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Comment peindre une tête vide

Art ludique et l'art qui fait pas rire ..

La frontière entre l'art qui se veut sérieux et l 'art de la fête foraine s'efface.

Je pense à la biennale de Lyon pour dire cela . Un exemple..

La pièce remplie de brouillard dans laquelle on avance sans voir le bout de ses pieds.. Bel exemple en tout cas.. que j'ai aimé vivre. La pièce que je présente à art en campagne va dans ce sens.

ombre habitée

"Ombre habitée permet de glisser sa tête dans le trou fait dans l'ombre portée d'un personnage qui marche.

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Le rond et le carré

Le rond et le carré se croisent, mais ne se rencontrent pas.

C’est la non-rencontre du carré et du rond en miroir.

Au centre il y a l’œuf.

Autour il y a la maison.

Une histoire d’amour impossible qui se termine bien.

Tout est compliqué avant d’être simple.

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Un portrait de Daumier par Baudelaire

Un portait de Daumier

par Charles Baudelaire

Je veux parler maintenant de l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne, d'un homme qui, tous les matins, divertit la population parisienne, qui, chaque jour, satisfait aux besoins de la gaieté publique et lui donne sa pâture. Le bourgeois, l'homme d'affaires, le gamin, la femme, rient et passent souvent, les ingrats ! sans regarder le nom. Jusqu'à présent les artistes seuls ont compris tout ce qu'il y a de sérieux là-dedans, et que c'est vraiment matière à une étude. On devine qu'il s'agit de Daumier.

Les commencements d'Honoré Daumier ne furent pas très éclatants ; il dessina, parce qu'il avait besoin de dessiner, vocation inéluctable. Il mit d'abord quelques croquis dans un petit journal créé par William Duckett ; puis Achille Ricourt, qui faisait alors le commerce des estampes, lui en acheta quelques autres. La révolution de 1830 causa, comme toutes les révolutions, une fièvre caricaturale. Ce fut vraiment pour les caricaturistes une belle époque. Dans cette guerre acharnée contre le gouvernement, et particulièrement contre le roi, on était tout cœur, tout feu. C'est véritablement une œuvre curieuse à contempler aujourd'hui que cette vaste série de bouffonneries historiques qu'on appelait la Caricature, grandes archives comiques, où tous les artistes de quelque valeur apportèrent leur contingent. C'est un tohu-bohu, un capharnaüm, une prodigieuse comédie satanique, tantôt bouffonne, tantôt sanglante, où défilent, affublées de costumes variés et grotesques, toutes les honorabilités politiques. Parmi tous ces grands hommes de la monarchie naissante, que de noms déjà oubliés !

Cette fantastique épopée est dominée, couronnée par la pyramidale et olympienne Poire de processive mémoire. On se rappelle que Philipon, qui avait à chaque instant maille à partir avec la justice royale, voulant une fois prouver au tribunal que rien n'était plus innocent que cette irritante et malencontreuse poire, dessina à l'audience même une série de croquis dont le premier représentait exactement la figure royale, et dont chacun, s'éloignant de plus en plus du terme primitif, se rapprochait davantage du terme fatal : la poire. "Voyez, disait-il, quel rapport trouvez-vous entre ce dernier croquis et le premier ?" On a fait des expériences analogues sur la tête de Jésus et sur celle de l'Apollon, et je crois qu'on est parvenu à ramener l'une des deux à la ressemblance d'un crapaud. Cela ne prouvait absolument rien. Le symbole avait été trouvé par une analogie complaisante. Le symbole dès lors suffisait. Avec cette espèce d'argot plastique, on était le maître de dire et de faire comprendre au peuple tout ce qu'on voulait. Ce fut donc autour de cette poire tyrannique et maudite que se rassembla la grande bande des hurleurs patriotes. Le fait est qu'on y mettait un acharnement et un ensemble merveilleux, et avec quelque opiniâtreté que ripostât la justice, c'est aujourd'hui un sujet d'énorme étonnement, quand on feuillette ces bouffonnes archives, qu'une guerre si furieuse ait pu se continuer pendant des années.

Tout à l'heure, je crois, j'ai dit : bouffonnerie sanglante. En effet, ces dessins sont souvent pleins de sang et de fureur. Massacres, emprisonnements, arrestations, perquisitions, procès, assommades de la police, tous ces épisodes des premiers temps du gouvernement de 1830 reparaissent à chaque instant ; qu'on en juge : La Liberté, jeune et belle, assoupie dans un dangereux sommeil, coiffée de son bonnet phrygien, ne pense guère au danger qui la menace. Un homme s'avance vers elle avec précaution, plein d'un mauvais dessein. Il a l'encolure épaisse des hommes de la halle ou des gros propriétaires. Sa tête piriforme est surmontée d'un toupet très proéminent et flanquée de larges favoris. Le monstre est vu de dos, et le plaisir de deviner son nom n'ajoutait pas peu de prix à l'estampe. Il s'avance vers la jeune personne. Il s'apprête à la violer.

Avez-vous fait vos prières ce soir, Madame ? — C'est Othello-Philippe qui étouffe l'innocente Liberté, malgré ses cris et sa résistance.

Le long d'une maison plus que suspecte passe une toute jeune fille, coiffée de son petit bonnet phrygien ; elle le porte avec l'innocente coquetterie d'une grisette démocrate. MM. un tel et un tel (visages connus, — des ministres, à coup sûr, des plus honorables) font ici un singulier métier. Ils circonviennent la pauvre enfant, lui disent à l'oreille des câlineries ou des saletés, et la poussent doucement vers l'étroit corridor. Derrière une porte, l'Homme se devine. Son profil est perdu, mais c'est bien lui ! Voilà le toupet et les favoris. Il attend, il est impatient !

Voici la Liberté traînée devant une cour prévôtale ou tout autre tribunal gothique : grande galerie de portraits actuels avec costumes anciens.

Voici la Liberté amenée dans la chambre des tourmenteurs. On va lui broyer ses chevilles délicates, on va lui ballonner le ventre avec des torrents d'eau, ou accomplir sur elle toute autre abomination. Ces athlètes aux bras nus, aux formes robustes, affamés de tortures, sont faciles à reconnaître. C'est M. un tel, M. un tel et M. un tel, — les bêtes noires de l'opinion.

Dans tous ces dessins, dont la plupart sont faits avec un sérieux et une conscience remarquables, le roi joue toujours un rôle d'ogre, d'assassin, de Gargantua inassouvi, pis encore quelquefois. Depuis la révolution de février, je n'ai vu qu'une seule caricature dont la férocité me rappelât le temps des grandes fureurs politiques ; car tous les plaidoyers politiques étalés aux carreaux, lors de la grande élection présidentielle, n'offraient que des choses pâles au prix des produits de l'époque dont je viens de parler. C'était peu après les malheureux massacres de Rouen. — Sur le premier plan, un cadavre, troué de balles, couché sur une civière ; derrière lui tous les gros bonnets de la ville, en uniforme, bien frisés, bien sanglés, bien attifés, les moustaches en croc et gonflés d'orgueil ; il doit y avoir là-dedans des dandys bourgeois qui vont monter leur garde ou réprimer l'émeute avec un bouquet de violettes à la boutonnière de leur tunique ; enfin, un idéal de garde bourgeoise, comme disait le plus célèbre de nos démagogues. À genoux devant la civière, enveloppé dans sa robe de juge, la bouche ouverte et montrant comme un requin la double rangée de ses dents taillées en scie, F. C. promène lentement sa griffe sur la chair du cadavre qu'il égratigne avec délices. — Ah ! le Normand ! dit-il, il fait le mort pour ne pas répondre à la Justice !

C'était avec cette même fureur que La Caricature faisait la guerre au gouvernement. Daumier joua un rôle important dans cette escarmouche permanente. On avait inventé un moyen de subvenir aux amendes dont Le Charivari était accablé ; c'était de publier dans La Caricature des dessins supplémentaires dont la vente était affectée au payement des amendes. À propos du lamentable massacre de la rue Transnonain, Daumier se montra vraiment grand artiste ; le dessin est devenu assez rare, car il fut saisi et détruit. Ce n'est pas précisément de la caricature, c'est de l'histoire, de la triviale et terrible réalité. — Dans une chambre pauvre et triste, la chambre traditionnelle du prolétaire, aux meubles banals et indispensables, le corps d'un ouvrier nu, en chemise et en bonnet de coton, gît sur le dos, tout de son long, les jambes et les bras écartés. Il y a eu sans doute dans la chambre une grande lutte et un grand tapage, car les chaises sont renversées, ainsi que la table de nuit et le pot de chambre. Sous le poids de son cadavre, le père écrase entre son dos et le carreau le cadavre de son petit enfant. Dans cette mansarde froide il n'y a rien que le silence et la mort.

Ce fut aussi à cette époque que Daumier entreprit une galerie satirique de portraits de personnages politiques. Il y en eut deux, l'une en pied, l'autre en buste. Celle-ci, je crois, est postérieure et ne contenait que des pairs de France. L'artiste y révéla une intelligence merveilleuse du portrait ; tout en chargeant et en exagérant les traits originaux, il est si sincèrement resté dans la nature, que ces morceaux peuvent servir de modèle à tous les portraitistes. Toutes les pauvretés de l'esprit, tous les ridicules, toutes les manies de l'intelligence, tous les vices du cœur se lisent et se font voir clairement sur ces visages animalisés ; et en même temps, tout est dessiné et accentué largement. Daumier fut à la fois souple comme un artiste et exact comme Lavater. Du reste, celles de ses œuvres datées de ce temps-là diffèrent beaucoup de ce qu'il fait aujourd'hui. Ce n'est pas la même facilité d'improvisation, le lâché et la légèreté de crayon qu'il a acquis plus tard. C'est quelquefois un peu lourd, rarement cependant, mais toujours très fini, très consciencieux et très sévère.

Je me rappelle encore un fort beau dessin qui appartient à la même classe : La Liberté de la Presse. Au milieu de ses instruments émancipateurs, de son matériel d'imprimerie, un ouvrier typographe, coiffé sur l'oreille du sacramentel bonnet de papier, les manches de chemise retroussées, carrément campé, établi solidement sur ses grands pieds, ferme les deux poings et fronce les sourcils. Tout cet homme est musclé et charpenté comme les figures des grands maîtres. Dans le fond, l'éternel Philippe et ses sergents de ville. Ils n'osent pas venir s'y frotter.

Mais notre grand artiste a fait des choses bien diverses. Je vais décrire quelques-unes des planches les plus frappantes, empruntées à des genres différents. J'analyserai ensuite la valeur philosophique et artistique de ce singulier homme, et à la fin, avant de me séparer de lui je donnerai la liste des différentes séries et catégories de son œuvre ou du moins je ferai pour le mieux, car actuellement son œuvre est un labyrinthe, une forêt d'une abondance inextricable.

Un Dernier Bain, caricature sérieuse et lamentable. — Sur le parapet d'un quai, debout et déjà penché, faisant un angle aigu avec la base d'où il se détache comme une statue qui perd son équilibre, un homme se laisse tomber roide dans la rivière. Il faut qu'il soit bien décidé ; ses bras sont tranquillement croisés ; un fort gros pavé est attaché à son cou avec une corde. Il a bien juré de n'en pas réchapper. Ce n'est pas un suicide de poète qui veut être repêché et faire parler de lui. C'est la redingote chétive et grimaçante qu'il faut voir, sous laquelle tous les os font saillie ! Et la cravate maladive et tortillée comme un serpent, et la pomme d'Adam, osseuse et pointue ! Décidément, on n'a pas le courage d'en vouloir à ce pauvre diable d'aller fuir sous l'eau le spectacle de la civilisation. Dans le fond, de l'autre côté de la rivière, un bourgeois contemplatif, au ventre rondelet, se livre aux délices innocentes de la pêche.

Figurez-vous un coin très retiré d'une barrière inconnue et peu passante, accablée d'un soleil de plomb. Un homme d'une tournure assez funèbre, un croque-mort ou un médecin, trinque et boit chopine sous un bosquet sans feuilles, un treillis de lattes poussiéreuses, en tête-à-tête avec un hideux squelette. À côté est posé le sablier et la faux. Je ne me rappelle pas le titre de cette planche. Ces deux vaniteux personnages font sans doute un pari homicide ou une savante dissertation sur la mortalité.

Daumier a éparpillé son talent en mille endroits différents. Chargé d'illustrer une assez mauvaise publication médico-poétique, la Némésis médicale, il fit des dessins merveilleux. L'un d'eux, qui a trait au choléra, représente une place publique inondée, criblée de lumière et de chaleur. Le ciel parisien, fidèle à son habitude ironique dans les grands fléaux et les grands remue-ménages politiques, le ciel est splendide ; il est blanc, incandescent d'ardeur. Les ombres sont noires et nettes. Un cadavre est posé en travers d'une porte. Une femme rentre précipitamment en se bouchant le nez et la bouche. La place est déserte et brûlante, plus désolée qu'une place populeuse dont l'émeute a fait une solitude. Dans le fond, se profilent tristement deux ou trois petits corbillards attelés de haridelles comiques, et, au milieu de ce forum de la désolation, un pauvre chien désorienté, sans but et sans pensée, maigre jusqu'aux os, flaire le pavé desséché, la queue serrée entre les jambes.

Voici maintenant le bagne. Un monsieur très docte, habit noir et cravate blanche, un philanthrope, un redresseur de torts, est assis extatiquement entre deux forçats d'une figure épouvantable, stupides comme des crétins, féroces comme des bouledogues, usés comme des loques. L'un d'eux lui raconte qu'il a assassiné son père, violé sa sœur, ou fait toute autre action d'éclat. — Ah ! mon ami, quelle riche organisation vous possédiez ! s'écrie le savant extasié.

Ces échantillons suffisent pour montrer combien sérieuse est souvent la pensée de Daumier, et comme il attaque vivement son sujet. Feuilletez son œuvre, et vous verrez défiler devant vos yeux, dans sa réalité fantastique et saisissante, tout ce qu'une grande ville contient de vivantes monstruosités. Tout ce qu'elle renferme de trésors effrayants, grotesques, sinistres et bouffons, Daumier le connaît.

Le cadavre vivant et affamé, le cadavre gras et repu, les misères ridicules du ménage, toutes les sottises, tous les orgueils, tous les enthousiasmes, tous les désespoirs du bourgeois, rien n'y manque. Nul comme celui-là n'a connu et aimé (à la manière des artistes) le bourgeois, ce dernier vestige du moyen âge, cette ruine gothique qui a la vie si dure, ce type à la fois si banal et si excentrique. Daumier a vécu intimement avec lui, il l'a épié le jour et la nuit, il a appris les mystères de son alcôve, il s'est lié avec sa femme et ses enfants, il sait la forme de son nez et la construction de sa tête, il sait quel esprit fait vivre la maison du haut en bas.

Faire une analyse complète de l'œuvre de Daumier serait chose impossible ; je vais donner les titres de ses principales séries, sans trop d'appréciations ni de commentaires. Il y a dans toutes des fragments merveilleux. Robert Macaire, Mœurs conjugales, Types parisiens, Profils et silhouettes, les Baigneurs, les Baigneuses, les Canotiers parisiens, les Bas-bleus, Pastorales, Histoire ancienne, les Bons Bourgeois, les Gens de Justice, la journée de M. Coquelet, les Philanthropes du jour, Actualité, Tout ce qu'on voudra, les Représentants représentés. Ajoutez à cela les deux galeries de portraits dont j'ai parlé.

J'ai deux remarques importantes à faire à propos de deux de ces séries, Robert Macaire et l'Histoire ancienne. Robert Macaire fut l'inauguration décisive de la caricature de mœurs. La grande guerre politique s'était un peu calmée. L'opiniâtreté des poursuites, l'attitude du gouvernement qui s'était affermi, et une certaine lassitude naturelle à l'esprit humain avaient jeté beaucoup d'eau sur tout ce feu. Il fallait trouver du nouveau. Le pamphlet fit place à la comédie. La Satire Ménippée céda le terrain à Molière, et la grande épopée de Robert Macaire, racontée par Daumier d'une manière flambante, succéda aux colères révolutionnaires et aux dessins allusionnels. La caricature, dès lors, prit une allure nouvelle, elle ne fut plus spécialement politique. Elle fut la satire générale des citoyens. Elle entra dans le domaine du roman.

L'Histoire ancienne me paraît une chose importante, parce que c'est pour ainsi dire la meilleure paraphrase du vers célèbre : Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ? Daumier s'est abattu brutalement sur l'antiquité, sur la fausse antiquité, — car nul ne sent mieux que lui les grandeurs anciennes, — il a craché dessus ; et le bouillant Achille, et le prudent Ulysse, et la sage Pénélope, et Télémaque, ce grand dadais, et la belle Hélène qui perdit Troie, et tous enfin nous apparaissent dans une laideur bouffonne qui rappelle ces vieilles carcasses d'acteurs tragiques prenant une prise de tabac dans les coulisses. Ce fut un blasphème très amusant, et qui eut son utilité. Je me rappelle qu'un poète lyrique et païen de mes amis en était fort indigné. Il appelait cela une impiété et parlait de la belle Hélène comme d'autres parlent de la Vierge Marie. Mais ceux-là qui n'ont pas un grand respect pour l'Olympe et pour la tragédie furent naturellement portés à s'en réjouir.

Pour conclure, Daumier a poussé son art très loin, il en a fait un art sérieux ; c'est un grand caricaturiste. Pour l'apprécier dignement, il faut l'analyser au point de vue de l'artiste et au point de vue moral. — Comme artiste, ce qui distingue Daumier, c'est la certitude. Il dessine comme les grands maîtres. Son dessin est abondant, facile, c'est une improvisation suivie ; et pourtant ce n'est jamais du chic. Il a une mémoire merveilleuse et quasi divine qui lui tient lieu de modèle. Toutes ses figures sont bien d'aplomb, toujours dans un mouvement vrai. Il a un talent d'observation tellement sûr qu'on ne trouve pas chez lui une seule tête qui jure avec le corps qui la supporte. Tel nez, tel front, tel œil, tel pied, telle main. C'est la logique du savant transportée dans un art léger, fugace, qui a contre lui la mobilité même de la vie.

Quand au moral, Daumier a quelques rapports avec Molière. Comme lui, il va droit au but. L'idée se dégage d'emblée. On regarde, on a compris. Les légendes qu'on écrit au bas de ses dessins ne servent pas à grand'chose, car ils pourraient généralement s'en passer. Son comique est, pour ainsi dire, involontaire. L'artiste ne cherche pas, on dirait plutôt que l'idée lui échappe. Sa caricature est formidable d'ampleur, mais sans rancune et sans fiel. Il y a dans toute son œuvre un fonds d'honnêteté et de bonhomie. Il a, remarquez bien ce trait, souvent refusé de traiter certains motifs satiriques très beaux, et très violents, parce que cela, disait-il, dépassait les limites du comique et pouvait blesser la conscience du genre humain. Aussi quand il est navrant ou terrible, c'est presque sans l'avoir voulu. Il a dépeint ce qu'il a vu, et le résultat s'est produit. Comme il aime très passionnément et très naturellement la nature, il s'élèverait difficilement au comique absolu. Il évite même avec soin tout ce qui ne serait pas pour un public français l'objet d'une perception claire et immédiate.

Encore un mot. Ce qui complète le caractère remarquable de Daumier, et en fait un artiste spécial appartenant à l'illustre famille des maîtres, c'est que son dessin est naturellement coloré. Ses lithographies et ses dessins sur bois éveillent des idées de couleur. Son crayon contient autre chose que du noir bon à délimiter des contours. Il fait deviner la couleur comme la pensée ; or c'est le signe d'un art supérieur, et que tous les artistes intelligents ont clairement vu dans ses ouvrages.

In Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques ; L'art romantique et autres œuvres critiques. VII. Quelques caricaturistes français

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Autocritique… et recherche d’évènements

Je sais, c’est un exercice bien ardu que celui de critiquer son propre travail, qui plus est en tentant de rester froidement impartiale.Toutefois, je vais tenter de vous présenter le plus objectivement possible "L'Encyclopédie pratique du Mâle Moderne" (parue en 2004 aux Editions Galopin) et ensuite de "L'Encyclopédie pratique de la Femme Moderne" (parue en 2007 à la micro-édition Bébé Yéti). Il s'agit de deux livres d'humour satirique, parodiant les guides Marabout Flash.Au niveau des qualités que je trouve à mes propres écrits, je vous dirais que j’ai avant tout désiré que mon écriture soit destinée à un public fort large, sans pour autant tomber dans les affres du populisme. C’est sûr, ce n’est pas du Tolstoï… Mais ce n’est pas du Ruquier non plus ! C’est le genre de petit livre assez sympathique que l’on peut autant lire chez soi au coin du feu que durant un long trajet en train. Certains de mes lecteurs m’ont même dit que leur plus grand plaisir était d’aborder quelques chapitres avant de s’endormir le sourire aux lèvres. Un autre lecteur m’a même confessé s’être bidonné comme une baleine dans un avion et que sa gêne a été immense quand il a pris conscience qu’il avait sonorisé de ses rires toute la classe économique !Ensuite, même si j’ai une nette tendance à l’exagération burlesque, j’essaie de ne jamais sombrer dans la plus crue des caricatures. La majeure partie de mes portraits sont directement inspirés de gens que je connais personnellement. Et j’ai une tendresse particulière pour mon pauvre Papa qui a servi de muse à plusieurs reprises.Enfin, l’entreprise se veut uniquement et résolument ludique. Un soir, je me suis prise à écrire ceci :«Mâle et femme modernesJe les ai écrits en riant de tout corpsPour que vous en riez de bon cœur »Toujours dans cet esprit d’objectivité que je tente de mettre en exergue, je vais essayer d’exposer les défauts de mes livres sans pour autant verser dans l’auto-flagellation.Ceux qui me connaissent bien savent que je pèche par un excès flagrant de naturel et de spontanéité. Et que malgré l’image que l’on pourrait avoir de moi au travers de mes photos, je suis une vraie gitane, dénuée de la moindre sophistication. Et comme je parle comme j’écris, et que j’écris comme je parle, on imagine bien quelle est la débauche d’énergie qui émane de mes livres ! Je me dis que pour un lecteur plus calme, plus posé, je dois parfois être un peu soûlante. Je me laisse aussi parfois aller à de véritables orgies de métaphores et de comparaisons. Certains lecteurs me l’ont gentiment reproché, de même que certains de mes partis pris : on sent bien que certains défauts me sont grandement insupportables. Je ne peux en général souffrir le maniérisme, le mensonge, les tendances à la manipulation, les êtres superficiels et surfaits ainsi que certains types de prosélytisme.Et comme dans la « vraie vie », je m’entends nettement mieux avec les hommes qu’avec les femmes, j’ai eu tendance à être plus dure, plus sèche et moins empathique avec ma Femme qu’avec mon Mâle Moderne.Enfin, comme je l’ai dit précédemment, mes portraits sont toujours inspirés de gens que j’ai personnellement rencontrés, et si j’ai eu un gros différend avec tel ou telle quidam, je me laisse facilement emporter par la cruauté, ce qui est tout de même un peu incompatible avec le but premier de mes livres, à savoir du simple humour ironique et pas méchant.Maintenant que j’ai fait mon Confiteor avec la plus grande honnêteté dont je puise être capable, je m’adresse à vous dans un but bien précis : je suis à la recherche d’évènements où je pourrais présenter directement mes deux ouvrages. Qu’il s’agisse de librairies, d’exposition ou de présentations privées, je suis prête à me déplacer partout en Belgique, à partir de mi-septembre 2010.Ma plus grande motivation est le contact direct avec mes lecteurs. Ceux qui ont vécu ce genre d’expérience savent bien ce dont je parle : le fait de pouvoir discuter à bâtons rompus avec nos acheteurs est une expérience humaine d’une richesse incroyable. J’aime aussi dédicacer mes livres de façon personnelle. J’interroge toujours l’acquéreur sur ses traits principaux de caractère afin de pouvoir inscrire « Pour Germaine, pour la Femme Moderne volontaire et énergique » plutôt que de noter mécaniquement « Pour Germaine. Amicalement, Virginie. »Je recherche aussi activement d’autres auteurs désirant s’inscrire dans la même démarche, quel que soit leur style d’écriture. Plus on est de fous, plus on rit…. Et puis, l’union ne fait-il pas la force, après tout ?Je conclus ce billet par un petit coup de promotion : mon distributeur principal actuel se situe à Nivelles, dans le Brabant Wallon. Plusieurs librairies de la région se charge de la vente de mes livres, mais c’est la « Librairie des 4 Canons » qui centralise les points de vente. Alors, si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à vous y rendre… Et de plus, chose qui ne gâche rien, le patron est un homme d’une gentillesse et d’un professionnalisme hors du commun.Je reste à votre disposition par message privé pour toute demande complémentaire d’information.Merci à tous d’avoir eu la patience de me lire !Virginie
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Un voisin de pallier nommé Céline ?

Pourquoi le conjoint les parents, les amis et tous les proches sont-ils les derniers à avoir envie de lire un livre même lorsqu’il leur est offert par l’auteur ? On pourrait penser que c’est pour éviter d’avoir à donner leurs impressions ou parce qu’ils craignent que l’auteur parle d’eux et qu’ils découvrent comment ils les voit. Il y a peut-être un peu de tout ceci, mais les principales raisons sont à chercher ailleurs. Entre nous tous et le livre il y a une il histoire, une culture et malgré les technologies de pointe, le livre papier n’est pas près de disparaître.

Depuis notre plus tendre enfance, les auteurs que nous lisons sont des personnes que nous ne connaissons pas. Ils sont célèbres et presque tous ceux que nous étudions en classe sont morts depuis longtemps. "Les paroles s’envolent les écrits restent " dit le proverbe. Un écrivain célèbre est donc une personne dont l’œuvre appartient à l’histoire, au patrimoine culturel de l’humanité ; C’est donc quelqu’un d’important, un notable, une référence que l’on peut citer. Tenir un livre d’un tel auteur entre ses mains à quelque chose de solennel, d’intimidant et parfois de rébarbatif, surtout pour des gens qui maîtrisent mal la lecture ou lorsque le prof de lettres impose de le lire alors que d’autres livres nous parlent plus. Que sait-on de ces auteurs du passé ? Ce que les biographes ont bien voulu nous dire.

Pour apprécier plus leurs œuvres, est-il indispensable d’avoir diné en tête à tête avec Victor Hugo, d’avoir eu Pascal comme professeur, de pouvoir se disputer avec des internautes sur le blog de Voltaire, d'avoir fait de la figuration dans une pièce mise en scène par Molière, d’avoir été l' une des maîtresses d’Albert Camus , de s’être coltiné Céline pour voisin de pallier, ou encore d’avoir été la femme de ménage de Marguerite Duras ou le psychiatre d’Althusser ? L’auteur d’un livre, c’est donc à priori quelqu’un que l’on ne connaît pas. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui incite à lire l'ouvrage. Le livre reste extérieur au lecteur qui se puise ou pas dans le texte ce qui lui semble important.

De façon plus contemporaine, les auteurs nous semblent plus familiers car ils s’expriment à la télé sur des sujets qui n’ont parfois rien à voir avec leur livre, ils prennent position sur tout et sur n'importe quoi, ils tiennent parfois des blogs, soutiennent des candidats aux élections dédicacent leurs livres dans les salons.

Comme ils semblent plus accessibles, grande est la tentation de vouloir rejoindre la petite élite qui a la chance de vivre de ses livres. Tous les auteurs connus n'ont pas loin s'en faut un style justifiant leur succès Certains parlent de cul dans une bonne partie de leurs livres. L’auteur aujourd'hui semble si désacralisé que bien des gens se disent : " S’il est connu avec ça, pourquoi pas moi ?" C’est oublier que les auteurs les plus en vue qui font rêver les gens qui aiment écrire sont célèbres, ce qui met automatiquement une distance et rétablit la hiérarchie entre le notable et l’écrivain lambda. Une personne célèbre devient automatiquement un mystère car derrière la façade médiatique cache son jardin secret.

Si les proches de l’écrivain célèbre ne lisent pas ses livres ce dernier s’en fiche. Il a son public et c’est précisément parce qu’il a une notoriété que ses proches sont flattés de le lire et ne se permettraient pas le moindre jugement négatif envers son œuvre.

Un auteur connu ne gagne pas grand chose à batifoler avec les internautes dans la cour de récré des blogs. Ceux qui s’y sont essayé n’ont pas trop insisté.

Á trop vouloir abolir la distance, un auteur réputé cesse d’être respecté. Tout ceci explique qu’il est difficile de compter sur les proches pour bâtir une première assise autour d’un livre.

Lorsque l’on connaît trop l’auteur, le livre cesse d’être mystérieux. L'entourage est tenté de se dire qu'il connaît déjà ce qui est écrit dans le livre qui est déjà consommé avant même d'avoir été ouvert . Pour ne pas vexer l’auteur, il peut faire l’effort de le parcourir, peut-être même de le lire mais dans ce cas le désir fait place à la contrainte.

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Mots de tête

Et migraine.. mi raisin.. les mots s'enracinent dans la pierre. ils s'ancrent dans ma tête..

jpet-les-plombs

J'aime celui là écrit vite fait sous un tunnel qui se trouve sur le parcours de "L'art dans le ruisseau"

"Dieu existe, je l'ai sodomisé" lu dans les toilettes à Londres

Un autre cité par une amie sur F Book:

Il y à t-il une vie avant la mort?


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Si seul'ment javais du talent...

Si seul'ment j'avais du talent...

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"Oh! Mon Amour,

Mon grand, mon beau, mon merveilleux Amour,

De l'aube claire jusqu'à la fin du jour,

Je t'aime encore, tu sais, je t'aime..."

Ces quelques vers,

Combien j'aurais désiré,

J'en serais fière,

pour Toi, les composer.

On a tout dit,

tout écrit sur l'Amour!

Mes gribouillis,

Auprès d'autres n'ont pas cours.

Pouvoir poser

et faire vivre ces mots

sur le papier,

pour qu'à ton coeur ils tiennent chaud.

Tous ces auteurs,

ces merveilleuses chansons

émeuvent le coeur

et chavirent la raison.

Pauvre de moi,

qui rêverait de t'écrire

Rien que pour toi,

L'amour jusqu'au délire.

C'est difficile

de sublimer l'Amour,

d'avoir le style

Pour te dire "mes toujours".

Je semble bien piètre

devant la page blanche,

avec ces lettres,

qui sonnent faux , qui s'endimanchent.

Je les envie,

Ces Brel, Ferré, Ferrat,

Qui ont décrit

l'Amour et ses émois.

Ce qui est sûr,

même si je n'ai pas le don,

je te l'assure,

je t'Aime avec Passion.

Jamais je crois,

je ne saurai comme eux,

trouver la voie

du mot juste, de l'Aveu.

Aussi pour oser te le dire, là, tout bas,

Je choisirai plutôt le grand Ferrat

Chantant pour toi ces mots:

"Aimer, à perdre la raison,

Aimer, à n'en savoir que dire,

A n'avoir que Toi d'horizon,

Et ne connaître de saisons,

Que par la douleur du Partir,

Aimer, à perdre la raison..."

Clo (22 juillet 2010)

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Ainsi parlait Zarathoustra, par-delà le bien et mal


Friedrich du néant par Eric Migom

C’est en 1883 que parut « Ainsi parlait Zarathoustra » de Friedrich Nietzsche. C’est l’oeuvre philosophique et poétique capitale de Nietzsche, celle où les grandes idées du "Surhomme" et de "L'éternel retour" atteignent leur forme la plus achevée, leur signification la plus joyeusement positive.

Après dix années de préparation dans la solitude des Alpes, Zarathoustra éprouve le désir de faire don aux hommes du miel de sa sagesse et descend à la ville: mais le peuple n'écoute pas sa voix inspirée, car il ne pense qu'à applaudir les acrobaties d'un danseur de corde et rit des paroles qu'il ne comprend pas. Zarathoustra devra donc se chercher des disciples auxquels il pourra adresser ses "Discours", défis belliqueux aux anciens idéaux, conçus en un style biblique.

Le premier de ces discours est une parabole intitulée "Les trois métamorphoses": on y apprend quelle doit être l'évolution de l'esprit humain, depuis l' obéissance, symbolisée par le chameau, jusqu'à la négation violente personnifiée par le lion et enfin à la pure affirmation dont l'enfant est l'image. Les discours suivants abordent les sujets les plus divers: ils s'élèvent contre la pusillanimité des médiocres qui se réfugient dans la tranquille somnolence de la morale; contre la métaphysique qui discrédite le monde en prêchant l' abstraction; contre l'aridité livresque d'une culture trop formée sur elle-même; contre l' ascétisme qui fait penser à la mort; contre le culte de l' Etat qui étouffe les hommes en faisant d'eux les esclaves d'un organisme impersonnel; enfin contre la vulgarisation de la pensée. D'autres discours contiennent par contre d'exaltantes affirmations: l'un glorifie la guerre comme stimulant des énergies humaines; un autre reconnaît, dans le dédoublement de soi, fruit de la solitude et de la méditation, la forme la plus belle d' amitié; un autre encore oppose aux valeurs abstraites la valeur de la vie, qui porte en elle-même son but; un dernier enfin enseigne la débordante générosité de la vertu saine qui aime à se donner.

Zarathoustra se retire à nouveau dans la solitude de la montagne; après "des mois et des années", il revient à sa prédication contre les "idéalistes": la Vie doit triompher et l'homme se libérer, par la victoire sur lui-même, du pernicieux instinct d' obéissance, pour se hausser à l'affirmation joyeuse de sa propre volonté. De nouvelles polémiques sont alors engagées contre les faibles prosternés dans la crainte de Dieu, contre les altruistes, les prêtres et les vertueux, contre ceux qui prêchent l' égalité, contre les savants, les poètes qui enseignent des chimères, contre les politiciens.

En opposition avec ces polémiques, Nietzsche nous donne en intermède les trois magnifiques chants de Zarathoustra: le "Chant nocturne" où est exaltée la plénitude du bonheur qui aspire à donner sans cesse; la "Ballade" qui fête la vie dans sa spontanéité; le "Chant funèbre" qui est un hymne magnifiant la volonté de puissance. Enfin Zarathoustra, après avoir célébré la sagesse humaine comme divine imprévoyance et confiance dans la vie, délaisse une fois encore ses amis.

Ayant compris la doctrine de l' "Eternel retour", forme la plus haute de l'affirmation, il se présente pour la troisième fois aux hommes et glorifie maintenant l' inconscience du bonheur: il chante les puissances naturelles dont le déchaînement est une forme violente et merveilleuse de consentement, célèbre la victoire sur la mélancolie et invite les humains à se dépouiller de leur gravité: car pour la sagesse de Zarathoustra, il faut avoir "le pied léger". Il dicte enfin ses "nouvelles tables" des valeurs qui, en honneur de l' amoralité constructive de la vie, boulversent les antiques concepts fondés sur le principe du bien et du mal. Mais déjà Zarathoustra est retourné à sa solitude: après un pénible égarement dans le doute, il chante la plénitude de son âme et de la vie, invoquant l' éternité au nom de la joie.

C'est enfin la dernière partie du livre, une sorte de "tentation de Zarathoustra". Dans la solitude, il est surpris par l'appel d'un cri d'angoisse: s'étant mis en quête, il rencontre successivement sept créatures qui figurent symboliquement la survivance des antiques valeurs ou le travestissement des valeurs nouvelles: un devin qui incarne le dégoût de la vie; deux rois, écoeurés de la fausseté du pouvoir; un "scrupuleux d'esprit" empoisonné par son propre positivisme; un magicien, esclave de sa propre fantaisie inépuisable; le dernier pape, errant sans but depuis que "Dieu est mort"; l'homme le plus laid du monde qui par rancoeur a tué Dieu; le mendiant volontaire en quête de la félicité sur terre. Ces hommes supérieurs se sont réfugiés auprès de Zarathoustra. C'est ainsi que commence le banquet en l'honneur du "Surhomme" qui, surgissant de la masse, lui imprime une nouvelle vigueur. Mais aussitôt que Zarathoustra s'est éloigné, ses hôtes se sentent saisis d'une espèce d'angoisse équivoque: eux qui ne peuvent vivre sans Dieu, s'inclinent pour adorer un âne. Mais Zarathoustra revient à l'improviste, balaie cet opprobe, puis entonne le "Chant de l' Ivresse", ultime affirmation de la foi dans l'Eternel Retour; il termine par le "Rondo de Zarathoustra", intense et brève poésie dans laquelle est invoquée, comme dans le chant de minuit, la profonde, profonde Eternité". Ainsi prend fin, dans le matin radieux, l'histoire de Zarathoustra et ce sera bientôt l'avènement de vrais disciples.

Nietzsche a appliqué dans sa fable la loi du "talion", en voulant que ce soit ce même Zarathoustra, "qui créa l'illusion d'une organisation morale du cosmos", qui enseigne aux hommes à se libérer du moralisme. Quant au mythe du "Surhomme" il jaillit des plus pures profondeurs de la pensée nietzschéenne; cependant ce nom que l'auteur dit avoir "récolté dans la rue", lui vint de Goethe (voir "Faust", I, 1 et "Dédicace" des "Poésies").

La valeur artistique de Zarathoustra n'est pas toujours égale: un symbolisme lourd n'en est pas absent; des jeux de mots allant jusqu'au calembour douteux, une éloquence trop chargée, d'autant plus emphatique qu'elle est moins persuasive, se rencontrent souvent dans l'ouvrage. Tel quel, c'est néanmoins un chef-d'oeuvre poétique et, malgré la multiplicité des sources (qui vont de la Bible aux poésies de Goethe, de la prose de Luther aux aphorismes des moralistes français), il conserve une originalité totale. Nietzsche put à bon droit se vanter, comme il le fit auprès de son ami Rohde, d'avoir, avec "Ainsi parlait Zarathoustra", porté la langue allemande à sa perfection.

Cette oeuvre de Nietzsche inspira directement Richard Strauss (1864-1949) qui, en 1896, donna un poème symphonique intitulé: "Ainsi parlait Zarathoustra" (op. 30) qui est des plus brillants.

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Monceau, 4 décembre 1959. Le Hameau est gris. La pluie tombait depuis la veille au soir.

Mariette s'était levée à cinq heures, comme d’habitude. Rien ne la retenait au lit.

Sa place sur le vieux matelas était devenue un moule sans confort qui avait épousé la forme de son corps. Lorsqu’elle se couchait, elle roulait aussitôt dans « le trou », l'endroit où avait dormi Zéphyr ! Le ressort devenu mou criait toute son amertume et pleurait la misère qui règnait dans la maison.

Le plafond de la chambre sentait le carton dont l’odeur se mêlait à celle des souris qui grouillent dans le grenier.

Ce jour-là, la pluie avait précipité son lever. Elle rebondissait sur la pierre de la fenêtre pour venir taper à rythme irrégulier sur la vieille vitre. Sans doute résonnait-t-elle autant du fait qu’elle n'est plus qu’à peine tenue par un ou deux centimètres de mastique.

D’habitude, elle se dépêchait pour aller travailler chez madame Lefèbvre, la femme du boucher de Marchienne-Au-Pont. Mais depuis deux semaines, elle ne devait plus y aller. La dame lui avait demandé de ne plus venir tant qu’elle était enceinte.

Elle ne l'était plus, elle allait se représenter pour reprendre le travail. Plus tard sans doute, car sa maman lui avait demandé de garder la maison !

*

**

Comme chaque matin, après avoir enfilé le peignoir devenu trop étroit, elle avait allumé le vieux poêle crapaud. La veille, elle avait rempli deux charbonnières qu’elle avait placées contre la cheminée. A cause de l’humidité, elle avait eu du mal à faire craquer les allumettes, et le bois avait beaucoup fumé.

Pendant que le feu s’allumait, elle avait versé l’eau glacée dans le bassin bleu dont l’émail manquait à beaucoup d’endroits. Elle le déposa sur le poêle, là où elle venait d’enlever le couvercle pour avoir directement le contact des flammes. L’eau fut tiède après une dizaine de minutes.

Elle ne déshabillait que les parties du corps qu’elle lavait en un l’instant, sans se laisser le temps d’avoir froid.

Sa toilette terminée, elle s’était habillée de ses vieilles frusques en loque, étirées et décolorées par les nombreuses lessives. Ensuite, elle a fait le café. Elle a suivi les directives de sa mère. Elle a rempli la bouilloire aux trois quarts et l’a fait bouillir sur le feu, après y avoir retiré le bassin de sa toilette et l’avoir frotté à l’aide du gant de toilette.

La liturgie matinale se poursuivait. Nettoyage du filtre en tissu, en forme de chaussette, rinçage de la cafetière émaillée, pose de la chaussette ainsi que son remplissage, deux tiers de café moka, un tiers de chicorée Pacha… Il ne pouvait en être autrement, au risque que sa mère s’en aperçût !

Pendant qu’elle passait le café et que la bonne odeur lui caressait les narines, Ida, sa maman, arriva et s’assit dans le fauteuil qui lui était réservé, celui qui était couvert de la vieille couverture sur le siège et de la vieille dentelle sur le dossier. L’autre aurait pu être utilisé par Mariette si elle en avait eu le temps !

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La grammaire de l'amour

"Si la passion a cédé sous le poids des obstacles, si le désir a consenti à rebrousser chemin, si l’amour a accepté de se taire, je ne peux me défaire de cette affection pour lui, à la lisière d’un monde où tout redevient possible.

Précieusement consignés, les écrits gardent leur force émotionnelle, mais sont-ils toujours vrais ? Que signifient des mots d’amours protégés du temps qui pourtant en a décidé autrement ?

Les mots d’amour prononcés, chuchotés, criés, portés par des caresses, glissés dans l’étreinte des corps qui dansent et fusionnent sur leur musique avant de les laisser s’échapper, oui ces mots peut-être s’envolent quand l’amour n’est plus là. Ils s’enfuient pour se poser sur d’autres lèvres, faire trembler d’autres voix. Ces mots circulent d’une personne à l’autre et parcourent la Terre. Ce sont les mêmes mots, quelle que soit la langue dans laquelle ils se manifestent. Ils ne disent qu’une seule chose, c’est que nous sommes venus au monde pour aimer.

Mais comment ne pas trembler devant des écrits qui parlent d’amour en ayant peur de le nommer, qui en dessinent les contours, en expriment la fébrilité jusque dans les fautes traduisant l’élan plus que la précipitation ?

A-t-on vraiment envie de se relire lorsque l’écriture est une passerelle vers l’être aimé ? A-t-on envie de changer un accent, un accord ? S’encombre-t-on d’un mot manquant, d’une coquille forcément vide quand le désir frappe plus fort que les doigts sur les lettres du clavier ? L’Autre ne corrigera-t-il pas les défaillances avec le souffle de son âme ? La grammaire de l’amour invente ses propres règles que seuls les amoureux sont en mesure de reconnaître.

J’ai retrouvé l’essence de cette précipitation en relisant cette correspondance sauvée de ma rage d’effacer une promesse égarée. Je l'avais préservée malgré moi comme un défi lancé aux impossibilités.

À présent, je relis ses mots, leur retenue cachant mal son émotion, je retrouve aussi les frémissements d’une femme qui ne s’attendait plus à vivre pareille passion.Tout est si vrai que ces mots sont des étoiles qu’il ne resterait qu’à suivre, même si les tourments qui les accompagnent annoncent une saison de larmes.

Deux ans pourtant se sont écoulés. La vérité d’un instant ne peut ressusciter lorsqu’elle a subi les foudres de la lucidité.

"Extrait de mon livre ": L'être aimé invisible"

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Architecture contemporaine : Namur, 1945-1985

Une nouvelle brochure à la découverte du patrimoine architectural namurois
« Architecture contemporaine : Namur, 1945-1985 »


Après le succès de la brochure « Balades urbaines namuroises - Art nouveau, Art déco», l’Office du Tourisme de Namur lance un nouveau numéro dédié à l’architecture contemporaine namuroise, de 1945 à 1985, dont la figure de proue fut sans conteste l’architecte ROGER BASTIN. Ce dernier a réalisé de nombreux édifices tant en Europe qu’en Afrique. Il a aussi marqué sa ville de son empreinte. C’est, à l’évidence, le Quartier universitaire des Facultés Notre-Dame de la Paix qui représente son œuvre majeure à Namur. Vous pourrez également découvrir les réalisations d’autres architectes comme Albert Mairy et José Ledoux qui ont façonné le paysage urbanistique namurois.

Cet opuscule, illustré et détaillé, invite le Namurois et le touriste à (re)découvrir Namur avec un regard neuf.

La brochure est disponible dans les deux centres infos de l’Office du Tourisme de Namur (au Square Léopold et à la Halle Al Chair, rue du Pont, 21) ou sur simple demande au 081/24.64.48-49.

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Publié en 1929, Monsieur teste de Paul Valéry comprend: "La soirée avec M. Teste" (1896), "Lettre d'un ami", "Lettre de Madame E. Teste", "Extraits du Log-book de M. Teste". Paul Valéry a écrit une préface à "La soirée" à l'occasion d'une traduction de cette oeuvre en Anglais. "La soirée avec M. Teste" se présente sous les aspects d'un conte philosophique, d'une note hypertrophiée qui aurait pu devenir un roman. Tout aussi bien une autobiographie intellectuelle.

Les premières pages sont traitées dans un style volontairement rèche, expéditif, avec, comme par défi, tout le matériel brut du genre: confessions. La vie sentimentale sociale, mentale, du narrateur y est exposée à la hâte et sur un rythme exemplaire: "La bêtise n'est pas mon fort. J'ai vu beaucoup d'individus; j'ai visité quelques nations; j'ai pris ma part d' entreprises diverses sans les aimer; j'ai mangé presque tous les jours; j'ai touché à des femmes. Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n'ai pas retenu le meilleur, ni le pire de ces choses: est resté ce qui l'a pu". Puis nous apprenons que l'auteur rêve "que les têtes les plus fortes, les inventeurs les plus sagaces, les connaisseurs le plus exactement de la pensée devaient être des inconnus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer". A partir de là, il s'agit donc de se donner par coup d'Etat, par effet de dictature sur sa propre liberté, l'image possible d'un homme de cet ordre, d'un de ces "solitaires qui savent tout avant le monde". Cette gageure nous est présentée sous les traits familiers et quotidiennement relevés, d'un certain M. Teste, auquel Valéry prête le comportement le moins visible, le plus banal qui soit. Il nous donne quelques renseignements sur le physique de cette créature: "M. Teste avait peut-être quarante ans. Sa parole était extraordinairement rapide, et sa voix sourde. Tout s'effaçait en lui, les yeux, les mains. Il avait pourtant les épaules militaires, et le pas d'une régularité qui étonnait. Quand il parlait, il ne levait jamais un bras, ni un doigt: il avait "tué la marionnette". Il ne souriait pas, ne disait ni bonjour ni bonsoir; il semblait ne pas entendre le "comment allez-vous?" M. Teste opère tout ce qui se pense et se sent chez un homme, sans autre but que de résoudre la question: "Que peut un homme?". Il parle:"Il y a vingt ans que je n'ai plus de livres. J'ai brûlé mes papiers aussi. Je rature le vif... Je retiens ce que je veux. Mais le difficile n'est pas là. "Il est de retenir ce dont je voudrais demain"... J'ai cherché un crible machinal..." Nous le voyons à l'opéra, tournant le dos au spectacle, et seulement intéressé par les éléments contagieux qui composent la salle. Dans la rue, dans sa chambre, couché, aux prises avec "un dixième de seconde qui se montre". Avec son angoisse, et sa certitude: "Je suis étant, et me voyant. Me voyant me voir, et ainsi de suite." Enfin: "Il ronflait doucement. Un peu plus doucement je pris la bougie, je sortis à pas de loup".

M. Teste est une mécanique extraordinairement bien réglée, sans transcendance possible, puisqu'il est cette transcendance. Sa puissance est réduite à rien par l'absolu qu'elle implique. S'il voulait, il ferait sauter le monde. Mais que peut-il vouloir? Il a prévu tout acte, par l'opération systématique qui l'annule de lui-même. "Pourquoi M. Teste est-il impossible? -C'est son âme que cette question. Elle vous change en M. Teste", dit Valéry dans la préface. On peut se laisser aller à imaginer ce qu'eût fait l'âme allemande -ou Edgar Poe- de ce héros, de cette idole de l'esprit, placé chez Valéry sous le signe cartésien. Dans quelle nuit fantastique elle l'eût égaré pour en tirer les sons les plus inouïs!

Cette chimère intellectuelle, cet homme d'île, devait séduire les personnalités les plus diverses, d'André Breton, qui savait "La soirée" par coeur, à André Gide, qui y voyait un code moral, une éthique. M. Teste ruine d'un coup l'avenir "philosophique" de Valéry, qui expulse à 23 ans l'ennui majeur, l'ennemi.

Issu d'une grossesse "nerveuse", M. Teste est un accouchement. Valéry, au moment de Teste, est enceint. Teste, ce n'est pas la réponse à une question, c'est la solution. C'est un abus de pouvoir, une dette irrécupérable. Les quelque vingt pages qui composent la "Soirée" dominent l'oeuvre entière de Valéry, avec, pour complément, l' "Introduction à la méthode de Léonard de Vinci".

On n'a jamais écrit, et aussi prématurément, oeuvre plus ambiguë, qui permette moins de repères auxquels se référer pour comprendre et prévoir l'homme qui a engendré ce monstre. Au-delà du réseau pensant, et régnant sur l'ensemble, indifférent aux détails parce qu'embrassant le tout, M. Teste est l'obsession sensible d'un lieu mental inapprochable par définition. Ni Dieu ni Maître, et n'en admettant aucun, M. Teste est une des plus "incroyables" dimensions que s'ajoute, sans préjugés de croyance ou de superstition, tout individu que l' intellect aveugle perpétuellement et perpétuellement sollicite.

Il est le point de religion personnelle que s'est donné Valéry, dans un moment de haute tension. Force est de reconnaître que toutes les réapparitions de M. Teste dans l'oeuvre de Valéry ne rappellent que vaguement l'insolite, l'humour, la hardiesse masquée de cet éblouissant début. Le merveilleux "absent" s'est fait homme, en même temps que son créateur, et cette complicité rend ses charmes plus valéryens: donc moins impersonnels. Nous le retrouvons marié et célébré par sa femme et par un mystérieux abbé que le renoncement de notre homme inquiète. "La lettre d'un ami" est une variation sur les avantages et les inconvénients de Paris. Le "Log-book" rassemble quelques pensées extraites d'on ne sait quel prestigieux cahier. Tout Valéry est dans chacune de ces notes.

Mais le "ferment" Teste s'est dissipé. Cruellement méditerranéen, Valéry aura sacrifié l' héroïsme impliqué dans une telle création, à son goût, à sa passion de l' intelligence, à son "refus indéfini d'être quoi que ce soit", dût ce "quoi que ce soit" ressembler à ce que les autres peuvent exiger d'un possible M. Teste. Mort à trente ans, Valéry eût derechef été considéré comme un Rimbaud de l' intellectuel. Sa vie, son génie propre, et son faible pour le langage, nous l'on rendu. Valéry a exploité la substance Teste; n'en a pas perpétué l'impossible durée: n'est pas devenu fou. Faut-il s'en plaindre?

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L’art des sculpteurs romans de Henri Focillon est une magistrale étude publiée en 1931 sur la sculpture romane, sous tous ses aspects, ronde-bosse, bas-reliefs, chapiteaux, sur ses techniques et sur son esthétique, sur les diffférentes écoles et les caractères régionaux qui leur donnent leur physionomie particulière. Beaucoup plus mystérieuse que la sculpture gothique, dit Focillon, la sculpture romane n'a pas encore été suffisamment examinée. L'auteur entreprend donc une étude d'ensemble, dans laquelle il s'attache à découvrir le contenu spirituel de cet art, à en définir l'iconographie, et à expliciter en quelque sorte le mystère dont il demeure chargé. A la différence de la sculpture gothique qui "nous est toute proche et familière", dans laquelle "nous nous reconnaissons nous-mêmes et ce qui nous entoure, et jusqu'aux plantes de nos jardins, jusqu'aux bêtes de nos campagnes...", la sculpture romane est un monde clos, en apparence impénétrable. "Les rêves dont elle nous fait part, dit Focillon, plongent dans des régions plus reculées de l'espace et du temps et nous semblent venir d'une autre humanité. Ils s'enchaînent selon des combinaisons très complexes qui ressemblent à une sorte de langue chiffrée, et ce secret d'une science cachée n'est pas ce qu'il y a de moins attachant en eux". Entre la sculpture romane et la sculpture gothique, il y a un abîme. Nous voyons difficilement le passage de l'une à l'autre, et, en réalité, il n'y a pas de passage, car ce sont des expressions plastiques répondant à des conceptions de la vie très différentes, presque opposées.

Henri Focillon avait traité de la sculpture romane dans les cours qu'il avait faits à la Sorbonne de 1926 à 1929; ce livre est né de ces cours, des controverses que Focillon y avait exposées, notamment, celle capitale, sur les origines asiatiques du roman. Il est vrai qu'un prodigieux et complexe ensemble de formes, de techniques, d'idées, de traditions, concourt à la formation de la sculpture romane. La Grèce hellénistique y a sa part, aussi bien que le monde syrien, la Perse sassanide, la Scandinavie, les miniatures irlandaises. Les sculpteurs ont pris pour modèles des tablettes d'ivoire, romaines et byzantines, des tissus égyptiens, des émaux rhénans et mosans, des objets rapportés d'Orient par les Croisés.

L'intérêt du livre de Focillon est de montrer comment, de ces innombrables influence qui ont pesé, certes, sur la formation et le développement de l'art mosan, il s'est formé "un" art original, qui a sa physionomie, ses caractères particuliers, et qui, malgré les racines lointaines qu'il enfonce jusque dans les antiques civilisations mésopotamiennes, par tout un ensemble de formes et de traitement de ces formes que Focillon a magistralement exposé, aboutit à "une nouvelle forme de la conscience humaine". L'auteur renouvelle ici, avec un grand bonheur, toute la connaissance d'une époque comparable à un tissu fait de matières les plus diverses et brodé de dessins fantastiques auxquels tous les peuples ont apporté leur inspiration. ce maître qui a imprimé à l'étude de l' histoire de l'art et de l' esthétique en France des directions fécondes, et marqué de son empreinte les jeunes générations d'archéologues, a donné dans ce livre un des exemples les plus convaincants et les plus émouvants de l'indépendance et de l'originalité de sa pensée, et du génie avec lequel il retrouvait le sens caché de l'oeuvre d'art, sa signification profonde et son plus haut message.


A voir aussi : Hommage à Henri Focillon


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administrateur théâtres

"Le malade imaginaire" (théâtre Argan 42)

"Les anciens, monsieur, sont les anciens, et nous sommes les gens de maintenant" Toinette

Rêver d’Avignon , être à Bruxellons

Festival de théâtre populaireavec Le Malade Imaginaire

On se prend à rêver qu’on est à Avignon, non c’est la première de Bruxellons. Le Château du Karreveld a revêtu des habits de fête, des lampions de 14 juillet illuminent le cadre grandiose, le public attend avec bonheur dans la sérénité d’un pur soir d’été… cependant que s’élancent au- dessus de nos têtes, des vols de perruches en liesse.

Un trône majestueux grandeur géant annonce en grand la dictature familiale du grand malade, celle des puissants et surtout celle des médecins honnis par Molière. Mais aussi celle de la maladie et de la mort. Daniel Hanssens qui interprète Argan le plus bel hypocondriaque de tous les temps, règne avec noblesse sur ses proches presque tous prosternés. Pas de chandelles, pourtant il en faudrait des brassées pour le jeu magnifique de la troupe Argan 42 qui nous ravit ce soir. Argan? Ce nom nous dit quelque chose,… le personnage favori de Molière et de l’illustre Daniel. Les éclairages sont magnifiques et la scène d’ouverture où se réveille notre personnage est exquise de mise en scène, au bord de la féerie. On ne vous en dira rien de plus pour laisser le charme agir et vous promener à travers les multiples trouvailles scéniques de cette production.

L’acoustique est excellente… les voix grandissent sur fond de murailles patinées, les costumes rivalisent de fantaisie, les rires fusent, le verbe s’amuse. Les gestes et accessoires anachroniques virevoltent se moquant des uns et des autres laissant la partie libre aux mélanges de musiques et tintamarres de tout poil. Les tirades résonnent et rappellent avec bonheur nos souvenirs scolaires enfouis par le temps. Et les correspondances éveillent en nous des battements de cœur selon l’histoire de chacun. Il s’agit donc d’une certaine magie…

Toinette exquise et déterminée, Marie-Hélène Remacle est d’une vivacité débordante, elle se joue avec virtuosité de son bougon de maître tout occupé que de lui-même, lui servant certaines leçons avec finesse et humour. Valérie Marchant, plus vile et monstrueuse que Cruella élève l’amour de l’argent à l’idolâtrie et nous donne une image de sorcière de Saint Trop tout à fait réussie. Quant à Angélique, elle est si tendre, si aimable, si aimante dans sa robe tilleul de chez Courrèges, plantée sur les planches du même camaïeu vert. De tous ses cheveux, elle fait face à la vie et à son père adoré, à chaque instant, épouvantée, elle tape du pied et éparpille ses moues boudeuses comme Alice au pays des merveilles. Et Louison, aussi farceuse que son père ! Les autres comédiens, tous plus artistes, polichinelles, facétieux, les uns que les autres nous gratifient de tranches de rire dorées sur tranche. Le public -tout public- bourdonne d’aise: ce Molière revisité nous offre sagesse, beauté de la langue, et rêves aboutis.

http://www.bruxellons.net/index.html Une distribution éblouissante : Daniel Hanssens, Marie-Hélène Remacle, Michel Hinderyckx, Alexandre Von Sivers,Jean-Paul Dermont, Valérie Marchant, Pierre Geranio, Simon Wauters, Alice Moons, Julien De Visscher, Maud Hanssens

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Mon parcours

Parcours

1965

Diplôme à l’Institut des Beaux-Arts St-Luc Liège

1965 à 1967

Nombreuses expositions de groupes

Liège, Bruxelles, Namur, Huy, Verviers

1967

Service militaire où je peints les blasons des provinces belges

destinés aux portes des chambres (et je traîne en longueur

échappant ainsi aux manœuvres de fantassin)

1968

Interruption pour cause de mariage et grossesse ( !... pas moi ma femme)

Jusque 1989, année de mon divorce, je peints une à deux toiles par an

et pour nourrir ma famille, je réalise de la décoration d’étalages

et du graphisme.

Je joue énormément de musique, auteur compositeur, je me produits

en concert.

1989

Je rencontre ma compagne.

Je suis repris par le démon de la peinture, qui ne me quitte plus

*(Par contre ma compagne me quitte en 2004)

1990 à 2004

Membre du cercle des Beaux-Arts de Verviers.

Prix de la Ville de Durbuy deux années de suite.

Prix d’Honneur au concours Dieudonné Jacobs à Spa.

Prix du public au symposium d’Hermalle-s/Huy.

Expositions : Huy, Amay, Durbuy, Liège, Esneux, Verviers, Lincent, Fléron, Spa, Villers-le-Temple, Vaux-sous-Chèvremont, Chaudfontaine, Bruxelles, Gand.

Symposiums 2003 et 2004 à la ferme castrale d’Hermalle-s/Huy.

Symposiums 2005, 2006,2007 et 2008 au centre culturel d' engis

2007 exposition à la ferme castrale d' Hermalle s:Huy

Festival André Coppens 2006, 2007, 2009

Barcelone, ou mes 6 toiles sont volées

Exposition permanente au château de Vierset, Condroz Belgique

Prix du jury pour la peinture au festival artistique international André Coppens 2010

Ma plus belle œuvre de collaboration : mes cinq enfants.

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Exposition The End of Education

THE END OF EDUCATION

jusqu'au vendredi 13 août 2010
Prix : Gratuit
RECYCLART HOLIDAYS

08.07 > 13.08 (19:00 > 22:00)

Départ d’un nouveau projet de Palli Banine et de Floris Verbeeck qui offre une plateforme aux artistes ayant fraîchement terminé leur enseignement dans une haute école d’art bruxelloise et qui les introduit à un plus large public.

17 Rue des Ursulines Bruxelles


• 15, 16/07: 'Nocturne Brûle' de Leslie Martinelli (La Cambre Sculpture)

• 22, 23/07: Aliye Dorkip (La Cambre Peinture) - Marco de Sanctis (ARBA-EsA Sculpture) - Anne Beigbeder (ARBA-EsA Dessin) - Agnès Dubart (ARBA-EsA Gravure)

• 29, 30/07: Chisato Ishiyama (La Cambre Peinture) - Thomas Amerlynck (La Cambre Gravure)

• 5,6/08: Elise Wynen (La Cambre Dessin)

• 12, 13/08: Joal Grange (La Cambre Dessin) - Siet Raeymaekers (P.A.R.T.S.)

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