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Faut t-il encore aimer?

Quand je traversais
La montagne
Je ne me croyais pas 
Penser à toi
Je te regardais sans
Ta couronne de règne,
Tu te cachais derrière
Un amas de bois
Qui t’as emmené là?
Dis-moi, dis-moi !
Est ce l’amour
Qui t’a conduit,
Qui t’a poussé
A transgresser la loi?
Je sais cet amour
Qui ruine le cœur
Qui cause tant de douleur
Qui nous laisse
Perdre du poids 
L’amour qui te fait
Pleurer amèrement 
T’envahit sous prétexte
De désarmement !
Toutes tes forces 
Te les fait perdre
Et ceux que tu penses
Allaient te défendre 
Te laissent crier
À mi voix !

Smail baydada

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Deux heures de train abdellatif Laâbi‏

En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l'enfance
une autre pour la prison
L'amour, les livres, l'errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu'une colombe
A notre arrivée
j'aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ

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Je t'attendrai!



Comme si la vie a deux ailles
L’une du mal et l’autre 
De la souffrance

Le temps perd 
Son équilibre 
Et trébuche dans les virgules 
De la peine
Et tu vois le monde bouillonne
Comme le chaudron

Je t’attendrai 
Sur le chemin d’espoir
Même avec 
Ce cri monotone
Qui serre les sentiments

Même avec ces tons
Qui se succèdent
Comme les saisons

Et entre les passages 
Qui mènent à l’inconnue
Je t’attendrai avec tous mes sens
Sur les allées de neige

Smail baydada

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À l'ère de la transcendance

 

Mes amis s’étant éloignés,

Je m’étais installée, seulette

Dans, la sérénité parfaite,

Jardin des souvenirs soignés.

Je n’aurais pu imaginer

De nouvelles et riches rencontres.

Me sentant lasse, j’étais contre

Tout ce qui n’est pas spontané.

Or me voilà dans un décor,

Paisible et tout près d’une rive,

Où des murmures à la dérive,

Apportent idées ou réconfort.

Des groupes de récents amis,

Sensibles et généreux, échangent.

Certains me paraissent des anges.

Les vilains ne sont pas admis.

À l’ère de la transcendance,

Mais aussi des calamités,

D’une affreuse réalité,

La douceur sème l'espérance.

 

 

 

 

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Le temps va avec l'ennui

Je serai une statue immortelle

Dans l’une des ruelles de ta vie

Moi qui brille comme la chandelle

Je m’éteins dans l’obscurité de l’ennui

 

Oh ! Les saisons d’amour

Rendez –moi le sourire

Que reste t-il d’un jour

Emporté par le zéphire

 

À quoi sert toute cette richesse ?

Et toute cette gloire qui m’appelle

Je crois dans un moment de paresse

Que j’allais faire envoler toutes mes ailes

 

Rien ne guérira mon coeur triste

Même si on achète le bonheur

Même si on invite tous les orchestres

Et on cueille toutes les fleurs

 

Oh ! Les saisons d’amour

Rendez –moi le sourire

Que reste t-il d’un jour

Emporté par le zéphire

 

Smail baydada

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Pour Adyne

vraiment magnifique et les aquarelles sont superbes, moi je débute (un peu de complexe) mais les vôtres sont merveilleuses - la chanson me plaît également

bonne chance pour la future exposition j'espère pouvoir aller à Spa mais il faudrait savoir où l'exposition sera ?

 

merci encore

Marcelle  

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Introduction à une Évocation Naturaliste

Hymne au Culte de Natura…

Dans le cadre d’Une Rencontre Poétique Vivante

 

Question d’Interprétation,

 de Visions Subjectives

d’une Œuvre littéraire


L’Interprète : un Animal doué de raison, 

Vibrant  passeur, de l’esprit du Créateur,

   loyal témoin de son souffle ?

voire Miroir fidèle de la Pensée de l’Auteur ?

 

 

                          "Le réel est une partie de l’art : le sentiment complète…

Si nous avons réellement été touché

la sincérité de notre émotion passera chez les autres",

 

clamait avec feu, un illustre inclassable [1], précurseur du mouvement impressionniste, qui allait
incessamment éclore, bousculant bien des traditions, des archétypes picturaux. Encore faudrait-il pour cela
ne pas tout livrer d’emblée, dans un accès de générosité impulsive, en adéquation de la philosophie de
Colette, qui affirmait :

                           "Le difficile, ce n'est pas de donner, c’est de ne pas tout donner[2]."

 

                            Aussi, lorsque herbier et bestiaire dans un élan spontané et fructueux s'épousent pour le

meilleur, avec à la clé, le clair objectif de nous livrer une palette polychrome étincelante de mille et un

joyaux, s'échappant d'une myriade de pages enluminées de la littérature, union d'une grande sagesse

certes, mais surtout " amoureuse", un tant soit peu promulguée selon nos desiderata subjectifs, avouons-le

sans fausse pudeur, puisque depuis notre plus tendre enfance, guidée à la fois par nos sens en alerte, à la

fois par des mentors bienveillants soucieux d'approfondir notre éveil, accompagnant sciemment ou non

notre quête initiatique tournée vers le monde merveilleux de la faune et de la flore, nous ne cessons de

rendre grâce à ces derniers, d'exister !

                           Oui, comment en outre, ne pas nous sentir infiniment redevables au tréfonds de notre âme

envers cette prodigue Natura, l’alliée inséparable de Gaïa, qui travaille à nous offrir une telle floraison

d'émotions, œuvrant continuellement au fil des saisons, afin que celles-ci soient, "belles et bonnes", c'est-

à-dire fécondes (ou à l'opposé, austères, en latence, quasiment infructueuses en fonction du calendrier

effeuillé), d'après notre opinion d'humains pragmatiques, avides de récoltes, regardant la Terre, notre mère

nourricière, à la façon d'une Corne d'abondance inépuisable, parmi laquelle il est "naturel de puiser"    

jusqu'à son "épuisement total", tandis que nous devrions considérer ce don généreux que Dame Nature

nous octroie, comme un privilège inestimable !

                          Au cœur de notre assemblée d’acteurs spectateurs solennellement invités à assister, de la

première loge d'un resplendissant théâtre de verdure en perpétuel mouvement, à d’infinies scénographies

de génie exaltant la double évolution de forces vulnérables, éphémères, fraternité complémentaire si ce

n’est duo complice indissociable, fondamental au rayonnement de l'écosystème, à la biodiversité

foisonnante de milliers de vies en germination, une interrogation majeure s'impose, s'emparant alors de

notre esprit en ébullition assorti d'un affect "frémissant"  :

                         Comment trouver le juste équilibre, l'harmonie souhaitée inhérente à l’adoption d’un ton

adéquat, soit, de contourner une aridité mesquine purement analytique, soit, d'éviter de tomber dans le

piège de l'outrance ?

                        Comment traduire notre fervente inclination naturaliste, transmettre notre message, en

usant de la tonalité appropriée, du bon dosage, dans le cadre d’une rencontre ou lecture animée collectant

un florilège de poésies destiné à être dit en public et voué à exalter les sonorités de notre patrimoine

littéraire florissant, d’une luxuriance absolue oserions-nous préciser, s’attachant, autant que faire se peut, à

en capturer les nuances, de la monodie traçant une ligne épurée, à la polyphonie recelant de voix

chatoyantes... ?

                        Ne pas s'abandonner plus que de raison à un lyrisme exacerbé grossissant le trait,

dénaturant le propos de l'auteur, ce qui reviendrait à le trahir, voilà pour l'interprète " passeur de mots et

de sens ", au service du créateur, une gageure à relever !

 

 

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Apollon et les neuf muses de Gustave Moreau , 1856

 

                       

                          Être fidèle, dans la mesure du possible, à un style d'écriture, ciselant le verbe en déployant

des moyens savamment soupesés, ni trop " économes ", " ni trop démonstratifs   ", tenter de retranscrire

l'atmosphère intrinsèque, l'intimité originelle d'une œuvre (dépouillée d’effets extérieurs ostentatoires

faciles, donc gratifiants), œuvre en étroite correspondance avec une époque de l'histoire des civilisations,

voilà une autre source de motivation élevée, car s'attacher à restituer la quintessence d'une pièce poétique

(vers et prose confondus), non sans l'avoir au préalable étudiée, est bien du devoir du "diseur conteur"

chargé de la faire vivre, qu'il s'adresse à un auditoire néophyte ou averti !

 

                        Quant à la sélection du programme par elle-même, confessons que c'est un choix tout à fait

cornélien et partial, mais mûrement réfléchi, puis assemblé judicieusement dans le but avoué que le fil

conducteur ne soit jamais rompu et que chaque texte puisse se répondre, s'éclairer et se magnifier

mutuellement.

                       

                         Or, à notre humble avis, il ne saurait être question d'éloquence forcée, préfabriquée et

superfétatoire en matière d'interprétation, et le temps de la déclamation pompeuse, ampoulée à la

manière des tragédiennes du siècle dernier ou du XIXème siècle finissant, est désormais révolu, n'est-ce

pas ?

                       Faut-il s'en réjouir pour autant, puisque, en lieu et place de cet ancien art de déclamer,

privilégiant l’emphase, concédons-le, il semble que nous sombrons malheureusement, dans l’effet inverse,

acceptant dès lors, qu’un ton général monocorde dégageant bien des platitudes vienne se substituer à

cette dite emphase, sous le fallacieux prétexte qu'il nous faut impérativement, à l'heure actuelle, paraître

"naturel" dans l'expression de nos inflexions, lorsque nous autres ambassadeurs, sommes appelés à porter la bonne parole (ou la "Bonne Chanson" [3]) de nos chers écrivains, grâce à la magie de leur lyre

ressuscitée, toujours vivante, nous faisant l'écho de leurs chants incantatoires profanes et sacrés .

 

                      Il nous appartient ainsi, de trouver un compromis entre le grandiloquent et la banalité, afin

de faire jaillir vocalement leur vérité, et forts de ce défi dont il nous faut être dignes, nous consacrer

pleinement à cette vocation initiale : conquérir une nouvelle audience, adeptes fraîchement sensibilisés ,

voire convertis, alors qu'ils étaient auparavant plus que réservés, sur la défensive, presque hostiles et

récalcitrants à se laisser bercer et pénétrer par le cortège séculaire des hymnes de Polymnie, à tort réputés

pour être hermétiques et lassants !

                     En tant que "fiers amants" de l’une des neuf compagnes d’Apollon, vénérant ô combien ceux

qui "taquinent" encore et "taquinèrent jadis, la muse", il est de notre ressort, à notre modeste échelon,

assurément, d'atténuer ces idées préconçues, à défaut d'être en mesure d'éradiquer cet inique quiproquo !!!

                    À travers les âges, les continents, nos chantres, un rien comparables à leurs frères maniant

non point la plume, mais le pinceau, ont, il est vrai, continûment transcendé le quotidien à l'aide d'un

vocable recherché, d'une écriture d'une stylistique plus précieuse que le mode de l'oralité emprunté,

certes, seulement, il convient de ne point nous méprendre, leurs préoccupations étaient d’une toute autre

veine, il nous semble : parvenir à dévoiler la profondeur de leurs sentiments et émois, se révélant parfois

un véritable abime de désolations nécessitant une libération thérapeutique par l’écriture, témoigner de

leurs propres expériences jonchant leur cheminement parsemé de dédales et labyrinthes.

 

 

12272760686?profile=originalOrphée et Eurydice de Jean-Baptiste Corot

 

                   

                     Patrimoine au langage multiple que nos civilisations n’ont que trop tendance à mépriser

(l’oubli n’est il pas synonyme de mépris ?), que nous devrions pourtant recevoir, non comme un dû mais

comme un bien incommensurable, qu’il nous faudrait apprivoiser au quotidien et inlassablement

reconquérir, doublement armé du vertueux dessein de passation, legs, qui, souhaitons-le, infusera à son

tour, les générations futures (ou du moins certaines âmes délicates prédisposées à en saisir certaines

nuances), allant ravies, de découvertes en découvertes, et de joies ineffables à de douces voluptés, lignées

éprises de raffinement, d’humanisme, proches en cela, de l’Homme sensible du siècle des Lumières,

conscientes, selon les fibres de leur tempérament propre, du "fardeau" créatif dont ces disciples d’Orphée

ont éprouvé le besoin vital de se délester, en s'inscrivant ainsi (à leur insu?) dans la pérennité et que

l'humanité reçoit en héritage pour son plus grand plaisir d'hédoniste !

 

                    C'est la raison pour laquelle il nous sied de nous positionner à contre-courant, de faire front à la morosité ambiante concernant ce subtile Art poétique  [4], estompant, à notre humble niveau,

l'indifférence très "tendance" à son sujet, envahissant notre société matérialiste, nous insurgeant, suivant

nos minces pouvoirs, en initiant une action concrète de diffusion, contre la profanation que nous lui

infligeons fréquemment (annonciatrice peut-être de précoces funérailles ?), en analogie de l'univers

botanique et animalier que nous malmenons allègrement en cette aube du XXI ème siècle, dénués du

moindre remords, d’une noble éthique !

                    Cependant, reprenant à notre compte un adage intemporel placé en exergue du sonnet

nervalien [5] et fruit de la doctrine de Pythagore, nous pouvons à l'unisson professer :

 

"Eh quoi ! Tout est sensible" !

 

                    Interpellation remontrance nous sermonnant sur notre fâcheuse manie à manifester légèreté et

insouciance, et qui nous remémore combien nous, les Hominiens sommes ingrats et pervers, pétris surtout

de suffisance en maltraitant à l’envi la fameuse Fontaine de Jouvence que représente notre Alma mater

terrestre :

 

Homme ! Libre-penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?    [... ]

Respecte dans la bête un esprit agissant ...

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;     [... ]

Tout est sensible ; - et tout sur ton être est puissant !

 

                   Perception romantique d'une Nature divinisée, exagérément encensée dites-vous ? Non pas,

simplement une " ode solaire", ardente, signée en hommage aux " êtres obscurs " cachant maints trésors,

purs "chefs-d’œuvre en péril " ponctuant notre verdoyant environnement !

                  Sensiblerie ? Que nenni ! Hyperesthésie ? Qu'importe, Si vous voulez même !

                  Néanmoins, quelle que soit la définition exacte, convenant à cette flamboyante conception

dénotant une sensibilité extrême " à fleur de peau ", il nous revient indubitablement la " mission " en tant

qu’interprètes doués de raison, militants, portés à faire retentir, sonner la voix splendide et spirituelle du

poète, de nous plonger au cœur même de la "substantifique moelle" de sa composition afin de la propager,

pour reprendre une locution du Docteur François Rabelais, nous adonnant par cette circonstance, au pur

objectif d’une transmission de la plus grande honnêteté possible, soit, en l’occurrence, de nous effacer

devant la puissance de convictions, les intentions à énoncer, ou plutôt à prononcer, émanant de leurs

géniteurs (sans pour autant les altérer en sombrant dans une neutralité d’une fadeur insipide…)

constamment habités du vœu de "servir leur pensée" et non de "nous en servir" (avec en filigrane, l’intérêt

opportuniste de nous valoriser) "savoir faire" immanent à tout bon "diseur" qui se respecte, chargé de

"faire savoir" à ses interlocuteurs les idéaux et langage d’un maître de la littérature. 

 

                   Engagement subtilement mesuré donc, participant à ce que nous conservions la foi originelle,

La chair nue de l’émotion  [6], nantis en toile de fond d’une approche de la perfection, vaste projet

utopique, embrassant ad vitam aeternam, la morale de Nicolas Boileau, qui préconisait de faire montre de

pugnacité, ciselant et reciselant encore, tel un orfèvre, le fruit  de son labeur :

 

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [...][6bis]


 

                   Quelle que soit l’époque, les mouvements ou écoles, ainsi que la stylistique auxquels se

rattachent tant de "cantiques orphiques", l’essentiel ne réside t’il pas de contribuer à les faire revivre, les

faisant entendre dans leur idiosyncrasie foncière, rendant perceptibles, presque palpables, même à l’ouïe

d’un candide en la matière (nul besoin en effet, d’être un fin lettré pour se laisser toucher par eux) la

"palette de tableaux" ou du moins leurs touches impressionnistes, s’élevant de la vision créatrice ?

                  De grâce, n’oublions jamais, selon l’expression perspicace d’un "savant jongleur de mots " [7] ,

jouant avec notre belle langue française, que :

 

                 "Le mot est un son qui devient sens" !

 

                   Or, si il y a bien un mérite à prononcer, à mettre en bouche, à l’aide de notre instrument vocal,

le verbe poétique par l’entremise de la diffusion publique revêtant la forme de lectures vivantes, relayées

d’ateliers pédagogiques d’initiation, ne doutons plus que cela soit celui qui participe à l’émergence voire

l’éclairage, sinon la réhabilitation d’un texte et de son auteur laissé pour compte, pire, négligé ou au

purgatoire, à travers sa signification intrinsèque fondatrice, intériorité d’une Chanson grise [8] libérant sa

magnificence, une once de mystère et une musicalité devenues enfin intelligibles :

 

De la musique avant toute chose […]

De la musique encore et toujours !

 

recommandait le père des "Romances sans parole" à une confrérie imaginaire…

 

                    Car comment se laisser bercer par le balancement des "Mystiques Barcarolles", comment

entrer "en Poésie" (un peu comme on entre dans les ordres), comment tenter de pénétrer cette

énigmatique "gente dame" sans que le creux et le faux dignes des poseurs de salons s’invitent au

rendez-vous ? Vaste question existentielle qui nous taraude et fermente dans l’esprit de nous autres,

"passeurs de vers et de proses".

 

                       "Et tout le reste est littérature" [9] !…

                        N’est ce pas ?

 

"Les Œuvres d’Art ont quelque chose d’infiniment solitaire,"

philosophait l’ancien secrétaire de Rodin, ajoutant ensuite ceci :

 

 "Seul l’amour peut les saisir, les tenir et peut-être équitable envers elles." [10]  

                     

                    Credo d’un sage, Rainer Maria Rilke, qui, ne s’égarant pas, par "des chemins perfides "

verlainiens, poursuivait son conseil à l’adresse de l’un des siens et que nous nous empressons de détourner

à notre endroit :

 

                   "Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s’accomplir en vous, dans l’obscurité, dans l’indicible, l’inconscient, là où l’intelligence proprement dite n’atteint pas, et laissez-les attendre, avec humilité et une patience profondes, l’heure d’accoucher d’une nouvelle clarté : cela seul s’appelle vivre l’expérience de l’art ; qu’il s’agisse de comprendre ou de créer.

                   Là, le temps ne peut servir de mesure, l’année ne compte pas, et dix ans ne sont  rien ; être artiste veut dire : ne pas calculer ni compter ; mûrir comme l’arbre qui ne hâte pas sa sève et qui, tranquille, se tient dans les tempêtes de printemps sans redouter qu’après elles, puisse ne pas venir l’été. Il vient de toute façon. Mais il vient seulement chez ceux qui patients sont là comme si l’éternité s’étendait devant eux, insoucieusement calme et ouverte.

                   Je l’apprends tous les jours, je l’apprends au prix de douleurs envers lesquelles j’ai de la gratitude : la patience est tout " [11] !

 

                    Vision prophétique corroborant celle de Paul Valéry [12], qui incitait son prochain à la

persévérance afin de prétendre atteindre une maturation salutaire fertile :

 

 

"Patience, patience,

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

[…]

Calme, calme, reste calme !

Connais le poids d’une palme

Portant sa profusion !  

[…]

Ces jours qui te semblent vides

Et perdus pour l’univers

Ont des racines avides

Qui travaillent les déserts.

 […]

 

Concluant à l’égard de sa dédicataire la morale suivante :

 

 

Tu n’as pas perdu ces heures

Si légère tu demeures

A près ces beaux abandons ;

Pareille à celui qui pense

Et dont l’âme se dépense

À s’accroître de ses dons" !

 

 

                         État d’âme, façon d’appréhender les choses et les êtres vivants peuplant leur

environnement (que d’aucuns se permettront de juger excessifs…) partagés par quelques rares

compagnons en communion de "sensations" de compassion et aussi de souffrance, déchirures pouvant

aller jusqu’à l’auto destruction, en similitude de ce témoignage confession confié par le compositeur de

Soupir  [13], à son intime, le Cygne d’Orthez, alias le Poète Rustique,  Francis Jammes  :

 

                         "Ah, mon ami, quelles atroces douleurs peuvent ressentir les âmes trop sensitives pour des choses dont bien des gens ne songeraient même pas à s’affliger."  [14]

 

                         Pourtant chaque abeille butineuse gonflée de suc doux ou amer fait son miel d’une

manière qui lui est propre, d’après une méthode comparable à nulle autre pareille, signant ici et là un

manifeste concernant son idéologie, son art de modeler la fructueuse vendange issue de ses méditations

profanes ou religieuses.

                        Pour notre part, il nous tenait à cœur de clore cet entretien au sujet de l’interprétation de

joyaux littéraires, en publiant la conception que la "Fée d’Auxerre", la bien nommée, "payse" de la

"Faunesse" de Saint Sauveur en Puisaye, Colette, se forgeait à propos de "La Poésie" [15]  avec un grand P,

en respectant son souci de révérence visionnaire.

                        Écoutons-la simplement nous énoncer son désir de nous guider vers le pur et l’indicible

nimbant cet univers :

 

                       "Il n’y a pas en Poésie de réalité positive. Il y a une vie profonde, une émotion intense transfiguratrice, qui dépendent fort peu de la circonstance extérieure qui les a provoquées.

                        À l’heure de grâce un rien ou presque suffit parfois à donner la secousse créatrice et à mettre en branle le génie intime qui aussitôt du rien s’empare et à l’infini l’amplifie.

                        Dante aperçoit Béatrice. Béatrice ? L’a-t-il longuement connue et courtisée ? Peut-être… Peut-être pas. Toute l’aventure du chant est dans l’âme du poète. Et si de surcroît, ce poète est un artiste, il arrive que de multiples impressions se fondent pour lui en une seule. Tel statutaire a tiré son dieu de plusieurs modèles.

                        C’est souvent léser gravement le charme d’un poème voire le réduire à néant, que de vouloir trop le situer, le dater, le délimiter de tous les côtés comme une pauvre pièce d’identité humaine.

                         La Poésie comme la religion exige le mystère. […]

                        Apprenez à lire les poètes. Ne les lisez pas en journalistes. Vous trouverez ailleurs qu’en eux assez de faits et gestes plus romanesques et plus curieux que les leurs.

                        Ils n’ont, eux, à vous offrir que leur âme.

                        Et la beauté sans nom ni lieu du verbe qui chante.

 

                                                                            Marie Noël.

 

 

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Muse de la Poésie ou Erato couronnée de verts lauriers (Laurus nobilis L.)

de Edward John Poynter -  1870

 

 

 

 

Texte de Valériane d’Alizée

Historienne –chercheur de la flore

Auteur- interprète du patrimoine littéraire naturaliste.

 

Tous droits de reproduction réservés.

 



[1]  : Allusion au peintre Camille Corot…

[2] : Citation reprise par Maurice Goudeket au sein de son témoignage : « Près de Colette », 1956

[3] : Allusion au recueil de Paul Verlaine, datant de 1871.

[4] : En référence à l'œuvre poétique de Verlaine portant ce titre, tirée du corpus : « Jadis et Naguère ».

[5] : A propos de Vers dorés de Gérard de Nerval in  « les Chimères ».

[6] : Expression empruntée au compositeur Claude Debussy.

[6bis] : Quatre derniers vers du Chant I (Il est certains esprits) issu du recueil « L’Art poétique » de Nicolas Boileau,

[7] : Allusion à l’auteur interprète, troubadour moderne de Toulouse : Claude Nougaro.

 8 : En référence à la pièce de Paul Verlaine  « Art Poétique » (recueil  « Jadis et Naguère ».)

 [9] : Emprunt à la formule de Paul Verlaine, dernier vers du poème  « Art Poétique »…

[10]: Citation issue des  « Lettres à un Jeune Poète », celle notamment datée du vingt trois Avril 1903.

[11]: Recommandation de Rainer Maria Rilke à un frais novice, F. X Kappus, qui sollicita son aîné afin de recueillir son avis critique sur ses propres ouvrages (même source). 

[12] : Extraits provenant du fameux poème de Paul Valéry intitulé  « Palmes » (recueil  « Charmes » de 1922).

  [13] : Évocation d’Henri Duparc ayant mis en musique ce texte de Sully Prudhomme devenu par la grâce du musicien une mélodie pour voix et piano. Personnalité artistique auto destructrice au demeurant, anéantissant fréquemment la moindre de ses productions.

[14] : Voir la correspondance échangée entre ces deux hommes qui nous révèle à quel point Henri Duparc fut traversé d’une hyper sensibilité néfaste tandis que le poète d’Orthez parvenait à sortir par intermittence du gouffre dans lequel les évènements de son existence le plongeaient, célébrant à nouveau le Triomphe de la vie…

[15] : Prose placée en avant –propos du recueil des  « Chants de la Merci » paru en 1930 et prise dans sa presque intégralité, hormis une phrase…

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Etre une femme (suite)

Étreinte cachée,

cœur dans vos mains, votre gorge,

le mien entrebâillé, puis dévêtu, nu ;

vie qui palpite, tout doucement,

à la vôtre se greffe, entière,

puis flamboie, mais pas trop vite,

séduction réciproque,

jeu de peaux,

balbutiements de nos lèvres décachetées,

cachotières dans le noir,

assoiffées, maladroites,

plaisir de s’offrir,

de se dire des mots blancs, étincelants !

Fruits sont nos bouches,

tâtonnantes, toutes rouges,

adolescentes encore,

riches de ce mot partagé, nourricier,

compositeur de nous.

Choc amoureux,

toujours.

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Descriptif de la Mise en Scène Végétale Historique

Ornant les pièces du domaine en hommage

à l’Hiver, Saison de l’Art Serein, 

et à Noël, Fête de la Lumière.

 

Célébration se plaçant sous les auspices

d’un trio de tonalités :

Blanc, Vert et Or

 

(hormis une exception se singularisant du panorama général,

la Cuisine et son âtre rougeoyant…)

 

De la blancheur immaculée au dégradé verdoyant

rehaussés de poudre d’or nimbant

ces Heures Solennelles de réjouissances,

Minuit chrétien rejaillissant sur un Minuit profane…

 

Cheminement des Appartements du Logis

 

 I)

            Les Intérieurs intimes de Léonard de Vinci :

Art Floral civil de style Belle-Époque :

 

Variations hivernales autour de verts branchages « éternisés », d’un noble calice, le lys candide,

et d’une belle exotique semblant on ne peut mieux conservée, mystérieusement préservée du temps

écoulé…Magnolia, qui, depuis le coucher de l’été, traverse l’échelonnement des semaines,

sans guère subir, ô prodige inouï, de dommages !

                            En ouverture du cheminement ornemental des visiteurs traitant à travers le biais de ce

fleurissement léger, de l’exil de la grande végétation, la Chambre et le Cabinet de travail du Maître, protégé

du Roi de France, François I er et  figure naturaliste épris de fleurs de simples, se plaisent à accueillir les

hôtes privilégiés séjournant au sein de sa dernière demeure terrestre, en leur offrant quelques raretés,

compositions calquées d’après nature, selon les dons avaricieux, pour lors, de celle-ci, hibernation oblige !

                           Lorsque des rameaux « immortels » ou presque…fiers de leur langage bénéfique, forment

un cadre d’élection  propitiatoire…à la réception de précieux fleurons échappant aux frimas…

 

Illustration poétique :

Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits

Si douce, toi la sœur pensive du silence,

Ô toi l’immaculée en manteau d’indolence

Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits.

Douce ! Tu les éteins et tu les atténues

Les tumultes épars, les contours, les rumeurs. […]

Georges Rodenbach.

 

 II)

 

 Oratoire de la Reine Anne de Bretagne

Art Floral sacré de style fin XIXème siècle :

 

 

                              Variations hivernales consacrant la gloire de Marie Fleur du ciel et de son fils, où

comment à l’heure où tout s’endort dans l’environnement naturel, à quelques exceptions près, l’avènement

du Divin – Enfant, baptisée de Lumière du Monde, également proclamée de Prince de la Paix, nous inspire

de pures et lumineuses « broderies » ouvragées, s’épanouissant au cœur d’un écrin de verdure et d’une

floraison d’essences botaniques riche de pieux symboles liés à la mystique chrétienne, conviant nos âmes

« d’humbles créatures » à se prosterner en dévotion et à se réjouir devant la solennité et la magnificence

de l’instant fécond…

                             Ici, l’austérité, le dénuement originel s’efface au profit d’une évocation d’un jardin clos paradisiaque.

                            

                             Tandis qu’une « litière » et une enceinte de ramures persistantes forment un rempart

protecteur pour le doux Jésus et la Sainte-famille, guirlandes, gerbes de pétales d’une blancheur

immaculée, louent à l’unisson, les vertus virginales de la Madone, cette Rosa mundi  [1] mère du Sauveur,

tels le Lilium candidum, dit aussi lys de l’Annonciation, grappes d’œillets, petites roses grappes et Rosa

alba en majesté, dévolus à entonner le cantique marial, de la très bonne et belle qui porta en ses flancs

bénis/Le Dieu qui précéda les siècles infinis !

                             Ambassadeurs botaniques, qui nous enjoignent à rallier leur cause…

 

Illustration poétique :

Ah ! De sa tige d’or quand cette fleur du ciel

Tomba pour embaumer les vallons d’Israël,

Que les vents étaient doux qui passaient dans les nues ! […]

 

Le parfum oublié de l’antique jardin,

Comme un cher souvenir et comme une promesse,

Des enfants de l’exil adoucit la tristesse,

Et de célestes voix, en chants harmonieux

Dirent ton nom, Marie, à l’univers joyeux.

Terre ! Oublie en un jour ton antique détresse !

Ô cieux ! Comme les mers, palpitez d‘allégresse ! […]

 

Le mystique Rosier va parfumer les airs !

L’étoile matinale illumine les mers !

Saluez, bénissez, créatures sans nombre,

Celle que le Très-Haut doit couvrir de son ombre. […]

Charles Leconte de Lisle.[2]

 

 

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Plan général de l'Ornementation florale d'Expression sacrée

Chapelle de la reine Anne de Bretagne

  

III)   

                      

  Grand Salon XVIII ème siècle

Art Floral profane de style Belle Époque :

 

 

                              Variations hivernales dédiées aux filles uniques de l’hiver, parrain de la fête, tendres

corolles d’ellébores (Helleborus niger) communément désignées roses de Noël escortées d’un bulbe fleuri

de la famille des Liliacées, Amaryllidacea, précisément, pouvant s’enorgueillir de détenir un joyau à

l’imposant port altier, répondant à l’appellation d’Amaryllis, illustre descendant de l’Amaryllis-belladona, à

la pâle carnation, introduite d’Afrique du Sud pour rejoindre le Château de la Malmaison, où plutôt les

collections botaniques inédites de Joséphine de Beauharnais, immortalisées en leur temps grâce à la

palette de Pierre Joseph Redouté, auteur de nombreux herbiers picturaux légués pour la postérité.

                             Roses de Noël et amaryllis qui assurément, n’excluent en rien l’apparition de leur

épineuse consœur, la Reine des fleurs attribuée à Vénus et donc emblème de beauté et d’amour, assortis de

la figuration constante de résineux et feuillages non-caducs lourds d’un manteau poudreux, cultivés ou

spontanés, comme l’ Hedera helix (lierre) réputé d’une fidélité exemplaire,si l’on en croit son blason : Je

meurs ou je m’attache…

                             Le tout ordonnancé en corbeille dite glaneuse  [3], vase à l’antique et maints contenants

déclinant à l’envie de mélancoliques effluves de rêves anciens telle la jardinière-bouquetière, pique-fleurs

blanc-bleu, reproduction d’une faïence de Rouen…

 

Illustration poétique :

 

La Neige qui s’amasse et tombe dans la neige,

Du ciel, à gros flocons, sur la terre descend,

Et, comme pour les pas d’un triomphal cortège,

Son glorieux tapis rayonne éblouissant.

D’autres regrettent, devant cette richesse,

Les pourpris que l’Aurore arrose de ses pleurs,

Le gazon aplani pour des pieds de duchesse,

Et le rose printemps des oiseaux et des fleurs ;

Et de ne plus revoir, au soleil d’or qui baise

Les grands coquelicots, orgueil mouvant des blés,

 

Les gammes de Rubens et de Paul Véronèse

Tourbillonner en chœur devant leurs yeux troublés.

Mais moi, j’aime à songer devant cette harmonie,

Et toutes, les blancheurs de rêves anciens

Mettent d’accord leurs voix pour une symphonie,

Et leur rythme plaintif me prend dans ses liens. […]

Théodore de Banville.[4]

 

 

 IV)

Grande Salle de Réception renaissance :

Art Floral profane de style Années Folles :

 

 

                             Variations hivernales ou Improvisations sous le feu d’une plante tropicale, hôte de

prestige, fascinante orchidée quintessence du raffinement et du lustre au XIXème siècle jusqu’à l’aube des

années 1930.

                            Une fois n’est pas coutume, puisqu’un vent de folie sévit et s’empare du Maître de céans

présidant au cérémonial des agapes du réveillon ; c’est la raison pour laquelle, succombant lui aussi, à la

fièvre de l’Orchidomania, ce dernier en orchidophile éclairé, séduit par l’exubérance des espèces plus

éclatantes les unes que les autres, a émis le souhait de voir moult de leurs « épis » aux inflorescences

nacrées, rivaliser entre-eux de luxuriance, afin de dispenser aux convives de la table d’apparat

envoûtements et sortilèges…

                            En digne héritière hybridée de sa lointaine aïeule appartenant au genre Phaleanopsis

amabilis conçue aux aurores du Romantisme [5](vers 1825), notre orchidée-papillon ou du moins sa

mutation, prodigue ainsi force amabilités aux prunelles de l’assemblée, et de toute sa superbe sans égale,

sonne le « la » de cette soirée de joie et de partage, gage de pacifisme !

                           Pour parfaire la magie aux parfums d’antan de cet entablement, une fratrie de branches

de conifères emperlées de gouttes de givre et flocons neigeux, poursuit ce message d’hospitalité et nous

distille son souffle d’une autre veine féerique, scénographie de Natures-mortes remémorant aux membres

de la parenté réunie combien il fait bon de se trouver à l’abri des fantaisies de l’hiver, alors que dehors,

bien des démunis en font les frais…et ne peuvent hélas, profiter du déploiement festif de  ce rituel, dont le

mythique sapin de Noël, représente le centre paroxystique incontournable, d’une telle célébration, que l’on

soit croyant, agnostique ou même athée, restant malgré tout conscient que devenues profanes pour

certains, ces réjouissances de la Noël dérivent sans conteste, du culte chrétien, en conformité de ce

remplaçant d’épicéa, substitut « moderne » de chroniques bibliques, attribut christique ô combien

« parlant ».

                          Près de notre Roi des forêts apprêté d’artifices [6] au diapason du manteau hivernal

habillant dame Nature, une Scène d’Enfant [7], ou village miniaturisé, est dressée comme pour mieux

inciter petits et grands à s'enquérir d'un autrefois révolu, partant ainsi, À la recherche d’un temps perdu…,

vers une Vie antérieure !

 

 

 

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Ornementation florale d'expression profane

Plan rapproché  de la table d'apparat ...

La Grande Salle de réception renaissance à l'heure de 1930

et de la vogue de belles exotiques...

 

 

Illustration poétique :

a)

 

  La Neige a rompu, ce matin,

Les murs de saturne et d’étain

Où s’enfermaient ses cataractes.

 

Elle défeuille lentement

Des roses froides, endormant

Tout sous sa fourrure compacte.

Les rouges-gorges affolés,

Désertant les buissons gelés,

Cherchent un toit qui les protège.

Silence et deuil, mort et blancheur !

La ville dort sous la fraîcheur

Assoupissante de la neige.

 

Il faut boire et, sur le foyer,

Poser, afin de s’égayer,

Les sarments d’où jaillit la flamme,

Attiser, loin de tout bruit vain,

Le feu vermeil et, dans le vin,

Réchauffer son corps et son âme.

Laurent Tailhade.[8]

 

 b)

 

 L’air est glacé, mais la nuit est sereine,

Les astres clairs nagent en un ciel pur ;

J’entends gémir les eaux de la fontaine ;

Le firmament étale son azur. […]

 

Nuit de Noël, derniers jours de l’année,

Oh ! Que de jeux, de paix et de plaisirs,

Vous rappelez à mon âme fanée !

Et tout a fui sous de nouveaux désirs !

 

Comme d’un rêve aussi doux que rapide,

Il me souvient de ce bonheur passé.

Bonheur d’enfance, imprévoyant, avide,

Que la raison a si vite effacé… […]

 

Jacques Imbert-Galloix.[9]

 

 

 

 

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Vue d'ensemble de l'Ornementation florale d'expression profane

La Grande Salle de réception renaissance à l'heure de 1930

et de la vogue de belles exotiques...

  

V)                

La Cuisine de Mathurine :

Art Floral profane de style début XXème siècle :

 

ou lorsque une Parenthèse Flamboyante vient se glisser

au milieu de la tonalité immaculée de ces Variations hivernales.

 

 

                           Nous voici parvenus au seuil de cette Mise en Scène Florale évocatrice d'histoire ; de Tout

un Monde lointain [10] aussi, pour clore ce parcours « costumé » d’une blancheur laiteuse, vierge de toute

flétrissure reflétée par la nature aimant à se couvrir d’une houppelande candide, et surtout afin de conjurer

l’infini du morne hiver, la nudité des bocages et l’absence de feuilles ainsi que la fausse impression de

désolation se dégageant des paysages agrestes en sommeil, l’antichambre de la grande salle de réception

vouée aux préparations culinaires festives incluant les délices sucrés réservés aux fins gastronomes et dont

le Maître-queue du logis conserve jalousement le secret de générations en générations, revêt, pour la

circonstance sa Robe de parade [11]  confectionnée sur mesure (comme les autres œuvres cousues mains

ponctuant les appartements du château…), robe resplendissante, chatoyant de pourpre et de rubis relevé

d’émeraude et d’un soupçon de poudre d’or, si ce n’est neigeuse…

 

                           Et puisqu’il nous semble que tout doit concourir à l’heureux accomplissement de ce Carpe

diem fugace entourant la veillée étoilée, chantant l’avènement du Divin-Enfant et celle des douze coups de

minuit du fameux gui l’an neuf, conduisant, la lèvre affriandée [12], au matin des traditionnelles étrennes

(coutume, hélas, plus guère usitée de nos jours…), de menus présents fraîchement élaborés attendent

d’être attribués à leurs destinataires méritants, telle cette savoureuse pyramide entremêlée de fruits

comestibles et ornementaux qui convoque, en irréductible séductrice nos sens en émoi, à nous partager

ses faveurs (du moins en songe…) dôme pyramidal rejoint de modestes douceurs d’autrefois non moins

exquises tels des bonbons habillés de papillotes dorées, de pommes d’or, fétiches et précieuses (oranges,

mandarines) en chemises d’argent ou de soie, et différentes confiseries de nos chères provinces françaises,

sans oublier la contribution légendaire d’accessoires « divinatoires » et prolifiques, noix, noisettes « lisant »

l’avenir, assortiments de fruits secs surnommés mendiants en raison de la notoire trêve de Noël scellant la

réconciliation des quatre ordres mendiants, aisément identifiables selon la couleur affichée de leur bure ;

les « oléagineux » amandes blanches et noisettes symbolisant de part et d’autre Carmes et Augustins,

raisins et figues déshydratés, figurant de leur côté, Dominicains et Franciscains…

 

                        Outre les pâtes d’amandes dégustées telles quelles ou en « farce » à l’intérieur de

pruneaux, dragées, pastilles et caramels prennent le relais, suivis de gâteaux de l’Avent comme celui

typique de Noël, pain d’épices décliné sous de multiples contours, cœur, Saint Nicolas, figurines d’Adam et

Ève croquant la pomme défendue, maison de la sorcière du conte Hansel et Gretel, etc…

                         Temps de l’Avent  indubitablement marqué par l’emblématique couronne munie de ses

quatre bougies [13] correspondant au nombre de dimanches nous séparant de la nuit du 24 Décembre,

bougies dont il est de bon ton de souffler la flamme à partir de la Saint André (30 Novembre), lors de

chaque repos dominical…

                        Mais que les adeptes de la botanique modelée en compositions de style se rassurent, ils

auront de quoi sacrifier à son culte ; rameaux d’aiguilles persistantes parsemés de sommités florales se

distingueront volontiers, parmi cette Corne d’abondance goûteuse…sur le plan visuel !

 

Illustration littéraire

 

En guise de témoignages d’us et coutumes chez les humbles  de ce Monde  :

 

                       Il y a quelques décennies encore de cela, que certains de nos augustes ainés, vivants

témoins de ce temps jadis, ont connu, l’orange représentait le cadeau de Noël suprême, si ce n'est rêvé et

l’un des plus recherchés. Il faut dire que les enfants de souche modeste n’avaient guère le choix, ne

connaissant qu'une pléiade infime d’objets plus sophistiqués, ne convoitant aucunement les jouets de luxe

garnissant le sapin de leurs camarades de la bourgeoisie ou de la haute société…Et le cœur pur, simples,

ils contemplaient cette magnifique offrande, inestimable sphère odorante fleurant bon les pays chauds, que

l'on se contentait de recevoir seule, ou plus rarement, accompagnée d'un livre pour les foyers plus fortunés :

 

                         Noël, dans mon enfance, c’était le jour où on me donnait une orange et c’était

un grand évènement. Sous la forme de cette pomme d’or, parfaite et brillante, je pensais tenir

dans mes mains le bonheur du monde.

                       Je regardais ma belle orange ; ma mère la tirait de son papier de soie ; tous les

deux, nous en admirions la grosseur, la rondeur, l’éclat ; je prenais dans le buffet un de ces

beaux verres à pied en cristal qu’on achetait alors dans les foires. Je le renversais, le mettais

à droite, au bout de la cheminée, et ma mère posait dessus la belle orange. Pendant des mois,

elle nous assurait par ses belles couleurs, que le bonheur et la beauté étaient de ce monde.

Quelquefois, je la palpais, je la tâtais. Il m’arrivait d’insinuer qu’elle serait bientôt mûre.

                     -Attends encore ! répondait ma mère, quand nous l’aurons mangée, qu’est ce qui

nous restera ?

                      Nous attendions. En avril, en mai, il fallait la jeter, parce qu’elle était gâtée. Je n’ai

pas de souvenir d’avoir jamais mangé l’orange de Noël…

 

Jean Guéhenno.[14]

 

 

                         Une deuxième souvenance, fruit d’une Faunesse native de Saint Sauveur en Puisaye, nous

relate sur un ton empreint de poésie et de mélancolie, à quel point le rite du jour de l’an, fête glacée, tant

attendue, annonciatrice de distribution des étrennes, était synonyme de gestes charitables dénués

d’affectation, respirant la joie authentique de faire plaisir à plus défavorisé dans ce bas-monde que soi…

 

                        Vides, elles l’étaient quasi, les poches et les mains de qui me venaient pourtant 

toutes grâces et toutes libéralités. Mais elles accomplissaient des miracles à leur portée.

                        L’aube du premier janvier, rouge au ras de la neige, n’était pas née que les cent 

livres de pain, cuites pour les pauvres, tiédissaient la cuisine carrelée de ma maison natale,

et  les cent décimes de bronze sonnaient dans une corbeille. Une livre de pain, une décime,

nos pauvres d’autrefois, modestes, s’en allaient contents et me saluaient par mon nom de

jeune fille.

                       Debout, juchée sur mes sabots et grave, je distribuais le pain taillé, le gros sou ; je

flairais sur mes mains l’apéritive odeur de la miche fraîche ; à la dérobée, je léchais sur le

ventre en bouclier d’un pain de douze livres, sa fleur de farine. Fidèlement, l’odeur de pain

accompagne, dans mon souvenir, le cri des coqs sous la barre rouge de l’aube, en plein hiver,

et la variation de baguettes, jouée par le tambour de ville devant le perron, pour mon père.

                      Qu’il est chaud à mon cœur, encore, ce souvenir d’une fête glacée, sans autre

cadeaux que quelques bonbons, des mandarines en chemises d’argent, un livre…La veille au

soir, un gâteau traditionnel, servi vers dix heures, saucé d’une brûlante sauce de rhum et

d’abricot, une tasse de thé chinois, pâle et embaumé, avait autorisé la veillée. Feu claquant et

dansant, volumes épars, soupirs de chiens endormis, rares paroles – où donc mon cœur et

celui des miens puisait-il sa joie ?

                       Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclat, ce bonheur à flamme sourde,

à nos enfants d’aujourd’hui [15] ?

 

Colette.

 

 

Conception artistique de Valériane d’Alizée

Chercheur – historienne de la Flore

Auteur-interprète du patrimoine naturaliste

 

Tous droits de reproduction réservés.



[1] : Expression latine désignant par une métaphore la Vierge Marie cette rose du monde…

[2]  Fragments de la poésie Ah ! De Sa Tige D’Or, extrait du recueil Derniers Poèmes.

 [3]  La glaneuse en vannerie provient du verbe glaner et nous retrace la charmante inclination de la Reine

Marie-Antoinette, pour le naturel, qui, au cours du siècle des Lumières aimait à se retirer du monde civilisé imposé, au sein de son domaine intime du Petit Trianon, jardin secret abritant des fleurs champêtres dans la mouvance des jardins anglais et de la pensée d’un promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau, fleurs sauvages ou du moins en ayant l’apparence, qu’elle prenait le soin d'admirer, et que la souveraine récoltait donc, à l’aide de ce panier-glaneuse…

[4]  Extrait du poème La Symphonie de la Neige, issu du recueil Les Stalactites.

 [5]   Phaleanopsis amabilis est la création, ou l’obtention en langage horticole, du directeur du jardin botanique de Leiden en Hollande,

Carl Blume . Cette orchidée parfumée nous provient de Malaisie, de Nouvelle-Guinée et d’Australie, où elle croît à l’état indigène, sur les arbres, dans les forêts humides à l’intérieur des terres, ou près des régions côtières

[6] 

 Notre Picea remplacé aujourd'hui par plusieurs sapins hybridés, véhicule à lui seul une histoire ô combien étoffée, et qui, une fois, paré

d’éléments décoratifs voit sa mission symbolique amplifiée par l’apport notamment de suspensions en forme de sphère nous évoquant la redoutable pomme tentatrice de l’Éden, Paradis originel accueillant notre mystique Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal…

[7]  Emprunt au titre d'un cycle pour piano du compositeur romantique, Robert Schumann.

[8]  Odelette Hiémale provenant du recueil Poèmes Élégiaques

 

[9]  La Nuit de Noël  recueil  Poésies.

[10]  Détournement d'une œuvre musicale  pour violoncelle et orchestre du compositeur Henri Dutilleux, portant ce titre.

[11]  Emprunt d'une formule poétique d'Albert Samain, Recueil Au Jardin de l' Infante.

[12]  Expression empruntée à Arthur Rimbaud dans son texte  Les Étrennes des Orphelins.

[13]  Le temps de l’Avent est inauguré par l’exposition symbolique de la couronne dite de l’Avent (à ne pas confondre avec sa rivale profane

de l’hospitalité fleurissant l’huis de nos demeures et de source anglo-saxonne, premier tiers du XXème siècle) nimbée de son quatuor lumineux et qui tend à perpétuer un rite ancestral provenant de l’Europe du Nord, inspiré de la fête de la Lumière célébrée le jour de la Sainte Lucie le 13 Décembre, et imprégnant depuis le XVIème siècle l’Allemagne orientale avant de transiter plus tardivement chez les luthériens et catholiques germaniques pour nous parvenir enfin aux environs de 1930. Quant à notre légendaire sapin de Noël, aux origines similaires,- venant des régions de Scandinavie pour s’implanter en territoires germaniques-il faudra patienter afin de contempler sa figure charismatique au centre de nos foyers, puisque c’est seulement vers 1837 au cours du règne du Roi Louis-Philippe qu’il fit son entrée magistrale , sous l’initiative d’Hélène  de Mecklembourg, belle-fille du souverain, en souvenir des usages de son enfance…Mais rien qu’à lui tout seul, le roi des forêts mériterait bien des pages contant ses chroniques historiques !

 [14]  Prose tirée du roman Changer la vie aux éditions Fayard.

[15]  Fragment en prose extrait du Voyage égoïste.

 

 

 

 



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"Le commencement, la fin d'un amour, deux instants pour ainsi dire, immortels, restent à jamais dans la mémoire""Combien, longtemps après avoir été frappé à mort, tente de revivre , demande  encore à vivre. l'amour? La ténacité qu'il y met, l'âme ne voulant plus de ce que veut  encore le corps -elle- même, la pauvre âme, se leurrant aussi -, est bien , de toutes les aventures qui nous arrivent, l'une des plus terrifiantes et incompréhensibles.

 

Gabrielle Roy- La détresse et l'enchantement

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Mise en scène Florale Historique

Placée sous le sceau

De l’Hiver, Saison de l’Art Serein [1]

Et d’un trio de tonalités :

Blanc, Vert et Or.

 

Ier Volet

 

 

Blancheur immaculée évoquant les paysages hivernaux enneigés,

 Dégradé verdoyant revêtant la forme de lourds rameaux

de Persistants, symboles de vie et de pérennité,

Le tout constellé de poudre d’or, dédiée à nous remémorer

la féérie et la luxuriance de l’évènement…

 

Cheminement des Appartements du Logis rehaussé

de vivants tableaux dits Natures-Mortes destinés à honorer

tant un Minuit Chrétien qu’un Minuit Profane,

Heures Solennelles et intimes génératrices d’allégresse...

 

Parures végétales ou en trompe-l’œil inspirées

des traditions ancestrales de notre civilisation occidentale,

reposant sur un lustre d’antan, situé,

aux confins du XIXème siècle jusqu’à l’aube des Années Folles (1930).

 

Avant – Propos préparatoire

au Parcours festif :

 

 Sous le pâle et rugueux brouillard d’un ciel d’hiver

Le froid gerce le sol des plaines assoupies.

Émile Verhaeren.

 

 

 

                              Tandis que depuis la nuit des temps, dame Nature convoque de manière immuable

faune et flore à un doux endormissement telles des Belles au bois dormant appelées à jouer aux fières

engourdies feignant une paresse de circonstance, afin de se protéger des rigueurs obligées dispensées par

un émissaire du calendrier effeuillant ses pages, nous nous apprêtons, en plein cœur des jours aux heures

déclinantes, là où Le ciel pleure ses larmes blanches sur les jours roses trépassés  [1bis],Heures claires, se

raréfiant davantage au fur et à mesure que nous progressons vers le solstice d’hiver (du moins concernant

nos contrées de l’hémisphère nord) à révérer tout relief emblématique de clarté, comme nous le

recommande l’incarnation de la lumière, Sainte Lucie [2], l’une des héroïnes de ces réjouissances, dont

l’étymologie du prénom a quelque lien avec le nom de ce domaine, attributs voués à compenser, sinon à

nous soustraire de l’obscurité  [3] imposée au gré des desiderata de Messire December, revêtant pour lors,

son manteau de vent, de froidure et de pluye…[4]

                             Houppelande givrée guère plaisante, il est vrai, à nos yeux d’hédonistes égotistes, plus

enclins à chanter les attraits forts seyants du seigneur Primavera et de sa livrée de verdure, gages de futures

savoureuse Cornes d’abondance, tant étéales qu’automnales, qu’à louer le dépouillement austère des

atours plutôt frustres, dignes d’un ermite, de cet Yver qui n’est qu’un villain puisque constamment escorté

de sa suite de courtisans favoris, constituée de nege, vent, puye et grezil, phénomènes épisodiques parfois

violents, comblant plus que modérément, osons l’avouer, nos sens d’Européens goûtant les mérites d’une

atmosphère tempérée !

                            Néanmoins, n’en déplaise aux partisans de Monseigneur l’astre solaire, frileux exilés de

l’été répugnant aux frimas, à l’instar de notre éminent chantre médiéval de la dynastie des Orléans [5]

appartenant au noble escadron des voix lyriques du temps jadis, au service du culte de Polymnie [6]et, qui

nous livre ici ses impressions de sensitif, sensible au rayonnement fertile printanier, auquel il sacrifia

auprès de ses frères humains, en adoptant ses coutumes…de Coeur d’Amour espris [7] s’adonnant au rituel

galant du Mai…, chaque période de notre environnement naturel demeure étroitement liée, solidaires les

unes des autres, à tel point, que si un membre de ce quatuor d’inséparables venait à manquer à son rôle

prépondérant, l’équilibre biologique serait aussitôt rompu.

 

                            C’est la raison pour laquelle, impuissants à endiguer pareille calamité, ne doutons pas

que l’on verrait, dans les plus brefs délais, fondre comme neige au soleil nombre de trésors de notre

écosystème présidé par la divine Gaia, mère nourricière fondamentale, veillant dès leur enfantement, sur

la multitude de créatures vivantes évoluant au centre du cosmos, de notre planète terre, et dont l’ample

biodiversité devrait engendrer émotions et évènements continuels, sans parler d’incessants

questionnements de notre part, qu’elles fassent partie de l’espèce animale, végétale ou humaine.

                            Et ce n’est pas non plus une raison de mésestimer, voire de dénigrer cet épisode de

léthargie salutaire, promesse de réveils prochains, d’éclosions foisonnantes de vies, en vertu du simple

motif, que la tonalité des attraits de ce dernier est aux antipodes des teintes chatoyantes, fort flatteuses,

inhérentes aux fructueuses germinations consacrant ensuite l’empire de Flore et Pomone, récoltes

déversant leur provende de moissons, vendanges et autres cueillettes médicinales prolifiques,

indispensables au patrimoine de l’humanité perpétuellement en quête de sources bienfaitrices, et qui,

globalement prédisposée à se conduire en ingrate égocentrique irrespectueuse, puise en elles, hélas,

aveuglément, sans se préoccuper qu’elles puissent à l’avenir se tarir et priver de ce fait, ses descendants !

                            N’oublions jamais que se fier aux seules apparences représente un leurre d’une légèreté

inouïe, si ce n’est d’une extrême dangerosité par la méconnaissance qui en découle, en corrélation de cet

adage proverbial qui nous certifie que tout ce qui brille n’est pas or…, et si, impérieuse, la souveraine

Natura exige à la fois de la végétation, à la fois du bestiaire qu’ils cèdent à ses instances en se retirant du

monde actif durant les semaines nécessaires à leur « reviviscence », se ressourçant respectivement grâce à

leur sommeil hibernal dans la perspective d’une résurrection tant attendue, en analogie du Phénix

renaissant de ses cendres, et que les passionnés de naturalisme épient avec gourmandise, n’est-ce pas, (en

dehors de leur vocation à poursuivre leur destin primitif, croître et se multiplier), pour faire montre d’un

vertueux dessein : tenter de nous surprendre encore et toujours, au-delà du ravissement sensuel procuré,

au cours de ces rendez-vous inaugurant l’effloraison de la botanique, rencontres jubilatoires enluminant ce

cycle éternel des quatre saisons, auquel il ne faudrait point s’habituer, nous souvenant que :

 Rien n’est jamais acquis à l’homme

Ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur ? ...[8]

 

 et que :                     

l’Indifférence est une paralysie de l’âme,

Une mort prématurée [9].

 

                              Indifférence ou insensibilité majeure fort dommageable et révoltante à l’endroit de cette

Alma mater déroulant sa maturation en similitude des quatre âges de notre propre destinée, comme l’a si

bien saisi un orfèvre ciselant les vers de ce Lied  [10] quintessence du Romantisme français :

Au mois d’avril, la terre est rose

Comme la jeunesse et l’amour ;

Pucelle encore, à peine elle ose

Payer le Printemps de retour.

 

Au mois de juin, déjà plus pâle

Et le cœur de désir troublé,

Avec l’été tout brun de hâle

Elle se couche dans le blé.

 

Au mois d’août, bacchante enivrée,

Elle offre à l’Automne son sein,

Et roulant sur la peau tigrée,

Fait jaillir le sang du raisin.

En décembre, petite vieille,

Par les frimas poudrée à blanc,

Dans ses rêves elle réveille

L’hiver auprès d’elle ronflant.

 

 

 

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Paysage d'Hiver sur fond de sapinière de  Caspar David Friedrich.

 

                               Ainsi, nimbant leur infini labeur ténébreux d’un voile de pudeur à la façon d’une chaste

épousée de l’ère romantique, maintes ramures à feuilles caduques, maints joyaux vivaces fugaces,

s’éclipsent momentanément, s’inclinant devant la sentence implacable prononcée, nous laissant en

l’occurrence, orphelin de leur présence charismatique, alliant beauté, senteur et saveur…irremplaçables,

hormis une palette restreinte de plantes entrant en résistance contre un tel diktat, qui, invariablement, du

haut de ce pouvoir absolu, ordonne de perdre pourpoint chlorophyllien et robe diaprée !...Mais,

Patience, patience

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

                                Donc, Calme, calme, reste calme ! ami ; écoute, je te prie, la tendre supplique de

l’auteur de Narcisse parle [11]qui te convie, toi et les tiens, à connaître le poids d’une palme portant sa

profusion ; crois en sa sage expérience, tout vient à point nommé en faveur de l’heureux élu philosophe

qui sait attendre ; aujourd’hui, certes, tu te lamentes, mais c’est pour mieux te préparer à vibrer une fois de

plus, demain, en contemplant les merveilles effectuant leur apparition par ordre d’entrée de jeu, réglé

avec maestria, suivant les dispositions mystérieuses et volontaires de ce metteur en scène, régisseur du

verdoiement. Or, il est indéniable que :

 

Ces jours qui te semblent vides

Et perdus pour l’univers

Ont des racines avides

Qui travaillent les déserts [12]

 

et ceci, assurément, en sourdine, dégagé du moindre signe ostentatoire, dans l’ombre, au contraire, d’une enveloppe charnelle, et les profondeurs souterraines de l’invisible…

 

                           Et puisqu’il nous est donné de nous exprimer par l’intermédiaire de cette célébration de

Noël [13] dont l’Avent [14]marque le point crucial des étapes chrétiennes conduisant à l’Épiphanie, scène

conclusive de l’Adoration, mettant un terme à ce périple rendant hommage à la Nativité de la Lumière du

Monde [15], suivant une appellation de Saint Jean, qu’il nous soit permis de saluer comme il se doit, et ce

pour la énième fois, cette pause hivernale salvatrice, autant à l’égard de l’humble commun des mortels,

qu’à l’adresse de moult familles hétérogènes peuplant notre globe, pause propice à la méditation, à la

ferveur et au partage, préparant dans une saine émulation, cette veillée étoilée.

 

                         Nuit magique aux parfums nostalgiques et reflets d’antan, qui repose sur un paysage en

état de latence, au lent tempo, solennel adagio de l’hiver, annoncé par l’andante mélancolique et gracieux

de l’automne [16], cadre quasi dénudé jusqu’à l’instant opportun où il reverdira, refleurira petit à petit, en

complicité ou en rivalité, habits de feuillus donc, manquant à l’appel, exceptés ceux, naturellement, du

genre sempervirens, florilège de feuillages conservant sa toison irriguée de sève et pigmentée d’émeraude,

de jade, de céladon, de pers…incluant des nuances argentées, sans omettre un bataillon « d’originales »,

essences florales défiant la norme et surtout les intempéries, afin de s’illustrer, les rebelles, par cette

généreuse offrande, et par cette intercession, éveillant en nous la jouissance que suscite leur esthétisme

imprégné de messages sous- jacents, d’une grande complexité.

 

                       Comment, dites-moi, pourrions-nous œuvrer, en ces festivités de Noël façonnées d’usages

religieux infusant les mœurs profanes, précédant un cérémonial civil lui aussi détenteur d’historicité, celui

de l’avènement d’un nouvel an baptisé d’après une locution colettienne, de Fête glacée  [17] synonyme de

l’ancien rite des Étrennes, tombé en désuétude de nos jours, oui, comment ferions-nous si nous devions

soudainement renoncer à nos chères ramées au langage fécond, ambassadrices de vie, de pérennité

chargées d’une double mission riche de sens : assurer notre « protection spirituelle », tout en éloignant les

mânes de nos défunts venus nous visiter, secondés par les âmes des démons en errance [18]?

                       Tribu de résineux ou conifères arborant crânement, en continu, de piquantes aiguilles, (du

1er Janvier au 31 Décembre) composée de cyprès, ifs, pins, sapins blancs ou vrais, sapins rouges, mélèzes,

thuyas, séquoias, etc. ...qui vient renforcer la prégnance de notre légendaire Roi des forêts en bonnet

pointu 19 bis, ce fameux épicéa d’autrefois, emblème de nos sapins actuels, ornements fétiches des

maisons qui, dépourvues de son altière silhouette véhiculant une symbolique prééminente ne

proposeraient au regard qu’une bien piètre possibilité de liesse. Il est d’ailleurs notable que notre beau

sapin populaire, n’en est pas moins l’héritier de coutumes chrétiennes dont les Mystères du Moyen-âge [19]

se feront l’écho, se substituant de par ses qualités de vigueur, alors que tout, dans la nature, semble figé,

comme en costume de « demi-deuil », à l’Arbre du Paradis du péché originel d’Adam et Ève, intitulé en

conséquence, Arbre de la Connaissance, Arbre du Bien et du Mal…Figure christique par excellence, d’autre

part, il nous traduit, ce Picea, l’arbre généalogique du Sauveur, cette fleur des fleurs métaphorique de

l’Arbre de Jessé.

                          Et les foyers de mécréants les plus farouchement réfractaires, hostiles aux récits bibliques,

à de telles croyances, se doutent-ils seulement en l’accueillant chez eux à quelles annales ils font

référence ?

                         Au début du XXème siècle, un chercheur [20] exalte la signification octroyée à ce géant

sylvestre ; écoutons son témoignage d’homme pieux  :  Partout l’arbre est regardé comme un symbole de

vie, d’abondance et de prospérité […] Tout éclatant de lumières, tout chargé de jouets et de friandises, cet

arbre merveilleux est pour les cœurs innocents le symbole de celui qui est la Lumière du monde et la source

de tout don céleste…

 

 

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Scène de l'Adoration des Mages

de Jean Bourdichon (1457ou1459-1521)

 

 

                          Cependant, en concomitance de ces cimes qui s’élèvent vers des sphères que nous ne

pourrions prétendre atteindre, le terreau, même amoindri de rayons fertilisants, n’est pas complètement

démuni, ni encore moins stérile : quelques « tentatrices », ô combien appréciées, restent disposes, en dépit

de l’inclémence saisonnière, et se soumettent à notre loi d’épicuriens avides de profiter d’elles, sobre

pléiade de rameaux de buis, d’olivier, de palme, branches de laurier noble, de houx, de gui, guirlandes et

touffes de lierre (réputées, impérissables, tant elles s’évertuent à s’attacher au support sur lequel elles ont

jeté leur dévolu et qui les nourrit) étoffant de fragiles corolles qui osent braver la froidure pour perdurer à

exister, semblablement aux calices indigènes ou de culture répondant au nom d’amaryllis, camélia,

orchidée, mimosa, bruyère, pensée, ellébore ou rose de Noël, soignés par des mains expertes de jardinier

amateur ou d’horticulteur chevronné, aux côtés de leurs « sœurs » de serres chaudes devenues des

« classiques » de la floriculture tout au long de l’année, telles que roses, lys, œillets, mini arums,

orchidées…

                          Pensez-vous qu’il soit impossible que certains jardins clos privilégiés, bénéficiant d’une

exposition et d’un microclimat exceptionnels, ne puissent se parer d’inflorescences précoces ? C’est

toutefois la charmante surprise que nous ont réservé des parterres protégés…d’une falaise de tuffeaux

faisant écran aux bourrasques d’Éole [21] et divers méfaits climatiques ; en effet, quel ne fut pas notre

étonnement de voir s’épanouir des bouillées de violettes blanches, de surcroit odoriférantes, à l’heure où

Saint Nicolas distribue ses présents, Viola alba odorata renommée sous la Renaissance pour éclore en Mars,

si l’on en croit un poème d'un certain prieur de Saint-Cosme en l’Isle.[22]

                           Et si intrépides, les températures en déclin ne vous rebutant guère, vous allez porter vos

pas vers des sentiers bucoliques, au seuil de Février, vous risquez au détour d’un bois, d’une prairie, de

faire la découverte de « galantes » clochettes d’une blancheur immaculée, qui de leurs frêles tiges, fendent

la couche de terre, les ensevelissant jusque là, « perce-neige » révélateur d’une aube nouvelle, nous

incitant à guetter le lever de rideau d’un spectacle agreste, investissant de façon imminente la scène de

nos théâtres de verdure à l’architecture spontanée ou savamment élaborée selon l’inclination de mains

vertes spécialisées.

                          En attendant, fébriles, d’être éblouis par la représentation de gala du « Renouveau » et de

boire jusqu’à la lie cet air juvénile qu’exhalent la remontée des sèves universelles et le bourgeonnement

de vertes frondaisons, en attendant troublés, de palpiter à l’unisson de mille et un semis de fleurettes à la

douce haleine émaillant prés et taillis, haies et clairières, plaines et vallons…en attendant d’être invités à

assister, de notre loge particulière, à la ronde enchantée et enchanteresse de timides et grêles pétales en

« convalescence », panachant nos enclos privatifs, parcs et jardins botaniques publics de nos cités, bref, de

frissonner et d’être, incontinents, saisis de vertiges devant ce flot ou plutôt cette débauche de semences en

germination, qui, telles de somptueuses bacchantes, éclatent enfin de vie, de splendeur, au grand jour,

dans une symphonie florale idyllique inégalée, rêvons à la blonde Cérès, au rougeoyant Bacchus, qui ont

chacun leurs rangs tenus [23] dans un passé récent, nous régalant de leur magnificence et qui gageons-le,

ferons bientôt de même, à l’horizon de notre espérance dénuée de chimères.

 

                           Mais étant donné que pour l’heure, nous ne pouvons nous dérober à la « froide humeur »

hivernale et de son ciel de traine, efforçons-nous de nous accommoder de la situation, en sachant

apprécier la vivacité des fidèles mentionnés au préalable, qui nous assurent de leur indéfectible soutien,

verte brigade [24] extrêmement sollicitée sinon enrôlée pour que nous nous réjouissions, encerclés de sa

plaisante compagnie (censée éloigner le mauvais sort) en l’honneur de cette Feste de la Noël aux effluves

magiques effervescents annonçant la venue du Prince de la Paix.[25]

                           C’est donc en connaissance de cause, ayant pleinement conscience du tempérament

foncier, du rythme intrinsèque à chaque saison conjugués à d’inlassables recherches historiques ne prenant

jamais fin, que l’on peut à notre humble avis, appréhender un tel sujet (thème aujourd’hui fort galvaudé et

dénaturé par un aspect clinquant commercial…) du moins tenter une approche sans en déflorer ni pervertir

la signification profonde, l’essence cachée qui l’habite, et dont surtout les chroniques séculaires de

naguère, l’ont intentionnellement nanti.

                          Pénétrées de ce brassage d’idées, d’une telle synthèse de convictions empreintes de

religiosité se répandant au faste séculier, nous, historienne et ornementaliste en « floralisterie » d’art,

dévouées à Flora, cette belle rommaine [26] associées, souhaitons-le, pour le meilleur, sommes animées

d’une prétention :  transmettre notre vision de femmes du XXI ème siècle, en engendrant autant que faire se

peut, en ces temps suprêmes de recueillement aboutissant à l’euphorie, quelques instants de délices,

subtilisés à la monotonie du quotidien, à l’Ombre des jours [27], faisant nôtre cette devise de  peintre, qui

proclame que :

Le but de l’art c’est la délectation [28] 

 

                           Quelle fatuité, argumenterez-vous dans votre for-intérieur, que d’aspirer à vouloir créer

chez autrui semblables sensations jubilatoires !

                           Que nenni ! N’y voyez, s’il vous plaît, nul miroir de suffisance, simplement le désir de

passer notre idéal à travers cette ornementation végétale entrelacée de reproductions en trompe-l’œil et

conçue dans le goût (et selon l’esprit de ce haut lieu) de Natures-Mortes en clair-obscur, nous efforçant de

ne jamais oublier d’intégrer au sein de notre ligne de conduite, l’émotion, puisque à notre sens, isolé de

l’affect, l’intellect ne traduit, en vérité, que le fruit d’un raisonnement froid et dur, de théories dogmatiques

allant à l’encontre de notre vœu, un rien utopique en cette société de plus en plus pragmatique, de faire

affluer une certaine jouissance, invoquant à notre rescousse celle que nous nommons en songe, la félicité,

élément fédérateur de notre engagement qui nous fait nous mouvoir avec « flamme » alimentant le feu de

notre fougue afin qu’il ne s’altère, en adéquation de cette maxime mystique qui préconise qu’ :

 

Il faut d’abord avoir soif.[29]

                               Soif d’exulter  à la pensée de recevoir une complice de choix illuminant notre

existence d’Hominem cultivant l’étoile filante du plaisir et qui nous fait nous exclamer :

Ô douce volupté, sans qui, dès notre enfance,

Le vivre et le mourir nous deviendraient égaux. 30bis

 

 

 

 

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Réédition de carte postale anglaise sous l'ère victorienne :

Deux anges viennent orner le sapin pendant le sommeil d'une chère tête blonde

rêvant sans doute aux bien beaux joujoux qu'il trouvera sous le roi des forêts...

 

 





[1] : Formule de Stéphane Mallarmé, extraite de la pièce Renouveau du recueil Poésies.

[1 bis]   Deux premiers vers du poème d’Albert Samain, Hiver issu du recueil Au Jardin De L’Infante.

[2]  Sainte Lucie, incarnation de la lumière fêtée le 13 décembre, nous vient de Scandinavie, plus précisément de Suède, pays initiateur

d’abondantes traditions…

[3]  Obscurité porteuse d’ombres néfastes ou un tantinet traversée de noirceur puisque selon des légendes de contrées nordiques, les âmes de

nos chers défunts s’y plaisaient à y roder dès les heures déclinantes de la tombée de la nuit.

5  Emprunt à un célèbre rondeau de Charles d’Orléans en hommage au retour du printemps…

6  Allusion au poète précité Charles d’Orléans…

7  Muse de la poésie lyrique escortant Apollon avec ses huit compagnes.

8  Titre d’un Roman d’amour courtois médiéval signé de René Ier d’Anjou dit le bon Roi René cousin du Blésois Charles d’Orléans avec 

lequel il rivalisa en joutes poétiques…

 [8 bis]   Citation de Louis Aragon provenant du poème  Il n’y a pas d’amour heureux, recueil  La Diane Française

[9] Devise d’Anton Tchekhov…

[10] Poésie de Théophile Gauthier, Lied tiré d’Émaux et Camées.

[11]  Allusion à Paul Valéry, auteur de Palme, Recueil Charmes.

[12]  Autre citation du poème Palme de Paul Valéry.

[13]  Le terme de Noël est une contraction du mot hébreu Emmanuel qui signifie : Dieu avec nous…

[14]  L’expression Avent provient du latin, Adventus, locution aux racines profanes traduisant la venue dans le sens de l’avènement.

 [16]  Deux emprunts de George Sand situés au sein de l’Avant-propos de  François Le Champi.

[17]  Emprunt à Colette désignant le jour de l’an nouveau pris au cœur de son récit  Le Voyage Égoïste.

[18]  Une pléiade restreinte de végétaux entourée d’une myriade d’halos lumineux, sont chargées d’un rôle majeur, lors de cette période

sombre de l’année (au summum du manque de lumière durant les fameux douze jours réputés dangereux séparant Noël de l’Épiphanie),

celui d’éloigner les âmes trépassées…

 19bis  Les sapins en bonnet pointu, premier vers de Guillaume Apollinaire (Alcools) métaphore de ce roi des forêts : l’épicéa.

[19]     Donnés sur les parvis des églises, Les « Mystères » médiévaux que nous pouvons considérer comme l’ancêtre de la pièce de théâtre

moderne, avaient pour vocation d’évangéliser les fidèles illettrés par un procédé fort simple ayant recours au geste et surtout  à la

parole ; au cours de ces scènes « reconstituant » l’épisode de la Nativité, maints branchages toujours verts ornaient l’extérieur des

édifices précédant en cela le sapin à venir qui se substituerait à ces parures épurées…

[20]  Évocation des recherches sacrées de Monseigneur Chabot effectuées sur ce sujet et  aboutissant à la publication de son ouvrage de

1912, La Nuit de Noël dans tous les pays.

[21]   Le Dieu des vents dans la mythologie grecque, qui gouverne ses bons et ses mauvais sujets.

[22]   Allusion à Pierre de Ronsard en charge du Prieuré de Saint-Côme (Tours).

[23]  Citation de Jacques Pelletier du Mans, issu de son poème renaissance L’Hyver septième vers exactement introduit de la façon

suivante : Bacchus, Ceres et Venus ont chacun leurs rengs tenuz

[24]   Locution médiévale  et renaissance désignant de manière positive une troupe ou plutôt noble assemblée de gentilshommes, dans le

sens courtois du terme.

[25]   Formule due à Paul Claudel provenant de son poème Chant de Noël. (Source non identifiée)

[26]   Citation de François Villon puisée dans sa  Ballade des Dames du Temps jadis.  

[27]   Titre d’un recueil poétique de la poétesse Anna de Noailles.

[28]   Allusion au peintre classique Nicolas Poussin.

 [29]      Axiome de la mystique médiévale Sainte Catherine de Sienne.

[29] bis: Vers de Jean de La Fontaine tirés de son  Éloge De la Volupté  extrait des Amours de Psyché.

 

 

 

 



 


 

 

 

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Hommage à la Vision d’un Interprète Bouquetier

Maitre d’œuvre de quelques Parcours-promenades ornementaux

Dits « Mises en scènes Florales historiques »

Ou

Manifeste au sujet d’un naturalisme ordonnancé,

objet de créations

 

 

 

À celle à qui je dois le jour, et tant d'autres choses...

 

 

 

« On n’échappe pas au monde plus sûrement que par l’art,

Et l’on ne s’y unit pas plus sûrement que par lui. »

Johann Wolfgang Goethe

 

 

 

 

                        Aimer notre planète terre, Gaïa, la bien nommée « Déesse-mère », la découvrir, la cultiver,

la respecter, c’est aimer toute la flore sauvage, apprivoisée de la main de l’homme, que Dame Nature

douée de prodigalités nous offre sans aucune contrepartie, si ce n’est justement en prendre soin dans le

dessein d’en préserver sa fructueuse « Corne d’abondance ».

                      

                        Malgré l’époque tourmentée que nous traversons en cette aube du XXIème siècle, image  

d'un matérialisme ambiant effrayant, sinon décevant, peut-être est-il temps encore, que nous prenions

véritablement conscience de son existence, puis qu’elle représente l’élément vital majeur, indispensable à

la survie du genre humain ?

                      Les familles de fleurs en particulier, faisant partie intégrante de la grande végétation, sont

de  vénérables ambassadrices reflétant ce que chaque étoffe, dans la singularité de sa personnalité,

possède en elle, participant à nous dévoiler et nous traduire le tréfonds de sa pensée, de son affect, pour

peu qu’elle s’exprime à l’aide de matières éphémères, soit par l’art séculaire des jardins, soit par celui tout

aussi ancestral de l’Art floral.

                      Or, nous sommes intimement persuadées, que ces inflorescences, dont la biodiversité se

raréfie, en s'amenuisant hélas, non plus de jour en jour, mais d’heure en heure, peuvent à la fois tout

transcrire, à la fois tout sublimer, lorsque nous daignons seulement leur accorder les vertus qu’elles

méritent, en les considérant avec un regard vierge aiguisé, dépouillé du moindre préjugé, les

appréhendant avec une perception sensible, sensitive, pleine de tendresse et d’estime, ne perdant guère

de vue, que nos amies les plantes, ayant parfois droit à l’appellation de « simples », y compris les plus

redoutables hautement toxiques sur le plan médicinal, hormis d’être dotées d’un pouvoir de guérisseuses

et donc, de combler nos ambitions de créatures pragmatiques enclines à « l’utilitaire », sont également

essentielles à l’harmonie esthétique du verdoyant paysage, émaillant les parterres et sentiers de notre

cadre de vie urbain et bucolique, à la manière des fameuses mille fleurs des tapisseries médiévales, ou

des bordures de miniatures semées de doulces flourettes, source continuelle d’enchantement, d’inspiration

reliée au fil des saisons imprégnant les disciplines d’Apollon et de ses muses, véritable « Fontaine de

jouvence » susceptible de contribuer ainsi, à ce que des liens se tissent entre des « Hommes de bonne

volonté » soucieux de partage et de prospérité, détenteurs d’une florissante faculté : entendre les élans que

leur chante leur « cœur innombrable », pour paraphraser la poétesse de « l’ Offrande à la Nature », Anna

de Noailles…

                    Il importe plus que jamais, avant que tant de trésors éphémères s’évanouissent davantage,

perdurant dans la voie de cette course folle vers l’abime que l’humanité a tracé depuis quelques

décennies, que nous, communs des mortels, nous nous reconnaissions à travers elles, condescendant à

nous tourner vers ces essences, avec une once d’intelligence dépourvue d’arrogance, saupoudrée d’écoute

généreuse afin d’être en mesure de capter notre propre identité, car, nous osons l’affirmer, l’univers dans

son immensité, ses mystères et sa multitude de créatures grouillant de vies, ne saurait appartenir à ceux

qui se refuseraient à approfondir ses richesses naturelles !

                   Faune et flore confondues fécondant à leur tour les beaux arts, ne sont-ils pas de merveilleux

acteurs dont nous sommes les témoins privilégiés, à défaut d’être les gardiens vigilants, nous délivrant

force messages pétris de noble sagesse incluant entraide et solidarité entre les groupes hétérogènes ayant

trait au bestiaire ou à l’herbier, en analogie des différentes cultures qui nous renseignent sur l’histoire des

civilisations ?

                  

                  Que l’on soit créateur ou spectateur de beautés terrestres nées de l’imaginaire des artistes,

n’est-ce pas là le fruit d’un « dialogue avec le visible et l’invisible», de la libération de pulsions

irrépressibles et de sa sœur consolation, le fruit de « grands départs inassouvis » ancré au cœur de chaque

idiosyncrasie ?

 

                   « L'œuvre d'art délivre celui qui la crée, mais aussi ceux qui la contemplent de leurs tensions intérieures en leur permettant de les extérioriser. Telle un sismographe ultra-sensible, elle enregistre les désirs et les craintes, la façon de concevoir la vie et le monde, les émotions familières, et la façon d'y vibrer propre aux hommes d'une même foi, d'une même époque, d'un même groupe social, d'une même culture »

professe René Huyghe, psychologue et philosophe de l’art par le biais de sa publication intitulée « L’Art et l’Homme »[1]…

 

                   Le mythe séculaire d’Hortésie, l’art des jardins, et de sa fille légitime, l’ornementation florale,

s’inscrivant elle aussi au patrimoine de l’humanité, faisant florès en concomitance , et ce, à travers les

âges, ne dérogent pas à la règle ; effectivement, cette dernière nous offre les moyens d’un

accomplissement, étant donné que, selon notre vision, la valeur d’une composition artistique ne dépend

pas uniquement de l’intérêt du thème à atteindre, mais assurément, d’une réflexion intime dont la main se

fait le porte-parole, le prolongement de l’idéal forgé par la puissance de l'esprit, accompagnée d’un

abandon à l’ostentation ou autre geste vain d’orgueil.

                 

                  Don de soi conduisant à un silence empreint de méditation, doublé de l’inscription mise en

exergue du blason : « servir l’art et non point s’en servir » !

                  Et il ne s’agit pas non plus d’être détenteur pour le meilleur comme pour le pire d’une

sensibilité exacerbée, et de vouloir à tout prix en faire montre... Non, il suffit juste d’en user à bon escient,

mettant son affect au service de l’hyperesthésie concernée, sans affectation…

                  Cependant, curieux, vous nous consulterez : « mais au fait, que veut dire pour vous Art

floral occidental ? Se résume t-il à un banal assemblage ou arrangement de végétaux voués à décorer et

« garnir » un espace vide ou quelquefois pourvu de disgrâces, que cet art se doit de masquer ? »

Naturellement non ! La conception que nous nourrissons à son endroit, nous fait proclamer qu’il détient

une  noblesse intérieure rehaussée d’un langage signifiant !

                 En outre, la notion de « mise en scène florale » est toute relative, et n’implique pas

obligatoirement un déploiement fastueux ; un iris agrémenté de lis blanc à la manière des maitres primitifs

de la peinture, une ancolie en soliflore à la Albrecht Dürer, un vase en pâte de verre à la Émile Gallé

accueillant une branche de glycine, un simple bouquet rond de roses à la Édouard Manet, sont sans

conteste, en mesure de relever le défi des plus luxuriants apparats ! Le facteur déterminant afin de les

différencier renferme l’étude des formes, des mouvements, de l’équilibre, de l’union des couleurs, sans

omettre la recherche des styles relative à l’évocation de l’époque historique honorée, intensité

d’expression, sens de l’esthétisme, le tout parachevé par des dispositions innées à la création et adapté sur

mesure, en fonction du lieu, de l’édifice architectural, ainsi que du mobilier des appartements du logis,

auxquels la « scénographie » est destinée !!!

                  Volontiers, reconnaissons aisément ce truisme : notre culte des fleurs,  fleurons escortés de verts

feuillages et de fruits prolifiques, aurait pu nous inciter à envisager des confections florales purement

basées sur un goût de l’innovation, de la fantaisie débridée, pour ne pas dire « sauvage » ; néanmoins, tel

n’est pas là notre objectif, fort louable au demeurant, puisque les convictions qui nous animent, nous

guident à accéder à d’autres horizons : célébrer l’Empire de la flore déjà omniprésent dans toute l’histoire

générale de l’art.

                 C’est la raison pour laquelle, la lumière jaillissant de ce fait indubitable de façon précoce, nous

n’avons eu de cesse de peaufiner notre mode d’expression stylistique, ayant à cœur d’effectuer une

synthèse de ce patrimoine magistral parmi lequel l’art d’Apellanire, la peinture, exerce sa suprématie,

contours figuratifs on ne peut plus attrayants, de temps à autres renforcés d’un symbolisme prééminent, au

gré des périodes abordées…

      
               «  Alors », nous interrogerez-vous, un rien dubitatifs, chers interlocuteurs, « où réside donc, votre

part de liberté, avec de telles références, de tels critères ? »

                  Ce à quoi nous vous répondrons par ce commentaire : s’inspirer d’une époque, d’une œuvre ou

d’un genre ne veut pas dire pour autant « imiter » trait pour trait leurs caractéristiques, produire de « pâles

copies » dépourvues de la patine d’un « temps jadis » à jamais révolu, qui plus est… Rassurez-vous, nous

conservons, Dieu merci, une propension à l’interprétation subjective, suffisamment conséquente, du moins,

pour ne pas nous sentir frustrées…

                  Et puis, est-ce vraiment faire acte de « passéisme » que de s’imprégner des arts décoratifs à

travers les siècles, œuvres intemporelles infusant l’art floral dit historique ? Que nenni ! Et pourquoi

sombrer dans le travers de faux semblant en déclarant que seule vogue et tendances nous agréent,

puisque la mode s’empresse aussitôt de détrôner ce qu’elle vient d’instituer, et que de surcroit, nous nous

moquons éperdument d’une pseudo modernité qu’il serait de bon ton d’afficher, en adéquation du

philosophe Gustave Thibon qui proclamait « qu’être dans le vent, est une ambition de feuille morte…, »

adage corroborant celui de Roland Barthes qui se voulait, lui aussi dégagé d’une contrainte similaire :

               « Tout à coup, je me suis rendu compte qu’il m’était indifférent d’être moderne. »

 

                  Puissions-nous à l’heure de nous séparer, nous recueillir ensemble sur cette maxime due à la

plume d’un fervent naturaliste, Camille Corot, que nous épousons, la transposant à nos fins, dans l’objectif

de transmettre notre inclination pour notre thème de prédilection, tant sacré que profane :

 

 « Le beau dans l’art, c’est la vérité baignée dans l’impression que nous avons reçu à l’aspect de la nature.

Le réel est une partie de l’art : le sentiment complète…

Si nous avons réellement été touchés, la sincérité de notre émotion passera chez les autres. »

 

 

Valériane d’Alizée,

Le 31 Juillet 2012

Texte dédié à M. A .Floraliste d’art,

retouché ce jour, mais précédemment rédigé en l’honneur

du catalogue d’exposition de l’Évocation historique au Château Royal d’Amboise

 

 

 

 

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Célébration de la Noël, fête de la Lumière, millésime 2009-2010

L'Autel de l'oratoire de la reine Anne de Bretagne du château du Clos-Lucé

se pare de tendres tonalités en l'honneur de l’Avènement du "Divin Enfant"...

 

 

 

 

II)

 

 

L’Art et l’Homme de René Huyghe

 

 

      L'œuvre d'art délivre celui qui la crée, mais aussi ceux qui la contemplent de leurs tensions intérieures en leur permettant de les extérioriser. Telle un sismographe ultra-sensible, elle enregistre les désirs et les craintes, la façon de concevoir la vie et le monde, les émotions familières, et la façon d'y vibrer propre aux hommes d'une même foi, d'une même époque, d'un même groupe social, d'une même culture. En même temps, l'art est un des rares moyens dont dispose un individu pour rendre perceptible aux autres ce qui le différencie d'eux : le monde de rêves, de tourments ou d'obsessions dont il est seul à porter le poids. De chacun, alors, il exprime ce qu'on croyait inexprimable : son secret.

       Mais l'œuvre d'art n'est pas un simple miroir passif, elle joue dans notre psychologie un rôle agissant. Les images créées par l'art remplissent dans notre vie deux rôles très différents et presque opposés : tantôt, elles y insinuent des manières de sentir et de penser, nous les imposent; tantôt, elles nous libèrent, au contraire, de certaines obsessions, de certaines forces qui travaillaient notre inconscient.

      L'œuvre d'art, par ce qu'elle nous montre, par ce qu'elle nous suggère ainsi, introduit et développe en nous certains sentiments, certaines rêveries, certaines tendances. Leur pouvoir insinuant nous oblige à vivre en partie de la vie qu'y avait déposée leur créateur. Ce pouvoir n'a pas été sans être connu, plus ou moins intuitivement, par les meneurs de sociétés. Ils ont su en tirer parti. Citons un cas : les chefs d'État, férus d'autorité et de pouvoir personnel, ont favorisé d'instinct, et souvent suscité, les formes classiques de l'art. Charlemagne, Louis XIV et Napoléon, si différents qu'ils aient été et si diverses les circonstances parmi lesquelles ils se sont déployés, ont, avec une égale conviction, encouragé la renaissance des règles de l'art antique. Ils pressentaient qu'ils ne pouvaient de la sorte qu'inculquer insidieusement les habitudes rationnelles qui fondent cet art, donc donner un prix moral à l'organisation, à la discipline, à la volonté centralisatrice. Ils sentaient que la direction imprimée par eux à l'art pouvait contribuer à asseoir leur pouvoir sur les bases qu'ils entendaient établir. La contre-épreuve n'est pas moins vraie : l'opposition ne manqua pas, elle, de soutenir les mouvements opposés, ceux où se libérait une expression sans contrainte. C'est ainsi qu'en face de l'Empire, Mme de Staël lança la bombe du germanisme, qui allait contribuer à l'explosion romantique; son livre De l'Allemagne aida puissamment à faire passer l'art du néo-classicisme napoléonien aux hardiesses, aux libertés, aux effusions débridées de 1830.

       Ainsi, l'œuvre d'art pétrit, modèle les cœurs et les esprits, les marques à son chiffre. Elle agit comme un condensateur de vie intérieure qui communique aux hommes sa charge. Mais il est tout aussi vrai d'énoncer qu'en même temps, par une action corollaire, elle les décharge de certaines tensions intérieures.

       Tout homme porte en lui des tentations, des forces qui agitent les profondeurs de son âme. La psychanalyse a vulgarisé ce travail et montré comment notre pensée et notre volonté parviennent malaisément à les réprimer, parfois au prix de troubles psychiques [...]. Or ces tendances qui cherchent à se satisfaire et que nos usages ou nos lois morales contrecarrent, que, parfois même simplement nos habitudes de penser empêchent par ignorance de s'épanouir, trouvent dans l'œuvre d'art une issue spontanée, imaginaire, d'ailleurs souvent confuse. L'artiste créateur se libère en les faisant passer dans son œuvre; le spectateur, en les assouvissant par l'image proposée à ses yeux. L'un et l'autre, au sens littéral, se trouvent « dépossédés ». Les psychologues modernes s'en sont aperçus, à un tel point qu'ils essaient parfois de libérer le névrosé, voire le criminel en instance, en leur proposant la déviation du dessin qui, tel un drain, permet l'épanchement des poussées perturbatrices. Avec son profond génie, Aristote l'avait déjà deviné : il l'avait affirmé par sa théorie restée célèbre de la catharsis (le mot, au sens strict, veut dire purgation : l'art était considéré comme purgeant l'âme de ses passions par la satisfaction artificielle qu'il leur proposait).

        En empruntant de nouveau à l'électricité la comparaison du condensateur, nous pourrions dire que la sensibilité humaine apparaît comme surtendue par une charge qui menace de jaillir en étincelles et qui s'écoule de manière productive du fait qu'un courant a pu être établi. Vivre par l'imagination dispense de vivre par l'action. Voyez l'œuvre d'un Toulouse-Lautrec : son sang aristocratique portait en lui une hérédité de force avide de se déployer; son père, seigneur médiéval égaré dans les temps modernes, en témoigne assez. Or le fils, devenu infirme, se vit refuser ces satisfactions violentes de la chevauchée, de la chasse... Son œuvre devint le graphisme enregistreur vibrant de tous ces appétits ardents, aussi bien dans ses sujets évoquant le sport, le cirque, la danse et la vie nocturne que dans sa technique impulsive et nerveuse.

       Quelles aventures inconnues vivait par ses toiles le paisible Douanier Rousseau ? Jeté par elles au sein des forêts vierges, il entendait rugir les lions, il voyait glisser les serpents au point d'ouvrir parfois la fenêtre, afin de se rassurer, pendant qu'il peignait. Ce qui est vrai d'un individu peut l'être aussi de toute une collectivité. Si les représentations du diable sont apparues, surtout au Moyen Age, dans les écoles monacales, c'est qu'elles jouaient sans doute ce rôle d'exutoire pour les instincts que la règle des couvents réprimait par trop radicalement ; mais, au XVème siècle, ce fut la société tout entière qui se complut à ces évocations.

       Ainsi l’œuvre d’art soulage l’homme de tout ce qu’il ne peut accomplir, réaliser autrement, soit pour des raisons morales, soit pour des obstacles purement matériels. Mais, tout aussi bien, l’homme peut porter en lui des rêves de pureté et de perfection qui ne parviennent pas à se réaliser dans la décevante réalité. Il en crée donc l’image dans ses œuvres, s’il est artiste ; il la cherche dans celle des autres, s’il est spectateur. Il arrive ainsi à compenser les lacunes de la vie et à donner une sorte d’existence à ce qui était nécessaire à l’épanouissement de son être.

René HUYGHE L’Art et l’Homme, 1957.

 

 

 

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Célébration de la Noël, fête de la Lumière, millésime 2009-2010

Expression profane :

La cuisine de Mathurine :
Autre mise en lumière du Dôme ou Vasque Medicis de style néo-renaissance franco-italienne sur entablement, composées de fleurs, feuillages et fruits

en l'honneur du Maitre Léonardo da Vinci, illustre végétarien ..



[1]  Se reporter à la totalité de l’article présenté en fin de cet Hommage…

 

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EMMENEZ-MOI (extrait de "Je suis vivante")

Emmenez-moi… lalala la… Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil (Aznavour)

 

Je suis devant ma fenêtre, un thé à la vanille me réchauffant les mains crispées sur le mug… Les flocons virevoltent… Un merle affamé se repaît des morceaux de pains que j’ai déposés dans la caisse clouée sur le mur en face… Nous nous regardons longuement… J’ose à peine respirer pour ne pas l’effrayer… Il continue de me regarder mais la faim est plus forte et il finit par se remettre à manger tout en m’observant du coin de l’œil.

Le temps de finir mon thé… Merveilleux instants de bonheur simple et paisible… Et je continue à vaquer à mes occupations. L’oiseau est toujours là. Il a arrêté de manger mais il reste quasi roulé en boule pour se protéger de la neige. Il s’est rendu compte qu’il ne courait aucun danger avec moi. J’explique à mes petits chiens, un peu impatients d’aller jouer dans la neige, qu’ils doivent attendre avant de sortir. Le simple fait d’ouvrir la porte l’effraierait et le ferait s’envoler. Je souhaite prolonger encore ce bonheur éphémère.

Je suis heureuse et pourtant, ces moments là, qui font partie de mon quotidien, ne me suffisent plus. Depuis quelques temps, je sens l’appel du large… Quelque chose en moi aspire à plus : plus de sensations, de couleurs, de tendresse… de vie !

Je me suis créée un pays des merveilles pour me protéger et ne pas sombrer mais il est temps pour moi, d’être enfin la véritable héroïne de ma vie. J’ai failli la perdre, elle m’est précieuse. Je vais en prendre grand soin…Je vais enfin vivre.

Pourtant, autour de moi, rien n’a changé, tout est toujours aussi gris : le temps, les finances, les visages… Mais quelque chose de coloré a explosé en moi et ne supporte plus cette solitude que je me suis imposée. La peinture de mes murs n’est plus suffisante. Je veux voir d’autres paysages… Ensoleillés de préférence… Et aussi le soleil dans d’autres yeux… Et la chaleur dans de nouvelles étreintes… Et la douceur d’autres lèvres sur les miennes…

Emmenez-moi, la lala lala…

 

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Lorsque la mer.......

Lorsque la mer défile de géantes vagues
Dans la brise qui s’assoit sur une plage
L’horizon dessine un bateau qui bourlingue
Sur les flots noirs, dispersés, de l’ancien rivage

Que va-t-il arriver à la lune et aux étoiles ?
Et à l’hiver qui pleut sur les tristes pavillons ?
L’azur se dissipe, le ciel est morose et une rafale,
De foudre peut être, venue sans compagnon

Quand le ciel dira : O soleil reste avec moi !
Les nuits ont avalé ma couleur et mes éclats
Et le vent a dispersé les feuilles de l’automne

La détresse a écrasée les particules de l’espoir
Elle a tout accaparé, même la lueur du soir
Pour faire de la tristesse un imbattable trône !

Smail baydada

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administrateur théâtres

A mi-chemin entre deux réalités : Cinéma ou Théâtre ? Italie ou Europe-la-nordique ?  Comédie ou leçon de philosophie ?  Entre deux théories: le Big Bang ou la théorie de l’état stationnaire ? Entre deux visions du monde : celle de l’homme, celle de la femme ? La transhumance ou le home sweet home ?

  12272868278?profile=originalLe décor est d’un réalisme enchanteur. Nous sommes au pays du Brunello. Le village en plein ciel se situe sur une pente escarpée. Une Fiat 500 a été abandonnée par trois voyageurs étranges au pied de la colline abrupte. Un éminent cosmologiste belge Monseigneur Georges Lemaître et son collègue le britannique Fred Hoyle accompagné de sa femme Barbara Clarke, tous  personnages ayant existé, débarquent sur la place du village, au pied de l’antique  pompe à bras devant l’auberge des voyageurs.  Il n’y a  pas de téléphone, juste des cigales éreintées par le soleil de midi,  année 1957.

Virgilio, l’aubergiste a du mal à sortir de sa sieste. Mais c’est l’Italie, le bon vin et le respect de la robe, qu’elle soit ecclésiastique ou féminine, auront vite fait de lui rendre ses dons d’hospitalité. Langue locale, jovialité, bonne humeur, vin blanc, musique (de film !), voilà le début d’agapes réelles  autour de nourritures autant  terrestres que célestes. De quoi mettre en appétit le spectateur qui va assister à un duel verbal de hautes sphères, entre les deux éminences scientifiques.Chose peu commune au théâtre.

 12272868873?profile=originalMonseigneur Georges Lemaître en route pour le Vatican est à la veille d’aider le pape Pie XII à rajuster de malheureuses prises de position concordistes à propos des nouvelles théories du Big Bang. Son collègue Fred Hoyle  le taquine et de brillants échanges fusent entre  les adversaires.   Une façon indirecte  de monter que le « disputare » n’aboutit pas nécessairement à la « disputatio »Il y a  disputes et disputes.  Cela semble être une des intentions de l’auteur Jean-François Viot.

Monseigneur Georges Lemaître, père scientifique de « l’atome primitif »,  distingue la notion de « commencement » de celle de « création », la première étant une entité physique, la seconde un concept philosophique. Il ne veut en rien mêler Dieu à la science. « Dieu ne se prouve pas, il se trouve ». Sir Fred Hoyle lui, n’a pas eu l’heur de trouver Dieu, il n’a trouvé que la femme, avec qui éclatent de belles crises domestiques. En effet, « Monsieur le savant toujours absent » donne la migraine à l’hyper-sensible Barbara (Maud Pelgrims) et la fait sortir de ses gonds sous ses apparences de jeune dame rangée des années 50.  Les crises cycliques de sa femme sont bien à l’image de la  théorie de  « l’état stationnaire » prônée par son (tendre ?) mari, postulant qu’à une large échelle, l’Univers est partout le même, qu’il l’a toujours été et qu’il le sera toujours.

 Empoignades scientifiques et domestiques alternent avec des leçons de science extrêmement ludiques et illustrées. Les postures et les déplacements  et les silences éloquents des deux hommes de sciences, si opposés physiquement et mentalement, sont une source de comique inépuisable. La prestance de chat mystérieux de Alexandre Von Sivers en soutane  et  l’accoutrement du malicieux François Sikivie en costume anglais font pouffer de rire. Virgilio l’aubergiste (Grégoire Baldari), un nouveau dans la Commedia dell’Arte ?  se prête gracieusement à l’exercice de pédagogie active qui utilise ballons et grains de riz. Massimo (Michael Manconi), son  jeune neveu,  est tout aussi drôle et réaliste.  Imperturbable, Virgilio  sert généreusement  les cantucci et le vin de cette messe scientifique, comme au cinéma.

 

Une pièce savante et marrante quand même, un curé débonnaire, un mari qui ne manque pas d’airs, et l’homme toujours, comme toujours il l’espère : sur le devant de la scène, immuable tableau! Dans une Toscane de rêve.

Soulignons enfin que la mise en scène est signée Olivier Leborgne. Une aventure où l’excellente scénographie d’Edouard Laug et la construction du décor par l'équipe de Marc Cocozza, Christophe Beaugé et Mathieu Regaert sont des éléments indispensables au spectacle, sans compter la poésie des lumières de Laurent Béal.

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=496

Une production de l’Atelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa.

Exposition Georges Lemaître présentée par les Archives Georges Lemaître (UCL) : Panneaux et vidéo sur le parcours de Georges Lemaître, accessibles lors des représentations.


Dimanche 24 février : l’ATJV soutient CAP48. Réservez vos places au profit de l’opération ! www.cap48.be

19 au 24 février 2013 Théâtre Jean Vilar
Durée : 1h30

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L'envol stationnaire

L'envol stationnaireAllongé dans les cieuxEn plein volLe doute ne m’a plus quitté.Comme s'il pouvait y avoir une finA cette course pénibleQui mène d’une vie à l’autreDans une avalanche de signesQui d'un battement secsortent de l'ombre.Seul, armé d'un parapluie,le penseur se glisse dans les interstices du monde,se jette dans les enfers,épouse les enzymes et leurs spirales,Compte les nombres,dissimule les preuves de l'existence de Dieu,Ordonne les choses et les êtreset leurs rouages,tandis qu'au-dehors,dans la masse compactedes sanglots et des larmes,prend naissancele nouveau luminaire équivoque de l'être.
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A voir sur Nice-Matin

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Un extrait : "Jacques Renoir admet que le tableau n'est pas si noir. Il rend hommage à la performance de Michel Bouquet, à la qualité de la musique d'Alexandre Desplat et même à la beauté des images de Mark Ping Bing Lee. Il s'y connaît, c'est son métier. Ce qui ne l'empêche pas d'adresser cet autre reproche à Bourdos : « Mon livre couvrait une période beaucoup plus grande de la vie de l'artiste. Avec des flash-backs sur sa jeunesse et sur la genèse de son œuvre. »

Impression personnelle, je suis restée entre deux eaux, ceci dû à l'atmosphère que dégage ce film. Un échange que j'ai eu à ce propos me fait ainsi ajouter ce que mon interlocuteur m'a répondu : "Entre deux eaux, mais n'était-ce pas le décalage souhaité. Cagnes, durant la guerre de 14-18, très loin des tranchées, mais avec le lien des fils qui rentrent meurtris. Et ce petit monde de modèles-servantes, attachées, liées à un vieux peintre, détaché des nécessités de la vie, comme vivant dans un sas pour se protéger...! Il y a beaucoup de choses dans ce film, par-delà la beauté des images."

Oui je le confirme, la réussite de "la performance de Michel Bouquet, la qualité de la musique d'Alexandre Desplat et (encore !) la beauté des images de Mark Ping Bing Lee, est indéniable. "Entre deux eaux" signifie le désagrément que j'ai ressenti avec simultanément d'un côté le plaisir esthétique et de l'autre la mocheté du reste que mon interlocuteur décrit très bien !

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Une poigante histoire d'amour

Propos

Je les nommerai: Elle et Lui,

Deux êtres intelligents et tendres,

Devant s'aimer et bien s'entendre.

La chance les avait unis.

Connus au-delà de la France,

Ces deux époux qui s'aiment fort,

Connurent d'irréparables torts,

D'inimaginables nuisances.

Elle, montra sa grandeur d'âme

Quand son doux mari offensé,

Dangereusement menacé,

Perdait pied au fond de son drame.

Parut contraire à la morale

Cet amour inconditionnel,

Apparemment irrationnel.

L'abnégation semble anormale.

Les frustrés et les envieux,

Que le bonheur des autres blesse,

Voudraient qu'il s'amoindrisse et cesse,

Nombreux, se montrèrent odieux.

S'ils prennent du plaisir à croire,

À se fier aux apparences,

C'est qu'ils manquent d'intelligence,

N'ont rien appris de cette histoire,

23 février 2013

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