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La célèbre formation Les Agrémens dirigée par Guy Van Waas nous a proposé une aventure musicale très subtile, dont -Euréka ! - on a deviné soudain à la fin, le thème caché : il s’agissait du Temps. Les Agrémens sont un ensemble qui fut créé par le Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne de Namur en 1995, ils jouent sur des instruments d’époque. Guy Van Waas en est le chef depuis 2001.
Pour marquer le temps, Guy Van Waas a choisi d’abord l’éternité dans cette ouverture peu connue d’Antonio Salieri « Les Danaïdes », tragédie lyrique en 5 actes. Les cinquante filles du roi Danaos qui tuèrent leurs maris, furent jetées aux Enfers et furent condamnées à remplir éternellement un tonneau sans fond. Très peu d’annotations figurent sur cette partition et Guy Van Waas a fait avec son ensemble un véritable travail de musicien pour produire cette mise en-bouche ornementée, alerte et vivante, qui dura un gros 5 minutes, se terminant sur un ré mineur pianissimo. Mais comme si l’éternité elle-même était en marche, la 101e symphonie de Haydn a redémarré dans le même souffle, sur la même note justement, privant le public de ses applaudissements… Révolutionnaire ! Voilà donc une espièglerie d’un chef d’orchestre qui veut surprendre. Il déconcerte et amuse et ne voulait surtout pas interrompre la dramaturgie du premier morceau ! Il a donc choisi l’inventivité et même la rupture des conventions.
Chez Haydn, tout est annoté et écrit d’avance, et le savoir-faire de l’ensemble et le doigté fascinant de chef d’orchestre donneront une musicalité, une sonorité et une clarté étonnante à l’œuvre. Les sons feuilletés des violons sont un délice dans l’andante du deuxième mouvement. Et voilà qu’apparait, facétieux comme un coucou des bois, le tic-tac bien connu qui a valu son surnom à cette 101e symphonie surnommée « The Clock ». A tour de rôle, violons, hautbois, flûtes puis "tutti" scandent la fuite du temps. Le menuet resplendit ensuite comme une musique de cour; le dialogue des flûtes et hautbois a du moelleux, les violons produisant de simples accords savoureux et beaux. Sans baguette, les mains souples et aériennes Guy Van Waas précèdent toujours très clairement les musiciens : qui m’aime me suive, dans la joie de la musique! Sonorités liquides qui font du temps une clepsydre, belles comme des illuminations quand la nuit tombe, puis le Finale Vivace.
Avec Luigi Cherubini, le temps revient encore. Celui du temps retrouvé dans ces « Deux journées, ou Le porteur d'eau » où des souvenirs et des retrouvailles très émouvantes sont le thème principal. Le jeu des contrebasses est particulièrement poignant. Avec ces accès de crises pathétiques insérés dans une facture classique on anticipe déjà le lien avec l’œuvre suivante la Symphonie n° 8 de Ludwig van Beethoven.
C’est ici dans cette oeuvre de Beethoven que le temps est particulièrement présent ! On reconnait très vite un genre de tic- tac très net comme chez Haydn. Le deuxième mouvement est en effet un hommage à l’invention du métronome qui marque le temps du musicien. Vu l’explosion fantastique du premier mouvement, sorte de forêt fantastique en marche, de grondements de géants, de bruissements cadencés, interrompus avec humour par des voix d’elfes et ensuite par un crescendo de véritables pulsations vitales, ce rythme en tic-tac me faisait plutôt penser à une horloge biologique en marche. Avec l’éclatement bruyant de la vie suivie de l’envolée malicieuse de l’esprit . Le tout se clôturant sur une sorte de chevauchée victorieuse. Chaque pupitre exulte et irradie une énergie fabuleuse. Quelle construction dramaturgique ! Le démiurge en col Mao noir, salue et revient plusieurs fois à la barre, le sourire aux lèvres.
Voici donc un concert tout en finesse, en tonalités nuancées et beauté.
Le 6 mai 2011, Salle Henry Le Boeuf, Palais ds Beaux-Arts de Bruxelles
http://www.bozar.be/activity.php?id=9885&selectiondate=2011-5-6
Moudawana For Ever
C’est sûr, Ben Hamidou a une aura…. Même déguisé en femme ! Oops le sacrilège, le faux pas ! Il rayonne de sympathie, il émet de la chaleur humaine plein feux et va jouer la grande scène du désenvoûtement, au propre et au figuré ! Si vous êtes au premier rang, méfiez vous! Vous serez aspiré dans son trip fabuleux qui vous balade avec fantaisie entre Maroxellois et Gazelles du Maroc, où les chameaux sont désormais remplacés par des autoroutes.
Avec sa complice, Zidani, présence croustillante, tantôt en perruques drolatiques, ou lunettes extravagantes, tantôt, soumise éplucheuse de légumes au soleil au bord du puits, il convoque des sujets qui font peur au Belge blanc-bleu ! Comment réagir dans une famille, à la conversion à l’Islam d’un fils bien sous tous rapports…. ? L’âge du mariage, le droit au divorce, l’autonomie de la femme… La polygamie : …. pas plus de quatre, comme les saisons ! Mais comment donner des droits aux femmes dans les pays où les droits de l’homme sont bafoués ! Le jambon, c’est Aram ! Péché ! Et l’obéissance au mari ? Comment passer de ce code de la famille séculaire à une révolution voulue par Mohamed VI qui rend, en principe, les femmes égales aux hommes…*
Des questions graves, traitées avec un humour bienveillant, un regard généreux sur deux communautés qui ont parfois tout pour s’affronter. Il décoche coups de griffes, coups de cœur, tous azimuts. Tout le monde s’y retrouve, touché ! En excellent comique, Ben Hamidou pratique l’autodérision avec brio, et déracine les préjugés. Sa gestuelle, tant l’occidentale pure et dure que la nord-africaine, est d’une précision et d’une vérité savoureuse. Le talent est aussi magnifique que le Soliman éponyme. Les deux comédiens dans cette salle magique défoncent les sortilèges et les barrières. Mon voisin marocain de gauche jubile sous la pluie de traits acérés lancés à sa culture et m’explique gentiment le vocabulaire, cependant que mon voisin attitré, de droite… me surveille du coin de l’œil ! Le mélange local du quartier et les voyageurs des districts lointains de la périphérie bruxelloise font bon ménage, mêlant leurs rires salutaires, leur bonne humeur et une ouverture nouvelle peut-être.
Ce théâtre est pédagogique sans l’être, édifiant tout de même car il libère tout un chacun. Les cordes sur lequel jouent cet Hamelin africain sont la caricature aimable, le verbe et le texte débridés, la truculence, le mime, les grimaces inoubliables,la chanson, le jeu, par-dessus tout! Vive Mehdi !
*« Sur le plan social, au-delà des réformes qu'il introduit, en adoptant une
formulation moderne et en se souciant de mieux préciser les droits et devoirs des
composantes de la Famille, ce Code, en veillant à garantir l'équilibre dans les
rapports entre l'homme et la femme, met en place les préalables de la consolidation
de la cellule familiale, de sa cohésion et de sa pérennité. Ce faisant, il contribue à la
consolidation des bases de la société marocaine démocratique et moderne, ouverte
sur son époque et fidèle à son identité islamique et à ses traditions de solidarité
familiale et de cohésion sociale. »
2004 Mohamed BOUZOUBAA, ministre de la Justice
Moudawana For Ever du 26 avril au 21 mai 2011
http://www.magicland-theatre.com/index.php5?pageId=1&md=0&sp=65
Il est encore temps de vous précipiter…encore à l'affiche jusqu'au 07/05/11
De l’excellent théâtre satirique contemporain, et même classique, pour l’observance de la règle des trois unités. Le texte est d’un sarcasme exquis. Le collège catholique Saint-Nicolas respire lui aussi la règle, la rigueur, la vertu. Sa directrice, sœur Aloysius admirablement interprétée par Patricia Ide a la voix sèche comme des feuilles mortes, le visage fané et jauni, la paire de lunettes austère, la cambrure des reins hautaine, la coiffe et la pèlerine, noires de paranoïa. Elle a même entamé une campagne de mauvais aloi contre les stylos à bille.
En 1960 dans le Bronx, c’est le seul établissement scolaire qui permettra l’accès au lycée et ensuite à l’université. Donald Miller, 12 ans, est un enfant isolé et aussi un enfant de couleur, le seul parmi ses congénères. On apprendra qu’il est battu par son père car dans l’air… il y a des doutes, sur « ses tendances ». Accueillant, charismatique, rêvant que l’église s’ouvrira à plus d’humanité et moins d’hiérarchie, que l’enseignement a une vocation progressiste, le père Flynn (le talentueux Olivier Massart) écoute l’enfant esseulé.
L’air étouffe de non-dits, mais ce qui se dit est que ce prêtre a sans doute des attitudes ambigües avec cet enfant protégé par sa mère mais sauvagement rejeté par son père.
Cela dérange, cette passion du jardinier de voir s’épanouir dans la douceur, les jeunes qui vous sont confiés. Les mêmes reproches s’adressent à Sœur James, (la radieuse Caroline Kempeneers), jeune professeur d’histoire, toujours en mal d’approbation mais si inspirée dans sa générosité de cœur. Elle aussi fait tache dans cet univers caverneux. « Ne vous laissez pas séduire par leur intelligence ou la vôtre », prévient la directrice. « La satisfaction est un vice ! » « Donnez le cours d’histoire sans y donner le sucre ! » « Les professeurs naïfs sont souvent dupés » lâche-t-elle d’un ton glacial. Le père Flynn joue au basket au soleil et prépare avec une créativité nouvelle le spectacle de Noël. Las ! La directrice est forte de ses certitudes et fera une campagne féroce contre le prêtre, armée de sa seule conviction personnelle sans aucune preuve contre lui …
Cris de corbeaux, jardin de cailloux, phrases à double sens, humour mordant, atmosphère nauséabonde, tout contribue à l’éviction du généreux homme. Les larmes aux yeux, la mère de l’enfant, plaidera pour un peu de mansuétude et posera cette question troublante: « Pourquoi avez-vous besoin d’être si sûre de quelque chose dont vous n’êtes pas sûre ? ». La directrice, méprisante et inaccessible, sait ce qu’elle a à faire et l’enfant pleurera.
Le rythme du spectacle tient le spectateur aux abois, le texte tourmente, les interprétations engagées du quatuor de personnages sont magistrales, la comédienne africaine, Babetida Dadjo, est un régal d’humanité. Le public du Public, immensément reconnaissant, bat cinq retours sur scène consécutifs. Doute ? A conjuguer sans doute … à l’impératif.
DOUTE
de John Patrick Shanley
Mise en scène: Michel Kacenelenbogen / Avec Patricia Ide, Caroline Kempeneers,
Olivier Massart, Babetida Sadjo
DU 22/03/11 AU 07/05/11
http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=265&source=videos
L’autiste peintre n’entend plus,
L’autiste peintre ne voit plus,
L’autiste peintre ne parle plus,
L’autiste peintre n’écrit plus
L’autiste peintre ne peint presque plus…
L’artiste peintre conserve dans sa demeure les toiles dont ils pourraient se séparer, mais l’arrachement semble insupportable : se séparer de son passé ? Sentiment de vide une fois les toiles décrochées ?
Il essaie de vendre de petites toiles faîtes sans âmes, mais abordables : pourquoi vouloir créer ce qui se vend facilement, en sacrifiant ce que l’on ressent ? Artiste et mercantile ? Artiste compromis ? Rejet du prestige ?
L’artiste est épanoui lorsqu’il ose spontanément entreprendre sans chercher à plaire à tout prix. Narcissique sûrement… Faut-il s’aimer, faut-il aimer pour pouvoir créer ?… Tellement heureux, joyeux, positif devant la toile aboutie et de toute beauté : la belle délivrance !
À fleur de peau, bien souvent, impulsif, agressif, peignant dans la douleur, baignant dans le désarroi, le désespoir, la tristesse, le doute et avec cette angoisse permanente d'être rejeté. L’autiste peintre se sent-il exclus, décrié, car tout simplement, pas suffisamment cité sur papier glacé…
L’autiste peintre n’entend pas,
L’autiste peintre ne voit pas,
L’autiste peintre ne parle pas,
L’autiste peintre n’écrit pas
L’autiste peintre ne peint presque pas…
Son lieu de vie, son autre boulot pour bouffer, son atelier, son chevalet, ses œuvres inachevées ne lui conviennent plus, ce ne sont plus des béquilles mais des boulets : cette fidélité inconsciente frein son évolution : dépendance affective ? Peur prétexte ? Faut-il déconstruire le passé ou faut-il l’utiliser pour avancer ? À quoi bon fumer, boire pour oublier et finalement ne rien changer…
Son silence sonne comme un couperet, comme s’il devait sans cesse faire des croix sur ses passions, ses illusions. Se voyant vieillissant et très souvent incompris, l’artiste doit se sentir adoré, vénéré pour profiter de toute volupté, toute ardeur, tout partage, tout plaisir et superbement créer…
L’artiste souhaite plus que tout, la reconnaissance. Pourquoi vouloir se fermer, ne plus s’intéresser, ne pas écouter, refuser les mondanités et a fortiori fuir le succès mérité et rester toujours en retrait dans le déni de la réalité ?…
L’autiste peintre panse doucement ses plaies grâce à la venue de l’été et la bienveillance de son amour secret, retrouve peu à peu l’apaisement, le désir, la confiance en soi, et s’ouvrira de nouveau à la vie, pour enfin un jour être reconnu par ses pairs et être magnifiquement exposé…
L’autiste peintre n’entend pas,
L’autiste peintre ne voit pas,
L’autiste peintre ne parle pas,
L’autiste peintre n’écrit pas
L’autiste peintre ne peint presque pas…
Ghislaine Bras
Some say he is the world’s finest violinist...
« En soi, le cycle des trois sonates de Brahms constitue la perfection. J’avais envie de partager ce moment intime avec le public du Palais des Beaux-Arts et je ne crois pas avoir jamais joué les sonates de Brahms ici. » Maxim Vengerov
Et le 2 mai 2011 fut un jour de grâce. Deux partenaires de récital sublimes : le violoniste charismatique Maxim Vengerov et le formidable pianiste arménien Vag Papian forment un carré parfait et nous offent une soirée exceptionnellement poétique, un vrai moment de grâce. Le contraste est saisissant entre l’homme de lumière, de lyrisme et de classicisme sobre, et celui, pétri de substance fauve, de sentiment romantique débordant d’expression du subconscient que nous offre Vag Papian. Ils s’entendent pourtant à merveille et montent leur interprétation des trois sonates de Brahms dans une harmonie difficile à égaler.
Dans un tel récital Maxim Vengerov semble vouloir percer à jour toutes les facettes de l’âme du compositeur. Sa persévérance le rend attachant. Jamais il ne perd sa concentration et semble jouer de son instrument comme s’il parlait sa langue maternelle.
Dans cette première sonate il y a des souvenirs qui restent. Empreints de délicatesse et d’élégance. Au piano : Tantôt des tons pastels, tantôt des enjeux passionnés, des élans de tendresses, des babillements légers. Puis la féerie de la sérénade du violon fuse, délicate. Le piano s’ébranle pour la suite du voyage intime fait d’élans de lyrisme et de douceur. Le piano porte avec un respect infini la mélodie du violon qui se développe dans des accents séraphiques et … touche le ciel. Le troisième mouvement s’enchaîne avec vivacité. Le pianiste se ramasse sur son clavier, tel un fauve prêt à bondir. De son visage éclairé par l’inspiration, il semble dévorer la musique et savourer les notes une à une. De temps en temps, son œil vif se suspend un instant à la partition cependant que son partenaire violoniste, se laisse aller à des mouvements de tête gracieux, les yeux souvent mi-clos. La musique révèle son sourire intérieur. Nous sommes dans des arabesques fantaisistes, une chanson sans paroles qui dit l’hymne à la beauté. On pourrait s’en aller après un morceau d’une telle perfection.
La deuxième sonate nous livre encore plus d’invisible. Le pianiste tremble de joie dans les octaves graves. Les mélodies des deux compères s’entrelacent. Germe un élan vital tranquille, germent des bouffées d’humour et des trilles célestes, à nouveau. Le martèlement du piano résonne comme les talons d’une princesse descendant les marches d’un palais. Le prince du violon semble oublier de respirer, tant la musique lui coule naturellement de l’archet comme une sève créatrice. C’est l’abandon à la musique. Les deux voix glissent l’une sur l’autre, et c’est fini !
La sonate n°3 nous jettera dans un univers différent. L’archet ondoie, le piano se fait intime, les couleurs sont des gammes chromatiques. Puis tout à coup, les accords sont plaqués. Émanent des volutes pianistiques amples et le violon se transforme en berceuse. Pas d’arrêt entre les mouvements. L’adagio est lent et grave, il soutient une réflexion intense. Le pianiste extrait des notes de mystère de son instrument et même des bruissements de harpe. La complainte du violon fabrique des phrasés interminables, on dirait que l’archet s’allonge à l’infini. La fin, c’est du bouillonnement pur et l’explosion de la passion chez les deux solistes.
Le désormais attachant Maxim Vengerov remerciera chaleureusement le public pour son ovation bruyante et enthousiaste et annoncera la naissance d’un projet en Belgique: la création de l’école primaire et secondaire de Musica Mundi, réservée aux musiciens et dévouée à la musique. Ouverte à tous, cette école combinera un enseignement général de qualité et une formation musicale professionnelle. Déjà Maxime Vengerov participe depuis plusieurs années à MUSICA MUNDI un stage et festival de musique de chambre international ouvert aux jeunes talents âgés de 10 à 18 ans qui se déroule chez nous, à Waterloo, La Hulpe, Genval. Il conclut en évoquant le pouvoir thérapeutique de la Musique. Celui-ci remonte à Aristote. . . Le public est ébahi de tant de simplicité et de générosité cachées dans ce virtuose de renommée mondiale.
La fête n’est pas finie. Le très jeune orchestre, Belorussian Youth Orchestra, s’est installé souriant sur le plateau pour jouer des fragments de Tchaïkovski, Vivaldi, G.Radu, L. Anderson et W. Mnatzakanov. Ces derniers moments du concert se dérouleront sous l’emprise de la jubilation et de l’exaltation générale. Tant pour les jeunes musiciens, que pour leur ineffable chef d’orchestre, Vladimir Perlin, promenant son sourire de chat, à pas de velours parmi eux, ...que pour le public, totalement conquis.
Programme du concert :
-Maxim Vengerov violon - Vag Papian piano
Johannes Brahms Sonate pour violon et piano n° 1, op. 78, Sonate pour violon et piano n° 2, op. 100, Sonate pour violon et piano n° 3, op. 108
-Belorussian Youth Orchestra , Musica Mundi Young Talents, direction Vladimir Perlin
Fragments d’Œuvres de Tchaïkovski, Vivaldi, G.Radu, L. Anderson et W. Mnatzakanov
-Et en cadeau surprise, le merveilleux adagio du concerto pour 2 violons de J.S Bach interprété par Maxime Vengerov et Leonid Kerbel, son ami, fondateur de Musica mundi.
http://www.bozar.be/activity.php?id=10915&selectiondate=2011-5-2
CYRANO DE BERGERAC
Mise en scène : Gilles Bouillon
Avec
Christophe Brault : Cyrano de Bergerac
Emmanuelle Wion : Roxane
Thibaut Corrion : Christian de Neuvillette
Cécile Bouillot : La duègne, Mère Marguerite de Jésus
Xavier Guittet : Ragueneau
Philippe Lebas : Comte de Guiche
Denis Léger-Milhau : Lignière
Léon Napias : Montfleury/ Capitaine Carbon/ Castel-Jaloux
Marc Siemiatycki : Le Bret
Et les comédiens du JTRC : Louise Belmas, Pauline Bertani, Stephan Blay, Edouard
Bonnet, Brice Carrois, Laure Coignard, Richard Pinto et Mikaël Teyssie
Dramaturgie : Bernard Pico
Scénographie : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
Lumière : Michel Theuil
Musique : Alain Bruel
Assistante mise en scène : Albane Aubry
Une production du CENTRE DRAMATIQUE RÉGIONAL DE TOURS. Avec le soutien de la Drac Centre, de la Région Centre et du Conseil Général d'Indre-et-Loire (Jeune Théâtre en Région Centre) et le soutien du Fonds d'Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, Drac et Région Provence-Alpes-Côte d!Azur. En coproduction avec la Compagnie du Passage, Neuchâtel.
Dates : du 26 au 30 avril 2011
Lieu : Aula Magna, un accueil de L’ATELIER JEAN VILAR
Avec la troupe des comédiens de Tours, la plus célèbre pièce de théâtre d'Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, devient du Shakespeare ou du Victor Hugo…et même du Molière. Dès le début du spectacle où les comédiens se répandent mystérieusement, un à un sur le plateau, l’air de rien, le public qui ne s’est pas encore assis, est surpris. L’une lit un livre dans des poses sages, un autre accorde un instrument, l’autre tricote, le quatrième bat des œufs…d’autres s’escriment, mine de rien, juste pour le jeu du fleuret, d’autres installent des chaises. On perçoit un mystère, le début d’une aventure humaine commune pour cette troupe débordante d’inventivité et de fibre théâtrale.
On assistera à un balayage généreux de toute notre histoire théâtrale, qui fait palpiter l’œuvre comme si on lui ouvrait le cœur. C’est un secret de fabrication qui mettra en scène tous les aspects du théâtre occidental, depuis le théâtre de tréteaux populaire jusqu’aux tirades de Racine et Corneille. Sans doute à cause de la synergie du metteur-en-scène Gilles Bouillon et le talent fabuleux de chacun des artistes très judicieusement sélectionnés. Le tout est cousu d’or par l’amour des mots qui fait œuvre de magie. La synthèse est tout simplement extraordinaire entre l’infiniment grandiose et l’infiniment intime des sentiments.
18 acteurs sur le plateau avec un trio mythique : Roxane amoureuse de l’esprit, de l’amour, précieuse, charmeuse, délicieuse, Christian beau comme un ange mais sot et muet et Cyrano, laideur débordante d’esprit de liberté et de panache. Cette pièce aura fait battre nos cœurs comme un opéra, pendant presque trois heures. Les décors changeants et subtils ont une modernité qui soulignent l’intemporel : ces panneaux courbes de bois blond sans cesse en mouvance, évoquent tantôt la scène antique en hémicycle, tantôt l’enfermement ou l’échappée belle. Et les alexandrins de fuser joyeusement par-dessus les murailles ! Les changements de rôles sont tout aussi mouvants dans les scènes d’ensemble, à la façon du chœur antique. Que les personnages soient les boulangers-pâtissiers ou les fiers gascons invincibles, ils séduisent par leur caractère éphémère et drôle, terriblement dynamique! Jeux de lumières et de musique, et c’est la joie qui émane de la poésie de l’écriture.
L’esprit est partout, et l’amour surtout, au pied du balcon et par-dessus la faim et la désolation des troupes au siège d’Arras. L’amour encore, par-dessus la sérénité riante du cloître où s’est retirée la veuve Roxane. On en a plein les yeux, les oreilles et le cœur. Le texte est un immense gâteau succulent et illuminé que l’on déguste à petites miettes sucrées salées. Car le Beau Cyrano nous fait verser des larmes!
« J'ignorais la douceur féminine. Ma mère
Ne m'a pas trouvé beau. Je n'ai pas eu de soeur.
Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'oeil moqueur.
Je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une amie.
Grâce à vous une robe a passé dans ma vie. »
A l'initiative de Hamza FASSI-FIHRI, Député-Echevin en charge de la Culture de la Ville de Bruxelles.
Dans un débordement vocal et physique magistral, Francis Huster met à nu le véritable Marcel Aymé. Cette « Traversée de Paris » a perdu son « La » bien-pensant de « -La- traversée de Paris », film pacificateur et édulcoré réalisé par Claude Autant-Lara en 1956 où le trio mythique de Jean Gabin, Bourvil et de Funès firent merveille.
Ici on renoue avec le texte original de la nouvelle de Marcel Aymé, un texte brut qui ne ménageait pas les envahisseurs allemands, les adeptes du marché noir, les collabos de tout poil. L’histoire est plus rude aussi. Elle stigmatise une France peu reluisante avec l’appât du gain, l’égoïsme, la violence, la morale bafouée, la délation, l’étoile jaune. Les deux compères entreprennent nuitamment cette traversée de Paris afin de livrer un cochon découpé dans des valises… Soit ! Mais l’atmosphère est grinçante et viciée dès l’entrée de jeu, où, exploit physique de taille, Francis Huster personnifie tous les personnages à la fois, « 15 000 mots débités cul-sec ».
Quel défi ! Il exécute sur scène un marathon endiablé, sans costumes ni décors ou autres astuces… "Que le texte, et rien que le texte", convoquant sans relâche une douzaine de personnages… peu recommandables et pourtant nos frères ! Il mélange à ce point personnages, pinceaux, accents et intonations que le tableau de cette année 1943 devient une course macabre dont on ressort tout étourdi ou sonné. Le spot de lumière qui le suit pendant toute cette performance de gymnaste au bord de la souffrance physique, scrute l’histoire sans compromission, l’humour est absent. Martin, est peut-être un gars honnête et courageux, l’autre, Grandgil, se révèle fourbe et antipathique. Une vertigineuse discussion genre Dr. Jeckhill et Mr Hyde s’engage sur un rythme à faire peur.
Voilà Grandgil qui extorque de l’argent à Jambier, le propriétaire du cochon, traite les tenanciers d’un bar de « salauds de pauvres » et finit par assommer un agent de police. Martin découvre alors que Grandgil est un peintre aisé qui n’est là que pour s’amuser, il entre en fureur et, au cours de la bagarre qui s’ensuit, le poignarde avec son couteau. Huster, seul en scène avec les mots. Un tour de force scénique et dramatique porté par le vœu de Francis Huster de rendre justice et hommage à Marcel Aymé, en tant que « Juste de la littérature ».
AU CENTRE CULTUREL D’AUDERGHEM et la saison prochaine qui nous offre un nouvel échantillon du meilleur théâtre français en général et parisien en particulier, promet d’être aussi ébouriffante :
http://www.cc-auderghem.be/index.php/nos-spectacles/paris-theatre-1112.html
La curiosité est un excellent défaut !
C’était une délicieuse perspective que d’aller écouter l’orchestre philharmonique de Rotterdam en ce jour royal du 29 avril 2011. Son chef d’orchestre, canadien, Yannick Nézet-Séguin , né en 1975 est un phénomène. Il s’intéressa à ce métier dès l’âge de 10 ans et il est frappant de constater que le personnage n’a rien perdu de sa passion juvénile : il fait de véritables bonds de carpe ou plutôt de saumon « fugueux » quand il dirige ses concerts et entraîne dans son sillage tout un orchestre de cheveux blonds et de cheveux blancs. On a rarement vu un tel feu dans les moments de « climax » qui émaillèrent cette prestation de Bach à Richard Strauss.
On découvre d’abord une musique soyeuse et de plus en plus pulpeuse avec l’orchestration de Webern de l’Offrande musicale de J.S.Bach : une fugue brillante à six voix, composée en 1935. Chromatisme poussé, enchevêtrement de lignes, timbres romantiques dont on ressort séduit et … sans voix. Il semble y avoir une continuité extraordinairement naturelle entre ces deux artistes, nés à deux siècles d’intervalle, qui se conclut avec panache sur un crescendo plein d’émotion et de résonnance profonde.
Vient ensuite le concerto pour deux violons et orchestre en ré mineur BWV 1043 de J.S.Bach composé en 1720. Une œuvre d’une beauté exquise, un ballet musical entre les deux charmants mousquetaires de la musique : Lorenzo Gatto et Yossif Ivanov, aux violons. Finesse, humour, assurance : leurs archets virevoltent comme des papillons par-dessus une prairie d’été, en épousailles sans failles. Leur complémentarité bienveillante donne le frisson : et l’entente et l’écoute. Ils croisent l’archet avec humour et jubilation. Rendons aussi hommage à leur fougue et leur générosité juvénile dans le troisième mouvement, les deux violons ne semblent plus qu’en faire un, les canons et cascades de notes se terminent en un aboutissement plein de sérénité et de simplicité. Vivats, ovations applaudissements sans fin termineront cette première partie, bouleversante, du concert.
Un cadeau pour le public : le troisième mouvement, en bis.
En deuxième partie, nous voilà avec le Don Quichotte de Richard Strauss, « fantastische Variationen über ein Thema ritterlichen Charakters », pour violoncelle et orchestre, op 35 (1897). Deux thèmes s’entrelacent, Don Quichotte est représenté par des solos bouleversants de violoncelle et Sancho Panza par la clarinette basse et le tuba puis par l’alto. L’orchestre ponctue ces solos dans un esprit de narration fantastique débridée. Les chapitres se déroulent en variations un peu sardoniques. Il y a de l’humour, certes, mais aussi beaucoup de lourdeur. Une chevauchée dans les airs avec une machine à vent renouvelle sans doute l’intérêt de l’écoute, mais on préfère décidément les morceaux de solo où Floris Mijnders, le violoncelliste, joue en fermant les yeux et en exprimant de son corps de titan aux yeux bleus toutes les nuances de la musique, comme s’il était seul à bord du navire.
Les soli et le Maestro Québécois recevront une pluie d’applaudissements enthousiastes.
Rotterdams Philharmonisch Orkest
Vendredi 29.04.2011 20:00
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
Johann Sebastian Bach, Concerto pour 2 violons, cordes et continuo, BWV 1043
Richard Strauss, Don Quichotte, op. 35
http://www.bozar.be/webpage_broadcastitem.php?broadc_id=1255
http://www.bozar.be/activity.php?id=9781&selectiondate=2011-4-29
Une superbe vidéo aquatique nous plonge dans l’Histoire du Titanic, vieille de 99 ans. En ce jour fatidique du 14 avril 1912, le puissant monde occidental se brisait comme une poupée de porcelaine et s’engouffrait au fond de l’Atlantique Nord pour toujours. On le sait, c’est le péché d’Hubris, tant dénoncé par les tragédiens grecs, qui fit disparaître pour toujours ce bâtiment réputé insubmersible, dans "le crissement d'un patin sur la glace." Ce navire, aussi haut que le plus grand des gratte-ciel américains, sombra en quelques heures par une nuit sans lune, en frôlant l’iceberg meurtrier. Symbole tragique des limites de l’homme et de la dislocation du Vieux monde.
La pièce de THIERRY DEBROUX fut écrite quelques mois avant la sortie du film de Cameron en 1996, lui aussi une description d’une catastrophe qui ne cesse d’interroger notre mémoire collective. Ainsi furent fracassés brutalement, le luxe extrême, le délire du progrès technique et les classes sociales…. Coup de semonce divine? En tout cas, une catastrophe internationale et ici dans la pièce, une catastrophe intime d’une petite fille séparée de sa mère dans des circonstances étranges. De l’immensément grand à l’immensément petit.
Le décor est un vaste plan incliné blanc, le souvenir de l’iceberg, sur lequel apparaissent - elle, dans toute sa vivacité, et lui, dans son immense bonhommie - la grande actrice Jacqueline Bir et son merveilleux compagnon, Marc Olinger jouant Edward, le mari flegmatique. Ils ont tout du beau couple de noces d’argent, s’intéressant, l’un aux étoiles et aux questionnements de Einstein, et l’autre à l’infiniment petit : les pucerons dévorants le robinier du jardin.
Maggy est mystérieusement protégée de ses souvenirs de petite fille par une amnésie infantile qui a recouvert les événements du 14 avril 1912. La surface polie du couple sera fracassée par la visite soudaine d’un jeune compositeur d’opéra, tout comme le destin fracassa subitement le bateau mythique. Edward, le mari astronome ne veut pas réveiller les vieux souvenirs. Il traine derrière lui un fardeau aussi lourd que le Titanic. Par amour pour sa femme, Maggy, il n’a jamais voulu dévoiler les secrets qu’il détient.
Un douloureux travail de mémoire pour Maggy s’engage dans un duel avec le jeune compositeur, figure très dramatique. Celui-ci s’est passionné pour un travail de mémoire palpitant et c’est ainsi que les deux destins se croisent. Il est en effet fasciné par la photo d’une femme, trouvée dans un livre ayant appartenu à son grand-père. Pourquoi ressemble-t-elle tant à cette mère fermant les bras sur son enfant, qu’il a retrouvée dans des documents d’archive du Titanic? Une énigme familiale qu’il ne peut s’empêcher de vouloir résoudre. Maggy, devenue la proie de réminiscences troublantes, qu’elle croyait enfouies à jamais, finit par se prêter au jeu … qu’elle porte élégamment, avec une justesse de ton, une vigueur et une émotion magnifiques.
A la fin, c’est la catharsis salutaire et l’émergence de la sérénité et de la paix. La petite fille souriante de la vidéo mélangeant subconscient et fonds marins, apparaît sur la scène en sautillant. Applaudissements vifs et chaleureux.
THÉÂTRE ROYAL DU PARC 28 Avril 2011 >> 28 Mai 2011
MISE EN SCÈNE Thierry Debroux , COMPOSITION MUSICALE de PASCAL CHARPENTIER, SCÉNOGRAPHIE ET COSTUMES Catherine Cosme
AVEC Jacqueline Bir, Anouchka Vingtier, Marc Olinger, Hervé Sogne Le texte est paru aux éditions Lansman.
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http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2010_2011_005
GIFLE
Rayures sur le visage
lueurs noires des yeux
brillants
brûlants
De ses deux mains
elle serre son coeur
enclavée
En elle tout est noir
fermé
laminé
L'ennemie la toise
blanc du regard
"Pleunicheuse va !"
Rayures sur l'âme
elle ne pleurera pas,
non, elle ne pleurera pas
Un pli au coin des lèvres
Déjà
Si petite
et ce pli ? Déjà
Elle a huit ans à peine
de peines
de haine
Dehors il fait soleil
Dehors il fait lumière
catéchisme de lumière
"Ton Esprit est Lumière"
OUI
Mais la maison
est sombre
si sombre
La maison
est ..... TENEBRES
Rolande Quivron ( E.L. QUIVRON-DELMEIRA)
Note de l'auteur
Premier ouvrage achevé, alors que d'autres dorment encore sagement dans les tiroirs, attendant la clé qui leur ouvrira la porte pour atteindre leurs lecteurs.
Le "Sourire d'Edmond", publié aux Editions Persée, est le fruit d'un long voyage dont les paysages, parfois rugueux parfois lisses, sont autant de photos qui ont guidé, dévié, inspiré ma vie. Il s'agit d'enfance, d'hommes et de femmes, de femmes et de femmes. Il s'agit de ces pays qui se frôlent et ne veulent jamais tout à fait se marier en paix. Il s'agit encore de cultures et d'incultures, de croisées de chemins, de larmes et de rires.
Le métissage, celui des sangs, des peaux et des croyances lui donne un arrière plan où tout est toujours incertain. Seule certitude pour moi, celle d'être une enfant du monde, une fille, une mère, une femme. Il est question de maternité, de solitude et de famille.
Le temps lui-même y est sans contour défini et se promène en un va et vient incessant entre passé et présent. Comme une quête qui peine à s'achever. ... Un rythme où les mots viennent et reviennent, comme ils le feraient dans une longue chanson... Mais trois minutes n'auraient pas suffi pour dire.
Résumé
Dans un garage, à l'ombre des grands, un frère et une sœur jouent, insouciants, à singer le monde des grands. De l'ombre à la lumière, le chemin de la vie, lignes brisées qui toujours se recoupent, est un voyage où le pur et l'impur, le vrai et le faux, l'être et le paraître s’entrechoquent, où les cultures s'emmêlent au mépris des frontières, où les sourires présents se trempent des larmes du souvenir.
Le Sourire d'Edmond est cette longue remontée du temps, nécessairement douloureuse, cette longue quête de l'enfant qui grandit pour finir par ne plus être que lui-même, au-delà du lien infini qui lie la femme à l'enfant, l'enfant à la mère.
Sur l'auteur
Antonia Ramarozaka, née à Tananarive en 1961, maman à triple temps, métisse d'origine française et malgache, fille de diplomate, a passé son enfance entre malles et adieux. Auteur de l'ombre, noircissant des pages dans les rares heures de liberté que lui laisse l'emploi du temps chargé d'une femme ordinaire, elle continue de toucher à tout, chansons, images et mots. Réfugiée dans l’anonymat des cuisines havraises après avoir embrassé de longues années durant une carrière d'auteur-interprète dans la chanson, sous le pseudonyme d'Ona Rozaka, elle signe à l'aube de ses cinquante ans, son premier Roman.
Van Gogh. Les dernières chambres. (104 pages)
Par Wouter van der Veen
Les Editions Arthénon à Strasbourg
Avec la très courtoise autorisation de l'auteur
Mon amie Colette Muyard écrit des poèmes aux mots merveilleusement imagés et tendres je vous offre un extrait de "Mélancolère" son dernier recueil que mon esquisse accompagne modestement
"Quand l'infini des plages
me faisait le coeur blond
l'espérance bleu-pâle
et l'avenir immense "
Etats de couple : tu m’aimes, pour... quoi ?
Voici une composition fantaisiste de scènes de couple, tantôt acerbe, tantôt tendre, toujours humoristique à travers leur grandeur et leur décadence. L’absurde et le surréalisme plantent le décor dès la première scène … dérapage immédiat pour s’être fiés à un livre de savoir vivre plutôt qu’au savoir être. La toile de fond est faite de pure mauvaise foi. Les nuances de cette toile lumineuse revêtent les couleurs pastel de l’arc en ciel, au propre et au figuré, pour faire le tour de toutes les situations et en voir de toutes les couleurs ! Savants jeux de projecteurs, sensibles et épicés. Les liens musicaux légers et discrets sont de vrais morceaux choisis. Les scènes éclair se succèdent, les mimes, les mimiques, les rires, les pleurs, les crises et quelques abandons. On se reconnait par flash soudains d’une phrase que l’on a sûrement déjà prononcée un jour et cela chatouille le cœur.
Tout est une question d’optique et de ses illusions. Les changements de lumières, ceux des costumes nous emmènent dans le kaléidoscope amoureux, fracturé par les tâches domestiques, la télé, le boulot, les mille et une incompatibilités et hostilités rentrées. Scènes d’heurs et malheurs domestiques, puis comme un refrain de Zazie dans le Métro on se retrouve soudain avec la même scène, déjà vue, jouée de dix manières différentes, à la Raymond Queneau…. C’est comme dans la vie: ces nœuds sur lesquels on bute sans jamais vouloir changer une ligne du dialogue. Survient alors une magnifique scène de solistes - couple oblige - qui commence tout en douceur, chacun sa partition, et se termine en apothéose cacophonique aussi hilarante que brillante. Qu’ils sont beaux quand ils sont en colère, lorsque homme et femme orchestre se déchaînent! Les deux comédiens se lâchent complètement dans le pastiche de la scène d’ouverture de la Jalousie de Sacha Guitry. Bonheur d’interprétation! Colette Sodoyez est exquise ! La fin ressemble comme deux gouttes d’eau à du Guillaume Musso. Au milieu de toutes les scènes turbulentes dans la mosaïque de ce chaos organisé, on découvre… un couple enlacé dans le vitrail !
Une comédie de Marc Pheline et Odile Clair
Avec Colette Sodoyez et Michel Hinderyckx
Mise en scène: Laurent Renard
Photos LucTourlouse 2010, festival Bruxellons
Une production de Argan42, la comédie de Bruxelles, Au Théâtre des Martyrs pour la saison 2010-2011
Au Théâtre de la Place des Martyrs
Atelier
Du 27 avril au 29 mai 2011
Je prie pour ne pas me noyer dans les délices d'une série de marines trop clean..
Je prie pour garder la tête hors de l'eau..
Mais pourquoi ces scrupules après tout.. Faire un peu dans le facile, pour une expo en Suède, faire du fastoche, du vendable..
par exemple ajouter le phare , silhouette sombre sur les rochers déjà dans le noir.
35x24 acry marouflée sur toile
gegout © adagp.2011
Cinq filles couleur Pêche Titre original :
« Five Women Wearing the Same Dress » (Allen Ball 1993)
L’absente de tout bouquet : on ne voit jamais la mariée dans la pièce, mais on vient observer « les insolentes bridesmaids », toutes habillées façon meringues roses, selon le vœu de la mariée. Quant au marié, on n’en parle même pas ! symptomatique?
Cinq demoiselles « d’honneur » qui lèvent cyniquement le voile sur l’envers du décor. Cinq « demoiselles »…qui n’ont rien de jeunes vierges effarouchées. Elles devraient sortir d’une bonbonnière, et être toutes pareillement coiffées, pomponnées et habillées, ainsi le veut la coutume en Amérique. Mais la livrée est trash et chacune décline à sa façon des traits de costume et de caractère, hors du commun. Le froufrou du tutu de fluo rose criant est piétiné par le vécu des cinq grâces, qui à l’occasion de la mascarade de ce mariage délirant, se lâchent comme elles ne l’ont jamais fait.
Elles boivent, elles fument et elles causent ! Confidences détonantes et hilarité en continu, vocabulaire cru fait pour choquer, langage corporel outrancier, la critique de la société néo-libérale éclate dans toute sa violence. Le ton est corrosif, on nage dans l’acide. On ne peut pas être indifférent.
Margaret, la sœur de la mariée, coiffée punk blond oxygéné, attachante, est vraie sur toute la ligne. Toutes griffes dehors elle pourfend l’institution, l’establishment et les parents débiles, et surtout la mascarade de la cérémonie et de l’après-cérémonie. Sous des dehors de battante, elle est toute fragilité et insécurité!
Georgia the gorgeous, ronde et crépitant d’humour, l’esprit et le corps en pulpe. Pourquoi a-t-elle accepté de devenir demoiselle d’honneur d’une mariée qui lui a raflé in illo tempore son Don Juan, l’incomparable sex-symbol, Tommy Valentine, qui se les est toutes « faites »? De dépit, elle a épousé le roi des « larves ». Elle joue divinement bien !
Frances : La cousine de la mariée. « Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne couche pas, je suis chrétienne »….et tous les autres poncifs à la clé. Une caricature exquise de la naïveté et de l’innocence. C’est elle bien sûr qui gagnera le bouquet de la mariée !
Julia, « élue Reine de la mauvaise réputation ». Solitaire en diable malgré le nombre incalculable d’amants qu’elle a collectionnés. Les parents lui reprochent son influence néfaste sur la mariée, elle se réfugie dans le plaisir de la manipulation et de l’observation, jusqu’à la dernière scène où …(chut !!!)
Brenda: la sœur grande et maigre du marié. Malgré les lunettes démesurées son corps ingrat se cogne partout. Ugly Duckling, elle est devenue lesbienne, et peut se gorger d’appetizers à l’infini, sans gagner un gramme. Quelle injustice !
La panoplie des maux de notre siècle est présentée en éventail. Rien ne manque. Le rythme et le décor sont débridés, le ballet presque macabre. On perçoit des références très lisibles au très beau film du même auteur, « American Beauty » avec l’utilisation d’une petite caméra vidéo qui filme les mouvements des « Barbies ». Ils sont projetés sur une dizaine d’écrans ayant remplacé depuis longtemps les livres sur les étagères de l’immense bibliothèque de cette chambre où elles se sont réfugiées pour fuir le mariage. On a même droit à une séquence purement nombrilique, au propre et au figuré, c’est dire si l’altruisme a peu voix au chapitre! La mise-en-scène de leur déshabillage mental est très audacieuse et fait mouche. Toutes happées par les non-valeurs, l’encombrement de la société moderne et la perte de certitudes, elles volètent en tous sens, de façon erratique. Heureusement cette expérience impromptue leur fait découvrir les bienfaits du parler vrai et des liens d’amitié naissante, la seule chose qui surnage dans ce tas d’immondices.
Soif d’idéal couleur pêche? On finit par les aimer toutes …ces pécheresses! Toutes pèchent, à cause du monde moderne qui les broie. Sauf peut-être, Frances, accrochée aux vertus obsolètes de sa foi chrétienne. Et encore, celle-là ne pèche-t-elle pas par extrémisme religieux? Foule sentimentale, s’abstenir.
Sauf que le jeu des cinq actrices est tout simplement génial.
Dernier jour: au théâtre des Martyrs
avec
Julia (Valérie Bauchau)
Margaret (Stéphanie Blanchoud)
Georgia (Laura Vossen)
Frances (Sandy Duret)
Brenda (Karin Clercq)
Et Michelangelo Marchese
http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece5.html