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Nouvelle production de "Carmen" à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège

Carmen, J - 2

Pour débuter l’année 2018, une nouvelle production de Carmen sera représentée sur la scène de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. Sous la baguette du chef principal attitré Speranza Scappucci, une mise en scène spectaculaire emmènera Nino Surguladze et Gala El Hadidi dans le rôle-titre, mais aussi les Belges Marc LahoMickael SpadacciniLionel Lhote et Laurent Kubla.


 Pour rappel, la saison se poursuivra  avec Le Domino Noir de Daniel-François-Esprit Auber,  mais voici les détails de ce premier opéra de l'année à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège dont la première est affichée dans deux jours et qui COMPORTE DEUX DISTRIBUTIONS  

«Carmen est l’un des opéras que j’apprécie le plus.
Quand j’étais petite, mes parents m’avaient emmenée
voir le film éponyme de Francesco Rosi avec Placido
Domingo. On peut dire que c’est grâce à ce
Carmen que je suis tombée amoureuse de l’Opéra.
Au cours de ma carrière, j’ai souvent travaillé cette
oeuvre, qui est parfois considérée à tort comme une
« comédie musicale ». Or c’est une grande tragédie
avec une musique fantastique. Je suis également très
heureuse de la diriger dans un pays où l’on parle le
français».

Entretien avec Speranza Scappucci, 25 mars 2017.

L’opéra le plus célèbre du monde débute comme une opérette espagnole et se termine dans une effroyable tragédie. Georges Bizet, que la mort fauchera à 36 ans avant de pouvoir mesurer le succès de sa Carmen, réalise là une prouesse musicale et vocale exceptionnelle qui fait date dans l’Histoire de l’Opéra. Il nous offre quelques-unes des plus inoubliables mélodies du répertoire, dans un exotisme omniprésent et avec une force dramatique inouïe. La fameuse scène des gitanes où les cartes prédisent la mort à Carmen est l’un des sommets d’une partition passionnée, exubérante et habitée de personnages aussi tragiques qu’attachants.

L’amour est un oiseau rebelle, Près des remparts de Séville, La fleur que tu m’avais jetée,tant d’airs si populaires aujourd’hui qu’on en oublie l’accueil glacial du public lors de la première en 1875. Carmen se démarquait des créneaux habituels de l’opéra-comique, un genre plus léger, associant chant et dialogues parlés. Est-ce la musique ou le réalisme du sujet qui choqua ? Très vite pourtant, Carmen triompha sur les scènes du monde entier.

http://www.operaliege.be/fr/activites/carmen-0

La mise en scène

Pour sa première venue à Liège et concrétisant ainsi un projet qu’il caressait de longue date, le metteur en scène
Henning Brockhaus a choisi de situer l’action de Carmen dans l’univers d’un cirque un peu décalé : acrobates,
figurants et danseurs de flamenco rejoindront les solistes et le choeur dans une arène évoquant la corrida du
dernier acte. Inspiré par le théâtre épique de Bertolt Brecht, la vision de M. Brockhaus s’affranchira du pittoresque
souvent associé à Carmen pour offrir une dimension nouvelle et fraîche à cette histoire. En conséquence,
l’oeuvre sera présentée dans sa version originale avec dialogues parlés.


LE CARACTÈRE INFINIMENT ACTUEL DE CARMEN

Entretien de Silvia Campana avec Henning Brockhaus in L’Opéra - International Magazine, Spécial Opéra Royal de Wallonie-Liège,supplément au n°19, Milano, septembre 2017, p. 63


Henning Brockhaus sera à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège pour mettre en scène une nouvelle production de
Carmen, à laquelle il apportera une expérience culturelle complexe. Cette dernière commence par des années
de musique, de sciences, de philosophie et de psychologie. Mais elle se modèle et trouve sa vocation dans la
rencontre avec Giorgio Strehler, au Piccolo Teatro de Milan.
De là débute une carrière qui l’a mis en contact avec divers genres théâtraux sur lesquels il s’est appuyé avec
intelligence et esprit d’innovation. Ainsi sont nées des mises en scène qui ont laissé leurs traces et constituent
autant de modèles d’une façon différente et nécessaire de présenter l’opéra. Carmen exerce une fascination
irrésistible et est devenu terrain d’expérimentation pour tous les grands metteurs en scène qui s’y sont essayés.
Nous avons demandé à Henning Brockhaus de nous suggérer quelques idées permettant au spectateur d’approcher
le travail de Bizet à la lumière d’une conscience critique renouvelée.
Carmen est l’opéra le plus représenté dans le monde. Pour quelle raison ?
« ‘Carmen’ est l’opéra le plus compréhensible, tant du point de vue musical que du point de vue du livret. Il
s’inscrit dans la tradition de l’opéra-comique et on pourrait même le comparer au Songspiel, comme dans les
œuvres de Kurt Weill. La trame est infiniment actuelle et la musique pénètre instantanément le cœur ; il n’y a
rien d’artificiel, tout est naturel ».
Pourquoi chaque metteur en scène rêve-t-il de signer une version de Carmen ?
« Cet opéra stimule beaucoup la fantaisie. Tous les personnages débordent de caractéristiques et la musique,
avec ses rythmes entraînants et ses couleurs marquées offre au metteur en scène une immensité d’inspirations ».
Quelle est votre vision de l’opéra de Bizet ?
« L’opéra de Bizet se déroulera au sein du monde du cirque et du spectacle érotique. Je renonce à tous les rappels
pittoresques qui gravitent autour de cette œuvre et offre une dimension nouvelle et fraîche à cette histoire ».
Qui sera Carmen, la protagoniste de votre version ?
« Carmen sera une dame très érotique et séduisante, capable d’aimer et de jouer avec l’amour ».
Carmen est-elle capable d’aimer ?
« Carmen ne se laisse pas posséder. Son sens de la liberté est extrême, elle ne s’attache à personne et personne
ne peut l’attacher. Les hommes autour d’elle sont tous des bourgeois et voient l’amour comme de la possession.
Aimer, pour Carmen, c’est faire l’amour, au sens physique ou, comme nous disons aujourd’hui, coucher. Carmen
ne connaît pas toutes les conceptions bourgeoises de l’amour et n’a pas non plus une vision religieuse. Sa façon
d’aimer a quelque chose d’animal et est empreinte de liberté. Mais Carmen est également très seule dans sa
façon d’être. Elle ne parvient pas à trouver la relation qui lui convient ; c’est également pour cela qu’elle change
continuellement d’homme ».
Que doit éviter un réalisateur qui décide de mettre Carmen en scène ?
« Il faut éviter de tomber dans les clichés pittoresques de carte postale ».

LANGUE : Français DIRECTION MUSICALE : Speranza Scappucci 

MISE EN SCÈNE:Henning Brockhaus 

CHEF DES CHŒURS : Pierre Iodice

ARTISTES : Nino SurguladzeGala El HadidiMarc LahoFlorian LaconiSilvia Dalla BenettaLionel LhoteLaurent KublaNatacha KowalskiAlexise YernaPatrick DelcourPapuna TchuradzeRoger JoakimAlexandre Tiereliers

 8 REPRÉSENTATIONS :  Du vendredi, 26/01/2018 au vendredi, 09/02/2018

«Carmen met le monde qui l’entoure sans cesse au défi. C’est une femme
forte, libre, jeune, jamais vulgaire. Elle est intelligente, sensuelle, courageuse!
Les qualificatifs ne manquent pas. Toutes les femmes peuvent se reconnaître
en elle. Elle est et restera intemporelle. C’est en cela que réside sa force et
sa grandeur.»
«Bien que Carmen s’insurge contre les tabous de notre société, bien
qu’elle puisse être parfois cruelle, c’est une femme authentique, qui sait ce
qu’elle veut. Elle ne ment jamais, elle a un don pour l’amitié, pour l’amour
inconditionnel. [...] C’est une femme libre qui, au nom de cette liberté qui
lui est si chère, est prête à sacrifier sa vie! Comment ne pas s’attacher à une telle personnalité?»


Nino Surguladze in L’Opéra - International Magazine, Spécial Opéra Royal de Wallonie-Liège, supplément au n°19, Milano,septembre 2017, p. 60

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Commentaire de Deashelle le 28 janvier 2018 à 20:06

Commentaire de Deashelle le 27 janvier 2018 à 21:43

Leurs Majestés le Roi Albert et la Reine Paola, ainsi que son Altesse Royale la Princesse Claire et ses enfants ont rehaussé de leur présence la Première de Carmen (Bizet) ce vendredi 26 janvier.
La soirée s’est achevée en beauté par une rencontre avec l’ensemble de la distribution du spectacle.

Avec Stefano Mazzonis Di Pralafera, Speranza Scappucci, Henning Brockhaus, Nino Surguladze, Gala El Hadidi, Marc Laho, Florian LACONI, Silvia Dalla Benetta, Lionel Lhote, Laurent Kubla, Alexia Saffery, Alexise Yerna, Patrick Delcour, Papuna Tchuradze, Roger Joakim, Alexandre Tiereliers, Alexei Gorbatchev, Réjane Soldano etBenoît Delvaux !

Commentaire de Deashelle le 27 janvier 2018 à 21:41

Et Le soir de la première: 

Une bien gracieuse visite: 

L’image contient peut-être : 11 personnes, personnes souriantes, personnes debout, costume et intérieur

Commentaire de Deashelle le 27 janvier 2018 à 19:19

A Liège, Henning Brockhaus  abordera pour la première fois Carmen, qu’il replace dans le monde du cirque.

Votre parcours de formation est particulièrement varié.

C’est le reflet de ma curiosité et aussi des circonstances. Je commence par étudier la musique à Detmold (clarinette et composition). Je veux ensuite élargir mon univers et pars pour la Freie Universität de Berlin où j’étudie la philosophie et la psychologie. Je succombe alors à l’incroyable bouillonnement théâtral qui anime la ville et travaille comme assistant volontaire au Berliner Ensemble, à la Volksbühne avec Heiner Müller et au Staatsoper avec Berghaus. C’est alors que je vois un Goldoni monté par Giorgio Strehler et je lui demande de me prendre comme assistant. Un an plus tard, je fais partie de l’équipe du Piccolo Teatro à Milan. Nous travaillerons quinze ans ensemble au théâtre tout d’abord, à l’opéra ensuite sur des productions phares comme L’enlèvement au sérail et Simon Boccanegra. Je fus son assistant au Théâtre de l’Europe à Paris et achevai sa mise en scène de Fidelio au Châtelet quand la maladie l’en écarta. Rentré à Milan, je me lance définitivement dans la mise en scène. En 1992, je monte La Traviata à Macerata dans des décors de Swoboda : on va encore la reprendre cet été. Beaucoup d’opéras ont suivi mais un seul français : Faust à Tokyo avec Raimondi.

Alors pourquoi « Carmen » ?

Je savais qu’il viendrait un jour parce que c’est l’opéra le plus parfait. Orchestre, chœur, musique, dialogues, tout se conjugue idéalement. Monter Carmen après Kurt Weill m’a fait comprendre combien, à l’exception de l’air de Michaela, la plupart des airs sont en fait des « songs ». On m’a demandé à Spoleto mais le projet a avorté car je voulais mettre l’orchestre sur la scène autour des solistes comme pour un spectacle de variété.

Pourquoi avoir décidé de transposer l’action au niveau d’un cirque ?

Parce que c’est une expression idéale des traditions populaires. L’arène du cirque devient le lieu idéal de cette action qui se termine autour de l’arène d’une corrida. Je voulais une forme plus symbolique que les traditionnelles espagnolades. Carmen repose sur la variété : il y a des chansons, de la danse, des défilés, comme au cirque.

Comment concevez-vous l’acte des contrebandiers ?

Ce sont des clochards qui s’accumulent autour du cirque : ils vivent d’expédients (commerce d’alcool, drogue et cigarettes).

Et les soldats ?

Ils viennent du dehors, en moto ou en jeep. En fait ils sont étrangers au monde de Carmen. Le cas des enfants s’est révélé plus compliqué. Le monde du cirque les attire naturellement mais les soldats n’en veulent pas. Dans le film de Rosi, ils sont bloqués à la porte de la caserne. Ils seront masqués et regarderont les soldats de la salle.

En enserrant l’action en son sein, le cirque n’engendre-t-il pas un huis clos qui ressert la cruauté du propos ?

Tout à fait et cet enfermement rend le climat encore plus intense. Prenez la scène de la dispute entre Don José et Escamillo. Avec l’arène, leur combat semble se dérouler sur un ring de boxe. L’agressivité monte et leur conflit en devient d’autant plus efficace.

Jusqu’au 4 février à l’Opéra de Liège, le 9 février au Palais des Beaux-Arts de Charleroi.

Commentaire de Danielle Davin le 27 janvier 2018 à 18:48

J'imagine que la pièce est remarquable & j'ai aimé utiliser la musique de Carmen dans une de mes vidéos.


administrateur partenariats
Commentaire de Liliane Magotte le 27 janvier 2018 à 10:35

J'ai loupé le coche !

Mais nous l'avions vu le 31 décembre à Liège en 2015 ou 14, je ne sais plus, ( sous le chapiteau de La Fenice de Venise) magistral avec une Carmen sensuelle et enjôleuse ! Un souvenir impérissable !

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