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12272799091?profile=original« Voyage autour du monde par la frégate du roi «la Boudeuse» et la flûte «l'Étoile» en 1766, 1767, 1768 et 1769 » est un récit de Louis Antoine de Bougainville (1729-1811), publié à Paris chez Saillant et Nyon en 1771.

 

Chargé par Louis XV de restituer les Malouines aux Espagnols puis de traverser la mer du Sud pour établir un comptoir près de la côte de Chine, en prenant sur sa route connaissance et possession des terres inconnues du Pacifique utiles au commerce et à la navigation (avec pour mission particulière d'en ramener «matériaux riches» et «épiceries»), l'officier de marine Bougainville fit le tour du monde entre 1766 et 1769 et publia à son retour le récit de son périple. Si le bilan politique, économique et scientifique de l'expédition fut plutôt négatif, la «découverte» par ce voyageur philosophe de Tahiti (en fait, Wallis y était passé quelques mois auparavant) fut déterminante: le récit émerveillé que lui et ses compagnons firent de l'hospitalité, de la liberté sexuelle et de la félicité des Tahitiens alimenta le mythe philosophique du bon sauvage et contribua à la formation d'images fantasmatiques encore vivaces aujourd'hui.

 

 

Partie de Nantes le 15 novembre 1766, la Boudeuse parvient le 31 janvier suivant à Montevideo, où l'attendent les frégates espagnoles destinées à prendre possession des Malouines. Elles appareillent ensemble de Montevideo le 28 février pour ces îles, qui sont remises à l'Espagne le 1er avril. L'Étoile, partie de Rochefort le 1er février 1767, rejoint la Boudeuse en juin à Rio de Janeiro, qu'elles quittent rapidement, malgré ses richesses minières, en raison des mauvais procédés du vice-roi. Suit une digression sur les missions des jésuites en Amérique méridionale. Naviguant jusqu'au détroit de Magellan, les Français entrent le 8 décembre en contact avec les fameux géants Patagons; ils ne sortent du détroit, le 26 janvier 1768, qu'au prix de multiples difficultés. Leur arrivée, le 6 avril, à Tahiti les dédommage de leurs efforts: «Partout nous voyions régner l'hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur.» Huit jours plus tard, ils quittent l'île, après des adieux déchirants, en emmenant avec eux le jeune Aotourou. Vient ici une description enthousiaste de l'île et des moeurs tahitiennes. Étant passés en vue de nombreuses îles, examinées avec soin, les Français débarquent aux Grandes-Cyclades le 21 mai, en Nouvelle-Irlande le 6 juillet, aux Moluques le 2 septembre, à Batavia le 28, à l'île de France (actuelle île Maurice) le 8 novembre, non sans subir çà et là les attaques d'insulaires, une disette, une tempête, un tremblement de terre, des maladies. Ils se livrent malgré tout à des observations astronomiques, géographiques, ethnographiques, notamment au cap de Bonne-Espérance (8-17 janvier 1769). La Boudeuse rejoint enfin Saint-Malo le 16 mars (l'Étoile rentrera en France le 14 avril), après avoir longé la côté africaine.

 

 

L'extraordinaire succès du Voyage autour du monde s'explique sans doute par la personnalité de son auteur, que l'on peut qualifier d'homme des Lumières. Diderot dira de lui, dans le Supplément au Voyage de Bougainville, qu'il a «de la philosophie» et tout donne à penser que Bougainville se voulut l'un de ces voyageurs philosophes que J.-J. Rousseau appelait de ses voeux, pour l'instruction de ses contemporains, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité. Ce marin, en effet, est aussi un savant, qui a su s'entourer de compagnons éclairés, tel le naturaliste Commerson, disciple de Buffon, et manifeste dans son approche des contrées visitées un esprit positif. Rejetant violemment dans son «Discours préliminaire» les élucubrations de «cette classe d'écrivains paresseux et superbes qui, dans les ombres de leur cabinet, philosophent à perte de vue sur le monde et ses habitants et soumettent impérieusement la nature à leurs imaginations», il se propose d'observer avec la plus grande exactitude les êtres et les choses. Il décrit ainsi avec technicité les embarcations des insulaires, évite de mêler des traits moraux à la description de leur comportement et plus d'une fois substitue au merveilleux un regard scientifique, comme dans l'entrevue avec ces géants mythiques qu'étaient alors pour beaucoup les Patagons.

 

Toutefois, nourri de culture classique, il ne peut s'empêcher de chercher par le vaste monde cette Arcadie dont rêvent ses contemporains, en ce siècle où l'on a fait naître l'idée de bonheur. Il la trouve tout naturellement à Tahiti, qui allie les douceurs du climat et les beautés du paysage aux moeurs les plus aimables. Mais, s'il cède sur le moment, comme en témoigne son Journal, à l'éblouissement océanien, il prend soin dans le Voyage de nuancer son compte rendu, en notant par exemple ce qu'a d'illusoire l'apparente égalité des conditions dans la société tahitienne ou en signalant la pratique en son sein des sacrifices humains.

 

Les efforts de Bougainville furent, au moins au début, mal récompensés, au point qu'il se serait ironiquement exclamé à son retour, dans les salons parisiens: «Eh bien, je mets aussi l'espoir de ma renommée dans une fleur!» (la bougainvillée). On lui reprocha même d'avoir arraché Aotourou à son île bienheureuse (celui-ci devait hélas mourir de la variole lors de son voyage de retour). Mais, si la société philosophique se montra, jusqu'au Supplément de Diderot, plutôt réticente, le grand public s'enthousiasma immédiatement pour ce récit de voyage qui rompait, par la clarté et l'aisance de son style, avec les récits des missionnaires et des marchands. Quoi qu'il en soit, le voyage de Bougainville fit des émules (tel le Supplément au voyage de M. de Bougainville ou Journal d'un voyage fait par MM. Banks et Solender en 1768, 1769, 1770 et 1771) et suscita, avec celui de Cook, toute une littérature d'inspiration océanienne (La Dixmerie, Taitbout, Grasset de Saint-Sauveur...). Le Tahitien prit le relais du sauvage américain comme instrument critique de la civilisation occidentale: l'Orou de Diderot peut être considéré, par bien des côtés, comme le successeur de l'Adario de La Hontan.

 

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Poème à un ami décédé prématurément.

Il s'appelait Frédéric et est décédé prématurément à l'âge de 47 ans.

C'était un esprit brillant et je vous invitye à lire le poème que j'ai écrit et lu à l'occasion de ses funérailles au Crématorium d'Ottignies le 6 décembre 2011.

 

Frédéric,

Quoique mon cadet de près de quinze ans

Tu es mon Ami plus que cela un Frère

Ensemble nous nous sommes dit qui nous aimions qui nous fuyions

Les certitudes comme les incertitudes

De nos habitudes nous sommes partis

D’un renouveau d’une renaissance

Finalement nous avons laissé nos certitudes

Au vestiaire de nos évidences

Nous avons gouté la saveur de l’inconnu

Passé des épreuves trébuché

Haletant sur les chemins de l’avenir

Du néant de la terre avenir incertain

Agonies et sanglots tu as posé ta palme

Sur une épaule dépouillée

Gong assourdissant vers les ombres

Les chaines ont craché leur venin

Noir comme cette incertitude

Naitre ou renaitre 

Ton arrivée fut un nectar

Qui t’a soulé avant la fête

Le gong s’est tu

Voilà que la cérémonie commence

La foule se déchaine tambours

Et trompettes cris et hurlements

Vacarme et tumulte

Ont assombri ton espace vital

Aveugle tu as fui la ville le bruit

La décadence

Le tapage s’apaise et tu poursuis ton périple

Dans cet apaisement relatif que constitue la recherche

D’un infini puis le calme total s’accroît

Concrétise ta recherche de l’absolu moral

Dans une clarté immense

Brillant de mille regards de mille sourires

Plus tard riche de notre pouvoir de transmission

Au terme de nombreux détours, je t’ai envoyé

En voyageur solitaire vers des lieux géographiques

Connus de nous deux

Et tu es revenu me combler

Je t’aurai appris, Frédéric,

Que la mort n’est rien

Que la vie n’a de sens qu’à partir de la mort

Et que la pérennité de ta recherche

Contribuera à grossir le futur

De la richesse de ton souvenir

De ton sourire de ton humour

De ta tendresse

A jamais

Merci Frédéric

 

Ecrit le 4 décembre 2011 de Midi à Minuit dans la sérénité de ma tristesse.

Luc LIBON

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Ce dimanche à 20h00 sur ACTU-mag:

http://www:bandbsa.be/contes.htm l'émisson
"Nos amis et les amis de nos amis" Le programme détaillé,
 pour le lien précis  me concernant
ICI:

     

au n° 3.22 


Vous pouvez aussi retrouver le Focus de mon édition www.lalyredalize.orgfait par Robert Paul
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MON BOUT DU MONDE

"Le bout du monde et le fond du jardin
contiennent la même quantité de merveilles."

C Bobin

 

Beaucoup s’en étonnent, certains pensent que j’ai oublié de vivre.

J’ai pourtant été grande voyageuse. Mais vu que nous avions peu de moyens et des animaux, nous n’avons pas souvent quitté le pays.

Dans cette société de profit, de clinquant et de poudre aux yeux, il est de bon ton de parler de lointaines contrées et de s’approprier l’autochtone comme si on était encore en période coloniale.

Il fallait entendre, lors de nos pauses, à la rentrée, les conversations sur les effets de la cuisine thaïe expérimentée sur place, les cloques aux pieds sur les sentiers de montagne, les estomacs ulcérés à cause de mets mexicains, les coups de soleil attrapés au bord de la piscine en Egypte, les comparaisons entre tous les clubs Med du monde entier… Pas grand-chose sur les conditions de vie des habitants de l’endroit, sur la beauté d’un visage, sur une rencontre extraordinaire…Finalement, j’en apprenais plus en regardant un reportage de Nicolas Hulot.

Peu de monde me demandait, connaissant ma situation pécuniaire, si j’avais passé d’agréables vacances… Et pourtant, je n’avais pas arrêté de voyager… J’étais partie en croisière sur le Canal du Centre, pris l’ascenseur à bateaux de Strépy, visité toutes les grottes, dégusté sur place toutes les bières d’abbayes, la plupart des châteaux, quelques brasseries typiques, des musées, des villages antiques reconstitués, les plus belles contrées de notre beau pays. Nous ne partions pas en conquérants mais allions à la rencontre des gens du cru qui avaient toujours quelque belle histoire à raconter. Nous écoutions parler les sources, les arbres, les plantes… Immanquablement un petit animal curieux nous rendait visite… Le bonheur à portée de main. Et nous rentrions dormir dans notre lit.

Je ne voyage plus, je n’en éprouve pas le besoin… Les paysages sont restés intacts dans mon esprit. Avec mon espace en double : la place de mon compagnon de vie et la mienne accolées pour s’imprégner de la même vision, des mêmes sensations… Seule, j’ai dû me réapproprier cet espace… J’ai revu peu de choses depuis son décès, elles n’avaient plus la même saveur, le même aspect… ne me rassuraient plus. Alors, j’ai limité mes sorties et j’ai commencé à voyager en rêve… Me suis inventée une forêt où me réfugier quand il faisait sombre dans ma vie. Sa magie m’a permis de tenir debout… Une période transitoire dans une vie sans amour.

Il me faut maintenant découvrir les merveilles du monde qui m’entoure, celles qui me permettront de faire un pas en avant. D’oser prendre une autre main et faire un bout de chemin…

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administrateur théâtres

L’orchestre National de Lille se produit à Gand

12272797499?profile=originalJean Sibelius Pelléas et Mélisande
Robert Schumann Concerto pour violoncelle et orchestre
Piotr Ilyitch Tchaïkovski Roméo et Juliette

Kirill Karabits direction  / Anne Gastinel violoncelle /  de Bijloke, le 17 mars 2012

 Nous ne sommes pas allés jusque Shanghai  ni au bout de la Russie mais jusqu’à Gand, dans la très belle salle  historique « de Bijloke »  que nous  avons découverte avec joie, pour aller écouter l’Orchestre National de Lille sous la direction de Kirill Karabits.  Les concerts se donnent dans la grande salle magnifiquement restaurée de l’ancien hôpital du 13e siècle, sous une voûte d’époque  impressionnante, en chêne massif amené par bateaux, via l’ancien  port du Zwin et de Damme.

 Il n’y a pas si longtemps,  l’ONL était à  au studio 4 de Flagey, une salle à la très belle acoustique également.  Ce sont des gens du voyage !  Avec eux, dans le cœur historique de la ville de  Gand, nous avons voyagé à travers la  musique entre Sibélius,  Finlande ; Schumann, Allemagne ; Tchaïkovski,  Russie ; Kirill Karabits, Ukraine  et Anne Gastinel, France.

12272798066?profile=originalEn ouverture de concert nous avons écouté une interprétation très expressive de  Pelléas et Mélisande de Sibélius, qui, après en avoir écrit une musique de scène, a su traduire l’intensité de l’œuvre de Maurice Maeterlinck (… Belgique) en une suite de neuf pièces courtes et suggestives. Pas plus de 30 minutes de bonheur musical, mais neuf tableaux très pittoresques  et fort bien orchestrés par le jeune Kirill Karabits (°1976). Cela va de la majestueuse rondeur des tours du  château, aux scènes agrestes, aux déchirements  dramatiques qui se terminent dans le néant. Les cordes introduisent le thème, répété par un solo de basson. C’est l’envol de pizzicati comme une nuée d’oiseaux. L’avertissement lugubre ne se fait pas attendre :  un long roulement de percussions. La voix pure de Mélisande nous parvient à travers un cor anglais, comme une cantilène.  On est sur la plage « At the sea shore » avec le bourdonnement continu des altos. Entre instruments à vent et violons qui amplifient les thèmes, les sonorités sont denses, harmonieuses. Un plaisir de musiciens  que les membres de l’orchestre partagent avec un public  attentif et ému.  Les percussions et les contrebasses se font  ambassadrices des coups du destin. « Mélisande at the spinning wheel » présente une image dramatique de  belle au bois dormant qui s’achemine vers le désastre.  Les percussions  introduisent avec force les instruments du  malheur, et les contrebasses égrènent avec grâce – le geste des contrebassistes est pure élégance –  l’implacable fuite du temps… et de l’amour.  Trois notes répétitives, presque des soupirs, sont  soutenues par l’harmonie majestueuse des violons  et marquent les derniers instants de Mélisande, dans une  complainte, douce, lente et intense. Le chef d’orchestre  a dû contenir de la main  les envolées romantiques des musiciens car il semble privilégier la douceur et une certaine retenue, avant toute chose.

 

La violoncelliste française Anne Gastinel interprétera avec tragique le concerto pour violoncelle de Schumann. L’orchestre expose des sonorités éclatantes et vibrantes lorsque le violoncelle se tait.  Il faut dire que ce concerto fut composé pour l’anniversaire de Klara et que le morceau ne peut pas se complaire dans les méandres d’une âme torturée. C’est avec joie retrouvée que l’on écoute l'ouverture de Roméo et Juliette de Tchaïkovski. Rien ne manque : une musicalité parfaite, un chef d’orchestre de plus en plus passionné, une construction minutieuse de l’émotion et des antagonismes meurtriers. La harpe se prend pour une guitare, les couleurs chatoyantes de l’orchestre  sont captives,  suspendues  dans la voûte  séculaire de la salle de concert. De  brefs silences prédisent des élans joyeux, des ricochets de cordes, un rythme  parfois presque guerrier et syncopé dans le thème de la haine et de la discorde. Et aussi la sérénité de l’amour indestructible qui défie l’éternité, qu'il soit passion ou tendresse. Kirill Karabits tressaute, se démène  et  emmène dans son sillage  les musiciens avec vigueur,  il est le chef de la tempête. Mais  toujours, l’horloge régulière du destin bat la mesure: les éternelles contrebasses.  Les cuivres reprendront le thème une dernière fois,  de façon plaintive. La harpe s’éteint sous la puissance de formidables écrasements de timbales, cymbales et grosse caisse  qui n’en finissent pas de gronder. Une musique magnifiquement taillée, comme un diamant,  par le jeune chef d’orchestre ukrainien.

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http://www.onlille.com/

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Au dernier temps de mon parcours

  

 

 Ô qui me portera secours,

M’aidant à chasser l’habitude

Qui me maintient en servitude,

Dans le même emploi chaque jour?

...

M’aidant à chasser l’habitude,

Qui ne m’impose rien de lourd,

Dans le même emploi chaque jour,

Mais une étrange lassitude.

...

Qui ne m’impose rien de lourd.

Ma vie est plaisante, non rude,

Mais une étrange lassitude

Me rend passive, sans recours.

...

Ma vie est plaisante, non rude

Or devrait prendre un autre tour.

Me rend passive, sans recours,

Mon habituelle attitude.

...

Or devrait prendre un autre tour,

Dans la douillette solitude,

Mon habituelle attitude,

Qui rend langoureux mon séjour.

...

18 mars 2012

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Du 14-03 au 31-03-12 se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), une exposition intitulée « Vision de la terre et esquisse d’architecte en couleur ».

Pourquoi un tel intitulé ? Parce que la ligne directrice de l’exposition est celle de montrer deux chemins à la fois complémentaires, tout en étant différents, sur la façon d’appréhender le Monde et l’existence par l’espace et la matière. Que le futur visiteur ne s’y trompe pas : il s’agit bien de la « terre » que l’on pétrit  et non pas de la « Terre » qui tourne autour de l’Astre dont il est question.


Pour illustrer cette thématique, deux artistes sont mis à l’honneur.


Madame ISABELLE VENET et Monsieur PIERRE- ANDRE MARTIN tous deux venus de France.


L’univers de la matière au service de l’Art est représenté par Mme ISABELLE VENET. Cette artiste lilloise nous offre des œuvres témoignant d’un dialogue intérieur caractérisé par des villes parsemées de silhouettes à l’intérieur d’une toile conçue comme un terrain expérimental sur lequel l’artiste utilise le sable pour fixer les pigments des couleurs.

Cette technique donne à l’œuvre un aspect « travaillé » où la matière (la terre) arpente la toile en la labourant, augmentant ainsi la mise en exergue de certains reflets et tonalités.

Dans PORTRAITS DE FEMMES (60 x 120 cm) Isabelle Venet nous propose une forme de triptyque  vertical conçu à l’intérieur du cadre originel. Il symbolise la Femme dans ses états les plus identitaires : la femme au foulard (dans toute l’acception de la sémantique de l’image) mais aussi la Vierge Marie prise comme symbole de la maternité. Cette dernière image a été également suggérée à l’artiste par sa belle-fille d’origine sud-américaine et sa façon d’être mère.

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PAROLES (80 x 80 cm) est une suite de formes longilignes, semblables à des silhouettes, que l’artiste considère comme des messages, voire des prières adressées à l’objet de sa croyance. Elle croit, en effet, dans la force transcendante de la Bible qu’elle met en pratique dans ses rapports avec l’Humanité qu’elle rencontre, notamment, dans la déchéance sociale des SDF à Lille qu’elle aide à l’intérieur d’une association lilloise qui les prend en charge.  

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Les messages d’Isabelle Venet se déclinent dans une intériorité qui se reçoit dans sa conception de la figure humaine, en apparence à peine « ébauchée », néanmoins « pleine » dans ce qu’elle a d’épiphanique. Les œuvres d’Isabelle Venet exposées à l’ESPACE ART GALLERY sont, en quelque sorte, des apparitions lesquelles, malgré leur proximité charnelle avec le visiteur, ne peuvent se concevoir que dans un lointain métaphysique.

D’un point de vue philosophique, l’artiste se considère comme une épicurienne faisant du met le plus banal un festin.

Ce même aspect philosophique elle le met en exergue dans la façon qu’elle a de se « déconstruire » pour se « reconstruire ». En effet, faisant bloc avec son œuvre, c'est-à-dire, cette part essentielle d’elle-même, il lui arrive d’en détruire une en étant lucide sur le fait qu’en la détruisant, elle commet un acte de pure création, d’abord en la renvoyant à son néant matriciel, ensuite en la remodelant pour en faire autre chose et lui donner une seconde vie.

La spiritualité d’Isabelle Venet est une spiritualité qui n’a besoin d’aucune mise « en pratique » dans une église pour exister. A ce titre, elle qualifie son atelier de « temple-ring ». Il y a dans cette contraction toute la signification de l’Art : le « temple » dans lequel se développe toute la spiritualité de l’essence créatrice et le « ring » où se joue la joute agonistique entre le créateur son œuvre ou pour paraphraser André Malraux rapportant un propos de Michel-Ange : « Mais quand donc en aurai-je fini avec cette matière qui me sépare de mon œuvre ? ».

 


Dès le premier coup d’œil le visiteur est assuré sur le fait devenu évidence visuelle que le peintre PIERRE-ANDRE MARTIN est architecte de formation. Si cette évidence saute aux yeux, c’est parce que, au-delà des couleurs chatoyantes donnant du tonus à la forme, les œuvres du peintre sont tendues par les lignes directrices typiques du dessin urbanistique ou, pour le dire d’une façon concrète, de la synchronisation parfaite de chaque façade constituant l’ensemble schématisé en plan de la ville, devant réaliser un tout urbain. 

Celui qui regarde et s’imprègne d’une toile de Pierre-André Martin doit s’attendre à vivre une architecture de rêve et de soleil. Non. L’image n’est nullement exagérée ! En effet, le soleil est l’élément déclencheur de la démarche du peintre. Il est présent sur toutes les toiles, tel le gardien d’un « ciel » qui n’est autre que le reflet de l’imaginaire de l’artiste.

Ce reflet est le fil conducteur de son œuvre puisque, en quelque sorte, il abolit toute hiérarchie entre le supra et l’infra monde (les parties haute et basse du tableau), l’une étant la continuité logique de l’autre.

Si nous considérons les tableaux intitulés VENISE (60 x 80 cm), BEZIERS (80 x 60 cm) et SETE (80 x 60 cm), nous constatons qu’architecture et réminiscence vivent à l’unisson.

Il est rarissime de concevoir Venise sans son voile crépusculaire. Décidément, Pierre-André Martin s’éloigne de Thomas Mann. Il nous offre une vision personnelle de la Cité des Doges où l’architecture ciselée des colonnes portant les arcs de la Basilique Saint Marc contraste à la fois avec l’eau de la Lagune et ce « ciel » conçu comme monde des idées et des rêves duquel se distingue le portrait de sa jeune fille ainsi que le prénom « Carmen ».  Venise fut le lieu où elle découvrit pour la première fois l’œuvre de Bizet.

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Un discours similaire nous est proposé avec BEZIERS. La ville se réfléchit dans l’eau tandis que le « ciel » offre trois épisodes appartenant à l’univers du peintre : la corrida dans une mise à mort opposant l’homme à l’animal, le rugby par la présence d’un joueur saisissant un ballon ovale et, in fine, la présence d’un visage de femme, celui de la mère du peintre qui mourut dans cette ville.

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Vivant à Carcassonne, Pierre-André Martin est viscéralement un homme du Sud.

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Pierre-André Martin: Sete


Soleil, eau, lignes directrices, souvenirs brillant comme des étoiles. Ce sont là les éléments qui insufflent la sève à l’œuvre de l’artiste. Le ciment catalyseur à tout cela étant l’architecture, ou plus précisément, l’ordre architectural régissant l’ensemble de la composition. Malgré la majesté des couleurs vives mariées dans la folie de l’acte créateur, rien n’est anarchique. Tout est, en quelque sorte, compartimenté et mis à sa juste place, que ce soit pour le « ciel » des idées et des rêves comme pour la ville en tant que symbole de l’espace urbain. L’effet est d’une rare brillance témoignant de l’immense maîtrise ainsi que de la grande générosité de l’artiste. L’huile constitue la technique essentielle de Pierre-André Martin.

 

Parmi les autres artistes invités à exposer, il convient de signaler l’œuvre d’une peintre excellente, s’inscrivant dans un autre discours que celui des artistes précités.

Mademoiselle LAURENCE RAPAILLERIE est une jeune artiste française. Sa peinture exposée à l’ESPACE ART GALLERY est le fruit de voyages témoignant de contacts culturels qu’elle a voulu graver sur la toile. Elle propose deux triptyques provenant d’un voyage aux Etats-Unis : DIRECTION (trois fois 75 x 75 cm) ainsi que L’HOMME BLEU (43 x 90 cm), L’HOMME VERT (90 x 58 cm) et L’HOMME ROUGE (89 x 69 cm).

DIRECTION est un triptyque montrant un panneau directionnel comme il en existe des milliers aux USA.  Néanmoins, le panneau devient une forme déclinée sur trois plans (chacun étant un panneau du triptyque) donnant au visiteur (que l’on pourrait même qualifier de « spectateur », tellement l’expérience visuelle est « cinématographique ») non pas la vision d’un ensemble mais bien celle de différents moments, ou si l’on veut, de « segments » appartenant à cette longue droite imaginaire qu’est une continuité narrative.

Le même discours esthétique est réitéré avec L’HOMME BLEU, L’HOMME VERT, L’HOMME ROUGE lequel montre un autre triptyque représentant un contrôleur à San Francisco se livrant à une gestuelle destinée à cordonner le trafic. On peut parler, concernant cette œuvre d’ « instantanés » au sens photographique du terme. Néanmoins, ces œuvres affirment une différence capitale par rapport à la photographie. Que se soit DIRECTION comme L’HOMME…chaque figure se détache sur un fond monochrome, occultant définitivement la possibilité à un élément étranger de s’intercaler derrière ou à côté du sujet.

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Le fait de « circonscrire » le sujet dans un espace monochrome occulte ce qui dans une photographie serait conçu comme espace environnemental ou « décor », (un espace entourant le sujet, rempli d’éléments et, en quelque sorte, le polluant). Ici, plus rien n’existe que le sujet se découpant sur chaque plan dans une posture à la fois différente et définitive. Ce qui en ressort c’est l’essence des formes dans une esthétique épurée au maximum que ne permet pas la photographie.

Ce qui est stupéfiant dans ces œuvres c’est qu’elles ont été réalisées par une artiste qui suit encore des cours à l’Académie de Molenbeek ainsi que des stages à La Cambre.

Laurence Rapaillerie est très attirée par la peinture de Hopper et de Hockney. Il y a, en effet, du Hopper niché dans l’œuvre qu’elle présente mais dans l’esprit seulement, en ce sens que tous deux présentent des personnages assez figés dans l’action qu’ils entreprennent, ce qui leur confère une dimension iconique. Les personnages de Hopper étant, si l’on veut, baignés d’une tranquillité que leur apporte le traitement de la lumière. Chez Laurence Rapaillerie, la couleur, même « tranquille » comme le bleu contient toujours cette note vive qui empêche, en quelque sorte, le sujet de « macérer » dans le geste accompli. La couleur devient lumière qui le fixe définitivement. 

Laurence Rapaillerie affectionne particulièrement l’acrylique pour la création de ses œuvres.

 

Isabelle Venet, Pierre-André Martin et Laurence Rapaillerie offrent chacun un moment significatif à cette exposition qu’il ne faut rater sous aucun prétexte !

 

François L. Speranza.  

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"L’origine de l'ornement correspond au besoin d'animer les surfaces"

Peintre doué -mais il renonça en 1892 à la peinture -, affichiste occasionnel, imprimeur par curiosité, architecte autodidacte et pourtant prestigieux, Henry van de Velde fut aussi un "designer" particulièrement inventif, un graphiste exigeant et un pédagogue persuasif.

Entre 1890 et 1900, il ne fut certes pas le seul en Belgique à s'adonner aux métiers d'art, et à vouloir, notamment, renouveler la présentation des livres. Peintres avant tout, ses contemporains Théo van Rysselberghe (Gand 1862 -Saint-Clair 1926) et Georges Lemmen (Bruxelles 1865-1916) -il les connaissait bien -créèrent comme lui des couvertures de livres, des ornements typographiques -lettrines, bandeaux, culs-de-lampe, fleurons -, des papiers de garde, des cartons de reliures.

Tous trois furent membres du groupe avant-gardiste Les XX à Bruxelles. Ils exposèrent aussi ensemble au premier Salon organisé à Anvers en 1892 par l'Association pour l'Art (fondée entre autres par van de Velde et son ami, le poète et illustrateur Max Elskamp); van de Velde présentait un carton de broderie, et Lemmen des" compositions ornementales et décoratives". Les trois artistes avaient adopté le "retour à l'unité de l'art...; plus de néfaste distinction entre "artistes" et "artisans", entre "Beaux-Arts" et "arts secondaires et industriels" (van de Velde, Cours d'arts d'industrie..., cat. 64).

Dès 1891, Lemmen fit paraître dans L'Art moderne (revue d'avant-garde, fondée par E. Picard, O. Maus et E. Verhaeren), un article sur Walter Crane (1845-1915), "un véritable ouvrier de l'art", et sur le mouvement d'arts appliqués Arts and Crafts né en Angleterre vers 1875. Van de Velde appréciait les théories du critique d'art John Ruskin (1819-1900), opposé au pastiche et à l'éclectisme, et de William Morris (1834-1896), créateur de formes nouvelles malgré sa volonté de retour à l'artisanat médiéval; en 1898, van de Velde fit à la Section d'art et d'enseignement populaire de la Maison du Peuple à Bruxelles une conférence sur "William Morris, artisan et socialiste" ; à propos de Walter Crane, il écrivait dans la revue La Société nouvelle, en 1895 (t. 22, p. 742): "Crane n'attend le relèvement de l'art que du relèvement matériel et moral du peuple... La Beauté est une arme et... le moyen est révolutionnaire"; à Ruskin et Morris, il reprochait cependant de s'être rejetés "aussi résolument en arrière que nous nous lançames plus tard résolument vers l'avenir" (Formules de la beauté architectonique moderne). Van de Velde, Lemmen et van Rysselberghe pensaient que les arts avaient une vocation sociale et devaient donc être utilitaires.

En 1892, le poète August Vermeylen (1872-1945), encore étudiant à l'Université de Bruxelles, proposa à van de Velde la direction artistique d'une revue littéraire néerlandophone moderniste qu'il se proposait de fonder; Van Nu en Straks parut de 1893 à 1894, et de 1896 à 1901; Lemmen et van Rysselberghe collaborèrent à la décoration de la première série de numéros. A la même époque, van de Velde "ornementa" trois livres de Max Elskamp, Dominical (1892), Salutations, dont d'angéliques (1893) et En symbole vers l'apostolat (1895) imprimés chez Buschmann à Anvers; il en imprima lui-même un quatrième, avec l'aide de l'auteur, sur une ancienne presse à bras anglaise: Six chansons de pauvre homme . Sans doute a-t-il dessiné la couverture (non signée) de Harald à la blonde chevelure. Harald roi, de Ernest Bosiers, paru chez Lacomblez en 1893, composition libre de lettres ocre en forme de croissants, peu lisibles.

Comme W. Morris, van de Velde voulait renouveler l'aspect du livre, mais il n'aura pas de presse privée comparable à la Kelmscott Press, il n'illustra réellement jamais de livres, à l'encontre de Lemmen et van Rysselberghe, et il ne conçut pas d'alphabet typographique comme le fit vers 1900 Lemmen (il se contenta de tracer au pinceau des initiales ornementales puis de les graver sur bois).
Lemmen eut une entreprise d'art décoratif à Bruxelles entre 1895 et 1897 : "Arts d'industrie et d'ornementation"; entre 1897 et 1900, H. van de Velde et son épouse Maria Sèthe (1867-1943) animèrent la "Société H. van de Velde. Arts d'industrie, de construction et d'ornementation". ("Tous les objets sont fabriqués dans les ateliers de la maison "précisait le prospectus). Mais des trois artistes, seul van de Velde sut concevoir, et dès 1895-1896, les plans, l'ameublement et l'équipement d'une maison, en l'occurence la sienne -le premier des nombreux bâtiments qu'il édifia -"Bloemenwerf" à Uccle-Bruxelles. L'antiquaire japonisant allemand Siegfried Samuel Bing (1838-1905), chargea en 1895 van de Velde et Lemmen d'aménager un fumoir et de faire la publicité de sa galerie parisienne L’Art Nouveau. Van de Velde fit aussi la connaissance du critique d'art allemand Julius Meier-Graefe (18671935) qui l'introduisit dans la revue berlinoise Pan et lui confia, ainsi qu'à Lemmen, en 1898 l'agencement de sa galerie à Paris, La Maison Moderne; Meier-Graefe consacra à van de Velde le numéro inaugural de sa revue L'Art décoratif); Lemmen collabora à la revue Dekorative Kunst de Meier-Graefe dont Théo van Rysselberghe dessina la couverture de l'année 1897. Autre rencontre, très importante, pour van de Velde, le comte germano-irlandais Harry Kessler (1868-1937), qui en 1898/1899 lui proposa ainsi qu'à Lemmen de s'associer à son projet d'une édition bibliophilique de Also sprach Zarathustra de Nietzsche (le livre ne parut qu'en 1908). Enfin Lemmen et van de Velde participèrent à l'Exposition internationale des métiers d'art à Dresde en 1897.

Contrairement à van de Velde, Lemmen et van Rysselberghe ne furent pas des théoriciens. Dès 1894, van de Velde publia à Bruxelles un véritable manifeste socialiste et anarchiste de l'Art Nouveau, Déblaiement d'art qu'il lut d'abord à Libre Esthétique (elle venait de succéder aux XX) : "A l'heure dont nous nous souvenons tous, le Bourgeois vivait dans un décor voulu de vertu apparente..., la civilisation qui a restreint tous les sentiments, hormis celui de l'égoïsme, ramena le sens de l'art... et sa fonction au sens de la propriété... Et cette tare marque toutes les oeuvres de notre époque. Car les temps sont venus [où] l'art remontera à la lumière sous une forme nouvelle... [car] il advint que les industries d'art se réveillèrent [mais] que l'objet d'art, le bibelot furent choyés... pour eux-mêmes... Dans la Société prochaine, il ne sera considéré que ce qui est utile, et profitable à tous... La foi nous est revenue en la Beauté... L’ornementalité... apparut... la matrice qui alimenta de sang toutes les oeuvres... décoratives". Van de Velde conforte ses principes dans Aperçus en vue d'une synthèse d'art, 1895. Dès lors, il multiplia ses travaux graphiques, mettant en page et décorant d'ornements évoluant rapidement vers l'abstraction totale, soit ses propres textes, soit des livres écrits par d'autres (Nietzsche, A. Solvay, K. Scheffler, S. Saenger, E. Verhaeren etc.).
Les premiers ornements que van de Velde conçut font référence à une nature schématisée: l'arbre aux racines noueuses (attribué par Cardon à Georges Morren) qui décore la couverture du catalogue de l'exposition organisée par l'Association pour l'Art en 1892 et l'affiche de celle de 1893, arbre fort proche de l'arbre fruitier imaginé par Lemmen pour la neuvième exposition des XX en 1892; le paysage maritime de Dominical, 1892 où les strates concentriques de la plage et des nuages structurés par la ligne d'horizon rectiligne, évoquent la houle et le soleil levant dessinés par Lemmen pour la couverture de la huitième exposition des XX en 1891 -Van de Velde reprend le thème en le simplifiant à l'extrême dans la couverture de Van Nu en Straks, 1893 aux formes fluides proches de celles de la couverture de Salutations...; les papillons dans la même revue; les canards et les tulipes de l'Almanach des étudiants libéraux de Gand pour 1896. Ces quelques motifs inspirés par la nature côtoient des ornements résolument abstraits aux courbes onctueuses et fermes d'une liberté en apparence spontanée. Vers 1896, l'arabesque se fait plus mince sans renoncer à la sobriété, et la composition trouve son harmonie dans la symétrie (Almanach; Van Nu en Straks, 2mo série, L'Art Décoratif).

"L'ornement, écrit van de Velde, se confond trop souvent avec l'illustration. La fleur... copiée telle quelle n'est pas un ornement. L'élimination des détails superflus a permis que la fleur devienne ornement" (Une prédication d'art, dans La Société nouvelle 22, 1895, p. 733-744). La ligne pure devint vite le maître-mot de van de Velde: "La ligne est une force dont les activités sont pareilles à celles de toutes les forces élémentaires naturelles... La ligne emprunte sa force à l'énergie de celui qui l'a tracée" (Kunstgewerbliche Laienpredigten, 1902). Vers 1898-1900, il conçut des aplats dynamiques et vigoureux, des décors linéaires où les ondulations sont brisées par de brefs traits anguleux, où leur entrelacement suggère la profondeur. Appelé en 1898 à exécuter une décoration pour la galerie d'art Cassirer à Berlin et diverses publicités pour la firme alimentaire Tropon à Mülheim, et attiré par la proposition d'aménager le Folkwang Museum à Hagen, van de Velde se résolut à s'installer en Allemagne. D'abord à Berlin (1900-1901), en 1902 à Weimar où le grand-duc Wilhelm Ernst de SaxeWeimar en fit son conseiller artistique, sur la recommandation de Harry Kessler et d'Elizabeth Forster-Nietzsche (soeur de l'écrivain).
Van de Velde eut pour mission de relever le niveau artistique de la production artisanale et industrielle de la principauté. En enseignant à l'Ecole d'Art de Weimar, et en devenant en 1908 le directeur de la nouvelle Kunstgewerbeschule, l'Ecole des Arts Décoratifs, édifiée de 1904 à1906, van de Velde prêcha le renom aux modèles du passé et la recherche de formes inédites et rationnelles: "Tu ne concevras la forme et la construction des objets... que selon ce que ta raison et la raison d'être de l'objet que tu conçois te révèleront de plus simple" (Arno, 1909). Si son premier logis, "Bloemenwerf", villa à l'anglaise, montrait des courbes discrètes, le second qu'il se fit construire, "Hohe Pappeln" à Weimar (1906-1907), se roidit, sans présenter la sévère rectitude des édifices bâtis par le viennois Josef Hoffmann, l'architecte du palais Stoclet à Bruxelles (1905-1911). Ce dernier participa, avec Henry van de Velde, à la fondation en 1907 à Munich du Deutscher Werkbund, association réunissant artistes et entreprises industrielles soucieux d'offrir beauté et qualité à la mécanisation. Renonçant aux longues arabesques déliées mais non aux volutes et aux entrelacs, van de Velde, graphiste, concentra les ornements, les fit plus statiques en associant aux lignes courbes des éléments rectilignes et en réduisant l'amplitude de leur tracé. Vers 1907, il imagina des motifs d'une rotondité dense, spiraliformes (Vom neuen Stil; Essays). Un décor à la fois monumental et mobile se déploie dans Also sprach Zarathustra et Ecce Homo, 1908 ; la ligne s'épure et s'allège dans Dionysos Dithyramben, 1914. Ces trois livres furent publiés par les Editions Insel-Verlag à Leipzig, qui contribuèrent largement au renouveau du livre allemand.

Quand la Première Guerre mondiale éclata, van de Velde offrit sa démission à la Kunstgewerbeschule, proposant comme son successeur l'architecte Walter Gropius, qui allait inaugurer en 1919 le Bauhaus de Weimar. Van de Velde accepta de diriger, à Weimar, de 1914 à 1917, la Cranach Presse fondée en 1912 par Harry Kessler, ce dernier étant mobilisé. Puis il gagna en 1917 la Suisse, où il vécut de conférences, et en 1920 les Pays-Bas, à l'invitation des Kroller-Müller qui projetaient la construction d'un musée destiné à leur collection d'art (il s'élèvera de 1937 à 1953). Van de Velde mit en page et décora d'ornements géométriques massifs d'esprit Art Déco un livre d'Hélène Kroller-Müller sur la peinture moderne (1925).
Regagnant la Belgique en 1925, van de Velde obtint une chaire d'architecture à l'Université de Gand. En 1926, Camille Huysmans, le ministre des Sciences et des Arts, l'appuya dans son désir de créer un Institut supérieur des Arts décoratifs (ce fut l'ISAD inauguré à Bruxelles dans le quartier de La Cambre en 1928). "Dans tous les pays du monde, constatait van de Velde, les académies ont failli à leur tàche"; il espérait pouvoir "susciter l'avènement d'un style qui serait celui de notre époque, conforme à notre mentalité et à notre sensibilité".
"La ligne moderne sera la ligne de l'ingénieur... qui sera un artiste... C'est une ligne de volonté et de force... qui veut atteindre... sans détour le but qu'elle s'est proposé" (La Ligne, 1933). En 1927, van de Velde bâtit sa troisième demeure, "La Nouvelle Maison", à Tervuren, d'une géométrie dépouillée. Jusqu'à sa mise à la retraite en 1936, il fit rechercher par ses élèves la "forme pure": "[Elle] se range d'emblée dans la catégorie des formes éternelles [pour susciter] un style qui sera de tous les temps" (Le Style moderne, 1925). Renonçant à tout ornement au bénéfice d'une mise en page typographique se suffisant à elle-même rehaussée de quelques initiales en couleur, il s'imposa et imposa aux élèves du cours du livre à l'ISAD une sobriété, un dépouillement qu'on rencontre dans tous les volumes imprimés sous son contrôle sur la vieille presse à bras qu'il avait maniée à Uccle en 1895 et offerte à La Cambre; l'illustration y est tolérée, mais pas l'ornement: "Aujourd'hui l'intelligence a triomphé sur le sentiment au service de la technique et de l'invention... l'abstention d'éléments décoratifs est possible" (Le Nouveau). On relève une contradiction dans ces propos: "La perfection mécanique ne sera pas d'une qualité moindre que celle du travail exécuté à la main" (Le Nouveau): van de Velde favorisa pourtant à l'ISAD le travail artisanal plutôt que l' "Industrial design", la standardisation.

Deux rapports, La Voie sacrée, Les Fondements du style moderne, La Ligne, publiés de 1929 à 1933 ont un simple titre de couverture, sans ornements. Ces textes réitèrent des théories qui concordent bien mieux avec l'Art Déco des années 1920-1930 qu'avec l'exubérant Art Nouveau florissant entre 1890 et 1900; toutefois l'ornement "structo-linéaire et dynamographique" imaginé par van de Velde était bien une "spirale conjuguée avec la ligne droite", une ligne sensible et souple. Vie et mort de la colonne, 1942 et Pages de doctrine, 1942 reprennent des écrits antérieurs, insistant sur ce sacrilège qu'est "La triple offense à la Beauté: à la nature, à la dignité humaine, à la raison humaine" . Henry van de Velde allait encore faire le point de son oeuvre multiple en rédigeant ses mémoires, qu'il entreprit en Suisse, à Oberageri, de 1947 à sa mort en 1957.
Robert L. Delevoy, directeur de La Cambre dans les années soixante, définit Henry van de Velde comme un "Autodidacte. Peintre dévoyé par Seurat et Van Gogh. Fénelon l'ayant assuré qu'il est convenable de "tourner en ornement les choses nécessaires", [il] s'est branché sur Schopenhauer pour inventer, autour de 1900 le rationalisme décoratif... [il] n'a jamais détaché l'esthétique de sa composante morale.
Homme d'ordre et d'autorité, il [eut] le génie du créateur, l'intelligence de l'action, la vocation de puissance et la volonté de convaincre". Une définition plus équitable que celle de Victor Horta: "van de Velde était artiste-peintre... en passe de faire de "l'art décoratif" à la remorque du mouvement anglais,... en passe de devenir apôtre" (Mémoires, p. 154).

Sur Henry van de Velde et Elskamp, je vous rappelle un document exceptionel téléchargeable depuis ce site:
L'Hommage de Henry van de Velde à Max Elskamp

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Maeterlinck entame sa carrière littéraire par la poésie avec Serres chaudes; suivront le recueil Douze Chansons (qui deviendront Quinze Chansons en 1900), puis le silence: Maeterlinck abandonne alors définitivement cette forme d'écriture.

Ce recueil mûrit dans les serres d'Oostakker où son père, longtemps avant lui, s'interrogeait sur l'intelligence des fleurs. Dans Bulles bleues, en 1948, Maeterlinck dira de Serres chaudes qu'elles n'eurent "d'autre retentissement qu'un coup d'épée dans l'eau". Verhaeren fit pourtant dans le Mercure de France un compte rendu élogieux du recueil, où il saluait l'auteur de "n'avoir pas eu peur de son inspiration adolescente".

La solitude, la captivité et la douleur de l'âme dominent l'ensemble du recueil: "O serres au milieu des forêts / Et vos portes à jamais closes!" Mais à travers la prison transparente de la serre, le poète perçoit parfois l'activité du monde; il lui vient alors des regrets: "O mon âme vraiment trop à l'abri", et des désirs de sentir la vie pénétrer son univers clos: "Mon Dieu, mon Dieu, quand aurons-nous la pluie, / Et la neige et le vent dans la serre." Son renoncement au monde, imparfait, ne lui apporte pas la sérénité escomptée et la serre lui est un lieu aussi inconfortable que le monde des hommes: "Seigneur, les rêves de la terre / Mourront-ils enfin dans mon coeur? / Laissez votre gloire seigneur / Éclairer la mauvaise serre."

A côté des poèmes réguliers, composés d'octosyllabes à rimes le plus souvent croisées, Serres chaudes contient également des proses poétiques et des vers libres, où des images hétéroclites renvoient une vision chaotique du monde extérieur: "On dirait une folle devant les juges, / Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal..." Ces vers qui témoignent d'une extrême sensibilité, disent aussi la peur d'autrui, de l'homme en général: "Oh! j'ai connu d'étranges attouchements! Et voici qu'ils m'entourent à jamais." Et plus loin: "Il y avait des figures de cire dans une forêt d'été... / Oh! ces regards pauvres et las!"

De tous les recueils du symbolisme, Serres chaudes est sans doute le plus fidèle à cette école. Seule l'âme du poète habite ces pages; aucune passion forte, malgré l'expression d'une souffrance et d'une pitié pour le genre humain, aucun homme tangible ne peuplent ces vers. Le "je" qui se plaint dans ces poèmes monotones est une âme solitaire, gagnée par la mélancolie. Maeterlinck a la tête dans les étoiles; il est épris de comètes, de nébuleuses, de nuages, mais il s'enferme aussi dans des lieux clos dont les serres sont sans doute les plus étouffants qu'il ait jamais imaginés. Elles symbolisent ici la captivité de l'âme, la prison transparente; elles évoquent les touffeurs et les langueurs de l'ennui. Déjà toute la mythologie du théâtre de Maeterlinck est en place: princesses évanescentes, vierges pleurant au fond des grottes humides, petites filles solitaires dans un univers hostile.

A travers ces poèmes de l'introspection décadente, traversés d'images fulgurantes qui jouent d'une savante et délicate musicalité, Maeterlinck veut par le surnaturel appréhender la nature même de la condition humaine. Le symbolisme chez lui est une réponse à la vie et non un simple décor.


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Hommage à la magie florale de Adyne Gohy


https://artsrtlettres.ning.com/photo/pivoine?context=user

et découvrir les autres tableaux parmi ses photos


Rose blanche, sauvage fleur,

tu défroisses tes délicats pétales

qu'au doux  soleil tu étales

et t'offres comme un calice

révélant ton rouge cœur,

pour nos yeux un délice !

 

Ces orchidées semblent vraies,

Ressentez leur doux velouté !

Les peintres sont des magiciens

Qui immortalisent en poésie la beauté,

Et nous l’offrent en grâce, un matin.

 

Merveilleuse pivoine, tu es née,

Issue de doux doigts de fée,

Toute moussante de clarté,

Et  de rosée vibrante,

Dans les si délicates nuances

Qui te rendent si émouvante.

Ta grâce divine nous enchante,

Nous laisse l’oeil et le cœur captivés,

Le souffle d’admiration, coupé !

Douce et pure merveille, alanguie,

Tu ouvres nos cœurs au ciel

et défroisses nos ailes

pour un envol en paradis !

 

Les Iris se dressent avec gloire

Dans toute leur fierté,

Qu’ils soient en bouton ou fermés.

Mais des pétales saluent la mémoire

De mère terre d’où ils sont nés.

Ils sont de nacre, de blanc ivoire,

toutes les couleurs font chanter.

Leur  substance de velours transcendée

Nous rappelle leur divine histoire.

Vers le ciel clair, ils sont pointés.

 

 

 

 

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PAS DE QUOI DEPLUMER UN ANGE...

Il y n’y a plus de colère en moi depuis bien longtemps. Je suis incapable d’en vouloir à qui ce soit, pas même au Bon Dieu. Mais de là à tout accepter… Entre Lui et moi, les relations sont parfois quelque peu tendues. J’ai travaillé pour Lui pendant des années. Je suis une rebelle, on s’engueule parfois. Je négocie, je revendique et puis, les choses finissent par s’arranger d’elles-mêmes.

Si l’on admet que je suis l’œuvre du Bon Dieu, plus que celle de mes parents… Cela m’agrée mieux ainsi… Eh bien, je me trouve pas mal réussie. Depuis peu de temps, je l’avoue. Mais je ne me plongerai plus dans les Saintes Écritures pour trouver des réponses à mes questions.

Si j’avais vécu à l’époque de Jeanne D’Arc, j’aurais été brûlée sur le bûcher par les bigotes de ma paroisse. Je n’ai jamais entendu des voix mais quelque chose en moi me dit que vivre sa foi, c’est tout simplement faire au mieux chaque jour et être tolérante en acceptant toutes les différences, y compris la mienne.

Si j’avais eu une armure, je n’aurais pas autant souffert de la méchanceté ou de l’indifférence. Et je n’ai que l’amour pour seule arme. J’ai encore la faiblesse de croire que toute violence engendre la violence mais que l’amour déstabilise. Il faut tout de même relativiser… Je ne m’aventurerai pas à tenir angéliquement de tels propos face à certaine faune qui hante les rues une fois le soir tombé. Disons que je ne déteste personne.

Si les miracles sont de jolis contes, ma manière à moi de marcher sur l’eau consiste à réaliser des choses qui me semblent hors de portée. Un pas à la fois… Et si je plonge, je sais nager. J’aime, mais je n’ose l’avouer. Alors, je rame…

Pêcheur d’hommes… La barque aux mille poissons… Que ferais-je de tous ces hommes alors qu’il suffirait qu’un seul, tout proche, fasse le premier pas.

« Je suis la servante du Seigneur », « Qu’il en soit fait selon ta volonté »… Je n’ai jamais été humble, j’ai toujours traité d’égale à égal… Et puisque ma religion me permet une grande liberté et me dit que Dieu nous laisse libres, pourquoi choisirait-Il celui qui me comblerait ? Je suis une grande fille, je sais ce que je veux et tant pis si je me trompe…

Si j’ai mal en ne rencontrant que l’indifférence de l’élu de mon coeur. Alors, j’invente un Paradis qui souffre, des anges démembrés, martyrisés…Mon impossible quête d’amour, l’angoisse de ne pas avoir assez de temps à le vivre, la peur de faire souffrir si je donnais toute la tendresse que j’engrange en moi…

Alors, je reste tantôt avec mes illusions… tantôt avec mes désillusions… Et je martyrise des anges imaginaires pour éviter d’avoir mal puisque je n’ose…

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Chère Rolande retrouvée,

Avec vous, nous aurons le cœur en fête !

Accompagnant de loin votre célébration de 60 ans de mariage

Ce n'est pas rien, la plus belle des conquêtes :

toute une vie réussie dans la fidélité d'amour et le partage.

Vous vouliez être danseuse aux petits pieds légers ?

Et ce sont vos vers, qui pour conter la misère, dansent

Et tourbillonnent, mots inspirés, avec aisance...

Votre cœur et votre esprit quoique bien accrochés,

de joie se parent et  voltigent avec prestance,

même si votre corps est martyrisé,

et vit dans d'intenses souffrances.

Une âme qui appartient au Ciel est transportée

par delà son douloureux calvaire.

Elle n'est pas faite pour dans la douleur succomber

mais s'élever au dessus de toutes ses misères

au plus haut de son ange, dans la pleine lumière.

C'est votre témoignage manifesté.

 

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Quand j’étais lycéenne, on nous faisait apprendre

Les élucubrations du grand Victor Hugo,

D’interminables vers, que l’on trouvait si beaux,

Au sujet de la mort d’une enfant belle et tendre.

...

À l’amie éprouvant un sort désespérant,

Le poète oublieux des bienfaits du silence,

Ne put pas mettre un frein à sa vive éloquence,

Il lui tint un discours pour le moins déroutant.

...

Quels furent les effets de ses doctes propos?

Fut-elle consolée par son long bavardage?

Y a-t- elle puisé un soupçon de courage?

Je crois qu’elle en sortit le coeur un peu plus gros.

...

Des vers harmonieux peuvent être menteurs.

On se laisse bercer en parfaite innocence,

Et cela à nos yeux n’a pas grande importance.

Ce n’est qu’à l’âge mûr qu’on aime la rigueur.

...

17 mars 2012

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administrateur théâtres

Grigory Sokolov

Vendredi 16.03.2012 20:00

12272797868?profile=originalPalais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf

Grigory Sokolov piano

           

            Jean-Philippe Rameau, Suite en ré


            Wolfgang Amadeus Mozart, Sonate pour piano N° 8 en la mineur,     KV    310
          

Variations et Fugue en si bémol majeur  sur un thème de G.F. Haendel, op. 24, de Johannes Brahms

            3   Intermezzi de Johannes Brahms, op. 117

 

Géant russe matamore du piano ou Petit Poucet rêveur qui égrenait dans sa course, des notes ?  Il n’y en a  pourtant que 7… il en crée mille. Elles ont un feutré, un tissé (mains), un palpé, un flûté, un galbé, un ornementé, incomparables.   Sokolov, le succulent pianiste né au creux du 20 éme  siècle, nous offre des gouttes de rosée, des ombres fantastiques, des doux froufrous, du vin de vigueur. Il est la bohême du piano, l’anticonformiste, le créateur.

 

L’auberge est au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dans la salle prestigieuse Henry Le Bœuf. Rameau ouvre le concert. Les tendres Plaintes, Les niais de Sologne, Les soupirs  et toute la suite en ré fusent du clavier, convoqués par un alchimiste intemporel.  Dans la pénombre, Grigory Sokolov installe l’intimité, penché sur son clavier comme sur un grimoire. Un champion des deux roues penché  sur son guidon, une dentelière à sa dentelle. On est dans le mystère de la  belle au bois dormant, le monde s’est éteint et en renaît un autre. Jeux de poignets, trilles invisibles, notes piquées, marche joyeuse, belles nuances et accents émouvants. Le piano, plus que le clavecin, doit sûrement rire avec cette salve de chatouilles. Une fête de nuances, le clavecin est pantois.  Détrompez-vous, il s’agit d’un chat agile,  (pas le Chat Botté, quoique… ), qui poursuit dans le clavier une souris invisible. Frissons spectaculaires. Le toucher badin cède à la poursuite effrénée; les mains bataillent pour occuper tout l’espace du clavier. C’est le jaillissement de sève vitale qui en est la cause.  Music is dynamics.  Incroyable maîtrise : cela se termine par un pas de deux, gracieux, d’un couple de danseurs étoiles sur les touches. Quelque part, il y a un maître de marionettes,  invisible, oublié tant les mains sont fascinantes.

 

La technique parfaite et brillante de Grigory Sokolov nous  offre une fête jubilatoire dans la sonate de Mozart. Il y a des accents raffinés, une liberté de ton et une multiplicité de saveurs généreuses. Le nectar musical oscille entre des notes aigrelettes et une ample  robe amarante. Andante cantabile con espresssione : rien n’est plus juste.  Le tempo est plus lent, les notes plus graves. Les aiguës sont assourdies grâce à des pianissimos inconcevables. On est dans un nid de duvet et pourtant chaque note bien détachée semble être appuyée à fond dans le clavier. Mystère de la fabrication. Un oiseau soigneux, de préférence une alouette, lisse son plumage, quand soudain forgées à grands feux, des notes graves explosent. Le nez sur son clavier, Grigory Sokolov écoute la respiration intime de l’instrument puis transforme ses mains dans le Presto en véritable corps de ballet.

 

L’éventail des nuances des Variations de Johannes Brahms nous  laisse stupéfaits. Un  déchaînement titanesque façon Vulcain fait suite aux  « Hands dancing on thin ice  » de l’introduction. Sokolov butine ensuite des notes sucrées avec gourmandise. Une cavalcade endiablée précède la salve d’accords plaqués avec détermination suivie de près par  l’ébullition de lave en fusion. …Et le déplissage accéléré de jeunes feuilles tendres se déploie sous une course de nuages. Comme le dit Wagner "Wandel und Wechsel liebt wer lebt: das Spiel drum kann ich nicht sparen."  "Qui vit aime le changement et la variété: ce jeu je ne peux m'en passer." Richard Wagner (Rheingold). L’élasticité extrême du toucher ne finira jamais d’étonner. On imagine un artiste peintre en pleine créativité, débordant d’inspiration balayant sa toile en rafales dynamiques et en touches pointées. Après de splendides variations chromatiques pleine de douceur, ce sont 20 mains qui chantent, grondent et menacent. Rappellent avec vigueur le thème d’Haendel.  Provoquent un ruissellement d’orage estival et enfantent une musique surhumaine.

 

 12272797675?profile=originalCoupant court aux applaudissements Grégory Sokolov se jettera  avec ivresse dans les Intermezzi où l’on retrouve une berceuse aux notes rondes comme des perles et des bulles éclatant avec douceur. Voici  une longe ondulation, la roue du temps ?  Elle tourne, dévale, hésite,  remonte une pente imaginaire avant de se coucher sur le flanc. Vaincue ? Ensuite la supplique appuyée mais humble, d’une sorte de Kyrie Eleison. L’ensemble  finit sur une langoureuse caresse qui ne veut pas s’évanouir. Au moins six rappels et autant de « bis » éblouissants, passionnés et tendres. Et bien sûr, la note bleue.  Grigory Sokolov, un bateau ivre.

 

 

 

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Les cathédrales d'Anne Sylvestre

http://www.ina.fr/divertissement/chansons/video/I07094210/anne-sylvestre-les-cathedrales.fr.html

Ô bâtisseur de cathédrales,
D'il y a tellement d'années
Tu créais avec des étoiles
Des vitraux hallucinés.

Flammes vives
Tes ogives
S'envolaient au ciel léger
Et j'écoute
Sous tes voûtes
L'écho de pas inchangé.

Mais toujours à tes côtés,
Un gars à la tête un peu folle
N'arrêtait pas de chanter
En jouant sur sa mandole.

Refrain:
Sans le chant des troubadours
N'aurions point de cathédrales,
Dans leurs cryptes, sur leurs dalles
Où l'entend sonner toujours.

Combien de fous, combien de sages
Ont donné leur sang, leur cœur
Pour élever par devers les nuages
Une maison de splendeur

Dans la pierre
Leurs prières
Comme autant de mains levées
Ont fait chapelle
Plus belle
Que l'on ait jamais rêvée

Le jongleur à deux genoux
A bercé de sa complainte
Les gisants à l'air très doux
Une épée dans leurs mains jointes.

Refrain

Toi qui jonglais avec les étoiles
Ô bâtisseur de beauté
Ô bâtisseur de cathédrales
Oh puisions-nous t'imiter !

Mille roses
Sont écloses
Au cœur des plus beaux vitraux
Mille encore
Vont éclore
Si nous ne tardons pas trop

Et si nous avions perdu
Nos jongleurs et nos poètes
D'autres nous seraient rendus
Rien qu'en élevant la tête

au Refrain

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Oh que j'aime voir ces  radieux soleils - fleurs

qui font de joie éclater nos cœurs !

Je les choisis de l'espèce des géants

avec une immense spirale noire au dedans.

Dans le parc, je les sème le long de la barrière.

Ils atteignent quatre mètres, éclatants dans la lumière !

Mais ... pas de chance avec la pluie ces deux années,

les goulues limaces les ont mangés tout bébés.

Alors je les planterais déjà bien développés

pour qu'ils balancent leurs têtes d'or, grands soleils

et dans la lumière, les enfants émerveillent.

Ils nous éblouiront le printemps et tout l'été

puis tout l'automne, jusqu'aux gelées.

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Un oiseau de mon cœur vers le vôtre s’aventure,

s’égosille sur l’invisible branche,

 vous fait don de sa profondeur,

 de son intime chant arythmique, de sa folie toute douce,

de ses couleurs ;

Envol au dessus d’un bureau, dans une pièce close,

blanche et bleue, un peu trop froide, très banale.

Oh lourd voyage,  

une seule réponse de vous ne me parvient ;

mes mots écorchés et titubants, encore sonnés,

de vous avoir heurté sans jamais vous atteindre,

 de ne même pas vous avoir perdu,

 mais bien pire,  avoir pris de plein fouet

votre souveraine indifférence !

Collusion d’un amour avec un désamour,

 d’un oiseau rose et ivre contre un mur lisse et sourd ;

 juste au dessus un avion vert,

 tout silencieux, passe,

avec le ciel dedans, peut-être même une forêt,

l’envie de vous écrire encore,

pour que jamais ne se brise la branche,

cette créativité constante de soi pour l’autre

et vice-versa ; l’éternité d’une rencontre.

le renoncement de vivre me terrifie !

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Virtuels nous ne sommes pas.

 

Je te donne, tu reçois,

Tu reçois mais ne donn’s pas,

L’amitié ce n’est pas ça,

Virtuel je ne suis pas.

 

Insoucieux n’est pas sympa,

Narcissique serais-tu ?

Fais donc ton mea-culpa,

Notre flirt n’est pas foutu.

 

Je te donne, tu reçois,

Tu reçois mais ne donn’s pas,

L’amitié ce n’est pas ça,

Virtuel je ne suis pas.

 

Populaire te crois-tu ?

Règle ton radiocompas,

Me prends-tu pour un hotu* ?

On n’est pas dans la pampa.

 

Je te donne, tu reçois,

Tu reçois mais ne donn’s pas,

L’amitié ce n’est pas ça,

Virtuel je ne suis pas.

 

Ton fan club ne serai pas,

Et ce n’est pas à l’actu,

Me prends-tu pour un’ capa*,

Je n’en ai pas la vertu.

 

Je te donne, tu reçois,

Tu reçois mais ne donn’s pas,

L’amitié ce n’est pas ça,

Virtuel je ne suis pas.

 

Mon renom anonymat,

Mais je n’suis pas un fétu,

Surtout ne l’oublies pas,

Je n’suis pas de bois tortu*.

 

Tu me donnes, on s’revoit,

Je reçois et on s’aim’ra,

L’amitié ce sera ça,

Virtuels nous ne somm’s pas.

 

Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.

 

 

  1. Hotu : Argot méprisant des années 1950 : Personne      de peu de valeur, sans intérêt, que l'on tient en piètre estime.
  2. Capa : (Électronique) (Familier) Condensateur.
  1. Tortu : (Vieilli) Qui n’est pas droit, qui est de travers, bon qu’à faire des courbes.
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