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Cerné dans un joli bocal, Jonas voit tout, saisit, interprète tout. Il visionne les jours du haut de l’étagère. Les silences de la maison annonciateurs de tempête, les regards noirs assassins des habitants et les sourires extrêmement mortels de tout ce monde qui vivote, végète autour de lui. L’ambiance n’est pas des meilleures dans cette demeure. Un vieux couple qui ne se supporte plus et que la vie divise, sépare, déchire. Le bruit de portes qui claquent et des pas sur le parquet ne laissent pas de doute. Un nouveau conflit va se déclarer. Une ambiance délétère, étouffante, irrespirable s’installe. 

Depuis ce matin, Jonas n’est pas dupe de ce qui se passe. Une nouvelle effervescence émane au fur et à mesure que les heures passent. La nervosité, l’émoi des choses de la maison est palpable. Jonas a appris la récente nouvelle aussi.

Il est revenu.

Jonas connait tous les secrets de la maison. Il en a vu des divergences, des contradictions.  Il expérimente chaque fois la situation qui évolue selon un rythme bien précis.  La tempête va se lever et finir dans un bruit d’enfer.  Une discussion de plus en plus vive, des mots cruels, odieux entrainant le réveil de blessures profondes comme toujours.

Tel un voyageur sans bagages, lui, il va et vient sans prévenir, vagabonde dans le quartier. Parfois expulsé, chassé, il fuit mais revient toujours. S’adossant à la fenêtre pour mieux voir, son nez humide contre la vitre, il attend que la porte s’ouvre. Sa maitresse l’attend et l’accueille avec un grand sourire. Elle l’aime ce vieil ami trainant son pelage noir comme un fantôme perdu.

Son chagrin n’est pas là. C’est son fils, son petit qui a quitté la maison en désaccord avec son père. Les griefs d’une vie qui ne se déroule pas comme elle devrait. Les manques, les mésententes continuelles entre le père et le fils ont compliqué sa vie à elle. Son chagrin de n’avoir pu restaurer, résoudre les fractions entre eux.

Il sera, de nouveau, en très colère de revoir cette sale bête. Les méchancetés n’ont pas de prise sur cet animal qui d’un regard sombre le toise avec mépris. Triste mode de fonctionnement pour cet homme qui n’aime plus personne.

Dépassée par tant d’embarras, elle reste vivre là malgré tout. Elle n’a plus la force de générer une autre vie.  Débordée à chaque instant par de multiples griefs, elle s’épuise doucement. Elle et son chat seraient heureux si les jours n’étaient pas des batailles continuelles, des combats de jour sans fin, avilissants, épuisants et totalement stériles. Inféconds de n’avoir pas gardé d’amour, ni de tendresse durant ces longues années. L’absence du fils les tourmente tous les deux chaque jour.

Ce petit chat noir, loin d’être beau, est devenu son ami.  Il ne lui est pas hostile et dans un semblant de bonheur, elle peut le caresser, l’embrasser, le cajoler, le garder serré contre elle. Grâce à lui, les souvenirs d’un passé lointain et révolu s‘adoucissent. Pouvoir aimer un peu. C’est un petit bonheur, une petite source de vie sans contrainte.

Il ne les aime pas, ni elle ni le chat. Et il le leur fait bien sentir. Il s’est muré dans son monde depuis le départ de son fils. Il ne communique plus que pour râler, exprimer son ressentiment. Il crie, hurle, braille ou s’enferme des heures dans un silence pesant, chargé de rancœur. Il cherche à comprendre ce qui n’a pas marché.

Cet ombrage contre le chat ne fait qu’augmenter et envenimer les choses. Comme toujours, elle ne cédera pas. Et lui fera tout pour qu’elle se sépare de ce petit compagnon, qu’elle lâche prise.  Jonas sait qu’elle tiendra comme jamais contre cette agitation qui ne la concerne plus, qui ne la touche plus.  Son bonheur est ailleurs dans les souvenirs de ce fils tant aimé.

 

 


 

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Commentaire de Josette Gobert le 25 février 2016 à 15:48

Merci Marie-Christine. Bonne idée.

Amitiés

josette

Commentaire de Josette Gobert le 25 février 2016 à 15:47

Merci Adyne de votre passage.

Excellente soirée .

Amitiés

Josette

Commentaire de Demeure Marie-Christine le 25 février 2016 à 13:20

Belle histoire Josette, elle pourrait inspirer de belles illustrations...

Commentaire de Gohy Adyne le 24 février 2016 à 18:17

Merci Josette pour cette histoire

Bonne soirée.

Amitiés.

Adyne

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