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 Magistral, flamboyant et austère à la fois. La Maria Stuarda du compositeur lyrique italien Donizetti est un des plus beaux exemples du Bel Canto, technique préférée  dans l'opéra européen jusqu’au milieu du XIXe siècle. Las, il fut censuré par ses contemporains pour des raisons de contenu irrévérencieux pour l’époque.  Et il faudra attendre que l’ombre du Wagnérisme s’estompe pour que la  renaissance du Donizettisme s’opère (vers les années 1970) et que le public renoue avec cette œuvre lyrique empreinte de romantisme brûlant que La Malibran  interpréta en 1835. Depuis lors, c’est l’engouement et du public et des chanteurs pour des partitions défiant la technique vocale.

Dans le rôle de Marie Stuart, Martine Reyners  s’arme de  splendides légatos, de vocalises divines. A elle, l’amplitude des nuances, les trilles,  les roulades, les belles cadences a capella …et des pianissimi de rêve. Ses duos avec Leicester, Talbot et  sa nurse sont particulièrement émouvants.   Mais Elisa Barbero, qui  incarne la Reine Elisabeth I face à  sa cousine Marie Stuart, ne doit en rien la jalouser. Les deux soprani prime donne sont complémentaires et explorent à fond  les replis passionnels de l’âme féminine. Toutes deux armées de timbres très  contrastés pour la première et très riches pour la seconde, réalisent des interprétations dramatiquement impeccables.

  Leur virtuosité va de pair avec une grande justesse dans l’expression des sentiments. Le point culminant du drame,  c’est le finale de l’acte II, lors de la rencontre des deux reines. Elisa Barbero donne libre court à son hostilité vis-à-vis de sa cousine. Elle chante en aparté «  E sempre la stessa, superbaorggliosa, coll’alma fastosa, m’ispira furor ! » avant que les fameuses imprécations  injurieuses  de Marie Stuart ne scellent sa sentence de mort. La réalité historique, il est vrai, a été un peu adaptée : jamais les deux reines ne se sont affrontées pour remporter le cœur d’un même amoureux, le comte Robert Leicester. Mais la tentation romantique était grande pour Donizetti de suivre de près l’intrigue de la pièce originale de Schiller où la jalousie féminine et les intrigues de cour sont une source inépuisable de drame qui  mène souvent à un destin funeste. Le tout est doublé ici d’une intrigue politique sanglante de grand format. 

Reine d'Ecosse à l'âge de six jours, en 1542, puis reine de France à dix-sept ans par son mariage avec François II, Marie Stuart est un des personnages les plus romanesques de l'histoire. Veuve du roi François II de France, elle  rentre en Ecosse où elle impose la tolérance religieuse entre catholiques et protestants et épouse sur un coup de tête lord Henri Darnley. Par malheur, celui-ci organisa l'assassinat du principal conseillé de la Reine, un italien nommé Riccio qu'il suspectait d'être devenu son amant. C’est le début  de complots cruels et de trahisons successives. Déçue par  son mariage, elle devient la maîtresse du comte Bothwell. Lorsque ce dernier assassine à son tour Darnley, elle est arrêtée et jetée en  prison. Elle s’évade et demande asile à Elisabeth … qui finit par la placer en résidence surveillée pendant 19 ans, craignant pour sa propre couronne. En effet, l’avènement d’Elisabeth I  prêtait à contestation  auprès des catholiques qui rejetaient  une  reine issue  de l’union  illégitime entre Heny VIII et Anne Boleyn. Danger! Marie Stuart, « la reine aux trois couronnes » pouvait revendiquer le trône d'Angleterre. L’action se place donc au moment où Elisabeth, poussée par ses partisans,  va  faire condamner à mort la prisonnière en sursis.  Dans le deuxième acte, Marie prend tout l’espace, son courage  devant le supplice la métamorphose en une martyre de l’amour et de la foi catholique...

 De la pièce de Schiller il ne reste que 6 personnages et deux actes. Mais quel concentré de génie ! Du début jusqu’à la fin, l’atmosphère est électrique et chargée de maléfices alors que Marie Stuart se pose de plus en plus en ange pur et  lumineux. Malgré l’enfermement, elle  trouve à se ressourcer dans la nature bienveillante et à s’adresser à Dieu en direct !

Le décor très nu est d’Italo Grassi.  Des grilles de geôle à gauche du plateau et le  profil   anthracite de la Tour de Londres à droite évoquent bien l’étroitesse de l’enfermement  tragique de la passion et du pouvoir.   La  sobriété  permet aux  éclairages de Daniele Naldi particulièrement bien réussis d’évoquer  successivement la salle du trône, la prison, la forêt, le ciel, la lumière divine, la sentence mortelle ou le sanglant échafaud.    Cette austérité  - mais qu’attendre d’autre dans une prison ?  - est aussi largement compensée par de magnifiques mouvements scéniques des chœurs et des parties chorales très ardentes. Le Chef des chœurs est Marcel Seminara. Leur présence très cérémonielle est soulignée par la magnificence de somptueux costumes élisabéthains (de Francesco Esposito). Ce n’est pas l’Italie que l’on voit sur scène mais du Shakespeare qui vibre devant vos yeux, au cœur de l’intensité harmonique de la musique. Le personnage tendre d’Anna (Laura Balidemaj), la nurse et fidèle confidente de Marie, renforce encore cette impression. Marie Stuart s’appellerait presque Juliette !

     

Les personnages masculins ont peut-être moins d’épaisseur que le trio féminin, mais le ténor Pietro Picone, un Leicester divisé  par les deux femmes, est très touchant et fort convaincant dans ses duos avec Marie et magnifique lorsqu’il implore vainement la clémence d’Elisabeth. La scène de confession de Marie avec le prêtre Talbot (Roger Joakim) est  un bijou d’intériorité et  d’effusion  mystique. Quant au grand trésorier, Cecil, il attise la haine d’Elisabeth d’une voix de basse très impressionnante (Yvan Thirion) et annonce la sentence à Marie avec une perversité très évidente. Les parties instrumentales sont menées avec beaucoup de sensibilité par une direction d’orchestre (Aldo Sisillo) équilibrée, théâtrale, attentive aux chanteurs et haute en couleurs, qui rend parfaitement les ambiances psychologiques lugubres ou passionnelles  et souligne avec grandeur l’apparat de la puissance royale.

  Mais le moment qui reste gravé dans l’oreille est cette espèce de requiem soutenu par les cuivres et la timbale qui incarne les proches de Marie Stuart au début de la scène finale dont la vérité et la chorégraphie sont exceptionnellement poignantes.

 

  

http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/maria-stuarda

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Festival Musiq'3


du 26 au 29 juin 2014, à Flagey et environs


http://www.festivaldewallonie.be/2014/fr/Bruxelles/




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Danube-19-Chateau-Devin-LO-2-2.jpgFestival Musical de Namur
02 > 12.07.2014
50e anniversaire

 


  

12273015476?profile=originalEn 2014, le Festival Musical de Namur fête ses 50 ans ! Du 2 au 12 juillet, cap sur la vallée du Danube et les Balkans avec une programmation diversifiée, allant du récital au concert symphonique et explorant des répertoires vivants et colorés, souvent en lien avec les thèmes et les instruments populaires. Tout au long de ce voyage du Danube à La Meuse, le festival investira cette année encore le Théâtre Royal de Namur et l’Eglise Saint-Loup.

Depuis toujours à l’écoute des jeunes talents, le Festival Musical de Namur débutera son voyage avec l’Orchestre Symphonique du Conservatoire Royal de Liège qui, sous la direction de Patrick Baton, enchantera les oreilles du public avec des féeries symphoniques d’Europe centrale. Le festival sera aussi l’occasion de faire découvrir le cymbalum, instrument emblématique de la culture tzigane et de la musique klezmer (musiciens juifs d’Europe centrale) à l’occasion du concert de Cyril Dupuy. Le voyage dans les Balkans continuera plus au nord avec la balade tchèque à 4 mains du Duo Solot. Une rencontre avec les Nymphes du Rhin, de la Seine et du Danube est aussi prévue avec les 2 violes de gambe de François Joubert-Caillet et de Wieland Kuijken dans les profondeurs de ces grands fleuves. Les mélomanes pourront également apprécier de la musique pop a cappella grâce aux 5 voix des Witloof Bay, soutenues par un beatboxer.

En milieu de parcours, le Festival Musical de Namur fera également une halte en Méditerranée, le temps d’un mini festival autour de Leonardo García-Alarcón et du Chœur de Chambre de Namur. L’occasion de revivre Il Diluvio Universale de Michelangelo Falvetti (en compagnie de la Cappella Mediterranea), et de découvrir une partition inédite de Bonaventura Rubino : Requiem Siciliano.

A l’occasion de ses 50 ans, le Festival Musical de Namur passera par Vienne. Guy van Waas et ses Agrémens célébreront la capitale autrichienne en compagnie de la jeune soprano Jodie Devos (finaliste du CMIREB Chant 2014) et du trompettiste Jean-François Madeuf, dans un programme offrant ce que la Vienne musicale de Joseph II avait de plus précieux (Joseh Haydn, Wolfgang Amadeus Mozart, et Henri Joseph de Croes).

Comme chaque année, les projets « transversaux » du Festival de Wallonie seront également bien présents au Festival Musical de Namur ! D’une part le projet
Brundibár destiné aux familles fera découvrir un opéra de Hans Krása joué par et pour les enfants, une parabole balkanique célébrant le courage, la bonté et l’amitié entre les peuples, capables de vaincre méchanceté et égoïsme quand ils sont solidaires.                             
D’autre part, le Festival de Namur célèbrera le 200e anniversaire d’Adolphe Sax et proposera deux concerts qui mettront à l’honneur le saxophone: Nihil Obstat dans des airs de danse balkanique tandis qu’Aka Moon (avec Fabrizio Cassol, invité d’honneur du Festival de Wallonie) et Tcha Limberger présenteront un savoureux mélange de musique tzigane et de musique jazz contemporaine.

Le Danube sera ainsi en crue et ses eaux rejoindront celles, certes moins sauvages, de la Meuse namuroise !
12273015476?profile=originalLe CONCERT D'OUVERTURE du FESTIVAL DE WALLONIE a lieu le   07.06 2014
Pitié ! Une Passion selon Saint-Mathieu de J.S. Bach
Le 7 juin à 20h au Théâtre de Liège
(Place du 20-Août, 16 - 4000 Liège)

Laura Claycomb, soprano
Serge Kakudji, contre-ténor
Magic Malik, voix et flûte
Cristina Zavalloni, mezzo
Aka Moon : Fabrizio Cassol, saxophone et invité d’honneur,
Stéphane Galland, batterie,
Michel 
Hatzigeorgiou, basse

Airelle Besson, trompette
Tcha Limberger,violon
Philippe Thuriot, accordéon
Lode Vercampt, violoncelle


Pitié! s’inspire d’un monument de la musique baroque, La Passion selon Saint Mathieu de J.S. Bach. Une relecture étonnante de Fabrizio Cassol, mêlant influences jazz, manouches, maliennes et blues, présenté pour la première fois à Liège dans sa version orchestrale.

http://www.festivaldewallonie.be/2014/

12273015476?profile=original La septième édition, le Royal Juillet Musical de Saint-Hubert propose du 27 juin au 27 juillet un voyage à travers les siècles, au fil du Danube et de ses musiques savantes et populaires, depuis les contreforts des Alpes bavaroises jusqu’aux portes de l’Orient, en passant par l’élégante Vienne. Le Royal Juillet Musical de Saint-Hubert 2014 se veut le reflet de ce kaléidoscope de couleurs et de vibrations, incarné par quelques compositeurs et interprètes de référence. 

Un fleuve au si long cours rencontre un grand nombre de peuples et de traditions populaires. Autant de parfums et de couleurs que les compositeurs ont su capter à travers les siècles, de l’Autriche renaissante à la Bavière romantique, en passant par la Tchéquie et la Hongrie baroques. Les meilleurs interprètes en proposeront une sélection des plus éloquentes : expérience mystique des plus belles polyphonies de la Renaissance, danses hongroises au tempérament de feu, concertos baroques oscillant délicieusement entre suavité vénitienne et excentricité bohémienne,…

Dans ce voyage, Vienne occupe bien entendu une place de choix. La capitale autrichienne au temps de Mozart et de Beethoven, qui donne le ton à l’Europe entière par sa rare capacité à traduire la puissance des sentiments humains. La Vienne romantique, qui va chercher chez Schubert une précieuse et subtile fusion entre poésie et musique. La Vienne impériale, enfin, qui s’amuse et danse au son des opérettes de la famille Strauss.

Ce kaléidoscope musical ne pouvait être complet sans évoquer l’anniversaire d’Adolphe Sax, et donc de son invention majeure, celle d’un instrument qui a révolutionné l’univers musical du 20e siècle. Le Royal Juillet Musical de Saint-Hubert le fête de manière particulièrement originale, en associant un quatuor de saxophones au piano et au violon virtuose de József Lendvay. Le saxophone est aussi l’instrument de prédilection de Fabrizio Cassol, l’invité d’honneur du Festival de Wallonie 2014. En sa compagnie, c’est un autre saxophone que le public pourra découvrir, mis au service d’une musique à nulle autre pareille, ouverte sur la mosaïque des peuples des Balkans avec une spontanéité véritablement réjouissante.

Impossible également de ne pas faire référence cette année aux horreurs de la guerre. Si le festival le fait, c’est sur le ton de l’espoir et de la pédagogie. En accueillant le spectacle pour enfants Brundibár, le festival place le débat sous l’angle de l’étonnante capacité de l’être humain à transcender les circonstances les plus dramatiques pour créer de la beauté et du rêve. Une leçon de vie, au plein sens du terme.
12273015476?profile=originalAnd last but not least,  à Bruxelles la quatrième édition du  

Festival Musiq'3

du 26 au 29 juin 2014, à Flagey et environs

http://www.festivaldewallonie.be/2014/fr/Bruxelles/


  

Jodie Devos Soprano a gagné le 2e prix  du Concours  “Queen Elisabeth International Music Competition of Belgium” et chantera pour le  Festival Musiq'3 - RTBF  le 29 juin.

Tickets & info: http://bit.ly/jodiedevos

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L'anniversaire

 

André voulait fêter son cinquantième anniversaire, sa nouvelle demeure dans un faubourg élégant de la capitale, et la vente du dixième immeuble qu’il avait construit avec son seul argent sans l’aide aucune de la banque. Il était fier de ce qu’il appelait sa réussite et n’avait, disait-il, aucune raison de le cacher.

Il plaisait aux femmes. Peut-être un peu moins à la sienne. Il était généreux avec elle, il lui offrait le bijou de valeur qu’elle souhaitait pour l’exposer, c’est le mot, lors d’un dîner. Elle avait sa voiture, un cabriolet de  marque courante, mais dont les sièges étaient en cuir et elle portait des vêtements discrets dont les connaisseurs reconnaissaient l’origine.

Le cuir parce qu’il se froissait entre les mains comme un chiffon quand il était de la qualité voulue, était la matière qu’elle appréciait le plus. Souple il moulait ses hanches et provoquait instantanément chez les hommes des associations d’idées dont elle jouissait.

Peu d’hommes ont conscience de frustrer leur femme des plaisirs que procurent ne seraient ce que les attouchements qui sont les mots des amants.

Deux jours après la fête d’anniversaire, Irène avait  pris un amant italien. Luigi représentait une firme italienne. Célibataire, il occupait dans le haut de la ville un petit appartement coquet qui lui servait aussi de bureau. Il n’avait pas de secrétaire. Un ordinateur et le téléphone suffisaient à faire des affaires qui paraissaient excellentes.

C’était un beau garçon qui accentuait son accent italien lorsqu’il était en compagnie de femmes. C’était une coquetterie dont elles avaient conscience mais qui les faisait sourire et qui lui conférait un charme de plus. Parfois elles le reprenaient.

- Voyons Luigi, soyez sérieux !

Soit, disait-il avec un regard contrit, mais elles étaient à moitié conquises. 

Il avait dit à Irène qu’il connaissait l’agent d’une des premières firmes italiennes de vêtements de cuir et puisque Irène adorait ces vêtements qui lui étaient comme une seconde peau :

- Si vous voulez, je vous conduis à ses bureaux, il vient de rentrer une toute nouvelle collection et il vous fera les prix qu’il fait à ses clients détaillants.

Elle voulait bien. Elle ne le dit pas mais elle pensa que Luigi était un ange. 

Luigi avait dit à Irène que la jupe en cuir rouge écarlate qui moulait ses fesses lui allait à ravir. Qu’elle était si luisante qu’on pouvait imaginer que c’était l’eau de sa douche qui ruisselait sur ses hanches. De voir Irène en petite culotte, elle avait refusé qu’il se retire, elle avait dit en riant qu’il avait vraisemblablement, elle avait répété vraisemblablement, déjà vu des femmes en petite culotte, lui avait donné des idées comme on dit. Une coucherie comme un merci et tout serait resté comme avant.

Il faut croire qu’Irène avait non seulement apprécié les attentions de Luigi  mais qu’elle avait été émue par le caractère que cette aventure donnait à sa vie. Comme un relief de feu, c’est l’adjectif qu’elle se murmura,  qui soulignait l’histoire généralement si plate de la plupart des épouses.

Les détails de sa liaison avec Luigi, André ne les connut que quelques mois plus tard. Il y a toujours des amis ou des amies qui ont le sentiment de  rendre service en révélant à un mari que sa femme le trompe, ou à une épouse heureuse que son mari a une double vie. Curieux service que celui qui torture mentalement ses amis !

Quand André fit appel aux services d’un détective spécialisé qui avait mis leur téléphone sur enregistreur, il apprit que leurs relations, téléphoniques en tout cas, étaient torrides. Les cassettes qu’André conserva quelques années après leur divorce auraient pu sortir de maisons spécialisées. Cela donne à penser quant aux jardins secrets des êtres humains.

Désormais, André travaillait beaucoup plus tard et Josette sa secrétaire restait au bureau jusqu’à ce qu’il lui intimait l’ordre de rentrer.

- Personne ne m’attend. Vous savez bien que je vis seule.

Elle travaillait avec André depuis dix ans. Elle l’avait toujours accompagnée et il se souvenait de la jeune femme timide qu’elle était lorsqu’elle s’était présentée. Irène avait dit : elle est parfaite, cette jeune femme. Elle a l’air un peu gourde mais ce n’est que mieux. Elle n’est pas obligée de comprendre le dessous des choses.

- Je vais vous reconduire, j’y tiens.

Elle habitait un petit immeuble à proximité des quais. Un quartier populaire d’immeubles anciens et d’entrepôts.

- Où mangez-vous, d’habitude? Je suis certain que vous ne mangez rien quand vous rentrez tard ? Quelqu’un vous attend ? Non, bien, je vous emmène au restaurant.

Il avait repris ce ton qui n’était pas autoritaire mais déterminé comme il le définissait lui-même. Ce ton qui est la marque des chefs, de ceux auquel, tout naturellement, on obéit. Il le pensait d’ailleurs: « il y a ceux qui disent ce qu’il faut faire, et il y a ceux qui disent : oui, monsieur ».

Elle connaissait un petit restaurant thaïlandais, pas un restaurant de luxe mais « elle s’y rendait de temps à autre en rentrant du cinéma ou du théâtre, on y mangeait bien et pas cher. ».

- Et l’opéra, vous aimez ?

Après le restaurant, il avait ramenée Josette chez elle, il voulait voir comment elle vivait, ils avaient bu un verre d’alcool, ils avaient parlé de théâtre, des derniers films qui étaient sortis, ils s’étaient rendus compte qu’ils avaient beaucoup de goûts en commun, sinon que Josette, au contraire d’Irène, était une jeune femme timide, un peu effacée, et qui se contentait de peu.

Il l’avait embrassée, elle n’avait pas trop résisté, et il l’avait prise sur le tapis du salon. Il n’avait plus aimé une fille sur le tapis d’un salon depuis son adolescence.

Irène prétendit devant leurs amis au moment de leur divorce qu’André avait connu Josette à la manière biblique, Dieu sait depuis quand il la baisait au bureau pendant qu’elle s’efforçait de séduire les banquiers. Elle avait trouvé dans la poche du veston d’André une petite culotte froissée qui était celle de Josette.

- Salope, avait-elle crié au bureau devant les deux employées.

Une culotte ? Qu’est-ce que ça prouve ?  Est-ce qu’elle se préoccupait, elle, des sous-vêtements de Luigi ou d’Irène lorsqu’ils se rencontraient ? Entre cinq et sept à ce qu’on disait.

Les larmes coulaient encore sur son visage si candide lorsqu’Irène était sortie sans se donner la peine de fermer la porte du bureau.

La situation devenait singulière. Irène et André partageaient toujours le même toit mais le lendemain de l’altercation au bureau, Irène s’était absentée, elle avait des courses à faire; avait-elle dit.

Le facteur avait remit une lettre à André. Un avocat lui faisait savoir que sa femme se préparait à demander le divorce pour adultère.

- Tu veux divorcer ?

- Comment continuer à vivre avec un homme qui me trompe avec sa secrétaire ?

- Moi je te trompe? Et Luigi? Tu me prends pour un con.

Ils cessèrent de se parler et ils montèrent se coucher comme ils le faisaient depuis vingt ans mais dos à dos.

Le lendemain André se leva le premier, bu une tasse de café, il en laissa pour Irène et quitta la maison le premier.

Au bureau il travailla comme si rien ne s’était passé, déjeuna ave Josette d’un sandwich qu’il fit livrer et rentra chez lui. Il avait besoin de réfléchir.

 Sur la table de la cuisine il y avait la tasse qu’il avait utilisée le matin et le café qu’il avait laissé à l’intention d’Irène. Elle avait dû s’absenter toute la journée. Il pensa à nouveau qu’il avait besoin de réfléchir, c’était déjà une forme d’action, mais il ne savait pas comment s’y prendre.

Lorsqu’ Irène rentra, ni elle ni lui ne firent allusion à leur future séparation. Ils montèrent se coucher et, aussi étrange que cela paraisse, une pulsion soudaine et de la rage aussi, le poussa à se porter vers sa femme, elle fît à peine semblant de résister, et ils firent l’amour avant de se retourner.

C’est ce matin-là qu’André emplit une valise de vêtements, il pensa qu’il valait mieux quitter la maison.

- Ce n’est pas la peine de nous disputer. Je te ferai écrire au bureau ?

- Au bureau, oui.

Elle était encore en chemise de nuit. C’est vrai qu’elle était appétissante. Il lui vint à l’esprit qu’il n’avait jamais fait l’amour avec sa femme le matin. Finalement, quinze ans de mariage n’épuisent pas le sujet en matière érotique.

Le plus ardu fut de chercher un endroit pour y passer les nuits. Chez Josette ? L’appartement était charmant mais modeste. Hélas, il n’avait plus l’indifférence de la jeunesse quant au confort depuis qu’il possédait une jolie maison près du bois.

Ce soir-là, lorsque les deux employés furent partis, seul avec Josette, il lui dit qu’il avait quitté la maison.

- J’ai pris une chambre à l’hôtel, ce n’était plus possible.

- Tu aurais pu loger chez moi.

Il était émerveillé. Tant de gentillesse et de spontanéité dans la gentillesse. Elle n’avait pas hésité un instant.

- Et je dérangerais ta vie ? Même si tu n’as pas d’ami sérieux, tu as des parents, des amis, des habitudes que je risquerais de déranger.

- Dis-moi la vérité : ce qui s’est passé entre nous, ce n’était que l’aventure d’une nuit. Je ne t’en voudrai pas tu sais. Mais, j’ai cru un moment…

Les larmes mouillaient ses yeux. Le lendemain, en revoyant la scène, et ce qui s’en était suivi, les baisers, le retour chez elle, le repas chez le vietnamien où ils avaient mangé ensemble la première fois, à peine le prix de quelques sandwiches, et ses caresses sitôt revenu chez elle, il se disait en riant que ce qu’on appelle ironiquement des romans de gare ne traduisaient que la réalité. Il fallait être fou ou cynique et blasé pour ne pas voir que c’est là que se trouve le reflet de l’amour véritable.

Pourquoi ne pas le dire, il était flatté aussi de la manière dont, alors qu’il repoussait la porte, elle s’était serré contre lui, avait saisi sa main, et l’avait posée sur sa poitrine en gémissant. Jamais il ne s’était senti si nécessaire à l’épanouissement physique d’une femme, et capable de la combler.

Disposant de moyens honorables, il pouvait jouir d’un célibat retrouvé ou songer avec l’expérience qu’il  possédait à reconstruire sa vie sur des bases bien réfléchies. C’est vrai, on y perd un peu du hasard des rencontres adolescentes mais par contre les choix, parce qu’il y a des choix, sont soigneusement pesés.

Etre marié et ne pas l’être en même temps, c’était une situation ambiguë devant laquelle il manquait de repères. Néanmoins, s’il lui venait à l’idée de coucher avec Irène et d’en jouir comme cela avait été le cas hier encore, il devrait la séduire et attendre son bon vouloir. Le corps d’Irène lui parût soudain plein de secrets et le plaisir qu’il en avait tiré beaucoup trop mince.

Il se dit qu’il était temps de penser à Josette parce que c’est elle qu’il trompait en pensée.

- Tu vas déménager, dit-il. Nous allons chercher un appartement confortable.

- Mais moi, je n’ai pas besoin de plus que ce que j’ai. Comment le payer ? Et le jour où tu ne voudras plus de moi ? Tu mérites beaucoup mieux, j’en suis consciente.

- Un ange ! Ca existe donc encore ? Il la prit dans ses bras. Un ange !

Il fallu peu de temps pour que le couple qu’il formait avec Josette s’impose à tous ses amis Et c’est d’elle désormais qu’il attendait qu’elle soit l’expression féminine de sa réussite. D’ailleurs, Josette avait des gouts identiques à ceux d’Irène tant en matière de bijoux, de voiture ou de vêtements. Mais, et c’était une grande différence, André devait insister pour qu’elle accepte ce qu’il lui offrait.

Avez-vous remarqué ? Lorsqu’un homme trompe sa femme, c’est souvent avec une femme qui ressemble à la sienne. Au fond, c’est faire preuve de fidélité à son égard.

Leur union commença à se déliter lorsqu’elle raconta lors du premier anniversaire de leur mariage qu’elle avait fait la connaissance d’un jeune peintre d’origine italienne qui les avait invités tous les deux, son mari et elle, au vernissage de son exposition. Ses tableaux, dit-elle, étaient très beaux. Elle ajouta qu’il avait promis de leur faire des prix.

Non il ne se nommait pas Luigi mais Alberto.

Nous étions quelques uns à fêter le premier anniversaire de leur union. C’est moi qui en mon for intérieur fit cette boutade. Il y eut cependant un silence soudain autour de la table.

C’est André qui le rompit en portant un toast. Heureux anniversaire, dit-il.

 

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Le goût amer de la canne à sucre JGobert

Dans ce pays écrasé de chaleur où les hommes travaillent encore à main nue, la récolte sera belle. Recouverte de sueur et de sang, l’exploitation se prolonge ainsi depuis des siècles dans ces champs de misère et laisse les hommes vidés, asséchés de douleur et de pauvreté. Leurs mains ne sont que plaies. Leurs yeux ne sont que tristesse. Leurs cœurs ne sont que souffrances.

Ils savent que le destin cruel fera d’eux des fantômes déambulant chaque jour sur les routes parsemées d’embuches, sur ces chemins couverts de pierres, de cailloux, de larmes.

Le dos cassé, les bras maltraités, les jambes ensanglantées, l’âme, brisée de tant de souffrances, a perdu l’espérance d’une autre vie et se laisse mourir d’espoirs manqués.

Le soleil à l’aube frappe déjà, la chaleur colle à la peau et s’incruste comme le malheur. Il faut partir et rejoindre cette parcelle qui attend. Sur son tracteur du début du siècle, le contremaître attend que le travail débute et n’a pas de pitié pour les retardataires. Ceux-ci se passeront de manger aujourd’hui. L’heure doit être respectée. Tant pis pour ceux qui n’ont pas pu se réveiller, ils jeuneront.

Dans ces immenses champs, les hommes se déploient et abattent à la main cette richesse, ce plaisir que d’autres savourent abondamment.  Des voix s’élèvent pour dénoncer cet esclavage du XXIème siècle. Des voix venus d’ailleurs, et qui dans le cahot général, ne trouent que très peu l’attention de nos contemporains.

Notre propre et belle misère occupe notre temps et nous laisse peu de place pour compatir avec ces populations  lointaines. Un regard entendu vite oublié, une écoute discrète et la vie reprend son cours d’indifférence et de détachement.  Une misère de plus qui s’ajoute à toutes les autres.

L’argent est le maître du monde.

JGobert.

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ROSES FANÉES ET TEMPS PLUVIEUX !

Roses fanées et temps pluvieux

les pétales volent au vent léger.

Il fait un temps à être deux

Aussi à se laisser aimer!

Jardin frissonne au soir d'été

La vie dans l'ombre respire un peu...

Une musique douce vient nous bercer

On ne pourrait se sentir mieux!

Roses fanées et temps pluvieux

Il n'en faut pas plus pour rêver

et si le cœur est amoureux

C'est au bonheur qu'il va goûter!

La chambre écoute les doux secrets

L'orage éclate avec fureur

Et nous n'aurons aucun regret

A même niveau est notre ardeur!

Roses fanées et temps pluvieux...

Et dans la nuit nous étions deux...

J.G.

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Christine (suite).

 

Une personne qui s'en va ;

glissement d'une larme,

sur une joue diaphane,

c'est le début d'un chant,

le chagrin d'un sourire,

sur des lèvres mutiques,

où tout y fleuri déjà !

Une personne qui s'en va ;

glissement d'une larme,

sur un visage trop grand,

c'est un mot qui se perd,

ce murmure mélodique,

de toi à moi,

mes yeux s'emplissent de bleu déjà !

Une personne qui s'en va,

en soi, nous laisse un livre,

secret ou pas ;

une voix.

Écriture embryonnaire,

un cœur qui reprend

son cheminement,

 tout doucement.

 

NINA

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A peine un adultère

   

Pierre avait passé cinq ans aux Etats-Unis. Lorsqu’il était revenu, c’était en septembre, l’après midi tirait sur sa fin, il s’était rendu directement chez Julie. Il l‘avait serrée dans les bras et elle s’était abandonnée contre lui.

Le lendemain matin, ils étaient encore au lit, elle lui avait dit qu’elle avait épousé Bernard mais, elle s’en rendait compte aujourd’hui, c’est lui qu’elle aimait.

Son corps était encore moite. Elle ne savait pas si cette odeur était la sienne ou celle de Pierre. Elle respirait fort. Elle ne réfléchissait pas, elle voulait qu’il la prenne encore. Elle avait la main sur son sexe.

- Pourquoi es-tu parti ? Ne m’abandonnes plus, Pierre. C’est toi que j’aime. Pourquoi es-tu parti ?

Elle alla préparer le petit déjeuner après avoir posé sur les épaules un léger peignoir qu’elle laissa flotter, qui la rendait plus nue que si elle n’en avait pas mis du tout. 

Pierre était âgé de trente cinq ans. Il était aussi maigre que lorsqu’elle l’avait connu à l’âge de vingt ans assis au bord de la piscine municipale tandis que Bernard, plus musclé, se jetait à l’eau à partir du plongeoir haut de cinq mètres.

- Et Bernard ?

- Ne penses pas à lui. Il ne revient que dans dix jours. En attendant, tu logeras ici. Tu iras chercher tes bagages à l’hôtel.

Pierre secoua la tête d’un air dépité.

- Je n’ai pas été à l’hôtel.

- Tu es venu directement ici ?

- Tu n’as rien ?

- Plus rien, Julie. Rien ni personne.

Elle se sentait inexplicablement heureuse. Il n’avait qu’elle. Elle aurait voulu le bercer comme elle avait bercé durant de nombreuses années l’ours en peluche qu’elle avait reçu à sa naissance.

Elle conduisit Pierre dans ce qu’elle nommait le dressing-room. Elle ouvrit la garde robe de Bernard.

- Change de vêtements. Vous avez pratiquement la même taille.

Elle le regardait changer de vêtements avec curiosité alors que quelques heures auparavant, elle avait vu, nu, son corps tout entier. Il avait cessé de se changer.

- Je vais t’attendre dans la cuisine.

Durant les jours suivants ils se conduisirent comme un couple marié dont aucun des membres n’était astreint à un horaire. De sorte qu’ils se levaient tard, déjeunaient avant même de s’habiller, parfois ils se remettaient au lit.

Si elle n’avait pas envie de cuisiner, ils allaient au restaurant. C’est elle qui lui glissait sous la table quelques billets avec lesquels Pierre réglait l’addition.

Le moment qu’elle préférait c’était le soir avant de se mettre au lit. Ils regardaient la télévision, lui assis dans un fauteuil et elle, les genoux pliés, accroupie à ses pieds. Elle  posait la tête sur ses cuisses. Elle aimait ce moment où elle sentait qu’il respirait plus fort et lui poussait la tête contre le ventre.

A la même heure, tous les soirs Bernard téléphonait. Il était ingénieur. Il travaillait sur des plateformes maritimes. Il ne revenait que tous les deux mois.

La veille de son retour, deux mois passent vite pensa-t-elle, elle lui dit que Pierre était revenu.

- Il a voulu que nous soyons les premiers avertis de son retour. Demain nous viendrons te chercher. Je préparerai un repas comme tu les aimes.                                                    

Lorsqu’un couple se dispute, c’est le soir avant de se mettre au lit. Les ébats sexuels auxquels il se livre ensuite parce que les disputes mettent les nerfs à vif  rendent  incompréhensibles les raisons de la dispute. En revanche les aveux, c’est après les ébats sexuels qu’ils se font. Les relations amoureuses relèvent d’une alchimie singulière.

Julie était étendue auprès de Bernard.

- Il faut que je te dise, Bernard. Je suis amoureuse. De Pierre.

- Tu es amoureuse ?

- De Pierre.

Il le voyait bien, elle parlait sérieusement. Bernard n’était pas homme à crier. Les cris dissimulent la peur qui, soudain, vous envahit.

 - Je…je dois réfléchir.

Il s’était assis pendant qu’elle enfilait sa robe de chambre. Il avait mit la couverture sur ses épaules, d’instinct, comme s’il n’était pas convenable de se montrer tout nu devant une femme pour qui, peut être, il était devenu un étranger. 

Ce soir là, c’est dans le lit de Pierre que Julie se coucha. Bernard avait la nuit entière pour réfléchir à une situation qui lui était tout à fait inconnue sinon par les histoires sinistres de cocus.

Bernard ne voulait pas perdre Julie. Tuer Pierre ? Il n’y pensait pas réellement. Cela ne l’aiderait en rien. Mourir, pas davantage.

Il fallait bien finir par se poser la question : une femme  comme l’était Julie vivait-elle comme une nonne lorsqu’il s’absentait deux mois durant ? Qui donc mettait-elle dans son lit ? Des rencontres de hasard ? Deux mois !

Pierre, il le connaissait, c’était un ami. Il aimait Julie. Elle comptait pour lui comme elle comptait pour Bernard. Il le tuerait sans hésiter si ce n’était pas le cas.  

Et la réponse finit par s’imposer. S’il ne l’avait à lui que durant huit jours à chaque fois qu’il revenait de mission, n’était-ce pas mieux que de ne plus l’avoir du tout ?

- J’ai besoin de toi, Julie.

- Ce n’est pas possible, Bernard.

Elle était sur le point de pleurer.  Elle n’aimait pas faire de la peine. Ils étaient assis face à face dans le salon. Bernard avait demandé à Pierre de les laisser seuls quelques heures. Elle n’avait rien objecté. Il fallait vider l’abcès, elle en avait conscience. Tout régler au plus tôt. Pierre avait dit oui. Il ne savait pas l’attitude qu’il devait adopter. Il dit qu’il reviendrait plus tard.

-Je te comprends, Julie. Je n’étais jamais là. Je n’ai pas l’intention de vous empêcher de vous aimer. Mais j’ai besoin de t’avoir à mes côtés. Je mourrai si tu t’en vas.

Bernard s’exprimait comme il s’exprimait sans doute durant une négociation d’affaires. D’un ton uni mais sans hésitation. Les mains jointes posées sur la table.

- J’ai besoin de sentir  ton odeur. Tu ne peux pas me refuser ça. J’ai besoin de t’appeler tous les jours.

Il avait préparé une valise. Elle se laissa embrasser.

Elle avait encore les yeux mouillés lorsque Pierre était revenu. Toute alanguie elle se serra contre lui. C’est elle qui le conduit à la chambre qui avait été, la veille encore, celle de Bernard et qui serait désormais la leur. En l’espace d’un moment, ce qui avait été un adultère  était devenu les retrouvailles d’un couple libre de ses élans. Même s’il n’avait pas le droit de les afficher officiellement.

Pendant un mois, ce fut ce qu’elle appelait avec exaltation « des noces de chair ». Elle était incapable d’expliquer ce qui lui embrasait le ventre lorsqu’elle était auprès de Pierre mais c’est elle qui l’entrainait.  Le coup de téléphone de Bernard était loin de leur déplaire, ils l’attendaient comme un repère important.

C’est Pierre qui avait dit un soir, ils en avaient ri peu après :

- Il n’a pas encore appelé. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé. 

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Maman,

J'aime m'endormir,

 lorsqu'il pleut dehors,

que le ventre tendu et blanc

 du ciel me touche,

que le soleil voilé,

 respire à mes côtés,

échoué sur mes draps blancs,

 brodés par toi ;

il s'abrite de la pluie, car il déteste le gris ;

pourtant de lui, une fragrance fleurie,

s'immisce dans ma chevelure, s'y éternise.

J'aime m'endormir,

 lorsqu'il tonne dehors,

que le ventre tendu et blanc,

 du ciel me touche,

que le soleil voilé,

 à mes côtés se pelotonne,

réanimé sur mes draps blancs,

 brodés par toi ;

il se cache de l'orage, car il déteste son cri ;

pourtant de lui, une fièvre odorante

s'empourpre sur mes lèvres pâles et fines.

Assoiffées de toi toujours,

de ton sourire bleu, infini.

Tu me manques.

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La soif de vivre

 

Je suis subjuguée par la beauté et la grâce

des roses, alors je les écris, les célèbre.

je suis bouleversée par le gigantisme et

la splendeur des monts,

 alors je les écris, les célèbre.

Je ne suis point vivante ni radieuse sans elle !

j'écris ainsi l'ombre qui est tapie en moi,

qui graduellement deviendra une clarté bleue

et chaude, ascensionnelle !

Petite sœur du soleil  ;

 c'est un partage.

Chacun et chacune de nous,

 recèle sa petite lampe d'Aladin,

juste mal éteinte !

 

.

 

 

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Les vieux amants.

Je ne me suis jamais marié. Je me souviens que nous avions rompu, Julie et moi, parce que j’avais dit que nous étions des mammifères. Au lit cependant, nous usions d’images bien plus osées pour nous dépeindre à haute voix. Peut être avait-elle rompu parce que je ne voulais pas me lier ?  

Je ne couche plus très souvent aujourd’hui. Je ne couche plus du tout pour dire la vérité. Je suis âgé de plus de quatre-vingt ans. S’il m’arrive de faire l’amour, c’est au travers de mon imagination. Je pense souvent à Julie avant de m’endormir. Julie avait quarante cinq ans, je n’en avais pas d’avantage. .

Je revois Julie lors de notre dernière entrevue.

- J’ignore de qui tu as besoin, Pierre. Je te souhaite de ne pas me regretter.

Elle a épousé Gérard parce qu’il avait besoin d’elle. Elles sont nombreuses les femmes qui veulent materner un mari dès qu’elles ont cessé de souhaiter un amant.

Avec Julie, je ne m’en suis rendu compte que lorsque nous nous sommes séparés, c’était bien plus que de l’amour ordinaire que j’éprouvais. Je m’accrochais aux murs pour ne pas m’écrouler dès que je pensais à elle.

J’aurais du l’épouser. Elle serait dans mon lit à chaque fois que j’en aurais eu envie.  

 Il y a quelques jours, le téléphone a retenti, c’était Julie.

- C’est toi, Pierre ?

- Oui, Julie.

- Tu as reconnu ma voix ?

 Peu importe que la voix change ou ne change pas, ce sont les traits du visage qui ne devraient jamais se modifier.

- Gérard est mort.

Gérard, celui qu’elle avait épousé après notre rupture.

- Gérard ? Il est mort ?

- Cela a été une délivrance. Il souffrait depuis six mois.

- Je suis triste pour toi.

- Je n’en pouvais plus, Pierre. Depuis deux mois, c’était devenu un véritable enfer. L’infirmière passait tous les jours pour le laver. Il arrivait qu’il fasse ses besoins quand elle n’était pas là. A toi je peux le dire, c’est un soulagement comme tu ne peux pas imaginer.

J’imaginais bien au contraire. Ce vieil homme à l’allure de cadavre soigné par la Julie que je connaissais ?  Et qui faisait l’amour avec elle ? Je me  posais la question tandis qu’une contraction musculaire me faisait porter la main au cœur.   

- Je pense souvent à toi, Pierre. Il y a longtemps, je sais. Je me doute que tu as vieilli mais le portrait que j’ai de toi est celui qui était le tien lorsque nous étions ensemble. Viens me voir, Pierre. J’ai envie de te voir. Très fort. Nous parlerons.

- Je viendrai. Je te téléphonerai.

Je me suis demandé si j’avais eu raison de lui dire que je viendrais. Les pensées que j’avais n’étaient pas de celles qu’on affiche. Mais qui d’autre que moi les connaissait ?

Peu de choses de celles que j’ai apprises ne m’ont été utiles. J’ai oublié la plupart d’entre elles mais je n’ai jamais oublié aucune de nos étreintes à Julie et à moi. Qu’est-ce qui est important pour vivre ?

Elle habitait de l’autre côté de la ville. J’avais enfilé un pantalon clair et un pull à encolure en V. Ce n’était pas une tenue cérémonieuse mais elle  ressemblait à celle que je portais lorsque j’étais jeune. J’ai laissé ma canne suspendue à la patère, je n’en avais pas réellement besoin. Je l’utilisais pour me donner une allure aristocratique, la paume en était en argent sculpté.

Pour exciter mes sens, je pensais aux images suggestives que j’avais d’elle. Je sais combien les pulsions amoureuses émanent à la fois du physique et du mental. Je voulais être prêt si, comme moi, elle était tentée de retrouver le goût de nos baisers, je le dis sans hypocrisie.

Elle devait me surveiller de la fenêtre. Elle ouvrit la porte au moment même où j’appuyais sur le bouton. Elle m’attendait devant l’ascenseur, et nous nous sommes embrassés sur les joues avant même d’entrer chez elle.

- J’avais peur que tu ne viennes pas.

- Je n’aurais pas pu ne pas venir.

Elle était immobile. Etait-ce pour que je puisse la regarder ou parce que c’est elle qui me détaillait ?

Elle se tenait droite sans paraitre faire d’effort. Sa corpulence avait à peine changé. Peut être qu’elle avait les hanches un peu plus fortes que par le passé. Le visage était sillonné de fines ridules mais son sourire était toujours aussi attirant.

Je me suis approché d’elle, j’ai porté mes mains à ses hanches, et je l’ai embrassée avec force. Je n’ai pas du forcer ses lèvres. Elle avait ouvert la bouche. Elle haletait, le ventre poussé contre le mien.

- Oh, Pierre.

Le soir tombait. Elle n’a pas allumé.

Elle m’a conduit à la chambre à coucher, et elle a rejeté les draps sur le côté. Nous nous sommes déshabillés. Elle avait le dos tourné et je regardais ses hanches avec envie. Il n’y avait de lumière que celle du dehors. Je me suis glissé dans le lit.

Il ne s’est rien passé de ce que nous attendions sinon qu’elle a posé la main sur ma cuisse.

J’ai pensé : heureux ceux qui sont morts dans la force de l’âge.

 

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Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,
Viens ! ne te lasse pas de mêler à ton âme
La campagne, les bois, les ombrages charmants,
Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,
Le sentier qui finit où le chemin commence,
Et l'air et le printemps et l'horizon immense,
L'horizon que ce monde attache humble et joyeux
Comme une lèvre au bas de la robe des cieux !
Viens ! et que le regard des pudiques étoiles
Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,
Que l'arbre pénétré de parfums et de chants,
Que le souffle embrasé de midi dans les champs,
Et l'ombre et le soleil et l'onde et la verdure,
Et le rayonnement de toute la nature
Fassent épanouir, comme une double fleur,
La beauté sur ton front et l'amour dans ton coeur !

 

Victor Hugo

21 mai 1835 ( Les chants du crépuscule)

 

 

 

 

.

 

 

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Un message de l'au-delà

 

Je possède un volume que j'ouvre peu souvent.

Cependant il contient des propos étonnants,

Parfois sophistiqués, des discours poétiques,

Des citations savantes, des envolées lyriques

Et de nombreux instants de grâces savoureuses.

En ce jour de printemps, ensoleillé et chaud,

Seule en mon jardinet, mais ravie et joyeuse,

Je murmure des vers que j'avais trouvés beaux.

« Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre, un peu chaque matin »

Pour rendre hommage à ma mémoire, à sa rigueur,

Je vais chercher mon livre, au hasard le feuillette

Et j’y trouve des vers me mettant l'âme en fête.

C’est une invitation faite, un vingt et un mai,

D’errer dans la nature, qui étale ses fleurs.

« Puisque mai tout en fleurs, dans les prés nous réclame »

Ce jour même se trouve être un vingt et un mai,

Un peu particulier, c'est mon anniversaire.

J’accueille dans la joie ce poème troublant.

Venu de l'au-delà, insondable mystère!

Or en soirée, pour ajouter à mon émoi,

Sur mon petit écran s'affiche face à moi

Le portrait du vieil homme, auteur des Misérables

On va y projeter son oeuvre remarquable.

J'ai reçu un message, une évidence claire!

21 mai 1999

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Du bonheur d'être mortel

La conscience de notre mortalité donne tout son sens à la vie, elle participe pour ainsi dire de son essence.
La pressentent bien aussi, ceux qui se refusent pourtant à concevoir l’idée de la mort, qui tentent de fuir leur vie durant et jusqu’aux derniers instants cette ombre qui les accompagne discrètement tout au long de leur route quoiqu’ils fassent, cette finitude inéluctable, seule certitude qu’ils partagent tous dans l’avenir.
Toute pensée de soi n’est-elle pas une pensée de soi en tant que mortel ?
« On ne cesse de penser à la mort qu’en cessant de penser » … (Marcel Conche, La mort et la pensée). « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie »… (Spinoza, L’Ethique).
La conviction de notre mortalité est inscrite en filigrane dans l’exigence qu’on ressent à accomplir des actions, dans les projets, les priorités qu’on se fixe, dans les attitudes qu’on adopte envers soi-même ou autrui, dans le questionnement même de savoir où l’on va.
Ce qui caractérise peut-être le plus la vie humaine, c’est le pouvoir des choix innombrables que l’on doit arrêter tout au long de l’existence. La vie entière apparaît comme un foisonnement, une arborescence de possibles dont les rameaux de plus en plus touffus s’emmêlent aux caprices du hasard.
Parmi toutes les voies qui s’offrent à nous, nos choix nous engagent sur celle qui accomplira le plus souvent notre destinée. On ne peut retourner en arrière, défaire ce qui a été…
Quel sens pourrais-je donner à ma vie si j’étais immortelle ? Qu’importerait alors, si je ne fais rien, ou mal, si je me trompe, puisque j’aurais de toute manière l’éternité -ce qui peut vouloir dire jamais- pour tout refaire, construire enfin quelque chose, être moi en mieux ?
Plus rien n’aurait vraiment de valeur. La liberté même n’aurait plus aucune signification puisqu’on disposerait d’un temps illimité pour s’engager dans une infinitude d’autres chemins.
Comment jouirait-on de l’instant présent, quel serait le sens d’une suite indéfinie de plaisirs ou de résolutions qu’on n’aurait jamais à choisir, auxquels il ne faudrait jamais renoncer, que voudrait dire encore vouloir, désirer ?
Tout serait futile, vain, sans importance.
La conscience d’être mortel est une incitation, dans une certaine urgence, à vivre, créer, agir, ne pas se gaspiller, à tenter d’accroître son savoir, à perfectionner son être tant qu’il est temps, se hâter à se dépasser un peu…
Ce qui donne son sens, sa valeur à la vie, c’est qu’elle est un tout avec un début et une fin, c’est qu’elle parvienne à son accomplissement, entre la naissance et la mort.
Ce que je crains, ce n’est pas tant l’état de mort, ce rien que nous ne ressentirons de toute façon pas, que le passage vers ce néant.
Il y a bien des manières de mourir et c’est plutôt la perspective de la douleur, fréquente avant-coureuse du trépas, qui rebute et désespère.
Mais ce qui est finalement le plus douloureux, c’est la mort de ceux qui me sont chers, et aussi, lorsque j’envisage ma propre disparition, la peine que j’infligerai à quelques personnes, celles dont justement le bonheur m’importe le plus.
Mais en dépit de toutes les souffrances et incertitudes inséparables de notre grand saut dans l’inconnu, je pense, avec soulagement, qu’il ne faut en aucun cas regretter d’être mortel.
L’idée d’immortalité m’apparaît comme un abîme, une éternité angoissante de vide et d’ennui où on se consumerait sans jamais disparaître tout à fait.
Un fardeau en fin de compte bien lourd à porter, non?

*

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La commémoration

L'invitation avait été rédigée à l'en-tête du tribunal de commerce. Cette idée, il n'y a pas de petites économies, émanait tout naturellement du cerveau rationnel de Jean Pottier, le président du tribunal. Celui que ses condisciples surnommaient le compotier. Cela faisait rire toute la classe.

Il s’agissait du 150ème anniversaire de l’école. Une cérémonie présidée par un représentant du ministre de l’enseignement  aurait lieu à l’hôtel de ville. Tous les anciens élèves, il l’espérait, y assisteraient.

Robert n'était plus revenu depuis dix ans, et il se demandait s'il avait envie de revenir.

Il se souvenait d'un film dans lequel, autour d'une tombe, quelques anciens d'un collège anglais - peut -être que ce n'était pas un collège anglais mais qu'est ce que cela changeait ? - assistaient à l'enterrement d'un de leurs anciens condisciples. Ils se regardaient, et on avait le sentiment que la seule question qu'ils se posaient était: lequel d'entre nous sera le suivant?

Souvent les commémorations ressemblent à des funérailles.

A quoi bon y aller. Il n'irait pas.

La plupart des années d'adolescence avaient été des années d'insouciance. L'adolescence est une période heureuse. C'est ainsi en tout cas qu'elle figurait dans sa mémoire.

Sa mémoire, lorsqu'il s'agissait de son adolescence, était comme une ville qu'il aurait dessinée lui-même. Les rues où résonnaient le pas des amoureux enlacés, la grand' place triangulaire où se tenait la Foire de septembre avec ses gaufres parfumées et les amandes que grillait Ali-Baba dans son échoppe, les jardins publics fréquentés par les propriétaires de chiens lorsque le soir tombait. Il aurait pu la parcourir les yeux fermés. Parfois, il rêvait encore d'y marcher toute la nuit.

Décidément, il irait à la commémoration.

Et puis, il reverrait sans doute Julie, la femme de Bernard. Ce n'est pas Julie qu'il avait épousée. Elle était amoureuse de lui mais, c'est stupide, il y a un âge pour se marier. Un an plus tard, il épousait Malou. Julie s'était mariée  un mois après lui. Chaque couple avait assisté au mariage de l'autre.

- Je te souhaite tout le bonheur du monde.

Julie l'avait embrassé. Elle aimait les parfums tenaces.

Parfois il pensait à elle tandis qu'il caressait Malou. Peut-être que Julie pensait à lui quand elle commençait à gémir ?

Leur couple n'avait jamais été un couple heureux. Quinze ans plus tard, Malou et lui s'étaient séparés.

Comment Julie faisait-elle l'amour?

Il écrivit au président qu'il viendrait et réserva une chambre pour trois nuits.

Le ciel était uniformément bleu. Pas un nuage, et pas un souffle de vent. Un mois de septembre exceptionnel. Les hommes avaient le col ouvert, les femmes portaient sur une jupe courte un T-shirt de coton ou un chemisier largement échancré. Il y avait longtemps que l'été n'avait été si beau. Robert se promena jusque tard dans la soirée dans cette ville retrouvée.

Dans les cafés où il s'arrêtait pour prendre un verre de bière en regardant les gens, il ne reconnaissait personne. Quelques visages cependant lui parurent familiers. L'un d'eux lui fit un sourire, et il répondit en souriant lui aussi. Après tout, pour ces gens-là, peut être n'avait-il jamais quitté la ville.

Est-ce qu'il reconnaitrait Julie?

La commémoration, à l'Hôtel de ville, avait lieu à 11 heures. Il était venu une demi-heure plus tôt pour voir les arrivants qu'il reconnaissait sans mal. En dix ans les hommes ne changent pas beaucoup. Moins que les femmes. Les femmes dès qu'elles sont mariées doivent penser que le plus important est fait, elles soignent moins leur aspect.

Robert reconnaissait la plupart de celles de ses amis. Les uns et les autres avaient un peu grossi. La taille un peu ronde est un signe de bien-être social.

Ils échangèrent des sourires, parfois quelques mots, mais parce qu'il se montrait distant, ils s'éloignèrent très vite. C'est Bernard qu'il attendait avec impatience. Bernard et Julie.

- Bonjour, Robert.

- Je ne t'avais pas vue.

Il avait les joues en feu.

- C'est Bernard que tu cherchais? Il ne rentrera que demain, c'est la Foire du Printemps à Paris.

A force de ne regarder que les hommes, il n'avait pas vu Julie à ses côtés qui l'examinait en souriant.

- Tu n'as pas changé. Enfin, pas beaucoup. Un peu moins maigre. Et moi?

- Plus belle qu'avant. Plus séduisante. Plus.

- Rien que des plus?

- Tu le sais bien. C'est toi que j'aurais du épouser. Il a de la chance, Bernard. Je suppose qu'il le sait.

- Pas toujours. Est-ce qu'on peut juger ce qu'on a sous la main. Les vaches du voisin sont toujours plus appétissantes.  

- Moi, je ne regarderais pas les autres femmes.

- Mais tu en as épousé une autre.

La salle de réception de l'Hôtel de ville, la salle d'apparat, celle qui était consacrée aux grandes réceptions et aux mariages des familles de notables, était pratiquement pleine. Au bout, face à l'entrée principale, flanquée de deux huissiers en jaquette, sur une estrade recouverte d'un drap vert, au milieu de tréteaux qu'on avait recouvert de rouge, les couleurs de la ville, trônait à coté du représentant du ministre, Paul Pottier, le cou tendu et le menton levé. Il regardait la salle d'un air satisfait mais il semblait à Robert que c'est lui, resté debout, qu'il fixait. Paul abaissa lentement la tête pour n'avoir pas l'air d'être le premier à saluer. Robert abaissa la sienne. Ce n'était peut être pas Robert que Paul dévisageait mais Julie.

Il étouffait soudain dans cette salle bondée, bruyante, qui n'attendait sans doute que le coup de maillet professionnel de Paul pour faire silence.

- Tu veux rester? Partons.

Il lui saisit le bras, et ils sortirent par une porte de service. Dehors, sous le soleil de midi, il se tourna vers Julie.

- Tu voulais peut-être rester ?

Elle fit non.

- Allons chez moi.

 Il se souvenait de leur appartement que Bernard avait fait aménager au dessus de ses bureaux. Il s'assit sur le divan de cuir qui faisait face au poste de télévision. Julie, devant la large fenêtre, scintillante sous le soleil, le dévisageait, les jambes légèrement écartées. A travers sa robe légère, c'est son corps qu'il contemplait.

- Julie.

- Oui.

Il s'était levé. Il avait à peine mis ses mains sur ses épaules, qu'elle fouillait sa bouche.

- Reste. Passe la nuit ici. Bernard ne rentrera qu'après-demain. Les bureaux sont fermés jusque lundi. 

- Et s'il téléphone?

Ils étaient couchés, nus. Julie, étendue sur le ventre le regardait tandis qu'étendu sur le dos, il regardait le plafond. Le couvre lit était rejeté sur le sol. Il avait failli trébucher dessus en allant à la cuisine pour chercher un verre d'eau. Avant qu'il ne s'étende, elle avait voulu qu'il restât debout un moment.

- Tu es toujours aussi tendu?

Elle avait du hésiter avant de lui poser la question, elle l'avait posée à voix basse, et répétée parce qu'il ne l'avait pas bien entendue.

- Il y a longtemps que tu n'as pas fait l'amour?

- Je t'ai déçue.

- Je t'aurais demandé de rester? Je me demandais comment font les célibataires pour avoir une vie normale. Viens. Tu vas voir comme je vais t'aimer.

Elle le caressait avec des gestes précis mais doux, parfois hésitants. Elle avait peur de trop bien faire. Robert, lui, se laissait caresser par les gestes que Bernard, le séducteur aux nombreuses liaisons de leur jeunesse, avait sans douté enseignés à son épouse. Il était incapable de respirer sans effort, empli de tendresse envers cette femme qui aurait pu être la sienne. Après qu'elle se soit endormie, il se demanda comment il avait pu vivre sans elle.

Le lendemain, ils furent face à face, adultes aux yeux cernés, les traits tirés, exhalant cette odeur surette des corps qui se sont beaucoup aimés.

- Je t'aime. Je ne veux plus vivre sans toi.

Les larmes lui venaient aux yeux.

Julie se leva. Elle était épanouie, heureuse du bonheur que ressentent les femmes désirées.

- Je vais nous faire du café. Fort. Et je vais nous faire couler un bain. Non, ne te lève pas. Je vais t'apporter ton café au lit.

- Nous allons tout recommencer, Julie. Tout ce qui s'est passé, hors de nous deux, n'existe plus.

- Tais-toi. Tu es un enfant.

Mais l'après-midi, elle s'était laissé convaincre.

Il avait dit que peu d'êtres humains recevaient du destin une seconde chance. Que la plupart, s'ils se plaignaient de ne pas en recevoir, en avaient peur en réalité. Et qu'ils avaient le restant de leur vie pour le regretter. Eux, ils  n'allaient pas laisser passer cette occasion merveilleuse de retrouver leurs vingt ans. Elle ne pouvait pas le nier, ils étaient faits l'un pour l'autre. Leurs corps s'étaient enfin retrouvés.

Robert dit que c'était le destin qui l'avait poussé à assister à la commémoration. Il avait eu l'intention de ne pas venir. Il n'aimait pas les réunions d'anciens combattants. Il aurait pu se rendre directement à Deauville pour le festival du film américain. La boite pour laquelle il travaillait, une maison de distribution de films, avait des documents à faire signer à un producteur. Est-ce qu'elle connaissait Deauville ? Il lui présenterait des vedettes de cinéma. Ils visiteraient la région. Est-ce qu'elle avait déjà joué au casino ?

- Tu me soûles.

- Partons maintenant.

- Tout de suite?

- Tout de suite.

Pendant que Robert allait chercher sa voiture, elle emplit une petite valise de quelques vêtements. Elle se disait qu'elle en achèterait au fur et à mesure qu'elle en aurait besoin ou envie. Robert avait dit qu'il la voulait toute nue. Elle nageait en plein romantisme. Elle pensait, elle ne voulait pas penser. Comme lui, elle avait vingt ans.

Ils arrivèrent à l'hôtel à la tombée de la nuit. L'air avait fraichi. Ils marchèrent le long de la mer en se tenant par la main. Et, ils montèrent dans leur chambre sans dire un mot. Une véritable scène de cinéma, en vrai.

Ce fut un séjour, à proprement parler, inoubliable. Ils le pressentaient, ils s'en souviendraient toute leur vie tant il était différent de tout ce qu'ils avaient connu ou pourraient connaitre. Jean Renoir, le producteur américain que Robert devait rencontrer était d'origine française. Lors du diner auquel il les avait conviés, le vin aidant, Robert lui avait confessé leur aventure.

- C'est formidable. Une histoire formidable.

Durant sept jours, ils assistèrent à des projections, firent connaissance d'acteurs, participèrent à des soirées qui se prolongeaient tard dans la nuit. A croire que le monde du cinéma était devenu le leur. C'est fatigués, qu'ils montaient se coucher sans que leur appétit l'un de l'autre s'en trouvât diminué. Au contraire, l'excitation de leurs sens durant la journée, et la légère ivresse procurée par le vin, leur avait ôté toute inhibition. Le moindre attouchement, le plus tendre sous-entendu, relançait leur désir.

Lorsque le festival se termina et que soudain ils ne furent plus que deux, ils se sentirent soulagés. Finalement tout l'éclat de ces journées qui les avait plongés dans un monde merveilleux les avait séparés d'eux-mêmes. C'est d'eux-mêmes désormais, comme avant leur départ pour Deauville, qu'ils recevraient la grâce de s'aimer.

Ce sont les mots que Robert utilisa.

Le matin, avant que Julie ne se lève, il sortait pour marcher durant une heure le long de la mer. Lorsqu'il rentrait, elle l'attendait sur le lit, et ils s'aimaient. C'était une sorte de rituel qu'ils s'efforçaient d'instituer. Leurs corps, ainsi, auraient toujours cette exigence.

Mais ce jour-là, il n'y avait personne dans la chambre, et le lit avait été refait. Julie n'était pas dans la salle des petits déjeuners. Dans le hall, le concierge lui fit signe.

- Madame a demandé un taxi. Elle m'a dit de vous dire qu'il ne fallait pas vous inquiéter. Elle a laissé une lettre pour vous.

Julie lui disait qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimerait toujours, et qu'elle n'oublierait jamais ces quelques jours.

- Je ne pouvais pas, tu comprends, mais je t'aimerai toujours.

C'est par ces mots, elle les avait soulignés de deux traits, qu'elle avait achevé sa lettre.

Il n'aurait pas du la laisser seule.

Certaines femmes sont comme des oiseaux. La présence de Robert lui avait servi de cage. Si on les perd de vue, ne serait-ce qu'un instant, elles s'échappent.

Cette certitude qui noue l'estomac parce qu'elle enchante et terrorise tout à la fois se nomme l'amour

 

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administrateur théâtres

Insolite compagnie Biloxi ? Ou comment dynamiser, révéler et amplifier par une mise en scène et une scénographie étourdissantes, les textes les plus riches et les plus …insolites !  Ajoutez à cela,  la présence  magnétique  d’un Pietro Pizzuti immense dans  son  feu d’artifice d’affects à fleur de peau ...et vous aurez une idée de ce qui se passe sur scène, lors de la représentation du « Roi se meurt » d’Eugène Ionesco  au  théâtre des Martyrs en cette fin de saison. Très dommage d’ailleurs que ce spectacle ait été programmé si tard dans l’année car les sorties scolaires  autorisées  par les directions  d’écoles s’arrêtent souvent après  les vacances de Pâques!

 

Le texte est un tissu de thèmes, tous plus  satyriques  les uns que les autres. Il vise   la fragilité de la planète sur laquelle nous vivons, la relation à L’Autre,  les abus du pouvoir absolu et  les questions existentielles universelles. Ionesco, au seuil de la mort écrivit  cette pièce dans l’urgence pour tenter d’apprivoiser celle-ci. Il met en scène  le roi Bérenger qui règne depuis quelques  siècles et refuse formellement   d’accepter  l’annonce de sa fin prochaine, prévue dans une heure trente ici,  dans la salle du trône glaciale  de ce plateau, lui dit-on. Il se débat furieusement contre la fatalité et veut  s’accrocher aux quelques bribes de ce royaume qui s’amenuise de minute en minute, sous nos yeux. La vie, notre royaume ? La vie n’est-elle qu’un rêve ? Ou un catalogue de catastrophes naturelles dirigées par les astres ou par l’orgueil humain? « Il était une fois un roi très vieux et très puissant, qui commandait aux astres et aux hommes, qui avait fondé toutes les villes, inventé toutes les machines, écrit toutes les œuvres, et qui était si occupé qu’il avait fini par croire qu’il était immortel. » Au lieu d’un roi décrépi en barbe blanche, nous avons devant les yeux un comédien traversé par  une énergie solaire, les pulsions et les passions  qui est soudainement frappé à mort. Il rend son agonie est plus poignante que le solo d’un danseur de chez Béjart. Torse, nu, pieds nus et en jeans, il nous emmène dans une lutte paroxystique pour retenir la vie et échapper aux boues de la mort pour ensuite nous engager dans une inoubliable catharsis lorsqu’il accepte de plonger dans le fleuve de l’oubli.  

 

 Deux femmes qui l’aiment différemment lui prodiguent conseils et encouragements. L’une, la reine Marie (Anaïs Tossings), sa seconde épouse lui rappelle sans relâche son attachement amoureux  inconditionnel et les jeux futiles de l’amour, des bals et des plaisirs  dont il est si friand.  L’autre, la reine Marguerite, l’admoneste vertement et l’accuse de ne s’être jamais préparé à l’inévitable. Le jeu de l’actrice donne le frisson, au point de se demander si ce n’est pas la femme du diable ou carrément la mort qui règne sur la scène. Elle se fait profondément détestable et est accompagnée d’un ange de la mort non moins redoutable : une femme médecin et bourreau - exécutrice. Mystérieuses déesses de la mort, toutes deux conjurent pour qu’il accepte enfin la fatalité et se déleste enfin de ses illusions, une par une, lui indiquant sous leur doigts habiles et caressants le chemin de la raison et de la sérénité. Deux formidables comédiennes: Valérie Bauchau et Catherine Decrolier.  LE ROI SE MEURT - Compagnie Biloxi 48 -4.jpg

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On peut  aussi voir cette pièce aussi comme l’angoisse de la création pour l’écrivain qui, ne trouvant pas l’inspiration, s’endort et rêve qu’il meurt. Catharsis du lâcher prise et du renoncement, il se réveille …au paradis ?  Un paradis qui le fait se remettre joyeusement à écrire devant son ordinateur, entouré de ses livres et de sa chaîne HiFi , ayant  osé regarder en face  toutes ses chimères et ses angoisses.  

 

Dans Le roi se meurt, « Ionesco décrit une expérience intime et douloureuse : son agonie à la suite d’une longue maladie, à 53 ans. Écrite dans l’urgence en une dizaine de jours, la pièce a eu sur lui un effet thérapeutique. Drôle, sublime, profondément humain, cet inclassable chef-d’œuvre illumine tout le théâtre d’Ionesco par son étrange onirisme qui réussit à transmettre le choc intolérable de l’annonce d’une mort prochaine. Un texte aux résonances universelles.» Un texte porté par une splendide distribution et une mise en scène (Christine Delmotte) incontestablement riche de signifiés et toujours débordante d’une multitude de  détails inventifs qui transforme le comique en tragique immensément tragique.

Autour de PIETRO PIZZUTI : Béranger 1er, le Roi

Valérie Bauchau : La Reine Marguerite,  première épouse (morte ?) du roi Bérenger 1er

AnaïsTossings : La Reine Marie  deuxième épouse du roi Bérenger 1er

Catherine Decrolier : la doctoresse, chirurgienne, astrologue et bourreau de justice

Les manants:

Flora Thomas : Juliette  femme de ménage et Fabian Finkels, le garde

Jusqu’au 25 mai 2014 au


 THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS


Place des Martyrs 22  - 1000  Bruxelles


Infos Réservations : 02 / 223 32 08 

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ATELIER MARCEL HASTIR

Rue du Commerce 51, 1000 Bruxelles (métro Trône)

Dimanche 1er juin 2014 à 19h00



Présentation du roman

Adolphe Nysenholc, 

« Bubelè l’enfant à l’ombre »

(1ère édition L’Harmattan, 2007 ; 2e édition Espace Nord, 2013. Postface de Rossano Rosi )



Un « beau livre » (Philippe Lejeune). « Criant de vérité » (Le Soir). « Attachant et drôle » (L’Arche).

L’auteur est aussi un des acteurs du film qui suivra la présentation du livre ;



et projection du film 

Qui dira le Kaddish 

(des Pavés pour la mémoire)

Film documentaire de 2013 (52’) de Marian Handwerker.

Le film attire l’attention sur une action mémorielle de type nouveau. Tourné de nos jours, dans les

quartiers des immigrés où vécurent les déportés de jadis, il développe un point de vue inédit dans

l’échange interculturel. Avec l’aide de l’AMS et de la FJB.



Réservations : ateliermarcelhastir@gmail.com

Entrée : 12 € (Enfants – 12 ans : 6 €)

Voir en plein écran

N.-B. Adolphe  Nysenholc est (entre autres) le grand spécialiste belge de l'oeuvre de Charlie Chaplin.

Son site: http://www.adolphe-nysenholc.be/

Au sujet de « Bubelè l’enfant à l’ombre » sur le réseau Arts et Lettres

Bubelè, couverture 1

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Des larmes à la délivrance

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Mes lèvres désespérées hurlent mon agonie à la surdité
d'une nuit qui s'empourpre de couleurs mystérieuses.
Du haut des cieux, tu réponds à l'écho
de mes strophes en déployant ta vénusté fragile
sur mes paupières rouges et douloureuses.
Ô impérieuse camarde, alors que tu dardes le souffle
froid de ton haleine sur la diaphanéité de mes larmes,
mon cœur périclite à l'éclat marmoréen de tes yeux.
Dans un dernier frisson nocturne,
l'esprit enfin délivré, mes lèvres devenues muettes
sourient d'une grâce apâlie à l'unique amour
rayonnant dans l'écheveau qui s'inscrit
au continuum nébuleux.

 

Nom d'auteur Sonia Gallet
recueil © 2014.

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Je chantais ma joie à tue-tête

 

Soliloque

Tout événement historique

Porte une date inoubliable.

Qu'il fût heureux ou bien tragique,

À jamais semble mémorable.

Un jour, un mois et une année

Composent une date complète,

Peuvent conserver des données

Qu'il convient de garder en tête.

Anniversaires inévitables,

Causant des jours qui sont chômés,

Effet qui les rend agréables.

Bien peu nous semblent parfumés.

Les innombrables êtres humains,

Qui, de malheurs en dangers errent,

Ignorent les anniversaires,

Ils prient pour cesser d'avoir faim.

Or ceux qui ne sont pas piégés,

Qui vivent proches d'âmes chères,

Confiants, parfois protégés,

Les fêtent, heureux, à leur manière.

.

En jardinant, je pense à toi.

Dans deux jours ce sera ma fête.

Ô temps de merveilleux émois!

Je chantais ma joie à tue-tête.

J'ai conservé sur des photos

Tes bouquets faits de fleurs sauvages

Et tes souhaits écrits plus tôt,

Tes ardents et tendres messages.

19 mai 2014

 

 

 

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Bâtard mal peigné JGobert

Je suis né chien errant. Je déambule chaque jour dans les rues de la ville, je dors à la belle étoile ou sous une porte cochère. Je trouve ma subsistance dans les poubelles bien fournies des restaurants ou des magasins. Nous sommes quelques uns à vivre de cette façon hors des normes et des règles. Je ne suis pas contrariant et j’aime mes pérégrinations journalières.

 Sur mon chemin, je visite ainsi plusieurs  décharges avant d’avoir la panse bien pleine et pouvoir m’allonger, les jours ensoleillés, à l’ombre d’un platane. A cette heure, la ville se repose et les cacophonies sont atténuées par une chaleur étouffante.

Je vis dans un endroit historique, à quelques pas du centre de la ville. L’arène se dresse, imposante,  cruelle, sanguinaire. Elle attend les réjouissances hebdomadaires des matadors et du combat contre le taureau aux yeux d’un noir minéral. Cette tradition, qui se déroule toujours selon des rites précis, est ancienne et laisse un grand nombre de gens enjoués à l’idée d’assister à ce spectacle pourtant d’un autre temps et qui attire néanmoins un public affligeant.

Pendant cette journée,  j’arrive à m’introduire facilement sous les gradins et je me cale pour observer les jeux du cirque. Je ne suis pas seul à regarder ce folklore qui parfois me soulève le cœur. J’entends les viva de la foule sous les éclaboussures.  Alors, je pars. Je quitte cette enceinte. Ce lieu sent la mort et il n’est pas bon de traîner ici. Je continue ma quête d’infortune.

Cela fait quelques jours que je croise une petite fille qui se promène, qui déambule  dans le parc. Je passe volontiers près elle. Je m’arrête pour la regarder près de la fontaine. Dans ce jardin verdoyant couvert de fleurs, la petite fille n’est pas seule.  Je sens en elle un sentiment étrange, une chose qui ne va pas, qui la rend triste. Au fil des jours,  j’apprends à lire dans ses yeux et dans son cœur. Parfois elle me sourit pour mieux me laisser percevoir cette inquiétude qui l’envahit. J’ignore ce que c’est.

A cet instant, dans un éclair, je vois un esprit, un génie qui attend, tapi dans un coin, que la nuit arrive. Sur la pointe des pieds, il se faufile, s’infiltre dans le sommeil de la fillette et, selon ces humeurs, le transforme en nuit réparatrice ou cauchemardesque.

Il prend possession de la petite tête blonde et l’associe aux songes de l’innocence et de l’inconscience. Il transforme les petites pensées de la fillette,  à peine endormie, ensommeillée.  A l’heure où tout est calme, où la plupart des hommes dorment, le pays des rêves est fait d’histoires douces, tendres, le monde des cauchemars s’enlaidit de songes funestes dans des méandres incontournables.

La petite fille vit une enfance compliquée et le repos est pour elle essentiel, mais c’est sans compter sur ce génie. Son rôle, parfois bienveillant ou cruel,  régente les nuits de la fillette. Elle sort blessée et estropiée  de ses nuits revivant des scènes inavouables.

Pauvre chien errant qui se prend pour un prince charmant et qui voudrait tant aider ce petit cœur dans la détresse. Il connait maintenant son angoisse et la vit avec elle.

Il n’y a que dans les contes écrits par les grandes personnes qu’un chien errant et une petite fille se rencontrent. Qui voudrait de ce bâtard mal peigné,  de ce prince désenchanté plein de bons sentiments ?

C’est sans compter sur le charme de l’écriture, de l’imagination qui donne un sens aux mots, aux sentiments et à la désespérance pour concéder une fin heureuse à cette histoire.

 JGobert.

 

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