Van Gogh. Les dernières chambres. (104 pages)
Par Wouter van der Veen
Les Editions Arthénon à Strasbourg
Avec la très courtoise autorisation de l'auteur
Van Gogh. Les dernières chambres. (104 pages)
Par Wouter van der Veen
Les Editions Arthénon à Strasbourg
Avec la très courtoise autorisation de l'auteur
Mon amie Colette Muyard écrit des poèmes aux mots merveilleusement imagés et tendres je vous offre un extrait de "Mélancolère" son dernier recueil que mon esquisse accompagne modestement
"Quand l'infini des plages
me faisait le coeur blond
l'espérance bleu-pâle
et l'avenir immense "
Etats de couple : tu m’aimes, pour... quoi ?
Voici une composition fantaisiste de scènes de couple, tantôt acerbe, tantôt tendre, toujours humoristique à travers leur grandeur et leur décadence. L’absurde et le surréalisme plantent le décor dès la première scène … dérapage immédiat pour s’être fiés à un livre de savoir vivre plutôt qu’au savoir être. La toile de fond est faite de pure mauvaise foi. Les nuances de cette toile lumineuse revêtent les couleurs pastel de l’arc en ciel, au propre et au figuré, pour faire le tour de toutes les situations et en voir de toutes les couleurs ! Savants jeux de projecteurs, sensibles et épicés. Les liens musicaux légers et discrets sont de vrais morceaux choisis. Les scènes éclair se succèdent, les mimes, les mimiques, les rires, les pleurs, les crises et quelques abandons. On se reconnait par flash soudains d’une phrase que l’on a sûrement déjà prononcée un jour et cela chatouille le cœur.
Tout est une question d’optique et de ses illusions. Les changements de lumières, ceux des costumes nous emmènent dans le kaléidoscope amoureux, fracturé par les tâches domestiques, la télé, le boulot, les mille et une incompatibilités et hostilités rentrées. Scènes d’heurs et malheurs domestiques, puis comme un refrain de Zazie dans le Métro on se retrouve soudain avec la même scène, déjà vue, jouée de dix manières différentes, à la Raymond Queneau…. C’est comme dans la vie: ces nœuds sur lesquels on bute sans jamais vouloir changer une ligne du dialogue. Survient alors une magnifique scène de solistes - couple oblige - qui commence tout en douceur, chacun sa partition, et se termine en apothéose cacophonique aussi hilarante que brillante. Qu’ils sont beaux quand ils sont en colère, lorsque homme et femme orchestre se déchaînent! Les deux comédiens se lâchent complètement dans le pastiche de la scène d’ouverture de la Jalousie de Sacha Guitry. Bonheur d’interprétation! Colette Sodoyez est exquise ! La fin ressemble comme deux gouttes d’eau à du Guillaume Musso. Au milieu de toutes les scènes turbulentes dans la mosaïque de ce chaos organisé, on découvre… un couple enlacé dans le vitrail !
Une comédie de Marc Pheline et Odile Clair
Avec Colette Sodoyez et Michel Hinderyckx
Mise en scène: Laurent Renard
Photos LucTourlouse 2010, festival Bruxellons
Une production de Argan42, la comédie de Bruxelles, Au Théâtre des Martyrs pour la saison 2010-2011
Au Théâtre de la Place des Martyrs
Atelier
Du 27 avril au 29 mai 2011
Je prie pour ne pas me noyer dans les délices d'une série de marines trop clean..
Je prie pour garder la tête hors de l'eau..
Mais pourquoi ces scrupules après tout.. Faire un peu dans le facile, pour une expo en Suède, faire du fastoche, du vendable..
par exemple ajouter le phare , silhouette sombre sur les rochers déjà dans le noir.
35x24 acry marouflée sur toile
gegout © adagp.2011
L’absente de tout bouquet : on ne voit jamais la mariée dans la pièce, mais on vient observer « les insolentes bridesmaids », toutes habillées façon meringues roses, selon le vœu de la mariée. Quant au marié, on n’en parle même pas ! symptomatique?
Cinq demoiselles « d’honneur » qui lèvent cyniquement le voile sur l’envers du décor. Cinq « demoiselles »…qui n’ont rien de jeunes vierges effarouchées. Elles devraient sortir d’une bonbonnière, et être toutes pareillement coiffées, pomponnées et habillées, ainsi le veut la coutume en Amérique. Mais la livrée est trash et chacune décline à sa façon des traits de costume et de caractère, hors du commun. Le froufrou du tutu de fluo rose criant est piétiné par le vécu des cinq grâces, qui à l’occasion de la mascarade de ce mariage délirant, se lâchent comme elles ne l’ont jamais fait.
Elles boivent, elles fument et elles causent ! Confidences détonantes et hilarité en continu, vocabulaire cru fait pour choquer, langage corporel outrancier, la critique de la société néo-libérale éclate dans toute sa violence. Le ton est corrosif, on nage dans l’acide. On ne peut pas être indifférent.
Margaret, la sœur de la mariée, coiffée punk blond oxygéné, attachante, est vraie sur toute la ligne. Toutes griffes dehors elle pourfend l’institution, l’establishment et les parents débiles, et surtout la mascarade de la cérémonie et de l’après-cérémonie. Sous des dehors de battante, elle est toute fragilité et insécurité!
Georgia the gorgeous, ronde et crépitant d’humour, l’esprit et le corps en pulpe. Pourquoi a-t-elle accepté de devenir demoiselle d’honneur d’une mariée qui lui a raflé in illo tempore son Don Juan, l’incomparable sex-symbol, Tommy Valentine, qui se les est toutes « faites »? De dépit, elle a épousé le roi des « larves ». Elle joue divinement bien !
Frances : La cousine de la mariée. « Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne couche pas, je suis chrétienne »….et tous les autres poncifs à la clé. Une caricature exquise de la naïveté et de l’innocence. C’est elle bien sûr qui gagnera le bouquet de la mariée !
Julia, « élue Reine de la mauvaise réputation ». Solitaire en diable malgré le nombre incalculable d’amants qu’elle a collectionnés. Les parents lui reprochent son influence néfaste sur la mariée, elle se réfugie dans le plaisir de la manipulation et de l’observation, jusqu’à la dernière scène où …(chut !!!)
Brenda: la sœur grande et maigre du marié. Malgré les lunettes démesurées son corps ingrat se cogne partout. Ugly Duckling, elle est devenue lesbienne, et peut se gorger d’appetizers à l’infini, sans gagner un gramme. Quelle injustice !
La panoplie des maux de notre siècle est présentée en éventail. Rien ne manque. Le rythme et le décor sont débridés, le ballet presque macabre. On perçoit des références très lisibles au très beau film du même auteur, « American Beauty » avec l’utilisation d’une petite caméra vidéo qui filme les mouvements des « Barbies ». Ils sont projetés sur une dizaine d’écrans ayant remplacé depuis longtemps les livres sur les étagères de l’immense bibliothèque de cette chambre où elles se sont réfugiées pour fuir le mariage. On a même droit à une séquence purement nombrilique, au propre et au figuré, c’est dire si l’altruisme a peu voix au chapitre! La mise-en-scène de leur déshabillage mental est très audacieuse et fait mouche. Toutes happées par les non-valeurs, l’encombrement de la société moderne et la perte de certitudes, elles volètent en tous sens, de façon erratique. Heureusement cette expérience impromptue leur fait découvrir les bienfaits du parler vrai et des liens d’amitié naissante, la seule chose qui surnage dans ce tas d’immondices.
Soif d’idéal couleur pêche? On finit par les aimer toutes …ces pécheresses! Toutes pèchent, à cause du monde moderne qui les broie. Sauf peut-être, Frances, accrochée aux vertus obsolètes de sa foi chrétienne. Et encore, celle-là ne pèche-t-elle pas par extrémisme religieux? Foule sentimentale, s’abstenir.
Sauf que le jeu des cinq actrices est tout simplement génial.
avec
Julia (Valérie Bauchau)
Margaret (Stéphanie Blanchoud)
Georgia (Laura Vossen)
Frances (Sandy Duret)
Brenda (Karin Clercq)
Et Michelangelo Marchese
http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece5.html
Musica Deuxième (Marguerite Duras)
Du 11 mars au 9 avril 2011, au THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS.
D'après Marguerite Duras. Mise en scène de Philippe Sireuil. Une femme. Un homme. Ils se sont aimés, ont formé un couple, se sont mariés pour faire "comme tout le monde". Le temps, ses affres et ses tentations ont suivi leurs pas, jusqu’à les perdre...
Deux comédiens suisses romands: L’une semble être une variante de Juliette Binoche ou de Fanny Ardant, l’autre de Michel Piccoli. Cela pose déjà les personnages et leurs affects. Après la liquidation de leur mariage cassé, voici leur ultime rencontre dans l'entre-deux d’une scène bi-frontale, sorte de couloir qui sépare deux assemblées d’yeux interrogateurs installés dans la pénombre formant une double toile de fond observatrice.
Eux deux sont enfermés dans une moustiquaire, entre une fenêtre aveugle à droite et une double porte d’hôtel de province vers le Rien, à gauche. Ou l'inverse pour les autres qui regardent aussi. Pas d'issue: ils sont pris au piège.
La lumière d’entre-deux est faiblarde: le twilight anglais. Leur amour dévorant aura été la relation la plus forte et la plus intense dans leur vie car ils sont maintenant exsangues, tous deux vidés de leur énergie vitale. De plus ils se sont tous deux rapprochés très dangereusement de la mort. Plus jamais ils ne renverront la lumière. Un constat pénible. Le public assiste impuissant à « cette rhétorique du désastre amoureux, au ballet des figures imposées de la désespérance ; à vivre, comme par effraction, cette joute ultime où il viendra sans être vu, comme un voyeur de hasard, ou un client de peepshow, pour mieux entendre ce qui se dit, mais aussi ce qui est tu ». Paroles de Philippe Sireuil, le metteur en scène.
Mots simples, texte poignant:
ELLE. - Et de toi, qu'est-ce que tu faisais de toi ?
LUI. - Je ne l'ai jamais su.
Silence. L’histoire des amants d'Évreux devient un fait-divers, une fiction.
ELLE, dit au public. - On avait renvoyé la femme de ménage. On avait honte de
nous, on avait peur qu’elle raconte dans la ville. Tout était sale, il n'y avait
rien à manger. On ne se parlait plus qu'en hurlant.
LUI, dit au public. - Un soir les voisins ont appelé la police. Ils voulaient nous
emmener au commissariat pour vous protéger de moi.
Ralentissement. Un temps.
ELLE, dit au public. - Après on n'a plus appelé les voisins. On ne les a plus
appelés.
LUI. - Après on n'a plus appelé personne. (Un temps.)
Après on est mort. (Un temps.)
On nous a trouvés morts. (Un temps.)
Ensemble. (Un temps.)
Par terre.
ELLE. - Oui.
Silence. Et puis soudain il crie bas. La figure dans les mains.
Sous les mains les yeux sont fermés, le visage reste détruit.
LUI. - Je veux une histoire avec toi.
Je veux ça.
Vivre avec toi.
Une histoire avec toi. Partir avec toi.
Enfermé avec toi dans une maison. Je veux ça.
C'est ça. Je veux ça.
Elle s'éloigne de lui, elle ne peut pas rester près de lui alors qu'il est dans cet
état. Et elle parle, pour parler, sans voix, de ces meubles du garde-meuble,
cette fausse donnée de l'histoire.
ELLE. - Pour … ces choses … du garde-meuble … à vrai dire je n'en ai plus
l'emploi … (Un temps.) Prenez les, vous … pour un jour vos enfants ?
Les corps et les visages sont plantés là, comme des personnages de scène funéraire égyptienne, de profil, avec la mort ou l’éternité rôdant partout. Une urne pour recueillir les cendres inutiles. Le dos-à-dos règne en maître, le regard de la femme se perd dans le vide, le « vous» poli enterre des pointes de «tu» et d’intimité. Las, on est impuissant à sauver les paramécies dans le bocal : car elles sont figées dans l’impuissance face au changement, l’absence d’idéal, la fragilité personnelle, l'incommunicabilité et la solitude, sauf cette ultime fois. Mais tout est inéluctablement consommé, dans l'intimité de leur théâtre. Seule la musique reste. Et l’obscurité.
Distribution : Avec Anne Martinet, Philippe Morand
Focus sur un petit éditeur belge de qualité
Jacques Abeille
Claude Albarede
Claude-Albane Antonini
Jean-Claude Asset
Jean-Michel Aubevert
Adeline Baldacchino
Dirk ‘Bowy’ Bauwens
Jean-Christophe Belleveaux
Jérôme Bertin
David Besschops
Philippe Boisnard
Antoine Boute
Rémi Boyer
Christoph Bruneel
Annie Busin
Peter Arthur Caesens
Jacques Canut
Jean Chatard
Gérard Cléry
Michel Cosem
Jean-Louis Costes
Maurice Cury
Pierre Dailly
Jean-Paul Daoust
Yvonne de Grazia
Laurent Debut
Louis-François Delisse
Alain Delmotte
Christophe Depauw
Jean-Pierre Depoortere
Frans Deschoemaeker
Johan Deschuymer
Gie Devos
Katrine Dupérou
Francis Duriez
Dan Ferdinande
Guy Ferdinande
Bertrand Foly
Philippe G. Brahy
Otto Ganz
Hortense Gauthier
Jean-Paul Gavard-Perret
Marie Ginet
Francis Giraudet
Jo Govaerts
Bruno Groensteen
Bernard Guérin
Bibliotheca Gullbiana
Georges Hassomeris
Alain Helissen
Edith Henry
Leen Huet
Jean-Philippe
Alain Jegou
Jacques Jouet
Yann Kerninon
Parviz Khazraï
Vénus Khoury Ghata
Jean L’Anselme
Jean-Louis Lafon
Werner Lambersy
De Lanzedeners
Frédéric Le Moigne
Alain Georges Leduc
Jacky Legge
Dominique Leloir
Philippe Lemaire
Les Bicéphales
Anne Letoré
Gérard Levoyer
Suzy Lieppe-Pruvot
Françoise Lison-Leroy
Jean-Sébastien Loygue
Thierry Maricourt
Mimosa
Ian Monk
Roland Nadaus
Sylvie Nève
Brigitte Niquet
Armand Olivennes
Orieta
Angela Ortenzio
John Paragraph
Jean Parsy
Charles Pennequin
Nicole Petit
Alain-Pierre Pillet
Jean-François Poupart
Thierry Rat
Pierre-Yves Renkin
Fabien Ribéry
Cécile Richard
Jean Rousselot
Frédéric Saenen
Paul Sanda
Louis Savary
Bernard Simoes
Baudhuin Simon
Jacques Simonomis
Jan Snauwaert
Bruno Sourdin
Lucien Suel
Michel Valprémy
José Vandenbroucke
Peter Vandewiele
Luc Vandromme
Dimitri Vazemsky
Constant Venesoen
Muriel Verstichel
Michel Voiturier
Annie Wallois
A. Wandre
Lucien Wasselin
Koen Wastijn
Peter Wullen
Michel Onfray - Conférence "Dialectique de la laïcité"
Le jeudi 31 mars, le premier festival philo organisé par le CALBW se clôturait par la conférence de Michel Onfray sur le thème "Dialectique de la laïcité". Le théâtre Jean Vilar affichait complet à cette occasion (600 personnes). Si vous n'avez pas eu l'occasion de vivre cette conférence, retrouvez ici les principaux extraits
Le Vaudeville ? Déjà Boileau disait de lui :
D’un trait de ce poème en bons mots si fertile,
Le Français, né malin, forma le vaudeville :
Agréable indiscret, qui, conduit par le chant,
Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant.
Très jeune, Georges Feydeau usa de bons mots et écrivit des pièces à rires pour échapper aux devoirs d’école, … avec l’assentiment paternel. Il était heureux. En faire un moyen de subsistance changea toute l’affaire: le voilà coincé dans des structures contraignantes desquelles il voudrait sans cesse s’échapper. Paradoxe, même si ses pièces sont drôles, il ne rit plus. Il adore l’amour, paradoxe, il en mourra, veillé par Sacha Guitry. Mais ses pièces restent. Le genre peut paraître secondaire mais… il y infuse de l’esprit mordant et de la critique sociale, sans être aussi venimeux qu’Octave Mirbeau. Il dénonce cette bourgeoisie pétrie d’hypocrisie, de bassesses et de moralité fort complaisante.
Dans La Puce à L’Oreille, l’imbroglio inextricable de quiproquos les plus burlesques et de situations les plus risquées, tourne à la folie! La couleur de la puce? Puce me direz-vous ! Non, Verte ! Verte comme la jalousie, insidieuse, dévorante, dévastatrice. Elle règne en maîtresse absolue, du valet, au plus nanti des assureurs.
Les patronymes sont exquis: Victor-Emmanuel et Raymonde Chandebise, Carlos et Lucienne Homenidès de Histangua, Romain Tournel : …Ris, Tournel !…. On n’y échappe pas !
Le Docteur Finache qui « soigne » aux sels d’ammoniaque. Notre illustre comédien Michel Hindericks joue avec brio, Augustin Ferraillon, chef de l'Hôtel du Minet Galant. Sa femme Olympe, tout droit sortie des peintures de Toulouse Lautrec...est interprétée avec délices par Laure Godisiabois et ses rires de gorge sont inimitables. Les décors - de l’art nouveau à l’art galant - ne sont pas en reste.
Les costumes sont magnifiques et caricaturaux : un robe de soie fuchsia qui déambule dans un décor saumon, une autre robe couleur puce, taillée dans la même soie que la nappe qui recouvre la table sous laquelle d’aucuns devront se cacher pour échapper à d’embarrassantes situations. Les détails humoristiques fourmillent… Robes de chambres, chemises de nuit et bonnets, livrées de valets et de séducteurs, coiffes de bonnes, l’embonpoint de l’espagnol, sommité de la jalousie féroce, tout contribue aux rires!
Le comique du neveu Camille qui ne peut prononcer les consonnes fait mouche malgré le procédé un peu gros quand même. Image incontournable d’une dégénérescence de caste? La farce sera à son comble si on ajoute le comique technique d’une chambre galante qui s’escamote et présente subitement l’image d’un pauvre hère hébété malade et alité, ou d’autres situations coquasses. L’auguste personnage de Victor-Emmanuel semble atteint de delirium tremens. Le jeu des sosies… lui fait voir des fantômes et perdre toute notion d’identité. On ne se remet pas des accès de rire à répétitions, qui bien involontairement nous échappent, nous qui, d’ordinaire, allons au théâtre pour les idées et les grands sentiments.
Le spectateur est happé par cette pièce délirante et s’y trouve heureux. Un tour de force du texte et de son interprétation magistrale par cette troupe de comédiens magnifiquement rôdée.
Victor-Emmanuel Chandebise | Michel Poncelet |
Raymonde Chandebise | Perrine Delers |
Lucienne Homenides | Angélique Leleux |
Camille Chandebise | Luc Gilson |
Romain Tournel | Pierre Pigeolet |
Augustin Ferraillon | Michel Hinderyckx |
Olympe Ferraillon | Laure Godisiabois |
Docteur Finache | Marc De Roy |
Carlos Homenides de Histangua | Toni d’Antonio |
Etienne | Jean-Paul Clerbois |
Antoinette | Cécile Florin |
Rugby | Benoît Strulus |
Baptistin | Bernard Lefrancq |
Eugénie | Marjorie Berger |
-- | |
Mise en scène | Bernard Lefrancq |
Décors | Francesco Deleo |
Costumes | Ludwig Moreau
http://www.trg.be/Public/Page.php?ID=2686&ancestor1=2463&saison=2448 |
Mardi 29.03.2011 20:00
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
Wolfgang Amadeus Mozart, Quatuor à cordes, KV 428
Dmitry Shostakovich, Quatuor à cordes n° 8, op. 110
Franz Schubert, Quatuor à cordes n° 15, op. 161, D 887
Trois des quatre membres du Quatuor Hagen sont frères et sœur. Voilà qui explique peut-être l’exceptionnelle homogénéité de l’ensemble, qui fait partie depuis près d’un quart de siècle déjà des meilleurs quatuors à cordes internationaux. Au programme de ce concert, trois époques et trois styles très différents : Mozart et l’un de ses quatuors dédiés à Haydn, Chostakovitch et son plus célèbre quatuor, véritable requiem, « dédié aux victimes de la guerre et du fascisme », pour finir avec Schubert et son ultime quatuor. En un mot, trois compositeurs, trois chefs-d’œuvre.
Une île ou un esquif ? Dans cet océan d’auditeurs massés dans la grande salle Henry Le Bœuf... On est là pour écouter le quatuor Hagen. Chuuuut ! Les frémissements du quatuor à cordes en mi bémol majeur de Mozart commencent. C'est l’allegro ma non troppo, mais comme il est intimidé! Noyé ... dans ces 2000 respirations aux aguets ! Les contrastes entre idéal-et-lumière et condition humaine-et-structures sombres sont très marqués… Troppo?
Le deuxième mouvement: Andante Con moto devient d’une belle expressivité, intense et complexe. On respire. Cela doit être éprouvant de faire de la musique de chambre devant une aussi grande salle. Mais le talent est là et le sentiment fera le reste.
Embarquement dans la musique de Dimitri Chostakovitch avec un morceau extraordinaire, oeuvre puissante et pensive à la fois : le quatuor à cordes N°8 en do mineur, composé en 1960. Cette composition lui prit quelques jours seulement, lors de la visite du musicien en Allemagne sur les lieux d’un camp d’extermination. Ce voyage le ramène aux souvenirs de la désolation des bombardements que lui-même subit pendant la guerre en Russie dans sa propre ville. Cette pièce comprend cinq parties dont trois largos extrêmement émouvants. Une écriture très subtile exprime à la fois sa dissidence et le refuge qu’il trouve dans la musique. La première complainte lugubre est suivie d’une sorte d'assaut et d’une fuite effrénée en avant, sorte de danse macabre d’un essaim de maléfices. On perçoit des références au Dies Irae, des effluves tragiques d’un hymne russe funéraire. La salle est recueillie. Le violoncelle devient passionné et exprime une inextinguible lamentation totalement désespérée. C’est très beau.
La dernière œuvre que ce Hagen Qartett nous interprète est une œuvre dynamique, pulpeuse, plus basée sur des effets de rythme que sur de la mélodie selon moi. Il s’agit du quatuor à cordes N°15 en sol majeur de Franz Schubert. En quatre mouvements.
Ce qu’on aime, c’est l’épaisse matière instrumentale, les accompagnements généreux autour du violon, des effets dramatiques et le rôle grandissant du violoncelle. Le mouvement semble infini et semble faire du sur place quand démarre le scherzo, un morceau hérissé de courtes vagues d’angoisse. Le violoncelle porteur de calme revient et le violon retrouve sa chanson avant que de nouveaux frissons ne s’emparent du quatuor. Avec le quatrième mouvement voici enfin une mélodie joyeuse et dansante qui fait un pied-de-nez au sombre destin. C’est l’acceptation des épines de la vie, sans amertume, l’anima libre et ailée n’a pas dit son dernier mot et se rit des frayeurs humaines.
La salle et l’esquif se retrouvent, dans un tonnerre d’applaudissements.
http://www.bozar.be/activity.php?id=9861&selectiondate=2011-3-29
d'Octave Mirbeau« Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
C’est dire si Octave Mirbeau éprouve une véritable nausée pour le monde des honnêtes bourgeois qu’il pourfend impitoyablement. Célestine, la soubrette, tient un journal circonstancié de ses heurs et malheurs et égrène les turpitudes des nantis. « Je te hais, un peu, beaucoup, passionnément… » La condition de domestique n’est qu’un esclavage déguisé. Le secours des mots lui rend toute sa droiture et sa solidité. Ses racines sont dans le ciel. Les rôles s’inversent, on est pris d’empathie pour quelqu’un qui s’exprime avec autant de finesse, de lucidité et de cœur. Car elle a le cœur grand comme la main.
« Échouée dans un bourg normand, chez les Lanlaire, au patronyme grotesque, qui doivent leur richesse injustifiable aux filouteries de leurs « honorables » parents respectifs, elle évoque, au fil de ses souvenirs, toutes les places qu’elle a faites depuis des années, dans les maisons les plus huppées, et en tire une conclusion que le lecteur est invité à faire sienne : Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Comme Chambrière elle rêvait d’une intimité avec la dame à servir, … de confidences, voire d’amitié même. Elle découvre froideur, mépris, méfiance, manque d’humanité, avarice et asservissement. A elle de déguster en cuisine poires pourries et poulet avarié. A elle d’aller quérir les pantoufles du maître qui ne peut plus cacher son désir. La dame des lieux accepterait même que le maître de maison la mette dans son lit… du moment que cela ne lui coûte rien! Ordre social hypocrite et injuste où les domestiques sont souvent des travailleuses sexuelles à domicile.
L’adaptation théâtrale de ce roman fait d’aller-retours dans le temps et l’espace, dans les états d’âme, dans la perception de la moralité, est faite de façon très fine dans cette création du théâtre du Grand Midi. Le large décor sur plusieurs plans tout éclairé d’art nouveau est une jolie féerie dont on découvre vite les dessous peu aimables.
Le nombre de rôles endossés par le comédien masculin est extraordinaire. Il est la plume d’Octave Mirbeau et à la fois une constellation de personnages admirablement campés. C’est un conteur né, avec la légèreté et la mobilité du troubadour. Ses interprétations féminines sont particulièrement renversantes avec en vedette la maîtresse frustrée: Madame Lanlaire. Des caricatures dignes des personnages de Daumier. Jubilatoire.
Le jeu de la charmante soubrette Célestine est carrément exquis, fait de nuances, d’amour véritable, de compassion, d’humour, de distance, un personnage hybride entre servante et maîtresse… et qui le deviendra en se fiançant au pire des hommes, le jardinier-cocher Joseph : « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Des chansons de barricade ou de pavé parisien sont autant de clins d’œil poétiques et émouvants… très Piaf ! La construction de la pièce est aussi harmonieuse que la société qui est dépeinte est pourrie et vice-queuse.
http://www.xltheatredugrandmidi.be/index.php?pid=39
Parution de "La Nouvelle Histoire de Belgique", un coffret en 9 volumes
La connaissance du passé contribue à la conscience des enjeux qui conditionnent le présent et bâtissent le futur. L’Histoire et la mémoire contribuent à réduire le risque de répéter les errements du passé. "La nouvelle histoire de Belgique" contribuera à n’en pas douter à jouer ce rôle pédagogique et citoyen de tout livre d’histoire. Elle sort de presse en français aux Éditions Le Cri, quelques années après la version flamande parue chez Lannoo.En 9 volumes, douze historiens, flamands et francophones, se sont relayés dans leurs spécialités respectives pour écrire cette histoire politique de la Belgique dans une disposition chronologique allant de 1828 à 2000. Le dernier volume, thématique celui-là, est consacré au Congo.
Ecrits par d’éminents historiens, ces livres répondent au souci de lisibilité qui a présidé à leur conception, souci partagé par Christian Lutz, éditeur, et Vincent Dujardin, un des quatres coordinateurs de ce projet, que nous avos rencontrés.
Lors de la présentation de l’ouvrage dans les salons de la Présidence de la Chambre des Représentants à Bruxelles, le souhait a été formulé que ces livres trouvent leur place dans toutes les écoles et bibliothèques du pays. Gageons que ce message reçoive un écho au Sud et au Nord de la frontière linguistique qui traverse ce pays dont la capitale est aussi celle de L’Union européenne.
Edmond Morrel
LES 9 VOLUMES :
(1828 - 1847) Els Witte, La Construction de la Belgique
(1846 - 1878) Éliane Gubin & Jean-Pierre Nandrin, La Belgique libérale et bourgeoise
(1878 - 1905) Gita Deneckere, Les Turbulences de la Belle Époque
(1905 - 1918) Michel Dumoulin, L’Entrée dans le xxe siècle
(1918 - 1939) Emmanuel Gerard, La Démocratie rêvée, bridée et bafouée.
(1940 - 1950) Vincent Dujardin & Mark Van den Wijngaert, La Belgique sans roi
(1950 - 1970) Vincent Dujardin, Michel Dumoulin, L’Union fait-elle toujours la force- ?
(1970 - 2000) Marnix Beyen, Philippe Destatte, Un autre Pays
(1885 - 1980) Guy Vanthemsche, La Belgique et le Congo.
Quelques exemples:
membres de Bruxelles: ici http://ning.it/fnrUZp
membres de Namur: ici: http://ning.it/ebzcgy
membres de Liège: ici: http://ning.it/f4l9Yn
membres de Paris: ici: http://ning.it/hp7evt
texte de Peter Turrini
Au Parc à Mitrailles à Court-Saint-Etienne
Sous chapiteau numéroté – Navettes au départ de Louvain-la-Neuve
Avenue des Combattants, 19b – 1490 Court-St-Etienne
Représentations à 20h30 sauf le jeudi à 19h30 et le dimanche 27/03 à 15h
Ensuite le spectacle sera visible à L’esplanade Saint-Léonard (Liège) du 26 avril au 4 mai
Tél. gratuit : 0800/25 325 E-mail : reservations@atjv.be
Un théâtre qui se déplace, qui va vers les gens, qui part à la rencontre des publics c’est le théâtre sous chapiteau. Ce théâtre renoue avec la fête, le conte et le mythe.
Dans le village de Kaillass vit un jeune géant qui pleure. Il est le souffre-douleur des villageois moqueurs, qui l’accusent de tous les maux qui les accablent. Il rêve d’une vie à sa mesure, du vaste monde au-delà des esprits étroits, qui aurait quelque chose de grand à offrir, un Ailleurs : L’Amérique, lieu de tous les possibles? Un lieu large comme deux bras ouverts, un lieu au large de l’espoir d’exister tel qu’il est. Il est en même temps écrasé par l’impératif de ressembler aux autres. Ainsi son vain souhait de réintégrer la chorale des petits chanteurs de Kaillass, dont il a été exclu, va lui donner le désir chimérique d’acheter « un pré si grand qu’assis dans l’herbe, il y paraîtra enfin petit. »
Une naine rondelette et délectable, Irmeline tombe amoureuse de lui : voilà l’amour impossible qu’il accueille certes, mais qui ne l’empêche pas d’accomplir une odyssée aride qui le mènera de ville en ville à travers l’Europe, de champs de foire en cours royales de Prusse ou Angleterre, jusqu’au au pied de la tour Eiffel, à la poursuite de son rêve d’enfant.
Son voyage héroïque sera comme un conte initiatique, mais hélas un voyage intérieur qui ne le mènera nulle part, tant le trou dans sa poitrine demeure béant et triste. Il s’agit de quitter l’enfance, il faut rompre avec la mère, il faut cesser de croire à la légende par laquelle elle le berce d’une origine mythique et fabuleuse : celle d’un arbre. Il faut, et c’est le comble pour un géant, se décider à grandir, alors qu’il rêve de rapetisser! A peine parti, il veut rentrer dans son village natal. Le géant, bébé sans nom dira : « Dedans moi, il fait noir. J’ai un tel désir. Laissez-moi de nouveau être avec vous. Est-ce que je peux de nouveau chanter avec les petits chanteurs ?
« C’est loin l’Amérique ? » Grandir est pénible, il tousse, il est chétif malgré son format extraordinaire, et son compagnon de voyage est terriblement avide. « Je veux retourner chez Hannia » « Tu es maboule ? Toutes les célébrités de Berlin rivalisent pour te rencontrer ! Un empereur est assis sur tes genoux et toi, tu veux rentrer dans ce trou perdu ? ». Et le géant alors : « Le trou dans ma poitrine est de nouveau là. » Peut-on combler ce trou avec un cœur qui bat ? Las, l’amour et la musique sont absents. Son guide intéressé lui répète sans cesse qu’il n’y a pas d’argent et qu’il faut « avancer ». Un impératif de production fait du géant maladif et incapable de quitter l’enfance une victime de choix, et le tue à petit feu. Il s’éteindra dans le champ originel, les bras aimants de sa mère, vaste pré d’amour. Elle n’a jamais reçu d’argent de l’ignoble Crochetailleur. Mais au-delà de la mort, il y a cet autre amour inaltérable, celui d’Irmeline la jeune naine, l’amour au-delà de la mort, qu’elle a perçu tout au fond de ses yeux… Voici une histoire triste comme celle du « Meilleur des Mondes » de Aldous Huxley où John le Sauvage, incapable de se conformer aux impératifs de la société, s’éteint dans son phare. Ici cynisme absolu, les braves villageois récupèreront son image et en feront de juteux bénéfices pour la sainte ville de Kaillass.
Très beaux, ces costumes de cirque ambulant. Belle, la musique de fanfare joyeuse des bateleurs – le soubassophone étonne – et les voix « d’oiseaux »féminines. Magnifiques, la mise-en-scène et la mobilité corporelle de tous les artistes: une œuvre théâtrale pleine de recherche et d’authenticité. Un spectacle total, fait pour toucher et émouvoir, malgré l’humour grinçant et l’accumulation de scènes grotesques que d'aucuns adorent pour leur dérision.
Walter Weller direction - Daniel Hope violon - Orchestre National de Belgique
Johannes Brahms, Akademische Festouvertüre, op. 80
Max Bruch, Concerto pour violon et orchestre n° 1, op. 26
Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 7, op. 92
Pour célébrer l’arrivée du printemps, Walter Weller a déniché une ouverture festive, un classique du violon virtuose sous l’archet fameux de Daniel Hope, ainsi qu’une profusion de rythmes de danses signées Beethoven. Autant de sonorités symphoniques qui l’une après l’autre exhortent, mettent au défi et marquent les esprits.
Après l’installation de l’Orchestre National de Belgique sur la scène de la salle Henry Le Bœuf, voici que pénètre une figure emblématique, Walter Weller qui vient saluer un public déjà à sa dévotion. Ce septuagénaire, patriarche souriant, mènera le programme avec sûreté et nuances infinies.
De l’humour d’abord avec l'Ouverture du Festival académique en do mineur (1880), composée par Johannes Brahms en remerciement pour le titre de docteur honoris causa qui lui fut décerné par l’université de Breslau. Elle comporte des bribes de joyeuses chansons estudiantines allemandes, très riches en thèmes, sorte de pot pourri qui se mute ça et là en hymnes victorieux…pour rebondir sur une fin à rallonges – de l’humour encore – à tel point que le public trompé, a déjà commencé d’applaudir !
Ensuite, le régal : où le violoniste Daniel Hope déploie la finesse de son expression et sa sensibilité intense dans le très connu Concerto pour violon et orchestre N°1 en sol mineur de Max Bruch. Il est porté avec respect par l’orchestre qui l’accompagne dans un dialogue tout en douceur et en nuances. Chacune de ses prises d’archet est articulée et épanouie, les silences alternés de l’accompagnement et du soliste plongent la salle dans une écoute concentrée. Tantôt on est séduit par les jeux d’écho et l' éclat d'une musique majestueuse, tantôt on s’émeut d’accents de berceuse, et enfin on a le souffle coupé par une sorte de long aria instrumental d’un rossignol à toute une forêt en émoi. Beauté et délicatesse sont au rendez-vous. Le soliste semble écouter le bois précieux de son violon, tant son oreille y est couchée tendrement. L’allegro energico fait bondir de joie, on dirait un enfant de la musique qui conduit l’archet, accords brillants, émerveillement, triomphe. L’essence du romantisme allemand.
Le bis choisi par Daniel Hope sera « Kaddish » de Maurice Ravel, en l’honneur des victimes de la tragédie au Japon. Intériorité profonde,tristesse, espoir, on peut croire que la salle entièrement recueillie se joignait à la prière, un summum d’humanité.
silence
Place maintenant à la toute belle symphonie N° 7 en la majeur opus 92, de Ludwig van Beethoven. Le premier mouvement démarre sur des vocalises ascendantes et des murmures pour initier le chant de la flûte traversière, à nouveau dans une exquise douceur. Violons et bois semblent se disputer le « la » avec humour quand éclate toute la fougue des violons. Comme si le compositeur ménageait une sorte de suspense avant de s’élancer dans une sorte de combat entre le mystère profond et la lumière étincelante. Reprise de thèmes dansants, place aux puissants instruments à vent, beaucoup de relief et de précision. Multiples cavalcades joyeuses, rythmes soutenus de chevauchées typiques du compositeur, gammes ascendantes, les cors et timbales termineront avec brio… et le public lâchera des applaudissements difficilement réfrénés.
Le deuxième mouvement, la page la plus célèbre, met le mystère et l’émotion au premier plan, beauté d’un chant lugubre : « les chants désespérés sont les plus beaux ! » On a l’impression d’être dans une valse lente, aux gammes descendantes. Après la reprise des notes initiales, c’est une pause de bonheur romantique et les accents marqués des violons, puis des flûtes et hautbois, puis des cors. On est surpris par l’agencement précis, ordonné, classique qui évoque presque des jardins à la française alors qu’on est au plus profond du siècle allemand. La suite de la symphonie sera remplie d’allégresse, de tendresse et de majesté, les archets glissent, enchantés, les flûtes s’amusent en poursuite échevelées, les puissantes timbales soulignent les bassons. Le tout se termine par un tourbillon de scintillements musicaux.
Fascinants, le langage corporel et le regard brillant du très subtil chef d'orchestre Walter Weller font leur effet. Walter Weller déroule et extrait mille nuances de chacun de ses musiciens, - tout juste s’il ne sifflote pas mentalement à chacun, sa note et sa modulation- une sorte de substantifique moelle, faite d’émotion pure. Le patriarche souriant et son orchestre seront ovationnés car le bonheur du public subjugué est général.
Avec : Stéphanie Moriau, Bernard d'Oultremont,
Jean-Philippe Altenloh, Michel de Warzée et Laure Tourneur
adapté par Jacques De Decker
Actuellement au centre culturel d'Audergem pour une petite semaine encore!
http://www.cc-auderghem.be/index.php?option=com_redevent&view=details&id=65
Etant très proche de la nature et respectueux envers elle (je sculpte également le bois), j'envisage de partager mes quelques petits trucs de sculpteur avec les membres du site Arts et lettres : trucs, inventions, découvertes comme par exemple le " rocket stove ou poêle fusée " que j'utilise. Les secrets " d'une sorte d'homme des bois ", c'est évidemment un peu hors contexte des arts et des lettres, mais cela vous intéresserait-il ?
Merci de vos réponses. Cordialement, Roger
BOX-OFFICE de David Mamet DU 08/02/11 au 26/03/11
Charly, fidèle chien de chasse depuis dix ans, compagnon d’infortunes de son ami « Bo-oooob ! », un producteur assez obscur à Hollywood, lui rapporte un jour, le scénario d’un film prêt à consommer, cousu de violence et de salivation plébéienne, pour une superproduction qui leur donnera accès enfin à l’argent avec un grand A, si pas au grand Art. Ils rêvent tous deux de s’installer enfin à « la table des Grands», tant convoitée.
Intervient alors au deuxième acte, cette figure féminine de rêve, une intérimaire. Envoyée du ciel ? Ange ? Personnification de la grâce, à qui Bob demande, non sans intentions diaboliques et lubriques, de lui faire une « note de lecture » sur un ouvrage dont il est décidé d’avance qu’il n’a aucun avenir cinématographique. Pour le soir même, rendez-vous chez lui ! Il lui explique qu’on lui a commandé une « lecture de courtoisie » et qu’il lui fait « l’honneur » de lui déléguer la tâche. … Au bois sacré de l’argent, les dés sont toujours pipés! A Hollywood, le monde est fait de vent, qui souffle sur tout ce qui n’est pas empire des sens ou de l’art-gent.
Le titre du livre est étrange et prémonitoire. « Radiations » parle de fin du monde, de dernière chance offerte aux hommes pour être assis « à la table céleste », de rôle à jouer pendant notre séjour sur terre, de contemplation du beau, du bon, du vrai, une fois notre monde d’illusions disparu. Selon la belle Karen, ce livre fabuleux doit avoir le feu vert, et devenir une œuvre cinématographique chargée de sens, contrairement au polar abject proposé par Charly. Elle est idéaliste, croit au progrès, au changement, à la force de l’amour. Illuminée par la beauté tant extérieure qu’intérieure, Karen représente toutes les illusions perdues de Bobby. La tentation est grande d’emprunter la voie étroite proposée par cette mystérieuse égérie qui, au début, n’avait que les apparences d’une intérimaire naïve et écervelée. Une joute pathétique, presque un pugilat, s’engage entre anges et démons. …. On ne dira pas la fin.
C’est le genre de pièce qui, en dépit de la simplicité de son canevas, fait rouler les pensées et la réflexion bien au-delàs du temps du spectacle. Bien sûr, l’entrée en scène de la ravissante comédienne belge de 23 ans, Nina Drecq est captivante. On est soufflé par sa grâce, sa voix d’argent, les courbes de ses gestes et de son verbe gracieux…et les deux personnages masculins sont mis à rude épreuve. Deux acteurs hors pair : Francis Lombrail dont la métamorphose est stupéfiante et Philippe Sivy, emblème du monde sans pitié.
Au début, la pièce semblait avoir du mal à décoller: un acte entier de dialogues de rupture, chers à l’auteur américain, très déstabilisants pour le spectateur. Ce discours, si difficile à traduire en français, avait un tour chaotique et plus que masculin, fort énervant. Le décor jaune vif aux arêtes coupantes agaçait par son agressivité, mais dès l’entrée en scène de la fascinante porteuse de bonne nouvelle, l’espoir renaît. L’idéalisme retrouve sa place et le théâtre son plaisir. On est scotché à son siège et l’on tend l’oreille au charme rédempteur du chant d’optimisme: simples paroles et manipulation, ou vérité ? Prison ou libération ? A la fin, l’homme est toujours l’homme…
Mise en scène: Anne Bourgeois / Avec Nina Drecq, Francis Lombrail et Philippe Sivy
Une création et production du Théâtre Le Public et du Théâtre du Lucernaire ( Paris ).
http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=263&type=1