfiait des beaux parleurs.

A dire vrai, Pierre n’était pas celui qu’on croyait. L’amour qu’il portait à Myriam et la jalousie qu’il éprouvait à l’égard de Jésus l’avaient transformé. Qu’il retourne dans son royaume des cieux, pensait-il. Il le dit un soir qu’il était chez son père ébahi de retrouver ce fils dont il avait craint qu’il ne faille de nombreuses années avant que ne vienne la maturité. Cette maturité qui ne reconnait qu’un seul dieu sur terre : l’argent ! C’était l’époque durant laquelle Ponce Pilate, l’envoyé de Rome, dirigeait le pays des juifs.

Ponce Pilate n’aimait pas la mission que Rome lui avait confiée. Rome ? En réalité des rivaux qui de la sorte l’avaient éloigné du Pourvoir. La plupart du temps, il voyageait ou restait confiné dans sa luxueuse demeure

Entouré de ses serviteurs les plus proches et de quelques juifs qui lui relataient la chronique avec une sorte d’humour assez particulier, et qui le faisait rire même après leur départ. Le père de Pierre était l’un d’eux. Un jour, il se plaignit.  

- Ce Galiléen, une sorte de terroriste habile qui prétend être contre les marchands alors que ce sont ceux-ci qui nourrissent les pauvres. En réalité il combat les romains.  Il ne vaut pas mieux que les deux voleurs qui seront crucifiés demain.

- Pas mieux ?

Ponce Pilate méprisait ces juifs qui lui dressaient un tableau assez complet du territoire qu’il administrait. Il n’était pas assez naïf  pour croire tout ce qu’ils lui disaient mais un échange de propos anodins lui permettait de savoir l’essentiel.

Ici, semblait-il, il s’agissait de l’élimination d’un citoyen juif un peu trop bruyant au goût des autorités. Ponce Pilate décida de fermer les yeux puisque des juifs eux-mêmes, des citoyens parfaitement honorables, fermaient les leurs.

Un certain Jésus, un galiléen dont il suffisait de faire courir le bruit qu’un des siens l’avait dénoncé. Pour de l’argent. Trente deniers, disait-on. Il sera crucifié parmi d’autres voleurs.

Ponce Pilate se leva pour se laver les mains, un tic qui le prenait à chaque fois qu’il tendait la main à baiser à certains d’entre eux.

 

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«...Lune Pleine...»

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Et là, tout au fond de la vallée inondée de lune pleine se jouait une mystérieuse symphonie d'ombres vaporeuses s'étirant de partout, s'envolant vers le firmament, revenant vêtues de larges auréoles lumineuses folâtrant, telles de géantes lucioles, entre les arbres bercés par les vents, et sur les fleurs endormies dans les champs, allant se mirer dans la psyché tranquille de la rivière toujours progressant en mouvements chantants. Elles se déplaçaient, et se courbaient, et se redressaient avec grâce, et lenteur, et souplesse, et ondoyaient, se transfiguraient en corolles animées de lents mouvements harmonieux.

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Une féerie secrète dont j'étais seule témoin s'animait autour de la planète. Et tandis que les petits et les grands et les vieux, indifférents au spectacle, partout alentours dormaient dans leurs chaumières, la lune prenait possession des cieux et de sa lanterne magique faisait naître des faisceaux précieux hors desquels venaient sourdre d'hiératiques mélopées reprises en chœurs murmurés par la voix des étoiles qui l'environnaient pendant que ses rayons allaient se joindre aux ombres qui, prises dans leurs charmes, se mariant aux musiques célestes, glissaient parmi les cimes des grands sapins dessinant la ligne d'horizon au loin sur les crêtes des vallons allant, s'évaporant, s'évadant, s'effaçant contre le noir de la nuit...

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Où j'aspirais à les rejoindre. Où je les suppliais de m'emporter. Les priais, à genoux les priais, mains levées vers elles leur quémandais charité, les implorais de ne pas s'en aller sans me prendre avec elles, de m'enlever, de ne pas me laisser prisonnière de cette terre si avide de mes larmes et de mes cris, et de ce cœur endolori qui bat en moi à grands coups violents d'appels à l'aide que nul n'entend. Ni mes plaintes. Ni mes vocables semblables à d'incandescentes escarbilles se métamorphosant en vers et en couplets de pleurs s'éparpillant, voletant et s'effritant au gré des ondes en fines particules de buées cristallines point d'écho ne trouvant.

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Car le monde est sourd.

Replié sur lui-même.

Et si méchant.

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Mais là, soudain, la nuit déjà se finit. Et la lune pâlit, faiblit, expire, s'éteint. Et le jour, voilà le jour qui parait. Et toute ma rêverie s'y engloutit. Et mon espérance de m'évanouir en elle pour l'éternité. Alors je me pétrifie, céans, contemplant les prés et les sentiers se faisant livides sous le levant. Condamnée à rester au sol. Muette. Car à qui irais-je les raconter mes secrets récits d'enfant triste connus rien que de moi ?

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Et je frémis.

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Sachant qu'il me faudra attendre à nouveau, attendre, attendre une fois de plus la prochaine nuit, et tant d'autres après et encore, je le devine, jusqu'à ce qu'enfin un soir au couchant venant, l'une d'elles, l'ultime, veuille bien m'élever pour toujours vers la grande étendue des silences où les rayons de lune me tiendraient par la main, où les étoiles me guideraient sur ses chemins, où les ombres alanguies m’entraîneraient en valsant, m'unissant à l'espace, me délivrant de ces souvenances si navrantes qui me hantent, les diluant en pensées cosmiques ignorées de ceux-là dont l'imaginaire, si dépouillé de lumières, oncques ne voit ni ne sait ni n'apprend...

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R_B

© Marchienne-au-Pont ce 25 mai 2014

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L'implacable fatalité

 

Propos

Les animaux ne trichent point.

Ils sont tels qu'ils nous apparaissent,

Agissant selon leur espèce.

Lors, on s'en protège au besoin.

La cruauté attribuée

Aux bêtes les plus sanguinaires,

Et qui n'a rien d'imaginaire,

Par les humains fut dépassée.

Ceux-ci partagent un espace,

Doivent y observer des lois.

S'ils les enfreignent quelquefois

Ils se retrouvent en disgrâce.

La haine, redoutable fléau,

Se répand et agit partout,

Elle crée des millions de fous,

Qui semblaient pourtant comme il faut.

Ce qui peut rendre vulnérable

Est certes de rester confiant.

Que l'on soit ou non vigilant,

Le sort est souvent implacable.

On est averti, on oublie.

Ce, pour ne pas vivre obsédé,

Ni au pessimisme céder.

On s'endurcit, on se délie.

24 mai 2014

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Histoire d'un juif.

 

 

 

Il y a longtemps que je souhaitais d'aller en Israël. Non pour y vivre comme Hector qui en était revenu, ni comme Michel qui y était enterré. Je me demandais si Israël ressemblait à l'idée que je m'en faisais. Un Israël mythique avant d'être un territoire.

C'est l'image qui me venait sous la plume. Une terre où des intellectuels s'étaient faits agriculteurs, envahie par des malheureux qui n'avaient pour but que de vivre comme des êtres humains après avoir vécus comme des bêtes.

C'était aussi une formule qui pouvait s'inscrire dans un article. Mais dans cet Israël là, terre de Sion et des Hébreux,  les palestiniens avaient une présence qui tenait du théâtre, et perturbait mon raisonnement.

Peut être que l'incroyant que j'étais avait envie de mettre ses pas dans ceux du christ.

Le rédacteur en chef avait approuvé.

- Un article sur Israël, ce n'est pas une mauvaise idée. N'oubliez pas de parler des Arabes.

Je suppose qu’il y en avait, mais je n'ai pas rencontré d'Arabes en Israël. A Jaffa peut être, à proximité de la mer, dans un établissement semi-restaurant, semi-bistrot, où un employé du consulat m'avait invité à manger une friture. C'était à la fois le patron et le serveur.

- Il n'est pas juif? Je ne vois pas de différence entre lui et ceux que vous appelez des Sabras.

- Je n'en vois pas non plus. Il n'est pas juif, c'est sûr, mais les israéliens ne sont pas juifs non plus, dans leur majorité je veux dire. Ils ne sont pas très portés sur la religion, vous savez. Et ils n'apprécient pas tellement les juifs qui ne vivent pas en Israël, religieux ou non. C'est une nation qu'ils s'efforcent de créer. Ils prétendent d’ailleurs, pour se distinguer des juifs de l'étranger, qu'ils ne sont pas juifs mais israéliens. Cet homme là, il est israélien, si vous lui posez la question.

-  C'est compliqué d'être juif. Mon père disait qu'un juif, lorsqu'il veut se gratter l'oreille gauche passe le bras droit derrière la tête. C'est pour eux qu'on a inventé la formule: pourquoi faire simple quand on peut faire " compliqué ".

-Tu es juif, toi aussi?

C'était un garçon de grande taille, blond et les yeux rieurs.

- Pourquoi. Je n'ai pas le type?

Je suis resté trois jours en Israël. Le temps de mettre mes pas, effectivement, dans ceux du christ, et de visiter Jérusalem où se côtoyaient juifs orthodoxes et arabes.

L'article que j'ai écrit en rentrant, après un tableau d'ambiance, insistait sur l'entente des juifs avec les arabes, et celle des arabes avec les juifs. Deux peuples sans doute, mais une seule nation. J'en ai eu beaucoup de compliments.

Lorsque des amis m'ont proposé d'adhérer aux amitiés belgo-palestiniennes, j'ai signé une pétition qui prônait l'amitié entre les peuples, et j'ai proposé d'assister à un colloque qui devait avoir lieu au Caire.

Finalement, je ne suis pas parti. Jean Clément, un jeune avocat qui était devenu mon ami, le secrétaire du mouvement, après une réunion du bureau, m'avait demandé de rester. Il avait l'air ennuyé.

- Ca ne va pas, Jean?

- Ils ne t'ont pas accordé de visa.

- Quel visa? Qui ça ils?

- Ce n'est pas notre faute, Pierre. Ils m'ont téléphoné de l'ambassade. Ils disent que ce ne serait pas indiqué qu'un juif participe à ce colloque, au Caire.

- Ils t'ont demandé si j'étais juif? Tu leur as dit que j'étais juif? Je rêve, dis-moi. C'est la guerre, et les allemands sont toujours là.

J'avais le cœur qui battait, mes joues étaient brulantes.

- Je t'en prie Pierre. J'ai demandé tous les visas, pour chacun d'entre nous, dans le même courrier, en même temps. C'est ton nom qui les a frappés. Je ne savais même pas que c'était un nom juif. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si tu étais juif ou non. Et même si tu es juif, c’est ton droit, ça n'empêche pas.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait.

- Pour le bien du mouvement, les choses sont déjà tellement avancées, et nous avons des idées à défendre, je pense que tu aurais fait comme moi, j'ai dit: d'accord.

Le colloque, à ce que j'ai appris, avait été un succès. On avait cité la délégation belge dans la presse, et un officiel avait félicité Jean pour la hauteur de son intervention. J'aurais été satisfait, Jean avait utilisé certaines de mes formules dans son intervention.

Je n'ai plus participé aux réunions du bureau.

Un jour, j'ai cessé de proposer des articles au rédacteur en chef du journal. Je suis retourné à l’anonymat du secrétariat de rédaction. Je n’avais plus à me préoccuper de la signature apposée au bas de l’article. Pierre Berger en entier ou les seules initiales P.B. Il paraît que monsieur Balder, le patron du journal, en avait été surpris. Il aimait bien la manière dont, en quelques lignes, j'évoquais une atmosphère, une ambiance.

- En quelques lignes, Pierre se fond dans un milieu. On dirait qu'il en fait partie.

Oui, pensais-je, mais qui est Pierre?

Hélène était une collègue de bureau. Séparée de son mari, sans enfant, elle restait assez tard au bureau. Moi même, je ne quittais le journal que lorsque les rotatives étaient prêtes à tourner. Ensemble, nous allions prendre un verre avant de rentrer. Nous nous sommes mariés au désespoir de ma mère. 

- Souviens-toi. Lorsque nous avons passé la frontière en 1942. Souviens-toi des soldats allemands. Est-ce qu’elle aurait risqué sa vie pour toi ? Seule une mère juive est capable de le faire. Est-ce qu’elle risquerait sa vie pour quelqu’un dont tous ses frères disent qu’il n’est pas leur semblable ?

Et moi, pensai-je, est-ce que j'avais réellement envie d'être de ce peuple dont l'histoire baigne dans le sang?

Nous étions mariés depuis près de vingt ans lorsque les prémices du cancer se sont déclarés. Nous n'avions pas d'enfants. J'étais d'une génération où on associait les mots enfant à ceux de guerre et de mort. On disait: faire des enfants afin de nourrir la guerre. Ce sont toujours les jeunes qui meurent à la guerre.

Les vieux, en général, et les généraux, si je puis me permettre cette plaisanterie éculée, meurent dans leur lit. C'était ainsi durant les guerres des anciens temps. Les jeunes ne craignent pas la  mort. Les vieux, si! Ils ne craignent pas cet accident aussi absurde que celui de la naissance, ils craignent de ne plus vivre. Chaque jour dépose des images alluvionnaires dont on ne distingue plus les odeurs. Bons ou mauvais souvenirs, elles prouvent que vous avez existé.

Les jeunes ont moins de souvenirs que leurs ainés. Par contre, ils sont convaincus d'être la substance d'un grand dessein. Ils savant qu'ils ne peuvent pas mourir avant que ce dessein ne se réalise. Même sous les bombardements, à plat ventre sur le sol, je levais les yeux au ciel, et une étrange exaltation soulevait ma poitrine. Je ne pouvais pas mourir. La preuve, c'est que j'ai survécu durant de nombreuses années, et que je vis encore.

Hélène, elle, n'était pas immortelle. Proche de la mort, elle n'avait pas été animée d'une exaltation particulière.

Jusque là, je ne savais pas à quel point j'aimais ma femme. Le soir de notre mariage, comme des esprits forts, nous ne nous sommes pas juré de nous aimer toute la vie.

- Le plus longtemps possible.

Qui, en effet, peut prévoir l'avenir. Pour Hélène, j'ai été celui qu'elle à aimé jusqu'au dernier de ses jours.

Lorsque ma mère est morte, c'était quelques mois avant la mort d'Hélène, je n'ai pas éprouvé la sensation de vide que j'ai éprouvé à la mort d'Hélène. Peut être parce qu'il est naturel que les plus âgés meurent avant les plus jeunes, et contribuent ainsi à un juste équilibre des générations. Quand c'est le contraire qui se produit, il n'y a plus d'équilibre, et on aboutit à une civilisation de vieillards, sans beauté, sans énergie et sans courage.

Mon père est mort quelques mois après la mort d'Hélène. Je ne le lui avais pas dit. Il n'avait plus toute sa tête, comme on dit, Il méritait que les images qu'il voyait, les propos qu'il entendait ou croyait entendre, autant que ceux qu'il tenait lui-même, le ramènent aux époques de sa vie qu'il choisissait selon ses envies. Ou selon ses errements.

Il m'avait raconté la fin heureuse de l'un de ses amis. Agé de plus de quatre-vingt cinq ans, il avait marché entre les rails, à la rencontre des trams. En levant sa canne, il criait:

- Ce tram est à moi, de quel droit vous en servez-vous?

Des agents de police l'avaient entouré, il avait été placé dans un asile, et il était mort heureux, persuadé qu'il était propriétaire d'une flottille de tramways.

Cette année là, j'ai beaucoup côtoyé la mort. Je n'avais plus d'attaches réelles. Je me retrouvais seul comptable de ma vie. C'était une année curieuse. Je revoyais mon passé comme s'il s'agissait d'un film tourné à l'envers. Un de ces vieux films d'actualités qui ressemblaient à ceux de la naissance du cinéma. Les personnages couraient, les gestes saccadés. Tout semblait caricatural. Mais les morts, de plus en plus nombreux, ne se relevaient pas à la fin du spectacle.

Je me suis posé la question. Ces hordes humaines traversant la scène en tous les sens, étaient-elles liées a des images encore récentes, ou avaient-elles marqué ma mémoire, parce qu'elles se répétaient depuis des siècles?

Je me suis souvent demandé à quoi on pouvait reconnaitre qu'une guerre allait survenir. Pas une de ces petites guerres qui depuis quelques temps surviennent à différents endroits de la planète. Une guerre sérieuse avec des ennemis suffisamment proches pour qu'ils puissent se réconcilier rapidement. Que les survivants puissent se demander pourquoi ils se sont fait tuer.

Ce sont des guerres normales dont on enseigne la stratégie dans toutes les bonnes écoles militaires. Sans se préoccuper de la nationalité de l'auteur qu'on étudie.

Pour les juifs, durant la dernière guerre cela n'avait pas été pareil. Durant les guerres d'une certaine ampleur, comme il se doit, ils étaient assimilés d'office à la communauté de leur pays. Il arrivait que durant un assaut, un juif tuât un juif à l'uniforme différent du sien. Il en était profondément désolé, il répondait Sheema Israël à celui qui criait avant de mourir Sheema Israël. C'était le prix à payer pour continuer d'être l'homme d'un pays. Durant la dernière guerre, quel qu'ait été leur pays d'origine, il n'y eut pas de bons ou de mauvais juifs. Pour un grand nombre d'êtres humains, ils étaient tous mauvais. Tous, il fallait les éliminer. Durant cette guerre là, aucun de ceux qui sont morts n'a eu droit à une mort honorable. Ni à l'endroit où des proches survivants auraient pu se recueillir sur leur tombe. Ce n'est pas juste.

Je m'étais étendu sur l'herbe comme je le faisais de plus en plus souvent dès que le temps le permettait. La sonnette a retenti. Je n'attendais personne. C'était Hector que je n'avais plus revu depuis son départ pour Israël. Lorsqu'il en est revenu, il s'était engagé dans une firme dont les activités se développaient au Congo. Jusqu'au jour de l'indépendance du Congo, et du départ forcé des coloniaux. Les nouvelles que j'avais eues de lui l'avaient été par pur hasard.

- J'ai appris que ta femme est morte. Je suis désolé, Pierre.

Il paraissait ému. Il parlait comme si nous nous étions quittés la veille.

J'ai toujours partagé ma vie en périodes que, sans le vouloir sciemment, j'oubliais dès qu'une autre commençait. C'était une méthode qui permettait de vivre longtemps. Presqu'en paix.

Pourquoi suis-je vivant? Et non pas ceux qui ne sont pas morts de mort naturelle. Ils auraient eu mon âge aujourd'hui.

Parce qu'ils étaient juifs? Mais, c'est quoi un juif? Je me souviens que j'avais huit ans, lorsqu'à l'école primaire, un condisciple m'avait crié: "sale juif".

Le jour de la prochaine commémoration à Auschwitz, j'accompagnerai les organisateurs. Vers la fin de l'après-midi, je me rendrai à la baraque la plus éloignée. Je m'étendrai sur un des châlits. Peut être que c'est ma place que je retrouverai. Celle qui encombre ma mémoire. Peut être que c'est ce qu'ils veulent, ceux qui me regardent comme si je n'étais pas tout à fait l'un des leurs. Comme s'ils attendent cependant de moi que je leur dise quelque chose. Quelque chose que nous ne comprenons pas ni les uns ni les autres. Mais qui est important.

Je me souviens d’un poème écrit par un poète qui s’est suicidé à l’âge de trente-trois ans, l’âge d’un juif crucifié.

Il disait : je suis un nuage en pantalons.

 

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                     FLORENCE PENET OU LA COULEUR FAUVE DES REVES

 

Du 21-05 au 08-06-14, se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) une exposition consacrée à l’œuvre de Madame FLORENCE PENET, intitulée ENTRE REVES ET REALITE. Il s’agit d’une jeune peintre Française dont la sensibilité se marie à l’onirisme par une sémantique dictée par la couleur.

A l’instar du « Voyage en Italie », à la Renaissance et de celui en Orient, au 19ème siècle, l’Imaginaire est-il devenu, aujourd’hui, l’étape majeure de l’exploration créatrice ? Un imaginaire servant d’humus à un état d’Etre que FLORENCE PENET qualifie de « rêve ». La particularité de cette exposition réside dans un fait révélé de façon extrêmement discrète, susceptible néanmoins d’en dire très long au sujet de l’artiste, à savoir l’adéquation existante entre les titres et les œuvres qu’ils mettent en exergue. D’emblée dans l’intitulé de l’exposition, l’artiste donne un pluriel au mot « rêve », tandis que le mot « réalité » demeure au singulier. Est-ce à dire qu’il n’y a qu’une seule réalité dans l’univers de l’artiste ? Le terme « rêve » est fort approprié  car tout dans son œuvre se définit à partir, non pas d’un brouillard, mais bien d’une perception « brouillée », offrant une image qui ne serait pas « mise au point ». Le visiteur doit lui-même « régler » sa focale oculaire pour la rendre perceptible. Mais faut-il réellement mettre ces images « au point » ? Ne sont-elles pas assez vivantes, oniriques et réelles en leur état ? Leur « réalité » est faite de suggestions et la sensibilité du visiteur fait le reste en leur conférant une histoire, voire une fonction qui la raccroche à quelque chose de connu. L’évocation de tout ce que nous portons en nous saute aux yeux du visiteur dans toute la gamme des tonalités. L’artiste ne se cantonne pas dans la monochromie. Les couleurs qu’elle utilise varient du rouge vif : FAUVES (80 x 80 cm – huile),

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INCANDESCENCE (80 x 80 cm – huile sur toile)

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au bleu en différentes tonalités : DREAMING (73 x 92 cm – huile sur toile),

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en passant par le jaune, le blanc : PARFUM D’ORIENT II (50 x 65 cm – huile sur toile)

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et le vert en dégradés : MYSTIQUE (73 x 92 cm – huile sur toile).

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A cette vision brouillée s’ajoute, d’un point de vue conceptuel, un déphasage prémédité en ce qui concerne la mise en perspective d’une idée d’architecture planifiée dans ce que l’artiste nomme les « carrés déstructurés ».

Il s’agit d’une conception architecturale augmentant la perception d’un déséquilibre contrôlé pour mieux égarer le regard du visiteur, à l’instar de PARFUM D’ORIENT II et III (déjà mentionnés). Ces « carrés déstructurés » trouvent leur origine dans INCANDESCENCE (également mentionné), à peine perceptibles dans l’effervescence de la dominante rouge. Ces carrés servent de structure de départ pour débuter la construction picturale. Ils contribuent à donner également un côté « vieilli » (comme elle l’avoue) à la toile. Ce côté « vieilli » est intéressant car il renforce la dimension onirique de l’intemporel.

L’œuvre de FLORENCE PENET se singularise par une abstraction toute personnelle. Les teintes usitées conduisent vers un lyrisme où l’émotion se scande en motifs chromatiques à un point tel que l’on pourrait presque parler  de couleurs musicales, tellement les images sont évocatrices d’atmosphères et de sons. 

Néanmoins, dans toute création, il y a (souvent) un titre. Et ce titre fait partie intégrante de l’œuvre. Comme nous l’avons noté plus haut, il l’accompagne et dans bien des cas lui confère un sens. Concernant cette artiste, les titres deviennent des invocations.

PARFUM D’ORIENT  II (avec ses senteurs arabesques), DREAMING (évoquant une mise en scène de l’onirique -  déjà mentionnés), PORTE DE NACRE (54 x 73 cm – huile sur toile –

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où la note blanche, presque diaphane, règne en maîtresse), mettent en quelque sorte, le visiteur « sur la piste ». Bien sûr, les émotions exprimées sur la toile appartiennent à la créatrice, celle-ci insiste sur le fait que le regardant voit dans ses œuvres ce qu’il veut bien y voir. Mais le fait de les intituler avec une telle précision interprétative fait que celui qui les regarde se reconnait, indépendamment de sa volonté, dans le voyage initiatique de l’artiste. 

DREAMING offre une subtilité complémentaire concernant le titre : il est écrit au present continous de la grammaire anglaise, ce qui laisse penser que l’image ne s’arrête pas à sa seule existence : elle se poursuit à la fois par sa présence mais aussi dans le rêve du visiteur. Elle se poursuit même au-delà de toute reconnaissance, par le simple fait qu’elle a été peinte. 

FLORENCE PENET se laisse guider par la conception de couleurs « improbables » comme elle aime à le dire, pour atteindre l’harmonie.

Ce flamboyant dégradé de vert nous offrant une image paradisiaque de la vision dont l’artiste se fait du MYSTIQUE (73 x 92 cm – huile sur toile),

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plaide pour cette « improbabilité ». Une fois encore, il y a adéquation entre l’œuvre représentée et le titre qui la définit dans un imaginaire commun unissant le peintre et le spectateur.

Cette œuvre constitue à elle seule un tour de force : l’utilisation du bronze dans la partie supérieure droite obscurcit l’espace pictural à bon escient pour se répandre dans la partie inférieure droite. Le centre de la toile est irradié par le doré jusqu’à descendre vers la partie inférieure gauche. L’espace restant constitue une expérience à la fois alchimique et spirituelle dans la création d’un ensemble de dégradés de vert. Il fallait pour ce faire doser adéquatement le doré pour que le contraste avec l’ensemble chromatique aboutisse vers l’harmonie, en évitant les effets disgracieux dû au choc incontrôlé des couleurs. Remarquons l’absence de couteau pour travailler la matière : tout est lisse comme la surface d’un lac.

Ce qui contraste radicalement avec DREAMING dont la matière épaisse domine à proprement parler l’ensemble de la composition.

Il y a, outre la symbolique des couleurs, une véritable mystique de ceux-ci.

Le doré, la note jaune portée à son extrême symbolisant déjà le besoin d’amour et de chaleur humaine, transpose ici la fascination pour l’Orient mystique dans une approche participative de l’âme.

Le rouge fauve d’INCANDESCENCE nous dévoile la passion. Le bleu de DREAMING est une métaphore de l’eau conduisant au bout du rêve, lequel n’est pas encore le réveil mais l’état onirique porté à sa plénitude.

Autodidacte et fière de l’être, FLORENCE PENET peint par passion. Ayant une formation juridique, la peinture n’est pas qu’un simple « à-côté » mais bien une activité qui absorbe actuellement la totalité de son temps.

Elle a toujours baigné dans un univers où l’Art bénéficie d’une importance majeure. Sa mère a fréquenté les Beaux Arts. Ce qui, même autodidacte, lui a assuré une formation sérieuse.

Elle travaille essentiellement à l’huile. Après avoir réalisé beaucoup de glacis au niveau du fond, elle multiplie les couches en leur assurant les mêmes teintes dans le but de leur conférer une harmonie.

Elle utilise très peu le couteau. Concernant la conception de la matière, elle utilise parfois de la poudre de marbre comme pour les légers dégradés clairs de DREAMING se mêlant au bleu.

Ayant commencé par l’abstrait, elle s’est dirigée vers un univers qui fait appel à la concrétude du connu comme dans la savante utilisation du bleu rappelant un état entre le ciel et la mer.

Aucune préméditation ne l’anime. Une fois devant sa toile, elle se laisse guider par cette force qu’interprète l’instrument de la couleur. Le rêve n’est pas préconçu. Il s’agit d’un art brut, non pas dans le sens où l’entendait Dubuffet (un art conçu par un autodidacte privé de contexte culturel) mais bien dans le sens qu’il n’a subi aucune gestation intellectuelle. Comme le disait si justement Pier Paolo Pasolini : « Pourquoi peindre une image qui s’est déjà matérialisée dans le rêve ? N’existe-t-elle pas déjà ? ».   

Il n’y a plus aujourd’hui aucune ligne de démarcation entre l’abstrait et le figuratif dans le parcours de l’artiste. Et ses couleurs « improbables » rendent notre perception d’une fluidité certaine car si les rêves sont multiples, la réalité, seule et rigide, mais déformée par la force de la couleur, les transcende tous et les rend « matériels » sur la scène de la toile.

Tout dans l’œuvre de FLORENCE PENET se mélange dans la pâte de l’émotion.

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Collection "Belles signatures" (© 2014, Robert Paul)

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.

 

A voir: 

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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Florence Penet et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles (21 mai 2014).

(Photo Robert Paul)

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BRAVO !

Le violon pleure et la harpe le console

Puis dans le soir, elles montent, ces deux voix qui s'envolent

On part pour un voyage qui est subtil et fou...

Et voilà qu'on s'embarque, c'est bien plus fort que nous!

De l'Espagne à Moscou, on visite l'Irlande

Et l'on se sent pousser envie de sarabande!

La maîtrise des notes enchante nos oreilles

Un peu d'humour en sus, alors oui, c'est merveille!

Bravo!

J.G. 

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Le prix de la liberté.

 

Sa mère et Alexis avaient fui la Hongrie communiste en 1956, il n’était encore qu’un enfant de dix ans à peine. Son père, Peter Ferdman, professeur de philosophie, avait été arrêté pour ce qu’ils avaient nommé, au Parti, déviationnisme. C’était le mot à la mode durant ces années là. Par la suite, sa mère apprit que le juge qui l’avait condamné à trois ans de rééducation, c’était peu somme toute, était juif lui aussi.

Lorsqu’elle reçut officiellement l’asile en Belgique, un permis de travail et des papiers d’identité, elle se nommait Fermant et non Ferdman. Sur les formulaires, c’est de cette manière qu’elle avait orthographié son nom. Elle avait le sentiment qu’un nom à consonance juive était comme une étoile qu’elle se mettrait elle même sur la poitrine.

Son mari avait choisi d’être communiste avant même que la guerre ne se soit achevée. C’était sa façon à lui de lutter pour un monde où on ne distinguerait plus les juifs de ceux qui ne l’étaient pas. Et parce que les hommes ont besoin d’une communauté spirituelle, le communisme à y bien réfléchir en était une lui aussi, et de permettre aux hommes d’adhérer à celle qu’ils souhaitaient.

Alexis était un garçon travailleur. En bon élève, il n’abandonnait ses devoirs que lorsqu’ils étaient achevés et ses leçons que lorsqu’elles étaient parfaitement apprises. Au sortir des études secondaires il était prêt à entamer brillamment des études universitaires et de devenir le meilleur de sa promotion. C’était son ambition et celle de sa mère.

Son père n’était jamais revenu. L’aura de ce père broyé pour ce que des journaux appelaient des convictions politiques et que d’autres au contraire  dépeignaient comme des trahisons, rejaillissait sur Alexis.

Ses études de médecine, il les avait entamées et poursuivies pour obéir à sa mère. Elle pensait que, en tant que médecin, il serait réellement indépendant, que son savoir-faire suffirait à le faire vivre sans être attaché à un endroit précis, qu’il serait toujours prêt à partir une valise à la main et que de plus il serait utile à d’autres humains. Etre utile à d’autres, elle pensait que c’était nécessaire pour vivre.

Dès qu’il eut prêté serment, ce ne fût pas trop long parce qu’il avait choisi d’être généraliste, sa mère dit que c’était le plus beau jour de sa vie. Lui se chercha un emploi où on maniait l’argent comme une marchandise.

- Si tu veux gagner de l’argent ne fais pas commerce de marchandises, il y en a toujours une partie qui se dépréciera, fais commerce d’argent.

Son premier emploi, ce fût chez un agent de change qui lui apprit à échanger des devises, à reconnaitre des monnaies rares, et de disposer même de celles qui n’étaient autorisés que dans leur pays d’origine.

Un an plus tard, il avait vingt-quatre ans, il épousait Alice. Elle n’est pas juive, avait dit sa mère, j’espère que tu ne le regretteras pas.

- Je ne suis pas juif non plus, maman. En tout cas, je ne veux pas l’être. Je ne vois pas la différence. Alice est chrétienne comme moi je suis juif mais comme moi, elle ne croit pas en Dieu. Et nos enfants ne seront ni l’un ni l’autre, uniquement des garçons ou des filles.

Ils formaient un beau couple, tous les deux. Sur l’une des photos prises lors de leur mariage il tenait Alice à bout de bras comme un trophée, et Alice avait la bouche ouverte photographiée en plein fou rire.

Cela n’avait pas été ce qu’on appelle un grand mariage. Une vingtaine d’amis avaient été invités, quelques jeunes gens et l’employeur d’Alexis. La maman d’Alexis assise à un bout de la table paraissait intimidée. Les parents d’Alice par contre étaient joviaux,

- C’est le plus beau jour de notre vie, enfin peut être que le plus beau a été celui de la naissance d’Alice.

Le père d’Alice bégayait un peu. Il avait les joues rouges et le regard troublé par la boisson. On ne marie pas sa fille tous les jours, avait-il répété.

- Désormais, tu es mon fils, Alexis. Et que tu sois juif, ça m’est complètement indifférent. Nous sommes tous frères. Enfin, toi tu n’es pas mon frère, tu es mon fils.

Il avait serré Alexis dans ses bras.

Vint ans après le génocide des juifs en Europe, Israël, ce minuscule Etat de misérables survivants, était la victime d’une coalition d’Etats arabes qui voulait les rejeter à la mer.

C’est Alice qui m’a raconté ce que fut leur vie de couple à cette époque et qui m’a dépeint la transformation mentale d’Alexis.

- Ils ne nous pardonneront pas d’être juifs.

Il avait fait un don à une organisation qui recueillait des fonds pour soutenir l’effort d’Israël. C’était une petite structure créée pour l’occasion. La secrétaire, une jeune bénévole, lui demanda d’en être le trésorier. N’était-il pas agent de change.

- Tu sais, nous, les questions d’argent, ce n’est pas notre fort.

Elle s’appelait Rachel. Elle avait des cheveux noirs bouclés, le teint mat, le nez légèrement busqué, somme toute le profil parfait des filles de Sion. C’est elle qui le disait en riant.

- C’est ma mère qui est juive. Mon père est le descendant d’une famille catholique où on allait à la messe le dimanche. Il a fait ses études secondaires chez les Jésuites puis, Dieu sait pourquoi, le doute l’a saisi.

Avec Rachel, la plupart des conversations finissaient par des rires. Elle faisait les choses sérieusement mais sans y mettre de la gravité.

-Tu comprends, Israël, c’est notre dignité retrouvée. Un jour, j’irai vivre en Israël. Mais ma mère veut que je termine mes études.

- Tu es pratiquante ?

- Je ne vois pas le rapport. Et toi ?

Elle était devenue sa maîtresse un peu plus tard. La guerre s’était terminée, et ils avaient fêté la victoire ensemble. Il ne voulait pas penser à Alice.

Il ne savait pas pourquoi il était tombé amoureux de Rachel. Tombé était le mot juste d’après lui. C’était comme durant ses rêves d’enfant lorsqu’il tombait dans un abyme sans fin incapable de se retenir aux parois.

Avec Rachel il participa aux activités d’un cercle de jeunes gens qui rêvaient de « monter en Israël » après qu’ils auraient achevé leurs études supérieures. Dans les kibboutz, ils travailleraient de leurs mains avec de plus leur savoir. Ingénieurs, agronomes, biologistes, architectes, ils seraient plus utiles à leur future patrie que de simples paysans. Les temps n’étaient plus ceux des fondateurs même s’ils étaient toujours ceux des guerriers. Ils discutaient avec la conviction de ceux qui n’ont d’autre issue que la victoire ou la mort.

A chaque fois qu’ils se réunissaient pour parler d’Israël, c’était un affront qu’ils lavaient. Ils s’étaient posé la question avec beaucoup de sérieux, elle figurait à l’ordre du jour de la réunion de ce soir-là : fallait-il baptiser leur cercle du nom de« Massada » ? Faute d’unanimité, ils reportèrent la question à une prochaine réunion.

Alice éprouvait une sorte d’angoisse. Alexis se montrait toujours aussi prévenant mais on eut dit qu’il se conformait à un devoir.

C’était la fin de l’été. L’air était chaud et humide. Dans leur chambre, Rachel et Alexis avaient ôté leurs vêtements. C’est à moitié nue, et Alexis en slip, que Rachel lui annonça qu’elle allait poursuivre ses études aux Etats-Unis.

- Aux Etats-Unis ?  Mais moi ?

Elle s’efforçait de dégrafer son soutien-gorge.

- C’est mon père qui le veut. Il ne comprend pas que mon amant soit un homme marié. Et juif, par-dessus le marché.

- Juif ?

- Il dit que je le regretterai tôt ou tard. Avec un juif, je nous fais tous revenir aux temps où un chrétien épouse un chrétien, un juif épouse un juif. Ce communautarisme étroit, il l’a rejeté en épousant ma mère, et moi je fais de la ségrégation, dit-il.

C’était une scène burlesque. Parce qu’il avait voulu être comme tout le monde, il avait épousé une fille dont  peu lui avait importé qu’elle ne soit pas juive. Malheureusement s’il était devenu amoureux de Rachel, c’est parce qu’elle était juive précisément.

Le père d’Alice qui n’était pas juif lui avait donné sa fille bien qu’Alexis fût juif. En revanche le père de Rachel dont l’épouse était juive lui refusait la sienne parce qu’Alexis était juif.

- Qu’est-ce que tu fais.

Alexis remettait son pantalon.

Pendant qu’elle avait mit son visage sous les draps, surprise par sa véhémence, il referma la porte du studio.

Plus tard, j’ai appris d’Alice qu’il était revenu chez eux durant quelques jours, sombre, parlant à peine. Puis sa mère à qui j’avais rendu visite, m’avait dit qu’Alexis était passé la voir pour lui dire qu’il partait pour Israël. Il avait laissé pousser sa barbe et ses vêtements étaient gris. Elle ne savait pas où je pourrais le toucher, il n’avait pas laissé d’adresse et elle était inquiète.

J’avais du m’absenter durant six mois. A mon retour, la mère d’Alexis me dit qu’un Israélien  était venu lui remettre des photos d’Alexis. Il était dans un kibboutz agricole situé à proximité de la frontière égyptienne.

- Pourquoi, ne me donne-t-il pas de nouvelles ? Il va bien, au moins.

- Je l’ignore, Madame. Je suppose que oui.

Elle répéta comme si cela justifiait les choses.

- Je suis sa mère, je suis sa mère.

Peut-être est-ce parce que j’avais envie de revoir Alexis ? Peut-être que l’incroyant que j’étais voulait-il  mettre ses pas dans ceux du Christ ? J’ai pris la décision de visiter Israël. Sur une des photos reçues par sa mère, il avait écrit le nom de son kibboutz.

C’est un vendredi que j’ai atterri à Tel-Aviv. Je me suis rendu à l’hôtel que j’avais réservé par téléphone puis chez un loueur de voitures. Le lendemain, samedi, je n’aurais pas d’autre moyen de locomotion. A l’époque les interdits religieux étaient encore puissants.

Tel-Aviv ressemblait à la plupart des grandes métropoles. L’animation y était considérable. Le boulevard Rothschild était semblable à tous les grands boulevards sinon que la foule ne ressemblait à aucune des foules qui arpentent généralement les grands boulevards.

Des jeunes gens en chemise à manches courtes ou en uniforme constituaient le plus gros de ceux qui déambulaient la veille du shabbat. Il faisait encore très chaud, c’était la fin d’une journée accablante. Les bus se suivaient à cadence rapide, bientôt ils allaient rentrer au garage pour ne plus en sortir avant dimanche.

A l’hôtel, on m’indiqua la route à suivre pour atteindre le Kibboutz qui était celui d’Alexis. Il se situait dans le Néguev. J’aurais à parcourir une distance de près de cent kilomètres.

- Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas d’avoir beaucoup de trafic sur les routes. Vous verrez, ce kibboutz près de la frontière, c’est un peu les yeux d’Israël. Vous êtes juif ?

Le lendemain matin je me suis mis en route.

J’avais loué une Volkswagen et je roulais fenêtres ouvertes. Ma chemise était humide. La chaleur était pesante, il y avait peu de végétation mais le paysage était superbe. J’avais le sentiment qu’il ne s’était pas beaucoup modifié en l’espace de deux millénaires.

Le Kibboutz était pratiquement sur la frontière à une vingtaine de kilomètres d’Ashdod. Je me suis arrêté devant le bâtiment le plus imposant pour me renseigner. A l’intérieur, un responsable du kibboutz qui parlait français me dit où je trouverais Alexis.

- Je ne savais pas que son nom était Fermant. Il est inscrit sous celui de Ferdman.  Il est très malade.

C’était une sorte de cabane de béton pourvue d’une fenêtre et d’une meurtrière, meublée d’un lit, d’une table et d’une chaise. Alexis était allongé sur le lit, torse nu, la tête tournée vers moi. Il souriait de ce sourire marqué par la dérision qu’il affichait autrefois quand il me posait des questions sur ce qu’il était aux yeux des autres et que je lui reprochais de se masturber l’intellect.

- Ca va ?

- C’est à toi qu’il faut poser la question. Pourquoi ne donnes-tu pas de tes nouvelles ?

- Tu sais que je n’ai jamais su à quoi ressemblait mon père. Il était jeune quand il est parti. Je lui ressemble ou c’est lui qui me ressemblait ?

- Alexis !

Il a tourné le visage vers le plafond. Il ne m’écoutait plus. Au bout d’un moment je suis sorti, j’ai repris la voiture et je suis parti. Sur le seuil du bâtiment central, le responsable du kibboutz m’a salué de la main.

J’ai appris la mort d’Alexis par une lettre du responsable du Kibboutz à qui j’avais laissé mes coordonnées. C’était une enveloppe de papier kraft. Il y avait joint le portefeuille d’Alexis, quelques billets de banque, une photo d’Alice prise le jour de leur mariage, et une reproduction du dessin de Léonard de Vinci représentant les proportions de l’homme.

 

 

 

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12273012299?profile=original"Le cheval d' orgueil, Mémoires d'un Breton du pays bigouden" est un récit de Pierre Jakez Hélias (né en 1914), publié à Paris chez Plon en 1975.

L'auteur s'engage à tout raconter d'une paroisse bretonnante de l'extrême Ouest armoricain au cours de la première moitié du XXe siècle: comment, notamment, son père gagna sa renommée de «travailleur magnifique» avant d'épouser, en 1913, Marie-Jeanne Le Goff (chap. 1). Tandis que soldats et marins reviennent de la Grande Guerre, la prime enfance de l'auteur se passe entre les leçons de sagesse dispensées par son grand-père, Alain Le Goff, et les contes de la tradition orale bretonne (2). La vie s'écoule, paisible, au rythme de la grand-messe et des vêpres, le dimanche, de la prière en commun, chaque soir (3). Au lycée de Quimper, l'enfant fait connaissance avec la «République rouge», celle de «Monsieur le Maire de Plozévet», M. Le Bail, député (4). En attendant de jouer aux quilles avec les hommes, le petit Hélias apprend à pousser la «brouette» (5) et fait l'apprentissage de la «vie dure», celle des mendiants qui parcourent inlassablement bourgs et campagnes et dont toute la «boutique» tient dans une boîte en bois ou un panier d'osier (6). Mais la «fête du cochon» permet un déploiement de fastes, jusqu'au lundi où chacun doit refaire pénitence à la bouillie d'avoine (7). Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, Hélias vient d'être «reçu aux bourses»; à Quimper, il porte des costumes rapiécés que les touristes («kodakerein») viendront bientôt photographier. Comment, en pareille situation, faire «respecter son rang»?
Comment lutter contre les méfaits d'un tourisme envahissant et contre l'état de «civilisation seconde» qui s'attache désormais au statut des paysans bretons? Telles sont les questions que pose l'auteur dans une conclusion amère.

Étude descriptive d'un groupe humain - les «Bretons du pays bigouden» -, le Cheval d'orgueil relève d'un genre apparemment limité au domaine de l'ethnographie. Certes, Pierre Jakez Hélias respecte ce principe de dépaysement et cède au plaisir d'immerger son lecteur dans les rituels
immuables propres au pays breton; les détails culinaires et vestimentaires, la somme des croyances (la hantise de la misère est représentée sous les traits d'une «chienne du monde») et les expressions bretonnes: «Les crêpes doivent être grillées et craquantes [kraz] sur les bords», sont le passage obligé de ces Mémoires exhaustifs. Ceux-ci sont fort éloignés, pourtant, du pur documentaire - même si l'inventaire des indices de la bretonnité serait aisé -, toujours présentés avec un grand tact pédagogique et une simplicité toute poétique: «Cette terre dure, sur laquelle les gens vivent leur vie quotidienne à l'intérieur des maisons que je connais, porte le nom d'argile à crapaud.» Car le «je» du mémorialiste est aussi celui d'un journal sensitif et émotif qui peut se lire comme un roman autobiographique jouant de l'alternance entre passages contemplatifs («La matinée se passe à regarder grand-père tirer des sabots de morceaux de hêtre») et épisodes plus «narratifs». Plus encore qu'une simple suite de tableaux extraordinairement imagés, ce répertoire émerveillé devient, insensiblement, au fil des pages, une vibrante défense et illustration de la langue et de la sensibilité bretonnes à l'intention des représentants de la culture dominante: «La vie des pauvres gens ressemble assez souvent à ces romans ou à ces pièces de théâtre que les critiques bourgeois, dans leur confortable suffisance, appellent de mauvais mélodrames.» L'attachement à la condition paysanne fait de Pierre Jakez Hélias le pourfendeur du monde citadin et des «nouveaux maîtres», «paysans professionnels» aux yeux desquels la langue n'est qu'un exotisme et la terre un prétexte à spéculation. La virulence soudaine des dernières pages rachète-t-elle l'aspect édifiant de l'ensemble du livre? Xavier Grall, dans un complément véhément intitulé le Cheval couché, vint, quelques années après la publication du Cheval d'orgueil, souligner les ambiguïtés de la nostalgie nourrie par Hélias, militant partagé entre passéisme et apitoiement. Étape décisive dans la reconnaissance de l'«identité» bretonne, le Cheval d'orgueil n'en resta pas moins un texte culte et un extraordinaire succès de librairie suscitant les mêmes réactions affectives que la Billebaude de Claude Vincenot.

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Ecrire,

 

Repérer,

puis toucher,

la silhouette d'un monde,

la découvrir,

enfin l'écrire,

vivre en soi d'abord,

pour un possible partage ;

s'en réjouir et grandir !

Déneigement d'une page,

dans l'entre-deux fleurir.

Naissance éblouissante

et lente.

 

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L'aube (suite)

L'aube chemine,

sur les roses entrouvertes

et l'enfance endormie,

dans une chambre bleue,

où s'agenouille paisible,

le soleil  du monde.

L'aube balbutie,

sur le long corps fébrile,

de l'adolescente rêveuse,

dans une clarté rose,

où se penche ébloui,

le ciel du monde.

L'aube décroît,

sur une sente claire,

j'écris, enfin un peu,

tour du monde,

le vrai, l'ultime,

dans ma tête infinie.

Puis sonne Midi,

dans une tiédeur verte,

mon cœur est tout en fête !

 

 

 

 

 

 

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Le petit matin,

 

L'aube est là,

caressante et bleue,

flottante ça et là,

dont la texture,

 entre le feu et l'eau,

me touche et me réjouit !

L'aube s'impose,

palpitante, transparente,

murmurante ici et là,

avalant une à une,

les parcelles nocturnes,

jusqu'à l'absolue clarté !

L'aube est là,

j'ouvre ma fenêtre blanche,

près de mon jardin,

un oiseau s'élance, chante,

chamboule mon coeur,

l'embobine pour l'attacher à vous;

L'aube est là,

une flottaison d'arômes,

 caféinées et chaudes,

dans ma maison s'impose,

exacerbe ma joie

devenue grand soleil !

L'aube se retire,

sur le sommet des roses,

avec élégance et silence,

neuf heures sonne,

mon chat ronronne !

NINA

 

 

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tu es toujours

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Tu es toujours

Plein de palais historiques
Sous des prisons pathétiques,
De place mystérieuses,
L’or des églises bienheureuses
Jusque carnaval sensuel
Imagine passions irréelles.

Tu étais Nymphe sur cette toile, elle est sur un autre mur, une autre cimaise mais tu l’aimais particulièrement alors, j’ai essayé de combler ce vide. Ai-je réussi ?
Totalement différente, pour le décor, pour le reste, tu es toujours ma polonaise, la plus belle nymphe à mes yeux. 

1.jpg


Plein de canaux romantiques
Sous des passerelles nostalgiques,
De promenades merveilleuses
Jusque gondoliers éternels,
Imaginent Venise la belle.

Venise pâlit en te voyant, la belle, c’est d’abord toi !

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Comment séduire un éditeur?

 

Des êtres astucieux inventent

Des façons fort inattendues,

Quand des causes jugées perdues

Leur offrent un défi qui les tente.

Des avocats, certes brillants,

Purent gagner certains procès

Car ils surent oser penser

À des secours peu évidents.

Les astuces sont comme des clés,

Elles peuvent ouvrir des portes.

L'impossible parfois l'emporte,

Faudrait franchir des barbelés.

Charmer permet de faire admettre,

En provoquant des coups de coeur.

Comment séduire un éditeur

Auquel on ne peut rien soumettre?

Il n'accueille pas les poètes.

Doivent aller chanter ailleurs.

Cela reste leur choix d'ailleurs.

N'ont pas d'avenir mais s'entêtent.

23 mai 2014

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Aussi doux que le plaisir

 

                    Le rosé, le pain, les olives

                Attendent dépités

                Ces drôles de convives

                Qui s'endorment épuisés

                 Trop longue promenade

                 Suggère la tapenade

                 Le soleil, la nudité

                 La malice de l'été !

                 Les cigales amusées

                 Relatent l'incident

                 Et la pudeur outrée

                 S'éloigne en maugréant

                 Philosophe, la tonnelle

                 Raconte ses souvenirs

                 Parfumés comme le miel

                 Aussi doux que le plaisir

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