Une réalisation Actu TV à l'initiative d'Arts et Lettres
Publications en exclusivité (3147)
Lorsqu'il est question d'acquisition de langage et de facilité d'expression,
d'une élocution synonyme d'Art oratoire, et de liberté...
par le biais de la "Mise en bouche" goûteuse de textes
ou
Comment chercher à épanouir les personnalités en germination
en respectant leur singularité
J'ai le plaisir de vous présenter, amis du réseau Arts et Lettres, le tout premier atelier-laboratoire aux teintes automnales que j'ai eu l'honneur d'animer, durant la matinée, conçu sur mesure en faveur d'une École pratiquant la pédagogie de Maria Montessori, principalement axé sur le mode de l'oralité, associé à quelques références historiques et artistiques enrichissant cet apprentissage littéraire, dans le dessein, de familiariser ces quelques membres composant les futures générations, au patrimoine littéraire avec le riche vocabulaire que celui-ci génère, et surtout dans le dessein de susciter en eux le plaisir que procure de donner à voix haute les œuvres choisies...
Rien de fastidieux, de purement "intellectuel", dans cette nouvelle expérience tentée par mes jeunes élèves, mais au contraire, la sensation de découvrir tout un monde inconnu, gage d'échanges et peut-être de révélations sur des dispositions dont ils étaient loin, de se douter...
Bref, j'escompte bien les aider à développer des aptitudes enfouies, comme un trésor !
Heures Automnales :
Ou
« Le Temps des Vendanges »
Atelier « Jeunes graines » et «Jeunes Pousses»
Duo de Fables :
I) Le Renard et les Raisins
Certain renard gascon, d'autres disent normand [1],
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille [2]
Des raisins mûrs apparemment[3],
Et couverts d'une peau vermeille[4].
Le galand [5]en eut fait volontiers un repas;
Mais comme il n'y pouvait point atteindre:
«Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.[6]»
Fit-il pas mieux que de se plaindre?
Jean de La Fontaine
(1621-1695)
(Fable Xl du Livre III inspirée d’Ésope et de Phèdre)
Le renard et les raisins de Calvet-Roignat.
Quelques clefs de compréhension du texte dépeignant la scène :
Tandis que notre renard à la fierté exacerbée de Gascon doué en même temps d’une indécision légendaire de Normand et que la faim tenaille, au point d’en quasiment défaillir, jette son dévolu sur les fruits d’une haute treille (pied de vigne grimpante comestible cultivée pour le plaisir au sein du jardin d’agrément) treille d’où pendent des grappes de raisins parvenues à maturité, il s’aperçoit que son appétit est démesuré puisqu’il ne peut atteindre les grains convoités dont il se réjouissait de faire son régal.
Que trouve-t-il alors comme parade censée masquer son erreur d’appréciation de ses capacités ? Il joue tout simplement au précieux dégouté, avisant en pure mauvaise foi que l’objet de sa tentation n’est pas suffisamment de qualité pour son fin palais pourvu de papilles gustatives et afin de sauver la face, en lieu et place de reconnaitre son erreur, fait apparaitre un mépris de mauvais aloi, justifiant son renoncement forcé (impossibilité d’atteindre ce repas frugal de gourmet…°), par un dédain illégitime, se plaisant à se tirer de ce mauvais pas en exécutant une pirouette qui lui fait invoquer le faux prétexte de la non maturité du produit devenu soudainement à ses yeux médiocre, d’où la citation « bons pour les goujats », personnes de condition modeste, inférieure à la sienne qui elles, sauront se satisfaire de ce piètre mets si l’on en croit son argument et qu’il considère de haut depuis que messire Renard a compris qu’il lui fallait renoncer à sa récolte inaccessible !
Ainsi son honneur est quitte et son amour-propre préservé, bien qu’il sache pertinemment qu’il ne fait que se mentir à lui-même !!!
Enfants, l’espoir du devenir de notre race humaine, écoutez le poète, je vous en prie !
Écoutez ce fabuleux fabuliste de l’époque baroque lié au règne de Louis XIV dit le Roi Soleil, légendaire par son amour des arts, certes, mais aussi par son pouvoir absolu, qui par le biais des conventions, du masque, c'est-à-dire du « déguisement » que revêtent les personnages en prenant le contour de nos « amies les Bêtes », brosse les travers du genre « bipèdes » auquel nous appartenons !
Car, ne nous y trompons pas, les défauts sur lesquels s’attarde notre plume bienveillante, jamais gratuitement odieuse, s’attache bien à dessiner notre portrait, quelque soit notre tempérament…
Faisant confiance à votre intelligence sensible, je ne doute pas que vous avez su deviner à quelle faille, Jean de La Fontaine fait appel au cœur de ce récit, ainsi que la morale qu’il nous faut en tirer !!!
II) Le Renard et les Raisins
Un Renard ne pouvant atteindre aux Raisins d’une treille,
dit qu’ils n’étaient pas mûrs, et qu’il n’en voulait point.
Quand d’une charmante beauté,
Un galant fait le dégoûté,
Il a beau dire, il a beau feindre,
C’est qu’il n’y peut atteindre.
Charles Perrault
(1628 – 1703)
Raisins verts à la noix de Jacob Foppens Van Es
© Tout droit de reproduction réservés
[1] : Il ne s’agit pas, chez La Fontaine, de vouloir à tout prix préciser l’origine du renard mais bien plutôt de faire allusion à certaines caractéristiques régionales le Normand ne peut s’engager clairement (« P’ être bin qu’oui, p’têt bin qu’non), tandis que le Gascon ne veut pas perdre la face.
[2] : L’ensemble des ceps qui grimpent le long d’un treillis, d’un mur,... Cf. « L’Ivrogne et sa Femme » « Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille / ... » (Livre III, fable 7, vers 9).
[3] : Selon toute apparence.
[4] : Vermeille exprime la couleur or en langage littéraire…
[5] : Mot s’orthographiant au XVIIème de deux façons, Galand ou Galant, ici employé dans le sens de malin, mais peut aussi vouloir dire amant dans la signification de l’amour courtois…
[6] : Valets employés dans l’armée (voir le Littré…) de mœurs peu raffinées, d’où l’extension de son appellation dans la vie courante désignant un homme vulgaire et grossier dans ses manières.
L’Inde célèbre Diwali !
La fête de la lumière, de la prospérité et de l’espoir.
Diwali est l’une des fêtes principales de l’hindouisme et elle est célébrée par tous les Indiens. Souvent appelée fête de la lumière, Diwali est dédiée à Maha Lakshmi, déesse de la lumière, de la fortune, de la chance, de la sagesse et de la prospérité. Dans et autour des maisons, les dyias, petites coupoles en terre cuite remplies de ghī (beurre clarifié) illuminent la profonde nuit de la nouvelle lune et éclairent jusqu’à l’âme de tous ceux qui participent à la fête. C’est un moment de renouveau, proche en signification de la nouvelle année, avec les bonnes résolutions qui l’accompagnent.
La fête de Diwali célèbre la victoire du bien sur le mal: de la lumière sur l’obscurité, du chaud sur le froid, de la vérité sur le mensonge et de la pureté sur la souillure. Diwali est l’occasion d’un grand nettoyage au sens propre comme au figuré : les maisons sont nettoyées de fond en comble et les hindous ne consomment ni viande ni alcool pendant une semaine afin de se purifier de l’intérieur.
Divālī fait appel à de nombreux mythes et légendes de l'hindouisme, se rapportant principalement à Vishnu et à son épouse Lakshmi:
...comme Brahmā, dieu de la création, et Shiva, dieu de la destruction, Vishnu, dieu de la préservation, fait partie de la Trimūrti la trinité de l'hindouisme qui a peu à peu remplacé dans la ferveur populaire la trinité védique que constituent Agni (le feu), Vāyu (le vent) et Sūrya (le soleil). Chacune de ces trois divinités est accompagnée de sa parèdre (sa shakti), c'est à dire la déesse puisssante qui lui est associée. Ainsi, l'épouse de Brahmā est Sarasvatī, déesse du savoir, celle de Shiva est Pārvatī (qui peut revêtir les formes terribles que sont Durga et Kālī), et enfin, celle de Vishnu est Lakshmi, qui personnifie la richesse intérieure, naturellement associée à la préservation.
Vishnu est d'autre part très populaire au travers de ses dix avatars, ses incarnations sous différentes formes, dont les plus connues sont Rāma, le roi mythique héros du Rāmāyana, la grande épopée hindoue, Krishna, le séduisant et divin berger, qui symbolise l'amour divin inhérent chez l'humain, voire quelques autres comme Narasimha, l'homme-lion.
Outre Lakshmi, et les deux avatars de Vishnu que sont Krishna et Rāma, Divālī met également Ganesh à l'honneur. Ganesh, le dieu à tête d'éléphant, fils de Shiva et de Parvati, est une divinité majeure, bénéfique car il est « celui qui écarte les obstacles de l'égo ».
Avant tout, Divālī célèbre le retour dans sa capitale, Ayodhya, de Rāma avec son épouse Sītā, qu'il a reconquise de haute lutte sur le démon Rāvana, comme le conte le Rāmāyana. Le nom Divālī (ou Dīpāvali), dont le sens est « rangée de lumières », rappelle en effet le chemin de lampes fait à Rāma par les habitants d'Ayodhya pour éclairer son retour.
Les rangoli (photo ci-dessous) sont les décorations qui, lors de la fête, ornent les maisons, les cours, les sanctuaires et même les salles à manger.
Destinées à témoigner d'une chaleureuse hospitalité - car lors du troisième jour, Lakshmi, selon la croyance populaire, vient elle-même visiter les maisons - les rangoli sont dessinées sur le sol avec de la farine de riz en signe d'accueil et pour repousser les mauvais esprits. Des poudres de couleur sont aussi utilisées, afin de former des dessins de formes géométriques. Cette décoration se complète avec des feuilles de manguier et des guirlandes de soucis.
Ce dimanche 3 novembre, les 100 premiers visiteurs ayant acheté un ticket combi (Body et Indomania) pour les deux expos du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles recevront une statuette à l’effigie de Ganesh pour célébrer la fête indienne de la lumière.
Corps de l'Inde & Indomania
Indomania: De Rembrandt aux Beatles
Environ 250 objets: peintures, sculptures, textiles, bijoux, objets d’art, films, photographies ; d’Alexandre le Grand à nos jours.
Quelques grands maîtres: Rembrandt, Gustave Moreau, Auguste Rodin, Pier Paolo Pasolini, Roberto Rossellini, Henri Cartier-Bresson,… Artistes commissionnés par Europalia pour une résidence en Inde : Hans Op de Beeck, Max Pinckers,…
Collections majeures: British Museum, British Library, Victoria & Albert Museum, Musée du Louvre, Musée Guimet, Musée Rodin, Centre Pompidou, Fondation Custodia…
NB Les statuettes seront remises sur présentation du ticket combi au point info d’europalia.india, Rue Ravenstein 79 à 1000 Bruxelles (en face de l’entrée du Palais des Beaux-Arts).
Du 4 octobre 2013 au 26 janvier 2014, europalia.india dévoile la richesse culturelle de l’Inde à travers 26 expositions et plus de 400 concerts, spectacles, films, conférences et ateliers dans toute la Belgique.
RETROUVEZ TOUT LE PROGRAMME SUR WWW.EUROPALIA.EU
IN VINO VERITAS ! "La mémoire de la cave a toujours été sous-estimée par rapport à celle, tant exploitée, dans les romans, du grenier. La grande supériorité de la cave sur le grenier, c'est qu'en plus du passé, qu'ils détiennent l'une et l'autre, …la cave a de l'avenir." Cette citation de Bernard Pivot donne le ton. On va mélanger ce soir sagesse, philosophie, art de vivre et dégustations en tous genres. Les portes du paradis sont largement ouvertes sur la compagne séculaire de l’homme : l’ivresse. Celle des sens, celle des mots, celle du vin et du champagne, n'en déplaise aux vins jaloux des bulles!
Ce duo de plaisir inédit est une invitation à partager en un peu plus d’une heure l’univers complexe du vin, son vocabulaire, sa poésie et sa sensualité. Des textes choisis d’écrivains amoureux du vin émaillent l’écriture inventive de Pascale Vander Zypen et Christian Dalimier. La bouche gourmande, ils se mirent dans la robe du vin où se reflètent toutes les émotions humaines : de l’amour, à l’extase, à la dispute. Car l’air de rien, la dispute est souvent dans l’air. La dispute qu’elle soit pensante ou effervescente, c’est comme le cumin dans la cuisine marocaine, une sorte de piment pour les mariages heureux et pour le plaisir des papilles. La saveur des mots rejoint l’humour libérateur et on hume les effluves à s’en étourdir. Les deux comédiens se saoulent de mots, d’appellations, de millésimes. Rien de pédant, tout pour le plaisir et dans tous les registres!
« Entre deux verres » est l’un de leurs sketches particulièrement désopilant : une conversation entre un bordeau et un bourgogne ( et pas n’importe lequel, un Vosnes Romanée Conti) avant d’être bus d’un trait et sans honte par des bouches indélicates. A travers la robe des vins on entrevoit les petits travers de la vie de couple, ou de famille avec baptêmes, mariages, funérailles. Ils font le tour de la question dans une bonne humeur grandissante. Et le public trinque mentalement avc eux, savourant mises en bouche et mises en scènes spirituelles. Notre préféré est ce conte de fées joué dans un vrai château (domaine de Vaqueyras) où un certain Lucas di Montepulciano des Abruzzo ... s'est entiché de la belle demoielle de Vaqueyras couvée par un père intraitable. A Baudelaire de conclure déjà, et bien trop tôt ! On en redemande ? : Il faut être toujours ivre. /Tout est là : c'est l'unique question. /Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. / Mais de quoi ?/ De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. /Mais enivrez-vous./ Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. » Bouquet capiteux pour les comédiens: c'était ce soir-là la centième représentation, fleurie d'applaudissements généreux.
De la salle, on passe au bar pour une dégustation conviviale de trois crus, la parole se délie entre spectateurs… Et ce soir-là on se retrouve aussi à la table très bavarde de Mmmmh (spécialiste épicerie fine, ustensiles et cours de cuisine depuis 2003)! Une façon de conclure dans la ligne du nouveau théâtre Saint-Michel qui a décidé d’offrir à son public des saveurs humaines bien vraies pour damner le pion à l’univers frelaté des bonheurs technologiques qui ne cessent de nous grignoter esssence et existence.
http://www.theatresaintmichel.be/Entre-deux-verres
Pour les membres concernés,
La reprise des partenariats est suspendue jusqu'à nouvel ordre,
quelle que soit la nature de ces duos ou autres billets de groupe.
Aucun billet de partenariat ne sera approuvé avant une reprise
officielle entérinée par Robert Paul.
Merci de votre compréhension,
Liliane Magotte
Administratrice des partenariats.
OPERA BUFFA (spectacle/dîner) Coup de cœur aux Halles de Schaerbeek
D'après "Don Giovanni" de W.A. Mozart, une création de la Cie Laika & Muziektheater Transparant (Belgique)
Don Giovanni charme et manipule pour son plaisir. Et vous êtes invités à ses ébats lors d’un délirant banquet. Voilà Les Halles de Schaerbeek transformées en salle à manger. On se croirait au Repas de noces de Breughel : tables de bois brut et tabourets, il ne manque que le bambin qui a chapardé une galette! Et pourtant, voici Mozart! Les premiers couplets sont envoyés en flamand, le français s’y mêle, rugueux et approximatif mais combien chaleureux ! Un train d’enfer emplit les cuisines cachées par des double-portes battantes. La troupe de comédiens chanteurs s’abat sur vos tables, de coursives en coursives, vous distribue la vaisselle de fortune et les mets dernier cri que l’on se partage avec des convives inconnus. Ils vous content monts et merveilles culinaires, vous font saliver tant la musique et l’imagination se sont données le « la ». Une jouissance pour l’esprit le cœur et les papilles, ce spectacle croquignolet est fait pour les routards de la musique.
À moins que ce soit pour une autre raison? Un spectacle qui rallie, qui allie…bonne franquette et jubilation flamande et qui ne déraille jamais. Un mélange savoureux qui gonfle de bonheur et qui emballe l’oreille, les yeux et sûrement …le bouche à oreille! Dans des effluves de chocolat.Laika et Muziektheater Transparant font revivre, à leur manière, cette œuvre étincelante de Mozart et Peter Debie est le maître de la réjouissance... L’italien du compositeur autrichien donne la main aux parlers de Belgique et le résultat est un feu d’artifice verbal totalement festif sur une partition musicale de rêve. Mozart qualifiait son "Don Giovanni" d'opera buffa (titre de l’adaptation) : une pièce lyrique au ton léger, faite pour divertir, présentée ici dans une transcription contemporaine, pour orgue Hammond, contrebasse et violon. Mais les grands airs, eux, restent ... immortels, chantés avec passion par des voix fraîches et pétillantes de jeunesse que l’on n’est pas prêts d’oublier.
Un spectacle qui fait fondre de plaisir et qui a déjà pas mal touné, de la haute Normandie au Portugal avec une version portugaise. CONCEPT ET MISE EN SCÈNE Peter De Bie et Jo Roets / COMPOSITION MUSICALE Jan Van Outryve (d’après W.A. Mozart) / ADAPTATION DU LIVRET Jo Roets et Greet Vissers / INTERPRÉTATION ET CHANT Benny Ceuppens, Koen Janssen, Laurie Janssens / Dorien Mortelmans, Jokke Martens, Astrid Stockman, Marnie Zschöckner / MUSIQUE Wietse Beels, Pieter Van Buyten, Niels Verheest / SCÉNOGRAPHIE Peter De Bie / COSTUMES Manuela Lauwers / LUMIÈRES ET SON Anton Van Haver / CONSEIL Wouter Van Looy / CUISINE Peter De Bie et Bram Smeyers
photos©Phile Deprez
http://www.transparant.be/en/productions/cat/productions-2013-2014
Monsieur chasse? …Madame aussi !
Un bouquet de fraîcheur, un festival de railleries et d’esprit français, c’est la langue succulente de Feydeau qui agit. Jeux de mots, double-sens, sous-entendus, métaphores et musicalité aérienne. Un spectacle volatile débarrassé de ses lourdeurs de décors bourgeois 19e, remonté à neuf par Jean- Paul Tribout, exquis metteur en scène francais et fin comédien. C’est lui Monsieur Duchotel, le mari-chasseur qui risque fort d’être chassé …de son logis. Et son spectacle fonctionne comme une précieuse horlogerie fine… hors du temps : quelle gageure! Cinq portes éclatantes de blancheur, comme autant de pages neuves, sans autre décor, font face au public et s’ouvrent sur des personnages d’abord légèrement figés dans leur encadrement agrémenté d’un décor intérieur en trompe l’œil. Ils s'en échappent dans un mouvement diabolique et virevoltant de sortie de boîte. Ils sont plus vivants que jamais, portés par l’énergie pure du texte et la vérité des sentiments. La diction : savoureusement belle.
Ils sont ma foi fort modernes, quoi qu’en disent les somptueux costumes d’époque et la splendide robe émeraude de Léontine Duchotel, une émouvante et merveilleuse Marie-Christine Letort dont le visage et le corps épousent les moindres changements d’humeur. Pour peu on se croirait à l’Opéra. Au travers de cette comédienne phare, c’est l’institution du mariage qui est en jeu. Au début de la pièce Léontine parle avec naïveté et candeur de son amie fraîchement divorcée et pourtant bonne catholique mais à la fin n’est-elle pas prête à réclamer haut et fort un droit au divorce bien du 20e siècle? Ah mais il y a un personnage pas mal non plus: ce lit capitonné qui sort lui aussi d’une boîte à surprises très inventives, entourée de nymphes pulpeuses et suggestives…
Léontine Duchotel annonce qu’elle ne sera pas la première à donner le premier coup de canif dans le contrat. Mais, que le mari se méfie, s’il se risque à l’infidélité, elle s’arrogera le droit de faire de même, allant passer deux jours « chez sa marraine »! Un procédé qui enclenche une mécanique d’œil pour œil, dent pour dent extrêmement mouvementée et drôle, et certes, aucunement vieillie ! Léontine porte le spectacle avec vérité humaine profonde - sa palette de sentiments est fascinante - et ce, sans la moindre préciosité.
L’intemporalité de ce vaudeville, est incontestable. L’homme, quel que soit son âge résiste à tout sauf à la tentation, toujours à l’affût d’aventures et de chimères il ne peut se contenter du confort tranquille du mariage et recherche les dangers de la chasse. Léontine règne sur le plateau, lieu de joutes en tout genre, craquante de franchise et d’ingénuité dans ses hésitations extra-maritales avec le docteur Moricet. Le rythme se fait vertigineux entre Jacques Fontanel qui interprète ce rôle de vieux séducteur de médecin avec totale sincérité … immensément factice et Emmanuel Dechartre qui ne rêve que de se venger de l’infidélité de son épouse, Madame Cassagne. Xavier Simonin fait un valet et un inspecteur de police très caustiques, tous deux joliment doués de sublime hypocrisie. Coiffé en pétard, Thomas Sagols se prête très justement au jeu du jeune neveu, Gontran, voluptueux bachelier glandeur et roublard. Claire Mirande, ex-comtesse de la Tour est devenue une concierge-cocotte intrusive et bavarde qui rajoute, si besoin était, de nouvelles coupes de bulles au breuvage capiteux qu’est … le texte !
http://www.atjv.be/Monsieur-chasse
"Monsieur Chasse" de Georges Feydeau
Mise en scène de Jean-Paul Tribout,
Avec Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Claire Mirande, Thomas Sagols, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout
BETTINA MASSA : ENTRE TEMPS ET CONTRE-TEMPS
Du 07-11 au 25-11-12, l’ESPACE ART GALLERY (Rue lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) vous invite à découvrir une exposition entièrement consacrée à l’œuvre de Madame BETTINA MASSA, intitulée ŒUVRES SUR PAPIER – PLUS INSTALLATION VIDEO.
BETTINA MASSA dont l’E.A.G. avait eu le plaisir de présenter les œuvres en avril dernier nous revient avec des variations nouvelles sur un thème qui lui est essentiel : le rapport entre réalité et fugacité du temps fuyant.
Cette fois-ci, d’entrée de jeu, elle aborde son parcours par la couleur comme un retour vers le passé. Comme le précise l’artiste, elle a débuté son œuvre par la couleur pour avancer ensuite vers le noir. Signalons, d’emblée, qu’aucun de ses tableaux ne porte de titre. Cette manière d’agir, elle la revendique au nom de la liberté du visiteur à laisser flâner son imaginaire au gré de ses toiles. Cette même démarche se retrouve dans les variations chromatiques qu’elle apporte à la couleur rouge dans deux tableaux montrant deux enfants jouant (1, 54 x 1, 39 cm - 2012)
Nous retrouvons ici la thématique du mouvement scandé en plusieurs segments que l’artiste avait préalablement abordé dans son tableau intitulé LE MARTYR DE SAINT MATTHIEU, présenté en avril dernier, lequel était une variation contemporaine sur le discours pictural du Caravage (1, 52 x 1, 38 cm).
Les quatre panneaux formant la composition représentant des enfants dans l’activité ludique nous livrent l’expression d’un mouvement léger, aérien (1, 54 x 1, 39 cm). Un mouvement « enveloppant » en quelque sorte le corps de l’enfant, à l’avant-plan, grâce au flottement du drapé presque translucide mettant en exergue la posture inclinée de son corps. Tout est en variations dans cette œuvre : postures et couleurs obligeant le visiteur à « ajuster » son regard au fur et à mesure qu’il s’approche de la toile et en découvrir les réalités.
Placé juste à côté de cette œuvre, un second tableau représentant une jeune fille dans une posture évoquant la danse, nous propose le même discours féerique (1, 54 x 1, 39 cm).
(1, 39 x 0, 76 cm - 2012).
BETTINA MASSA voulait, à l’origine, réaliser un triptyque mais chemin faisant, elle a préféré s’en tenir à deux compositions distinctes.
Si dans l’œuvre similaire composée de quatre panneaux le mouvement, subtil et discret, est apparent, dans ce second tableau il sollicite l’effort visuel du visiteur qui le découvre au stade infiniment embryonnaire, prenant l’apparence du dessin sous-jacent apparaissant à la radiographie. Comme pour l’exposition précédente l’artiste nous présente des œuvres réalisées avec la même technique, à savoir l’utilisation de papier noir en provenance du Bouthan à l’adhérence rapide, lequel ne permet plus d’effacer quoi que ce soit une fois que les pigments s’y sont fixés.
A ces deux œuvres s’ajoutent quatre tableaux de dimension moyenne déjà présentés en avril dernier montrant quatre facettes d’un visage masculin, campées en une succession de phases sur lesquelles le temps a laissé sa trace. (0, 69 x 0, 77 cm) L’empreinte du temps fuyant s’est déposée sur le sujet à l’intérieur du cadre quatre fois répété, à la manière de quatre « segments » d’une même séquence, ainsi que par une polychromie à dominante sombre, aboutissant au noir absolu montrant la façon dont le temps lui a labouré les traits.
Mais le clou de l’exposition est constitué par une série d’œuvres à dominante bleue.
Elle s’ouvre sur un univers onirique à l’intérieur duquel la figure humaine apparaît telle une incrustation « calquée » comme une sorte d’ombre chinoise au cœur d’un monde à la matérialité presque minérale. A l’arrière-plan se profile un ensemble de colonnades antiques, ce qui confère à l’ensemble de la composition une dimension métaphysique. Les figures humaines partent du centre du tableau pour s’étaler sur les côtés de la composition jusqu’à être, pour ainsi dire, « coupées » par les bords du cadre. Cela s’explique par la volonté de l’artiste d’ « ouvrir » une porte vers l’inconnu. Une porte à la fois de sortie afin de libérer les personnages pour qu’ils s’évadent du tableau, et une porte d’entrée à l’attention du regard pour l’inviter à se transporter derrière le miroir (1,4O x 1,53 cm – 2012). Cette œuvre témoigne de l’expérience de l’artiste en tant que scénographe pour le théâtre.
Elle a, en effet, conçu dans les années ’80 des scénographies pour des textes d’Aragon, d’Armand Gatti, de Garcia Lorca, mis en scène par NAJIB GHALLALE.
Et il y a certainement un effet théâtralisant dans la gestion spatiale de l’œuvre de BETTINA MASSA : le centre de la scène est vide. Ce qui permet au regard de se diluer pour se perdre enfin dans l’espace scénique.
Dans l’ensemble des œuvres à dominante bleue, le mouvement surgit comme un sursaut de l’âme, en ce sens qu’il survient comme un remous violent.
En cela, la notion de mouvement exprimée de telle façon renvoie à l’identité même de l’image : un abîme incertain enfouis au tréfonds de notre psyché qui se manifeste au contact d’un choc engageant tous nos sens et que nous interprétons dans des tons célestes ou marins. (1,53 x 2,04 cm – 2012)
Tout ce que la nature nous offre et que notre for intérieur ne cesse d’interpréter comme les épiphanies d’un divin ancestral.
Comme le titre de l’exposition l’indique, celle-ci se termine avec une vidéo conçue et tournée par l’artiste. Elle s’intitule A CONTRE –TEMPS.
Il s’agit d’une œuvre réalisée partiellement en pellicule 16 mm, transposée et terminée en bande vidéo. Deux projecteurs diffusent sur deux écrans opposés, le même film projeté en décalage d’une minute, l’un par rapport à l’autre. Entre les écrans, le portrait d’une jeune fille exécuté au pinceau avec poudre de graffite tenue à l’aide d’un médium, trône en guise de référent. Car le personnage du film c’est elle. On la voit petite courir le long d’une voie ferrée vers la caméra, une fois en vitesse normale, ensuite au ralenti. A la suite de quoi, on la voit adolescente pour la retrouver, assise près d’un projecteur en marche, en tant que spectatrice de sa propre évolution. En guise de fin, un fondu enchaîné avec double exposition réunit dans un même plan le personnage filmé dans les trois époques et pour conjurer une fin éventuelle, le film est remonté en marche arrière comme pour affirmer l’existence d’un éternel retour.
L’audace de ce film consiste à le diffuser en différant l’action d’une minute entre les deux projections. Cela peut sembler insignifiant pour le profane, néanmoins, soixante secondes de distance entre les plans, et arriver à harmoniser tout ça, c’est considérable !
De plus, un voile opaque couvre l’un des écrans. Ce qui contribue à donner une image volontairement floue d’un passé révolu. Cette pièce ajoutée confère à l’écran le rôle d’une fenêtre de laquelle surgit une sorte d’image onirique. Une plus-value sur le rêve.
L’aspect technique du travail, à savoir le montage, l’artiste l’a confié à Madame LUISA GHERDAOUI, une monteuse professionnelle qui a assuré une parfaite continuité filmique à l’ensemble.
Ce film d’une durée de cinq minutes peut être qualifié d’ « expérimental », en ce sens qu’il interroge, à l’instar de l’œuvre picturale de l’artiste, la dialectique réalité-temps.
Il s’inscrit en plein dans la philosophie comme dans la poétique du cinéma muet d’avant-garde où l’écran pouvait, en quelque sorte, se « démultiplier » pour atteindre la « polyvision », dont parlait Abel Gance à propos de son NAPOLEON (1927), lequel n’hésitait pas à présenter trois segments d’une même action sur trois écrans alignés.
BETTINA MASSA nous est donc revenue avec un prolongement de son œuvre qui mène, le plus naturellement du monde, vers le 7èmeArt.
Cela était déjà présent dans les quatre tableaux exposés précédemment, présentant quatre aspects différents d’un même visage, mentionnés plus haut. Ces œuvres dont l’aspect varie d’ailleurs en fonction de leur emplacement par rapport à la lumière via l’importance du chromatisme, rappellent le rendu filmique dans l’aboutissement du mouvement.
Quand débute le mouvement ? Quand s’arrête-t-il ? A l’instar de la droite, produit de l’imaginaire, le mouvement ne peut se concevoir que par la présence matérielle du segment qui sanctionne son existence.
BETTINA MASSAne cesse de le traquer dans sa fuite existentielle en plaçant devant sa face le miroir de la réalité.
François L. Speranza.
Une publication
Note de l'éditeur responsable (Robert Paul):
Pour mémoire, le billet consacré à BETTINA MASSA pour son exposition d'avril 2012:
Message à l'attention d'une pléiade de grincheux, fâcheux, et autres "Précieux dégoûtés",
dont les commentaires perçus ici et là au sujet de la fête séculaire de la Saint Valentin,
ont contribué à me dicter cette pensée :
Oh, bien sûr, accordons-le aisément, la Saint Valentin est devenue au fil des ans une tradition des plus commerciales, tout comme les célébrations profanes dérivant de notre calendrier grégorien ! Devons-nous pour autant rejeter ces fêtes émaillant la sente de notre quotidien, telle celle de la Noël, sous prétexte que nous sommes assaillis de propositions un rien mercantiles ? Ne sommes nous pas suffisamment responsables pour effectuer délibérément, sans faire l'objet de manipulations qu'elles qu'elles soient, notre choix ?
N'oublions pas, de grâce, que sous l'enveloppe artificielle, se cache un sens véritable, un langage symbolique prééminent, que nous risquons de voir s'éteindre, à force de nous ingénier à en ignorer les vertus, la source, en similitude, assurément, de ce fameux rite de Saint Valentin tant décrié ... rendez-vous marquant, de surcroit, le temps de la "Pariade des oyseaulx" comme nous le content moult chansons et fabliaux d'un "Temps jadis" villonien...
Savez-vous seulement, chers détracteurs nous navrant le cœur, que ce dernier n'est pas une création récente de nombre "boutiquiers" désireux de réaliser un chiffre d'affaire "juteux", mais peut s'enorgueillir d'être le fruit, notamment, de l'ère médiévale ( pour évoquer un pan historique, le plus proche de notre époque), Bas Moyen-âge détenteur d'annales florissantes dues en particulier à des figures éminentes de la littérature, à l'instar du "Prince des poètes", Charles d'Orléans, alors captif des Anglais, de noble Dame Christine de Pisan au service de la gent de "femenie", précédés par le fondateur présumé, le vaudois dépendant de la Cour de Savoie, Othon de Grandson, qui au cours de la deuxième moitié du XIVe siècle, vers 1370, officiant en tant que chantre et chevalier pour le royaume d'Angleterre, eut à cœur, de faire connaître cette "guise" caractéristique de pratiques raffinées baptisées de "fin'Amor" ou d'Amour courtois, la répandant sitôt dans le monde latin, notamment en faveur des "gentilz seigneurs", au sens étymologique de la locution (Moyen français) de son berceau natal Savoyard.
Est-il, en l'occurrence, utile de souligner, qu'un tiers de son œuvre poétique est d'ailleurs, dédié à ce culte émergent célébrant le petit Dieu malin ailé, muni de "cruelles sagettes", digne enfançon de la divine Cythérée aux cheveux ceints de violettes, l'incarnation de la Beauté et de l'Amour, nous invitant à révérer le "Temple de Cupido", repris entre-autre, sous la Renaissance, par Clément Marot ?
À titre indicatif, retenons, si vous le voulez bien, concernant le premier, soit le créateur de cette fameuse guise, La Complainte de Saint Valentin (I et II), La Complaincte amoureuse de Sainct Valentin Gransson, Le Souhait de Saint Valentin et Le Songe Saint Valentin)...
Fleurons, donc, faisant vibrer les cordes de la lyre orphique, ayant grandement participé à instituer semblable coutume, puisqu'ils se sont incontinent empressés d'en témoigner au sein de leurs écrits, dès qu'ils eurent l'opportunité de répandre leurs "Bonnes Chansons " léguant ainsi, pour la postérité, tout un pan d'usages devenus historiques, faisant indéniablement partie de notre patrimoine !!!
En conséquence, ne serait-il point regrettable, de les voir péricliter à jamais, ces mœurs pénétrées de significations profondes appartenant à nos civilisations occidentales, sous le simple motif, que nous n'en pouvons plus de tant de conditionnement publicitaire, que nous croulons sous le poids de tentations " indécentes" frôlant fréquemment, avouons-le honnêtement, le mauvais goût !
Néanmoins, permettons-nous, au terme de ce billet, un simple questionnement à l'adresse des grincheux, "Fâcheux" molièresques et autres "Précieux dégoûtés " désignés, sinon incriminés, qui s'évertuent à faire la fine bouche, à faire résonner leurs voix discordantes ne reflétant que sombre mépris et souverain rejet à l'endroit de cette date symbolique du 14 février, s'élevant contre la "mièvrerie" guimauve, s'en dégageant : quelle position adoptent-ils, ces fiers rebelles exécrant ces rituels et festivités héritées du calendrier chrétien grégorien, face à la nuit de Noël ?
Fidèles à leur convictions libertaires, en tout point respectables, font ils semblant d'ignorer le soir du réveillon, jugeant indigne de s'associer à la débauche d'écœurantes ripailles et autres opulentes réjouissances gages de valeurs en déliquescence ? Sans doute, en cette veillée étoilée, animés d'un généreux élan irrépressible, vont-ils jusqu'à faire maigre chère, ou jusqu'à jeûner même, objectif spirituel s'entend, afin de s'associer aux malheureux peuplant la planète ! Désertent-ils le monde, tels des Alcestes du Misanthrope afin de s'adonner à leur ascèse, la méditation, se ressourçant dans la "cellule de leur recueillement" ?
Non ? Vraiment ? Quel grand dommage, et quelle magnifique acte manqué de pouvoir mettre en application, leur idéal d'iconoclastes !!!
Mais foin de dérision, bien que nous partageons un aphorisme de Sacha Guitry qui professe que, "Craindre l'ironie, c'est redouter la raison," et séparons-nous, Amis, sur une note constructive, effleurant à nouveau, la personnalité de Othon de Grandson, familier des mœurs aristocratiques d'Outre Manche, côtoyant dans l'ancien fief des Plantagenêts, ce que ces terres comptent d'influent en matière d'écrivains, à l'instar de Chaucer auteur des Contes de Canterbury.
Or, pour nos pires ennemis, guerre dite de "Cent ans" venant de s'achever oblige, la Saint Valentin exprimait un charmant vœu, celui pour un gentil homme, au sens noble du terme, de pouvoir choisir l'heureuse élue, sa Valentine, "gente dame" ou "gentille damoiselle", couverte pour la circonstance d'honneurs, de présents, avec laquelle le "damoiseau" s'engage... le temps du cycle des quatre saisons, à quelques "esbattements" amoureux placés sous le sceau de Platon, tout en adoptant, ou non, la règle de l'anonymat !
Il était de bon ton, une fois la tendre "mie" ou tendre "ami" déclaré, de lui prouver son attachement, que la foi prêtée soit légère ou à l'inverse, profonde, le mettant parfois à l'épreuve ; les "Amants" échangeaient alors leur serment mutuel renouvelable, ou périssable, lors de l'apparition immuable de ces heures verdoyantes du premier jour du printemps, revêtant la forme d'un présent dont nous avons, hélas, de nos jours, perdu l'usage, nommé "Chapelet ou chapieau de flors", couronnes arborées en parure de "couvre-chef" ou coiffes florales éphémères, confectionnées de la main d'habiles "bouquetiers-tresseurs de fleurs" patentés, fleuronnant parmi les "vieux métiers", quand ce n'était pas la gent féminine elle-même, qui affectionnait de réaliser son propre ouvrage ...
Et ce n'est certes point, la poétesse Christine de Pisan, qui viendra nous contredire, n'est-ce pas ? :
"Très doux ami, or t'en souvienne,
Dès aujourd'hui je te retiens
Pour mon ami, et aussi mien
Je veux que tout ton cœur devienne ;
Car c'est la guise et je l'entends,
Entre les amants ordonnée,
Que le premier jour du printemps
On retienne ami pour l'année.
À cette fin que l'amour tienne
Un chapelet vert fait très bien,
On doit donner chacun le sien
Tant que l'autre année revienne,
Très doux ami, or t'en souvienne.
Je t'ai choisi et je t'attends,
Car m'amour te sera donnée ;
Peine a souffert mais en son temps
Te sera bien récompensée.
Afin que la guise maintienne
Le jour Saint-Valentin : est tien
Mon chapelet et le tien, mien.
Je t'aimerai quoi qu'il advienne
Très doux ami, or t'en souvienne."
Christine de Pisan (1364-1430)
(Pièce de forme non identifiée, partiellement modernisée, par Jeanine Moulin,
"Choix de Poèmes", Édition Pierre Seghers, 1962)
Légende de la miniature :
Ci dessous, voici un témoignage probant, non pas de cette "guise" de la Saint Valentin par elle-même, mais de celle illustrant l'art de "tressier un chapelet joli de doulces flours"
pour son "Très doux ami"...
Au cœur de l'Hortus conclusus, jardin clos castral accueillant maintes essences botaniques printanières, noble dame Emilia repose sur une banquette d'herbe fine afin de s'adonner à son violon d'Ingres favori : confectionner une couronne de roses blanches et vermeilles
dites de Provins (Rosa alba L. et Rosa gallica officinalis L. ),
sous les regards des prisonniers Arcitas et Palemon
Enluminure appartenant à l'ouvrage de Boccace, "la Thésaïde"
par le Maître du Roi René d'Anjou, Barthélemy d'Eyck
(vers 1460-1465)
Puis, pour nous quitter d'une manière poétique en beauté,
voici un trio d'œuvres médiévales authentifiées et anonyme :
Fragment du « Dit de la Rose » de la poétesse Christine de Pisan
dont elle donnera lecture le 14 février,
en ce jour de célébration amoureuse de la Saint Valentin concomitante
à la fête de la duchesse d’Orléans,Valentine Visconti.
Oeuvre chargée de défendre les femmes malmenées par le misogyne Jean de Meung,
auteur de la deuxième partie du fabuleux et légendaire Roman de la Rose.
"À bon Amour, je fais vœu et promesse
...Et à la fleur qui est rose clamée…
Qu’a toujours mais la bonne renommée
Je garderai de Dame en toute chose.
Ni par moi femme ne sera diffamée :
Et pour cela prend l’ordre de la Rose…
Écrit le jour Saint Valentin
Où maints amants dès le matin
Choisissent amours pour l’année :
C’est le droit de cette journée."
II
Ballade de Charles d'Orléans en l'honneur de la coutume de la Saint Valentin :
Le beau souleil, le jour saint Valentin,
Qui apportoit sa chandelle alumee,
N'a pas longtemps entra un bien matin
Priveement en ma chambre fermee.
Celle clarté qu'il avoit apportee,
Si m'esveilla du somme de soussy
Ou j'avoye toute la nuit dormy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.
Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours, faisoient assemblee
Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livree
Que Nature leur avoit ordonnee
C'estoit d'un per* comme chascun choisy.
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.
Lors en moillant de larmes mon coessin
Je regrettay ma dure destinee,
Disant : " Oyseaulx, je vous voy en chemin
De tout plaisir et joye desiree.
Chascun de vous a per qui lui agree,
Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy,
A prins mon per dont en dueil je languy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee. "
ENVOI
Saint Valentin choisissent ceste annee
Ceulx et celles de l'amoureux party.
Seul me tendray, de confort desgarny,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.
(*) compagnon
III
Enfin, pour nous faire prendre notre mal en patience,
dans l'attente de jours plus cléments et plus fastes, sur un plan naturaliste,
ci-joint une Chanson du XIIIème siècle mêlant faune et flore, extraite des "Carmina burana"
annonçant le renouveau printanier, à l'heure fleurissante où la feuillée verdoie,
se parant se ses plus étincelants atours émeraudes,
où le lis de la Madone et du mois de Marie embaume...
nous offrant les délices de son pur calice :
…” C’est maintenant le printemps,
la terre sous les jeunes plants reverdit,
le soleil brille avec un nouvel éclat,
le bois se couvrent de feuillage,
les lys resplendissent de blancheur,
tout est en fleurs.
.
Le ciel est serein,
l’air est doux,
les vents sont tombés,
il fait agréablement chaud,
le jour est clair,
les oiseaux chantent.
.
Le merle siffle,
le rossignol gazouille,
la grive babille,
l’étourneau piaille,
la tourterelle gémit,
le ramier roucoule,
la perdrix cacabe,
l’oie cacarde,
le cygne crie,
le paon criaille,
la poule glousse,
la cigogne claquette,
la pie jacasse,
l’hirondelle trisse,
l’abeille bourdonne,
le guêpier chuchette.
.
Le hibou ulule,
le coucou coucoule,
le moineau pépie,
le corbeau croasse,
le vautour jabote,
l’épervier lamente,
l’effraie hue,
la corneille craille,
l’aigle glatit,
le milan huit,
le canard caquette,
le geai jase,
la chauve-souris grince,
le butor beugle,
la grue craquette,
la cigale stridule.
.
L’onagre braille,
le tigre feule,
le cerf brame,
le verrat grogne,
le lion rugit,
le léopard râle,
la panthère rauque,
l’éléphant barrit,
le lynx miaule,
le sanglier grommelle,
le bélier blatère,
le mouton bêle,
le taureau mugit,
le cheval hennit.
.
Le lièvre vagit,
le renard glapit,
l’ours gronde,
le loup hurle,
le chien aboie,
le chiot jappe,
la grenouille coasse,
le serpent siffle,
le grillon grésille,
la musaraigne souffle,
la souris chicote,
la belette piaule,
la truie couine,
l’âne brait.
.
Voilà les cris des oiseaux
et des quadrupèdes,
surpassés en harmonie
par l’unique phénix,
dont le séjour touche
au paradis.
.
Le soleil s’est installé
dans sa résidence d’été,
les roseaux frémissent
doucement,
les ceps de vigne déploient
leurs pampres fleuris,
des herbes parfumées
pointent.
Le paysan est en joie.
.
Désormais les serpents pullulent
dans les rivières qui débordent,
une pluie fécondante
imbibe la terre en profondeur,
le ciel ouvre ses cataractes.
La cannelle et le baume
exhalent leurs effluves,
la violette, la rose
et l’armoise s’épanouissent.
Les animaux s’accouplent.”…
Et pour les "savants" éclairés latinophiles, maintenant la version originale :
… “132
1a.
Iam vernali tempore
terra viret germine,
sol novo cum iubare.
frondent nemora,
candent lilia,
florent omnia.
1b.
Est celi serenitas,
aeris suavitas,
ventorum tranquillitas;
est temperies
clara et dies,
cantant volucres:
2a.
Merulus cincitat,
acredula rupillulat,
turdus truculat
et sturnus pusitat,
turtur gemitat,
palumbes plausitat,
perdix cicabat,
anser craccitat,
cignus drensat,
pavo paululat,
gallina gacillat,
ciconia clocturat,
pica concinnat,
hirundo et trisphat,
apes bombilat,
merops sincidulat.
2b.
Bubo bubilat
et guculus guculat,
passer sonstitiat
et corvus croccitat,
vultur pulpat,
accipiter pipat,
carrus titubat,
cornix garrulat,
aquila clangit,
milvus lipit,
anas tetrinnit,
graculus fringit,
vespertilio et stridit,
butio et butit,
grus et grurit,
cicada fretendit.
3a.
Onager mugilat,
et tigris raceat,
cervus docitat,
et verres quirritat,
leo rugit,
pardus ferit,
panther caurit,
elephans barrit,
linx et frennit,
aper frendit,
aries braterat,
ovis atque balat,
taurus mugit,
equus et hinnit.
3b.
Lepus vagit,
et vulpis gannit,
ursus uncat,
et lupus ululat,
canis latrat,
catulus glutinat,
rana coaxat,
anguis sibilat,
grillus grillat,
sorex desticat,
mus et minnit,
mustela drindrit,
sus et grunnit,
asinus et rudit.
4.
He sunt voces volucrum
necnon quadrupedum,
quarum modulamina
vincit phenix unica.
5a.
Iam horrifer Aquilo
suavi cedit Zephiro,
sole in estifero
degente domicilio.
dulcisona resonat harundo.
floride cum floridis
florent vites pampinis.
odorifera
surgunt gramina,
gaudet agricola.
5b.
Nunc dracones fluminum
scatent emanantium;
imber saluberrimus
irrigat terram funditus;
cataractas reserat Olimpus.
redolent aromata,
cum cinnamomo balsama.
virent viola,
rosa et ambrosia.
coeunt animalia.”…
Ce manuscrit des "Carmina burana" fut découvert en 1803 par le commissaire royal Christophe von Aretin à
la bibliothèque de l’Abbaye bénédictine de Benediktbeuern, en Bavière. Il contenait une collection de
poèmes médiévaux en latin qui furent publiés pour la première fois en 1847 à Stuttgart.
Il comporte 112 folios, certains poèmes demeurant incomplets,
tandis que d'autres folios ont été intervertis…
Ce corpus a sans doute été écrit entre 1220 et 1250 par un groupe de lettrés anonymes maitrisant la
stylistique de la langue littéraire, la théologie, la Bible et les œuvres de l’Antiquité.
Il est composé de poèmes lyriques et non lyriques, de veine popularisante.
Le recueil actuel est formé de 238 pièces de longueurs inégales, réparties en quatre catégories :
- les poèmes satiriques et moraux (1-55)
- les poèmes d’amour (56-186)
- les poèmes du jeu et du vin (187-226)
- les drames religieux (227-238).
LA FEMME EST-ELLE UNE NOTE DE JAZZ ?
Du 23-05 au 10-06-12 se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050, Bruxelles) une exposition intitulée LE MOUVEMENT DANS L’ART. Elle met en exergue les œuvres vibrantes d’un amoureux de la Femme et du jazz.
Monsieur CHRISTIAN VEY nous offre une très belle suite de tableaux vivants dont les thèmes principaux sont le jazz et la Femme, conçus comme des feux d’artifices, éclatés en une myriade d’étincelles dont chacune consolide le rythme dans sa couleur musicale.
L’artiste nous pose ici un fascinant problème, à savoir comment évoquer le mouvement en dehors de toute abstraction possible ? A cette question, Christian Vey nous propose deux mythes de l’imaginaire humain : le jazz, ce retour vers l’Homme Elémentaire, dans toute son acception, fait d’un univers tout en syncopes, rythmes et contre-rythmes. Et la Femme, cette terre nourricière qui porte en son sein l’humanité. Si Femme et jazz se fondent dans la même image, c’est précisément dans la note originelle au mouvement, considérée comme Principe de vie. Dans le rite sacrificiel qui faisait de la Femme la nourriture des dieux et qui a conduit Igor Stravinski à célébrer la première nuit du premier printemps par le sang terrible du Sacre.
C’est par la puissance d’un fauvisme rugissant, par les postures cabrées des musiciens dans le naissant de l’effort créatif, campés dans l’empreinte de la douleur extatique que la musique endiablée surgit du silence de notre inconscient.
D’un point de vue technique, les battements du jazz palpitent par la fusion incandescente de l’huile et du couteau que l’artiste utilise constamment dans les œuvres exposées. La mise en scène des couleurs, enchevêtrées dans le trait, confère à l’œuvre l’ivresse à son stade brut, inachevé. Le travail au couteau labourant la pâte souligne la forme en mettant en exergue chacune de ses nervures.
ORNETTE (100 x 80 cm), MILES DAVIS (80 x 110 cm), sont les témoins sonores de ce feu d’artifice tout en variations chromatiques.
Christian Vey: Ornette
Christian Vey: Miles Davis
Le mouvement est donc la résultante d’une série de conditions physiques se traduisant à la vue par une dimension festive qui interpelle le regard.
EN ATTENDANT (100 x 100 cm)
Christian Vey: En attendant
Cette exploration du visage féminin, porte en elle la célébration de la Femme, non pas en tant qu’ « objet » comme il est (hélas !) fréquent de le constater aujourd’hui mais comme « sujet », par lequel l’artiste s’interroge sur la magie de son mystère. L’intensité de son regard, les variations chromatiques qui soulignent son visage, l’esquisse d’un balbutiement sur ses lèvres et surtout l’arc-en-ciel chatoyant de sa chevelure en bataille, lui confèrent une sonorité hautement jazzistique dans la force du « staccato » ponctuant chacun des traits essentiels à la vie.
Son visage est compris entre le blanc immaculé de sa chemise, le feu vivifiant de ses cheveux et le fond rouge vif, formant un véritable « contre-point », indispensable à l’idée du mouvement.
Que ce soit dans l’évocation du jazz ou de celle de la Femme, l’artiste a voulu exprimer l’idée du son syncopé – jazzistique – par l’approche picturale. En cela, il rejoint, par un chemin et un style personnels, Henri Matisse qui vers la fin de sa vie a voué son interrogation finale à la manière de représenter le son spécifique au jazz dans chacun de ses segments – de ses mouvements – sur la toile.
Bien que Christian Vey n’ait jamais fréquenté les Beaux Arts, il s’était orienté dans sa jeunesse vers le dessin industriel. Ayant remarqué ses fortes dispositions, son professeur lui conseilla de se diriger vers le dessin artistique. Son « coup de foudre », comme il le dit lui-même avec la peinture lui vint lorsque, poussant la porte d’une galerie d’art, il fut, au contact des œuvres, submergé par une intense émotion. Ayant ressenti cela comme un appel, il affronta, en autodidacte le chevalet, et face à la toile vierge, il jeta pour la première fois ses taches de couleurs. Il y eut des ratages. Il y eu des réussites. Néanmoins, les formes créées sur la toile lui prouvèrent sa valeur en tant qu’artiste.
Né à Saint-Etienne, dans le Nord de la France, sa première approche avec la couleur s’est dans un premier temps, limitée au noir et au blanc, issus de la grisaille de la région industrielle. Le restant de sa palette, il l’a conquis une fois installé dans l’ambiance chaleureuse d’Uzès, dans le Sud, comme en témoignent les hautes notes rouges, jaunes et vertes qui parsèment ses compositions. Il pense la création dans un rapport agonistique. Cela n’est point étrange, étant donné qu’il a pendant des années pratiqué le Judo en professionnel. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Christian Vey n’est pas un samouraï de la peinture. C’est un artiste pleinement accompli qui au travers du mouvement, conçu comme moyen, cherche sa voie qu’il trace au jour le jour.
Christian Vey est depuis 2006 exposé à la Angela King Gallery, à la Nouvelle Orléans, le berceau du Jazz qui eut parmi ses enfants King Oliver et Louis « Satchmo » Armstrong.
La symbiose demeure solide entre Femme, Jazz et mouvement : l’un se fond dans l’autre pour éclater sur la toile dans des accords de joie.
François L. Speranza.
Note de Robert Paul
Nul n’a demandé à naître du mauvais côté de la planète… Qui souhaiterait vivre de l’autre côté de la bonne fortune ?
Le monde s’éveille ce matin avec un village philippin rayé de la carte et le nombre de morts égal aux habitants de mon bourg. Quelques-uns verseront peut-être une larme et ensuite vaqueront à leurs occupations dominicales.
La planète crève de l’avidité, de l’individualisme et de l’inculture des uns et des autres. On s’inquiète du réchauffement, de la paupérisation, de la mainmise de la finance, des parachutes dorés, de la montée du racisme, de la xénophobie, de l’insécurité grandissante, de la mauvaise gestion des dirigeants, du manque de liberté, d’otages de pirates modernes… De-ci de-là des voix s’élèvent, des groupes réagissent, certains agissent… petites gouttes d’eau dans un océan d’égocentrisme.
Ce matin, une famille prendra son petit déjeuner sans songer aux dégâts causés sur la faune et la flore à cause de l’huile de palme qu’elle ingurgite sans modération, ni au sdf qui, pendant une nuit glaciale de l’hiver, crèvera devant la porte fermée de la gare. Ensuite, les parents se partageront les tâches : conduite du grand au foot et de la ballerine à son spectacle de danse… Avant d’aller faire les courses en râlant que le magasin ferme ses portes bien trop tôt, sans songer que la caissière rêve d’enfin profiter de sa petite famille à qui elle ne pourra rien offrir d’autre que les pré-périmés qu’elle aura acheté à trente pourcents de leur prix.
Pendant ce temps, derrière le magasin, quelqu’un fait l’inventaire de la poubelle espérant trouver de quoi faire un repas ‘convenable’… Hélas, le directeur général a donné ses ordres : plus question de permettre à qui que ce soit de consommer sans payer. Alors, il s’en ira, tête basse, échafaudant des plans pour braquer le magasin. Beaucoup en rêvent, peu le font.
Les vrais braqueurs ne sont pas souvent ceux qu’on croit. Ils le font ouvertement en imposant des lois absurdes, abjectes parfois, qui profiteront toujours à ceux qui sont nés du bon côté de la fortune.
« Vous avez bien d'autres affaires A démêler que les débats Du Lapin et de la Belette … »
Nul doute que l’homme et la femme pressée de notre époque ont d’autres chats à fouetter que de s’en aller écouter un spectacle de fables de La Fontaine. Et pourtant, tous deux se sont retrouvés, très nombreux et comblés de bonheur à la première, sur le gazon improvisé de la petite salle des Martyrs, à l’écoute émerveillée de la langue qui a bercé notre enfance.
Les comédiens du théâtre en Liberté nous ont préparé un tricotage ingénu et frais de ces fables connues et moins connues ou totalement ignorées de ce grand sage du 17e siècle, bien que le choix fut sûrement malaisé. C’est eux qui accueillent le public curieux dans la salle, histoire de se déguiser en trait d’union avec le sage homme de lettres. Hélène Theunissen reçoit en tailleur de soie à reflets d’argent, gants assortis et chaussures élégantes. Le malicieux Jaoued Deggouj est assis négligemment aux pieds d’une grande gravure du maître, Bernard Gahide arbore une tenue de soirée très digne, il est prêt à dire « puis-je vous offrir mes vers ? » Mais où donc est passé Bernard Marbaix? Le mystère est dans la Perruque. Et Dolorès Delahaut en tutu blanc immaculé de danseuse étoile, la rose rouge assortie aux chaussures, caracole sur l’herbe tendre.
C’est l’occasion de se laisser baigner par l’amour de la langue et sa musicalité, la beauté de la poésie mise à vos pieds! La vie de la Nature va palpiter et redonner du cœur à la nature sèche des hommes.
Les fables s’enchaînent souplement comme par magie, les voix virevoltent et se répondent, les timbres imitent la nature entière, l’humour brille, les gestes et le corps soutiennent le propos de manière presque enfantine, libre et osée et tout se transforme, comme une libre pensée et une pittoresque imagination. Mais rien de puéril. Le jeu du corps est une dimension indispensable à l’art de la narration. Malgré leurs habits de cérémonie, la liberté de jeu est totale. La diction est parfaite. Tous ont le sens aigu de la chose contée et passionnent par une foule de détails que l’on ne vous contera point, ce serait les desservir ! Sachez cependant que vous n’aurez jamais eu devant les yeux une présentation de Jean de la Fontaine aussi perlée et aussi joyeusement dynamique et passionnante. L’énergie des textes porte l’énergie des gestes et vice-versa. Tout semble se faire dans une justesse totalement maitrisée tout en restant vivant et spontané. La magie de la parole et la grande humanité de la pensée font le reste.
Rien ne lasse. On se berce, on se rêve, on se récrée, on se recrée. On médite sur le genre humain : « Tout bien considéré, je te soutiens en somme, Que scélérat pour scélérat, Il vaut mieux être un Loup qu'un Homme : Je ne veux point changer d'état. »
Au lieu de la quarantaine de fables choisies on en voudrait 1001, et cela pourrait continuer jusqu’à l’aube si on était en Orient.
« Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant, Il le faut amuser encor comme un enfant. »
RIEN NE SERT DE COURIR... - J. de La Fontaine |
Théâtre en Liberté http://www.theatredesmartyrs.be/compagnies.html |
Du 6 novembre au 7 décembre 2013 au théâtre des Martyrs Samedi 30 novembre à 19h Dimanches 17 novembre et 1er décembre à 16h |
Interprétation : Jaoued Deggouj, Dolorès Delahaut, Bernard Gahide, Bernard Marbaix et Hélène Theunissen Mise en scène : Bernard Gahide & Hélène Theunissen
Assistanat à la Mise en scène : Maxime Anselin
Scénographie : Daniel Scahaise Costumes : Anne Compère
Univers sonore : Gwenaël Grisi Régie : Antoine Halsberghe
Crédit photos : Philippe Fontaine
http://www.theatredesmartyrs.be/saison.html
Au coeur de la forêt d'Ermenonville (Oise) un trésor caché vous attend. Un bijou, la chapelle royale, ornée des fresques du Primatice, dans son écrin, le parc et l'abbaye royale de Chaalis.
(la vierge, l'ange Gabriel et une page ouverte sur la prophétie d'Isaïe annonçant la naissance de l'Emmanuel).
Francesco Primaticcio (1504-1570), dit le Primatice, est originaire de Bologne où il reçu sa première formation du peintre Bognacavallo, un ancien élève de Raphaël. Se sentant à l'étroit dans sa bonne ville il gagne Mantoue et l'atelier de Jules Romain, le plus brillant disciple de Raphaël, dont il devient le collaborateur. Rapidement reconnu maître du maniérisme, expert dans l'ornementation monumentale, il est demandé par François 1er pour décorer sa résidence favorite le château de Fontainebleau. Arrivé en 1532, il travaille avec Rosso Fiorentino, créant là ce qu'on appellera l'école de Fontainebleau, se faisant ainsi les initiateurs et maîtres de la Renaissance française. Rosso meurt en 1540 et dès lors le chantier royal lui échoit, une oeuvre dont le rayonnement fut immense.
Oui, mais que venait-il faire à Chaalis ?
Sans aucun doute appelé par une commande du cardinal d'Este, abbé de Chaalis en 1541, qui lui fit réaliser ces fresques entre 1543 et 1545, auxquelles il donnera l'ampleur de celles de Michel-Ange et la délicatesse d'un Raphaël avec un prodigieux sens de l'agencement, en scénographe inspiré de l'espace, sachant leur donner sens.
Saint Matthieu, un des quatre évangélistes aux voûtains de la chapelle.
La restauration de 2005 a rendu fraîcheur et authenticité, après de malencontreux repeints, à ces fresques.
Quant à la chapelle, elle date du XIIIe siècle, restaurée au XIXe par Edouard Corroyer, disciple de Viollet-le-Duc, avec une fantaisie toute romantique (plane encore sur ces lieux la présence de Jean-Jacques Rousseau, de Gérard de Nerval ou de Nélie Jacquemart-André qui y est enterrée).
L'ange Gabriel (détail de l'Annonciation).
Je vous proposerai une petite suite, la visite du domaine...
Michel Lansardière (texte et photos).
Mâle Emile. L' art religieux du XIIe siècle, du XIIe siècle et la fin du moyen âge.
On peut considérer comme faisant un tout, et, à cet égard, les étudier ensemble, les trois volumes d'Emile Mâle (1862-1955) consacrés respectivement à "L' art religieux du XIIe siècle en France", étude sur les origines de l' iconographie du moyen âge, à "L' art religieux du XIIIe siècle en France, études sur l' iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration (1898), et à "L' art religieux de la fin du moyen âge en France" (1908). Lorsque Emile Mâle a écrit le premier de ces ouvrages, -qui est celui sur l' art du XIIIe siècle, qui fut sa thèse de doctorat, -la science iconographique, dont il est en France le créateur et le maître incontesté, n'existait pas encore. L'effort du grand historien de l' art fut donc pour étudier et interpréter les monuments à la lumière de l'histoire, de la symbolique, en recherchant dans tous les documents de l'époque, les informations qui pouvaient éclairer l'archéologie. Si Emile Mâle commença son étude de l' art chrétien du moyen âge par le XIIIe siècle, pour revenir plus tard au XIIe, c'est parce qu'il était porté par son instinct vers ce siècle où "tout est ordre et lumière". L' art du moyen âge est essentiellement symbolique et la forme y fut presque toujours l'enveloppe de l'esprit, et les artistes aidés, conduits par les théologiens, concourent, eux aussi, à cette "spiritualisation" de la matière, qui est le caractère essentiel de l' art médiéval. La littérature sacrée et profane de l'époque contient donc les thèmes de ces représentations que les clercs conseillaient et expliquaient aux artistes. C'est par là que la cathédrale fut, pour les hommes de ce temps, comme le dit très bien Emile Mâle, "la révélation totale". Les fidèles étaient l'humanité, la cathédrale était le monde, et l'esprit de Dieu emplissait à la fois l'homme et la création. Le mot de saint Paul devenait une réalité: on était, on se mouvait en Dieu.
Cette étude achevée, Emile Mâle s'est retourné vers le siècle précédent, plus complexe, car il était encore tout emmêlé d'influences orientales. Les miniatures à cette époque ont joué un grand rôle, sur le développement et l'évolution de la sculpture. L'auteur passe en revue à cette occasion, les différents manuscrits à miniatures qui ont fourni des modèles aux artistes, les manuscrits syriens, grecs et byzantins, aussi bien que les manuscrits européens. Il montre ensuite quelle influence eurent, sur la constitution des thèmes iconographiques, la liturgie d'abord, puis le culte des saints. Les pèlerinages sur les routes de France, d'Italie et d'Espagne, ont participé également à la création de l' iconographie, telle qu'on la rencontre dans la sculpture et la peinture. Les savants enfin, et les Ordres monastiques, ont achevé de modeler l' art de ce siècle, qui fut surtout un art monastique, non sans doute que tous les artistes d'alors fussent des moines, mais c'étaient presque toujours des moines qui leur dictaient leurs sujets.
Le troisième volume de ce "cycle", "L' art religieux à la fin du moyen âge", dégage les caractères généraux d'une esthétique qui d'une part, entre dans le cadre d'influence de l' art italien, qui, d'autre part, emprunte bon nombre de ses sujets et de ses représentations au théâtre religieux, lequel commence à prendre une place importante dans la vie des hommes du moyen âge dès le XIVe, et surtout au XVe siècle. Le pathétique enfin se présente avec toutes ses expressions les plus dramatiques, de caractère presque "baroque" déjà, et très différent de la discrétion, de la mesure qui gouvernaient les siècles précédents. C'est un autre monde, en somme, qui s'élabore, -le monde d'où sortira la Renaissance et dans lequel elle se prépare déjà, -en donnant une nouvelle image et une nouvelle signification de la destinée humaine. L' art religieux médiéval reçut du fait de la Renaissance et surtout de la Réforme, un coup sévère, mais ces modifications de la pensée et du sentiment, qui auraient pu lui être préjudiciables, ne firent que donner un élan nouveau, et plus puissant, à cet art chrétien, au cours du XVIe et du XVIIe siècles: c'est qu'Emile Mâle démontre magistralement dans son livre sur "L' art religieux après le Concile de Trente".
Le Cercle de la Rotonde a le plaisir de vous inviter à la soirée-rencontre de trois écrivains que Marie-Clotilde Roose présentera le vendredi 29 novembre 2013 à 18h à la Bibliothèque de Tournai:
Alain Dartevelle, Geneviève Damas et Michel Joiret .
Geneviève Damas après une formation de juriste, a changé de cap, et s'est prise de passion pour le métier de , metteur en scène, auteur de pièces de théâtre, de nouvelles et d’un roman très apprécié, Si tu passes la rivière (Luce Wilquin, 2011).. Ses oeuvres théâtrales ont été primées par de nombreux prix. Un genre dans lequel elle excelle, tout autant que dans les autres formes d'écriture. Entre cruauté et humour, Geneviève Damas dépeint les méandres des relations humaines et met en place son propre langage, dénudé, poétique, ponctué de mots au parfum de belgitude et sa langue chante une mélodie universelle.
Alain Dartevelle vient de publier Dans la ville infinie chez l’éditeur suisse L’Age d ’Homme, dans la collection ‘La Petite Belgique’, dirigée par Jean-Baptiste Baronian. Il avait obtenu le Prix R. Duterme 2012 pour Amours sanglantes.
Toujours dans un style fantastique, et dans sa verve habituelle, l'histoire - les histoires- se passent dans une ville futuriste Infinity City, où femmes, enfants et autres personnages sont englués dans une perversité que le monde civilisé cache et tolère et va jusqu'à la mettre en scène dans une sorte d'organisation chaotique qui laisse pantois. Des êtres qui deviennent des plaisirs jetables, presque une obsolescence programmée, dans ces nouvelles où le ton cynique va vers son paroxysme.
Michel Joiret dont le roman Madame Cléo, a reçu en 2012 le Prix du Parlement de la FWB (et Prix H. Krains avant édition chez M.E.O.) traite du fantasme et de la perversion, l'histoire tumultueuse d'un « enfant de la guerre », protégé par la délicieuse Madame Cléo. des "non-dits" et de leurs ravages chez l'être humain, dans la douleur d'exister.
Une voix sincère, audacieuse et sensuelle.
Michel Joiret vient d'ailleurs de fêter les 25 ans d’existence de sa revue Le Non-dit, avec son 100ème numéro,
De la lumineuse intériorité et de l’amour de la liberté....
En 1670, pour la première représentation devant le roi du "Bourgeois Gentilhomme",Lully composait avec Molière une comédie-ballet incluant une cérémonie turque avec les Récits du Muphti, son Dialogue du Muphti et des Turcs, son Chœur des Turcs, des airs pour donner le turban, pour les coups de sabre, et celui pour les coups de bâton... Cette démarche permettait de donner cours aux fantasmes et craintes mêlées d’admiration pour un Orient imaginaire mais surtout de critiquer indirectement la cour de Versailles. Dans les "Fourberies de Scapin" (1671), Molière fait inventer par le rusé valet, afin de soutirer 1 500 écus à un Géronte borné et avare - une histoire de rançon et d'enlèvement sur une galère turque ... l'une des grandes frayeurs du voyageur européen en Méditerranée! "Mais que diable allait-il faire à cette galère ! Ah ! maudite galère ! Traître de Turc !" Les Turqueries ? Au XVIIIe siècle avec la publication des «Lettres persannes» par Montesquieu en 1721, cette mode fait toujours fureur en Europe. Jouée pour la première fois en 1782 au Burgtheater de Vienne, voici une "Turquerie" magnifique mise en musique par un jeune Mozart de 26 ans sur un livret de J. Gottlieb Stéphanie d’après la pièce de Christoph Friederich Bretzner.
C’est le premier opéra allemand. Six personnages. Konstanze, Blondchen, Belmonte et Pedrillo font naufrage sur les côtes de Turquie. Face à eux, Osmin, terrible et cruel qui voulait :" ...faire griller les chiens qui nous ont indignement trompés. ...d'abord décapités, puis pendus, puis empalés, sur un pieu brûlant, puis brûlés, ensuite attachés et noyés; enfin écorchés." (Rires intérieurs !) Mais il y a aussi Bassa Selim, magnanime, refusant la vengeance et donnant ainsi une grande leçon de tolérance tant revendiquée par l'Europe du XVIIIème, et dont Mozart prend un turc comme symbole!
Basé sur un fait divers réel, l’affaire de «L’enlèvement du sérail » aurait été un complot artistique et musical commandé au jeune Mozart par Joseph II. La culture au service de la politique … rien de nouveau! Le personnage turc devait avoir une image de souverain magnanime… L’empereur très mélomane souhaitait que l’œuvre parvienne aux oreilles du grand Calife et ainsi endormir sa méfiance par la flatterie. De son côté, en s’alliant avec la Russie, Joseph II rêvait de démembrer l’Empire Ottoman… De plus, cette œuvre devait encourager l’identité nationale par la création d’un opéra allemand à côté de l’omniprésence italienne. « Die Entführung aus dem Serail » est en effet le premier opéra en langue allemande, dans l’esprit du singspiel, une forme nouvellement créée alternant les parties chantées et parlées. Le rôle du Pacha Selim est d’ailleurs exclusivement parlé. Mais Mozart, uni à Joseph II par l’idéal éclairé, voyait en ce personnage le prototype de l’homme des lumières. Lorsque Selim (Markus Merz) personnage de grande densité humaine voit son autorité s’écrouler devant la force de ses sentiments, il devient capable de dominer sa colère et capable d’offrir le pardon, libérant sa belle captive et renvoyant chez eux le couple d’amoureux. Il donne une leçon de morale très forte : « Ainsi pourras-tu dire que réparer par des bienfaits une injustice subie est une joie bien plus grande que de rendre le mal pour le mal ». Ainsi, quand on aime, le bonheur de l’autre n’est-il pas le plus important ?

A notre époque, cette œuvre présentée à l’Opéra de Liège en 2013 est encore toujours aussi fraîche même si les turqueries n’ont plus le même attrait. Ici c’est l’intemporalité du propos qui prime. Les magnifiques héros mozartiens Konstanze et Selim donnent tous deux à réfléchir sur la figure de l’homme idéal, sa morale et sur sa place dans le monde. Mais le ton est léger: l’amusement et le comique sont omniprésents dans le personnage d’Osmin. Les péripéties sont nombreuses et font alterner scènes comiques, déclarations de tendresse, passages où la jalousie jette son ombre orageuse et coup de théâtre. On se laisse gagner par la connivence entre maître et valet, entre la dame et sa suivante, l’amour bon teint entre Pedrillo et Blondchen. On voyage avec délices dans les détours imaginaires du sérail et ceux de la psychologie raffinée des personnages. L’étude psychologique des deux femmes est particulièrement intéressante et fine. Séparée de son fiancé par la mer, seule et désespérée, Kontanze chante sa douleur mélancolique. Oppressée par les insistances du Pacha elle se pose en vierge martyre prête à défier la mort si elle est forcée de se plier à son bon plaisir. Amoureuse, elle l’est, de son fiancé mais cela n’exclut pas une admiration croissante pour la beauté de l’esprit et l’amour passionné et désintéressé de son geôlier…
Sous les yeux ahuris du gardien Osmin dont le monde est en train de s’écrouler, on découvre aussi une approche féministe naissante où s’oppose la femme sous ses voiles devant obéissance absolue à son seigneur et maître et la femme libérée anglaise représentée par Blondchen qui ne ménage ni ses paroles ni son jeu théâtral. Maria Grazia Schiavo dans le rôle de Konstanze et Elizabeth Bailey (Blondchen), regorgent toutes deux de talent pour escalader les aigus escarpés, plonger dans les sentiments profonds, faire chavirer le spectateur dans l’émotion et assurer une continuité dramatique à peine interrompue par les applaudissements des spectateurs.
La direction musicale est assurée par Christophe Rousset, fondateur de l’ensemble Les talens lyriques jouant sur instruments d’époque et claveciniste de renommée internationale. Chef d’orchestre très inspiré il nous a offert une présentation aérienne et authentique de l’œuvre avec des pupitres bien campés, des allusions orientales bien marquées, non dénuées d’humour. Mais à tout moment les voix chantées étaient soulignées merveilleusement par un orchestre très complice, faisant jaillir le trouble des sentiments des personnages et la sagesse lumineuse envisagée par Mozart.

Alfredo Arias signe une mise en scène intense et poétique visant l’essentiel. Celle de l’intériorité des personnages, un palais renversé où flottent les sentiments. Mais aussi des bassins où la main de Konstanze joue avec l’eau. Le metteur en scène fait jouer devant et derrière un rideau de tempête marine et sentimentale, fait passer un navire mythique lumineux porteur de l’espoir et de son évanouissement. Il travaille l’endroit, l’envers et le renversement du décor. Une porte à gauche et une à droite permettent les entrées sur scène mais le reste c’est le passage récurrent entre le réel et l’imaginaire. Il est en cela fort aidé par les décors de Roberto Platé qui donnent l’impression par le plongeon du décor inversé que c’est l’œil de Dieu qui considère les ébats des hommes sur terre. Et le spectateur est invité à la même lorgnette divine. De face on contemple le ciel et sa lumière capturés dans un immense tableau de maître. Des costumes fluides qui épousent les moindres émotions et un magnifique chœur juvénile qui bouge avec lenteur dans une très belle chorégraphie pacifique sous la direction de Marcel Seminara. Ils sont tous vêtus de noirs habits de cérémonie et représentent la fidélité des janissaires à leur souverain calife.
Pour en revenir aux voix masculines, le rude Osmin (Franz Hawlata) et le romantique Belmonte (Wesley Rogers, loué dans la presse pour l’excellence ses personnages mozartiens) déclenchent des applaudissements frénétiques à la tombée du rideau. On retrouvera Franz Hawlata en janvier sur la même scène dans « Fidelio ». Avant de rejoindre la France, ce spectacle féerique passe le dimanche 10 novembre (16h) par le Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Il a été enregisté par Culturebox le 31 octobre 2013.
Voici le lien pour revoir l'intégralité du spectacle: http://culturebox.francetvinfo.fr/lenlevement-au-serail-de-mozart-a-lopera-royal-de-wallonie-143447

Metteur en scène : Alfredo Arias, Orchestre et Choeurs de l’Opéra Royal de Wallonie Konstanze : Maria Grazia Schiavo | Belmonte : Wesley Rogers | Osmin : Franz Hawlata | Blondchen : Elizabeth Bailey | Pedrillo : Jeff Martin | Bassa Selim : Markus Merz Production: Oxymore / Jim & Jules / Opéra Royal de Wallonie Coproduction : Opéra royal de Wallonie / Opéra de Montpellier / Angers Nantes Lumières: Jacques Rouveyrollis Costumes: Adeline André Direction musicale: Christophe Rousset Chef des choeurs: Marcel Seminara
L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous présenter du 06/11 au 24/11/2013 l’exposition événement des artistes suivant : Rachel Trost (Be) peintures, Lionel Aubert & Julie Robrolle (Fr) créations en joaillerie, Nathalie Autour (Fr) peintures, Marta Zawadzka (Pol) peintures et Sophie (Fr) sculptures en bronze.
Le VERNISSAGE a lieu le 06/11 de 18h 30 à 21h 30 et l’exposition du mardi au samedi inclus de 11h 30 à 18h 30. Et sur rendez-vous le dimanche.
Espace Art Gallery 35 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles. Ouvert du mardi au samedi de 11h 30 à 18h 30. Et le dimanche sur rendez-vous. GSM : 00 32 497 577 120
Rachel TROST (Be) peintures
« Floating moments »
Lionel AUBERT et Julie ROBROLLE (Fr) créations en joaillerie
« Alchimie »
Nathalie Autour (Fr) peintures
Marta Zawadzka (Pol) peintures
Sophie (Fr) sculptures
Exposition du 06 novembre au 24 novembre 2013.
INVITATION AU VERNISSAGE
Mercredi 06 novembre de 18h 30 à 21h 30.
Drink de bienvenue et petits sandwichs fourrés.
Espace Art Gallery 35 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles.
Ouvert du mardi au samedi : 11h 30 à 18h 30.
Et le dimanche sur rendez-vous.
GSM : 00 32 497 577 120
Et à titre d’information voici les cinq prochaines expositions:
-Titre : « Les collections à l’espace Yen »
Artistes: Collectif d’artistes.
Vernissage le 27/11/2013 de 18h 30 à 21h 30 en la galerie même.
Exposition du 27/11 au 22/12/2013 à l’Espace Art Gallery II.
-Titre : « Le droit se montre »
Artiste: Paul Henrard (Be) aquarelles.
Vernissage le 27/11 de 18h 30 à 21h 30
Exposition du 27/11 au 22/12/2013.
&
-Titre : « Eau en couleurs »
Artiste: Elodie Haslé (Fr) technique mixte.
Vernissage le 27/11 de 18h 30 à 21h 30
Exposition du 27/11 au 22/12/2013.
-Titre : « Le fil de … l’Ô »
Artiste: Tine Swerts (Be) peintures.
Vernissage le 27/11 de 18h 30 à 21h 30
Exposition du 27/11 au 22/12/2013.
-Titre : « Alchimie »
Artistes: Lionel Aubert & Julie Robrolle (Fr) créations en joaillerie.
Vernissage le 27/11 de 18h 30 à 21h 30
Exposition du 27/11 au 22/12/2013.
Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.
Bien à vous,
Jerry Delfosse
Espace Art Gallery
GSM: 00.32.497. 577.120
Voir: http://espaceartgallery.be
Le site de l'Espace Art Gallery se prolonge dorénavant sur le Réseau Arts et Lettres à l'adresse: http://ning.it/KUKe1x
« A la recherche du temps perdu » est un roman de Marcel Proust (1871-1922), écrit entre 1908-1909 et 1922 et comprenant sept sections dont les trois dernières parurent après la mort de l'auteur. Les titres de ces sept volumes sont par ordre chronologique de publication: Du côté de chez Swann (à compte d'auteur chez Grasset en 1913, puis dans une version modifiée chez Gallimard en 1919), A l'ombre des jeunes filles en fleurs (Gallimard, 1918, prix Goncourt 1919), le Côté de Guermantes (en 2 tomes, Gallimard, 1920 et 1921), Sodome et Gomorrhe (en 2 tomes, Gallimard, 1921 et 1922), la Prisonnière (Gallimard, 1923), Albertine disparue (ou la Fugitive, Gallimard, 1925) et le Temps retrouvé (Gallimard, 1927).
Des conditions dans lesquelles furent publiées ces sept sections de l'oeuvre définitive, retenons essentiellement le souci manifesté très tôt par Proust que le roman formât une unité bien structurée et close, ainsi que les difficultés qu'il éprouva à concevoir les ruptures que supposait cette partition en sept volumes. Difficultés dues au fait que Proust souhaitait que chacun d'eux présentât une certaine autonomie. Ce qui frappe d'autre part c'est le considérable élargissement de la perspective entre la conception initiale du roman (soumise essentiellement à l'opposition temps perdu / temps retrouvé) et le résultat final. Dans l'intervalle se seront produits de multiples remaniements et de considérables ajouts qui auront eu pour conséquence d'enrichir toujours davantage cette immense fresque, sans que Proust abandonne jamais l'idée d'un achèvement de l'oeuvre, que la mort seule ne lui a pas permis de mener à terme.
Ce roman se présente sous la forme d'une autobiographie fictive où le narrateur évoque les différentes étapes, parfois analysées dans le plus grand détail, de ce que fut sa formation, envisagée essentiellement comme le chemin, entrecoupé de multiples voies de traverse, d'une vie qui l'a finalement mené à l'écriture sans qu'il prît vraiment conscience, dans les moments où il la vivait, de cet inéluctable destin. Celle-ci prend pourtant racine dans la plus tendre enfance, laquelle constitue le cadre du premier volume.
Du côté de chez Swann. Pour le narrateur, l'apprentissage commence par la découverte d'un monde clos et recelant déjà tous les germes de ses observations à venir: Combray. Une légère fêlure dans les rapports du jeune enfant avec sa mère (le traditionnel baiser du soir une fois refusé) devient la source d'une angoisse en quelque sorte matricielle. Tout est initiation dans cette première section: l'univers est divisé en deux côtés séparés présentant chacun une combinaison thématique propre. Du "côté de chez Swann" se situe le désir (pour Gilberte) et la prise de conscience de l'existence du mal, le "côté de Guermantes" révélant quant à lui toute la force de l'envie de prestige. L'enfant découvre la lecture (George Sand et Bergotte) et rêve sur les noms propres. Les impressions résurgentes de ce premier volume (c'est grâce à la saveur d'une madeleine trempée dans le thé que l'adulte les retrouve) sont déjà largement nourries des réflexions postérieures du narrateur et de l'écrivain lui-même. Ce premier tome comporte, seule partie du roman écrite à la troisième personne, la longue narration d'une passion vécue, bien avant la naissance du narrateur, par un voisin de Combray, Charles Swann. La rencontre d'Odette donnera à cette figure en vue du Faubourg Saint-Germain l'occasion d'expérimenter douloureusement les débordements d'une jalousie en laquelle se concentrera bientôt tout son amour. Il découvrira du même coup le milieu bourgeois du "clan" Verdurin et trouvera une consolation à entendre une "petite phrase" de la sonate de Vinteuil.
Dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs, nous retrouvons le narrateur adolescent fréquentant chez les Swann. Odette, que Swann a fini par épouser et dont l'élégance raffinée fascine le jeune homme, offre la possibilité à celui-ci, en l'invitant dans son salon, de rencontrer l'écrivain Bergotte. Il découvre également, au théâtre, la Berma, comédienne de grand talent. Dans ces deux cas sa déception initiale fait place, après mutation, à une profonde admiration. Il éprouve pour Gilberte, la fille de Swann, son premier grand amour bientôt suivi du chagrin d'une rupture dont il prend l'initiative. Les "jeunes filles" du titre, c'est à Balbec (lieu de villégiature sur la côte normande) que le narrateur les remarque. Au Grand Hôtel il fait la connaissance de Mme de Villeparisis et de son neveu Robert de Saint-Loup. Le baron de Charlus, oncle du précédent, croise également dans les parages. Deux rencontres se révéleront particulièrement marquantes pour la suite du roman: celle du peintre Elstir, auquel le narrateur doit une certaine initiation esthétique, et celle d'Albertine qu'il différencie progressivement de l'essaim où elle se fondait tout d'abord.
La carrière mondaine du jeune homme prend son essor dans le Côté de Guermantes. Avant d'être admis dans ce saint des saints qu'est le salon de la duchesse de Guermantes, à laquelle Saint-Loup refuse de le présenter, il devra apprendre les règles du "monde" chez Mme de Villeparisis. Mais ce milieu, surtout caractérisé par son insignifiance, ne lui apporte qu'une déception chronique. Tout à ses préoccupations arrivistes, il est soudain confronté à la mort d'un être cher: sa grand-mère. La douleur qu'il éprouve, quoique réelle, n'est pas aussi intense qu'il l'aurait cru. Il revoit Albertine, qui lui accorde le baiser qu'elle lui refusait à Balbec.
Sodome et Gomorrhe s'ouvre sur une longue scène amoureuse entre Charlus et le giletier Jupien, suivie d'une dissertation sur l'homosexualité. Les anomalies de comportement du baron s'expliquent désormais. Lors d'une soirée chez la princesse de Guermantes, les conversations se concentrent sur l'affaire Dreyfus: il y est surtout question des remous et regroupements stratégiques que cet événement provoque dans les milieux mondains. Les rapports du narrateur avec Albertine deviennent de plus en plus étroits et, pendant un second séjour à Balbec en sa compagnie, il commence à la soupçonner d'être lesbienne. Il découvre le "clan" Verdurin que fréquentent également Charlus et son nouveau "protégé", le jeune musicien Morel.
La Prisonnière. Il s'apprête à rompre avec Albertine mais, subitement sûr de ses attirances gomorrhéennes, il décide de rentrer avec elle à Paris et parvient à la résoudre à la vie commune chez lui. Cette claustration à deux tourne cependant très vite au cauchemar: les pressions inquisitoriales du jeune homme, en proie à une succession de plus en plus effrénée de périodes d'apaisement et de torture ("les feux tournants de la jalousie"), se heurtent à la duplicité experte d'Albertine. Pendant une soirée chez les Verdurin il entend, profondément bouleversé, le septuor de Vinteuil. Il décide de rompre avec son amie, désespérant de pouvoir jamais la "posséder" vraiment.
Albertine disparue. Mais un matin au réveil, il apprend, "le souffle coupé", que celle-ci l'a quitté. Il reçoit peu à peu la nouvelle de sa mort. Commence pour lui un long travail de deuil où sa blessure, maintes fois ravivée par la confirmation qu'il acquiert des moeurs de la jeune femme, se cicatrise progressivement. Il voyage, se rend à Venise, et finit par considérer son histoire avec Albertine comme celle d'un autre.
Le Temps retrouvé. Bien des années plus tard, à Tansonville, lieu de son enfance, le narrateur découvre que les deux "côtés" de Guermantes et de chez Swann se rejoignent en fait, comme ont fini par se rejoindre dans le mariage Gilberte et Saint-Loup. La lecture du Journal des Goncourt et deux séjours qu'il fait à Paris pendant la guerre de 1914-1918 lui fournissent de quoi alimenter de longues et fécondes réflexions. Dans cette atmosphère de fin du monde chacun tient à se prononcer sur les hostilités. Les Verdurin répètent les communiqués de l'état-major, Charlus ne craint pas d'affirmer sa germanophilie et Saint-Loup s'engage héroïquement au combat, où il sera tué. Il sera donné au narrateur d'observer encore, dans cette sorte de Pompéi en sursis qu'est devenu Paris, le baron qui se fait fouetter, enchaîné, dans une chambre de l'hôtel de passe tenu par Jupien. Alors qu'il est invité à une matinée donnée par la princesse de Guermantes, trois événements anodins (il trébuche contre des pavés inégaux, entend un bruit de cuiller et se frotte à une serviette empesée) provoquent en lui, comme jadis la saveur de la madeleine, la même involontaire résurgence de souvenirs. Il découvre la supériorité de l'art sur la vie et considère qu'en celui-ci réside la seule possibilité de récupérer le temps perdu. Le "bal de têtes" auquel il assiste ensuite, galerie hallucinante des figures, maintenant décrépites, qu'il a connues jadis, lui apprend qu'il n'est plus temps désormais de différer davantage le passage à l'écriture: son livre sera comme une "cathédrale", comme les Mémoires de Saint-Simon ou les Mille et Une Nuits de son époque.
Aux yeux de qui a trop attendu de l'extérieur, la vie ne peut apparaître que décevante et arrive un moment où semblable désappointement fait éprouver à certains le besoin de la réviser, de la prendre en écharpe dans un geste qui sera à la fois d'exhibition, de protection, d'aide et de réparation. Ils peuvent trouver dans cette motivation inaugurale la voie qui mène à l'écriture. Et c'est un tel projet que forme Proust, une telle envie de démonstration qu'il a en tête lorsqu'il s'embarque vers 1908-1909 dans une aventure dont il ne sait pas trop, ou sait trop bien, où elle va le conduire. Désir de prouver que l'écriture recèle la puissance de collecter l'essentiel de ce qu'un être aura vécu pour l'assembler harmonieusement en un seul texte en mettant au point un dispositif qui comprendra deux temps essentiels: celui du déploiement et celui de la récapitulation. Déploiement de l'infinie variété des circonstances où la "jouissance directe" fut sans lendemain et récapitulation de cette expérience en gerbes dont chacune contiendra des occurrences de même famille, afin d'arriver à la racine des impressions pour les rendre définitivement tangibles et source d'une satisfaction plus profonde et plus durable.
On comprend dans ces conditions que la visée ne soit plus d'action, mais d'approfondissement, et que l'objectif ne soit plus situé à l'extérieur mais dans le monde interne des sensations restées obscures parce que trop rarement explorées, monde pour lequel la réalité visible forme cependant un détour nécessaire. La fonction de la littérature selon l'être proustien réside dans cette densification de la vie, rendue d'autant plus "digne d'être vécue", affirme le narrateur, "qu'elle me semblait pouvoir être éclaircie, elle qu'on vit dans les ténèbres, ramenée au vrai de ce qu'elle était, elle qu'on fausse sans cesse, en somme réalisée dans un livre". Ce livre, pour le futur entrepreneur d'une telle reconstruction, est évoqué à l'aide de diverses images: d'abord, logiquement architecturale, celle de la cathédrale, puis plus modestement artisanale, celle de la robe, et enfin, plus prosaïquement culinaire, celle du boeuf mode. Cela pour dire que cette oeuvre évoque le souci d'une certaine spiritualité (l'écriture comme une prière quotidienne), celui aussi de la parade, nécessaire transmutation esthétique, à vocation défensive, de la réalité humaine et celui enfin de la façon dont elle sera ingérée par le lecteur, qui doit être "nourri" tout en éprouvant du plaisir et qui constituera ici une préoccupation primordiale.
Car un tel roman ne pourra trouver son véritable accomplissement que s'il a su répondre pleinement à son objectif affiché d'être un legs. Ce désir de transmettre constitue la dimension essentielle dans laquelle doivent être lues ses innombrables références, littéraires, picturales et surtout musicales: fréquentation d'oeuvres dont le narrateur dit qu'elles lui ont donné "une valeur d'éternité, hélas! momentanément", et qu'il aurait voulu léguer celle-ci à ceux [qu'il aurait] pu enrichir de [son] trésor". Du sommeil (comme symbole paradoxal de l'engagement obtus dans le réel mais aussi de capacités qu'il est toujours possible de réactiver) à la somme (combinaison, suffisamment ordonnée pour être partagée, de ce qu'un être aura pu engranger de joie prise aux réalisations esthétiques d'autrui), voilà qui pourrait peut-être caractériser le long cheminement de ce roman. Pour cela, un véritable travail d'extraction se révèle nécessaire: "Je savais très bien que mon cerveau était un riche bassin minier, où il y avait une étendue immense et fort diverse de gisements précieux."
Parmi les minerais ramenés à la surface, la musique occupe une place prépondérante, parce que les traces essentielles de l'existence y sont en quelque sorte inscrites comme des fossiles, et qu'elle possède, véritable mémoire, la vertu d'en retracer l'histoire. Elle est le véhicule grâce auquel la profondeur peut être atteinte et donner ainsi tout leur sens aux événements d'une vie. C'est dans l'interrogation qu'elle fait entendre que le narrateur puise la ressource de comprendre, par exemple, que toutes ses amours précédentes n'auront été que de "minces et timides essais" avant sa grande passion pour Albertine, en laquelle se concentre ("comme une incision en pleine chair") tout ce qu'il est capable d'accomplir sur ce terrain. C'est par l'intermédiaire de la musique, véritable "retour à l'inanalysé", que peut nous être révélé "tout ce résidu que nous sommes obligés de garder pour nous-mêmes", et qui ne peut être communiqué à autrui que par un travail de transmutation artistique. Elle détient la ressource de donner toute sa puissance à l'"appel" que le narrateur aura entendu sous diverses formes dans son existence, chaque fois comme le signe qu'existe une possibilité de compensation à toutes ses souffrances. Grâce à elle, il découvre aussi que de semblables créations, qui recèlent comme "un corps à corps d'énergies", ne sont possibles que parce qu'elles font contraste avec le monde environnant, avec toute la fadeur et l'insignifiance des êtres dont la "vulgaire allégorie" constitue cependant un élément révélateur indispensable. Ce n'est que contenus dans une "gaine de vices" que la vertu, le talent, voire le génie peuvent se manifester. De ce point de vue tous les éléments, même les plus "impurs", d'un parcours, trouvent leur utilité, en ce qu'ils ont représenté d'indispensables étapes pour aboutir à l'oeuvre en laquelle il devient ainsi légitime qu'ils soient relatés, dès lors que cette oeuvre est un roman. Le travail de la signification se forge à partir du prosaïque, c'est en lui qu'elle puise la solidité de son enracinement. Et ce n'est pas un hasard si le narrateur a connu sa plus grande émotion esthétique au beau milieu du salon Verdurin, malgré sa médiocrité, les diverses manifestations de futilité de ceux qui le fréquentent, l'hystérie de la "Patronne", etc. Ce furent là les ingrédients nécessaires, les circonstances indispensables à cette joie sans nom qu'il éprouva, puisque c'est précisément grâce aux subtiles "conjugaisons" qu'elles permirent qu'il a pu entendre le septuor de Vinteuil.
D'une certaine façon, quel est le lecteur un peu conséquent de Proust qui ne finit pas par reconnaître le salon Verdurin ou autres lieux proustiens qu'il héberge peu ou prou en lui-même? "Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même." D'où l'insatisfaction de l'écrivain lorsque certains l'appellent "fouilleur de détails" après avoir lu ses premiers textes. Alors qu'il cherchait avant tout à élaborer les "grandes lois" (de la mondanité, de l'amour, de l'art) qui président à sa présence au monde en tant qu'être singulier, Proust n'en inaugure pas moins cette "esthétique du détail" qui s'épanouira au XXe siècle, c'est-à-dire cette technique d'écriture qui consiste à décrire les réalités les plus quotidiennes dans une langue d'une grande perfection formelle et qui tire toute sa valeur de décliner avec le plus de précisions possible les caractéristiques d'une perception unique. Celle-ci peut se donner à lire en particulier dans le vaste tissu de métaphores qui sera progressivement élaboré par l'écrivain pour approcher au plus près de ce qu'il observe, comme une sorte de nasse dans laquelle il enserre les éléments de l'expérience accumulée, en résistant à la facilité de l'image toute faite: "La vérité ne commencera qu'au moment où l'écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport [...], et les enfermera dans les anneaux nécessaires d'un beau style." La survenue et la sélection des images sont comme la signature de l'être. C'est la "différence qualitative" obtenue par la tension toujours maintenue au plus vif entre les pôles opposés d'une très longue série où s'attirent et se repoussent à la fois, pour se rejoindre parfois, l'objectif et le subjectif, le masculin et le féminin, le noble et l'ignoble, le rêve et le réel, les ténèbres et la lumière, l'angoisse et "l'espérance mystique", la mort spirituelle et la possibilité d'une renaissance.
L'écriture proustienne tire son énergie de ces oppositions énoncées sans manichéisme comme les données d'une expérience, comme un viatique offert à qui veut en "prendre de la graine": "Cette vie, les souvenirs de ses tristesses, de ses joies, formaient une réserve pareille à cet albumen qui est logé dans l'ovule des plantes et dans lequel celui-ci puise sa nourriture pour se transformer en graine..."Pour devenir écrivain, le narrateur aura dû surmonter la longue "procrastination" dans laquelle son engagement trop brûlant dans le monde, sa recherche avide de possessions, son refus crispé de préserver la part du mystère l'auront tenu enfermé. Il lui aura fallu accepter la résistance des êtres et des choses à toute tentative d'annexion, laquelle ne pourrait d'ailleurs qu'aboutir à une aliénation réciproque, comme le lui aura démontré sa vie commune avec Albertine qu'il aura lui-même contribué, par les exigences vampiriques dont il aura fait preuve avec elle, à transformer en "être de fuite". Son écriture, loin de s'en trouver stérilisée comme le furent ses tentatives d'intervention et d'intrusion dans la vie d'autrui, va pouvoir désormais s'alimenter de l'ouverture à toutes les formes enfin admises de l'altérité. Le texte proustien regorge de toutes les manifestations de ces débordements, de ces échappées, eu égard aux limites étroites du moi. L'oeuvre doit viser à en exprimer la richesse, la vertu fécondante. Les signes majeurs que constituèrent pour l'écrivain tous ces noms propres qui lui offrirent un accès à l'inouï, une rupture dans les habitudes (Guermantes, Gilberte, Albertine, Saint-Loup, Charlus, Balbec, Verdurin, etc.), lui auront permis d'élaborer sa palette, grâce aux changements de régime qu'ils auront instaurés dans sa vie. Son oeuvre ne sera donc que l'une des partitions possibles par lesquelles on peut interpréter le monde, et trouvera sa place parmi toutes celles qui furent ou seront extraites du "clavier incommensurable". Le lecteur sera ainsi à même de vérifier que "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature".
C’est curieux ce qui se passe aujourd’hui. Il y a comme du poil à gratter dans l’air, une musique qui revient sans cesse, un énervement palpable, un désarroi qui s’installe, une lumière qui tarde à venir, un emballement des esprits, un désir de ” maintenant tout de suite ” comme s’il n’y avait plus de place pour un” plus tard” , une attente insupportable pour une vérité que l’on nous tarde à dévoiler, un aveuglement que l’on veut passager, quelque chose qui ne va pas et que l’on a du mal à qualifier !
Ce quelque chose n’aurait-il pas de rapport avec un retour en arrière programmé dont la visée intelligente serait une vie plus équilibrée, plus belle en somme ? Car les choses vont mal pour beaucoup de monde. Il n’y a qu’à écouter les sociologues, les statisticiens, les philosophes, les scientifiques, les juristes, les politiques, économistes, journalistes, religieux, entrepreneurs… tous nous disent que nous sommes malades d’un monde qui ne tourne pas comme il devrait.
Evidemment si l’on ne se parle pas entre gens de bonne compagnie, si l’on ne fait que défendre des intérêts particuliers et à court terme, inévitablement nous allons tous dans le mur. C’est la loi du : tout seul, je ne peux rien. Chacun se cramponnant désespérément au peu qu’il gagne chaque jour pour sa survie ou protège tout aussi désespérément ce qu’il a acquis. Ces convictions de pensée deviendront forcément inutiles face à l’inéluctable qui flotte dans l’air.
La solution à nos maux est programmée : nous serons tous pauvres bientôt et deviendrons comme cela est toujours vérifié dans l’Histoire en pareilles circonstances désormais solidaires dans le comblement des manques qui s’installeront progressivement.
Tous pauvres, oui, pas ceux qui le sont déjà ni ceux qui ne le seront jamais, mais nous, les “moyens “, qui n’avons ni trop ni trop peu, qui avons bâti une petite vie tranquille sur des rêves possibles, encore possibles ! Nous, les nostalgiques du code du travail maintenant désuet, de l’Etat protecteur riche à souhaits, de la caisse de retraite abondante aux vieux jours, de la reconnaissance pour le travail accompli, du respect aux plus âgés. C’est nous qui allons basculer dans l’anarchie du travail, l’absence d’une gouvernance prévoyante soumise à des lois de plus en plus dures, dans des caisses et tiroirs vides, bref dans ” le sauve qui peut ” généralisé !
Les crises de foie suivent toujours l’abondance. Les sociétés industrialisées, avancées, développées comme on les nomme ont mangé leur pain blanc. Il va falloir se serrer la ceinture. Bon appétit !
L’Héritage de Rogier van der Weyden. La peinture à Bruxelles de 1450 à 1520 (12.10.2013 > 26.01.2014)
Atelier de Rogier van der Weyden : « La Déploration devant le tombeau ouvert ». Firenze, Gallerie degli Uffizi
Deux commissaires très complices, le Dr Véronique Bücken ( chef de la section Peinture ancienne aux musées des Beaux-Arts de Bruxelles) et le Dr Griet Steyaert (collaborateur scientifique) se sont épaulées avec grand enthousiasme pour faire partager au public leur impressionnant travail de recherche, débuté il y a quatre ans à propos des « Petits maîtres bruxellois » du dernier quart du XVIe siècle bourguignon.
Griet Steyaert est docteur en histoire de l’art, spécialiste des « suiveurs » de Rogier van der Weyden, et auteur d’une thèse consacrée au Maître de la légende de sainte Catherine. Egalement restauratrice, elle est particulièrement qualifiée pour l’étude technique des peintures. Elle vient d’achever la restauration du Triptyque des sept sacrements de Rogier van der Weyden, conservé au Musée royal des beaux-arts d'Anvers. Véronique Bücken signe quant à elle, le somptueux catalogue de l’exposition qui s’est ouverte récemment aux musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Magnifiquement illustré, il réunit à la fois la beauté, l’exigence des qualités scientifiques et l’art de la transmission de notre patrimoine artistique.
Maître de l'Adoration du Prado : « La Présentation au Temple ». Washington, National Gallery of Art
Rogier van der Weyden est né à Tournai, commune autonome dépendant du roi de France vers 1399/1400 sous le nom de Roger de la Pasture. Son père, Henri de la Pasture, est coutelier. Il fit partie de ce que l'on a appelé l'«école des primitifs flamands» une appellation née au XIXème siècle pour désigner les peintres flamands qui se spécialisèrent dans les scènes religieuses et les portraits de bourgeois du XVème siècle. Ces peintres innovaient des techniques de peinture à l'huile offrant une grande richesse de tons et des effets de lumière et de transparence. La technique complexe des glacis mêle des huiles aux pigments et vise à la conservation d’un objet peint. Après une sous-couche opaque, on pose sur le tableau la peinture en couches successives très fines et translucides, du plus clair au plus foncé, qui permettent de fondre subtilement les tons entre eux et de leur conférer une luminosité et un éclat particulier. Le tableau en vient à rayonner de l’intérieur. Ce qui est justement le propos des peintres de cette époque et de cette région : créer à la faveur de l’œuvre, un climat de dialogue avec la lumière divine. Roger de la Pasture fut vraisemblablement élève du Maître de Flémalle et ses premières œuvres montrent l'influence de Jan van Eyck.
Rogier van der Weyden, Portrait d'Antoine de Bourgogne 1430 – 1504, Huile sur chêne, 38,4 x 28 x 0,4 cm @ MRBAB/ KMSKB
Il fut nommé peintre officiel de la ville de Bruxelles, ville natale de sa femme où il s’installa avec ses enfants et prit le nom de Rogier van der Weyden (ce nom figure dans un acte notarié). A cette époque, Bruxelles était en plein essor. Les ducs de Bourgogne, grands protecteurs des arts, avaient choisi le palais du Coudenberg comme résidence favorite. Celle-ci était entourée des hôtels des hauts dignitaires de la cour et des familles nobles comme les Nassau ou les Ravenstein. Affilié à la guilde bruxelloise des peintres, Rogier van der Weyden connaît vite une grande réussite. Son atelier était une véritable entreprise située dans le quartier des orfèvres (le site actuel de la Bibliothèque Royale) et il acquiert une réputation internationale. Il reçoit d’importantes commandes d’Espagne et d’Italie, sans dédaigner pour autant les travaux de polychromie ou mise en couleur de divers objets ou pièces de menuiserie. En dehors de tableaux et retables, nombre de modèles pour des ateliers de sculpture, de vitraux ou de tapisseries étaient aussi fabriqués dans l’atelier. Le maître mène une vie bourgeoise très active. Il est réputé pour son altruisme et son intégrité : c’est lui que l’on choisissait comme arbitre quand un conflit s’élevait entre un peintre et un de ses clients. Son atelier est riche de nombreux collaborateurs anonymes. En effet les peintres ne signaient pas leurs œuvres et leur nom changeait souvent en fonction de leur lieu de résidence, à l’instar de leur maître.
L’exposition met en scène une douzaine de peintres très productifs ou d’ateliers actifs à Bruxelles, les« suiveurs » de Rogier van der Weyden mort en 1464. L'historien d'art M. J. Friedländer, (Die Altniederländische Malerei, t. II : Rogier Van der Weyden und der Meister von Flémalle, Berlin, 1924) considérait ces artistes comme mineurs et tributaires de l’art de van der Weyden, et ne recherchait pas quels étaient leurs apports et en quoi ils étaient novateurs. A l’époque, ces tableaux anonymes furent classés et regroupés par affinités stylistiques. Chaque groupe fut attribué à un « Maître », nommé conventionnellement d’après un des tableaux du groupe (Maître de la Légende de sainte Catherine, Maître de la Légende de sainte Barbe, Maître de la Légende de la Madeleine), d’après une série de tableaux (Maître de la Vie de Joseph) ou une caractéristique esthétique (Maître au Feuillage brodé, Maître à la vue de Sainte-Gudule).
Maître de l'Adoration du Prado : « Nativité ». Birmingham Museums & Art Gallery
La recherche : grâce aux techniques modernes d’investigation, par exemple l’étude au microscope ou en réflectographie infrarouge, on peut distinguer plusieurs intervenants ou « mains » au sein de chaque groupe. L’observation minutieuse des œuvres permet d’authentifier le label « Made in Brussels » par la présence d’édifices tels que la cathédrale Saints Michel et Gudule, la cathédrale du Sablon, la Porte de Hal… L’étude des cadres d’origine des menuisiers bruxellois et de leurs estampilles aide à l’identification, ainsi que la présence d’une inscription au bas d’un manteau, ou l’identité des commanditaires.
Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique possèdent un important groupe de tableaux et certaines œuvres clés pour cette période. L’exposition rassemble en outre des prêts de différents musées d’Europe et des Etats Unis ainsi que de collections privées. Il faut souligner la générosité du Musée de Melbourne qui a envoyé le Triptyque des Miracles du Christ, une œuvre majeure pour le XVe siècle bruxellois. Le transport a nécessité de grandes précautions vu la fragilité extrême des œuvres. Ci-dessous : Rogier van der Weyden : Pièta
Ci-dessus : le triptyque de Melbourne (entre 1491 et 1495, trois maîtres différents)
En se promenant dans l’exposition on est d’abord touché par une scénographie à la fois paisible et luxueuse : les murs sont dans les tons bleus du manteau de la Vierge. Chaque peinture a une histoire à raconter à propos de la vie quotidienne des gens du 15e siècle. Les peintres de cette époque épiaient la vie sous tous ses aspects. Ils se plaisaient à représenter l’homme dans son milieu, dans les champs, dans les rues, dans son intérieur bourgeois. Pris par une frénésie de l’observation du réel, le peintre se passionne pour la précision et la finesse des paysages, le rendu des costumes, des étoffes des dentelles et des brocarts, l’éclat des bijoux, le luxe de la vaisselle et du mobilier, qu’ils s’évertuent à rendre en couleurs éblouissantes. Des rouges profonds, des verts olive lumineux, des coloris chauds et radieux qui donnent aux matières précieuses, pierres ou métaux, l’illusion du réel. L’art du peintre est issu d’un art de vivre d’une société florissante dont les peintres sont possédés par la passion de recréer sous leur pinceau un monde aimé et admiré. Un monde où la spiritualité occupe une dimension importante. Les tableaux sont souvent instruments de prière et médium pour la communion avec le divin. Les visages, si expressifs qu’ils soient, reflètent la piété tendre pour le divin Créateur et la compassion pour les souffrances du Christ. Un Christ infiniment proche de l’humain.
http://www.fine-arts-museum.be/fr/expositions/l-heritage-de-rogier-van-der-weyden
NB. Pour les enfants, Educateam propose un feuillet didactique et créatif qui emmènera petits et grands sur la piste des personnages légendaires et réels. Vive l’aventure au Moyen-Âge! www.extra-edu.be

