Le ciel est bleu, en Ardenne.
Si on précise que ... le village où on atterrit, où on amerrit, où on alunit s'appelle ..." Mon Idée", on n'a aucune raison de se plaindre.
Midi sonne bientôt.
Non : midi est déjà passé.
Elle était intéressante, la Nuit du Conte, à Chiny, hier, dans l'ancienne école.
Paraît que des ogres mangent d'autres ogres. Signé ... je ne sais plus quelle conteuse.
Paraît que des chevaux s'envolent. Quand une Hermine, femme légitime d'un signor William, disparaît dans un lieu inaccessible. J'ai cru retrouver le pays des schtroumphs ... de mes quatorze ans. Jean-Claude Dewinte, j'ai voyagé avec toi. Avec la beauté de tes images, la beauté des phrases poétiques, digne du français le plus pur, que tu ressens, que tu dégages, quand tu les contes, que tes mains s'animent, discrèt'ment, solid'ment.
Et Madame Chantel Dejardin, qui passait en fin de programme. Accompagnée de Philippe, au violon, à la guitare. Qui contait. Qui chantait. Avec un peps, un chien, un professionalisme pas possible.
"Maman, à qui ressemblera l'homme que j'aime ?"
"Ma fille, il faut qu'il soit tendre au lit"
"Maman, à qui doit ressembler l'homme que j'aime ?"
"Ma fille, il faut qu'il soit de bonne humeur le matin"
"Maman, à qui doit ressembler l'homme que j'aime ?"
"Ma fille, il faut qu'il ..."
"Maman, à qui doit ressembler l'homme que j'aime ?"
"Ma fille, il faut qu'il ..."
"Maman, que dois-tu me dire encore ?"
"Ma fille, un dernier conseil ... fais en sorte que ces quatre hommes ne se rencontrent jamais"
Je ne suis pas sûr de restituer ce conte (que j'avais déjà entendu, dans un autre endroit, par une autre conteuse de talent), mais j'ai surtout remarqué l'allant de Chantal, quand elle le dit.
Des p'tites histoires aussi, en apparence répétitives, dites, contées ... avec un rythme incroyable. J'irais bien revoir.
Et la maestria avec laquelle CHantal récupérait des trous, des couacs (surtout quand elle réajustait son accordéon diatonique). Etait-ce voulu ou pas ? Je retiens le meilleur : j'ai été captivé, capturé d'un bout à l'autre.
Je n'ai éprouvé, envers CHantal DEjardin, qu'une seule difficulté, qui m'appartient.
Je devrais peut-être m'abstenir de la partager, tant ma réserve est ... personnelle.
Mais j'ai besoin d'en parler.
Avant les représentations, il y avait un couscous, prévu pour un souper, dans le bâtiment d'à côté. Afin que tout le monde se restaure. J'avais suivi, sur place, l'ami ... qui était venu me chercher, en voiture, à la gare de LIbramont. Ensemble, nous sommes d'abord allés nous restaurer sur place, on y a rencontré d'autres conteurs (dont ... Jean-Claude Dewinte, Marie-Claire Magnette, Philippe Noël, Laure Cech), dont la gentillesse, la chaleur d'écoute étaient au rendez-vous. On mange, on boit des verres de vin. Jean-Claude (Dewinte), avec un sourire qui lui appartient, exprime ses cas de conscience lorsque les gens l'applaudissent, après une représentation qu'il a donnée, alors qu'il a le sentiment d'avoir été à côté de lui-même. Je l'écoute avec attendriss'ment, émotion (que de fois, en tant que chanteur, je ne vis pas la situation). Marie-Claire (Magniette) évoque la distanciation nécessaire entre le personnage du conte et la personne du conte, tout en restant plein'ment soi dans le récit (d'ailleurs, elle me tend une feuille, qui démarre par les mots suivants : "Mouille ta chemise !").
L'ami qui est venu me chercher à la gare de LIbramont propose, à juste titre, qu'on rassemble les tables.
Et ça se fait, dans la bonne humeur, dans la convivialité. Les desserts arrivent.
Et un couple arrive dans notre direction. En f'sant le tour de table pour nous dire ... bonjour. Je m'en émerveille. Spontanément, comme tout un chacun, je me présente. J'apprends, rien qu'en entendant les prénoms, qu'il s'agit de .... Philippe et Chantal. Bienv'nue, prenez place parmi nous. On parle, on parle. De temps en temps, je regarde, au mur, l'affiche évoquant cette Nuit du Conte, à Chiny. Par association d'images, de noms de conteurs renseignés (sur l'affiche), j'en déduis vite que Chantal Dejardin, qui passe en fin de programme, est la "Chantal", qui s'est assise en bout de table, à côté de nous.
Très curieus'ment ...
Quand mes yeux tentent de croiser les siens, je sens ... une fermeture totale. Elle parle, à voix haute, avec son interlocuteur, très haut, très fort, en f'sant complèt'ment table rase de ses voisins attablés qui souhait'raient peut-être échanger quelques mots avec elle et se retrouvent, brusquement, devant une porte fermée à double tour.
Je décide de ne pas y accorder de l'importance. Ca arrive si souvent, dans le milieu, des rapports inter-humains, de ce type.
Je sais, je sais. L'artiste et la personne sont deux entités différentes, qu'il ne faut pas confondre. Mais ... j'aime tell'ment quand les gens, sur scène, ressemblent à ce qu'ils sont, quand on les croise dans la vie courante.
Mais ... je persiste et signe : j'ai adoré le spectacle de CHantal, dans tout son ensemble.
Hélas, pour moi, le souv'nir encore cuisant de la personne (qu'est Chantal, et que j'ai croisé hors scène quelques heures avant), m'empêche de rentrer à fond dans son spectacle. Elle affiche, sur scène, un si beau sourire. Elle affiche, sur scène, un tel sens de l'humour. Je marche même à un point tel ... que j'en deviens impatient de la retrouver hors scène, après son spectacle, pour lui témoigner toute ma gratitude. Mais ... l'idée de savoir, de supposer, de deviner comment ça se pass'ra, sans doute, en coulisse, m'empêche de glisser, sans restriction, dans son spectacle.
Oui, je dois préciser que ...
Je me suis trouvé plus d'une fois en coulisse.
Un responsable avait demandé que j'intervienne musical'ment durant les pauses. Evidemment, je n'ai pas dit "non".
Quand la soirée a démarré, je me suis assis, posté sur un siège de la première rangée, à côté du pote qui m'avait fait v'nir.
J'ai assisté, en début de programme, à l'intervention de cinq conteuses qui passaient les unes après les autres. Elles m'ont plu, toutes les cinq, chacune(s) dans leur registre. Je garde une émotion toute fraiche, encore, envers Kathleen, la cinquième de la tribu, qui démarrait son conte, en douceur, par les mots suivants : "un enfant, ça vous décroche un rêve ..." (quelle bonne idée, amie, d'avoir inséré, dans ton histoire, les paroles d'une chanson méconnue de Jacques Brel).
Voici que ma première intervention musicale approche.
J'arrive sur scène. Mince : y a maint'nant de la musique, qui résonne par delà les amplis. Bien des gens profitent de la pause pour aller au bar et se rincer l'gosier (c'était prévu, OK). Le gars, en noir, qui avait annoncé, sur scène, en début de soirée, mes interventions durant les pauses, s'avère soudain ... invisible. Mon pote Christophe, attentif, me demande s'il peut faire quelque chose. Il croise l'organisateur. OK, OK. On coupe le son. Hugues, tu peux démarrer !
J'accorde en vitesse mon instrument. Et voici que ... ma corde la plus basse commence à s'effilocher et à dev'nir inutilisable. Je ne peux, évidemment, plus retourner en coulisse. Hugues, garde ton sang froid ! Hugues, ne te retourne pas ! OK, la chanson que j'ai prévue, "COMME UNE CAMERA", je peux encore la jouer avec cinq cordes. Et ... je me lance. Voici que, dès les premières phrases, je m'aperçois que j'ai un chat dans la gorge et je ne suis pas persuadé que ma voix porte. Surtout que ... je chante sans micro. Le vin est tiré, il faut le boire : je trace, je chante ma chanson, je fais le tour de la salle en chantant, j'appuie volontiers, lors d'un couplet, le pied sur un siège, des gens restés dans le public m'écoutent, me suivent, mon pote Christophe me filme sur son Smartophone.
Et ... j'ai droit à ma part d'applaudiss'"ments. OK, Hugues, tu r'viendras tout à l'heure !
Je file en coulisses. J'aboutis dans une des loges, qui r'ssemble à une cuisine (ou une arrière-cuisine), où s'entassent une multitude de bricoles. J'y croise Sylvie Alexandre, la conteuse prévue pour la suite du programme ... dans quelques instants. Je m'assieds. Je reprends mon instrument, j'enlève la corde défectueuse, je prends (dans ma housse) un jeu de cordes toujours prévu en cas de pénurie, je respire du mieux que je peux, Sylvie quitte la pièce et s'apprête à franchir les feux de la rampe, je prends une corde et la remets, pas à pas, sur ma guitare.
Je me centre un peu. Je me demande si mes interventions chantées, lors des pauses, n'interviennent pas, dans le déroul'ment de la soirée, à contre-emploi. Maint'nant, ce n'est peut-être qu'un début. Parfois, les soirées démarrent timid'ment et évoluent (ou se terminent) en apothéose. Je me dis aussi que, pour la prochaine intervention, je pourrais utiliser le ukulélé. Qui sait ? Dans la troisième intervention, ma p'tite flûte à coulisse pourrait donner son grain d'sel.
Voilà, j'ai remis ma guitare en ordre. J'ai le réflexe d'aller écouter Sylvie. Mais ... elle a déjà démarré son tour de piste. J'entends sa voix. J'apprendrai, par la suite, qu'elle invoquait les étoiles. Je tente de rester derrière le rideau. Mais ... ce n'est guère confortable. Donc, je passe, le plus discrèt'ment possible, derrière les rideaux. Mais ... ce n'est pas plus confortable. Surtout ... pour écouter un conte, qui se trame sûr'ment sur ... vingt, vingt-cinq minutes.
Je retourne paisiblement dans la loge. J'attends patiemment la fin du (ou des) conte(s) de Sylvie.
Le moment arrive.
J'arrive sur scène.
Et ... c'est le même topo que tout à l'heure. A nouveau : une musique d'ambiance, prov'nant des amplis. Personne pour s'occuper de moi. Qu'est-ce que je fous, dans l'absolu ? Mon pote Christophe est prêt à intervenir en ma faveur. Mais il me dit, aussi, quand j'arrive à sa hauteur : "Il demande si tu ne peux pas, plutôt, intervenir avec des morceaux musicaux".
C'est le coup de sape. Même si je ne tombe pas "trop" de la dernière pluie. Je décide de m'asseoir. "Tu peux discuter avec lui ?", me dit Christophe, avec la meilleure des gentillesses. Je me surprends, le plus serein'ment du monde, à répondre : "non, j'arrête".
Quelque part, il avait raison, dans sa logique, l'organisateur. Des morceaux essentiell'ment musicaux conv'naient mieux, lors des pauses, dans le contexte de ... la Nuit des Contes.
J'ai pas eu envie de me casser la tête. A tout hasard, si l'organisateur en était v'nu à changer d'avis, il pouvait toujours venir me trouver. Renoncer, c'est pas évident. Mais ... s'enfoncer sur un terrain sablonneux, c'est dang'reux. A choisir entre les deux ...
Sans compter que ... l'organisateur est passé, repassé plus d'une fois devant moi, lorsque j'étais assis sur le siège avant, durant la pause, me regardait volontiers spontanément, sans rien me dire. Qui sait ... mes non-interventions l'arrangeaient p'têt, subit'ment !
"C'est pas râlant pour toi ?'", m'a demandé Christophe. J'aime l'empathie.
Non, je ne me suis pas senti frustré. Y a une paire d'années, j'aurais explosé, dans cette situation. Aujourd'hui, c'est fini. Non, j'ai pris une résolution précise, dans un moment où ça me paraissait bon de la prendre, et j'étais prêt à en assumer les conséquences (si ... conséquence, il risquait d'y avoir).
Avec l'expérience, certains deuils volontaires, liés ou non à l'instant présent, s'effectuent de plus en plus vite.
Ca m'a permis surtout de découvrir tous les conteurs que j'évoque ... dans ce journal.
Jean-Claude, Sylvie, Chantal, Kathleen, Julie ... et tous les autres que j'oublie, à votre santé, à votre réussite, à votre percée !