Tu as puisé la vie sur mes lèvres de rose,
Tu t'es désaltéré des sources de mon coeur
Et je fus le roseau fragile qui repose
Des journées accablées si rancies de moiteur
Et l'odeur du pain chaud dans la maison ravie
Et le beau linge blanc suspendu au soleil
Et cet heureux enfant à la joue rebondie
Pur, léger comme un sylphe à l'heure du réveil.
Tu fus le compagnon de mes rêves d'enfance
Lorsque je m'inventais des récits merveilleux
Tu fus le vert galant de mon adolescence
Peuplée d'amours languides et de frissons joyeux
.
Tu es venu vers moi ce soir brumeux d'avril
Le ciel s'illuminait de clignements complices
Et je t'ai reconnu car tu étais l'exil
La carêne si blanche et la voile qu'on hisse.
Nous l'avons commencé cet étonnant voyage
Sous la houte et le vent vers des pays trompeurs,
Aux paysages las, perdus dans un mirage,
Et nous nous demandions "Qui êtes-vous bonheur ?"
Etes-vous le soleil qui là-haut resplendit ?
Etes-vous le réveil des matins endormis,
Le rire d'un enfant, le parfum d'une rose,
La quiétude des jours, le velours des nuits closes ?
Vous êtes tout cela, mille choses encore,
Fait de ces petits riens qui composent la vie,
Fidèle compagnon, vous ne cessez d'éclore,
Mais il faut écouter de vos chants l'harmonie.
Rolande Quivron (Pseudo :E.L. Quivron-Delmeira)
ler prix en poésie classique,
Concours de littérature française, Mouscron 1969
Extrait du Recueil "Parallélismes" Ed. Baudouin Altenloh 3ième trimestre 1970

