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     LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS

Du 17 - 02 au 06 – 03 - 16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue lesbroussart, 35, Bruxelles 1050), vous propose une exposition consacrée à l’œuvre du peintre et sculpteur équatorien VICTOR BARROS, intitulée VIBRATIONS COSMIQUES.

VICTOR BARROS est un artiste funambule ! Il peint sur la corde raide (dans le sens le plus positif du terme !) Son art est en équilibre entre tellement  d’expressions qu’il est souvent ardu d’en démêler les influences.

Dire que son style est « naïf » irait, à première vue, de soi si ce n’est que des influences étrangères au « naïf » viennent se greffer sur son œuvre. Dire que son style est « contemporain » correspond à l’exacte vérité, néanmoins, il s’arrête à l’approche d’éléments distinctifs appartenant au style « naïf ». Dire que son style est une fusion entre le « naïf » et le « contemporain » est tout aussi exact. Mais un facteur supplémentaire essentiel à la cohabitation entre ces deux formes d’écriture se matérialise dans l’apparition de la dimension « ethnographique » que revêt le sens profond de son œuvre, lui conférant ainsi la contemporanéité de son langage. C’est bien ce troisième élément à déterminer l’originalité de son œuvre. Sans cela, l’artiste oscillerait bêtement entre deux univers sans jamais trouver son équilibre identitaire. Et son identité c’est sa culture d’origine. Une culture millénaire qui se décline à la fois dans la force de la couleur, dans les attitudes des personnages en mouvement, dans la symbolique ainsi que dans l’importance de la ligne renforcée au trait noir comme pour amplifier tout en affirmant le volume dans l’espace. Les couleurs, très vives, ne sont pas là pour inciter le visiteur à l’exotisme mais bien pour lui suggérer l’impact ethnographique, c'est-à-dire culturel donc politique de son œuvre.  

L’artiste se situe à la croisée de plusieurs expressions techniques, à savoir, la lithographie, la peinture, la gravure et la sculpture. Néanmoins, après analyse, nous constaterons que c’est essentiellement le sculpteur qui prend le dessus sur le reste.  

La danseuse de NINA Y PAJARO (LA FILLETTE ET L’OISEAU) (49 x 32 cm – lithographie)

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traduit parfaitement l’existence actuelle (souvent trop méconnue dans les méandres de l’occidentalisation) des sociétés dites « traditionnelles ».

Si la composition est dominée par une atmosphère « naïve » tant par les couleurs vives de la robe de la fillette que par le plumage de l’oiseau, la position oblique de la tête de la petite fille tranche nettement avec l’ensemble.  

En déstabilisant ainsi le visage par rapport au corps, elle devient « contemporaine » de fait mais trouve sa fonctionnalité culturelle dans la traduction ethnologique de la « transe » permettant à l’Homme d’accéder au monde des esprits.

Cette « transe » devient la manifestation d’une joie existentielle laquelle se traduit par un chromatisme vif, composé de rose, de jaune, de bleu et de vert en dégradés.

Cette dimension « ethnographique » se remarque également dans IDOLO (L’IDOLE) (142 x 162 cm - huile sur toile).

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Ici s’exprime l’utilisation du « naïf » en termes de revendication culturelle, typique des artistes du Tiers-Monde. Néanmoins, le « naïf » n’est pas la seule règle sémantique de ce tableau. Le visage du personnage masculin est stylistiquement proche de celui de LOS AMANTES (LES AMANTS) (32 x 23 cm – huile sur toile – dont nous parlerons plus loin),

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par son prognathisme affirmé et son nez « en pointe », prenant forme à partir du front. Quant au traitement du corps, il diffère de celui de LOS AMANTES dans sa conception. Si, dans le tableau précité, le corps est conçu de profil, ici il l’est de trois-quarts, tandis que son visage demeure de profil. Les jambes de l’homme sont écartées. La droite est avancée par rapport à la gauche, assurant le passage imaginaire d’une ligne médiane passant de la base du cou par le torse jusqu’à l’entre-jambes. Intéressant est aussi le jeu de jambes de la petite fille s’appuyant sur la jambe droite, laissant la gauche assurer son élan en esquissant un déséquilibre contrôlé du corps. Le chromatisme, principalement composé de couleurs fauves (vert, jaune gris-clair), devient assez calme en son centre, tandis que sur les côtés, il assure une dynamique très vive, que ce soit pour souligner la présence du petit cheval sur roues que pour illuminer l’impact de l’idole, présenté comme une théophanie. Son visage est un masque dont la largeur est accentuée par un bleu très foncé, presque nocturne, laissant apparaître des yeux d’un rouge incandescent. Ici encore, la ligne appuyée au trait noir, délimite la forme dans l’espace. La dimension « ethnographique » de cette œuvre se dessine surtout dans le fait que l’idole n’a pas de nom.

Il n’est pas spécifiquement répertorié dans le panthéon Inca. Il fait partie de l’identité rurale de chaque village qui place une statuette de l’idole à ses portes en guise de protection, réalisant ainsi ce syncrétisme typique du Tiers-Monde, entre christianisme d’exportation coloniale et culture autochtone.

Néanmoins, les deux personnages, en bas, sur les jambes de l’idole, que l’artiste estime être une invention personnelle, peuvent également rappeler la notion très souvent présente dans le panthéon des sociétés dites « traditionnelles » des divinités subalternes, procédant directement de la volonté de l’Etre suprême dans son effort de démiurge, ou dans ce cas-ci, de l’idole. L’Etre suprême, après avoir créé des divinités inférieures, leur laisse la tâche de terminer la création à sa place. Les lunes, présentes sur la toile, indiquent le temps des semailles. Celle de couleur grise (à gauche) indique l’automne, tandis que celle de couleur jaune (à droite) indique l’été. Le petit cheval sur roulettes est le porte-parole d’un autre mythe : celui de l’enfance. Et la tête auquel il est associé souligne l’esprit qui l’anime. La petite fille est l’expression de la tendresse qui illumine cette œuvre. 

Plusieurs thèmes animent l’univers de l’artiste : la vie villageoise, la mythologie, l’érotisme et la souffrance de l’Homme.

LOS AMANTES (cité plus haut) décrit l’acte sexuel dans une linéarité inspirée du classicisme grec. Cela se remarque dans les angularités des visages ainsi que dans la position de la jambe gauche avancée par rapport à la droite, laquelle rappelle la statuaire antique. Dans cette réminiscence du classicisme, la ligne règne en maîtresse. Non seulement elle délimite le champ du volume apporté aux personnages dans de profonds traits noirs mais, en plus, elle se réaffirme de façon plus légère, par un autre trait, à la fois plus clair et plus subtil pour jouer sur la dynamique du mouvement. Observez ce trait clair et fin qui circonscrit les seins de la femme ainsi que sa cuisse. Il en va de même pour la jambe gauche du personnage masculin. Remarquez comme la ligne renforcée au trait noir délimite chaque territoire du corps. Comme elle « rattache », à titre d’exemple, le bras de l’homme à son épaule. Et son visage, de conception si classique, cette même ligne le structure de façon à le raccorder au cou, lequel par le même tracé, descend sur tout le dos, en passant par les jambes pour aboutir à l’extrême pointe des pieds. La position des jambes du même personnage (une jambe plus haute que l’autre) assure l’acte sexuel dans toute la vitalité de sa dynamique. Il y a une grande douceur dans cette œuvre. Elle est donnée par un chromatisme tendre, basé sur un dégradé à partir du brun.

Le couple conçu en cette couleur s’inscrit (grâce à la ligne qui le délimite) sur un arrière-plan, également fait de brun (très foncé).

La force de la couleur verte des cheveux n’est là que pour accentuer le mouvement et casser ainsi la douceur du monochromatisme général, laquelle finirait, à la longue, par devenir lassante. Il s’agit de l’acte sexuel conçu en dehors de toute forme d’exhibitionnisme.

Si LOS AMANTES est une œuvre classiquement suave, LOS AMIGOS (LES AMIS) (62 x 48 cm – huile sur toile)

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est, au contraire, tourmenté, à la fois par les couleurs vives du langage passionnel (rouge, bleu, vert, orange, jaune vifs) mais aussi par l’étalement de la matière au couteau. Ce qui fait de cette œuvre un moment pulsionnel intense lequel débute par un baiser à la sensualité primitive. Il y a une mise en évidence des chairs réalisée par un traitement de la matière au couteau.

L’artiste, dans son pèlerinage thématique, a également exploré l’angoisse et la déchéance du monde face, notamment, à la guerre. Durant son séjour en Pologne, en 1972, lorsqu’il était étudiant aux Beaux Arts, le thème de la Deuxième Guerre Mondiale par rapport à la souffrance vécue par la Pologne, l’inspira à créer des gravures dans lesquelles les personnages, réduits à un état de matières en décomposition, adoptent par leur posture, un langage où le physique se crispe et se désagrège dans un chromatisme apocalyptique.

EL GRUPO (LE GROUPE) (31 x 25 cm – gravure)

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nous montre un groupe d’hommes pris dans la tourmente de la guerre. Il s’agit d’un ensemble de silhouettes squelettiques, rassemblées dans un étau macabre. C’est ici qu’intervient la nécessité de l’écriture contemporaine. Nous pouvons le remarquer dans la position de la tête de l’un des personnages, à l’extrême gauche de la gravure. Ce visage implorant, tourné vers le haut n’est pas sans rappeler la même attitude du personnage féminin (à l’extrême gauche de la composition également) de GUERNICA (Picasso - 1937), lequel implore (ou interroge) le ciel, transi par l’effroi.

Quoiqu’on en dise, c’est dans le domaine de la sculpture que l’artiste a puisé ce qui lui servira pour définir son écriture picturale. Notamment le volume puissant de la ligne devant inconditionnellement exister pour délimiter la forme dans l’espace.

Dans cette SCULPTURE DE FEMME (25 x 15 cm – cuivre repoussé),

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la forme émerge de la découpe. Le cisaillement de la matière à la petite scie fait office de ligne. Cette même ligne cisaillée se retrouve, notamment, dans la conception de la chevelure, élaborée à partir de la gauche de la sculpture (à droite par rapport au visiteur), laquelle passe au-dessus de sa tête pour se perdre dans une sorte de labyrinthe, vers la droite de la pièce (à gauche par rapport au visiteur). 

Tout dans cette œuvre est une question de courbes : la tête, les seins proéminents, le ventre dont la légère protubérance indique la gestation et les cuisses, lesquelles, ressortant dans l’espace, renouent avec la cosmicité des Vénus préhistoriques. L’artiste est, en réalité, un sculpteur qui peint, en transposant une vitalité trouvée dans la dureté de la matière vers la fluidité de la toile. Il maîtrise parfaitement la taille de pièces de toutes les dimensions.

VICTOR BARROS qui réside à Bruxelles, a commencé à créer dans son Equateur natal, à 23 ans. Son œuvre est une contribution au développement des cultures mésoaméricaines actuelles. Plusieurs étapes structurent son parcours créateur, notamment la gravure, laquelle correspond à ce qu’il nomme son « époque polonaise » datant (comme nous l’avons mentionne plus haut) de 1972, contribuant à exprimer la souffrance de la guerre. Ensuite, il s’est dirigé vers le style qui le caractérise aujourd’hui. Il a reçu une formation classique en Equateur, à l’Académie des Beaux Arts de Guayaquil, dans les années ’60.

Ce n’est pas un hasard si l’exposition visant à faire connaître cet artiste s’intitule VIBRATIONS COSMIQUES. Cette cosmicité se rencontre à chaque coin de son œuvre. Chaque explosion chromatique, chaque trait soulignant la ligne directrice de la forme est une nervure amplifiant la dynamique de ces vibrations, lesquelles répercutent leur écho dans l’espace ancestral du Sacré.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


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Victor Barros et François Speranza:  interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(17 février 2016 - Photo Robert Paul)

                                      

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Exposition Victor Barros à l'Espace Art Gallery en février 2016 - Photo Espace Art Gallery

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Rêve de jour

Pour sortir de la somnolence,
Je fais appel à mon esprit.
Ma mémoire intervient, je pense.
Ma raison veille et réagit.

Lors, je me retrouve en errance.
Je parcours des sentiers battus.
Ne suis servie que par mes sens.
Mes anciens désirs se sont tus.

Nombreux possèdent le pouvoir
De se rendre dans un espace,
Où manifester leur vouloir.
J'y vois une indicible grâce.

Là, ils acquièrent la croyance
Que leurs voeux seront satisfaits.
Rêve, est nommée cette espérance.
Elle a d'un baume les effets.

29 février 2016

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Bébé JGobert

Bébé 
 
Sans faire de bruit,
pour ne pas le réveiller.
Sur le petit berceau, je me suis penchée

Visage fermé, avec de petites mains
sa tête couverte de cheveux d'or
Paisiblement il dort.

Doucement, Maman me dit :
C'est notre nouveau bébé.  C'est une fille.
Nous allons l'aimer, ma chérie.
 
 Maman me dit : elle.         
Le bébé ouvre les yeux, ils sont bleus
Enfin, elle me regarde
Alors je dis :
Bonjour Bérénice,
 je suis ta grande sœur Rebecca.
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Le rêve en héritage

Poètes et compositeurs
Entendent des chants romantiques,
Quand leur esprit les mène ailleurs,
En des espaces mélodiques.

Le rêve d'amour de Verlaine
Est demeuré attendrissant;
Il laisse deviner sa peine.
Celui de Liszt est frémissant.

Hommage à ceux qui ont capté
L'harmonie, ardente ou légère,
D'une symphonie écoutée,
Chargée d'un fascinant mystère.

C'est un héritage sans prix
Que nous ont légué des rêveurs.
Leurs oeuvres transcendent la vie.
On les accueille avec ferveur.

28 février 2016

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L'acte d'écrire.

Lorsque l'on est confronté dès l'enfance,

à l'adolescence puis au commencement

de l'âge adulte, à une réalité trop brutale

et rugueuse, il est alors vital et salvateur

de devenir rêveur, créateur ;

pour simplement ne pas être dessaisi de soi,

 donc d'avoir la capacité, l'aisance de toucher l'autre.

L'acte d'écrire s'est imposé à moi très tôt ;

 prendre mon stylo à l'instar d'un décollage,

pour d'une certaine façon

voler, errer dans l'entre-deux ;

 dessiner des mots, engendreurs de sonorités,

c'est prendre déjà de l'altitude, puis

à un moment, poser son stylo,

 atterrir en silence et sans heurt.

Marcher dans une ville, dans la nature,

ou même en bord de mer, agrandit l'espace

disponible dans sa tête,

élargit nos pensées ;

nous écrivons ainsi d'une autre manière,

en pensant à cet autre voyage qui se

pérennisera, prendra corps

 sur l'espace blanc et lisse

qui s'offre à mes yeux clairs et grands,

puis aux vôtres ombragés.

NINA

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TRACES

12273160100?profile=originalSur l'immensité de nos rêves , des traces à suivre

Pas de géant ou bonds d'un animal fabuleux ...

Au loin brille la possibilité d'une histoire en train de se faire

AA

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Le rêve d'icare

Il fut un temps où je planais,
Impondérable dans l'espace,
Vivant une suave grâce.
Je n'en étais pas étonnée.

N'ai plus ce pouvoir onirique.
Or ma raison est déroutée.
La défient des réalités
Nées d'une énergie diabolique.

Aux yeux des humains ébahis
Le monde se métamorphose.
Il les meurtrit où il explose.
Leur espérance avait menti.

Face à une extrême souffrance,
Ne recevant aucun secours,
C'est au rêve qu'ils ont recours.
Ils le nourrissent de croyances.

Imprévisible est le hasard.
Mieux vaut agir avec prudence,
Se méfier de l'ignorance.
Je pense au malheureux Icare.

27 février 2016


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HISTOIRE COURTE 35.

 SECRET DE FAMILLE...

Pourquoi si longtemps après? Cette lancinante question me taraude depuis mon départ!

Renonçant à l'avion trop rapide, j'ai choisi le train pour Berlin. J'aurais aussi bien pu prendre ma voiture, mais j'appréhendais à juste titre trop de distraction et surtout, il y avait cette migraine qui ne me quitte pas depuis que j'ai reçu cette lettre!

Une lettre qui m'a surpris, choqué et au final chamboulé! On se croit un homme libre, fort, qui a su apprivoiser sa vie et qui sans véritables attaches a pu trouver un équilibre, et puis voilà qu'une lettre un beau jour vient faire éclater une foule de questions! J'avais besoin du train et de cet espace de temps pour réfléchir...

Le wagon est presque vide et je n'ai pas pris la peine de mettre mon bagage en hauteur, je l'ai posé à mes côtés, avec l'imper  et ce chapeau à la Bogart , qu'un jour j'ai adopté pour plaire à une amie et dont l'image démodée me convient! Nostalgie d'une époque dont ma mère a su si bien me parler, lorsque je n'étais qu'un petit garçon un peu trop turbulent, que seules les "histoires" pouvaient contenir pour de précieuses minutes de calme...

Maman est partie il y aura deux ans dans une dizaine de jours. Qu'aurait-elle pensé de cette lettre, de cet appel d'un passé auquel je suis étranger et qui pourtant me concerne directement?

On ne devient adulte vraiment que lorsqu'on se retrouve orphelin et d'autant plus lorsqu'on est un enfant unique et combien chéri par une mère au caractère trempé, qui avait repris son indépendance peu après ma naissance, ne supportant pas le joug d'un homme jaloux qui lui plombait la vie! Ma mère était faite pour le bonheur et pour le rire qui fusait sans cesse et a illuminé ma vie.

Si je ne suis pas marié, c'est probablement parce que je n'ai jamais rencontré dans une autre femme cette fureur de vivre en gaité, même si sa vie fut jalonnée comme toute vie de problèmes, elle les a toujours résolus d'un revers de son optimisme!

Et voilà, je relis la missive, j'ai une sœur, ou plutôt une demi-sœur. Mon père que je n'ai pas vraiment connu est mort en me laissant ce cadeau... elle n'a que vingt ans, la moitié de mon âge et pourrait être ma fille! Elle m'écrit sa détresse et m'appelle au secours, elle habite Berlin et elle m'écrit! Pourquoi pas un mail, un coup de fil, un intermédiaire, un notaire, que sais-je? Non! Une lettre, et quelle lettre, presque qu'un roman, si bien pensé, si bien écrit, si bien décrit!

Alors que faire? Ne pas répondre par un courrier, je n'aurais pas été à la hauteur! Non, simplement y aller, la surprendre...

Le train a pris de la vitesse, il sera à l'heure et une autre question se pose : Prendre directement un taxi pour me rendre chez elle? Mais, sera-t-elle présente? Téléphoner? Je ne le sens pas! Prendre une chambre d'hôtel et laisser du temps au temps... rôder dans son quartier, l'épier, elle m'a joint une photo, je devrais la reconnaitre...

Je n'arrive pas à me décider, est-elle jolie, ou simplement banale? Impossible de trancher, la pellicule peut être si trompeuse, en tant que photographe je le sais bien! Au travers de ses lignes, je la ressens belle, belle comme quelqu'un que je chéris déjà, sans la connaitre, tellement ses mots ont su me bouleverser, car ils sont si proches de mon ressenti que s'en est troublant...

Chamboulé, elle m'a chamboulé!

J.G.

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Un rêve empli de merveilleux

Les rêves que l'on pense fous,
Provoquent des rires sous cape.
Ou des sourires d'indulgence.
On doute d'une extrême chance.
Elle fait pourtant des miracles.

Zola nous conta le destin
D'une fragile jeune fille.
Qui rêvait d'épouser un prince.
Cela lui semblait naturel,
Brodeuse de riches étoffes.

Le fils d'un prince de l'église
En devint ardemment épris.
Obtint le droit de l'épouser,
In extremis, elle mourait.
La ressuscita cette grâce.

Or la petite mariée
Ne put survivre hors de son rêve.
Elle y retourna éperdue.
Son âme s'envola ailleurs,
Vers une autre cérémonie.

19/9/2002

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Rêve ou réalité

Il arrive que vous viviez un moment magique.
Tout y est beau comme sur une carte postale
Un superbe clip vidéo, un court métrage oscarisé.
Au réveil vous réalisez que c’était un rêve.
Une histoire parfaite sans la moindre faute 
Mais ce n’était hélas qu’un rêve idyllique
Qui redonne « sa dimension » à votre réalité.

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En résumant

Vision d'inhumation 

J’étais l'homme attristé d’être un peu esseulé
J’avais l’âme peinée d’être aimé si mal
Et le cœur usé dans un corps de mâle
Fatigué de la quête des baisés mendiés 

Or voici le temps des moissons à faucher.
La fin de mon hiver, l'instant d’effacer
Les images d’antan, les histoires passées.
les souvenirs de vie, les roses sont fanées

Voila rendu à l’éternité mon tout dernier souffle.
Passe alors par sa bouche, un mot qui l’étouffe
Un cri déchirant,
Hurlé par mon enfant.

J’ai usé ma vie d’homme, aliéné à la sienne.
J’eu peu à dire en père évité. Là, ils viennent !

Ils verrouillent la trappe sur mon beau décor.
Ils vont l’incendier, pourtant dans mon corps 
Il y a toujours il y a encore, un cœur à aimer
Il y est toujours il y est encore, le cœur à brûler

Dans ce feu d’enfer, j’entends tes prières 
De larmes mouillées. Je ne peux rien faire
La porte est fermée, mes doigts sont croisés.
Mon corps prisonnier, mon cœur est cloué.

Comme une première fois tu me redis tout bas 
Ce nom qui me mettait en joie, ce mot si beau «Papa »
Appelle moi souvent ce ne sera pas vain
J’écouterai les vents et viendrai tenir ta main

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administrateur théâtres

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 La langue fleurie de la plébéienne « sans instruction » s’est déliée et affirmée dans un journal intime « légèrement retravaillé » par Octave Mirbeau (selon ses dires), et édité en 1900 sous forme de feuilleton sulfureux.  La jeune Célestine croque  à belles dents les travers de la société  bourgeoise à l’aube du 20ième siècle,  la dépravation généralisée  des mœurs familiales, religieuses, sociales et politiques. La guerre.

« La mercière m'a expliqué que, sous Napoléon III, tout le monde n'étant pas soldat comme aujourd'hui, les jeunes gens riches «tombés au sort» avaient le droit de «se racheter du service». Ils s'adressaient à une agence ou à un monsieur qui, moyennant une prime variant de mille à deux mille francs, selon les risques du moment, leur trouvait un pauvre diable, lequel consentait à les remplacer au régiment pendant sept années et, en cas de guerre, à mourir pour eux. Ainsi, on faisait, en France, la traite des blancs, comme en Afrique, la traite des noirs?... Il y avait des marchés d'hommes, comme des marchés de bestiaux pour une plus horrible boucherie? Cela ne m'étonne pas trop... Est-ce qu'il n'y en a plus aujourd'hui? Et que sont donc les bureaux de placement et les maisons publiques, sinon des foires d'esclaves, des étals de viande humaine? »

 Cela fait beaucoup pour une seule femme qui,  craignant  de ne pas avoir le succès  rêvé dans la galanterie de haute  lice, a préféré se tourner vers le métier  plus humble de femme de chambre. Mais elle ne mâche pas ses mots et ne manque  ni de courage, ni de clairvoyance. Toutefois,  Célestine s’avère être un personnage très ambigu, car dès l’entrée de jeu, elle affiche  une perversité assumée qui ne fera qu’embellir.

« J’adore servir à table. C’est là qu’on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d’abord, et se surveillant l’un l’autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s’étaler tels qu’ils sont, sans fard et sans voiles oubliant qu’il y a autour d’eux quelqu’un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d’infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c’est une des grandes et fortes joies du métier, et c’est la revanche la plus précieuse de nos humiliations... »

  Malgré sa condition de domestique-travailleuse sexuelle à domicile,  elle écrit un journal intime  on ne peut plus cartographié, acerbe et lucide, et foisonnant d’érotisme qualifié à l’époque de nauséabond.  C’est donc un rôle très complexe que Stéphanie Moriau prend à bras le corps et à fleur de peau, aussi facilement, semble-t-il que si elle allait innocemment pendre une lessive fraîche au jardin !

 L’espace miteux et glauque  de la soupente où  Célestine se réfugie est son espace de liberté, où grâce à la plume, elle s’humanise mais révèle, presque malgré elle, le développement sournois d’un esprit immoral et manipulateur. Pour tromper son ennui, dans la solitude glacée de sa retraite sous les toits,  Célestine se fait un véritable théâtre : jouant   les provocations, les  cajoleries, la  férocité, l’humour, la moquerie, le dédain, la duplicité  avec, au bout de tous les contes, l’engrenage fatidique de l’humiliation-haine-vengeance.  Le rythme verbal adopté  puise activement dans des parlers  divers, ce qui a le don de divertir, question d’alléger quelque peu l’intense  tension naturaliste. Cette vivacité verbale contraste  elle, de façon presque comique,  avec la gestuelle et les déplacements  très étudiés qui jouent sur une sorte d’inventivité tranquille, à la manière d’un strip-tease particulier longuement prémédité. La dynamique est puissante et implacable. Comme  Célestine astique, range innocemment, déplace de menus objets, se met au lit épuisée,  s’habille et se déshabille mille fois pour le service ! Quel art consommé  de poser sa coiffe de domestique de mille façons  et  d’endosser les bretelles de son tablier immaculé par-dessus une robe sévère dont le boutonnage rappelle ceux des noirs habits ecclésiastiques.

Le personnage, une vraie réjouissance littéraire, est incarné par une  comédienne en armes, une vraie  vedette en la matière.  Stéphanie Moriau, joutant avec elle-même, est passée maître dans le pouvoir narrateur, l’enchaînement des flashbacks les changements de ton abrupts. La comédienne possède  l’art de  ballotter le spectateur entre le chaud et le froid. Faisant miroiter sans aucun répit  les tonalités sombres ou rebelles de Célestine, elle  lui sert le poison  des souvenirs amers, douloureux,  parfois  même totalement effroyables, à la façon d’une cynique prestidigitatrice. La complicité entre Stéphanie Moriau et la metteuse en scène Danielle Fire est évidente.

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Malgré l’huis-clos, on en a plein les yeux. L’imaginaire  prend alors  ses quartiers  dans cette petite ville de  Normandie où  Célestine a échoué -pourquoi- ? Par ses yeux on  contemple la richesse véreuse  d’une demeure que l’on appelle château, on s’attarde chez l’épicière ou la mercière, on parlotte avec les voisins, on surprend les secrets sordides des alcôves, des monastères et des églises. On court à Ostende (la honte !) et on se retrouve  à Cherbourg, en fin de parcours, là où  Célestine a achevé sa métamorphose et  s’avère pire  que toutes ses dénonciations! La chaleur suffocante de la dernière scène fait froid dans le dos et rappelle étrangement  les  conclusions désabusées de l’auteur Georges Orwell dans  son «Animal Farm».

 

journal-web-200x300.jpg?width=394du Mercredi 24 Février au Dimanche 13 Mars 2016

LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

Octave MIRBEAU

Figure tragique du début du XXème siècle, Célestine, quitte Paris pour la province et entre au service de riches bourgeois. À travers son journal, elle brosse avec humour l’étrange galerie de portraits et d’événements qui colorent son quotidien.

Son attirance pour l’énigmatique jardinier cultive l’intrigue jusqu’à la fin…

Avec : Stéphanie MORIAU

Mise en scène : Danielle FIRE

Décors : Noémie BREEUS

Création lumière & Régie : Sébastien COUCHARD

Représentations du Mardi au Samedi 20h15, Dimanche à 16h

Durée du spectacle : 1h25 sans entracte

LE 8 MARS : JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES 

Débat après la représentation

 Avec : Danielle FIRE (Metteur en scène), Stéphanie MORIAU (comédienne)

&  

Thilde BARBONI (Psychologue clinicienne, Professeur à L’Université de Mons et Écrivain)

ANIMATIONS SCOLAIRES  conçues autour de l’œuvre de Mirbeau et proposées en classe avant ou après la représentation. Réalisées par la comédienne, elles sont vivement conseillées pour favoriser l’intérêt, l’écoute et la compréhension des élèves durant le spectacle. Et, un dossier pédagogique, spécialement conçu, est envoyé dès la réservation de l’animation. Il est possible d’organiser les animations au théâtre, complétée d’une visite guidée.

Ces animations sont gratuites pour les écoles de la Région de Bruxelles-Capitale, sinon 8€ par élève à partir de 10 élèves. Vestiaire obligatoire compris.

La place est offerte au professeur accompagnant le groupe.

Cette année, les animations s’inscrivent dans le cadre de la Journée internationale des Femmes, la richesse du texte de Mirbeau offre très nombreuses ressources pour les outils pédagogiques.

Instaurée pour souligner les progrès en terme d’égalité, la journée met aussi en relief les nombreux défis pour une véritable parité des sexes à l’échelle mondiale.

Le 8 mars 1917, les femmes russes ont réclamé du pain et le retour de leurs maris, dont deux millions étaient morts durant la Guerre 14-18. En 1921, Lénine décréta le 8 mars Journée des femmes, les Nations Unies l’officialisèrent en 1977. La 1ère  journée Internationale des femmes eut lieu  en 1975.

 

 http://www.comedievolter.be/

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12273156295?profile=originalA la croisée des influences.


Reprenons le fil de l’histoire…


     Longtemps persécutés, les chrétiens verront leur religion légalisée en 313. Religion qui deviendra la religion officielle de l’Empire romain en 380. Constantin fonde sa capitale, Constantinople, en 330, scindant l’Empire romain en deux.


Cappadoce, terre de saints et de martyrs…


      Saint Paul de Tarse, au premier siècle déjà, après s’être converti, en avait fait une terre de mission. Saint Mammès de Césarée (aujourd’hui Kayseri) fut, quant à lui, livré aux lions en 275. Saint Blaise de Sébaste y mena une vie érémitique au début du IVe siècle.
Et, tandis que Jean-Baptiste crie dans le désert, son écho se fait entendre, se répercute, pour que d’autres préparent le chemin du Seigneur. Ainsi, Saint Basile le Grand (329-379), également de Césarée, fonde les premières communautés de Cappadoce et prône la vénération des icônes. Alors que Saint Grégoire de Nysse (ca 331-394) et Saint Grégoire de Nazianze (329-390) prolongent l’œuvre d’évangélisation.

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     L’Empire romain d’Occident, de plus en plus décadent, est mis à sac par Alaric et ses Wisigoths en 410. Un empire qui s’effondrera définitivement avec l’abdication de Romulus Augustule en 476 après un an de règne, laissant s’épanouir un Empire romain d’Orient, avec une Byzance toute-puissante depuis le schisme de 1054. Jusqu’en 1453, lorsque Constantinople fut prise par les Ottomans.
Mais les incursions arabes sont de plus en plus nombreuses, les habitants se terrent dans des villes, une quarantaine au moins, qui comptent jusqu’à dix-huit niveaux souterrains.
Puis, de 726 à 843, l’iconoclasme se répand comme vérole sur le bas-clergé tandis que les cénobites se replient.

12273156685?profile=originalDans un paysage façonné par une éruption ultra plinienne,
des caches offrent un abri à l’anachorète.
Et vivre comme saint Blaise le reste de son âge sous les replis de sa fruste cappa…

     Les images impies sont détruites ou, au mieux, recouvertes de chaux, remplacées par de simples symboles comme la croix.

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Une période trouble qui ne favorise pas l’épanouissement.

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     Heureusement la paix revint au Xe siècle et avec elle les arts renaissent et prospèrent. C’est à cette époque bénie que fleurissent les plus belles églises rupestres et leurs fresques d’influence byzantine.
Epoque sur laquelle nous nous attarderons bientôt et qu’on appelle parfois la Renaissance macédonienne.
En 1071, la Cappadoce est conquise par les Turcs seldjoukides.

12273158685?profile=originalLa petite mosquée d’Ürgüp (XIIe)…

12273159281?profile=original… est aussi creusée partiellement dans le tuf


     Des mosquées s’édifient et, dans la plaine là-bas jouxtant le plateau cappadocien, sur la route de la soie, des caravansérails s’érigent tous les quarante kilomètres environ, offrant gîte, couvert et protection aux marchands caravaniers.

12273159477?profile=originalLe caravansérail de Sultanhan

construit par les Seldjoukides près d’Aksaray

12273159867?profile=originalLe passé nous éclaire.
Le caravansérail de Sultanhan, bâti en 1229, couvre 5000 m2

     En 1299, Osman 1er fonde la dynastie ottomane qui conquiert peu à peu tout le territoire anatolien. Beaucoup de chrétiens quittent le pays ou se convertissent sous la pression. Jusqu’en 1923 où les derniers d’entre eux sont expulsés.


Un passé mouvementé, brossé en quelques traits hâtifs car la région connut encore bien des révolutions, à donner le tournis à un derviche !
Nonobstant, les communautés chrétiennes perdurèrent longtemps et ornèrent la vallée de Göreme notamment de leurs plus riches peintures.


A suivre…

Michel Lansardière (texte et photos)

En attendant d'ouvrir une nouvelle fenêtre...

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... vous pouvez retrouver la première partie de cet article, enrichi de nouvelles photographies, sur :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/tr-sors-cach-s-de-cappadoce-1-re-partie?xg_source=activity


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Emblise

Ne retiendrai-je de ma petite vie
Que ce seul lieu bercé d’accents de paradis
Cette forêt , ce bois , appelé Emblise ?
J’y menais la fonction de châtelain du vent,
Au bon temps de l’été, celui de la brise
Qui frôle, douce, le visage des enfants.

Autour de cet havre forestier, les arbres
Nous cachaient des cheminées alignées,
Des maisons ouvrières, agglutinées
A ces usines du Nord, aux toits en zigzag,
Grises, huileuses, hurlant comme des vagues,
Cognant de fières falaises de vieux marbre.

Les hirondelles goûtaient la sérénité
De ma grange et la chaleur de la paille,
Hébétées, fuyant l’hostile ferraille
Des ateliers et flots effrayants de vélos,
Quittant, heures pointées, l’infernal chaos
Et la sirène stridente de la liberté.

Champs de betterave, blé et pomme de terre
S’entremêlaient dans le décor de ce bosquet,
Voyant, une fois la récolte rentrée,
Une horde de femmes venues glaner
La part du pauvre , usage autorisé,
A ces foulards, ces sourires des durs hivers !

Quand à la bougie j’apprenais mes leçons,
Dehors, le soir, grands ducs, chouettes et hiboux
Hululaient leurs interminables réunions.
Non loin de la fenêtre, dans le noir , au bout,
Me conviant à la joie de leurs beaux dimanche,
Je voyais les lueurs de leurs yeux immenses.

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Sur les plateaux de la balance

Songerie

 

En blanc, est l'image figée

De ma rue où la vie se terre.

Aucun rayon joyeux n'y erre.

Il ne cesse pas de neiger.

 

Une imperceptible poussière,

Venue d'un lointain horizon,

Est tombée, la nuit, à foison.

Certes, une manne nourricière.

 

Le soleil demeurant absent,

Rien de fabuleux ne se passe.

Une pellicule de glace

Subrepticement se répand.

 

Sans aucune mélancolie,

Attentive, je vis l'instant.

 Parfois, un soudain changement

Introduit de la poésie.

 

Merveileuse est la providence,

Qui m'accorde un heureux sursis,

Je lui adresse un grand merci.

N'a pas menti mon espérance.

 

Or, dans la suprême balance,

Pour que chaque fragile humain,

Ait à accomplir son destin, 

Sont lancés les dés de la chance.

 

24 février 2016

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Jonas et le chat. JGobert

Cerné dans un joli bocal, Jonas voit tout, saisit, interprète tout. Il visionne les jours du haut de l’étagère. Les silences de la maison annonciateurs de tempête, les regards noirs assassins des habitants et les sourires extrêmement mortels de tout ce monde qui vivote, végète autour de lui. L’ambiance n’est pas des meilleures dans cette demeure. Un vieux couple qui ne se supporte plus et que la vie divise, sépare, déchire. Le bruit de portes qui claquent et des pas sur le parquet ne laissent pas de doute. Un nouveau conflit va se déclarer. Une ambiance délétère, étouffante, irrespirable s’installe. 

Depuis ce matin, Jonas n’est pas dupe de ce qui se passe. Une nouvelle effervescence émane au fur et à mesure que les heures passent. La nervosité, l’émoi des choses de la maison est palpable. Jonas a appris la récente nouvelle aussi.

Il est revenu.

Jonas connait tous les secrets de la maison. Il en a vu des divergences, des contradictions.  Il expérimente chaque fois la situation qui évolue selon un rythme bien précis.  La tempête va se lever et finir dans un bruit d’enfer.  Une discussion de plus en plus vive, des mots cruels, odieux entrainant le réveil de blessures profondes comme toujours.

Tel un voyageur sans bagages, lui, il va et vient sans prévenir, vagabonde dans le quartier. Parfois expulsé, chassé, il fuit mais revient toujours. S’adossant à la fenêtre pour mieux voir, son nez humide contre la vitre, il attend que la porte s’ouvre. Sa maitresse l’attend et l’accueille avec un grand sourire. Elle l’aime ce vieil ami trainant son pelage noir comme un fantôme perdu.

Son chagrin n’est pas là. C’est son fils, son petit qui a quitté la maison en désaccord avec son père. Les griefs d’une vie qui ne se déroule pas comme elle devrait. Les manques, les mésententes continuelles entre le père et le fils ont compliqué sa vie à elle. Son chagrin de n’avoir pu restaurer, résoudre les fractions entre eux.

Il sera, de nouveau, en très colère de revoir cette sale bête. Les méchancetés n’ont pas de prise sur cet animal qui d’un regard sombre le toise avec mépris. Triste mode de fonctionnement pour cet homme qui n’aime plus personne.

Dépassée par tant d’embarras, elle reste vivre là malgré tout. Elle n’a plus la force de générer une autre vie.  Débordée à chaque instant par de multiples griefs, elle s’épuise doucement. Elle et son chat seraient heureux si les jours n’étaient pas des batailles continuelles, des combats de jour sans fin, avilissants, épuisants et totalement stériles. Inféconds de n’avoir pas gardé d’amour, ni de tendresse durant ces longues années. L’absence du fils les tourmente tous les deux chaque jour.

Ce petit chat noir, loin d’être beau, est devenu son ami.  Il ne lui est pas hostile et dans un semblant de bonheur, elle peut le caresser, l’embrasser, le cajoler, le garder serré contre elle. Grâce à lui, les souvenirs d’un passé lointain et révolu s‘adoucissent. Pouvoir aimer un peu. C’est un petit bonheur, une petite source de vie sans contrainte.

Il ne les aime pas, ni elle ni le chat. Et il le leur fait bien sentir. Il s’est muré dans son monde depuis le départ de son fils. Il ne communique plus que pour râler, exprimer son ressentiment. Il crie, hurle, braille ou s’enferme des heures dans un silence pesant, chargé de rancœur. Il cherche à comprendre ce qui n’a pas marché.

Cet ombrage contre le chat ne fait qu’augmenter et envenimer les choses. Comme toujours, elle ne cédera pas. Et lui fera tout pour qu’elle se sépare de ce petit compagnon, qu’elle lâche prise.  Jonas sait qu’elle tiendra comme jamais contre cette agitation qui ne la concerne plus, qui ne la touche plus.  Son bonheur est ailleurs dans les souvenirs de ce fils tant aimé.

 

 


 

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Panique noir soleil

Le bruit court qu'on a volé la reine.L'Afrique est en émoi.Ses yeux d'un noir encreÉclairaient la plus obscure des négociations.Ses narines exhalaient un souffleFaisant fuir une flotte de navires ennemis.Ses lèvres charnues, fermées,Laissaient entrevoir tous les espoirs.Le continent entier était à pieds.Ils sont maintenant cul-de-jatte,En cul de sac.Sa couronne jaune de fin tissuÉtait-t'elle à présent flétrie,Meurtrie, en une autre patrie ?Que faire ?Se tourner vers les cieux ?Peine perdue.Vers l'enfer ?Encore moins.Rongés d'anxiété,Les millions d'AfricainsAttendirent donc...Jusqu'au jour où elle apparut enfin.Elle était dans les bois, méditant,Se demandant comment se faire désirerDavantage.Elle attendit un mois.Découvrit le secret :Disparaître... Et attendre,Jusqu'à ce que toutes les langues pendent,Pour arriver à pas feutrésPour être par le pays portéeAux plus hautes nuées.Ainsi feront les femmes voulant jouirDu statut de reine.Avoir toujours le même portrait,User du même stratagèmeEt réussir... ou mourir dans les bois.* Ce poème est extrait de mon livre "Le sol à l'envers" publié sous mon pseudonyme Karl Chaboum, publié et distribué dans les bonnes librairies par les éditions Chloé des Lys.Voir la photo de la reine dans mes "Photos"
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Le miroir des chimères

 

Empli de portes refermées,

 Mon passé semble un lieu immense,

 Mal éclairé, inanimé,

Filmé du jour où il commence.

 

Or j'ai perdu la certitude

Que ce qu'il révèle est ma vie.

J'y retournais par habitude,

 J'ai cessé d'en avoir l'envie.

 

Je ne me soucie pas non plus

De ce que disent mes poèmes.

Ils s'accumulent, non relus,

Demeurent vibrants tout de même.

 

Le présent me garde en éveil,

M'offre les grâces éternelles,

Qu'engendre le brillant soleil.

Son énergie les renouvelle.

 

D'autres poèmes et photos!

Passent les émois éphémères,

Face aux vaguelettes de l'eau,

Splendide miroir des chimères.

 

23 février 2016

                           

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administrateur théâtres

Histoires de ces gens-là, comme une lettre d'hier à aujourd'hui!

« Nous étions l’aile avancée d’un prolétariat qui rêve de ne plus l’être, mais n’entend pas pour autant s’arracher à ses racines. »

On reprend ces jours-ci au Varia (petite salle) "J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin" (novembre 2014) tirée du roman autobiographique "Spoutnik" de Jean-Marie Piemme, auteur wallon réputé. Malgré le titre prosaïque, on retrouve la grâce d’un siècle évanoui et la crasse d’un quartier pourri à Seraing, autour d’un instrument de production tari. Petite épopée sociale: l’histoire se répète, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle de la fermeture de Seraing avec celui d’Arcelor Mittal et la fin programmée du monde des usines, inéluctable et révoltante. Le décor très finement reconstitué fait penser à un chromo que l’on retrouverait sur une antique boîte à biscuit mettant en scène la belle et jeune ménagère des années 50 dans sa cuisine miteuse mais plus astiquée que jamais.

C’est là que s’invitent les madeleines des souvenirs et la polyphonie du jeu. Philippe JEUSETTE, épaulé par Virginie Thirion et les arrangements musicaux live d’Eric Ronsse, remonte le temps, se retrouve en culottes courtes, cerné par les attentes de sa parentèle ouvrière qui veille passionnément sur lui à feux croisés. Surveillance étroite, aucun relâchement vestimentaire n’est permis. La perte de l’enfance, de la croyance, survient lorsque la vie sarcastique de l’école primaire tue Saint Nicolas et ouvre la porte à toutes les désillusions. Mais les principes maternels sont inaliénables :

« Maman n’admettait pas l’impossible. Ou plutôt dans l’impossible elle voulait encore imaginer un possible. » « Il faut effacer aux yeux de tous qu’on vient de rien, qu’on n’est pas grand-chose, il faut effacer la basse extraction à nos yeux mêmes. » « L’image est tout ce que l’on a! »

Le récit à trois voix est émouvant et sonne juste. Pas de cris ni de violence pour dénoncer la violence de la jungle ouvrière, le ton est posé et d’autant plus crédible. «Il y a une aristocratie : celle de la production », disait le père! La voix de Philippe JEUSETTE est enveloppante. La mère résiste contre toutes les blessures. Sa mort prématurée sera  source de toute tragédie. Le spectateur se laisse guider avec complaisance à travers les décennies du siècle vécu et se prend d’amitié pour l’auteur Jean-Marie Piemme et les comédiens si soudés. On est réellement ému par l’humanité du propos. Et si tout ce qu’il raconte était fiction ? Quelle importance ? Comme le souligne l’auteur « Et si tout était inventé, qu’est-ce que cela changerait ? » Sauf pour les bâtisseurs d’espoir, pour qui, à l’instar de Boris Cyrulnik, le regard bienveillant est toujours gagnant et ce que l’on dit d’une expérience traumatisante, permet souvent de mieux en sortir!

Théâtre Varia

http://www.varia.be

rue du Sceptre, 78
1050 Ixelles

Adaptation et réalisation : Philippe Jeusette et  Virginie Thirion, comédiens

Composition musicale : Eric Ronsse /Scénographie : Sarah de Battice, avec l’aide de Philippine Boyard /Construction : Laurent Notte, Philippine Boyard, Margaud Carpentiers /Costumes : Elise de Battice /Réalisation des images : Bob Jeusette, Tawfik Matine /Création et régie lumière : Eric Vanden Dunghen/ Assistanat : Tawfik Matine

Un spectacle du Collectif Travaux Publics, avec le soutien du Conseil de l’Aide aux Projets théâtraux et du Théâtre Varia. Spoutnik est paru en 2008 dans la collection « Rivière de Cassis », éditions Aden.

http://www.demandezleprogramme.be/J-habitais-une-petite-maison-sans-grace-j-aimais-le-boudin-12358

 

Le texte de Jean-Marie Piemme : « J’ai des racines »

J’ai des racines. Elles enjambent la Meuse, s’accrochent à ses flancs. Et là où un pont joint les deux rives, des fumées noires flottent sur les cheminées des aciéries comme autant de drapeaux crasseux. Je suis de ce pays-là. Je suis du pays de l’usine. Je le dis sans fierté. On n’est pas fier d’une poussière noire qui tombe en permanence sur les cahiers. On n’est pas fier d’un paysage de grisaille. On n’est pas fier de la dureté qu’on perçoit parfois dans les yeux des grands sans comprendre encore – car on est petit – le pourquoi de celle-ci. L’usine faisait peur à mon père. Il y a passé presque cinquante années. Manœuvre à quatorze ans (nous sommes avant la guerre 14), chef de l’atelier de construction mécanique à soixante (nous sommes au début des années soixante). Son fils à l’usine ? Non. Jamais. Même comme ingénieur (on ne disait pas cadre à l’époque). Pas l’usine. Jamais l’usine. Une de ses profondes satisfactions : n’avoir pas laissé sa femme y travailler, à l’usine, avoir tenu ma mère à l’écart de ce monde-là. Je suis du pays de l’usine. Je le dis sans fierté mais je le dis aussi sans aigreur. Car une fois sorti de ce pays, il n’est pas indifférent d’en avoir été l’habitant. Il y a comme un savoir qui vous vient de cette vie-là, un savoir que personne ne vous apprend. Un savoir, un filtre, un point de vue. Pas besoin de passer par de longues interrogations pour comprendre ce qu’est un rapport de classe. On le sait intuitivement, on l’a dans le sang. Un exemple ? Quand on entre à l’athénée et que pour la première fois on se trouve en présence d’enfants de la bourgeoisie, on comprend tout de suite, immédiatement, sans détour, sans délai, ce qu’est un rapport de classe. On comprend, on sait. On voit des doigts qui se lèvent pour répondre à la question qui est Molière, qui peut donner le titre d’une de ses œuvres, et vous, vos mains sont de plomb parce que, ce nom-là, jamais vous ne l’avez entendu prononcer, jamais. Molière ? Quoi Molière ? Qu’est-ce que c’est Molière ? Hé, celui-là, ce qu’il est bête, il ne connaît même pas Molière ! Je ne connaissais pas Molière et vous voyez comme la vie est ironique : c’est au milieu de cette ignorance qu’elle vous enseigne quelques vérités bien sonnées. Car enfin, des situations comme ça, c’est un sacré signal, ça vous alerte, ça vous jette de la clarté au visage. On appréhende la géométrie sociale, on appréhende en tous cas la position qu’on occupe dans le rapport de classes ! Mal placé. Très mal placé. Heureusement, on ne sait pas encore qu’on le sait, sinon quel découragement ! Mais on le sait, on le ressent. On le vit. Pas même besoin de souffrir une quelconque humiliation, être là suffit. Dans l’inculture des pas grand-chose. Dans leur silence. Dans leur vocabulaire basique. S’apercevoir que l’on parle de sujets dont on ne dit jamais un mot à la maison, que pour certains le monde n’a pas la même configuration que pour vous. Oui, on sait, ça brule, ça s’inscrit dans la chair avant de passer dans le cerveau. Quand on voit une manifestation dans la rue, on sait exactement de quel côté on est, même si on ne comprend rien aux banderoles et aux cris, même si on est en peine de dire pourquoi le rouge du drapeau est la couleur de la dignité, même si le père, pris entre sa position dans la hiérarchie et son appartenance viscérale au monde ouvrier est évasif sur les explications. On sait. Ce savoir-là, ce sont mes racines. J’ai su ce qu’était un gréviste avant de savoir ce qu’était un Belge ou un Wallon. Pourtant, j’usais du wallon dans la vie quotidienne. Mais ce n’était pas pour moi la langue de la Wallonie, c’était la langue de l’usine d’en face, celle qu’on parlait et que pourtant je ne pouvais pas utiliser parce que justement c’était celle de l’usine d’en face. Je suppose qu’un jeune français et un jeune anglais qui apprend sa langue maternelle la ressent comme naturelle. Ce n’est pas le cas d’un jeune garçon né dans le bassin serésien. Je ne pouvais pas utiliser le wallon, je devais utiliser le français, comment aurais-je pu résister longtemps à cette évidence : l’usage d’une langue n’est pas naturel, jamais naturel, l’usage d’une langue s’inscrit dans un champ de forces, vous inscrit dans un champ de forces. (…) Parle, et j’identifierais vite ta place approximative dans la division du travail, ton ancrage social, « le lieu d’où tu parles ». (…) Mon père avait décidé pour moi : non au wallon, oui au français, oui à la langue de l’ascension. Étrange situation d’un enfant dont les membres de la famille (père et mère notamment) parlent le wallon entre eux, mais le français avec lui, répétant en français, pour lui, ce qu’ils viennent de se dire en wallon et qu’il a parfaitement compris. Quand j’y repense, il y a là comme une bouffonnerie de la vie, une redondance à la Dupont et Dupond qui a fait de moi un étranger dans sa propre terre. Somme toute, ai-je été dans une situation tellement différente de celle des enfants italiens qui venaient d’arriver en Belgique et qui habitaient à côté de chez moi ? Eux aussi devaient se dépendre d’une langue pour en adopter une autre. Du moins, avais-je l’avantage sur eux de n’avoir pas à changer de culture. On m’a arraché d’une langue. Mais le déracinement est encore une racine, un trait violemment identitaire. (…) Les notions de trajet, de passage, de trahison me sont donc constitutives. Leur présence en moi témoigne d’un ébranlement profond dont j’ai enregistré le choc très tôt, et qui est devenu la chair même de mon existence. Ce sont autant de traits distinctifs de mon identité et je crois bien que ceux-ci sont visibles dans la plupart de mes pièces. La trahison aussi ? Oui, la trahison aussi. Qui ne trahit pas (un peu) son identité sera (beaucoup) trahi par elle. Ce n’est évidemment pas affaire de psychologie ou de morale. C’est juste une façon de dire qu’une identité qui se répète indéfiniment dans la pureté fantasmatique d’elle-même ne m’intéresse pas. (…) Mais alors comment vous définissez-vous ? Je suis du pays de l’usine, ai-je dit. Façon de signifier que je ne réclame pas d’autres traits identitaires que ceux que j’ai pointés plus haut. Mais vous êtes belge ? Oui, je suis Belge, mais la Belgique ne fait pas partie de mes racines. Où et quand ai-je connu la Belgique ? Enfant, je suis allé à Anvers visiter le Zoo ; à Bruges, en excursion scolaire ; jamais à Bruxelles. Bruxelles n’était rien, n’éveillait aucun imaginaire, aucune envie. (…) Je n’y mettrai pas les pieds de manière significative avant l’âge de 30 ans. (…) Laissons la Belgique. D’accord. Mais tout de même, la Wallonie ? À tout le moins, vous êtes wallon ? Oui, je suis wallon, mais la Wallonie ne fait pas partie de mes racines. Mons et Charleroi ou Namur me sont longtemps restées terres inconnues. J’ignorais tout de ces villes. (…)

Donc, finalement qu’est-ce que vous êtes ? Ce que je suis ? Disons un habitant d’Europe, de langue et de culture françaises né devant une aciérie, ça vous convient ? (…) Ce n’est pas parce que la Belgique n’a pas d’Histoire (et qu’est-ce que c’est la Belgique ? Et d’abord où est-ce ?) que les gens n’ont pas d’Histoire. (…) Et ceux qui sont nés là où je suis né ? Ils ont aussi une histoire. Elle est faite de luttes, de coups, de combats, de défaites, mais une défaite, n’est-ce pas, est encore une Histoire ? Croyez-vous que ce soit tout le temps « bien », l’Histoire ? Qu’il advient que du notable ? Une Histoire n’est pas toujours une bannière (tragique ou heureuse) plantée dans l’amas des événements remarquables, c’est souvent un nœud obscur fait de contradictions, de ratages, de réussites partielles, d’espoirs et d’illusions, en tous cas quelque chose qui arrive aux gens dans leur chair. Oui, dans la chair des gens, c’est là qu’il faut chercher l’Histoire, lorsque selon toute apparence celle-ci semble manquer. (…) Plutôt que jugée ou déplorée, une filiation doit être assumée. Elle demande qu’on la prenne à plein bras. Eh bien, retrouvons-le ce passé, retrouvons l’Histoire telle qu’elle a saisi les corps, leur donnant désirs, blessures et impulsions, l’Histoire toujours infirme, toujours boiteuse, l’Histoire dans ses contradictions, et disons simplement, sans forfanterie et sans désespoir : je suis fils ou fille de cette Histoire-là. (…) Qu’elle ne soit pas triomphale n’a finalement que peu d’importance. Elle a eu lieu pour moi, cette Histoire. Je suis venu au monde en elle, j’ai grandi en elle, c’est pourquoi il m’importe d’y revenir dans la sympathie. "

 

Extrait de la pièce : « Je suis né dans la cave, sous les bombardements. Il était trois heures et demie, c’était la sortie des classes, je voyais défiler les jambes des écoliers devant le soupirail. « Poussez ! » Quelqu’un a dit « poussez! » et ma mère a poussé. Moi, je n’en demandais pas tant mais sous l’effet du mouvement, j’ai été forcé de sortir la tête. Quel jour sommes-nous, ai-je dit ? Avant tout, je voulais me donner une contenance devant tous ces gens qui m’attendaient. Le 16 novembre, imbécile. Ça m’a vexé. Oui, ça m’a vexé que mon père me parle sur ce ton. Après tout, on se connaissait à peine. Trente secondes, au plus ! Illico, j’ai alors décidé de marquer le coup. Il fallait qu’il comprenne tout de suite que je serais un enfant difficile. Mon Papa, malgré l’émotion qui nous étreint tous, ai-je dit en crachotant une saloperie qui me collait aux gencives, je n’oublie pas ce que tu m’as balancé quand Maman t’a dit qu’elle était enceinte. Il avait grogné ! Il avait pesté! Il avait hurlé : je n’en veux pas, on a déjà le chien ! Ai-je dit que c’était la guerre ? Le maréchal Von Rundstedt menait la contre-offensive allemande entre Arlon et Bastogne. On n’avait pas grand-chose à manger et le chien moins encore. Alors vous comprenez, il a fallu s’en débarrasser, a dit mon père à l’accoucheuse. « Ça a dû vous faire quelque chose. Même si c’est des bêtes, on s’y attache », a répondu l’autre, juste au moment où ma mère, trouvant probablement le sujet de conversation trop scabreux pour moi s’était remise à hurler. »

Source : le dossier pédagogique : http://www.atjv.be/IMG/pdf/dp_j_habitais_une_petite_maison.pdf ;

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