Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3146)

Trier par
administrateur littératures

   Vitrine sur l'édition belge de qualité, les Rencontres littéraires de Bruxelles qui se déroulent chaque dernier mardi du mois à 19h à l'Espace Art Gallery (EAG, rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) accueillaient ce 30 janvier la solitude et la rencontre, des thématiques judicieusement choisies par Gérard Adam, animateur hors pair de ces soirées qu'il orchestre avec grand soin, mettant chaque mois en valeur trois auteurs publiés chez nous, cette première soirée de l'an 2018 se révélant un soir d'auteures d'exception à la voix posée, calme et investie qui nous ont délivré leurs messages par le biais de leurs publications les plus récentes: Isabelle Fable avec "Femmes en souffrance" et "Noir ou bleu?", Martine Rouhart avec "La solitude des étoiles" et Claire Ruwet avec "La femme mosaïque" nous ont allègrement entraîné dans leurs univers respectifs, nous dévoilant qu'il existe en fait différents types de rencontres comme de solitudes, nuances et sensibilités au clair de ces dames auteures et poètes.

  Venir aux Rencontres, c'est avant tout être reçu chaleureusement par Robert Paul et Jerry Delfosse, organisateurs et piliers de l'EAG, et ce 30 janvier, la galerie a accueilli en son sein pas loin de quarante âmes, parmi celles-ci des personnalités de notre monde littéraire attentives aux mots, à l'expression, aux pensées, aux idées. Passionné de belles Lettres, Gérard Adam nous a conviés à deux tours de table, le premier s'attachant principalement à la solitude, le second à la rencontre, Martine Rouhart, en position centrale, ouvrant le feu (Comprenez-le bien!) d'une voix porteuse, étoiles au firmament de ses pensées, Isabelle Fable suivant, le propos pertinent, les femmes et leurs sentiments avant tout, Claire Ruwet fermant la marche mots-saïquement, également un brin théâtrale, charmant de cette manière le public, des extraits de leurs oeuvres ayant été lus face à un auditoire compact (salle comble) manifestement conquis.

  Le corps de la soirée une fois clôturé, ne pouvait que surgir une salve d'applaudissements nourris amplement méritée puis, avant un drink qui fut animé et réellement festif, on eut droit à deux lectures libres, un extrait de "Les Tulipes du Japon" de Isabelle Bielecki par l'auteure en personne, et de "Auprès de ma blonde" de Thierry-Marie Delaunois également présent à la soirée mais bien d'autres écrivains et non des moindres étaient venus à cette Rencontre mensuelle.

  Rencontres d'exception(s) à l'EAG? Pas loin de quarante personnes vous le garantiront, la prochaine étant prévue le 27 février. A vos agendas!

Lire la suite...

Arbre, tes branches chantent l’abandon et la sagesse.

Et pourtant tu sèmes la beauté de ces visions argentées.

Si éloigné et si proche.

O toi qui bats des ailes

aux différentes variations du vent et des lumières.

Les voiles gonflées, tu suis ton chemin, comme des notes jouées

les unes après les autres,

chacune ayant son importance par rapport aux autres.

Merci pour ta neutralité.

Tu joues une partition ou une mélopée improvisée

comme un chant porté par le jour,

emporté par la nuit.

Julien Boulier le 15 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434775011

Lire la suite...

Le rêveur croyait avoir perdu ton sourire.

Je dirais qu’assis là, Il acceptait le fait

de ne plus pouvoir s’en souvenir.

Impressionnante patience.

S’adonner alors

à tout autre cheminement de l’âme,

toutes sortes de lectures,

activités et insondables rapprochements,

le mena à ce dénouement qui fut,

à ceci près, un trait de dessin

le représentant au figuré

au détour d’un croquis

esquissé sur feuille d’un de ses précieux carnets.

Julien Boulier le 13 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434704311

Lire la suite...

12273267676?profile=original

Considéré dès son ant comme l'un des peintres les plus importants de la première moitié du Quattrocento, Fra Angelico a, pendant des siècles, fasciné les mémoires pour ce trait supplémentaire, mais essentiel, d'avoir été " saint homme ", prêtre et frère dominicain. De cette mémoire, une mythologie est née, faisant du peintre ce personnage " angélique " qui n'aurait, dit-on, jamais pris ses pinceaux avant d'avoir fait une prière... L'histoire de l'art cherchant, quant à elle, l'apport spécifique de l'artiste - ou, au contraire, ses résistances - aux grands bouleversements stylistiques de la Renaissance.

Mais l'art de Fra Angelico exige une approche médiane, ou plutôt dialectique. Dépositaire d'un immense savoir  - théologique, exégétique, liturgique -, l'artiste aura dû forger une poétique  singulière qui utilisait, voire détournait les formes " humanistes " aux fins d'une pensée ancrée dans le Moyen Âge. Et une telle poétique démontre toute sa génialité dans le jeu qu'elle instaure, souvent paradoxal, d'une intense matérialité colorée aux effets toujours " anagogiques " : signe d'une peinture constamment en quête de son au-delà.

  1. Chronologie

L'historiographie traditionnelle, à la suite de Vasari, situait la naissance de Fra Angelico (de son vrai nom Guido di Piero) dans les années 1387-1388. La critique moderne a repoussé cette date d'une quinzaine d'années, sans parvenir néanmoins à une certitude absolue : le peintre serait né à la toute fin du XIVe siècle, aux alentours du château de Vicchio, dans le Mugello, vallée proche de Florence. Le premier document où il soit question de Guido di Piero dipintore  date du 31 octobre 1417 ; deux autres, datés du 28 janvier et du 15 février 1418, attestent le paiement d'un panneau peint pour l'église florentine de Santo Stefano al Ponte.

Ces années correspondent ainsi aux premiers travaux du peintre, dont on ignore la formation exacte. La tradition veut qu'il ait été l'élève de Gherardo Starnina, mais celui-ci était déjà mort en 1413. Fra Angelico, en tout cas, révélera dans ses " mises en page " et dans son art de la couleur combien sa pratique picturale prend sa plus vraisemblable source dans le travail du miniaturiste (quelques superbes manuscrits enluminés du musée de San Marco, à Florence, nous en donnent encore l'idée).

La période 1420-1423 sera décisive pour la vocation du peintre - mais décisive dans un sens qui n'est pas strictement artistique. Certes, Brunelleschi (né en 1377) à cette époque triomphe, avec la construction de la coupole de Santa Maria del Fiore, sur un mode que l'on peut dire révolutionnaire ; Donatello (né en 1386) a déjà posé les bases d'un nouvel art de la sculpture ; Masaccio enfin - et malgré son jeune âge - renouvelle déjà l'idée picturale du modelé (dans la Sainte Anne  des Offices, peinte entre 1420 et 1424), avant que de donner ses chefs-d'oeuvre de la chapelle Brancacci (1426).

Mais Guido di Piero, au lieu de s'ouvrir d'emblée à l'humanisme renaissant, se clôt au contraire dans le couvent dominicain de San Domenico, à Fiesole : il y mène un long noviciat de pratiques dévotes et d'études théologiques approfondies, pour y revêtir l'habit blanc et noir du frère prêcheur et se faire rebaptiser Fra Giovanni , c'est-à-dire " frère Jean ". La formation religieuse du peintre se complète, à partir de 1422, sous l'autorité directe d'Antonino Pierozzi (sanctifié depuis sous le nom de saint Antonin), auteur d'une impressionnante Summa theologiae  et futur archevêque de Florence. C'est donc sous le nom de Frate Giovanni di San Domenico da Fiesole que le peintre réalise en 1423 un crucifix pour l'hôpital de Santa Maria Nuova (ouvre aujourd'hui perdue). Les paiements pour ce tableau comme pour les oeuvres suivantes seront adressés, il faut le souligner, à la communauté dominicaine de Fiesole et non à l'artiste lui-même : façon de reconnaître combien le peintre, désormais, avait identifié son destin à l'Ordre de saint Dominique.

Sa formation religieuse continue sans doute de façon intense jusque dans les années 1425-1429, époque à laquelle son activité artistique connaît une première grande floraison. Entre 1429 et 1438-1440 environ, Fra Angelico peindra un nombre important de retables d'églises, à commencer par le Triptyque de saint Pierre martyr  (selon un document de 1429) et le Tabernacle des Linaiuoli  (en 1433, composé dans un cadre sculpté sur un dessin de Ghiberti). Lorsque l'église conventuelle de Fiesole est consacrée en octobre 1435, elle ne comporte pas moins de trois retables dus à l'Angelico.

De cette période datent également les pale  de Cortone et de Pérouse, de Santa Trinità et d'Annalena (Florence) ; celles conservées aujourd'hui au Louvre, au Prado ; l'admirable Jugement dernier  du musée de San Marco à Florence (cf. Pl. II) ainsi que les reliquaires de l'église Santa Maria Novella (conservés pour une part au musée de San Marco, pour une autre au Stewart Gardner Museum de Boston). En 1436, Fra Angelico peint pour la congrégation de Santa Maria della Croce, à Florence, une grande Lamentation  (cf. Pl. III) où les historiens de l'art ont souvent repéré quelque chose comme un " retour à Giotto ", alors même que la leçon picturale de Masaccio semblait avoir été comprise et intégrée.

Tout cela n'aura pas empêché le peintre-prêtre d'assumer, en 1432 et 1433, les responsabilités de vicaire au couvent de Fiesole - autre manière, ici, de comprendre à quel point le peintre se reconnaissait comme lié à une communauté religieuse plus encore, sans doute, qu'à une corporation ou à un métier, fût-ce celui, désormais honorable, d'" artiste ". La biographie de Fra Angelico - alors même qu'en ces années 1438-1445 sa renommée personnelle devient considérable - restera toujours partie prenante dans les vicissitudes des couvents successifs pour lesquels il aura travaillé.

Ainsi, lorsque le pape Eugène IV assigne aux dominicains de Fiesole les bâtiments florentins de San Marco - bâtiments que Cosme de Médicis s'était engagé à faire restaurer pour y fonder un couvent modèle -, Fra Angelico quitte les collines toscanes pour venir s'installer au cour de la cité. C'est en 1438 que les travaux commenceront à San Marco. Michelozzo en dirige la conception architecturale, toute inspirée de Brunelleschi : austère, élégante, rationnelle, avec ses grandes surfaces blanches scandées de simples colonnes en pierre grise.

Dans cet espace méditatif sera installée l'une des plus prestigieuses bibliothèques du temps, bibliothèque tout à la fois humaniste et théologique qu'avait constituée l'érudit Niccolò Niccoli. Et dans cet espace méditatif - cloître, salle capitulaire, corridors, cellules de la clausura  - Fra Angelico réalisera, avec l'aide de ses disciples, l'un des plus beaux cycles de fresques de toute l'histoire de l'art : cycle que l'on pourrait nommer un cycle de l'incarnation, où l'allégorie théologique dépasse toute pédagogie, se fait matière colorée, atteint les sommets de la picturalité comme telle.

À ces fresques, l'Angelico aura très certainement travaillé de 1438 à la fin de 1445, peut-être même sur une seconde période allant jusqu'à 1450 (d'après J. Pope-Hennessy, A. M. Francini-Ciaranfi et U. Baldini). Selon toute probabilité, le programme en fut minutieusement discuté avec saint Antonin lui-même, prieur à San Marco entre 1439 et 1444 ; et, comme chacun au couvent, l'illustre théologien méditait les saintes Écritures dans sa cellule, avec une fresque devant les yeux. Fra Angelico réalisera également le grand retable de l'église conventuelle, consacrée le 6 janvier 1443 par le pape Eugène IV en personne.

Celui-ci, d'ailleurs, provoque dans la vie du peintre, et dans celle du couvent lui-même, un nouveau bouleversement : d'une part, il nomme saint Antonin archevêque de Florence (1446) - et la tradition, issue de Vasari, veut qu'il en ait d'abord proposé la charge au modeste peintre se dérobant en faveur du savant aîné... D'autre part, Fra Angelico se voit appelé au Vatican, dès la fin de 1445, pour y décorer la chapelle du Sacrement (1446-1447, oeuvres détruites). En été de 1447, il se trouve à Orvieto avec ses collaborateurs - parmi lesquels Benozzo Gozzoli - pour y peindre un Christ, des anges et des prophètes à la voûte de la cathédrale (chapelle Saint-Brice, plus tard achevée par Luca Signorelli).

Puis il retourne au Vatican où, sur la demande du nouveau pape Nicolas V, il réalise - toujours avec l'aide de Benozzo Gozzoli - les fresques de ladite " Chapelle niccoline " (cf. Pl. III), ainsi que celles d'un studio  personnel du pape, qui sera détruit à l'époque de Jules II. Après ces travaux (1448-1449), le peintre retourne au couvent de Fiesole, où il occupe la charge de prieur entre 1450 et 1452.

Fra Angelico, une dernière fois, se rend à Rome, en 1453 ou 1454, peut-être pour y décorer le cloître de la basilique de la Minerva. Il y meurt le 18 février 1455. Il est enseveli dans la basilique, tout près - significativement - de la chapelle de saint Thomas. Le sépulcre de marbre porte son visage, sculpté d'après le masque mortuaire, et une épitaphe en latin, vraisemblablement composée par l'humaniste et théologien Lorenzo Valla.

  1. Fortune critique

Or, cette épitaphe à elle seule pourrait faire comprendre tout le prestige, mais aussi toute l'ambiguïté dans laquelle la fortune critique du peintre n'a cessé d'osciller. Elle pose l'artiste " comme un autre Apelle " (velut alter Apelles ), confirmant par là combien il aura été, dès son vivant, considéré comme l'un des plus grands peintres de son temps ; et Domenico Veneziano, son rival en un sens, ne disait pas autre chose dans la lettre qu'il avait adressée, en 1438, à Piero de' Medici pour lui vanter ses propres mérites comparés à ceux des trois buoni maestri  florentins, Masolino, Masaccio et Fra Giovanni...

Pourtant, l'épitaphe demande au visiteur que Fra Giovanni ne soit justement pas loué pour ses talents de peintre, mais pour le simple fait qu'il ait consacré toute sa vie et tous ses " dons " à la dévotion de Jésus-Christ (omnia, Christe, dabam ...). C'est ainsi qu'en 1469 apparaît sous la plume du dominicain Giovanni da Corella l'épithète fameuse d'Angelicus pictor . Fra Giovanni, une nouvelle fois, se fait ainsi rebaptiser d'un nom que chacun, désormais, lui donnera : Fra Angelico, voire Beato Angelico.

Car l'idée d'un peintre " bienheureux ", vertueux, perdu dans le monde précisément " angélique " de la contemplation divine, cette idée ne cessera plus de courir dans les esprits. On prête à Michel-Ange le propos selon lequel " ce bon moine a visité le Paradis et il lui a été permis d'y choisir ses modèles ". Vasari écrit encore ceci :

Il ne retoucha et ne transforma jamais aucune de ses peintures, mais les laissa toujours comme elles lui étaient venues du premier jet ; il croyait, disait-il, que telle était la volonté de Dieu. Fra Giovanni, dit-on, n'aurait jamais touché ses pinceaux sans avoir auparavant récité une prière. S'il peignait un crucifix, c'était toujours les joues baignées de larmes.

Le point d'orgue de cette fortune critique consiste évidemment dans l'officialisation de l'usage, à savoir la béatification du peintre, promulguée le 3 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II. Celui-ci commence son texte avec une citation de Vasari (" chi fa cose di Cristo, con Cristo deve stare sempre  ") et le termine avec l'institution d'une liturgie associée au nom du peintre.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'histoire de l'art avait elle aussi perpétué le mythe d'un " artiste mystique " dont la main ne fût guidée que par l'ineffable contemplation divine. Sa vocation de discipline " scientifique " lui fait tenir aujourd'hui un tout autre discours, qui n'est souvent que l'envers positiviste du discours précédent : elle cherche dès lors à formellement situer  l'art de Fra Angelico par rapport aux traditions qui l'ont précédé et aux bouleversements stylistiques qui lui ont été contemporains.

Mais à seulement s'en tenir au point de vue linéaire ou chronologique d'une histoire des styles, on ne fait bien souvent, avec l'Angelico, que tourner en rond : dans telle ouvre on trouvera l'indice de la tradition siennoise du Trecento, ailleurs on verra l'application des principes albertiens les plus novateurs du Quattrocento, ailleurs encore on retrouvera Giotto lui-même. Lorsqu'on lit la trop abondante littérature consacrée à Fra Angelico, on en arrive souvent à ne plus savoir si son activité de peintre fut résolument novatrice, ou transitoire, ou vaguement nostalgique, ou franchement rétrograde...

  1. L'humanisme détourné

C'est que l'autonomie du style  - au sens restrictif du terme, en histoire de l'art - n'a sans doute jamais été l'enjeu d'un peintre pour qui la peinture même était loin de constituer une fin en soi. Pour employer une catégorie théologique usuelle chez Thomas d'Aquin, chez saint Antonin et donc dans les murs du couvent de San Marco, la peinture ne pouvait être considérée que comme le modeste vestige , la trace sensible et colorée d'une vérité éminemment transcendante : vérité que le peintre ne se proposait donc jamais de représenter comme telle, seulement de suggérer, d'approcher. Cela, à l'exemple de la créature ne pouvant, dans la prière, qu'approcher le Créateur - et non prétendre le contempler face à face.

Vasari est bien conscient de cette espèce de modestie ontologique qu'un prêtre-peintre, fatalement, avait dû assigner à sa pratique. Mais, comme il prétend inventer - à tous les sens du mot - une histoire de l'art qui soit autonome, Vasari camoufle le problème, le paradoxe  d'Angelico. Faisant naître le peintre en 1387, il le retient un peu dans l'ombre d'un Moyen Âge excessivement dévot... oubliant qu'il place aussi l'Angelico (dans sa biographie de Masaccio) comme l'un des artistes les plus attentifs à la " modernité " humaniste.

Car tel est bien le paradoxe : Fra Angelico retient exactement la gravité de Masaccio (comme pour renoncer aux " fioritures " gothiques d'un Gentile da Fabriano), mais il conserve les fonds d'or, les damasquinages des auréoles et des vêtements... Il s'ouvre à l'exigence du " naturalisme " renaissant (en témoigneraient les vases presque flamands du triptyque de Pérouse, ou tel visage singulier dans la Lamentation  de Florence), mais en même temps il s'abandonne aux exigences plus obscures d'un véritable irréalisme : villes lointaines et abstraites, perdues dans un no man's land de couleur massive (cf. Pl. III) ; pans tachetés, frontaux, proposés dans le tableau comme autant d'énigmatiques focalisations (cf. Pl. II et IV).

Le paradoxe atteint aussi l'outil " moderne ", albertien, de la peinture du temps : la perspective, que Fra Angelico connaît et utilise, mais bien souvent à des fins de détournements . Ce n'est plus l'unité ou la clarté d'un espace profond que recherche alors Fra Angelico, c'est au contraire la mise en abyme - ou plus simplement la désignation, voire l'opacification - du mystère du lieu (cf. Pl. II).

Bref, la " gravité " humaniste se laisse envelopper d'étranges suavités lumineuses ; la nature ne vaut plus que pour ce qui la dépasse ; l'histoire n'est proposée que comme un exemplum  sacré, presque intemporel, et non comme un drame ; l'espace, enfin, reste pensé à travers la catégorie médiévale du lieu (locus ), catégorie au fond symbolique et non pas géométrique ou même physique.

  1. Les lieux de la mémoire

C'est ainsi qu'Angelico utilise tous les moyens figuratifs dont il dispose - depuis l'art de Giotto jusqu'à celui de Masaccio, en passant par les Lorenzetti et Lorenzo Monaco - à des fins qui ne sont pas strictement figuratives  (au sens où l'on dirait, par exemple, que la peinture renaissante est plus " figurative " que celle du Moyen Âge), mais figurales , au sens où la théologie chrétienne avait fondé toute une conception de l'histoire entendue comme figure du Christ .

Aussi bien, l'homme du Quattrocento selon Fra Angelico (le spectateur de ses tableaux, par exemple) devait-il régler toute sa vie, tous ses regards, toutes ses pensées en mémoire  de la faute adamique, de l'incarnation du Verbe, du sacrifice rédempteur de Jésus - et en prévision  de la fin des temps, du Jugement dernier. C'est à une telle mémoire et à une telle " pré-vision " que l'oeuvre d'Angelico semble vouée tout entière.

L'espace hiérarchisé, complexe et fantastique de ses Jugements derniers  (cf. Pl. II) ou l'agencement subtil des cellules décorées du couvent de San Marco, tout cela évoque bien, en effet, cet " art " médiéval de la mémoire (ars memoriae ) dont les grands théologiens dominicains - Albert le Grand, Thomas d'Aquin - avaient marqué l'Âge d'or. Partout, la pensée médiévale avait rencontré, utilisé cet art de la mémoire : dans ses pratiques de discours (sermons), dans sa plus haute littérature (Dante) comme dans ses plus prestigieuses oeuvres d'art (Giotto).

Fra Angelico aura donc renoué avec les principes fondamentaux d'un art - dévot - de la mémoire : art des images colorées, " fortes ", " actives ", disposées dans des lieux rigoureusement agencés, et capables de s'associer les unes aux autres en un réseau toujours proliférant et encyclopédique, toujours producteur de sens et de poésie. Ce faisant, Angelico répondait exactement à l'exigence théologique formulée à la fin du XIIIe siècle par le dominicain Giovanni di Genova : que la peinture soit un lieu d'instruction et de dévotion - bref un lieu figuratif de prédication  - mais aussi, et au-delà, qu'elle se constitue comme un lieu de " mémoire du mystère de l'incarnation "...

  1. La peinture comme exégèse

Il n'y a donc pas, dans l'art de Fra Angelico, qu'une simple rhétorique de la prédication destinée à inculquer les vérités chrétiennes fondamentales aux laïcs florentins du XVe siècle. Il y a aussi cette exigence d'une " mémoire du mystère ", exigence qui se manifeste au plus haut point dans les fresques de San Marco : alors, la peinture porte ses moyens à l'extrême de la concision figurative, méditant les saintes Écritures au-delà de toute istoria , de toute anecdote, au-delà même de toute iconographie au sens classique. En cherchant à toucher l'" oil spirituel ", en cherchant à se donner comme un Giardino di orazione  (genre d'ouvrages fort médités à cette époque), la peinture d'Angelico se démontre alors comme un très subtil champ d'exégèse.

On voit en effet les significations scripturaires s'épanouir dans toute la peinture d'Angelico à la manière de ces textes immenses qui, au Moyen Âge, faisaient proliférer le sens de chaque mot ou de chaque passage biblique. Dans les principaux thèmes qu'il aura ainsi traités - l'Annonciation, la maternité divine, la Crucifixion, le couronnement de la Vierge -, Fra Angelico se sera attaché, toujours, à dépasser la simple image, la simple représentation des motifs ; et, selon le système canonique de la pensée exégétique, il aura cherché, par-delà chaque histoire (historia ), à indiquer une leçon morale (tropologia ), une vérité doctrinale (allegoria ) et même un support de l'élévation mystique (anagogia ).

On comprend mieux pourquoi les dominicains eux-mêmes ont nommé Angelicus  ce peintre dont l'activité en soi pouvait être qualifiée de " mondaine ", étant liée par essence au non-être et à l'apparence. Mais Fra Giovanni, prêtre dominicain de la branche réformée - la plus austère, vivant dans l'esprit de Catherine de Sienne et de Giovanni Dominici -, situait si haut les exigences doctrinales de son art que celui-ci ne pouvait qu'évoquer l'oeuvre-phare de tout cet univers de pensée, à savoir l'oeuvre du doctor angelicus , saint Thomas d'Aquin.

Certes, la peinture de Fra Giovanni ne prétendait en rien constituer une " Somme " doctrinale. Mais elle s'apparentait tout de même à ces " Sommes d'exemples et de similitudes " que l'on avait vu fleurir au XIIIe et au XIVe siècle sous la plume des mêmes dominicains cherchant par ailleurs à fonder la grande ratio  scolastique.

Deux aspects sont communs à ces Sommes d'exemples (c'est-à-dire d'images littéraires), aux textes de l'exégèse et aux grands cycles figuratifs d'Angelico : leur systématicité, d'une part (à savoir que les éléments y font structure, ne valent que pensés les uns par rapport aux autres), et leur exubérance, d'autre part, à savoir leur force poétique, leur caractère d'" association libre " autour d'un seul et unique mystère  - celui, bien sûr, de l'incarnation.

  1. La poétique de l'Incarnation

Ainsi Fra Angelico pensait-il sa pratique " figurative " à travers une notion de la figure  qui était bien loin de celle qu'employait, à la même époque, Alberti (à savoir la figure comme aspect d'une chose naturelle, que la peinture se doit de " rendre "). Pour le peintre-prêtre, les figures étaient des signes exégétiques, des signes de mémoire ou de préfiguration - bref les signes de détour  hors de l'aspect naturel : on dit que le rocher d'où Moïse fait sortir une source est la " figure " de Jésus-Christ, même si la ressemblance entre un rocher et un messie ne concerne en rien l'aspect  de l'un ou de l'autre.

Pour Fra Angelico, les notions de ressemblance  ou d'image  n'étaient pas affaire d'optique, de géométrie ou de savoir-faire artistique. Elles étaient fondamentalement liées à un mystère (où est l'image de Dieu en l'homme ?) et à une visée eschatologique (quand et comment l'image rejoindra-t-elle son prototype ?). Comme le cheminement progressif de Dante vers la scène finale du Paradis , la peinture de Fra Angelico démontre ainsi une économie fondamentalement anagogique  - ce que G. C. Argan a bien nommé un " naturalisme ascendant ".

Or ce " naturalisme ascendant " de Fra Angelico consiste à suivre le même chemin, mais en sens inverse, que celui de l'Incarnation : remonter, depuis l'abjection et le sacrifice de Jésus-Christ, vers l'absolue pureté des hypostases divines. Les moyens picturaux de ce mouvement anagogique sont, chez Angelico, admirables de simplicité et de puissance évocatrice. Nommons-en trois parmi les plus remarquables.

Le premier consiste en des figures matérielles, excessivement corporelles, concrètes, voire traumatisantes, que Fra Angelico répète et martèle d'oeuvre en ouvre. C'est, par exemple, le sang du Christ , objet suprême d'obsession organique, que Catherine de Sienne avait proposé à tous ses coreligionnaires, et que Fra Angelico reprend avec une incomparable gravité.

Le deuxième consiste à " dé-naturaliser " le réel, à utiliser toutes les ressources de ce symbolisme dissemblable  dont le pseudo-Denys l'Aréopagite avait fondé la grande tradition, et qui aboutit dans les oeuvres d'Angelico à des zones de matières volontairement indésignables, confuses, précieuses... comme des " matières d'au-delà " (cf. Pl. II).

Enfin, Fra Angelico pousse à l'extrême l'utilisation du blanc , ce blanc d'une intensité extraordinaire qui domine dans les fresques de San Marco, et qui sait si bien virtualiser  le visible, métamorphoser des nuages en matière sépulcrale, une pierre en linceul, ou une simple pâleur en pure luminosité (Le Christ mort avec la Vierge et deux saints  de l'Alte Pinakothek, Munich). Blanc du " rien à voir ", blanc de l'occhio spirituale  que le peintre dominicain portait lui-même comme vêtement - c'est-à-dire comme un symbole devenu une seconde peau.

Lire la suite...

Au même endroit, alors que la tempête surgit

 

à la fin d’un autre hiver, nous avons contemplé

 

un bref instant sa robe cristalline.

 

Les souvenirs bondissent,

 

couchés sur les plages

 

comme des vagues sur des feuilles de papier.

 

Des vagues dans un livre.

 

Marcher le long des phrases

 

et observer la beauté des lumières d’hiver.

 

Pas davantage ; juste s’arrêter

 

et respirer les embruns, hissant la tête

 

avec lenteur comme pour se plonger

 

dans les flots,  les phrases et les mots.

 

Julien Boulier   le 12 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre  3434655311

Lire la suite...

Etrange litanie. C’est cà !

 

Derrière la table, c’est-à-dire les yeux

 

fixant la mer et cherchant aussi l’absence

 

à travers les lignes des livres.

 

Incertitude ou présence de la pensée.

 

O jour  ou  nuit, réapparais !

 

Approche-toi  et la pendule dira

 

quel météore a surgi du ciel.

 

En toi les étoiles tomberont

 

comme les glycines

 

et cette vision, nous la ferons s’éparpiller

 

dans la douceur éblouissante

 

de la lumière.

 

Julien Boulier   le 11 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434609511 

Lire la suite...

Les paupières fermées ou les yeux grands ouverts.

 

Prononcer ton nom.

 

Délices enserrant nos mains,

 

les voiliers sillonnent l’océan de ta silhouette,

 

et tu danses.

 

Tu fredonnes l’épopée qui sous ton regard,

 

parcourt ce livre d’un trait.

 

Rappele-toi quand à notre rencontre,

 

nous cherchions l’heure où l’arbre est dans nos rêves,

 

où la forêt est suspendue dans le temps,

 

où nos pas évoluent sur un fil tendu dans l’espace,

 

puis continuent le long des chemins,

 

la tête dans les étoiles.

 

Julien Boulier     le 11 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434606411

Lire la suite...

Mon château de Combault

 Mon chateau de Combaultundefined

Merci chère Claudine amie

c'est de ta part tout gentil

de t'intéresser à mes racines, mon ancrage

Une bribe d'évocation de mon jeune âge.

Mais écoute  « Ah mon beau Château ! »

ne veut pas du tout dire ici :  aristos !

 

C'était un château, tout simple accueil pour des orphelins

- et/ou enfants dans la tourmente - mais chaleureux enfin.

De dehors et dedans, il s’est peu à peu retapé

Et nous eûmes après bien des années du bon mobilier

Et l’essentiel du nécessaire par des dons américains,

Lesquels, une fois que je n'avais plus rien de rien

soudain un matin à me mettre

ont offert une bourse pour me revêtir des pied à la tête.

 

Ce n'était pas le grand train de la Pompadour  !

Cependant nous étions choyés avec amour.

Mais j'ai le souvenir d'une scène de désespoir un matin :

Danièle qui s’enfuit pied nus dans la neige en pleurant,

trop de blessure au coeur faisant remonter son lourd chagrin.

 

Tous les châteaux ne sont pas en Espagne

Mais la beauté de la nature était mon mas de cocagne !

Oui, tous les 400 coups m’apparaissent pittoresques,

Plein d'innocence et parfois même Ubuesques,

À tout âge, dans ce monde de lilliputiens

Qui faisaient valoir leurs belles lois sans frein

Pour que règnent  JUSTICE, PARTAGE et SOUTIEN.

 

!?! Mais où étaient passés tous les monos cette nuit, 

Où nous fûmes réveillés par les plus grands illico

pour nous habiller en hâte dans le bruit,

incités à aller tous faire pipi dans les lavabos,

Et faire de folles glissades dans le grand préau,

 

Puis sortir sur le perron sous la lune ahurie

Voir les grands donner un ticket de métro à Annie

Et une banane afin d’aller prendre le car  pour Paris 

Et lorsqu’elle obéissait, la rappeler à grands cris !?!

 

Mon château n’était pas celui d’aristocrates huppés

Mais celui d’une bande de gosses d’amour assoiffés

Qui étaient heureux de vivre dans l’art et la beauté

À travers, la musique, les pratiques artisanales renouvelées

Les fêtes, les chants et danses, dans leurs parc et forêt.  

 

Ah ! Pour rien au monde je n’échangerais mon enfance

Quand dans ma vision intérieure, elle surgit et danse

Mais j’aime la voir ainsi riche et joyeuse, qui recommence.

 

 

 

 

 

Lire la suite...

INSTANT BLEU ET BLANC

Instant bleu et blanc,

aux teintes mouvantes de pastel et de nacre,

la mer me parle

du royaume des souvenirs..

 

Alors mon cœur s'en va,

chevauchant une vague,qui vient caresser ,

mon ombre,puis s'en va,pour mieux revenir,

dans une dernière caresse ..

et qui repart ensuite,pour succomber,

plus loin..et s'évanouir,en un dernier regard..

Mon cœur s'en va

pour revoir défiler marchant ensemble,

l'amour,la beauté,le charme et ..la grâce..

comme un rêve d'émeraude,

surgi de la mer,

et flottant dans tes yeux..

 

Mon cœur s'en va,

sur cet instant bleu et blanc,

vers la plage de ta présence..

 

(LES RIMES DU LAC)

12273275870?profile=original

Lire la suite...

Time un pays des mots : comme tu nous réunis !

Comme tu nous réunis !

Décidément,

une chanson et le vent s’engouffre.

Il rythme la nuit.

Ta fraîcheur poursuit les villes

et tes cheveux, ce soir,

somnambules,

épousent l’aurore

devant la rumeur de l’océan.

Julien Boulier le 10 février 2018


poème déposé Sacem code oeuvre Sacem 3434574211

Lire la suite...

Sous la lune

Quand le soir aura absorbé
les dernières couleurs
je partirai dans les lueurs flottantes
j’irai me coucher sous la lune
je parlerai tout bas
aux choses invisibles
à tous ceux
qui ne reviendront jamais
de leur absence

(Martine Rouhart)

Lire la suite...

Nature, montagnes parcourues à pieds.

Liberté, gentianes bleues.

Ces mêmes lieux, entre le chemin du passé

et celui du présent, réapparaissent mentalement

au détour d’une mélodie,

dans l’écriture,

entre les pleins et les déliés,

aux carrefours des lettres et des mots.

Cela faisait un moment

que tout cela était déterminé.

Une voix, les étoiles,

et dorénavant, le rêve se jette dans tes bras.

Julien Boulier le 06 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434443311

On peut lire ce poème en écoutant le morceau "Impression survol" sur mon site internet http://www.julien-boulier.net/Impression-survol.html

ou sur ma page soundcloud https://soundcloud.com/julien-boulier/impression-survol-avec-uilean

Lire la suite...

Des commentaires particuliers

À Michèle Choucroun

Ma grande soeur, intelligente
Était douée à tous égards.
Or moi, j'attirais les regards
Par ma nature exubérante.

Ses trois enfants ont hérité
De son aisance à tout apprendre,
Réussirent, sans me surprendre,
Des études à un haut degré.

Aussi modeste que leur mère,
Ils profitent de leurs talents
Sans les révéler pour autant.
Ils n'accueillent pas de chimères.

Or souvent, face à mes errances
Que je raconte innocemment,
Certes parfois bien joliment,
Les enchante ma différence.

Michèle, assidue à me lire
M'envoie souvent un commentaire.
En des mots simples et sincères
Elle loue ma façon d'écrire.

Ses compliments me vont au coeur.
Me troublent des réminiscences;
M'entourait de sa bienveillance,
Me rassurait ma grande soeur.

5 février 2018

Lire la suite...

Light envol café : Un pays et des mots.

Un pays et des mots. Dans un carnet.

 

Comment habiller cet instant ?

 

Il nous faut une matinée de lecture,

 

prendre la mesure du temps.

 

Il en est ainsi des silences où nous bousculons

 

souvenirs et chemins, terres et rivières.

 

Debout nous cherchons à creuser un sillon

 

où viendront s’étirer nuages et paravents,

 

encre et pigments.

 

Ainsi fresques, peintures, paragraphes

 

et coups de pinceaux prendront de la maturité

 

sur les murs de notre demeure,

 

dans les cahiers de notre bibliothèque.

 

Julien Boulier   le 05 février 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3434386111 

On peut lire ce poème en écoutant le morceau "Light envol café" sur mon site internet http://www.julien-boulier.net/Light-envol.html

ou sur ma page soundcloud https://soundcloud.com/julien-boulier/light-envol-coffee-01

Lire la suite...

N’est-ce pas ainsi

 

que l’œil s’attarde

 

et reçoit la lumière ?

 

Voyez ces motifs.

 

Les cheveux et les mains.

 

Quelques dessins.

 

Le chant du vent

 

suggère l’eau des mares,

 

celle des sources et des rivières.

 

Ne t’en vas pas !

poème déposé Sacem code oeuvre 3434375811

On peut lire ce poème en écoutant la musique sur mon site internet http://www.julien-boulier.net/Eau-forte-pierre-bleue-Depose.html

ou sur ma page soundcloud https://soundcloud.com/julien-boulier/eau-forte-pierre-bleue-by

Lire la suite...
administrateur théâtres

PATER aux Riches Claires jusqu'au 10 février!

L’image contient peut-être : 1 personneThe House is on fire! On ne peut pas dire  que la jeune femme  vive de souvenirs, elle n’en n’a plus. Ni de  même de photos.  Par contre, sa sensibilité artistique lui fait  rapporter son histoire personnelle à celle de ... la Sainte Barbe, décrite par Cranach l’Ancien! Comme dans une affaire  criminelle, elle met sur pied un patient travail de reconstitution, elle veut savoir pourquoi « il » est parti, « ille » est parti, laissant tout derrière lui : sa femme et ses deux filles. Lui le père Absent.

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes debout

Roleplaying. Elle  fait comme si elle  rejouait  à la poupée. Cela lui permet de  prendre enfin les commandes de sa vie, en sculptant ses fantasmes sur une victime consentante. Pour combler l’absence, elle choisit   un  nouveau père, partenaire de chaque soir. Le dernier en date? Un pur marollien se prête au jeu. Louis a 78 ans, plein de mansuétude. Il est impeccablement habillé et véhicule un sourire … de bouddha. Lèvres serrées porteuses d’un éternel sourire, regard amusé,  il se laisse aller au jeu de la belle avec une sorte de bienveillance de bon papa ! Réussira-t-il à la reconstruire? Et pour ce père partenaire d’un soir, que d’émotions, de se retrouver, après avoir parcouru la partition l’après-midi  et à peine répété, devant un public. D’un côté  comme de l’autre des feux de la rampe, personne ne sait ce qui l’attend. Et la belle de se calibrer en justesse de ton, à chaque aventure.

In charge! Elle dirige les mises en scène avec une douce fermeté, ses  gestes ont la précision de ceux d’une infirmière.  Ses  images paternelles, elle les veut vivantes pour mieux les … mon enfant !   Elle parcourt invariablement les différents stades de son scénario. Elle se risque à les approcher pour ressentir la chaleur oubliée, perdue. La chaleur tout court. Le bonheur. Le dernier stade, c’est la Rédemption. Arrivée au village de l’enfance révolue près de Valenciennes, elle ira jusque devant la porte close, mais tirera-t-elle la sonnette? Osera-elle cette confrontation longuement fantasmée avec A comme Absent ou Ailleurs,  A comme …?  Ou recommencera-t-elle  inlassablement chaque soir et en boucle  à gravir les étapes  des impossibles retrouvailles?  Peut-être, qu’à force, l’expérience renouvelée chaque soir la rendra capable de se réconcilier avec elle-même d’abord, d’envisager de faire enfin son deuil et ne plus se laisser tenailler par le manque cruel?

La méthode de mise en scène se fonde sur un éventail de techniques très heureuses.  A travers la danse, les changements de costume, les bulles de rire,  les fragments de journal intime, le voyage,  la comédienne dissèque sa douleur et tisse une belle connivence avec le public. Les pensées de la jeune femme s’impriment  silencieusement en temps réel sur un écran. On est dans ses doigts, avide de deviner le mot qui  va se profiler  sur l’écran.  Il y a ce brillant  extrait de visite guidée de l’expo de maître Cranach à Bozar (2010)  qui  s’arrête sur le « Martyrdom of Saint Barbara, ca. 1510, Lucas Cranach the Elder », qui dépeint   les souffrances  de Sainte Barbe, martyrisée par un père jaloux. Un prénom, on l’avouera,  beaucoup plus joli en version anglaise,  ou …en chanson française !  Toutes deux, la sainte et Elle, Barbara,  partagent le mal du père… plus que celui de de la mer !  Il y a  aussi ces jeux avec le rétroprojecteur… au propre et au figuré!  Les crépitements de l’incendie de la maison natale… que l’on est impuissant à éteindre. Tandis que les  ravages de l’incendie se fondent avec l’œuvre de  l’artiste du 16e siècle, l’écho poétique de la voix de la comédienne brûle en volutes qui ensorcellent l’âme du spectateur. Il aura reçu en partage intime, l’authentique autobiographie  de Barbara Sylvain.  

https://lesrichesclaires.be/evenement/pater/ 

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Lire la suite...

TENDRESSE...

Pendant que tu dormais

J'ai caressé ta joue

L'instant était parfait

Pourtant j'ai fait la moue...

Tel un enfant confiant

Le souffle régulier

Tu rêvais ton content

Et ma vue s'est brouillée...

Jalouse de tes pensées

De tous ces jours sans moi

Et des années passées

Où j'étais loin de toi!

Sur ton front soudain lisse

Je dépose un baiser

Et puis mes mains se glissent

Vais-je te réveiller?

La nuit est un larcin

Nous la verrons bleuir

Puis au petit matin

Nous l'écouterons partir...

J.G.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Chronique de chronique !

 Le monde selon Gardner

Vivre ! Face aux tragédies de  leur histoire,  les juifs proposent un mécanisme de défense : l'humour juif, un rire  qui est à prendre au sérieux et est une formidable réponse à l'antisémitisme.  Le «Maître» étalon moderne de cet humour étant  Woody Allen. Dans« Conversations avec mon père » comédie dramatique de Herb Gardner, (New York 1992) on peut observer une peinture éclatée  de l’Amérique juive new-yorkaise de 1936 à 1976. L’avènement de la parole  joue dans cette pièce un rôle  crucial.

17-conversations-lancon4.jpgThe American Dream: you’re most welcome in the Melting Pot! A quel prix ?  La reconstitution de la saga familiale explosée en  avalanches de flashbacks en présence d’un témoin contemporain (Charlie, Axel De Booseré)  expose  de façon lucide et jubilatoire la  question  de l’exil, des souvenirs du pays d’origine, de l’intégration du migrant dans la communauté,  du  douloureux abandon ou non  de la culture propre,  au profit d’un métissage avec la culture d’adoption. Les ravages de l’antisémitisme. Sur le plan universel,  que transmet-on à nos enfants, de générations entre générations, quelle est la définition d’un bon père, d’une bonne mère, d’enfants heureux ? La complexité des rapports familiaux et-elle la même à travers toutes les cultures, Quel rapport a-t-on, ou pas, avec la religion officielle du groupe?  Bref, qu’est-ce qu’une culture?  Tout au long de cette épopée familiale, on prend  conscience de façon de plus en plus  émouvante de la difficulté d’être. Un thème shakespearien.

La mise  en scène parfaitement scandée et éclairée est signée Jean-Claude Berutti.  La figure paternelle indestructible  du jeune Charles et de son frère, n’est autre qu’Itsik Elbaz, un personnage bourré de contradictions et qui s’avère de plus en plus incandescent au fur et à mesure que la pièce s'enflamme. Itsik Elbaz jouait l’an dernier dans « Pour en finir avec la question juive » au théâtre le Public.    Le reste des 11 comédiens est une formidable palette d’artistes qui partagent visiblement leur  félicité théâtrale autant  sur  la scène qu’avec le public. Rien n’étant plus important dans la culture juive que les noms,  citons-les gaiement: François Bertrand, William Clobus, Axel De Booseré, Ferdinand DespyItsik Elbaz, Antoine Herbulot, Clément Papachristou, Bernadette Riga, Marvin Schlick, Lotfi Yahya Jedidi, Aylin Yay

17-conversations-lancon2.jpg

 

 Patron du café couleur tabac,  rebaptisé de façon caustique The Flamingo, Itzhak Goldberg, nouvellement dénommé Eddie Ross,  cherche à  faire oublier ses origines ashkénazes en se fondant dans le moule yankee. Son esprit lucratif naturel va-t-il aller jusqu’aux compromissions ? Sacrifiera-t-il sa liberté ou gardera-t-il sa dignité? Gusta-Gloria, la mère, marquée par le Shtetl natal  vestale de lointains souvenirs, reste étrangère et est la plupart du temps hors-jeu. Elle cuisine, elle chante des berceuses, elle veille sur les lanternes rouges disposées sur les tables du café,  refuse de parler autre chose que du yiddish.  La comédienne  se nomme Aylin Yay.    Charlie, le fils cadet refuse tout bonnement de parler… avant trois ans, comme Einstein? Il se réfugie dans l’écriture. Il  deviendra une plume d’or.  Le frère, Joey se fait malmener pour ses origines  par les boys de l’école et des quartiers avoisinants. La guerre des gangs en miniature. Le harcèlement en grand format! Il recevra les plus hautes marques d’honneur militaire américain. Le père, ancien boxeur, veut être américain à tout prix.  Il sait ce que la différence implique en termes de rejet et fait l’impossible pari de s’assimiler. Il verra sa parole abolie.   Les tranches de vie se déroulent sous le  regard  placide d’une tête de bison et  l’impénétrable sourire du président Roosevelt accroché à un mur du café. Zaretsky, le locataire, un vieil acteur magnifiquement joué par l’innénarrable Lotfi Yahya Jedidi,  fulmine contre la mauvaise bonne idée du patron. Il proclame : « Moi au moins, je reste  moi ».  Leur disputes sont homériques, le public savoure.  Le pittoresque ravit. Les rires alternent avec les pleurs. La question de l’Absolu interpelle.  S’il y a un bémol, c’est celui de la projection des voix, qui pour cause de mise en scène, ne font souvent pas face au public. Évitez donc les bas-côtés de la salle!

17-conversations-lancon1.jpg  

Le spectateur est  emportés dans l’océan de sentiments exacerbés et profondément humains comme dans le ‘Fiddler on the Roof’ et traverse avec délices les murs du non-dit grâce au talent conjugué de cette bande de saltimbanques  si différents et si attachants. Notamment  les jeunes William Clobus et Antoine Herbulot.  Ils ont l’art de dire, de conter et de jouer bonheurs, souffrances et déchirements  qui surnagent  inévitablement après la violence infligée aux Juifs lors des pogroms en Russie et  celle des persécutions de la barbarie nazie. Des souffrances qui habitent encore en 1976, ce café de Canal street, à New-York.

17-conversations-lancon6.jpg

 

http://www.atjv.be/Conversations-avec-mon-pere

Toute la distribution

Auteur Herb Gardner-Version française Jean-Claude Grumberg-Mise en scène Jean-Claude Berutti-AvecFrançois Bertrand (Nick), William Clobus (Charlie à 12 ans), Axel De Booseré (Charlie), Ferdinand Despy (Sammy / Monsieur Bleu), Itsik Elbaz (Eddie), Antoine Herbulot (Joey à 12 ans / Finney), Clément Papachristou (Joey), Bernadette Riga (Hannah), Marvin Schlick (Jimmy Scalso), Lotfi Yahya Jedidi (Zaretsky), Aylin Yay (Gusta)-Assistant à la mise en scène François Bertrand-Scénographie Rudy Sabounghi-Costumes Colette Huchard-Maquillages et coiffures Rebecca Flores-Lumières Christophe Forey-Réalisation des décors et des costumes Ateliers du Théâtre de Liège-Création son Pierre Dodinval

mardi 30 janvier20h30
mercredi 31 janvier20h30
jeudi 01 février19h30
vendredi 02 février20h30
samedi 03 février20h30
dimanche 04 février16h00
mardi 06 février20h30
mercredi 07 février20h30
jeudi 08 février19h30Rencontre avec les artistes
vendredi 09 février20h30

 

Liens utiles :

Note d'intention

 http://arts-sceniques.be/rencontre/conversations-avec-mon-pere/

Lire la suite...

Accord haptique : marcher à l'intérieur de soi

Marcher à l’intérieur de soi

 

comme sur de hauts plateaux.

 

Décidément

 

s’il y avait une couleur pour cette illusion,

 

elle serait annoncée bleue.

 

Au final

 

on improvise

 

avec une poignée de soleil

 

une balade autour du hameau,

 

en dehors aussi,

 

sur l’herbe

 

et au milieu des corps célestes.

 

Julien Boulier    le 1er février 2018

poème déposé Sacem : code oeuvre 3434267811

On peut lire ce poème en écoutant le morceau "Accord haptique" sur mon site internet http://www.julien-boulier.net/Accord-haptique.html

ou sur ma page soundcloud https://soundcloud.com/julien-boulier/accord-haptique-23-03-2012

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles