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La naissance du jour, pour toujours apprendre l'infinie et jeune nouveauté de la vie

Il s'agit d'un roman de Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette (1873-1954), publié à Paris chez Flammarion en 1928.

 

La Naissance du jour est un ouvrage largement autobiographique: l'auteur y emploie la première personne, les personnages qui s'adressent à la narratrice l'appellent «Madame Colette» et la propriété provençale de l'écrivain, «la Treille muscate», sert de cadre à l'action. En outre, Colette fait intervenir des protagonistes réels: sa mère Sido, son père le capitaine Colette et les amis qu'elle fréquente à Saint-Tropez. Le héros masculin, Vial, emprunte quelques traits à Maurice Goudeket, compagnon de Colette avec lequel celle-ci se mariera en 1935; mais l'intrigue bâtie autour de lui est fictive: Hélène Clément est un personnage inventé et Colette, contrairement à la narratrice qui éloigne Vial, n'a pas repoussé l'amour de Maurice Goudeket.

 

La narratrice, qui a plus de cinquante ans, est entrée dans une nouvelle phase de son existence: celle du renoncement serein à l'amour. Elle passe un été paisible dans sa maison provençale et partage volontiers la compagnie de quelques personnes de sa connaissance, mais elle prise surtout la solitude qui lui permet de se consacrer à l'écriture, à la nature, à ses animaux familiers et aux rites domestiques. Elle voit souvent son voisin, Vial, un célibataire d'une trentaine d'années avec lequel elle entretient une relation de franche camaraderie. La jalousie d'Hélène Clément, une jeune fille qui aime en vain Vial, fait soudain découvrir à la narratrice que celui-ci est amoureux d'elle. Colette et Vial partagent une nuit de veille tout entière consacrée à une longue discussion sur leur relation; Colette explique qu'elle a passé l'âge d'aimer. Au matin, Vial s'en va et la narratrice retrouve, non sans une certaine nostalgie, sa calme existence habituelle.

 

Le titre de l'oeuvre place celle-ci sous le signe d'un renouveau. La durée du jour que Colette, comme jadis sa très matinale mère, aime surprendre dès son lever est l'équivalent symbolique de la durée de la vie. Au seuil de la vieillesse, la narratrice, qui cherche à apprendre «le chic suprême du savoir-décliner», porte un regard neuf sur elle-même et le monde: «Une des grandes banalités de l'existence, l'amour, se retire de la mienne... Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux.» Il y a là un vrai commencement, l'apprentissage exaltant de l'inconnu. Parfois le ton est plus mélancolique; mais, jusqu'au bout, l'art de Colette demeure avant tout un art de vivre: apprendre à vieillir, ce n'est pas, loin de là, apprendre à mourir; c'est, toujours et encore, apprendre l'infinie et jeune nouveauté de la vie.

 

Pour cela, Colette s'inspire de sa mère Sido, morte en 1912, dont la figure tutélaire domine l'ouvrage. La Naissance du jour s'ouvre en effet sur une lettre de Sido, et d'autres missives viennent ensuite rythmer le livre, comme autant de respirations fondamentales. Cette mère magicienne, qui sait décrypter les secrets des êtres aussi bien que ceux de la nature, capable d'une compassion et d'un émerveillement universels, c'est, pour Colette, l'inspiratrice et le modèle par excellence: «D'elle, de moi, qui donc est le meilleur écrivain? N'éclate-t-il pas que c'est elle?» L'autre modèle de l'ouvrage, comme l'indique une phrase du texte détachée en exergue, n'est autre que Colette elle-même: «Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait? Patience: c'est seulement mon modèle.» Une telle affirmation explique le mélange de vérité autobiographique et de fiction romanesque qui caractérise la Naissance du jour, tout comme nombre de livres de Colette. Ambiguïté qui constitue le charme propre de cette écriture et lui confère sa portée heuristique: «Pourquoi suspendre la course de ma main sur ce papier qui recueille, depuis tant d'années, ce que je sais de moi, ce que j'essaie d'en cacher, ce que j'en invente et ce que j'en devine?»

 

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Commentaire de Valériane d'Alizée le 7 décembre 2012 à 13:13

Merci à Robert Paul de ne pas déflorer le génie de notre grande dame des lettres :

«Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait? Patience: c'est seulement mon modèle.» Une telle affirmation explique le mélange de vérité autobiographique et de fiction romanesque qui caractérise la Naissance du jour, tout comme nombre de livres de Colette. Ambiguïté qui constitue le charme propre de cette écriture et lui confère sa portée heuristique: «Pourquoi suspendre la course de ma main sur ce papier qui recueille, depuis tant d'années, ce que je sais de moi, ce que j'essaie d'en cacher, ce que j'en invente et ce que j'en devine?»

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