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L'abnégation

En hommage aux patriotes de Lybie

 

Chacun pour soi et Dieu pour tous, nous a-t-on dit.

On aspire au bonheur, dès lors, on se protège,

On flaire le danger, on évite les pièges.

À ses dépens, parfois, chacun a bien compris.

 

Certains, plutôt nombreux, ne pensent qu’à eux-mêmes,

Se servant les premiers, ils prennent le meilleur,

Parfois plus qu’ils ne faut, et sans honte d’ailleurs.

Ils ne sont soucieux que de leurs seuls problèmes.

 

Mais la plupart des gens, ne sont pas égoïstes.

Ils écoutent les cris, les appels au secours.

Ils se mettent en peine et cherchent des recours.

Ils désirent être utiles et, de leur mieux, assistent.

 

En ces temps bien nouveaux d’appétits et de vices,

Il est fort émouvant de constater soudain,

Que dans l’abnégation, et l’effort surhumain,

Des patriotes ardents s’offrent en sacrifice.

 

L’abnégation n’est pas la négation de soi.

C’est un élan du coeur, qui est irrépressible.

Elle naît d’un besoin, repoussant l’impossible,

Et d’un impératif: faire ce que l’on doit.

 

25 août 2011

 

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L'histoire de Nounours.

Lors de sa venue au monde, parmi nous, mon petit bouchon,merveilleux cadeau de la vie fut couverte de cadeaux .

Parmi ses cadeaux, un magnifique Nounours ,un peu grand il est vrai, mais doux au toucher, léger comme une plume ...

Mais voilà, sans que nous comprenions pourquoi , mon petit bouchon prit Nounours en 'grippe', et hurlait dès qu'elle l'apercevait.

La seule solution fut : Nounours au placard !

Mon petit bouchon grandit , son lit devient trop petit , le temps est venu de lui aménager une chambre de petite-fille .

' Mamy, viens voir, viens voir ...'

Comme elle est fière de me montrer son  nouveau lit , l'absence de barreaux prouve bien qu'elle n'est plus un bébé !.

Et je vois, j'admire ...et mon regard se pose sur Nounours,trônant sur le toit de la garde-robe .

'Oh, revoilà Nounours , qu'il est beau ..' Mais mon petit bouchon fait la grimace ...

Alors je prends Nounours dans mes bras, je le câline, je le serre contre mon coeur, je l'embrasse...

Je veux rassurer mon petit bouchon ...'Regarde, ma chérie comme il est beau , doux , tendre ...veux-tu le prendre dans tes bras ?'

L'expression de son visage me prouve qu'elle lutte ...mais puisqu'elle n'est plus un bébé , elle accepte de prendre Nounours , mais de loin, les bras hyper  tendus à l'horizontal...

Toute sa frimousse exprime le dégoût ..

' Beurk qu'il est laid ...mais cela ne fait rien , puisque toi tu es toute seule ( mon compagnon était parti pour son dernier voyage) et que tu l'aimes ...je te le donne ' .

Futée mon petit Bouchon !

Nounours trône maintenant dans mes appartements,..et parfois ,quand j'ai besoin de réconfort , je le serre dans mes bras ...

 

' 

 

 

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HISTOIRE COURTE 11.

 

CONSCIENCE...

 

 

La rue était montante et brillante de pluie... Les trams faisaient leur drôle de bruit et déjà les phares des voitures donnaient à l'ensemble une allure, une atmosphère de fin de journée.

 

Derrière le rideau légèrement entrouvert, elle regardait, elle cherchait, elle espérait reconnaitre sa voiture... entendre les freins grincer, puis le klaxon, et ensuite, l'âme emplie d'espérance par ces signes puérils... elle pourrait se réfugier au fond de son lit et rêver!

 

Rêver à ses yeux, à ses mains, à sa voix, à ses lèvres, à cette légère odeur de tabac blond qu'elle s'était mise à tellement aimer!

 

Rêver que rien ne les sépare plus et que demain il vienne sonner, un bouquet de fleurs à la main...

 

Elle entrouvre son livre et délicatement prend cet iris jaune séché qui s'effrite sous ses doigts... C'est à ce moment que des larmes incontrôlables viennent agrandir l'auréole que la fleur déjà a marquée sur la page...

 

Elle sait...

 

Malgré les signes d'amour évident, elle sait, au fond de son être que tout est bien fini...

 

J.G.

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Autour du comptoir

A ceux qui aiment les ambiances de bistrot, je propose ce texte pris sur le vif.

 

 

 

AUTOUR DU COMPTOIR

 

Willy était de taille moyenne, quand il se déplaçait comme tout le monde sur le sol carrelé de son bistrot.  Dès qu'il se retranchait derrière le comptoir il gagnait vingt centimètres, grâce au plancher.  Il n'en fallait pas plus pour qu'il regarde tout le monde de haut.

Il avait commencé par travailler en usine et par contribuer, chaque samedi et chaque dimanche, à la prospérité d'autres cabaretiers.  Cela, sans compter les lundis de kermesse.  Les jeunes filles pouvaient se désoler de voir ce garçon bien fait, aux beaux yeux gris bleu, délaisser la danse, lui tenait à vivre sa jeunesse.

Un jour, las de s'imbiber comme une éponge et de ne conserver d'appétit que pour les frites et les pickles, il s'était laissé annexer par une future mémère.  Il s'était marié, n'avait plus bu que du café fort et, grâce aux largesses de ses beaux-parents, il s'était  payé un comptoir dont il allait enfin connaître la bonne face, celle qui aligne les pompes à bière et le tiroir-caisse.

On ne voyait sa femme dans le café que le matin, à l'heure des seaux d'eau et de la savonnée ou pour servir les filtres et les bouillons que de malheureuses égarées s'aventuraient à commander dans ce temple du houblon.

Vers les onze heures entrait Joseph, le client le plus assidu.  Parfois il arrivait un peu plus tard.  Cela dépendait de l'heure à laquelle il lui fallait remplir la tâche à laquelle il ne se dérobait jamais.  Contrairement à ce qu'imaginent la plupart des gens, être chômeur n'est pas une sinécure. Ce métier, comme les autres, comporte ses tracasseries et ses aléas.  On peut vous obliger à pointer à huit heures, même par les plus froides et brumeuses matinées de novembre ou à onze heures, alors qu'il ferait si bon à ce moment-là, allumer sa pipe devant une spéciale, à la Brasserie des Sportifs.

Mais Joseph n'était ni amer ni mesquin.  Il ne parlait jamais de ses ennuis professionnels. Il tendait au discours philosophique.  Son penchant à l'abstraction et à la noblesse de pensée, il l'avait acquis durant les années où il était enfant de chœur, puis élève au séminaire, ensuite bedeau, et cette inclination ne s'était jamais démentie.

Il arrivait à Joseph, plongé dans une douce somnolence et rôtissant ses brodequins à la chaleur quasi maternelle de la massive colonne du poêle à charbon, de sourire et de hocher la tête, au souvenir des plaisanteries perfides décochées par les employés du bureau de chômage.  Il ne leur en voulait pas.  Ils n'avaient pas su se débrouiller !

Lui, Joseph, possédait un chic inné pour perdre très rapidement les places successives qu'il avait dû accepter depuis qu'il avait quitté la typographie. Son physique n'était pas son moindre atout, il le savait.  A quarante-cinq ans, sa chevelure en brosse était déjà d'un gris sale et son visage portait les stigmates de la longue malchance qui lui permettait de téter en paix le bien-être divin coulant des larges flancs du poêle, de sa vieille pipe et des fûts de spéciale.

Pendant une heure environ, Joseph avait la Brasserie des Sportifs pour lui seul. Par la porte entre ouverte de la cuisine on entendait le bourdonnement du rasoir électrique de Willy, la voix de sa femme et de sa mère.  Le poêle ronronnait et crépitait et les mêmes affiches,  sur les miroirs, à la même place que la veille, vantaient les mêmes bières et les mêmes apéritifs, par la vertu des biceps d'un malabar, amateur de bière virile, et le sourire d'une blonde évaporée, levant un verre de liquide rubis, de la même nuance que ses lèvres et ses ongles vernis.

La machine à sous, le billard, le football de table, le billard électrique étaient autant de tentations assoupies, toutes lampes éteintes, un décor dont on se demandait s'il allait se remettre à vivre.

Vers midi, le cordonnier arrivait à son tour.  Il était en pantoufles et en blouse grise.  Il avait été, lui aussi, élèves des jésuites.  C'était un homme digne, ancien combattant et, lors des commémorations patriotiques, il était aussi décoré qu'un sapin de Noël.  Il s'attablait avec Joseph.  Ils se mettaient à deviser gravement, faisant assaut de lieux communs, de maximes.  Le visage de Joseph, tandis qu'il rendait ses oracles, flottait dans un épais nuage de fumée de tabac gris, celui du cordonnier ; dans les volutes molles issues de son cigare.

La porte à présent s'ouvrait sans arrêt et d'autres habitués prenaient place, sans prêter grande attention au menu fretin des clients de passage que sans doute on ne reverrait pas demain.  Ecoliers échappés du collège, ouvriers des chantiers de construction, petits employés, couples furtifs dont la communion n'irait pas au-delà d'une heure passée sur la banquette inconfortable, main dans la main.

A la table voisine des deux compères se tenaient un homme et une femme, dans la trentaine.  Ils venaient de temps à autre chez Willy, manger un sandwich et boire un verre durant leur heure de table.  Ils étaient mariés mais pas ensemble, ce que n'induisait pas leur allure tranquille.  Ils étaient simplement collègues.  C'était une amitié quiète, pleine de silences.  S'il existait entre eux une attirance physique, elle ne s'exprimait pas.  Rien qu'une sympathie, des affinités littéraires, comme le goût partagé de la Vouivre de Marcel Aymé, les livres échangés, une certaine aptitude à la contemplation. Sympathie renforcée par le mépris commun des cancans de bureau.

Lui, réservé, secret, avec un humour froid, une contenance flegmatique et ne perdant jamais de vue qu'il se trouve dans son quartier ou peu s'en faut, qu'il lui faut saluer tout le monde et serrer des mains.

Elle, souriante, animée, attentive comme au spectacle, détendue mais observant tout.

Lorsqu'elle était là, Joseph, pourtant misogyne, à la fois par conviction et par commodité, se surpassait. Il rappelait désespérément à lui son intelligence, sa mémoire, toutes les réminiscences utiles, perdues dans les brumes de la spéciale. Il s'astreignait à une élocution laborieuse, fatiguait sa voix enrouée tandis que son nez rougissait dans son visage blême et il était drôle par éclipses.  Lorsqu'il avait réussi une boutade qui avait fait rire sa voisine, il tirait de sa pipe une large bouffée, pour masquer peut-être la lueur de satisfaction qui luisait sur sa physionomie.

-         Tu crois peut-être, disait-il au cordonnier, que c'est facile d'être bedeau et qu'il  suffit, pour s'enrichir, de voler les fleurs défraîchies des cimetières pour les refiler aux bigotes ? D'abord, moi je suis honnête.  Ma vieille tante m'a élevé comme ça. "Qui vole un œuf, vole un bœuf."  Ca ne m'intéresse pas ! Un œuf, passe encore, tu le mets en poche, mais un bœuf ?  C'est voyant… Bien sûr, il m'arrivait de vendre plusieurs fois le même cierge mais je n'ai jamais trafiqué de l'encens, des hosties ou des choses de ce genre, j'ai trop le respect de la religion ! Le sens du sacré, comme disait François "Maurois", c'est ce qui manque le plus à nos contemporains.  Des gaillards comme toi, vous n'avez le respect de rien.

-         Pardon, intervenait le cordonnier en tendant son cou de poulet déplumé.  La patrie est sacrée à mes yeux.

-         La belle blague ! Tu devrais postuler pour la place de Soldat Inconnu.  Une petite flamme, des fleurs, de temps à autre un discours, voilà qui t'irait comme un gant.

-         Tes plaisanteries sont de mauvais goût.  Chaque fois que la patrie m'a appelé, j'ai répondu présent !

Et le cordonnier se battait vigoureusement la poitrine, d'un air offensé.

Les yeux aqueux de Joseph frémissaient alors, comme un lac qui se ride sous la brise.  Il faisait un signe à Willy et celui-ci s'empressait de remplir les verres.  Il en profitait pour serrer la main du couple voisin, en affectant d'appeler la jeune femme  "Mademoiselle".  Il professait qu'il faut plaisanter avec les clients et, pas très sûr du bon accueil que recevraient des blagues salées, il se bornait à cette taquinerie, après tout flatteuse pour la dame.

Un jour, celle-ci entra seule et parut désorientée en n'apercevant pas Joseph.  Willy se sentit obligé de lui faire la causette, appuyé à la table voisine, sans lâcher son torchon.

-         Tu n'es pas avec ton amoureux aujourd'hui ?

-         Non.  Il paraît qu'il a la grippe.  Et Joseph, que lui est-il arrivé ?  Je ne le vois pas à son poste.

-         Il aura dormi trop longtemps.  C'est pour lui que tu viens ?  Je vais lui dire, il sera très flatté.

La conversation se poursuivit sur ce ton pendant un moment. La femme avait des yeux chaleureux et vivants,  et il lui était très difficile de feindre l'indifférence ou de cacher ses impressions.  Elle avait aussi un corsage plein que Joseph lui-même avait remarqué et dont, dans un accès de lyrisme, il lui avait fait compliment.  Elle n'y avait pas été insensible, cependant que son compagnon habituel avait tiqué devant cette familiarité.  A présent elle écoutait  Willy avec indulgence. On avait parlé un moment de Joseph, tellement serviable, bon enfant, doué même mais si paresseux !

-         C'est un Aztèque, répétait Willy avec conviction, un vrai  zigoto Avec ses mains à l'envers, il est capable d'enfoncer les clous par la tête.  Vingt fois il est tombé sur une bonne place et à chaque fois il a laissé choir.  Sais-tu qu'il a failli se marier ?  Il avait déjà acheté les meubles et tout et puis la donzelle a foutu le camp.

-         Il a eu du chagrin ?

-         Au fond, je crois qu'il était bien content.  Se marier, c'est avoir des obligations, devoir travailler, se laver et tout ça ! Tandis que maintenant il mange à peine et dort tout habillé. Quand tu bois, tu ne penses pas tellement aux femmes.  Ca ne doit pas fort le tourmenter. Sur ce plan-là, les hommes sont bizarres.  Moi, à six ans, j'essayais déjà de m'en servir.  Ce n'était pas plus gros que ton petit doigt mais j'essayais de le mettre à ma petite voisine.  Une vieille a tout vu, a couru le raconter à ma mère.  Qu'est-ce que j'ai pris comme raclée ! Je crois bien que j'ai passé trois jours à la cave.

Tandis que Willy rit, tout épanoui au souvenir de cette lointaine précocité, la jeune femme sourit du bout des lèvres, un peu gênée. Comparer le sexe d'un garçonnet à son propre petit doigt lui paraît d'un étrange mauvais goût.  Quel paysan, se dit-elle ! Tous ses souvenirs d'amour doivent être du même ordre.

-         Quand tu es petit, tu en remarques des choses à la campagne.  J'ai vu combien de fois égorger des cochons, tuer des poules ou des lapins.  Alors tu imites, tu veux faire la même chose. Une fois, chez mon oncle, toute une portée de petits cochons a crevé.  Avant qu'on les enterre, j'ai essayé de leur ouvrir le ventre.  Ca n'a pas marché.  Je n'avais qu'un coutelas en caoutchouc !

Willy, pour une fois en veine de confidence, aurait continué à brasser ses souvenirs d'enfance si un client n'était entré, un fan du foot et les deux hommes se sont plongés dans les mérites comparés du Standard et d'Anderlecht. 

La jeune femme retombe alors dans ses pensées.  Son collègue lui a téléphoné la veille.  Elle en a d'abord été flattée puis un peu mal à l'aise.  Etait-ce l'effet de la fièvre ?  Voilà qu'il lui avouait avoir rêvé d'elle, coiffée du petit chapeau blanc qu'elle a porté tout l'hiver, faisant de l'ombre sur sa vie. La formule était jolie mais inquiétante.  Il vaudrait mieux ne plus s'accorder ce coude à coude d'une heure.  Elle soupire.  Elle se plaisait pourtant bien chez Willy.  Comment dire cela à son copain ?  Trouver un autre intérim alors qu'elle a si bien fait son trou dans ce bureau ?  Merde ! Ces relations de travail qui deviennent trop tendres finissent généralement par tourner au vinaigre.  Perdre un ami pour une amourette ? Le jeu n'en vaut pas la chandelle.  Elle s'arrangera pour garder ses distances.  Elle se le promet avec élan mais il y a au fond d'elle un léger doute.  A-t-elle jamais pu se refuser un gâteau ?  Un sourire creuse une fossette dans le visage si mobile.  En voilà une comparaison pâtissière !

 

                                                                                                MARCELLE DUMONT

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Mes mots ...

 

Mes mots sont bien souvent maladroits

Quand ils crient leur désarroi,

Mes mots sont parfois prière

Il y a tant de misère ,

Mes mots sont aussi tristesse

Devant le manque de tendresse

Mes mots sont alors quémandeurs,

Des mendiants d'un peu de douceur .

Mes mots sont action réflexion

Ils n'ont pourtant pas toujours raison.

Mes mots sont sourires, rires,

Là , ils ne sont pas les pires .

Mes mots sont encre du coeur ,

Quand ils donnent une part de bonheur .

Mes mots sont parfois vains

Ils n'ont aucun lendemain .

Mes mots sont des ratures

Ils ont leurs déchirures.

Mes mots sont des rêves

Ils ne connaissent pas la trêve .

Mes mots  sont courage

Il y a tant d'ouvrages

Mes mots sont espoirs

Quand ils s'égarent dans le noir

Mes mots sont couleur soleil

Il y a tant de merveilles

Mes mots sont des 'bricoles'

Ils ne feront pas école .

Mes mots ne sont que des mots

Qui se lient mot à  mot

Rêvant d'une belle phraséologie

Ah, quelle folle idéologie.

Mes mots ne seront pas édités
Qu'importe ! Ils sont ma réalité ;

Mes mots ne sont pas la 'Vérité'

Ils m'ont simplement  édités .

Mes mots ...

 

 

 

 

 

 

 

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Sur les chemins de Compostelle ...
 
20 juillet 2011
 
Déjà très tôt, le matin, près de la cathédrale, eh bien, ils sculptaient, les gars. Toute la sciure répartie sur les côtés en étaient témoins. Le nombre de visiteurs (touristes ou autres) ne désemplissait pas. L'espace d'un instant, l'espace d'un (ou deux) regard(s), on pouvait se sentir transporté au quatorzième, quinzième siècle. Aubertin d'Avallon, m'entends-tu ? Il était même écrit : après-midi, entre 14 et 19 heures, possibilité d'apprendre à sculpter. Mmmmm. Ca m'a fait peur, dans un premier réflexe. Ca m'a rendu quand même un peu curieux, dix s'condes plus tard. Ca m'a encore rendu encore plus curieux, dans les s'condes qui suivirent (obsession ? révélateur ?). Et si j'apprenais, cet après-midi ! Je n'ai jamais sculpté de ma vie, non. Mais pourquoi pas ? Au moins : j'essaierais.
 
Comme il n'était qu'onze heures, il était encore temps de se balader dans la ville, d'admirer les places royales, avec leurs lanternes et leurs drapeaux.
 
Et ... un détour par l'office du tourisme, situé juste à côté de la cathédrale, histoire de se procurer un dépliant où sont renseignés, sur la suite des chemins de Saint-Jacques, que je compte reprendre demain au plus tard, la liste des hébergements disponibles.
 
Et ... voici la pluie qui tombe. Et ... voici les parapluies qui courent.
Et ... je me réfugie dans une espèce d'endroit banal, où je me paie un café, où je passe mon temps, sur une table, à fixer mes yeux sur le dos d'un passant, qui ne se retournera jamais.
Et ... je me demande toujours ce qu'en pensent Corneille, Molière, dont les noms sont écrits en grand sur les frontons du théâtre principal, juste en face.
Et ... ça pleut. Et ... ça pleut.
Et ... une espèce de quotidien habituel s'imprègne dans les chemins de Saint-Jacques. Se poser ne veut pas forcément dire : se reposer.
 
Brrouuhhh ! Allez, ne nous plaignons pas ! A cet endroit, on pourra manger. Moderne, oui. Froid, oui. Et la clientèle est nombreuse. Et, une fois de plus, j'aperçois, entre deux pièces avec des photos de Brassens, de Coluche, de Gainsbourg ... en noir et blanc (voyons !). J'accuse le coup.
Et ... je sympathise avec mes voisins de table, des anglais.
 
Et ... il pleut. On le saura.
 
Quatorze heures. J'en profite pour repasser à la cathédrale, à l'entrée, là où l'accueil aux pélerins a lieu tous les jours. Et ça recommence à se gâter. Avec une personne ... imbouffable au possible. J'épargnerai le dialogue. Accueil aux pélerins, OK OK. Mais jusqu'où ? Cette personne est dure dans son parler. Elle commence par me dire "c'est pas normal !", parce que les dépliants, concernant la liste des hébergements (entre Reims et Châlons) se trouvent à l'office du tourisme. Elle continue à me dire "c'est pas normal !", parce que d'autres dépliants, dans d'autres offices du tourisme, sont gratuits. Et je t'en passe ...
Bref : je sais que le chemin le plus court n'est pas encore fléché.
Bref : j'ai payé le dépliant qui renseigne le chemin le plus court. En insistant.
Bref : je me suis acheté, ensuite, dans une librairie, un nouveau bouquin, avec la suite du trajet.
Bref : j'ai marché, ensuite, à vide, dans la pluie, sur les trottoirs. Bref : je suis retourné à mon lieu d'hébergement, dans la flotte, histoire de faire une sieste, de me préparer à aller chanter dans un p'tit bistro vers 18 heures. Bref : je me suis abstenu, final'ment, d'aller apprendre à sculpter.
Bref ...
 
De rues pavées en rues pavées, la journée s'est dessinée.
 
Dix-huit heures/dix-neuf heures. Allez, je me rends au fameux bistro où je peux chanter. Le jeune gars, au bar, ainsi que la serveuse, me reconnaissent. Hier, déjà, sur le trottoir, on causait comme si on se connaissait. Bon. Aujourd'hui, y a-t-il une suite ? Il me dit de m'asseoir, de commencer. On me prépare de l'eau pétillante et des cacahuètes. OK, OK. Quatre clients assis dans le bistro, quelque part (l'un qui crie "voilà Hugues Aufray", quand il me voit déballer ma guitare). Deux trois clients debout devant le comptoir. Je me lance, je chante une chanson. Et ... personne n'applaudit. Les clients continuent à exister, devant moi, comme avant, comme ça se passait déjà, comme ça se pass'ra encore, que je sois là ou pas. Je fais semblant de rien. Je ne me laisse pas désarmer. J'attends. OK, OK, le tenancier et la serveuse me sourient parfois, mais c'est tout. Je refais bientôt une chanson, une autre. Même résultat. Pas de retour apparent. "Il faut jouer du connu !", me dit le tenancier. C'est pas faux, mais je ne bouge pas d'un poil (question de choix !). "On va lancer une ... !", dit le tenancier, en me regardant. Il se lève ensuite dans ma direction. Une fraction de seconde, je me dis qu'il pense à moi, que la situation va un p'tit peu changer. "On va lancer une ... !", ai-je bien entendu (oui, le dernier mot, j'ai pas compris). C'est alors que je m'aperçois que ... juste à côté de moi, des clients se regroupent pour jouer aux flèches. OK, OK. "On va lancer une ... !", je pige. Tout doucement, je remballe mes effets, sans me laisser abattre. Je salue l'assistance. Je m'en vais.
 
Un chemin de Compostelle, c'est ... se mettre en route. Accepter. Apprendre.
 
Et ... je tourne à vide dans les rues de Reims, à nouveau. Je ne me fixe sur rien. Je laisse mes pas me guider. Tiens ! Une autre place avec une église !
Et ... je me dis que je suis depuis deux jours dans cette ville et qu'il me semble que j'y suis depuis bien plus longtemps.
Et ... je me retrouve sur une rue principale, là où le tram passe.
Et ... je flâne. Et ... j'erre.
Et ... brusquement, j'entends de la musique. Et ... je retombe sur un des multiples petits bistrots de la ville. Et ... je me retourne. Et ... je vois cinq ou six jeunes, regroupés au fond du bistro, en train de jouer de la guitare. Et ... je rentre. Et ... je commande un verre. Et ... je m'assieds. Et ... je regarde l'assistance. Et ... le chef du groupe me dit de venir me joindre à eux.
 
Et ... j'ai passé une magnifique soirée. Et ... j'ai accompagné, en fin de soirée, certains jeunes guitaristes (colocataires) chez eux, dans leur flat. Et ... y a eu du vin, des pizzas, des rencontres, tout ce qu'on peut vivre sur une route, qu'on peut écrire, qu'on peut ressentir, mais qui reste irracontable quand on sait que, quand les choses se vivent, elles se vivent, et que les mots seront toujours inférieurs à la réalité ...
 
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le matin, devant le café, le compagnon sommeille sur le trottoir ... avec celui qui lui tient compagnie, on causera de Julio Iglesias
 
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presque un hôtel, on est d'accord
 
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elle s'appelle Charlène, elle est super, elle a une belle voix, elle écrit, elle a des projets de voyages, elle est entrée dans mon monde d'amitié tout de suite
 
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rues, rues, rues
 
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oui, oui, il faut bien laver son linge ... pour ma part, j'y pensais depuis quelques jours ... ici, vous le voyez, on atterrit dans l'île aux plaisirs
 
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retour dans la ville, retour dans le parc pas loin de la cathédrale
 
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en voilà un qui rend hommage à mon ukulélé
 
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des fantômes d'Amérique, oui
 
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Clovis n'est pas passé loin, non
 
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Serait-on revenu en Belgique
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Je me trouve en errance, au coeur de cet été.

Au bord du St-Laurent, j’aime à flâner, pensive.

Des mouettes, au repos, me semblent peu craintives,

De petits voiliers voguent loin des cités.

 

Au bord du St-Laurent, j’aime à flâner pensive.

S’y retrouvent, partout, des formes reflétées.

De petits voiliers voguent loin des cités.

Je contemple rêveuse, demeurant inactive.

 

S’y retrouvent, partout, des formes reflétées.

L’ardent soleil répand une lumière vive.

Je contemple rêveuse, demeurant inactive.

Des étoiles, sur l’eau, font une voie lactée.

 

L’ardent soleil répand une lumière vive.

Je reçois l’énergie, en parcelles éclatées.

Des étoiles sur l’eau font une voie lactée.

Je laisse s’envoler mon âme, à la dérive,

 

24 août 2011

 

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                          Vous êtes invités à découvrir ici  la prochaine activité du

                         Théâtre des  Chemins et  de l’asbl Des Mots pour  dire...

Poésie au  Crépuscule

  Un moment privilégié pour se retirer du brouhaha  du monde

 

OU ?

IMAGIN’AIR
 
Place Fernand Cocq, 6

 1050    Bruxelles
 Bus 54 et 71

  
                       
  
La troisième Poésie au  Crépuscule   aura lieu le 
Jeudi 1er  septembre 2011 à  18 h  (jusqu’à   19h30)



Jean-Luc Wauthier


Né à Charleroi en 1950, Jean-Luc Wauthier a  enseigné  la Littérature à l' Ecole normale de Nivelles  (Haute Ecole  PH Spaak).  Il  est, depuis depuis 2004, vice-président du Centre international de  l’Association des critiques littéraires. En  2008, il a été élu Président de la Maison internationale de la  Poésie-A Haulot  (Bruxelles).

Il  a publié près de vingt ouvrages - poésie, nouvelles, essais - et un   roman, Le  Royaume , aux Editions de l' Age d' Homme où a paru, en 1999, « La soif et l’oubli ».
Il  a reçu, en 1998, le Prix international Lucian Blaga décerné par le Centre culturel roumain pour l’ensemble de  son œuvre poétique ainsi qu’en 1987 le prix Polak (de l’Académie), en  1993 le  prix international René Lyr, en  2001 le Prix international Gauchez-Philippot et, en 2009, les Prix  européens Virgile (Paris) et Ménada( Macédoine).
En  décembre 2003, réédition de l'ensemble de son travail poétique, paru  entre 1976 et 1993  sous  le titre "Fruits de l'ombre”.(Editions de l'Arbre à paroles (Amay,  Belgique). Rédacteur  en chef du Journal des Poètes depuis 1991, il y illustre et  défend la poésie du monde entier. Il  est aussi Administrateur des Biennales internationales de  Poésie. Trois  livres traduits en Romain et en Croate, traductions de textes en de nombreuses langues.


A  la parution de son recueil “L’envers du ciel”   (Ed. Batut  d’Haussy 2007), il écrivait: Pour  moi, la poésie est à la littérature ce que la musique de chambre est à  la musique : sa part la plus secrète, la  plus exigeante et  la plus essentielle. Loin d’user d’une parole pointue ou à la mode mon  souhait est de faire de l’écriture, dans l’intensité,  un  partage d’émotions et d’interrogations. Je  pense en outre que la poésie est une des meilleures manières de vivre  sans être détourné de soi-même pour autant  qu’on y voie,  non  pas une consécration mais, pour évoquer Thomas    Mann ,une consolation.

« Le poète apporte non  pas des preuves, mais des traces. Seules les traces font rêver » écrivait quant à  lui René  Char…



Entretien  avec Lucien  Noullez.

 

Lucien Noullez est né à  Bruxelles en 1957. Il est enseignant, poète, et critique littéraire. Sa  poésie, souvent inspirée par la musique et  par  sa lecture quotidienne de le Bible, cherche moins à « vouloir dire » qu’à  surprendre les petites fissures par lesquelles le réel se rappelle  à  la conscience, sous la chape de la normalité collective. Il a reçu quelques  prix littéraires. Il en a également loupé beaucoup. 

 

 

La  séquence Livre   Entr’Ouvert  :  Albert   Ayguesparse  (1900-1996) “La traversée des âges”  (Ed. L’arbre à paroles 1992).

 

Écrivain belge de langue  française, son œuvre se développe en deux parallèles  complémentaires : la poésie et le roman. Alors  qu’il découvre quasi d’emblée, avec D’un jour à   l’autre (1940),  la forme et l’ambition de son  univers romanesque, sa poésie évoluera  graduellement du lyrisme en vers réguliers au questionnement angoissé  en vers libre et en prose poétique. Souvent  couronné, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature   françaises  de Belgique, Albert Ayguesparse a exercé une  grande influence sur plusieurs générations  d’écrivains. 

Jean-Luc Wauthier, qui a bien connu Albert Ayguesparse, évoquera son oeuvre de  poète

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Les peintres dans les rues

les 26 27 28 aout 2011 A la Croisée des Arts Auriolais organise :

 

les peintres dans les rues

 

3 jours de peinture, pastel, dessin,  aquarelle, encre......tiffany

 

une autre façon de decouvrir notre village provençal.

 

les samedi 10h et dimanche 10h rendez vous devant le musée Martin-Duby, pour une visite guidée d Auriol et de ses peintres...

et dimanche 28 à 18h remise des prix au Musée bien sur !!

 

venez nombreux.

 

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Avoir de la classe

En souvenance d’André Mazeaud

 

Très nombreux cèdent à l’envie,

Quand il subissent une blessure,

D’accueillir plaintes ou injures,

Trouvant trop cruelle la vie.

 

Difficile à une victime,

Pour conserver sa dignité,

De ne pas sembler révoltée,

De garder sa souffrance intime.

 

Cependant certains y parviennent,

Endurent le pire qui passe,

Révèlant qu’ils ont de la classe

Pas de soupirs, quoiqu’il advienne.

 

Lors, on se sent impresionné

Face à la grandeur de ces êtres.

Émus, d’avoir pu les connaître,

On se dit qu’ils étaient bien nés.

 

                                                                             23 aôut 2011

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LE CHANT DES CIGALES

12272749872?profile=originalCRI CRI CRI dans les pins , c'est la chaleur du grand été

Tout un univers de profile par ce bruit familier, mais JIN JIN ? MIIN MIIN ? CHAN CHAN? ??

Au Japon c'est l'évènement de la saison apporté par le vent

Comment reconnaître ces évidences ?JIN JIN c'est le premier hymne à l'amour de l'été

MIIN MIIN la fin des beaux jours 

Mais la citadine de Tokyo , la plus grosse c'est CHAN CHAN .

Voilà le grand mystère de la ville et personne ne pense plus à les placer dans des cages .

Pourtant sur les marchés de Provence  le cri strident est là aussi provenant de rutilantes céramiques colorées ( très kitch )dont les touristes raffolent

AA

Extraits d'un article de Philippe Pons le Monde du 13 Août 2011

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12272749674?profile=original"Le roi se meurt" est une pièce en prose d'Eugène Ionesco (1909-1994), créée dans une mise en scène de Jacques Mauclair à Paris au théâtre de l'Alliance française le 15 décembre 1962, et publiée à Paris chez Gallimard en 1966.

 

Écrite au cours d'une hospitalisation, cette pièce fut conçue, s'il faut en croire le Journal en miettes d'Ionesco, comme un «exercice spirituel», dicté par la maladie. En fait, le thème de la mort, qui parcourt l'oeuvre du dramaturge, de la Leçon à Voyage chez les morts en passant par les Chaises,

Amédée ou Comment s'en débarrasser et Tueur sans gages, trouvait déjà dans Argument pour un ballet (1961) un développement comparable à celui qu'il occupe dans Le roi se meurt.

 

Dans une salle du trône «vaguement gothique», chacun, du garde au «médecin-chirurgien-bourreau-bactériologue-astrologue», peut observer des «signes» d'une récente décrépitude - panne de chauffage, fissure dans le mur... - qui participe d'un délabrement général: vieillissement anormal d'une population dégénérée, effondrement du royaume dans un précipice, perturbation du cours des astres. Ces phénomènes apocalyptiques annoncent la mort prochaine du roi Bérenger que ses deux épouses, Marguerite et Marie, son médecin et sa «femme de ménage et infirmière», Juliette, tentent, chacun à sa manière, de préparer à l'échéance fatale. Après une longue rébellion, le Roi «abdique» progressivement en une insolite «cérémonie» initiatique dont Marguerite se fait la grande ordonnatrice.

 

Quand il écrit Le roi se meurt, Ionesco a renoncé aux classifications génériques paradoxales et volontiers provocatrices de la décennie précédente (voir, par exemple, la Cantatrice chauve ou la Leçon). Or cette pièce, de facture plus classique, tient davantage de la tragédie et de la farce qu'aucune autre. Ses «héros» y jouissent tous d'une «noblesse» exceptionnelle dans le théâtre de l'absurde: ainsi, le roi Bérenger, précédé d'une musique inspirée de Lully, annoncé selon le protocole de l'étiquette («Sa Majesté, le Roi Bérenger Ier. Vive le Roi!»), doué d'une extraordinaire longévité («Tu as eu soixante ans, quatre-vingt-dix ans, cent vingt-cinq ans, deux cents ans, quatre cents ans»), évoque les fastes de la royauté française («L'État c'est moi», «Après moi le déluge»). Surhomme (on lui attribue toutes les inventions humaines), Prométhée impuni («Il a volé le feu aux dieux puis il a mis le feu aux poudres. Tout a failli sauter. Il a tout retenu dans ses mains, il a tout reficelé»), il l'emporte même sur Yahvé («Dès le premier jour de sa naissance, il avait créé le Soleil»). Pourtant, quand son sceptre ne lui sert plus que de canne dérisoire, son agonie devient celle d'un «petit bourgeois» égoïste et veule qui se débat misérablement, pièce d'échecs que deux reines antinomiques se disputent et qu'on met mat en une heure trente.

 

En effet, comme dans les tragédies, le temps, affidé du destin, est mesuré: l'histoire débute, selon Bérenger, «dès le lever du soleil» et s'achève dans une lumière grise qui «n'est plus le jour [ni] la nuit». Dans l'intervalle, de nombreuses interventions rappellent avec une précision sadique le compte à rebours fatal («Il nous reste trente-deux minutes trente secondes», «Il te reste un quart d'heure») et transforme Bérenger en mécanisme d'horlogerie («Il retarde»). Mais, contrairement à toute règle de bienséance, cet inexorable flux linéaire clame son rapport à la représentation: «Tu vas mourir à la fin du spectacle», assène Marguerite à son époux en un jeu baroque, qui inverse les rapports (c'est en fait le spectacle qui s'achève à la mort du personnage) et érige l'arbitraire de l'auteur en nécessité tragique.

 

Cette conscience de tenir un «rôle» dans un spectacle se double d'une représentation en abyme: la «cérémonie» de l'agonie, terme initialement prévu comme titre et employé par les personnages. Or l'auteur emprunte l'apparat et les annonces rituelles («Le Roi se meurt. [...] Le Roi est mort. [...] Vive le Roi!»), à la tradition royale pour mieux les subvertir. Sous couvert d'une initiation formelle, avec ses formules incantatoires - «Temps retourne, temps retourne; temps arrête-toi» - et son parcours rituel, c'est, encore une fois, de théâtre que nous parle Ionesco. Face à la mort, Bérenger se sent «un comédien qui ne connaît pas son rôle le soir de la première» et refuse de s'adresser au public, ses gesticulations tiennent de la comédie, sa rébellion figure dans un programme. Le monde qui meurt avec son souverain n'est qu'un décor que Marguerite suscite et renvoie au néant d'une même phrase («Ne crains pas ce vieux loup qui hurle... ses crocs sont en carton»), tandis que se disloque sous le regard du spectateur un lieu que les personnages nomment tantôt «salle du trône» tantôt «living-room» et qui se révèle être une scène.

 

Reste la littérature. D'un personnage qui, sous les pseudonymes d'Homère et de Shakespeare, a composé les plus belles oeuvres de l'humanité, Marguerite attendait «de belles phrases exemplaires» pour la «chronique» mais, à l'heure décisive, Bérenger, double dramatique d'Ionesco, se heurte à l'indicible: «Je meurs, vous entendez, je veux dire que je meurs, je n'arrive pas à le dire, je ne fais que de la littérature.» Or le théâtre de l'absurde fait fi du mythe de l'écrivain et du «monument» qui jadis conférait l'éternité; à l'impossible salut répond la banalisation: «Il sera une page dans un livre de dix mille pages que l'on mettra dans une bibliothèque qui aura un million de livres.»

Paradoxalement, c'est dans cette impuissance des mots à traduire la mort, et plus encore à la vaincre, que réside la force de cette pièce, souvent regardée comme le chef-d'oeuvre d'Ionesco.

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C’était ce matin

Nuage ogre s’empare du ciel

À l’encre de chine se teint le paysage

Le jour devient nuit noire

La foudre acharnée souffle sa colère

Éclats de lumière éblouissant le dôme

Vent fou aux quatre coins de la ville

Coulée de grêles sur les toits tremblants

Cascade de pluie sur ma fenêtre

Le chat et moi à l’abri du chaos

 

Nada le, 23/08/11

 

 

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Alvéoles - Le voyage de Judith (13 ... et fin)

Judith ne fut même pas surprise de retrouver Valérie à ses cotés, tant ses pensées étaient lentes. Elle était à la fois triste de partir, contente d'avoir de la compagnie, et soulagée que ce ne soit pas celle de Mimmo. Car s'il avait été là, tout aurait été bien plus difficile.

La jeune fille essayait de la secouer de toutes ses forces, mais c'était inutile. Judith s'était transformée en statue dure et insensible depuis longtemps. Elle qui avait encore réussi à sentir le pouls de Valérie sur ses lèvres il y a quelque temps – combien de temps était une question bien vague et très secondaire – ne ressentait aucune des secousses que lui infligeait la jeune fille.

La petite s'acharnait, lui parlait, criait probablement, mais les sons ricochaient sur les tympans de Judith, qui se les imaginait comme une impénétrable paroi métallique. Parfois elle voyait le visage tantôt rageur tantôt désespéré de Valérie passer devant le sien, mais elle ne pouvait rien lire sur ses lèvres déformées par la panique. Son acharnement lui faisait une impression très bizarre. Il était inutile et touchant. Allait-elle rester là pour l'éternité ? Après tout, c'était beau, ce ciel bleu clair comme dans le meilleur des jours, tout étoilé malgré cette lumière. N'était-ce pas ce que la jeune fille lui disait, d'ailleurs ? Étoiles ?

Non. Cela ne se limitait pas à cela. Elle ne disait pas que ça. Pas juste : étoiles, elle appelait son nom aussi. Sur ses lèvres, elle avait bien lu : Judith.

Tout au loin, elle avait aussi entendu son prénom, comme un écho aux mouvement des lèvres de Valérie, dont les larmes coulaient sur le visage, jusqu'à tomber sur le sien.

Et que Judith sentait, à vrai dire.

Elle sentait les larmes sur son visage, elle entendait Judith, elle entendait étoiles. Et quoi d'autre ? Judith pouvait-elle encore entendre d'autres mots ? Elle se concentra, essaya de capter au mieux les syllabes mimées qui passaient devant ses yeux immobiles.

Chez toi.

Les étoiles c'est chez toi. Voilà, le message était clair. Judith allait vers les étoiles. Non ?

Non. Il y avait d'autres mots. Chez moi. Les vraies étoiles. Quoi ? Les étoiles immobiles sont de vraies étoiles ? Pour la première fois depuis une éternité, Judith parvint à écouter.

— Ce sont les vraies étoiles du vrai ciel, Judith ! Je les vois !

Judith entendait tout, à nouveau.

Mon Dieu, le vrai monde est là, et je ne vois pas ?

Valérie avait-elle remarqué un changement ? Un peu de vie s'était-elle immiscée dans les yeux de la jeune mariée ? C'était bien possible, car maintenant elle ne montrait plus son visage, comme si elle savait que Judith pourrait à nouveau bouger sous peu. Au contraire, elle lui parlait encore plus vite et encore plus fort.

— Judith, toute cette boue noire, tu n'es pas tombée dedans, tu l'as absorbée, elle est en toi ! Tu comprends ? À l'intérieur ! Je l'ai vue ! Crache la boue, Judith, crache la boue pour revenir avec moi, j'ai accroché les vraies étoiles, je ne les lâche pas ! Papa et maman sont là près de moi, ils me tirent loin loin vers les étoiles, tu dois cracher tout et prendre ma main ! Crache, sinon tu continueras à peser des tonnes. Crache, s'il te plaît !

Je rêve ? Elle me tape sur le ventre ? Elle me donne des coups de poings ?

Judith fit des bonds de carpe mentaux : elle sentait les coups de Valérie sur ses abdominaux. Ab-do-mi-naux ! Quatre syllabes ! Judith sentit monter sa joie de retrouver les mots. Les mots ! Mes mots. Mimmo ! Je veux te voir !

Judith se souleva avec violence, à la surprise de Valérie, qui lui saisit immédiatement la main et la serra de toutes ses forces. Elle se retrouva à quatre pattes – enfin, trois – toujours aussi nue. Un spasme d'une violence inouïe secoua son corps tout entier, à tel point que Judith crut que le moindre de ses os allait se détacher de sa chair. La douleur qu'elle ne ressentait plus depuis une éternité faillit lui faire exploser le cœur et la tête. Son champ visuel se rétrécit dangereusement, puis se dilata d'un coup, avant de se résumer une fois encore à un petit point lumineux.

Valérie cria une ultime fois : crache, et cette fois fut la bonne. La noirceur boueuse qui avait tant effrayé la jeune femme lui sortit par tous les orifices, s'épanchant dans l'herbe immobile.

Puis une violente lumière vint tout effacer.

 

 

 

Ainsi s'achève le "Voyage de Judith", qui constitue l'une des multiples trames de mes "Alvéoles". J'espère avoir diverti celles et ceux qui ont suivi les divers personnages de ce drôle de rêve...

 

Que sont devenues Judith, Valerie et ses parents? Seul l'épilogue du roman peut vous éclairer. Je peux vous en dire deux choses.

 

D'une part, j'ai voulu que mon premier roman termine sur une note positive.

 

D'autre part, j'ai depuis tout petit une vilaine manie: je laisse toujours les portes ouvertes.

 

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LE THEATRE DU GRAND MIDI de BRUXELLES
vous propose son prochain spectacle  
SOUS LES ETOILES DE PROVENCE

à   PONTEVES   (Var)
sur la route départementale qui relie BARJOLS à SILLANS la CASCADE)


le 26 août à 2OH3O  ( Place St Marc ) 

"VINGT-QUATRE HEURES 
DE LA VIE D'UNE FEMME" 

de  Stefan ZWEIG 

"Jamais encore, je n'avais vu un visage dans lequel la passion du jeu jaillissait si bestiale dans sa nudité effrontée. J'étais fascinée par ce visage qui," "soudain, devint morne et éteint tandis que la boule se fixait sur un numéro  : cet homme venait de tout perdre  !"
" Il s'élança hors du Casino. Instinctivement, je le suivis…Commencèrent alors 24 heures qui allaient bouleverser mon destin  !"

avec Anne-Marie CAPPELIEZ

adaptation et mise en scène Bernard Damien
Régie Robin Cappeliez-Damien

 

 

RESERVATION VIVEMENT CONSEILLEE

O4 89 36 55 67

bernard_damien@hotmail.com



PRESSE NATIONALE et PUBLIC INTERNATIONAL UNANIMES !


" Anne-Marie Cappeliez se coule dans la nouvelle de l'écrivain viennois avec une élégance fin de siècle baignée de crépuscule , sobre et délicate. Un spectacle qui cartonne à Avignon " ( Le Soir- Michèle Friche)


" La prestation de l'actrice est remarquable de présence et d'authenticité. A travers ce monologue, elle nous donne à imaginer son trouble, son audace, sa passion avec un ton de voix et une émotion qui nous tiennent, tout du long, en haleine… " (La Marseillaise – D.Baychère)


" L'émotion , le pathétique , voire le tragique de Mrs C… se répandent dans la salle, du personnage au public , via la méditation d'un miroir , triptyque inquiétant… " ( Le Dauphiné Libéré – M.Delaballe)


 

VINGT-QUATRE HEURES DE LA VIE D'UNE FEMME…



 

" Le magnifique texte de Stefan Zweig se joue au  Théâtre du Grand Midi.


" Après la `Lettre d'une inconnue´, le Théâtre du Grand Midi a choisi, pour deuxième volet d'une trilogie consacrée à Stefan Zweig, les bouleversantes `Vingt-quatre heures de la vie d'une femme´, nouvelle ciselée, intelligente, profonde et féminine que nous brûlions de redécouvrir.


 




Vingt-cinq ans plus tôt, Mrs C..., une veuve distinguée âgée d'une quarantaine d'années choisit de se rendre au Casino de Monte-Carlo pour tuer l'ennui qui la taraude. Son mari lui avait appris à observer les mains. Et c'est là que commence la brillante description de l'auteur autrichien,


 

 texte d'orfèvrerie qu'Anne-Marie Cappeliez interprète avec un rythme, une diction presque parfaits.


 

 Puis soudain, deux mains, comme cette femme n'en avait jamais vu, captivent son regard. Leur jeune propriétaire perd tout, sort sans un sou et Mrs C... le suit pas à pas.


 

 

 Créé à Avignon l'été dernier, le spectacle de Bernard Damien y a reçu un accueil unanime. 


 

Dans sa robe bleutée années 20, Anne-Marie Cappeliez, la voix grave et posée, campe à merveille cette belle dame distinguée. Seuls les trémolos laissent percer la douleur ressentie.



Seule en scène, dans une chambre d'hôtel d'une petite pension chic au bord de la Riviera, une femme confie les 24 heures les plus essentielles de sa vie. Suit alors le récit d'une passion amoureuse d'une brève intensité suscitant, en revanche, une honte éternelle.


 

Une passion foudroyante , un de ces moments si rares où soudain bascule le destin d'une femme : dans l'atmosphère fébrile des salles de jeu de Monte Carlo, se noue une aventure intense et folle…

                                                                                                                                       ( La Libre Belgique)

*   *   *   *   *   *

interview recueillie par Roger SIMONS, in Cinemaniacs


Mrs C… : C'est là que commencèrent ces vingt-quatre heures qui furent plus émouvantes que tout le jeu du monde et qui bouleversèrent mon destin pour des années…On ne vit des heures pareilles qu'une seule fois dans sa vie…Avec quelle force de désespoir, avec quelle rage effrénée un homme abandonné , un homme perdu , peut aspirer une dernière fois la moindre goutte écarlate du sang de la vie…

 

Stefan Zweig a écrit cette nouvelle en 1926 -qui décrit les crises que traversent des êtres entièrement dominés par leur passion- , transposée au théâtre et mise en scène par Bernard Damien, directeur de ce lieu du Théâtre du Grand Midi ", acteur et metteur en scène. Bernard Damien est devenu un véritable spécialiste des adaptations de romans pour un(une) seul(e) comédien(ne).Et il le fait admirablement bien. C'est aussi un amoureux du verbe et du très beau texte. Cf  son adaptation et interprétation de "Candide " de Voltaire.

 

Anne-Marie Cappeliez s'est totalement incarnée dans le personnage troublant, quelque peu mystérieux , dur parfois , émouvant de Mrs C… Elle nous fait vivre intensément- et sur un ton de confidentialité- ce personnage durant un peu plus d'une heure de représentation. Seule en scène, habillée d'une robe aux tons chauds(choisie par Véronique Biefnot). Elle porte une belle perruque blanche (pour indiquer avec précision la soixantaine de Mrs C.alors que la comédienne est beaucoup, beaucoup plus jeune). Lorsque l'on entre dans la salle du théâtre, Mrs C…est en scène , ou disons plutôt dans le salon de son appartement , marchant lentement de long en large. Elle regarde les spectateurs , voire les accueille d'un sourire très fin. Une fois la salle éteinte, elle avance vers un grand miroir où elle se considère longuement. Elle se retourne enfin, attirée par la petite boîte à musique qui se trouve déposée sur une chaise , dont elle interrompt la musique . Puis, sans se départir de son étrange sourire , elle s'assied et murmure d'une voix douce, à peine audible :

 

Mrs C… : Je vous ai choisi…Je vous ai choisi, oui : vous. Je voudrais vous raconter un seul jour de ma vie : le reste me semble sans importance , et même ennuyeux pour tout autre que moi…Il n'y a que la première parole qui compte…Je me suis préparée à être tout à fait claire et véridique…J'espère que je réussirai…

 

Et elle y réussira remarquablement. La salle est plongée dans le plus grand silence, à l'écoute de cette femme , qui à la mort de son mari s'est retrouvée affreusement seule au monde. Pour remplir le vide insupportable de sa vie, elle a entrepris de beaucoup voyager. Un soir , elle est alors à peine âgée de 40 ans, son destin va la conduire au célèbre casino de Monte Carlo – nous sommes dans les années 30—où elle va rencontrer fortuitement un jeune homme attablé à la roulette , un joueur invétéré…

 

Mrs C… : J'entrai dans la salle de jeu , flânant, sans jouer du tout, d'une table à l'autre et regardant d'une façon spéciale les partenaires rassemblés là, pêle-mêle. Je dis " d'une façon spéciale ", car c'était celle que m'avait apprise mon défunt mari , un jour que , fatiguée de regarder, je me plaignais de la lassitude que je ressentais à dévisager d'un air badaud toujours les mêmes figures : ces vieilles femmes ratatinées, qui restent là assises pendant des heures avant de risquer un jeton, ces professionnels astucieux et ces " cocottes " du jeu de cartes,- toute cette société équivoque, venue des quatre coins de l'horizon et qui, comme vous le savez, est bien moins pittoresque qu'on en fait d'habitude dans les histoires misérables où on la représente comme la fleur de l'élégance et comme l'aristocratie de l'Europe…

 

Non seulement Mrs C… nous raconte ces moments de folie qu'elle a vécu avec cet homme déséquilibré, mais aussi, elle fait la critique de la société d'alors.

 

Bernard Damien ( adaptateur et metteur en scène) : Stefan Zweig aimait par l'intelligence. Il comprenait par le cœur. Et les deux mêlés faisaient que chez lui, comme chez la plupart de ses personnages , l'ardente curiosité psychologique avait tous les caractères de la " passion charnelle ".

 

Mrs C…. : la main trahit sans pudeur ce que ces gens ont de plus secret. Quand on est habitué comme moi, à observer cette sorte d'arène des mains, initiée que je fus, grâce à cette fantaisie de mon mari , cette brusque façon, sans cesse différente , dont des tempéraments , toujours nouveaux, se démasquent, est plus passionnante que le théâtre ou la musique. Il y a des milliers d'attitudes dans les mains, les unes bêtes sauvages aux doigts poilus et crochus qui agrippent l'argent à la façon d'une araignée , les autres nerveuses, tremblantes, aux ongles pâles , osant à peine le toucher , nobles et viles, brutales et timides, astucieuses et , pour ainsi dire , balbutiantes , mais chacune a sa manière d'être particulière , car chacune de ces paires de mains exprime une vie différente, à l'exception de celles des croupiers…

 

Stefan Zweig a écrit une espèce de traité, de rapport savoureux et sensuel sur les mains. Très intéressant et rarissime !

Le trait le plus frappant de sa personnalité d'artiste était la passion de connaître, ce démon de voir et de savoir et de vivre toutes les vies d'un pèlerin passionné…Il était celui pour qui la vie était la substance de l'art et l'art , le regard qui plonge au cœur de la vie. Il ne dépendait de rien, et rien ne lui était étranger : aucune forme de l'art, aucune forme de la vie.

 

Mrs C… : …à cet instant de pause entièrement muette , pleine de tension et dans laquelle le silence semble vibrer, qui se produit toujours lorsque la boule déjà prête à s'immobiliser n'oscille plus qu'entre deux numéros ,- j'entendis , dis-je, tout en face de moi un bruit singulier , un craquement , un claquement , comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi , je regardai étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là ( vraiment , j'en fus effrayée ! ) deux mains comme je n'en avais encore jamais vu , une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre , comme des animaux en train de se mordre, et qui se serraient et s'opposaient farouchement , d'une manière si âpre et si convulsive que les articulations des phalanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse…

 

Stefan Zweig est né à Vienne en 1881. Il s'est essayé dans les genres littéraires les plus divers : poésie, théâtre, traductions, biographies romancées et critiques littéraires. Mais ce sont ses " nouvelles " brèves qui l'ont rendu célèbre dans le monde entier : " La Confusion des sentiments ", " Amok " , " Le Joueur d'échecs " et " Vingt-quatre heures de la vie d'une femme … cette dernière sur laquelle Bernard Damien a totalement flashé. Profondément marqué par la montée et les victoires du nazisme , Stefan Zweig a émigré au Brésil. Il s'est suicidé en même temps que sa seconde femme à Pétropolis le 22 février 1942.

 

Le spectacle réalisé par Bernard Damien est intelligent , plein de nuances, de délicatesse , de respect de l'oeuvre de Zweig dont il n'a pas voulu changer le moindre mot du texte original, il l'a simplement écourté , certains chapitres lui paraissant ne pas coller dans cette forme de théâtralité. Il m'a dit que sa démarche était précisément anti-théâtre. Personnellement , je ne suis pas d'accord avec lui. Le public non plus du reste. Il suffit de voir la salle du théâtre remplie chaque soir, et souvent d'un public jeune et féminin, pour se rendre compte de sa réussite. Et celle de la comédienne , Anne Marie Cappeliez. A rappeler également que ce spectacle a triomphé au récent festival d'Avignon.

 

 


Je partage ces critiques établies par mes confrères. J'y adhère totalement. Bernard Damien a conçu des lumières tamisées , douces , pénétrantes et qui créent un climat de mystère et de douleur, et mettent en valeur cette " vieille dame…très digne " …


 

Combien peut être beau un récit, lorsqu'il est bien écrit et joué ! C'est un régal. Cela dit , Bernard Damien est l'auteur de plusieurs adaptations pour une voix dont " Lettre d'une inconnue "(programmée la saison dernière) , mais il a aussi adapté et réalisé plusieurs spectacles avec de nombreux comédiens : " L'écume des jours (B.Vian) , " Dom Juan " (Molière) , " La Mouette " ( Tchékov) , " La vie est un Songe " (Calderon), " Mort sur le Nil " ( A.Christie), etc…

 

Anne-Marie Cappeliez se produit régulièrement sur nos scènes en Communauté Française de Belgique , mais aussi en Suisse, France et Québec : " La Chevauchée sur le Lac de Constance " et " Outrage au Public " - P.Handke, "Crime et Châtiment " -Dostoïevski- , " Les Femmes Savantes - Molière- , Iphigénie -Racine-, "Le Cocu Magnifique " -Crommelinck- , " Une visite Inopportune " - Copi- " La Mouette " (Tchékov) , " " Danser à Lughnasa " ( Friel) , rôle pour lequel elle a été nominée dans la catégorie de " Meilleure comédienne de la saison 1999/2000.

 

En entrant au théâtre, ou en sortant , jetez un coup d'œil sur les affiches, textes et photos qui concernent les pièces présentées cette saison . En plus, le lieu est plein de charme , chaleureux et convivial. Une bien belle atmosphère y règne.

 

Ah ! Le théâtre quand il le veut… c'est formidable tout de même !


interview Roger SIMONS, in Cinemaniacs


(extraits du texte de Stefan Zweig, traduit de l'allemand, par Olivier Bournac et Alzir Hella, adapté pour la scène par Bernard Damien- avec aussi des propos recueillis dans le programme du théâtre)


 

Il est vrai que Stephan Zweig a toujours attiré les dramaturges grâce à la puissante évocation narrative que contiennent ses récits, mais aussi parce qu’ils sont sûrs d’y trouver des personnages terriblement bien définis. La nouvelle Vingt-quatre heures de la vie d’une femme en reste un des exemples les plus significatifs. Dans le spectacle mis en scène par Bernard Damien pour le festival off d’Avignon en 2002 et repris cette année, une seule comédienne porte le texte entier à bout de bras et de manière époustouflante. En une heure de spectacle, peut-on vraiment tenir une centaine de spectateurs en haleine avec un simple monologue ? C’est le défi qui repose sur les épaules d’Anne-Marie Cappeliez à travers la représentation de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, joué tous les jours au Funambule. Cette femme, vêtue à la mode autrichienne façon début de XXe siècle, attend paisiblement que le public s’installe, en déambulant le long de la profonde scène de cette salle, comme prise dans ses pensées, errant au son d’une petite boîte à musique égrénant une valse viennoise. Au moment où cessent les bruits de pas, elle se tourne vers le public et annonce, comme à un ami, avoir une histoire de sa vie à raconter, une histoire qu’elle s’est racontée à elle-même tous les jours durant vingt-quatre ans.

Pendant une heure, jusqu’à ce que son souffle s’épuise et qu’elle finisse par quelques mots de remerciement au spectateur-ami que nous sommes devenus, la comédienne raconte, dans tous les registres de voix, gestes et émotions, la journée qui a bouleversé l’existence de l’héroïne de Zweig. Seul, debout ou assise dans un salon cossu, elle parvient à faire revivre une salle de casino de la Côte d’Azur, à faire exister le visage exalté d’un jeune accro du jeu, et à évoquer les détails les plus sensuels de leur rencontre. Devant nos yeux, sans nul autre artifice théâtral que sa présence, cette vieille dame, âgée de soixante ans dans l’histoire, donne vie à la célèbre nouvelle et à toutes ses péripéties. Il est vrai que Anne-Marie Cappeliez qui est loin d’avoir soixante ans, ni même les quarante prêtés à la protagoniste dans le récit du passé, dispose d’un bel atout : une voix grave, bien posée, et puissante, qui fait d’elle une conteuse émérite. Cependant, il y a plus que cela dans son art de nous transporter.

L’énergie déployée afin de donner vie à ces personnages, le jeune homme, la femme mûre et les quelques importuns croisant leur chemin, envahit toute l’imagination du public. Certes, par moment, on recevrait bien volontiers les deux comédiens qui pourraient incarner ces deux âmes évoquées par la vieille dame. Mais c’est aussi parce que l’on visualise à la perfection toutes les scènes de la nouvelle. On ressort de la représentation bouleversé par un tel talent de conteuse, au moins autant que par le sort de cette femme découvrant sa capacité à se passionner.

 

 



LE THEATRE DU GRAND MIDI

 

s’annonce comme un théâtre de création orienté vers les grands textes véhiculant de grandes idées… en vue de titiller les bonnes consciences, de bousculer les idées préconçues,  de situer le citoyen au centre de sa vraie place dans une société décadente en le critiquant, en le heurtant, en le déstabilisant, 
en l’instruisant (quelle prétention !), en l’amusant (quel plaisir !).

 

Bref : un Théâtre libre d’esprit pour des esprits libres ?


*     *     *     *     *


en 2012, 


 Bernard DAMIEN

et sa Compagnie rendront hommage à


Stefan ZWEIG


à l'occasion du 70ème anniversaire de sa disparition en février 1942

au Siège de l'Entreprise:

LE THEATRE DU GRAND MIDI à BRUXELLES

7a Rue Goffart - 1050 B



 Vingt-quatre heures de la vie d'une Femme


Hommage à Stefan ZWEIG



avec Anne-Marie CAPPELIEZ


Régie : Robin Cappeliez-Damien



Quand les destins se mêlent, les générations se ressemblent et se superposent. Alors, les individus, esseulés et trop longtemps tenus au secret, se confient. ..
Réunis dans un hôtel de bord de mer, pris par le calme lumineux et l’indolence aisée de la Côte d’Azur, plusieurs personnages se croisent. Ils ne se connaissent pas et pourtant, certains vont s’aimer brusquement, d’autres vont avouer des folies dont ils n’ont jamais parlé. Une respectable Old Lady nous confie le coup de tête et de coeur qu’elle a connu avec un jeune joueur des années plus tôt. L'auteur fouille l’âme féminine, peignant avec précision la fulgurance amoureuse et les mystères d’une ardeur jamais éteinte...

 


Depuis 1942, les oeuvres de Stefan ZEIG n'ont pas cessé d'être éditées avec un succès toujours croissant .Les plus hautes autorités littéraires ont loué le talent et l'intégrité philosophique de ZWEIG. Citons, entre autres : son ami de toujours, Romain ROLLAND, en 1926, date à laquelle Zweig écrit VINGT-QUATRE HEURES DE LA VIE D'UNE FEMME »« .il importe que la France n'oublie point tout ce que Zweig a fait pour elle, pour son art : le parfait traducteur et critique, qui répandit, en Allemagne, les poèmes de Baudelaire, de Rimbaud, de Samain, Marceline Desbordes-Valmore, l'oeuvre entière de Verhaeren, qui lui doit son rayonnement dans toute l'Europe Central. Zweig est l'homme en qui s'est incarnée - aux jours les plus sombres de la tourmente européenne, quand tout semblait détruit - la foi inaltérable en la communauté intellectuelle de l'Europe, la grande Amitié de l'esprit qui ne connaît pas de frontières. Il est l'artiste né chez qui l'activité créatrice est indépendante de la guerre et de la paix et de toutes les conditions extérieurs - celui qui existe pour créer. Le poète au sens goethien. Celui pour qui la vie est la substance de l'art ; et l'art est le regard qui plonge au coeur de la vie. Il ne dépend de rien, et rien ne lui est étranger : aucune forme de l'art, aucune forme de la vie (.) Le trait le plus frappant de sa personnalité d'artiste est la passion de connaître, la curiosité sans relâche et jamais apaisée, ce démon de voir et de savoir et de vivre toutes les vies d'un pèlerin passionné. Il aime par l'intelligence. Il comprend par le cour. Et les deux mêlés ensemble font que chez lui, comme chez la plupart de ses personnages, l'ardente curiosité psychologique a tous les caractères de la « passion charnelle ».



*   *   *   *   

Le Joueur d'échec


 


hommage à Stefan ZWEIG


 

 

 

avec Raffaele GIULIANI et Marvin MARIANO


 

du 14 au 18 février  2012  à 20h30


 

Sur un paquebot s’opposent deux champions d' échecs que tout sépare : le champion en titre, d’une origine modeste mais tacticien redoutable, et un aristocrate qui n’a pu pratiquer que mentalement, isolé dans une geôle privée pendant la répression nazie.



*   *   *   *   *

 

 

Lettre d'une Inconnue


 

Hommage à Stefan ZWEIG


 

avec Nathalie STAS


 

du 20 au 24 mars 2012  à 20h30 


 

Cette émouvante et magnifique parole de femme sublime tour à tour les joies et les douleurs de notre Inconnue, la précipite avec volupté dans sa passion débordante, exaspère ses désirs les plus fous, trahit ses mystères les plus intimes,

 

Un des plus beaux et des plus subtils portraits de femme rarement évoqué dans la littérature mondiale avec autant de ferveur et de finesse.

 

Un spectacle qui invite le public à s'immiscer dans la troublante confidence crépusculaire dune femme passionnément amoureuse d'un homme qui, amant attentif mais frivole, ne l'a cependant jamais reconnue au fil de leurs folles étreintes espacées dans le temps.

Cette magnifique et émouvante parole de femme sublime

tour à tour les joies et les douleurs de notre INCONNUE.

 

Tous ces petits et grands aveux la précipite avec volupté dans sa passion débordante, exaspère ses désirs les plus fous, trahit ses mystères les plus intimes.

 

A bientôt sous les étoiles de Provence à Pontevès?...


info / réservation : 04 89 36 55 67

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Sur les chemins de Compostelle ...

 

19 juillet 2011

 

D'accord, il pleut, mais ... qu'est-ce que ça prouve ?

Les échoppes de Reims ont autant de chaleur qu'ailleurs.

Le Secours Populaire Français est déjà en action.

 

Mes sandalettes tiennent la barre.

 

Il n'est pas dit que je ne me poserai pas dans cette ville un jour de plus.

 

"J'ai dit que ça allait se calmer, j'ai pas dit que ça allait être mieux !", dit un gars, assis à côté de moi, avec son chien.

 

Le dépliant de la ville de Reims, que j'ai pu obtenir à la cathédrale, hier, est ... en néerlandais.

 

J'ai r'péré une wass'rette : Hugues, il serait temps !

J'ai r'péré, en me balladant dans la ville, hier, en fin de journée, un bistro sympa où je peux repasser vers dix-huit heures et ... chanter.

 

Des parapluies. Un volet, en face, qui s'ouvre à demi.

 

J'ai croisé des gars, ce matin, là où je logeais, qui étaient de passage à Reims depuis trois semaines et qui allaient réparer un orgue dans une basilique.

 

Tiens ! Un gars ouvre le coffre de sa voiture.

Tiens ! A ma gauche, un p'tit chien blanc qui r'ssemble, comme deux gouttes d'eau, à celui que j'ai croisé à Rocroi.

Tiens ! Sept soldats français tués en Afghanistan.

Tiens ! Comme c'est dur d'entrer dans une cathédrale, c'est haut, si haut. J'ai dur avec les touristes qui prennent des poses et des airs recueillis. J'ai dur avec la hauteur. J'ai dur avec la froideur. Même si le style architectural est remarquable. Mais c'est si froid. Je ne rencontre pas Dieu, tel que mon coeur le sent, c'est-à-dire dans la proximité, les bistrots sont des chapelles autrement plus vivantes. Je trait'rai, un de ces quatre matins, le sujet en chanson.

Tiens ! C'est la sécheresse en Somalie.

Tiens ! Thomas Voeckler aurait raflé le maillot jaune.

Tiens ! Ils ferment tôt, les bistrots, à Reims.

 

J'ai rêvé, la nuit dernière, d'un copain belge, qui avait retrouvé ses dents et qui me faisait peur.

 

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presque un hospice, l'endroit où j'ai logé la nuit dernière ...

 

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première rue, à ma connaissance, qui porte ce nom ...

 

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impressionnisme ? constructivisme ?

 

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les castars de la cathédrale sont toujours au poste ...

 

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les armoiries de la Belgique, à mon souvenir, sont aussi grandes

 

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c'est mardi ... on peut même apprendre à sculpter, l'après-midi

 

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ancienne publicité pas tout à fait gommée ?

 

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cerise sur le gâteau, le soir ... je suis même convié dans cette très très belle famille, prête pour une jam inoubliable

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Alvéoles - Le voyage de Judith (12)

Le voyage de Judith touche à sa fin. Abandonnée et immobile, elle se demande qui l'accompagnera au dernier moment.

Valérie, quant à elle, est revenue auprès de ses parents. Mais pour combien de temps ?

 

Daniel interrogea sa femme du regard.

— Dominique va négocier, dit-elle. Il a eu un contretemps. Je n'ai pas de détails, mais il espère encore pouvoir régler tout ça cette nuit.

— On appelle la police ?

— Je n'en sais rien. Il faudrait récupérer le cylindre dans la voiture de Dominique, ce serait déjà ça... Où est Valérie ?

— Je l'ai mise dans notre lit. Elle s'était endormie dans mes bras.

— Je vais la rejoindre. Nous devrions dormir.

— Je vais prendre un anti-douleur et je te rejoins.

Daniel se leva et tendit la main à sa femme pour l'aider à s'extirper du canapé. Elle était épuisée. Il se dirigea vers la cuisine, attrapa la boite de médicaments et se servit un verre d'eau. Son regard se perdit un instant dans les bulles que se formaient autour du cachet effervescent. Il n'avait rien perdu des échanges entre sa fille et sa femme lors de la séance d'hypnose. Lui non plus n'avait pas aimé les exclamations de Valérie lorsqu'elle était revenue à elle. Ce n'était pas comme un simple réveil en sursaut. C'était comme une chute.

Il sursauta à son tour lorsqu'il entendit :

— Daniel ! Je ne trouve pas Valérie !

 

(…)

 

 

Valérie entendait les voix de ses parents, affolées et lointaines. Elle était triste pour eux, triste de les inquiéter de la sorte, mais il fallait qu'elle se concentre. Elle n'avait pas beaucoup de temps devant elle.

Elle se coucha sur le matelas pneumatique. L'eau était fraîche sur son dos. Dans son rêve, il avait fait froid devant et chaud derrière, près de maman. Maintenant c'était le contraire, mais elle n'avait pas le loisir de faire la fine bouche.

La sensation de flottement, en revanche, l'aida beaucoup. Elle plongea ses yeux dans les étoiles qui commençaient à apparaître. Petit à petit, la jeune fille entendit les voix s'éloigner. Ses parents avaient raison : elle n'avait pas vraiment parcouru tout le chemin de retour depuis sa chambre-rêve. À sa grande satisfaction, lorsqu'elle ferma les yeux, elle s'y retrouva immédiatement.

 

(…)

 

Valérie n'entendait plus ses parents. Elle flottait avec Judith, attendant le moment où elle plongerait. Son rêve avait recommencé exactement au début, comme dans un film.

Lorsqu'elle avait parlé avec son papa, elle avait évoqué toute cette tristesse qui avait lesté Judith, à un tel point qu'elle avait fini par plonger dans la boue noire. Vaguement consciente que son corps était resté allongé dans le monde réel, Valérie se dit qu'elle devait ouvrir les yeux au bon moment, car lorsque la vague de tristesse viendrait et emmènerait Judith, elle devrait se cramponner à quelque chose pour ne pas subir le même sort.

Ou carrément me faire emporter à sa place.

Sa maman avait raison : c'était dangereux d'aller là-bas toute seule.

(…)

À la bastide, plus personne n'entendait le téléphone depuis un bout de temps. Daniel et Faustine avaient retourné la maison entière, jeté un œil prudent au chemin menant à l'imposante bâtisse.

Valérie restait introuvable.

 

(…)

 

Valérie était secouée, mais résistait tant bien que mal. Ses parents l'avaient trouvée, couchée sur le matelas pneumatique, au beau milieu de la piscine, et tentaient de ranimer son corps.

Mais elle n'avait pas le droit de s'en préoccuper. Ce qui se passait dans son rêve lui prenait toute son attention.

La vague de tristesse était venue, énorme, implacable, et Valérie s'était laissée balayer par elle, tout comme Judith. Elle ouvrit les yeux. Derrière les nuages qui s'étiraient comme des cirrus sous l'effet de la vague, les étoiles apparaissaient, parfois cachées par les visages translucides de ses parents. Elle aurait bien voulu leur crier de la laisser tranquille, mais ils n'auraient pas compris, et surtout, ce qu'elle redoutait le plus, l'auraient tirée vers eux.

Tournée vers le ciel, Valérie entendit Judith tomber très bas, loin dans son dos. La jeune fille n'avait pas envie de revoir cela, mais elle n'avait aucune alternative : si elle perdait Judith du regard, elle perdrait Judith tout court.

Tournant le dos aux étoiles – elle referma les yeux, ce qui affola ses parents – Valérie plongea au moment même où Judith embrassait l'énorme masse noire.

 

 

Nous voici presque au terme du voyage. Le dernier épisode apportera autant de réponse qu'il posera de questions.

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