Chaque fois que je me repose,
J'aspire à ne penser à rien.
Mon regard caresse les choses,
Je contemple ce qu'il advient.
Lors ma pensée, avec douceur,
M'apporte des réminiscences,
Me fait sortir de ma langueur,
Sème des mots dans le silence.
Quand éveillée, l'intelligence,
Accueille une pensée soudaine,
Elle cherche sa provenance,
Qu'elle soit claire ou incertaine.
Elle peut alors l'occulter,
Quand elle parait sans substance
Et trouble la tranquillité,
Ou lui trouver de l'importance.
Notre esprit, souvent à propos,
S'adresse à notre intelligence
Et la tire de son repos.
Réfléchir fait que l'on avance.
14 mars 2009
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Est-ce que la nuit a des portes
quand la lune ronde fuit les orages
le tonnerre gronde doucement
saigne sans effort dans le jour tournant
C’est lourd le mâchefer
l’embûche sous nos pas
la circulation de l’eau
les odeurs chimiques et organiques
au milieu des décombres
sous les doigts avides on se donne rendez-vous
L’air pesant sur les épaules fait partie des errants
le vol des abeilles autour de nos corps cesse
tout s’arrête sur le tapis vert
il est temps de lancer les dés
dans un brouillard de plomb
pour combattre la violence des êtres
Le ciel s’appuie contre un ballon gonflé d’hélium
d’en bas je ne vois pas la vie
les sourires masqués près de la bouche
c’est l’océan que j’entends
écoute ! ses sabots résonnent
L’été se noie comme l’énigme d’un visage
et se referme
encore une saison s’efface
suit la ligne indécise de nos pensées
Nous aimerions ne pas porter la haine
mais l’orage gronde si fort galopant
sans courage se rabat dans l'ornière
suspendues au grain de ses coups
les mains se croisent et se décroisent
B – 03-08-2011
"Le nom seul de calcul des probalités est un paradoxe :
la probabilité opposée à la certitude , c'est ce qu'on ne sait pas,
et
comment peut-on calculer ce que l'on ne connaît pas?"...............
(Henry Poincaré)
Des goûts et des couleurs, …
Jean-Jacques est parti hier soir. Pas parti pour faire un tour, ni pour aller s’acheter un paquet de Gauloises. Non, parti, point final. Il a poussé sa brosse à dent, son tube de dentifrice, son rasoir et son peigne dans un petit sachet, ne l’a pas saluée et est sorti en claquant la porte du palier. Point final.
En temps normal, Anna n’est pas gourmande. Elle veille même à équilibrer ses menus, comptant les calories, dosant les vitamines, proportionnant les fibres, les sels minéraux, les sucres lents, les féculents, bref, tous les éléments si possible naturels qui procurent une alimentation saine.
Mais quand Anna se trouve confrontée à un chagrin d’amour, elle perd toute mesure. Cœur et estomac ne sont pas très éloignés dans l’anatomie humaine. Et chez elle, quand le cœur souffre, c’est l’estomac qui trinque. Il se contracte douloureusement, gémit, va même jusqu’à se tordre pour prouver son mécontentement. Il veut, il réclame, il exige ; il manifeste par de petits bruits incongrus et intempestifs ; il glougloute comme un dindon malpoli ; il enfle, il se rétracte ; il suce, il pompe, il aspire ; il veut manger. Et manger des sucreries. Pas n’importe lesquelles ! Des sucreries grasses, caloriques, dégoulinantes de miel ou de confiture, saturées de crème, nappées de chocolat, tapissées de fruits confits, additionnées de colorants, d’édulcorants, d’émulsifiants repérés E quelque chose sur les emballages. Le cœur souffre ? L’estomac en veut sa part ! Il réclame des nourritures bien indigestes, qui lui procureront des spasmes, des nausées, des haut-le-cœur et des aigreurs.
Alors, Anna court à la pâtisserie du quartier dévaliser les Saint Honoré, les mille-feuilles, les Paris-Brest, les religieuses au chocolat. Elle écume les rayons du supermarché voisin et en repart avec un caddie plein de paquets de gaufrettes, de galettes bretonnes, de petits beurres, de cookies, de madeleines. De retour chez elle, elle enfourne précipitamment ces aliments pour vite calmer son estomac qui manifeste sa rage. Anna mange, engloutit, dévore. Jusqu’à ce que l’organe se calme, qu’il se taise, qu’il crie grâce.
Et pendant tout ce temps, Anna pleure le départ de l’être aimé.
Dieu sait qu’elle en a connu, des chagrins d’amour ! Depuis qu’elle est en âge de connaître l’amour, précisément… Elle en a connu, des petits amis : Jacques, Christian, Bernard, Jean, Louis, Jean-Louis,… On ne va pas tous les citer, cela n’a pas d’importance puisque aucun d’entre eux n’est resté. Ils l’ont tous quittée un jour pour des raisons variées. Qui ne présentent pas d’intérêt. Seul le résultat compte : Anna pleure et engouffre des sucreries. Anna pèse quatre-vingt-huit kilos pour une taille d’un mètre cinquante-huit. Les hommes ne lui réussissent guère.
Jean-Jacques est parti hier. La soirée a été rude et longue, la nuit mauvaise, le réveil pénible, la mise en route laborieuse. Et c’est justement le samedi où Anna a promis à ses copines de les accompagner en « promenade découverte- initiation photo- thème : les couleurs de l’automne ». Dans son état, elle doute de voir autre chose que du noir et blanc, avec prédominance du noir, d’ailleurs. Qu’irait-elle faire dans un groupe de joyeuses luronnes sinon exhiber ses yeux gonflés, son ventre gargouillant et sa nausée de vivre ? Pas question, elle n’ira pas !
Elle se faisait une joie de cette sortie, elle avait même acheté un nouvel appareil photo ultra perfectionné, que Jean-Jacques l’avait aidée à choisir et lui avait appris à utiliser. Au souvenir de cette passionnante soirée où ils s’étaient mutuellement photographiés sous tous les angles, où ils avaient beaucoup ri de leurs grimaces délibérées et où ils avaient partagé le plaisir de découvrir un nouveau hobby, les larmes d’Anna se remirent à couler et elle enfourna successivement deux éclairs au chocolat, un chou à la crème et un paquet de biscuits à la cuillère.
Au fond, cette sortie tombait peut-être au bon moment. Si elle restait enfermée chez elle, elle allait tourner en rond, ruminer son chagrin toute la journée et engloutir des tonnes de sucreries. Il était préférable de partir retrouver les copines et d’essayer de profiter au mieux de cette journée de loisir qui s’annonçait d’ailleurs bien ensoleillée. Anna prépara un petit sac à dos avec une bouteille d’eau, quelques mouchoirs « au cas où », le fameux appareil photos et, héroïquement, refusa délibérément d’y ajouter le moindre élément sucré. Du saucisson, oui ; du fromage, oui ; du pain, oui. Des gâteaux, non.
-Anna, ma poule ! Que je suis contente de te voir !
-Tu es venue ! C’est merveilleux ! Déjà que Lucie et Bernadette ont
décommandé la sortie!
-Si tu nous avais lâchées, nous t’en aurions voulu.
-Et Jean-Jacques, il n’a rien dit ?
-Il est chouette de te laisser partir sans lui. Il est moins jaloux que mon Robert qui m’a fait une scène hier soir !
-Attends, on va te présenter Monsieur Sébastien qui a gentiment accepté de nous prodiguer quelques rudiments de l’art photographique.
-Monsieur Sébastien, tu connais ? Nous étions allées au vernissage de sa dernière exposition.
Excitées comme de fougueuses adolescentes, les copines chahutaient et pépiaient joyeusement sans voir le regard éteint d’Anna. Ou en feignant de ne pas le remarquer, par charité ou par lassitude. Cela lui arrivait tellement souvent…
Le soleil éblouissant de l’été indien illuminait les couleurs de la campagne quercynoise de ses rayons encore obliques lorsque la compagnie débuta sa promenade. Chacune armée de son appareil, les filles étaient prêtes à traquer le moindre lieu où prendre sa première photo. L’occasion leur en fut bientôt fournie lorsque Monsieur Sébastien s’arrêta devant un champ d’où l’on découvrait une vue magnifique sur le village qu’elles venaient de quitter. Et de mitrailler sous tous les angles, à qui mieux mieux, dans toutes les positions, pour capter l’image qui allait sûrement leur valoir le prix de la meilleure photo de l’année. Monsieur Sébastien refroidit assez vite leur ardeur.
-Vous voyez, le soleil éclaire le paysage de face. Vos yeux captent une vue superbe, mais si vous photographiez d’ici, vous n’obtiendrez qu’une image plate, sans relief. Vous n’avez aucune ombre qui vienne rehausser votre photo. Ce que vos yeux perçoivent n’apparaîtra pas nécessairement sur la pellicule. Il y a quelques règles de base que je vais essayer de vous transmettre aujourd’hui.
Un peu déçues et surtout bien vexées, elles écoutèrent religieusement les conseils du maître.
S’avançant d’un pas flâneur à travers les splendeurs d’un automne flamboyant, elles buvaient les instructions distillées par l’initiateur.
-Tournez autour de l’objet que vous voulez photographier. Observez sous quel angle il ressortira le mieux. Vous serez surprises des différences que vous pourrez constater suivant que la lumière sera de face, de dos ou de profil. Choisir le bon angle, c’est ça l’art de la photographie.
Et toutes de se mettre à tourner autour de la moindre brindille, des cailloux du chemin, des arbres aux frondaisons empourprées, des branches précocement dénudées.
-Prenons cette gariote comme exemple. Le mieux est d’en faire d’abord une vue de loin. Regardez : si vous vous placez ici, vous aurez des branches en avant-plan. Si vous allez là-bas, vous aurez des hautes herbes qui donneront un bel effet à la photo. Puis, rapprochez-vous. Cherchez l’angle sous lequel le bâtiment ressortira le mieux. Rapprochez-vous encore et guettez le détail, une fissure, une pierre, un végétal, qui méritera d’être photographié.
Les copines se mirent à l’œuvre avec tellement d’ardeur qu’une dispute faillit éclater entre celles qui cherchaient le bon angle et celles qui, scrutant le détail, se retrouvaient dans le champ de vision des premières.
-Hé, vous là-bas, poussez-vous un peu ! On ne voit que vous ! Ou alors, cachez-vous à l’intérieur : il doit y avoir de belles photos à prendre, à l’intérieur !
Anna suivait machinalement le mouvement. Elle faisait les mises au point automatiques, appuyait sur le déclencheur, déplaçait les objets dans le viseur, tournait autour de ses cibles comme ses amies. Mais son esprit n’était pas à la création de chefs d’œuvre artistiques. Son esprit était entièrement axé sur son estomac.
Seigneur ! Que les cailloux moussant sur le bord du chemin suggéraient une crème chantilly dressée fièrement sur une salade de fruits ! Que cette branche morte ressemblait à un bâton de réglisse ! Et la tige bien verte d’une plante vivace à un morceau d’angélique confite ! Et la fleur d’un trèfle tardif à un bonbon délicatement parfumé à la violette ! Et tous ces érables, roussissant outrageusement dans un ciel parfaitement bleu, tous ces érables arrogants dans leur flambeur automnales, tous ces érables qui la narguaient en lui titillant les papilles de la saveur si connue de leur sirop étalé sur une galette chaude ! Et l’odeur de sucre d’orge évoquée par le jaune
orangé d’un tournesol oublié en bordure de champ ! Et l’arôme du cuberdon* paraissant jaillir d’une baie écarlate isolée sur un rameau dénudé ! L’estomac d’Anna se tournait, se retournait, tentait de se détourner de ces évocations sucrières. Mais en vain. Chaque fois qu’Anna cadrait un sujet possible de photo, son estomac privé de ses douceurs consolatrices interprétait les odeurs, les couleurs et les formes en fonction de son appétit féroce.
Pour détourner autant que possible ses idées de l’organe récriminateur, elle repensait aux doux moments passés avec Jean-Jacques. Tout semblait pourtant différent avec lui. Leur entente, leur complicité, lui avaient laissé entrevoir une possibilité de durée dans leur relation. Grande naïve, elle s’était même permis de rêver. Peut-être était-ce le bon, cette fois-ci ? Peut-être pourraient-ils penser à se marier ? Avoir des enfants, qui sait ? Peut-être finiraient-ils leur vie ensemble ? Des idées de midinette, soit. Mais qu’il était bon de les ressasser avec délice quand elle le contemplait endormi sur le coussin jumeau du sien!
Et pour une bête histoire de chaussettes égarées dans la machine à laver, le ton était monté, ils s’étaient disputés, puis engueulés, puis déchirés, et Jean-Jacques était parti, comme les autres, comme tous les hommes de sa vie. Et cette fois-ci, ça faisait plus mal, bien plus mal que les autres fois. Parce que Jean-Jacques, il fallait qu’elle finisse par se l’avouer. Autant que ce soit au milieu des bois, parmi la splendeur éclatante qu’ils semblaient entasser autour d’elle, sous ses pas, sur sa tête et partout où son regard pouvait porter, qu’Anna confesse enfin que son Jean-Jacques, cela ressemblait furieusement à de l’Amour avec un grand A, le sentiment qu’elle lui portait !
Elle s’assit quelque temps sur une souche, un peu à l’écart des copines, pour encaisser le choc reçu avec la révélation. Son estomac lança alors un rugissement indécent qui lui laissa présager des lendemains pénibles en tête à tête avec un organe qui réagissait aussi péremptoirement à l’annonce d’un grand amour. Il est vrai que le grand amour s’était déjà envolé hier soir et, quand elle réalisa l’étendue du désastre, ce furent toutes les tripes d’Anna qui se mirent à tirebouchonner dans son ventre. Avec l’estomac qui donnait la cadence à grand renfort d’appels de détresse !
Faisant preuve d’un courage héroïque comme le poilu qui se force à repartir pour un nouvel assaut sous le feu de la mitraille ennemie, Anna se redressa et retourna vers ses compagnes de toujours.
-Je ne me sens pas bien, les filles. Je crois que je couve un mauvais rhume. Je vais rentrer chez moi et me mettre au lit avec deux aspirines.
-Hou ! La lâcheuse !
-C’est pourtant vrai que tu es toute pâlotte.
-Tu ne nous cacherais pas quelque chose, dis donc ?
-Veux-tu que je te raccompagne ?
-Non, merci, ça va aller ! J’ai juste besoin de mon lit.
S’extirpant admirablement du piège de la sollicitude encombrante de ses amies de toujours, elle put enfin regagner sa voiture et rentra chez elle aussi vite que possible.
Tiens, elle avait oublié de fermer sa porte à clé ? Cela ne lui ressemblait pourtant pas, elle qui était obsédée par la peur des cambrioleurs ! Il lui sembla entendre du bruit venant de l’appartement.
Soudain, la rage s’empara d’elle. Ce n’était vraiment pas le moment ! Sur le même week-end, connaître un grand chagrin d’amour et, en plus, se faire cambrioler, c’était vraiment trop pour une pauvre fille comme elle ! Pénétrant à pas de loup dans l’entrée, elle s’empara doucement d’un gros marteau qu’elle avait laissé traîner sur la commode et s’avança lentement dans le couloir. « On » voulait la cambrioler ? Et bien, « on » allait voir de quoi était capable une faible femme en état de légitime défense !
Un nouveau bruit provint du fond du corridor. « On » se trouvait dans la salle de bains. Dans la salle de bains ? Qu’est-ce qu’ « on » pouvait espérer voler dans une salle de bains ? « On » était tordu, peut-être même fétichiste voire sadique ? Et bien, raison de plus pour passer un mauvais moment face à une femme armée et déchaînée. « On » n’avait qu’à bien se tenir.
Anna entrouvrit silencieusement la porte de la salle d’eau.
-Ben,… Qu’est-ce que tu fais là ?
Jean-Jacques déposa le rasoir sur la tablette de verre au dessus du lavabo.
-Tu vois, j’ai été trop malheureux, hier soir. Tu ne peux pas savoir combien tu m’as manqué !
-C’est vrai ?
-J’ai réalisé que ma place était ici, près de toi. Alors, si tu veux encore de moi, je reviens vivre avec toi. Pour de bon. Pour ne plus jamais te quitter. Dis, je peux rester ?
-Toute la vie, si tu veux !
(aquarelle sur papier 27x36 cm)
Liberté illusoire
Les yeux sereins, se perd la Liberté
Dans le cœur noir du cadenas fermé.
Antonia Iliescu
Bonjour,
Le Château Pickeim commémorera son centenaire au cours de l'année 2012.
Nous organiserons à cette occasion, tout au long de l'année, des activités culturelles et autres.
Vous intéresserait-il de collaborer à cet événement ?
http://www.chateau-pickeim.be
Liens de nos blogs:
sites.google.com/site/albertterken/
sites.google.com/site/maguyhoebeke/
Albert TERKEN 1919 - 1992
Né à Sidney (Australie), a débuté comme
dessinateur lithographe.
Après des études à St. Luc et à l’Académie de Bruxelles où il remporta différentes distinctions importantes dont un premier prix de dessin avec la plus grande distinction, un prix de peinture et un premier prix de composition, il s’adonna entièrement à la peinture et travailla comme lithographe et aquafortiste.
Il obtint également le prix de la Coopérative Artistique et un hommage lui fut rendu par la Ville de Bruxelles à l’occasion du millénaire de Bruocsella.
La Biennale de Malte d’Art International lui a décerné en 1997 un Special Distinction Award.
Il fit beaucoup de portraits, comme ceux de Michel Simon et de Nelly Beguin, et des compositions telles que le Lundi des Fous, La Fuite en Egypte, Don Quichotte, l’Orchestre, différentes nativités, des Fantasias, une Piéta, un calvaire et de nombreux sujets sportifs acquis par différents champions.
C’est aussi un peintre de plein air. Il a fait de nombreuses expositions personnelles aux Galeries Le Régent, Van Loo, la Maison des Architectes, Rubens, le Mont des Arts, la Maison communale et la Maison des Arts de Schaerbeek, la Maison des Artistes à Anderlecht, à Gand, Vresse s/Semois, Namur, dans les Ardennes Flamandes, Courtrai, Lavaux Ste Anne, à Caen, à Paris au Musée Molière.
Plus récemment, ses toiles ont été exposées en 1994 au Centre culturel Rops à Namur et au Centre culturel de Neder-Over-Hembeek, et en 1998, au Kotje à Anderlecht et au Centre culturel de Vichte près de Courtrai.
Il a participé à de nombreuses expositions d’ensemble, notamment à Bruxelles, Gand, Vresse-sur-Semois, Profondeville.
Ses toiles ont été acquises par de nombreux collectionneurs artistiques ainsi que par l’Etat, les communes d’Anderlecht et de Schaerbeek.
Des œuvres se trouvent en France, Australie, Zaïre, Transylvanie, Venezuela, Canada, Hollande ; une station de chemin de croix se trouve à l’église de Vresse s/Semois.
Il est répertorié dans diverses monographies et revues d’art : De Begische Beeldenende Kunstenaars, Artistes et galeries, Arts Antiques Auctions, Belgian Artists, Signatures, Arto, le Bénézit (France).
Maguy HOEBEKE 1918 - 2009
Fit ses études à l’Académie Royale de Bruxelles,
d’abord en dessin où elle obtint un premier prix, puis en peinture nature ce qui lui valut également un premier prix.
Quelques portraits, des paysages d’hiver, des marines, des vergers lumineux.
Elle peignit à la Mer du Nord, sur les côtes bretonnes et normandes, mais aussi dans le Brabant, la Fagne, en Champagne, en Cévennes, en Espagne et en Tunisie.
De nombreuses expositions personnelles sont à son actif : telles dans les salles Portenaert, au Studio à la galerie Van Loo avenue Louise, Rubens, la Maison des Architectes, au Mont des Arts, la Maison des Artistes à Anderlecht.
En province, à Ostende, Gand, Renaix, Courtrai et différents lieux des Ardennes flamandes, à Vresse s/Semois ; à Paris au Musée Molière et à Caen.
Plus récemment, en 1995, au Centre Rops à Namur et, en 1998, au Kotje à Anderlecht.
En 1998, elle expose au Centre culturel de Vichte (Courtrai) et, en 1999, en son atelier et à la Biennale « Art en Wallonie ».
Elle participe également à de nombreux salons d’ensemble dans les mêmes galeries ainsi que dans les communes de Schaerbeek, Anderlecht, Dilbeek, au Centre Culturel à Neder-Over-Heembeek, à Bruxelles, Grand’Place « La Nativité dans l’Art Contemporain ».
Ses toiles figurent dans différentes collections du pays ; ainsi, une station du chemin de croix se trouve à l’église de Vresse s/Semois et d’autres œuvres en France, au Canada, aux Etats Unis et en Transylvanie.
Plusieurs de ses toiles ont été acquises par les communes de Schaerbeek et d’Anderlecht.
Elle est répertoriée dans diverses monographies et revues d’art : De Begische Beeldenende Kunstenaars, Artistes et galeries, Arts Antiques Auctions, Belgian Artists, Signatures, le Bénézit (France).
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Newsletter August 2011 |
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Comme un pas vers l'avenir, je marche droit devant
oubliant le passé, le laissant sans suite sans lendemain...
Vivre sans attache , un pas vers son destin
espérer toujours comme lorsque l'on était enfant...
Imaginer un monde tels ses rêves d'avant
croire en l'amour qui croise notre chemin...
vivre sa vie comme un parchemin
où tout reste encore à écrire ...
Aimer ces gens que l'on croise l'histoire d'un instant
qui nous révèlle une part de nous même...
Alors ce qui nous semblait anodin prend tout son sens
un monde où les joies et les peines se croisent...
un monde où les personnes se raprochent...
Une vie entre nos mains, la notre, alors on avance
sans rien ou presque n'attendre rien en retour.
Le vent n’a pas fini de discourir
comme s’il me réconciliait avec ma bouche
dans le décor que j’habite.
Je parle aux arbres
aux murs qui mangent ma voix
alors que l’endroit se vide
à la vitesse du cheval au galop
comme les vagues se retirent.
La vie s’arrête brusquement sur une terre labourée
dire, que dire qu’elle ne sache déjà
qu'elle ne transpire déjà
assoiffée de l'avenir
l'eau n'a pas fini de couler.
L’épaisseur de l’air s’est enroulée autour de moi
dans la tête c’est le tocsin
une aspiration vers le ciel
et la main qui désigne la nuit
le voyage accompli en profondeur
amas de promesses et de cendres.
Il s’agit de renouer l’envie
à grands coups d’étincelles
roulette russe, amie ou ennemie
foudre quoi qu'il advienne.
On efface tout de la mer et de la terre
le sable devient lisse, beau et pur
quand la mémoire est là macérée
comme une perle dans son écrin.
Il faut en faire des pas et des pas
jusqu’aux marches à l'angle d’acier
les peaux gommées à l’usure de la trame
ouvrant l'horizon en miroirs successifs
vers l’autre rive.
B
C'est le" presque "qui compte , et le conditionnel.Sur le coup, ça semble une folie. On est tout juste au début de mars, la semaine n'a été que pluie, vent et giboulées.
Et puis voilà. depuis ce matin, le soleil est venu avec une intensité mate, une force tranquille. Le repas de midi est prêt, la table est mise. Mais même à l'intérieur tout est changé . La fenêtre entrouverte, la rumeur du dehors, quelque chose de léger qui flotte.
"On pourrait presque manger dehors".La phrase vient toujours au même instant. juste avant de passer à table, quand il semble qu'il est trop tard pour bousculer le temps,quand les crudités sont déjà posées sur la nappe.
Trop tard ? L'avenir sera ce que vous en ferez.
La folie vous poussera peut-être à vous précipiter dehors, à passer un coup de chiffon fièvreux sur la table de jardin, à proposer des pull-overs, à canaliser l'aide que chacun déploie avec un enjouement maladroit, des déplacements contradictoires.Ou bien vous résigner à déjeuner au chaud...les chaises sont bien trop mouillées, l'herbe si haute ...
Mais peu importe. Ce qui compte, c'est le moment de la petite phrase. On pourrait presque ...c'est bon ,la vie au conditionnel comme autrefois, dans les jeux enfantins:'On aurait dit que tu serais ..." Une vie inventée, qui prend à contre-pieds les certitudes.
Une vie presque:à portée de la main, cette fraîcheur.
Une fantaisie modeste, vouée à la dégustation transposée des rites domestiques. Un petit vent de folie sage qui change tout sans rien changer...
Parfois on dit:" On aurait presque pu ..."Là c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.
Mais il y a des jours où l'on cueille le jour au moment flottant des possibles, au moment fragile d'une hésitation honnête, sans orienter à l'avance le fléau de la balance.
Il y a des jours où l'on pourrait presque .
Pour gagner du temps, par peur de perdre son temps parfois on loupe le temps...
' On n'a pas le temps, on verra demain si le temps le permet ...'
Et voilà qu'au détour d'une rue, le temps d'un regard ,on se rappelle...on se rappelle un temps qu'on a aimé , un temps qu'il est temps d'oublier...un temps que l'on n'a pas perdu pour autant ...le temps est encore là qui attend ...d'autres temps ...
Mais où es- tu pendant ce temps ? Tu regardes le temps passé ou passer?
Oh , tu veux juste encore un peu de temps ...mais ne crois-tu pas qu'il est temps d'apprendre à conjuguer le verbe aimer au temps présent ?
'J' aime, tu aimes , il aime, nous aimons ...'
N'est-ce pas le plus beau des temps ?
Allez viens , il est temps ...
"De l'amour" est un essai de Stendhal, pseudonyme d'Henri Beyle (1783-1842), publié à Paris chez Mongie l'Aîné en 1822.
De l'amour a été ébauché à Milan, en décembre 1819, sous l'influence d'une passion malheureuse. Afin d'écrire par un autre biais à "Métilde" (Matilda Dembowski, née Viscontini) qui refusait de recevoir ses lettres, et pour aider à sa propre guérison, Stendhal entreprend une analyse du sentiment amoureux, bientôt augmentée de pensées ("Fragments divers"). Soupçonné d'appartenir à une société de conspirateurs, il doit regagner Paris en juin 1821. Son manuscrit, égaré pendant plusieurs mois, sera enfin publié durant l'été de 1822. Plusieurs chapitres (comme "l'Amour en Provence", inspiré de sa lecture récente de l'historien Fauriel), ont sans doute été composés à Paris. De l'amour sera ensuite grossi de "compléments" et de trois préfaces de l'auteur, écrites en 1826, 1834 et 1842. Dans cette dernière, achevée huit jours avant sa mort, Stendhal constate l'insuccès de son ouvrage et sollicite "l'indulgence du lecteur pour la forme si singulière de cette physiologie de l'amour".
Livre I. Distinction entre l'amour-passion, l'amour-goût, l'amour physique et l'amour de vanité (chap. 1). Phases de la naissance de l'amour: l'admiration; "On se dit: Quel plaisir..."; l'espérance; l'amour est né; première cristallisation; le doute; seconde cristallisation (2). Comment l'espérance fait naître l'amour. Intervalles entre les phases (3-5). Analyse de la cristallisation (6). Des différences entre la naissance de l'amour dans les deux sexes (7). Nouvelle analyse et illustrations de la cristallisation (8-12). Réflexions sur la beauté; ses rapports avec l'amour (13-20). La "première vue", l'"engouement", le "coup de foudre" (21-23). Réflexions sur les pays où l'oranger croît en pleine terre (l'Italie, l'Espagne), incompréhensibles pour les gens du Nord (24). Sur le comportement des femmes: la pudeur, l'orgueil, le courage (25-30). "Extrait du journal de Salviati" - un des pseudonymes de l'auteur (31). De quelques sentiments qui accompagnent l'amour, notamment la jalousie (32-37). "De la pique d'amour-propre", "De l'amour à querelles", "Remèdes à l'amour" (38 et 39 ter).
Livre II. "Des nations par rapport à l'amour. Des tempéraments et des gouvernements": la France, l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne (40-48). "Une journée à Florence": le ridicule n'existe pas en Italie (49). L'amour aux États-Unis (50). L'amour en Provence au XIIe siècle (51-52). L'Arabie (53). Sur l'éducation des femmes et le mariage (54-58). "Werther et Don Juan", plaidoirie en faveur de la sincérité et de la passion; l'"amour à la Werther" est à l'évidence celui que Stendhal vouait à Métilde, et qu'elle a repoussé.
Fragments divers. Suite d'aphorismes, de citations, de brèves anecdotes; réflexions sur l'amour antique, ou encore sur les arts et les moeurs.
Appendix. "Des cours d'amour", telles qu'elles existaient en France au XIIe siècle avec les trente et un articles du "Code d'amour" alors en vigueur.
Compléments. L'un d'eux, "Des fiasco", écrit avant 1822, avait été retranché de la première édition. Les autres lui sont postérieurs, notamment "Ernestine", courte nouvelle où, à partir d'un personnage posé comme sujet d'expérience, Stendhal étudie la naissance de l'amour dans le coeur d'une jeune fille qui vit à l'écart du monde, et "le Rameau de Salzbourg", anecdote qui éclaire l'analyse de la cristallisation.
Avant de le présenter comme une "physiologie", Stendhal avait appelé son essai un "livre d'idéologie" (I, 3), en s'excusant auprès des philosophes de l'impropriété du terme: "Je ne connais pas de mot pour dire, en grec, discours sur les sentiments." C'était avouer sa dette envers Destutt de Tracy, auteur des Éléments d'idéologie (1801), dont De l'amour reprend certaines idées audacieuses sur l'éducation des femmes et le mariage. Ouvrage composite, De l'amour illustre pourtant à merveille le conflit, présent dans toute l'oeuvre de Stendhal, entre "connaissance et tendresse", selon les termes utilisés par Jean-Pierre Richard, conflit exprimé par cette belle formule: "Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité" (I, 9). Tout au long du livre, parmi les froides analyses, affleurent les confidences d'un coeur blessé. Les anecdotes y ressemblent à ces illustrations dont les moralistes émaillent traditionnellement leurs maximes; mais on y devine aussi l'écho de la brouille avec Métilde.
Les pages les plus célèbres ont trait à la "cristallisation". Par ce mot, qui signifie d'abord "concrétion des cristaux", Stendhal désigne métaphoriquement "l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections" (I, 2). "La beauté n'est que la promesse du bonheur", précise-t-il dans une note (I, 17); du moment où l'amour est né, la laideur elle-même devient beauté aux yeux de l'amant et accroît son sentiment.
On peut juger désuètes, dans leur rigidité, les classifications par nations: elles reflètent les modes d'approche de l'époque (Mme de Staël, de même, distingue dans Corinne les aspects de l'amour suivant les pays), mais aussi les partis-pris de Stendhal: toute occasion lui est bonne de chanter la passion "à l'italienne", qui se moque de l'âge et du ridicule, et de s'en prendre à la vanité des Français. Avec une belle assurance, il codifie du reste sur l'amour en Andalousie (alors qu'il n'a pas visité l'Espagne au-delà de Barcelone) ou aux États-Unis (jugés sur leur réputation de pays uniforme et ennuyeux). Son sujet devient parfois prétexte à des analyses de tempéraments ou de gouvernements qui font écho à celles de Rome, Naples et Florence en 1817. Mais ses réflexions sur l'éducation des femmes, que la société du XIXe siècle prive de leur naturel, permettent de le ranger parmi nos rares auteurs masculins et féministes. Sa défense du naturel ne va pourtant pas sans tensions: ainsi la femme doit-elle se rendre à l'homme dès que celui-ci conçoit de l'espérance "pour le plus grand plaisir physique possible" (I, 2), mais si elle est raisonnable elle doit ne "tout accorder à son amant que quand elle ne peut plus se défendre" (I, 12). Les contradictions qui opposent ses exigences et ses goûts s'aperçoivent aussi dans son analyse de la pudeur: celle-ci donne des plaisirs à l'amant en lui faisant sentir les lois que l'on transgresse pour lui, mais elle est soeur du mensonge. Attiré à la fois par les grâces de la spontanéité et par les raffinements de la civilisation, Stendhal trouve de la douceur à fréquenter ces salons parisiens qu'il raille si cruellement.
Il a composé De l'amour avant ses romans, mais on s'égarerait à chercher dans ceux-ci de strictes applications de l'essai. Si ses personnages de fiction donnent l'illusion de la vie, c'est que les nuances imprévisibles de leurs sentiments échappent aux règles. On trouvera des manifestations de l'"amour physique", de manière inattendue, quand Octave est ému par le bras d'Armance; ou des formes de la cristallisation dans la naissance de l'amour de Lucien Leuwen pour Mme de Chasteller. Mais les parties de l'oeuvre romanesque qui héritent le plus directement des théories de l'essai sont peut-être l'amour-pique de Fabrice pour la Fausta (la Chartreuse de Parme, I, 13) ou la correspondance que Julien envoie à la maréchale de Fervaques pour exciter la jalousie de Mathilde de La Mole (le Rouge et le Noir, II, 26-30); ce ne sont pas les meilleures. Mais on aime que Lamiel illustre cette liberté que Stendhal rêve de voir consentie aux jeunes filles. Plutôt que comme un traité, c'est comme une suite d'aveux qu'il faut lire De l'amour, et aussi comme un recueil d'intrigues à peine amorcées, que le génie du romancier prolongera ensuite.
"Bascule en moi le rêve
qui me fait tomber de sommeil,
qui m'emporte au-delà
des plus lointaines frontières.
Boire à même la fièvre!
vivre à cru pour t'aimer."
(J. Izoard ♥)
Si j’avais du talent, j’écrirais une farce,
Ce qu’il est advenu à qui voulait duper,
Tout comme Patelin, qui se savait futé,
Mais qui se retrouva le dindon de la farce.
Se servant de sa verve et de son arrogance,
Un avocat ayant le seul gain pour enjeu,
Sans scrupules, acharné, se croyant dangereux,
Apparut promptement piégé par l’évidence.
Pour tenter un témoin étranger à sa cause,
Il usa de son mieux de divers procédés,
Pensant naïvement qu’il voudrait bien l’aider.
L’honnêteté agit quand il faut qu’on s’oppose.
Il est des arroseurs qui se font arroser.
Quand, par leur maladresse, le tuyau leur échappe.
Par ailleurs, le hasard intervient et frappe,
On ne peut s’arroger le droit de tout oser.
La farce offre un plaisir parfois irrésistible
Au public enjoué qui applaudit, moqueur,
Qui rit parfois aux larmes et toujours de bon coeur
Quand un mauvais plaisant a été pris pour cible.
30 juillet 2011
Les "Cahiers" sont l'ensemble de notes et de réflexions de Paul Valéry (1871-1945), publié à Paris aux Éditions du CNRS entre 1957 et 1961 (29 volumes en fac-similé), et en anthologie chez Gallimard en 1973-1974.
Ces 261 cahiers de divers formats, remplis de notes écrites chaque matin entre 1894 et 1945, représentent dans l'édition du CNRS 26 600 pages d'écriture environ. Bien que ces notes fussent un pur exercice mental sans intention de publication, Valéry envisagea pourtant de les mettre en ordre et ne put venir à bout de sa tâche, tant en raison sans doute de l'énormité de l'oeuvre que de la nature même de sa pensée. Mais il avait ébauché un classement et choisi un certain nombre de titres de rubriques que reprend Judith Robinson dans son édition de la Pléiade, en optant pour un ordre significatif. De l'autoportrait ("Ego, Ego scriptor, Gladiator"), on y passe à l'élaboration d'un langage nouveau ("Langage", "Philosophie", "Système") qui permette l'analyse de l'esprit ("Psychologie", "Soma et CEM [Corps, Esprit, Monde]", "Sensibilité", "Mémoire", "Temps", "Rêve", "Conscience", "Attention", "le Moi et la Personnalité"), y compris dans ses aspects les plus irrationnels ("Affectivité", "Éros", "Thêta") et même biologiques ("Bios"). La faculté créatrice de l'homme est ensuite analysée sous ses formes scientifiques ou artistiques ("Mathématique", "Science", "Art et Esthétique", "Poïétique", "Poésie", "Littérature"), puis expérimentée ("Poèmes et PPA [Petits Poèmes abstraits]", "Sujets", "Homo"). Enfin, les deux dernières rubriques rendent compte de l'intérêt marqué par Valéry à la fin de sa vie pour différentes formes de la vie sociale ("Histoire-Politique", "Enseignement").
Ce journal d'un esprit - qui n'a rien d'un journal intime - est sans équivalent dans notre littérature. Parallèlement à ses oeuvres "officielles", Valéry s'est attaché à élaborer jour après jour, pendant cinquante ans, le "chef-d'oeuvre intérieur" du héros éponyme de Monsieur Teste: une oeuvre absolument en marge de toute reconnaissance sociale et, pour l'essentiel, de toute publication. Entre les Essais de Montaigne et les Pensées de ce Pascal auquel il revient souvent se heurter, Valéry définit son entreprise tantôt comme une "autodiscussion infinie", tantôt comme des "Essais, Esquisses, Études, Ébauches, Brouillons, Exercices, Tâtonnements" où peut enfin jouer librement "l'activité spontanée des analogies". Ces "gammes" qui restituent sans l'altérer le "mélange" hétéroclite de l'esprit et où l'auteur, tel Goethe, parle à son "Eckermann", sont le lieu privilégié d'observation d'une "intelligence en acte". La "tendance au dressage" de l'"animal intellectuel" (définie sous la rubrique "Gladiator", dont le nom est tiré de celui d'un célèbre pur-sang) ne peut se faire qu'au prix d'une sévère ascèse où les moyens mis en oeuvre ont au moins autant d'importance que le résultat.
Les Cahiers, dans leur diversité, sont pourtant au service d'une préoccupation centrale: élucider la nature et les mécanismes de la pensée humaine, mettre au jour ses possibilités et faire advenir le surhumain (en un sens différent de celui que Nietzsche attache à ce mot): "Le surhumain existe. Il est l'effet sur l'humain de la connaissance de l'humain." Cette recherche ininterrompue passe tout autant par l'analyse des différents états de conscience que par une réflexion approfondie sur le langage, véhicule obligé de toute pensée, afin de "s'interdire tout mot qui ne représente un acte ou un objet bien net". La critique du langage débouche alors nécessairement sur une critique de la philosophie, dans la mesure où celle-ci n'est qu'"un usage particulier des mots" et sur l'analyse de la création artistique ou poétique qui les mettent en oeuvre: "Mon objet - chercher une forme capable de recevoir toutes les discontinuités, tout l'hétérogène de la conscience." Cette quête est indéfiniment poursuivie par tous moyens dans ce "livre sans modèle". Maximes, poèmes en prose, dialogues, énumérations, impressions, sujets d'oeuvres à venir s'y pressent selon l'inspiration du moment. Le style de ces "pensées pour moi-même", tantôt courts développements tantôt télégraphiques (on y trouve même des formules mathématiques), est celui de l'ellipse, de l'allusion, du fragment, de l'aphorisme où la vivacité se conjugue au dédain de la rhétorique. L'esprit y vole d'un sujet à l'autre avec la liberté de ces hirondelles dont Valéry admirait par-dessus tout la mobilité.
Les Cahiers, ce "Grand Atelier" (Cl. Launay), remettent ainsi en question la notion traditionnelle d'oeuvre. Dans ce "laboratoire de secrètes recherches" inspiré par les Cahiers de Léonard de Vinci, des pensées en gestation cherchent encore leur forme ou leur certitude achevée. Ce que Valéry appelle tantôt sa "méthode", tantôt son "système", tente de s'élaborer dans un beau désordre afin de préparer la grande oeuvre à venir. Simultanément, les Cahiers servent d'atelier de réflexion aux oeuvres en cours dont ils préparent, suivent et commentent l'évolution ("Mon Faust" ou la Jeune Parque, par exemple). Enfin, certaines parties des Cahiers sont - sur les instances pressantes d'amis de Valéry - utilisées dans l'oeuvre publiée (dans les recueils de Tel Quel, par exemple). C'est pourquoi Valéry peut parler de "contre-oeuvres" à propos des Cahiers, s'opposant ainsi radicalement à son maître Mallarmé pour lequel seule vaut l'oeuvre achevée. Les valeurs classiques, où n'a de prix que la perfection, sont ainsi renversées et le premier rôle est offert à la démarche créatrice en acte, dans ses errances et ses incertitudes. On voit donc mal comment les Cahiers, malgré le désir réaffirmé de leur auteur, auraient pu se fédérer en un système unique. Valéry en était bien conscient lorsqu'il y lançait cette boutade: "Il me manque un Allemand qui achèverait mes idées." Si les efforts de mise en ordre auxquels il se livra avec persévérance eurent le mérite de révéler les constantes et la cohérence de sa pensée, ils se trouvèrent bien vite entravés par son besoin de reprendre pour la nuancer, l'approfondir ou la développer chaque idée dont la première formulation ne le satisfaisait pas entièrement. Ce processus d'expansion indéfinie fait de nouveau songer aux Essais ("J'ajoute mais je ne corrige pas") où l'analyse du moi ("Ego") est également le point focal de la réflexion. On découvre ainsi dans ces Cahiers un Valéry plus humain, hésitant, anxieux, plus tendu dans l'exercice du pouvoir de l'esprit que dans ses oeuvres trop parfaites, lui qui prétendait ne goûter dans les ouvrages de l'homme que la "quantité d'inhumanité" qu'il y trouvait. Il est étrange de songer qu'un poète si classique par bien des aspects inaugurait à sa façon dans cet ouvrage une "parole en archipel" qui ferait les beaux jours de la poésie moderne.
« Les Immémoriaux » est un récit de Victor Segalen (1878-1919), publié à compte d'auteur sous le pseudonyme de Max Anély à Paris au Mercure de France en 1907; réédition sous sa forme définitive chez Plon en 1956, avec deux cartes et 40 illustrations, la plupart tirées de l'oeuvre de Paul Gauguin.
Première partie. "Le Récitant".Terii, jeune prêtre païen, achève sa période d'initiation. Il répète les "beaux parlers originels" maoris. Soudain les mots lui manquent: funeste présage qu'il associe immédiatement à l'arrivée dans l'île des "hommes à la peau blême" animés d'une croyance nouvelle. "Les Hommes au nouveau parler". Sur un rivage éloigné de l'île, Terii observe les coutumes de ces étrangers, travailleurs tristes et silencieux. "Le Prodige". Aux grandes fêtes données en l'honneur d'Oro, Terii est banni de la communauté des récitants pour avoir oublié, en public, les paroles sacrées, et, afin d'échapper à la colère de son peuple, feint un prodige et disparaît. "Les Maîtres-du-jouir". Les "hommes au nouveau parler" présentent leur religion, leur Dieu, leurs rites aux Maoris qui, d'abord séduits, les chassent au bruit de leurs festivités.
Deuxième partie. "Le Parler ancien." Terii a quitté l'île en pirogue, accompagnant Paofaï, l'un des chefs des récitants, parti à la recherche du "parler ancien".
Troisième partie. "L'Ignorant". Revenu à Tahiti, il n'est plus qu'un vieillard, surpris par le peuple qu'il retrouve converti au christianisme. "Les Baptisés". Peu à peu il pénètre les nouveaux rites et participe à la cérémonie collective du baptême. "Les Hérétiques". Devenu Iakoba, son zèle est grand pour la religion nouvelle: il dénonce les hérétiques. "La Loi nouvelle". Il renie son ancien maître resté, lui, fidèle aux anciens dieux. "La Maison du Seigneur". Devenu diacre, il va construire une église sur un autre rivage.
Dans ce "roman" d'une forme si personnelle et inhabituelle (le narrateur s'efface totalement, ne se laissant entrevoir que sous les traits supposés du scripteur qui recueille, sous leur forme brute, les dernières traditions de la civilisation et des croyances maories), Victor Segalen jette déjà un pont entre le Réel et l'Imaginaire (voir René Leys et Équipée). L'auteur tient à maintenir l'ambiguïté, et en usant d'une langue étrange, parfois hermétique, à égarer le lecteur le long de cette frontière incertaine qu'il s'attache à explorer.
Il est possible en effet de lire les Immémoriaux comme une somme ethnologique, une simple transcription - dans une traduction respectant autant que possible la syntaxe et les noms propres du parler maori - des rites d'une civilisation orale sur le point de sombrer définitivement au moment où Victor Segalen découvre Tahiti (y débarquant en 1903, il note dans son journal de voyage: "Ici comme ailleurs, la race se meurt"). Mais là réside le paradoxe fondamental du livre: puisqu'il met à l'épreuve de l'écrit ce qui n'était qu'oral, il crée, met en forme, organise (voir la disposition en parties chronologiques, en chapitres thématiques), donne au réel une cohérence de type narratif (remarquons ici le rôle symbolique, dans une économie romanesque, de la perte de parole de Terii au premier chapitre, qui annonce son renoncement volontaire au parler des anciens dans la dernière partie du livre), et se situe sans équivoque du côté de l'imaginaire.
Ce que l'on retient alors des Immémoriaux, c'est le voyage, le dépaysement poétique que permet une langue qui se situe à mi-chemin entre un langage connu (l'orthographe, la grammaire du français) et un langage imaginé dans la forme écrite qui lui est donnée (les noms de dieux, de lieux, les expressions imagées qui rendent compte des réalités étrangères, les adaptations des sonorités des langues européennes au parler maori, la métamorphose inattendue des noms bibliques, etc.).
Tout cela met l'accent sur le langage comme enjeu: le passage de la langue orale, fragile (voir les tresses nouées qui sont le seul moyen d'enregistrer les "beaux parlers" originels) à la langue écrite (les "feuillets à signes parleurs"), à la mémoire artificielle mais définitive qui impose, en imposant la fiabilité de sa forme, son contenu également. Au coeur de ce récit donc, qui constitue à certains égards une contre-initiation, se situe tout naturellement une sorte de poème en prose énigmatique, un long ruban d'images interrompu par la mort du vieux prêtre qui en était le dépositaire et dont la déchirure annonce précisément la mort de la civilisation qu'il portait (le parler ancien). Les "Immémoriaux", ce sont ceux qui sont détruits parce qu'ils ont tout oublié. "Vous avez perdu les mots qui vous armaient et faisaient la force de vos races et vous gardaient mieux que les gros mousquets de ceux-ci": telles sont les dernières paroles du dernier des récitants, Paofaï, condamné à mort ("la Loi nouvelle").
Si l'on note enfin que Victor Segalen a reconnu lui-même en avoir davantage appris par les textes et les croquis de Paul Gauguin sur la civilisation maorie que par son expérience personnelle ("Je puis dire n'avoir rien vu du pays et de ses Maoris avant d'avoir parcouru et presque vécu les croquis de Gauguin" - lettre à G. D. de Monfreid), le livre bascule définitivement du côté des voyages aux pays de l'Imaginaire, dans un de ces décors en trompe-l'oeil, chers à Segalen.
"Les vacances d'un enfant" est un roman de Louis Scutenaire (Belgique, 1905-1987), publié à Paris chez Gallimard en 1947.
Écrit entre 1939 et 1942, époque pendant laquelle l'auteur, fuyant l'invasion allemande, se réfugia à Paris, puis dans le Midi, ce roman, qui se déroule en Belgique pendant la Première Guerre mondiale - mais une guerre lointaine -, est imprégné par la nostalgie aiguë de paysages aimés.
Par un matin d'été, Palmer Choltès et sa mère partent en vacances chez la tante Damire. L'enfant y retrouve un groupe de domestiques avec lesquels il entretient des relations d'affectivité jalouse: Prudence, la cuisinière, le sot Neri, Tanta, le trimardeur, substitut du père, et Florine, la gouvernante, amoureuse de Tanta, lequel malheureusement n'a d'yeux que pour Antonine (chap. 1). Ivre des spectacles de la nature, Palmer laisse vagabonder son imagination: rêveries sur le soleil, les insectes, les notaires, entrecoupées de références à la bande dessinée (2). Un déluge s'abat sur le pays; Antonine s'éclipse, comme d'habitude, devant Tanta qui la poursuit. Palmer constate que l'amour a rendu son compagnon indisponible. Arrive la couturière unijambiste Mazanque; elle s'attache à exorciser les peurs de l'enfant insufflées par Florine, qui lui a fait croire à l'existence de deux monstres. Cela nous vaut une promenade nocturne et hallucinée de la cave au grenier (3). Arrivent à leur tour les frères Villa dont l'apparence tient du paysan parvenu et du roi africain. Le plus jeune, très pervers, fait de l'humour noir. Une journée se passe chez l'instituteur Coronice de Tramasure qui possède un observatoire d'où l'on peut détailler le pays (4). Les réflexions acides de sa mère, qui l'a obligé à l'accompagner en ville pour l'achat d'un pardessus, plongent Palmer dans une crise mélancolique, ponctuée par une obsession: "Florine va mourir." Après le supplice grotesque de l'essayage, il sera consolé par Adonis, le propriétaire de la Compagnie des Indes, dont le magasin est vide à cause de la guerre, mais dont la tête est pleine d'histoires. Palmer assiste à des combats de boxe nocturnes, entrecoupés d'histoires de chasse africaines et d'épisodes de sorcellerie. Sur le chemin du retour, Tanta constate la présence d'un homme chez Antonine. Le lendemain, on trouve un cadavre dans le grenier: ce n'est pas celui de Florine, mais de son frère Vincent, victime de ses mauvaises fréquentations. Puis Palmer apprend que Tanta, ulcéré par son échec amoureux, est parti sans espoir de retour: dans une crise de larmes, il prend conscience que tous ces gens qu'il aime devront mourir un jour (5-7).
On trouve dans ce récit, d'une densité remarquable, tous les registres de l'inspiration surréaliste chère à l'auteur. Contre la platitude bourgeoise de sa mère obsédée par les problèmes d'héritage, Palmer prend, d'instinct, "l'usage ou le parti des classes possédées". Non sans que l'érotisme y soit pour quelque chose, un érotisme occasionnel sans doute, comme il sied à cet âge, mais pleinement vécu, plus vibrant que chez les adultes. Ainsi lorsque l'enfant, à "rebrousse-chair", sent la croupe de Florine après le creux des reins, un éclair de plaisir presque douloureux le raidit. Ce genre de jeu pourtant n'est qu'une facette d'un imaginaire qui se nourrit de tous les objets, y compris les moins notables, comme les insectes par exemple: "Il enviait leurs ailes, leur corps réduit à l'essentiel, il eût aimé jouir de la science exquise, des sens subtils, qu'il attribuait à ces vies condensées." Dans le même esprit, voici la "collection des oiseaux morts en face de la clownerie des vivants", tandis que l'enfant nous décrit les notaires comme des "géants aux épaules en coussins, au ventre profond d'armoire dont, les battants du gilet ouverts, il sort des parchemins à ganses". L'humour plus ou moins blasphématoire n'est pas non plus absent: "Je doute de toi, mon Rien, qui ratas le ciel et la terre", s'exclame Coronice de Tramasure, maître dans les exercices de désarticulation du langage. Autre "locomotive verbale", la cuisinière Prudence dont le parler populaire possède à la fois force et saveur: "Ce n'est pas dans mon ventre que votre estomac crie", lance-t-elle à Palmer. L'utilisation savante de ce parler propre n'est pas sans évoquer Raymond Queneau, bien qu'il ne puisse être fait état d'une influence. La force de Louis Scutenaire est de nous présenter, autour d'un enfant à la fois émerveillé et acerbe, une galerie de personnages typés et originaux, tel le trimardeur Tanta, qui s'enfonce dans une passion sans issue comme si le malheur lui collait à la peau, et dont le mutisme même a un sens.
De nombreux meubles aussi, vieillis mais restés beaux.
Tant de choses aimées par des êtres fervents,
Se retrouvant, ici, à vendre au plus offrant,
Tout comme les esclaves le furent autrefois,
Expédiés ailleurs, sans n'avoir aucun choix.
En conservant leur âme, objets inanimés,
Ils seront à nouveau recueillis et aimés.
Ils avaient fait, jadis, l'orgueil d'un créateur,
Puis causé de la joie à un tendre amateur.
Ils attirent encore plus d'un regard d'envie.
Seront des compagnons, le temps d'une autre vie.
Mais qu'arrivera-t-il aux trésors sans valeur?
À mes joujoux pâlis, qui n'ont plus de couleurs
Mais tant de souvenirs qui s'accrochent à eux?
Où iront mes poupées, mon Pierrot malheureux?
Qui voudra de mes timbres et de mes coquillages?
Triste d'écrire :Fin ,à la dernière page.
Il y a d’un côté le public et de l'autre, les trois murs étincelants mais étouffants d’une cuisine modèle impeccablement tenue. Tout juste si, par simple illusion d’optique on ne les voit pas se pencher subrepticement pour avaler cette femme volubile encore jeune, dont la vie a été remplacée par la routine. La femme est banale mais heureusement profondément actrice. Elle est, malgré le cadre, exquise, fougueuse, incapable de rester en place, craquante de sincérité et de naturel, débordante de convivialité. Elle en est venue au cours des années, à converser vaillamment avec le mur, le verre de vin blanc à la main, face à son improbable interlocuteur. Peut-elle encore imaginer ce qu'il y a derrière le mur?
Un autre mur, Joe, son mari lui dit bien de temps en temps « qu’il l’aime », mais ce sésame n’ouvre paradoxalement que sur les humiliations répétées, voire, le mépris ou l’indifférence. Elle l'observe et le voit en effet parler de façon bien plus aimable à tous les étrangers qu’il rencontre! Elle raconte avec délices les éblouissements des débuts de vie de couple, les ravissements d’enfants en bas âge et puis, moins drôle, toutes les trahisons de la vie. Elle s’interroge: va-t-elle oser sauter le pas, comme quand elle était enfant et qu’elle sautait du toit, pour partir seule, en voyage de 15 jours en Grèce avec sa copine Jane, qui lui a maintes fois dit de larguer tout et lui a même offert le billet de ses rêves ? Ses récits de vie et ses interrogations sont poignants, y mêlant sans cesse le réalisme des gestes domestiques quotidiens. Elle réalise soudain : « ma vie est un crime contre Dieu car je ne m’en suis pas servie, ne sachant pas quoi en faire ! » Elle est devenue inutile!
Doit-elle « faire ce qu’elle voulait faire ou faire ce qu’elle devait faire ? » Elle découvrira que « les rêves ne sont jamais là où on les attend. » Mais sautons tout de suite à la fin de l’histoire : « Elle a subitement su qu’elle ne rentrerait pas vers Manchester avec la valise ! ». Elle a largué tous les démons qui l’enchaînaient. Elle ne traîne désormais plus rien d’encombrant, elle se sent légère ! Elle compatit : « Joe aussi traîne sa vie comme un poids ! » Willy Russel – c’est un homme qui écrit – a installé une Shirley Valentine radieuse, décapée de toutes les scories vénéneuses qui l’étouffaient, face à la mer Egée, sur un rocher … avec qui elle ne peut s’empêcher bien sûr de parler ! Question d’habitude. Le rocher est couleur banquise, tout le reste du décor est noir. Elle est belle comme une aigue-marine.
Entre l’immensité du ciel et de la terre, elle a enfin retrouvé sa dignité d’être humain, son identité de « Shirley Valentine ». V comme V Day, alors qu’elle n’était devenue qu’un avatar oublié de grand mouvement du monde ! Là, assise buvant du vin à une table au bord de la mer - son égérie - elle déclarera d’une voix de star, à son mari qui vient la rechercher : « Bonsoir. La femme que tu veux voir n’existe plus. Celle qui était ton épouse n’existe plus. Celle qui était la mère de tes enfants, n’existe plus non plus. Celle à qui tu parles , c’est une femme que tu ne connais pas, Shirley Valentine, Amoureuse de la Vie. »
C’est ce que Willy Russel veut pour la société entière : le changement, le réVeil, la ...Vie, quoi ! Au lieu de la manipulation et de l’anesthésie générale des êtres humains en particulier, par les normes et les diktats de la consommation. Il ose brandir la liberté et souhaite que les gens se réveillent de leur torpeur ! Et Shirley de souligner que « les seules aventures de vacances que j’ai eues, c’est avec moi, et je commence à m’aimer. » Tout un Programme, une révolution, à 42 ans !
Marie -Hélène Remacle, qui fonce dans cette pièce comme une météorite, nous a offert un spectacle éblouissant d’humanité et de drôlerie. Pas étonnant que certains spectateurs ou spectatrices reviennent voir le même spectacle plusieurs fois!
http://www.bruxellons.net/shirley2011.html
http://www.comedien.be/Marie-Helene-Remacle



