
Quand des couleurs, en transparence,
se fixent en dédale, en se superposant,
quand elles offrent à l’oeil, en kaléidoscope,
ce qu’il veut bien y voir,
il y trouve un spectacle qui change tout le temps.
13/11/92
.

Quand des couleurs, en transparence,
se fixent en dédale, en se superposant,
quand elles offrent à l’oeil, en kaléidoscope,
ce qu’il veut bien y voir,
il y trouve un spectacle qui change tout le temps.
13/11/92
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Avoir froid.
L’ automne s’inanime
pour retrouver l’hiver,
avec grâce et lenteur
sur la chaussée mouillée
complètement nue,
elle pleure.
Au dessus d’elle,
les arbres écartelés,
plus gravement chantonnent,
frissonnent, s’assombrissent,
rendant plus blanche, plus seule,
la saison attristée,
dépossédée de ses feux, de ses pourpres ;
ombres chaudes des roses pâles,
par vous regardées, vénérées,
mais hélas intouchées !
Sublimes, exceptionnelles,
de l’encre ciel, de leurs corolles
inutilement défaites,
à peine chiffonnées,
s’écoule sur le pavé,
Boulevard Richard Lenoir !
Kaléidoscope
Air du temps qui tourne
Lanterne magique
Enluminures, véritable bromure
Ivre d'heures de nos récrés
Douze ans, insouciant
Or des pirates d'avant la vidéo
Sergent major et majorettes
Canif et bout de ficelle
On disait que t'étais mort
Pierre, feuille ou ciseaux
Enfance.
Michel Lansardière
Notes :
"véritable bromure" : procédé de tirage photographique (photos anciennes garanties "véritable bromure") ;
Photo du haut : plaque animée peinte à la main pour chromatrope ;
Photo n°2 : lanterne magique "Lapierre" (ca 1850)
Photo n°3 : plaque animée peinte à la main pour chromatrope ;
Photo n°4 : kaléidoscope "Couleurs de Chartres".
Petite page de physique amusante :
Le kaléidoscope a été inventé par le physicien écossais David Brewster (1781-1868). On lui doit aussi l'idée en 1850 d'adapter la photographie à la vision stéréoscopique. Vous connaissez sans doute ma passion pour les minéraux, eh bien on lui a dédié un minéral, la... brewstérite !
La lanterne magique a quant à elle été inventée par le physicien hollandais Christiaan Huygens (1629-1695), qui découvrit aussi les anneaux de Saturne et l'invention de l'horloge à pendule.
Le chromatrope, dont les effets sont obtenus par deux disques peints dont les rosaces tournent en sens inverse, il a été imaginé par Henry Childe en 1830 environ.
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Ceci est un essai, devant constater que les communications dans Google plus ne sont encore qu'à l'état embryonnaire et que Google+ ne possède pas encore toutes les fonctionnalités vraiment nécessaires à une bonne facilité de partages.
À monsieur Robert Paul
Quand un mot se présente à moi,
Surgit soudain, en solitaire,
Arrête ma pensée qui erre,
Je n’en cherche pas le pourquoi.
...
Je l’accueille avec intérêt,
Attentive à ce qu’il veut dire,
Lors, ma mémoire que j’admire,
L’aide à me livrer ses secrets.
...
D'un mot, un cortège d’images,
Empreintes d'émois, d’espérances,
De splendeurs, de réminiscences,
D'anciens et de nouveaux présages
Quand une grâce réjouit,
Fait se dissoudre les problèmes,
Un mot parfois devient poème,
Qui charme, apaise ou attendrit.
28 janvier 2012
Création : "L’encrier a disparu"de Daniil Harms
Cela se passe dans la salle des voûtes du théâtre le Public. La mise en scène est délirante : un mur de boîtes de déménagement, des chausse-trappes, des couloirs, un labyrinthe kafkaïen en trois D. Une bande de personnages hétéroclites explose de cet Univers chaotique et changeant où il est difficile de trouver des repères, de vivre, de se cacher de l’ire du groupe ou de celle de l’autorité qui vous poursuit à chaque instant. Repli fœtal, chutes bruyantes, glissades vertigineuses, scènes de pauvreté et de misère sur fond d’atmosphère fantastique. Voilà l’univers brutal, oppressant et morcelé de Daniil Harms qui déboule sur scène avec Bernard Cogniaux comme maître d’œuvre.
Il faut accepter de ne rien comprendre à l’intrigue. Y en a-t-il une ? Se laisser happer par la libre dynamique du spectacle qui ressemble plus à un ballet qu’à une comédie, même grinçante. Une danse macabre au style décalé en diable qui piétine le système. Une mosaïque d’histoires cyniques, farfelues et inachevées défile sous nos yeux comme emportées par un fleuve immense. Celui de l’histoire sombre de la Russie de Staline ?
Panta Rei. Tout coule, fort heureusement, comme l'encre quand elle est là, c’est le seul espoir pour des temps meilleurs. Il faut sans doute s’accrocher à la moindre planche de salut, survivre, muselé, avec ou sans encrier, tout en dénonçant de façon insidieuse les abus, les incohérences du régime, les injustices flagrantes. C’est ce que font muettement ou à force de cris les six comédiens survoltés dans leur pantomime acérée et féroce. Sans cesse broyés, ils se démènent et changent de costume à une vitesse fulgurante, au nez et à la barbe d’une carpe d’or géante qui jamais ne se laisse prendre. Le bonheur est difficile dans la Russie des Tsars à nos jours ! Carpe Diem, est-ce possible ?
Le monde de Harms est imprévisible et désordonné, ses personnages répétant sans fin les mêmes actions ou se comportant de façon irrationnelle, des histoires linéaires commençant à se développer étant brutalement interrompues par des incidents qui les font rebondir dans des directions totalement inattendues.
Son travail doit être replacé dans le contexte de l'Oberiou (Association pour l'Art réel), un courant littéraire et philosophique du modernisme russe dont il a été l'un des fondateurs. « Harms et d'autres écrivains ont fondé le mouvement OBÉRIOU œuvrant, comme le dadaïsme ou le surréalisme, à la recherche de formes artistiques entièrement nouvelles et libérées des anciennes conventions. Ce mouvement aux aspirations progressistes et anticonformistes fut violemment réprimé par la montée du stalinisme. Harms laisse une œuvre encore et toujours audacieuse, non conformiste, légère et libre, absolument! Un spectacle de bruits et de fureur pour tous les fous de la vie. »
Il fut accusé d'activités anti-soviétiques et exilé à Koursk en 1931. Il fut arrêté à nouveau pendant le siège de Leningrad le 23 août 1941 et interné en asile psychiatrique où il mourut, à 36 ans. Considéré comme un ennemi du régime stalinien, Harms ne put publier de son vivant que deux textes[: l'essentiel de son œuvre fut diffusée clandestinement. Il fut réhabilité en 1956, mais longtemps, seules ses poésies pour enfants furent republiées en URSS, à partir de 1962[. Son œuvre est aujourd'hui appréciée en Russie et a été traduite en de nombreuses langues. (source : Wikipedia)
http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=318&type=1
J’ai entendu, un jour, un enfant qui disait:
- nos parents seraient-ils d’accord pour nous mentir,
et depuis si longtemps? Le père Noël existe.
Les plus intelligents des enfants sont crédules,
Le merveilleux les charme et leur est naturel.
On entretient chez eux le goût de l’irréel.
Voulant savoir comment, je n’avais pas la joie
d’accepter l’impossible avec ravissement.
Les animaux qui parlent ne me concernaient pas.
Or, voilà qu’aujourd’hui l’impensable s’impose.
Les miracles deviennent à la portée de tous.
Puis-je continuer à refuser d’y croire?
Mais comment distinguer les choses authentiques
de celles inventées, des contes fabuleux,
devenus vérités par le désir de croire?
Qu’importe l’illusion quand elle est apaisante!
Que douce est l’assurance aux jours de désespoir!
J’envie tous les élus! Ah, si j’avais la grâce!
22/10/2010
À Michel Lansardière
Alors que l'on chemine dans différents quartiers d'une ville, on peut voir de belles résidences dotées de riches portes et fenêtres et dans d'autres, tout au contraire, des logis pauvres ou délabrés.
En pensant que les mêmes mots désignent des réalités pouvant être bien différentes, j'accueille l'expression
« les portes de la nuit » Je me dis aussitôt qu'il s'agit là de fausses portes aussi inexistantes que celles de la mort.
Deux images bien imprécises, dont je n'ai trouvé ni le sens, ni des croquis.
Bien sûr « aux portes de la mort » voudrait dire étant prés de mourir.
Je précise, d'autre part, que les fausses fenêtres existent, elles servent la symétrie.
Pascal avait comparé la fausse éloquence à ces fausses fenêtres.
15/12/2012
Désopilant: dérivé de l'ancien français opiler « obstruer, boucher». Désopiler la rate, en l’occurrence, faire rire. C’est ce que « Le canard à l’orange » de Douglas-Home (« The Secretary Bird ») fait tout au long de la pièce, tant les bons mots et les situations scabreuses s’accumulent. Le maître de l’échiquier sentimental, Hugh Preston, vient de se rendre compte que sa femme Liz, après 15 ans de mariage, va partir en Italie avec John Brownlow, un bellâtre jeune et riche, marié et démarié trois fois.
Hugh est en effet le maître absolu du jeu alors que tout porte à croire que tout est perdu. « Everything under control » : il a plus d’un tour dans son sac et en particulier un appât très appétissant, « the Secretary Bird ». Avec jeu de mot, bien sûr. En effet, le serpentaire (la traîtresse) est voué à avaler le serpent (l’épouse). Ou peut-être pas. Mademoiselle Forsyth, beauté sulfureuse (« call me Pat ») est fascinante. Ce grand échassier ambitieux est né pour être amante, plutôt que femme mariée et a la finesse de le savoir. Son timbre de voix est ravissant, ses poses de mannequin irrésistibles, la peau lumineuse et belle, le maquillage soigné, le maintien altier et fragile à la fois. Juchée sur ses talons démesurés dans des tenues extra-courtes elle habite tout le plateau avec ses allures célestes.
Liz a fait 100 km pour aller se faire masser(?) ou plutôt si, mais pas comme on pourrait le croire. Hugh a tout compris et la confond dès la première scène. Ensuite il installe son piège méticuleux, il est imbattable aux échecs comme au tennis. Sens moral ou sens pratique? Qui est fou dans cette histoire? Il invite le bellâtre chez lui avant la séparation définitive, pour arranger les termes du divorce. Au téléphone : « je vous repasse ma femme ! » Les rire des spectateurs fusent sans discontinuer, comme autant de bulles de champagne que les comédiens sifflent joyeusement. Le malheur des uns fait le bonheur des autres: la salle est comble, on a dû ajouter des chaises. L’idée d’un canard à l’orange qui n’en finit pas de cuire sous la houlette avertie d’une vielle domestique, fait craquer de rire le spectateur à chacune de ses apparitions. Mais plus que le canard mythique, c’est le texte qui est succulent à en mourir et dont la saveur appartient surtout à l’interprétation prodigieusement juste des cinq comédiens qui ne cessent de se passer, corps et âme, le flambeau des réparties. L’évasion est complète avec la brillante mise en scène de Danielle Fire, les costumes chatoyants et une décoration d’intérieur savamment aménagée par Christian Guilmin. Un spectacle de fêtes étincelant.
http://www.comedievolter.be/index.php?page=le-canard-a-l-orange
Avec : Catherine Conet (Liz Preston, un épouse fidèle? ), Michel de WARZEE (Hugh Preston, le bouffon appointé pour
amuser sa Majesté la Reine d'Angleterre), Laura SAVENBERG(Patricia Forsyth, the Secretary Bird), Laurent RENARD
(John Brownlow, le séduisant agent de change, alias lapin à bretelles) et Françoise ORIANE (Mrs. Gray, toujours gray)
Mise en scène : Danielle FIRE
Décors : Christian GUILMIN
Régie et éclairage : Sébastien COUCHARD
Durée du spectacle : 2h30 avec entracte
Le 24 Décembre la représentation est confirmée à 20h15 au tarif habituel.
Les 25 et 26 Décembre il n'y aura pas de représentation.
Le 31 Décembre nous ajoutons une représentation :
Pour "vraissemblance" on dit en anglais : verysimilitude… le terme est évocateur. David Hare est passé maître en dialogue psychologique complexe et profond. Il nous livre un feu d’artifice émotionnel dans « Skylight », une intrigue très bien ficelée avec un point culminant saisissant de vérités plurielles.
Le théâtre est ici plus qu’une illusion, on dirait qu’il a volé le feu de la vie. Les personnages sont campés avec brio par les trois comédiens si attachants qu’on ne sait quel parti prendre. Le jeu du spectateur, car il y en a un, est à celui qui attrapera le plus d’étincelles qui jaillissent de cette série de rencontres-choc. On aurait pu tomber dans la mièvrerie sentimentale mais les trois personnages cherchent avec passion leur vérité, c’est ce qui fait l’intérêt majeur de la pièce. Le jeu de l’adolescent est saisissant par sa colère, son inventivité et sa tendresse juvénile. Son intransigeance. Il est tout simplement craquant.
Mais que dit l’histoire ? Kyria (Erika Sainte) a quitté le milieu des limousines pour vivre la vraie vie. Et la jeune prof idéaliste de mettre tout son talent au service de jeunes défavorisés d’une banlieue de Londres. Marre de voir le potentiel de toute une série de gens rayé de la carte. Expierait-elle quelque culpabilité ? Elle vit seule et sobrement, dans un appart’ glacial d’une joyeuse couleur vert hôpital, pauvrement équipé, style récup’ et corrige ses cahiers. Le brouillard et les bruits de trafic s’infiltrent partout, on n’est pas dans une belle propriété arborée à Wimbledon. Quatre ans ont passé depuis qu’elle vivait avec Tom et Alice, un couple qui avait accueilli son errance à Londres à l’aube de ses 18 ans. Mais le jour où Alice apprend l’histoire d’amour secrète entre Kyria et son mari, Kyria prend aussitôt la fuite, sans donner la moindre explication. Entre temps, Alice se meurt d’un cancer et refuse avec grandeur les bouquets de fleurs de son mari. « Les roses, c’était pour quand on s’aimait. » Tom, inconsolable, a le sentiment d’être minable. Aussi, après la mort de sa mère, leur fils, Edward (Toussaint Colombani) qui regrette les jours heureux, a fugué et vient supplier Kyria de faire quelque chose. Touchant. Son père est devenu insupportable, dépressif ou violent. Le tribut de la culpabilité ?
Un fossé sépare les ex-amants : « Je suis devenue ma colère ! » rugit Kyria. Kirya veut faire un métier auquel elle croit et vit comme une missionnaire. Le spectacle très rythmé débouche sur une querelle idéologique, puissante comme une lame de fond. Tom ne comprend pas comment elle gaspille ainsi ses talents. Le combat des deux idéaux est très convaincant. L’arrogance du bonheur quotidien assuré, face à l’idéal solidaire pur et dur laisse le spectateur dans le doute total. Le spectateur quitte la soirée théâtrale en laissant flotter toutes les questions dans son esprit. Il part avec le pétillement spirituel, les silences et sourires éloquents et les blessures de l’émouvante actrice qui a pris des dimensions de grande tragédienne. Elle a des airs brûlants d’Antigone ou de Jeanne d’Arc, avec sa quête d’absolu et son intransigeance. Il part avec la fausse arrogance de l’homme de 50 ans magnifiquement interprétée par Michel Kacenelenbogen en homme d’affaire qui a tout réussi, sauf sa vie intérieure et est venu chercher le pardon. Il part en emportant l’espoir maladroit et la fougue rédemptrice de la jeunesse sous les traits de Toussaint Colombani.
Pour mémoire, un « skylight » est une sorte de lucarne découpée dans une toiture qui permet une illumination interne. A méditer.
http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=317&type=1
Liliane Magotte
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Décembre 2012
L'arbre de vie
Au bord d'une clairière, entre ombre et soleil,
Un arbre...une vie...
J'ai regardé mon ombre, mon passé m'appelait.
Il me retenait là, à la lisière de la vie.
Des souvenirs tristes et douloureux me pesaient
et je me noyais dans les larmes du dépit.
J'ai perçu mon écho et le passé me jouait
la symphonie heureuse des années au soleil.
Les notes colorées, peintes sur ma vie, chantaient
une douce musique de sons et merveilles.
J'ai senti mon corps frileux à l'ombre de mon âme.
Sous le feuillage des ans, mes vécus se calment.
Je m'abreuve à la rosée accrochée aux espoirs
d'aujourd'hui et demain et je saurai y croire!
Je m'adosse à l'arbre de mes années matures,
les fruits mûrs de l'amour se sont posés dans l'herbe,
et la récolte sent bon les souvenirs en gerbes.
L'avenir me caresse et joue dans mes ramures.
Au bord d'une clairière, entre ombre et soleil,
Un arbre...une vie...
Joëlle Diehl
11/11/2012
Poèmes traduits, mis en page sous forme de livret et exposés
à Herve, décembre 2012, à l'occasion de mon exposition.
Un partenariat
multilingue
Noël dans le monde se fête en famille,
Autour d’une table chargée d’oies et dindes,
Sacrifiées au festin de bienheureux drilles.
De leurs yeux ils mangent en faisant des brindes*,
Fredonnent des chansons aux joyeuses trilles,
Afin d’accompagner la belle Rosalinde.
Digueling digueling paix sur terre et aux cieux,
Les flocons dansottent sur l’esprit de Noël,
Descendu parmi nous d’un souffle silencieux,
Pour apporter la joie du culte cérémoniel,
Fêtant la naissance d’un chérubin précieux,
Que nous avait prédit l’Archange Gabriel.
Les cadeaux déposés sous le sapin brillant,
Appellent les bambins dès le petit matin,
Vite il faut se lever et courir en criant,
Merci papa Noël pour les jolis patins,
Et jouets commandés, le cougnou croustillant,
Que l’on va dévorer comme un menu pantin*.
Digueling digueling paix sur terre et aux cieux,
Les flocons dansottent sur l’esprit de Noël,
Descendu parmi nous d’un souffle silencieux.
Mais déjà le temps fuit vers une autre année,
Qui arrive à grands pas enneigés au soleil,
Les douze mois défunts ont leur coiffe fanée,
Par les soucis et pleurs ou bonheurs sans pareil,
Ecoulés sur les jours et les nuits gênées,
D’échafauder des rêves dans leur demi-sommeil.
Dieu des commencements et gardien des portes,
Janus ouvre à nouveau les volets de l’an neuf,
Y entre de pleins pieds et prête main-forte,
Au grand Dieu Portunus arrivant sur un bœuf,
Pour présider l’année dont il est l’ouvre-porte,
Et guider les enfants jouant au pied-de-bœuf*.
Vœux de bonne santé contre des étrennes,
Un tchin-tchin pour trinquer aux beaux jours à venir,
Et « za vachié zdrovié » au lapin de garenne,
Préparé aux pruneaux pour le goût et brunir,
La sauce onctueuse, puis casser la graine,
Avant de s’en aller chez d’autres se réunir.
Dieu des commencements et gardien des portes,
Janus ouvre à nouveau les volets de l’an neuf,
Y entre de pleins pieds, aux plaisirs nous exhorte.
Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.
Prosit, cheers, za vachié zdrovié, Tchin-tchin, salud…..
et toute cette sorte de choses !
*brinde féminin (Désuet) Toast, santé, ce que l'on boit à la santé. Faire des brindes, boire.
*pantin Cuisine) Pâté en croûte façonné à la main, sans moule
*pied-de-bœuf masculin
(Désuet) Jeu d’enfants, où les uns mettent les mains sur celles des autres, puis, en commençant par le dessous, les retirent en comptant jusqu’à neuf; et celui qui compte ce nombre dit, en saisissant la main de quelqu’un des autres : « Je tiens mon pied-de-bœuf
En bouton ou corolle ouverte,
Un poème, comme une fleur,
Me paraît une grâce offerte,
Causant souvent un coup de coeur.
Or c’est une fleur immortelle,
Non pas de soie ni de velours
Mais faite de substance telle
Qu’elle conserve ses atours.
Dans l’allée où on l’a placé
Parfois dans l’ombre, le poème,
En dépit des hivers passés,
A un charme resté le même.
À l’ère des métamorphoses,
De la magie et des clameurs,
De la turbulence des choses,
Les fleurs engendrent la douceur.
24 septembre 2007
Jusqu’au 22 décembre et le 31 pour fêter le Nouvel An, au Théâtre Royal du Parc
Le monde est fou? Venez vous plonger dans un monde magique et drôle, celui du « Maître des illusions » sous la houlette de Lewis Carroll, ou presque. Non, sous la plume moderne et déjantée de Thierry Debroux, nouveau Maître des illusions. Au théâtre Royal du Parc.
« La magie te rend fou » déclare à son mari Fantin, la tête de Marguerite déposée sur la table. Pour sa part, Marguerite, trop grosse, comme la Reine de cœur, n’entre plus dans ses costumes de scène. Le ton est donné : « Qui a osé éternuer et me tirer de mes songes?», clame soudain le magicien-commandeur, beau- père de son état et veuf éploré, pour l’histoire.
Fantin, (Pierre Dherte, acteur et magicien) poursuit son rêve enfantin. Celui d’éblouir père et public dans un nouveau spectacle dont son père détient le secret. Un secret d’alcôve, par ailleurs…écrit dans un carnet noir. Fantin avoue s’être senti piétiné par le monstre paternel toute sa vie. Freud es-tu là ? Un monstre de la scène lyrique l’incarne : rien moins que José Van Dam en personne. C’est tout chanté: « Le chant est la seule façon d’amadouer la mort.» Vraie parole de cygne.
Et voilà la jeune Alice, échappée de l’asile où sa famille l’a fait enfermer. Camille Claudel, où es-tu ? Elle est poursuivie par le Docteur Munch,(l'excellent Benoît Van Dorselaer) bientôt transformé en lapin. On hésite entre la référence au Baron Münchhausen de la littérature allemande ou au Baron Perché de Calvino. Mais Marguerite (Pascale Vyvere, femme du diable?) n’a pas chanté son dernier mot ! Elle rugit de jalousie avec la dernière énergie car Fantin a décidé de prendre la frêle Alice pour assistante. Détail plutôt sordide: cette dernière se plaint au passage d’un oncle Edouard qui est venu un soir dans sa chambre et lui a planté un arbre qui pousse dans son ventre…
Pour se venger et se débarrasser de la jeune intrigante, Marguerite libère de sa cage à oiseaux le docteur-lapin qui poursuivait Alice : c’est le monde à l’envers ! Elle se jette à son cou : « Je plais, je plais … » chante-t-elle avec délices, saisie par le démon de minuit : encore le monde à l’envers ! Et ainsi de suite, on est au cœur de l’Absurde, au tréfonds des fantasmes, de plain-pied avec de vrais illusionnistes qui enchaînent les tours de magie sur une scène de théâtre. Le lieu même de l’illusion. Et le verre se casse finalement, comme dans le Tambour de Günter Grass. Mais on ne vous dira pas par qui, ni comment.
A vous de venir découvrir ce spectacle total avec des musiciens dans la fosse bourrée de citations musicales, une très belle partition originale de Pascal Charpentier, avec notre prince lyrique en personne sur les planches et de la magie à tous les étages…y compris le découpage de femmes en quatre. Mais ce n’est pas le plus surprenant des tours de magie. Il y a encore plus spectaculaire, courrez voir ! Sybille Wilson est la maîtresse d’une somptueuse mise en scène poétique et grinçante des affects profonds et du dérisoire. Ce spectacle a vraiment tout pour plaire ou séduire.
http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2012_2013_002
Quand le film documentaire se fait dépassement personnel et démarche vers l’Autre
VIETNAM – LAOS – CAMBODGE
à pied sur la Piste Rouge
Film présenté par Cécile Clocheret & François Picard
En salle du 12 novembre au 16 décembre 2012
Le centre culturel d’Auderghem accueille non seulement Paris-Théâtre mais aussi les magnifiques reportages de l’Exploration du monde. Après le reportage passionnant de Patrick Mathé sur les peuples Naxi aux confins du Yunnan et l’histoire passionnante de JF Rock qui entre 1920 et 1949 fut le premier à se pencher sur la mystérieuse écriture des Naxi et à photographier les étranges cérémonies de leurs shamans, voici le récit de l’aventure stupéfiante de François Picard et de Cécile Cocheret, explorant « La piste rouge », la terrible piste Hô Chi Mihn que certains n’hésitent pas à appeler « The Blood Trail ». Vivant plusieurs mois dans des conditions extrêmes, à l’instar de pèlerins de l’humanité, François et sa compagne ont parcouru à pied les 2000 km de cette piste où ont transité près d’un million d’êtres humains transformés en bêtes de somme, victimes de deux décades de lutte sanglante entre le bloc communiste et le monde libre jusqu’à l’unification du Vietnam en 1976.
Ces deux jeunes journalistes-explorateurs sont les premiers occidentaux à reconstituer le trajet de cet axe qui serpente entre le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Il faudra encore 100 ans pour arriver à déminer ces régions des bombes non explosées qui minent le sol. Le but de deux aventuriers a été de rencontrer les habitants qui vivent au fond de jungles interdites au tourisme. Cette piste permettait aux soldats Viet Cong d’acheminer pieds nus en poussant leur vélo d’énormes charges de munitions, de provisions et carburant vers le Sud. Le but des Américains fut d’essayer de neutraliser cette piste avec les dégâts humains que l’on connaît.
Le récit extraordinaire de l’aventure personnelle des deux explorateurs qui sont partis sac à dos et à pied est doublé de celui de l’histoire des trois pays qu’ils traversent. Ce reportage permet à l’occidental de se rendre compte d’une réalité que jamais il ne rencontrera lors d’une visite organisée dans ces pays. C’est poignant de voir combien les habitants sont chaleureux vis-à-vis des visiteurs malgré les obstacles de la langue et de la culture. Ceux-ci ont eu bien sûr des démêlés avec la police vietnamienne qui les prenait pour des espions mais malgré la mousson, les moustiques, l’épuisement, l’itinéraire impossible à travers la jungle, le manque de nourriture, le logement précaire, ils ont réussi le défi qu’ils s’étaient fixé.
Ils nous rapportent combien au Cambodge, les trois religions Bouddhisme, Christianisme et Islam font bon ménage, acceptant les mariages mixtes et vivant côte à côte sans se gêner. Ils utilisent dans leur film des images d’archive de l’époque, empruntées à Washington pour la partie historique. Non moins crucial est leur cri d’alarme pour la conservation de notre bien commun car le Cambodge s’avère être l’un des pays les plus touchés au monde par la déforestation. Ce reportage de L’Exploration du monde qui a été présenté dans le cadre des après-midis douceurs au centre Culturel d’Auderghem est une leçon de solidarité, d’humilité, d’humanité et d’endurance.
François Picard est fondateur de Culture-Aventure, association reconnue d’utilité publique en France.
Un reportage par ce couple d’explorateurs solidaires sur la culture Khmer et ses temples est en préparation depuis cet été. Souhaitons que les instances d’Exploration du monde acceptent le nouveau projet de ces jeunes explorateurs intrépides qui ont un don évident pour établir la communication avec des humains appartenant à un monde on ne peut plus différent du nôtre.
Si tu passais par là, un beau soir à la brune...
Il y aurait dans mes yeux, des éclats de lune!
Et tout l'amour du monde que j'aurais réservé
Pour rendre cette nuit, couleur d'éternité!
Si tu venais un jour, au soleil se levant...
Me sortir du sommeil avec des mots aimants!
Et des fleurs de printemps cueillies sur ton chemin...
Me dire ton désarroi, que je suis ton destin!
Si tu voulais passer la vie à mes côtés...
Et faire que l'hiver soit toujours de l'été!
Acceptant sans frémir, mes désirs les plus fous!
Et puis nourrir l'amour, au son de tes mots doux...
Si l'on pouvait enfin, rétablir sur la terre...
Le paradis rêvé et tellement éphémère!
Ce serait à l'image de ces quelques jours bleus...
Que nous avons vécus, avant de dire adieu!
J.G.
Jusqu'au 16 décembre 2012 (20h30) au centre culturel d'Auderghem:
Ensemble et séparément , comédie de Françoise Dorin
dans le cadre des spectacles Paris-Théâtre
Françoise Dorin est la compagne de Jean Piat depuis 1975. A-t-elle écrit par quelque heureux hasard sa dernière pièce pour lui, particulièrement? On n’en doute pas !
« Tout est toujours possible, le meilleur comme le pire », voilà son credo. Voici une pièce qui flingue toutes les idées noires. Elle présente un face à face brillant et sensible de deux solitudes qui se rencontrent sous le signe du hasard le plus pur. Mais le hasard est-il pur? Ainsi donc la réussite de cette rencontre accidentelle d’un éditeur à la retraite et d’un écrivain pour la rubrique jeunesse, irrésistible et née à peine plus tard que lui. Elle le séduit totalement par sa malice, lui qui croyait avoir tout lu, tout vu et tout vécu. Elle est « écouteuse d’imprévisible». Malgré son optimisme de naissance - elle ne se souvient que des hauts, jamais des bas - elle avoue avoir peur de l’Avenir, peur de la mort qu’elle frôle de justesse tandis que le vieux cœur de l’éditeur bat la chamade comme celui d’un adolescent. Les citations de grand classiques fusent, l’art de la conversation bat son plein. De son côté, elle ne rêve que d’une chose : lui offrir en cadeau le coup de tonnerre, la suite attendue du coup de foudre… aux sens décrits avec finesse par madame de Staël. Elle lui apporte clé sur porte, les surprises de l’amour et de l’étonnement, en un mot, elle s’ingénie à lui faire prendre la réalité pour ses désirs. Et quoi de plus sage ?
Voici donc nos deux indépendants endurcis mais infiniment curieux qui vivent ensemble et séparément le paradoxe d’un amour-amitié et vivent 364 jours de non-anniversaire où ils conjuguent sous nos yeux étonnés le verbe surprendre, étonner et aimer au présent progressif. Ils se font tour à tour un jeu de cache-cache de plus en plus invraisemblable et de plus en plus amoureux. Déjà, dans « Le lit à une place » Françoise Dorin insiste avec lucidité : « C'est logique dans la vie ... il y a juste une suite, ou plutôt des suites, avec des hauts, des bas, des bonnes surprises et des mauvaises, des hasards invraisemblables, des joies inespérées, des déceptions inattendues, des échecs incompréhensibles et des réussites inexplicables.» Sagesse.
La mise en scène de Stéphane Hillel est fine et intelligente car tout se passe dans la bibliothèque mythique de l’éditeur et tout semble être une question de fenêtres ouvertes ou fermées, de jumelles ou de lorgnettes malicieuses. Jean Piat vedette à la voix troublante et adorée du public et Marthe Villalonga tout aussi populaire font merveille dans ce duo beau comme un conte de Noël. L’humour, la vivacité de ton, l’ironie solide mais aimable, la politesse joyeuse pour contrer la morosité et la peau de chagrin, rendent ce spectacle emballant et touchant par sa sensibilité et sa délicatesse. Le talent de scène de Martha Villalonga ne s’arrête pas à la comédie de soubrette futée… par deux fois elle s’installe au piano pour interpréter ses émotions. Pas facile pour la pianiste, vu la piètre qualité de l’instrument perdu dans les livres en trompe-l’œil. Mais Debussy livre une bouffée supplémentaire de tendresse au public et à l’éditeur qui offre à sa cadette passionnée la clé du bonheur : ensemble et séparément pour vivre une non-fin. Comme un conte de Noël. Et le public de basculer dans de généreux applaudissements de bonheur.
http://www.artemis-diffusion.com/en_tournee/ensemble_separement/telechargement.html
http://www.cc-auderghem.be/index.php/nos-spectacles/paris-theatre-1213.html
« J'estime qu'on peut définir la poésie da la façon la plus spécifique et fondamentale comme un ressouvenir, dans le discours, de la présence même que ce discours abolit. »
Yves Bonnefoy - L'enjeu occidental de la poésie.