Solistes de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth
BOZARSUNDAYS
Dimanche 18.03.2012 11:00
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
Chaque année, dans un idéal d’excellence, et le rêve d’une carrière assurée, des étudiants de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth participent au Concours musical international Reine-Élisabeth-de-Belgique. La Chapelle est soutenue par de nombreux mécènes culturels. Elle participe au perfectionnement de jeunes talents du monde entier dans plusieurs disciplines musicales. Dans chacune des quatre disciplines, les étudiants de la Chapelle sont suivis personnellement par un Maître en résidence: Violon (Augustin Dumay), Piano (Abdel Rahman El Bacha), Violoncelle (Gary Hoffman)(nouvelle classe), Chant (José Van Dam), Musique de chambre (Quatuor Artemis)
Ce dimanche matin, la salle Henry Le Bœuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillait trois jeunes talents qui nous ont offert un programme de choix:
Christia Hudziy piano - Noëlle Weidmann violoncelle Edvard Grieg, Sonate pour violoncelle et piano, op. 36, 1er mouvement | |
Harriet Langley violon - Dana Protopopescu piano César Franck, Sonate en la majeur |
L’une d’entre elles, qui a travaillé à la Chapelle depuis six ans, est une jeune fille de 19 ans. Elle s’appelle Harriet Langley, elle est australienne, de mère coréenne. Elle a déjà parcouru le monde entier et va présenter le concours Reine Elisabeth de violon ce printemps 2012. Non seulement elle a l’occasion grâce à cette formation de développer sa personnalité musicale aux côtés d’un très grand maître prêt à lui transmettre tout son savoir faire, mais elle est très reconnaissante, ainsi que ses collègues artistes que la Chapelle - cas unique dans la formation musicale en Europe - leur permette de se produire sur de nombreuses scènes prestigieuses y compris à l’étranger. Après le concert nous les avons rencontrées, toutes trois aussi charmantes, et amoureuses de la musique.
Christia Hudziy au piano et Noëlle Weidmann (dont c’est la première année à la Chapelle) au violoncelle nous ont joué la Sonate pour violoncelle et piano, op. 36, 1er mouvement d’Edvard Grieg. Ce n’est pas une mince affaire que de convoquer l’intérêt musical un dimanche matin à 11 heures quand dehors sonnent les cloches d’une superbe matinée de printemps. Ce duo féminin très accompli a réussi à capter toute notre concentration. Sensibilité et vigueur étaient au rendez-vous tandis que dans le second morceau, Pohadka de Leos Janacek, l’inventivité et les surprises fusaient des cordes du violoncelle. Le début commence comme un véritable conte de fées. Une voix semble nous souffler « Il était une fois… Pohadka, a fairy tale ». Et c’est le cas, vérification faite, Pohadka veut dire en tchèque « conte polulaire… » C’est dire si l’interprétation était suggestive ! On se demande comment Christia et Noëlle, qui jouent en se tournant le dos ont tant de connivence musicale et de bonheur complice. Le double chant qu’elles tressent dans le dernier mouvement est enchanteur.
César Franck, Sonate en la majeur. Le duo avec Dana Protopopescu au piano était sublime. Harriet, la violoniste boit des yeux les mains de la pianiste et lui renvoie une sculpture musicale complexe et passionnée. La fougue croisée des deux instruments se complaît dans les notes graves, la violoniste souligne les accents marqués en fin de phrase par un geste d’accompagnement ferme et gracieux. L’archet semble se libérer et grimper vers des notes de plaisir estival. Puis des ondes de retour vers l’intériorité retombent en cascades.
Il y a au cœur de l’œuvre un récitatif joué les yeux fermés, un chef d’œuvre pour
qui veut se recueillir. Il semble que toute la misère du monde soit envoyée vers le ciel, avec l’espoir enfermé comme dans une bouteille à la mer. Et ce message, on est sûr que Dieu l’aura entendu. Les lignes mélodiques sont pures, escortées avec délicatesse par les arpèges au velouté très mélodique de la pianiste. La tendresse et le romantisme du début se mutent en volonté de faire exploser la joie de vivre.
C’est au tour du public d’exploser de bonheur, quand dehors, en plein midi, sonnent les cloches d’une superbe matinée de printemps.