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KLARAFESTIVAL à FLAGEY  et autres lieux– DU 1/9 AU 13/9

 « Go Crystal Tears » (une allusion non dissimulée à l’exquise composition mélancolique de John Dowland, compositeur du 17e siècle) désigne le dernier volet du KlaraFestival 2013 pour couronner son triptyque consacré à la condition humaine. Après l’Utopie (2011) et la Spiritualité (2012), c’est la Mélancolie (2013) qui constitue cette année le fil conducteur de l’ensemble des spectacles internationaux et multidisciplinaires proposés : concerts,  théâtre musical,  danse ou  cinéma. Comme le dit Saint-Ex dans Citadelle, à propos de la mélancolie : « Que regretterais-je ? J’ai le souvenir d’un bras valide et d’une jambe valide.  Mais toute la vie est naissance.  Et l’on s’adopte tel que l’on est.  As-tu jamais regretté ton âge mûr, tes quinze ans ou ta première enfance ? Ce sont là regrets de mauvais poète. Il n’est point-là, regret, mais douceur de la mélancolie, laquelle n’est point souffrance, mais parfum dans le vase d’une liqueur évaporée. »  La mélancolie peut donc être considérée comme une sorte de supplément d’âme.

L’un des axes principaux du festival est la résidence du prestigieux Mahler Chamber Orchestra sous la direction de Teodor Currentzis, consacrée à la musique de Dmitri Chostakovitch et Benjamin Britten. Ces deux compositeurs étaient non seulement collègues, mais nourrissaient une sincère admiration l’un pour l’autre. La visite du compositeur russe à Londres en 1960 pour assister à la première britannique de son Premier Concerto pour violoncelle donnée par Rostropovitch allait marquer le début d’une belle amitié entre les deux hommes.

12272938467?profile=original Hier soir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles s’ouvrait le premier concert de la trilogie Chostakovitch –Britten interprétée par le  Mahler Chamber Orchestra. Tout d’abord avec la Sérénade pour ténor, cor et cordes,  de Benjamin Britten, une composition qui met en musique 7 poèmes sélectionnés par le compositeur dans quatre siècles  d’histoire de la littérature anglaise. Autant de variations sur le thème de la nature, du soir qui descend, de la fragilité du bonheur humain et de la loi du temps.  L’hymne à Artémis, déesse de la Lune, de Ben Jonson redonne quelque espoir  et le dernier poème de John Keats, chante le sommeil comme réconfort.

Teodor Currentzis dit rechercher la beauté de la pierre brute. Il semble en tous cas la transformer en or ou en essences divines. Sa connivence avec l’étonnant ténor Ian 12272938661?profile=originalBostridge  en témoigne. Tous deux fabriquent ici dans une alchimie commune un voyage dans les émotions graves. C’est lugubre à souhait: « if meat or drink thou never gave’st nane, every night and alle, the fire will burn thee to the bare bane…»  un texte édifiant du 15e siècle promettant l’enfer à ceux qui manquent de compassion. L’humeur est sombre. « Answer, echoe , answer, dying, dying ,dying…. »  d'Alfred Tennyson, connu pour ses  messages subtils sur les horreurs de la guerre, résonne longuement dans la bouche du ténor comme un dernier filet de vie…  La vue du  chef d’orchestre est hélas cachée par l’immense  couvercle du piano  et on ne  peut  saisir leur véritable et étroite connivence, qu’à la fin de l’envoi. Jose Vicente Castello Vicedo, le corniste  nous a  livré une introduction poignante avec un mystérieux cor aux harmoniques naturelles. Une mise en condition saisissante  de la  grande désolation  diffusée par  cette œuvre écrite par  Britten en pleine deuxième guerre mondiale. ( En hommage d’ailleurs au jeu de Dennis Brain, corniste soliste de l’orchestre de la RAF). A peine perceptible, l’épilogue vibre en  un long  solo  douloureux   joué par l’instrumentiste  dans le lointain… et les musiciens écoutent, les yeux fermés.

La suite du concert fait place à l’exubérance. Il arrivait à  Chostakovitch de composer des oeuvres d’une grande fraîcheur, très peu conformes au caractère monumental et torturé de tant de ses compositions. Ainsi, Teodor Currentzis nous a présenté le Deuxième Concerto pour piano, écrit en 1967 pour les dix-neuf ans de son fils Maxime. « L’œuvre, gaie et enjouée dans ses mouvements extérieurs, n’aurait pas laissé de grandes traces dans l’histoire de la musique n’était l’exquis et touchant Andante central. » Après une mêlée faite d’attaques crépitantes, de roucoulements ouatés, de sonorités sèches et rugueuses, voici les violons grisés de mélancolie et la voix abyssale des violoncelles. Alexander Melnikov, le 12272938867?profile=originalpianiste  fait naître la mélodie en une lente éclosion. Pianiste et chef d’orchestre font danser leurs mains de concert. Les sonorités romantiques sont belles comme le sommeil d’un enfant. Des arpèges fondus et enchaînés évoquent des oiseaux fuyant le froid… Puis c’est le retour de la vivacité ludique, le plaisir de la répétition du thème, façon variations de boléro. Les altos se prennent au jeu, cela évolue en salves puissantes et foisonnantes. Les deux artistes  passionnés s’embrassent chaleureusement, un sourire aux lèvres, c’est gagné !  Entendez les  hurlements de bonheur dans une salle surchauffée !

Pour finir, la Symphonie n° 9 en mi bémol majeur opus 70. Elle fait partie de la trilogie des symphonies de guerre. Une œuvre étonnamment légère et ironique, qui fut même frappée d’interdiction par la censure soviétique entre 1948 et 1955. On a rangé le piano et  on verra enfin le chef d’orchestre. C’est bien ce que l’on pensait: voici un danseur échappé du ballet du 20e siècle. Il est fascinant dans la conduite de sa musique d’une expressivité fulgurante. La gestuelle saute de l’humour à l’irritation feinte, à l’impatience, aux trépignements, à l’apaisement. Il bat le sol des deux pieds et termine comme un joueur de golf. Voilà le premier mouvement envolé. Le deuxième mouvement est un délice pour les bois et les cuivres. Quelle souplesse de jeu, le chef d’orchestre égrène les notes  du bout de ses doigts effilés. Des poignets aux épaules, il répand dans l’orchestre de profonds souffles mugissants. Les violons se joignent mollement aux crescendos. Le chef d’orchestre extrait des renouveaux d' enthousiasme à l'orchestre qui simule l’engourdissement. Cuivres et basson ses répondent majestueusement dans le mouvement suivant, le spleen est à nouveau très  présent tandis que l’histoire se modifie déjà, retrouvant gaieté, esprit farceur, liberté ? Le corps de Teodor Currentzis joue mille instruments à la fois et prend des airs d’hidalgo. Le don Quichotte de la musique décoiffe tous les moulins à vent en quelques coups de rapière. Voici les chuchotements d’une attaque nocturne sans lune et la finale pétrie par l’esprit de victoire n’a duré que quelques mesures! Consécration: les musiciens s’embrassent tous ! Nostalgie étincelante de beauté.

 

Retrouvez tout le programme du Klara festival  sur www.flagey.be

T : +32 (0)2 641 10 20  ou http://www.klarafestival.be/fr

 

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UN AUTEUR DE THEATRE GAETAN FAUCER (par Philippe Leuckx)

4 septembre 2013, 20:46

Trente-sept ans au compteur, auteur abondant de pièces de théâtre dont cinq ont été publiées, dont cinq autres ont connu l'honneur de représentations, et dont toutes les autres restent inédites, Gaëtan Faucer semble aimer se souvenir de deux patrons de la scène : Sartre pour l'ironie noire et Guitry pour les bons mots, les répliques assassines.

Le voilà publié une troisième fois, après "Off" au Chloé des Lys, après "Sous le pont" dans un recueil collectif chez Novelas, et de nouveau chez le même éditeur, "Divines soirées", un recueil de trois pièces.

Minimaliste théâtre par son nombre peu élevé de personnages et par les actions retenues, théâtre des trios, classique par les rencontres hasardeuses ou souhaitées, assez noir par ses surprises, le théâtre de Faucer désosse les pauvres vérités.

Si "Off" rappelait "Huis-clos" par ses ambiances, on retrouve dans "Divines soirées" l'influence sartrienne dans la première pièce "Spectacle mortel" où des morts cyniques devisent à l'envi. Dans "L'appartement", des homosexuels se trompent et l'ultime séquence du recueil met en scène de gais amoureux.

Tristounet théâtre? Sans doute.

On y parle plus de mort, de machination, de leurre, que de vie. On y parle beaucoup pour se détester ou se délester, peut-être. Le poids des mots semble plus prégnant que celui des sentiments. Er si des êtres peuvent s'embrasser à pleine bouche, ils peuvent l'instant suivant être prêts au crime.

L'amateur de beaux mots, d'aphorismes, de scènes tendues trouvera ici matière. Puisque les personnages, avec leurs faiblesses, leurs tics, sont assez interchangeables : les hommes sont-ils plus veules ou négligeables que les femmes?

C'est un théâtre sans enfant, comme chez Sartre. C'est un théâtre presque sans devenir, sauf si l'on peut croire à la bluette de la troisième pièce ("Un dîner aux chandelles").

Il y a de l'amertume et de l'ironie. A revendre. Et une quête insensée de sens ; pourquoi vit-on ?

Théâtre décidément huis-closien jusqu'à l'usure?

Gaëtan FAUCER, Divines soirées, Novelas, 2013, 84 p., 12€.

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Destinée

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Te voilà entravée,

Par un fil enchaînée.

Attachée à mes rêves,

Pose longue ou brève

Qu’elle soit facile

Ou très difficile,

Je te veux résignée

Pour être dessinée !

 

Un peu contrainte

Toutefois n’ai crainte,

Ce n’est qu’imaginaire,

Et pas très ordinaire

Mais il y a folie

Inscrit dans nos vies.

Tu seras donc rêvée

Pour être dessinée !

 

J’ai ainsi vu ton corps

Maintenu, sans effort

Avec pour dessein

De faire ce dessin.

Il ne sera pas nôtre

Si j’imagine une autre.

Tu es donc destinée

Pour être dessinée !

 

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administrateur théâtres

 

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« La Loi, Mr. Strickland, n’est pas un terrain de jeu métaphysique. Mais l’arène d’un combat. »   Henry Brown ne croyait pas si bien dire !

 L’intrigue n’est un prétexte bien que l’affaire soit grave: au départ, l’homme blanc riche et influent, Charles Strickland  est accusé de viol sur une femme noire et pauvre. Accusation mensongère ? Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’affaire du Sofitel de 2011, mais aucun rapport car  la pièce a été écrite presque 2 ans auparavant.  L’accusé (le très touchant Jean-Michel Vock) s’adresse à dessein à  un bureau d’avocats à mixité raciale pour se défendre.

 Jack Lawson (Alain Leempoel) et son associé Henry Brown (Emile Abossolo M’Bo) qui semblent roués dans leur métier discutent longuement l’opportunité d’accepter cette affaire délicate. Ils se méfient avec raison : il sera malaisé de dissocier le crime sexuel du crime raciste dans une Amérique traumatisée par son histoire esclavagiste. On risque une émeute raciale au procès.  Comment affronter un jury populaire multi-ethnique et multi-socioculturel bourré d’affects et ne pas être victime de  nouveaux préjugés? Suzan, la jeune  avocate-stagiaire  voit clair dans l’époque : « Les Blancs penseront que l’innocenter serait faire preuve de racisme. Et pour les Noirs, un tel jugement serait une trahison.»

La pièce commence par une déstabilisation systématique du client potentiel afin de dégager la meilleure attaque pour obtenir avec certitude la victoire juridique. Voici déjà une première volée de propos sulfureux offrant matière à réflexion quant aux méthodes utilisées par les avocats : « Aucune des parties ne veut la vérité. Chacune veut imposer son point de vue. Est-ce que la société « mérite » que la vérité soit prouvée ? Certainement. Est-ce qu’on y parvient ? Jamais. Pourquoi ? Parce que même les parties en litige ne connaissent pas la vérité. » Tout tiendra à quelques paillettes...

12272939656?profile=originalLa parole est un instrument de manipulation, pas de vérité. La pièce va-t-elle  aussi débattre sur le droit de chacun à la défense ? Certainement, mais c’est plus compliqué que cela. Très pernicieusement,  la fable urbaine satirique tourne à la tragi-comédie noire.   ...Si on ose le mot !  Voilà Jack Lawson  en butte à la vindicte de son assistante (un rôle taillé sur mesures pour Babetida Sadjo), qui  va profiter de la situation  pour inverser les rôles. Elle est bardée de diplômes, noire, jolie, intelligente et menteuse. Sous des dehors dociles au début, elle développe la secrète intention de  phagocyter ses deux patrons, de leur faire mordre la poussière et leur infliger une vengeance  à la fois personnelle et atavique. A l’un par pure haine raciale inversée – il est blanc – et à l’autre par haine sexuelle profonde - il est noir et traite les femmes comme elle affirme que les hommes noirs traitent leurs femmes.

Nous voici soudain, dans  un  tout autre tableau secoué par une onde sismique de haine, qui comme dans un thriller psychologique décompose toutes les certitudes du « politically correct ».  Le bureau d’avocats, en voulant jouer la carte de la  discrimination positive a fait entrer un loup dans le cabinet. Et pourtant l’avocat noir avait vu juste, il ne voulait pas engager la trop brillante stagiaire noire.  La stratégie mise en place par les associés pour gagner la cause de l’accusé se délite mystérieusement. De  désillusions en désillusions, la victoire apparaît de plus en plus insaisissable. Une seule chose est sûre: la  justice est bien  différente, selon qu'on soit noir ou blanc, quelle que soit l’époque. «C'était injuste jadis déjà, et cela reste injuste aujourd'hui» plaide Jack Lawson ironiquement…. 

12272939459?profile=originalSi au début c’est l’accusé plein de superbe qui est sommé  pour la cause de livrer tous  ses sales petits secrets, c’est finalement  Jack qui fait les frais d’une dissection méthodique. Jack ou la superbe société enfermée pour un soir, dans un huis-clos noir et blanc.  Une pièce sulfureuse, mouvementée malgré certaines répliques truffées de rhétorique,  très habilement mise en scène par le jeune Patrice Mincke, qui prépare aussi  la pièce « Orphelins » pour le théâtre de Poche pour cette saison. Il a œuvré un peu à la manière d’une dissection, levant les différents organes de la pièce avec beaucoup de maîtrise alors que l’intrigue peut sembler un peu confuse au premier abord : where is the plot ?  Ou si vous préférez, il a travaillé à la manière d’un ingénieur civil qui bâtirait patiemment une cathédrale diabolique dont on n’aperçoit le profil qu’à la fin. Le théâtre est une représentation.  C’est tout le propos de  David Mamet, le dramaturge qui de son écriture hachée, insolente, pousse les protagonistes dans leurs derniers retranchements. Il fallait une scénographie de salle d’op, un bureau d’avocats newyorkais stylisé,  lisse et froid comme cadre pour l’âpreté des échanges du quatuor de comédiens tous très brillants. A la première, bouleversée par l’énergie qu’elle a mise dans son rôle, Babetida Sadjo a du mal à retenir ses larmes lors du salut final.

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12272748692?profile=originalRACE

de DAVID MAMET. Adaptation : Pierre Laville Mise en scène: Patrice Mincke. Avec: Alain Leempoel, Babetida Sadjo, Emile Abossolo M'Bo, Jean-Michel Vovk.

DU 03/09/13 AU 19/10/13

 Au Théâtre Le Public

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=339&type=2

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À l’Ombre d’une charmeresse en fleurs,

Diablesse boiteuse aux heures malicieuses

ou

Fiançailles pour rire nimbées d’Eau-de-vie, d’Au-delà…

À Jean-Baptiste de Vilmorin

Ière Partie

 

Un Paysage buissonnant verdoyant

 

                    Depuis une contrée inexplorée, si ce n’est ignorée des mortels, que nous conviendrons à l’unisson de

nos desiderata respectifs de désigner sous l’appellation soit de Paradis, soit de Champs-Élysées[1]…, en vertu de la

foi intime qui se meut en chacun d’entre-nous, deux ombres, éternels amants éthérés ou plutôt, deux pigeons qui

s’aimèrent d’amour tendre[2] au temps jadis de leurs saisons terrestres, l’un, au service de Calliope et de

Polymnie, l’autre, à celui d’Euterpe et d’Érato[3], devisaient négligemment de leur défunt passé et évoquaient sous

les auspices de dame Nature, un éventail d’idylles entrecroisées, ceci à l’ombre de la ramée verdissante d’un bel

aubépin ronsardisant ou d’un micocoulier de leur Ile heureuse à la Chabrier[4]…

                  Quoique le respect de la vie privée d’autrui demeurant un apanage inaliénable, concédons-le aisément,

devrait nous intimer à garder un silence souverain envers les épanchements cupidonesques dont nous nous sentons à

ce jour, les dépositaires fortunés, nous ne saurions résister à enfreindre semblable vertueuse consigne, dans l’unique

objectif de vous faire bénéficier de toute la saveur de cet aparté.

                  Voici ce qu’il nous a été donné de percevoir du Colloque sentimental[5] de ce couple de Fiancés pour

rire[6] platonique, tissant des rapports plus toniques que plats, grâce au ciel, illustration épistolaire à l’appui, tandis

qu’en Mélancoliques pèlerins, nous avions nous-mêmes, trouvé refuge près d’un buisson d’églantier, dessous la

feuillée aux jeunes pousses formant autour de nous un rempart protecteur, incités par l’astre solaire rayonnant, à une

pause salutaire afin de nous ressourcer.

                 Une délicate banquette d’herbelette émaillée d’humbles flourettes à la diaprure polychrome, servant de

modèle aux tapisseries médiévales dites aux mille fleurs, paraissait avoir été confectionnée tout exprès en notre

intention et nous suggérait de nous abandonner à son affable hospitalité, proposition muette de la végétation que nous

n’aurions pour rien au monde voulu contrarier, tant ce lieu regorgeant en tout point de délicieux attraits, nous évoquant

l’Hortus deliciarum[7] primitif, conspirait pour nous attirer.

                 C’est la raison pour laquelle, las de nos flâneries bucoliques rousseauistes, dignes des Rêveries d’un

promeneur solitaire, au cœur du luxuriant arboretum Roger de Vilmorin de Verrières-le-Buisson, la bien nommée

en regard de son réjouissant panorama buissonnant à l’envi de souples ramures, nous nous étendîmes sur cette

couchette semée de frêles herbacées, bien décidés à jouer aux gisants, durant, cela va sans dire, quelques instants

subtilisés à l’obscure monotonie du quotidien, cette Ombre des Jours[8] inexorable, au comble de la béatitude devant

le ballet perpétuel interprété par la prima ballerina assoluta et son prince charmant appartenant à la gent ailée,

bercés par les gazouillis, trilles, arpèges et trémolos mélodieux de ces virtuoses coloratures en quête d’alliances

amoureuses.

                 Pouvions-nous résister davantage à une telle harmonie flattant nos cinq sens, nos goûts enfin réunis ? 

                 C’eût été pure folie de notre part que d’y renoncer !

                 Et c’est ainsi, que n’étant pas au demeurant particulièrement masochistes, nous nous laissâmes emporter

par le seigneur Hypnos, en son royaume du sommeil…

                À notre retour parmi le monde des vivants, nous devions nous interroger pour savoir si nous n’avions point

fait là un rêve éveillé, un songe des plus fantaisistes à l’image de l’imaginaire débridé de la gente dame éclairant

encore ces lieux hantés, bref, si nous n’avions pas été abusés par quelques sortilèges dignes de la reine des Fées 

Titania, muse de notre charmeresse de diablesse boiteuse vilmorinesque[9], porteuse d’un doux nom de fruit 

méconnu si ce n’est oublié : Louise-bonne... !

   

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                 Nous nous efforcerons autant que faire se peut, de vous livrer les confidences captées bien malgré nous,

en nous montrant le plus fidèle possible, vous retranscrivant ces propos revêtant les contours d’un dialogue spirituel,

miroir de l’intériorité foisonnante des protagonistes concernés, dont nous nous permettrons de lever le voile sur

l’identité de ces derniers qu’a posteriori, dans le dessein de préserver une once de suspense, à moins que finauds, 

vous ayez déjà deviné de quels tempéraments complexes, épris de dualité, autant nonne et bacchante, que moine

et voyou[10], il s’agissait !!!

 

                Pour lors, nous vous convions à venir promptement nous rejoindre, du moins par la force de la pensée,

étoffant notre compagnie constituée de nos figures gémellaires que nous baptiserons Florestan et Eusébius[11], au

cœur de ce cadre enchanteur où nous élûmes, comme asile de quiétude, un cabinet de verdure improvisé, que n’aurait

certes pas dédaigné l’honnête homme du siècle des Lumières, au sens étymologique du terme, lui qui a pu

connaitre le parc originel de plus de quatre hectares, comportant un jardin dit à la française dessiné par le Nôtre,

entourant cet ancien relais de chasse du Roi Soleil qui aurait été offert à sa doulce mie de mignarde

Tourangelle, une certaine Louise[12]… « Amante parfaite » selon Sainte-Beuve.

                Caractéristiques d’ordonnancement spécifique, à la symétrie précise réglée au millimètre près, incluant les

allées de tilleuls qu’affectionnerait quelques siècles plus tard, le couple phare du Château de Verrières, comptant en

son sein, l’un des plus chatoyants fleurons de l’illustre dynastie Vilmorin, et ce, à la Belle époque, que la

Providence, sa marraine, destina à régner, lui octroyant la grâce de sacrifier au culte d’Orphée, en concordance de

son frère de plume, le génial démiurge de l’Aigle à deux têtes.

               Outre cette rangée d’arbres habillés de feuilles en forme de cœur, en analogie de la fraise, ce faux fruit,  

tilleul, plante mellifère par excellence douée de vertus médicinales, parfumant la fameuse madeleine de Proust de

tante Léonie, s’élevèrent jadis, des quinconces de marronniers et de charmilles, boulingrins et vieux faune de

terre cuite…cependant qu’Édouard André, éminent architecte-paysagiste, concepteur entre-autres, de la splendide

roseraie de l’Häy-les-roses et grand explorateur naturaliste de par le monde, valeureux savanturier[13] ami de la

lignée, s’est employé naguère, a y apporter sa propre touche, durant l’ère romantique, semble t-il.

              Que de frais sentiers composant ce verdoyant paysage sauvegardé de la Vallée de la Bièvre, avions-nous

foulé, jouissant jusqu’à satiété de cette réserve naturelle riche d’une biodiversité située au seuil de la forêt de

Chevreuse, ponctuée en perspective, de quelques nobles bâtiments castraux et conventuels, Châteaux de la

Madeleine, de Breteuil, de Dampierre, de Sceaux, de l’Abbaye des Vaux de Cernay , demeure de

Chateaubriand à la Vallée aux Loups… et surtout, pouvant s’enorgueillir d’une collection de quelques trois cents

espèces d’arbres et arbustes remarquables implantée par la famille de Vilmorin, glorieux « grainiers du roi dès

Louis XV »[14]…

 

               Oui, que de fraiches sentes miraculeusement échappées de massacres écologiques, avions-nous emprunté

pour parvenir à notre ère de repos, ô combien sensibles à cette palette d’essences rares patiemment acclimatées

enluminant l’histoire, en provenance de l’hémisphère boréal, notre continent la vieille Europe, y compris!

              Et ce n’est certes pas sans émotion, rien qu’en nous remémorant ces florissantes figures scientifiques

férues de recherches botaniques sur plus de six générations, apportant à tour de rôle, leurs pierre à l’édifice de ce

prépondérant ouvrage, que nous parcourûmes la voie de l’aulne, où subsiste le Colombier, « pauvre » élément

rescapé de la ferme Saint Fiacre, le chemin des amoureux et autres coulées émeraudes de cette contrée

prospère de l’Ile de France gorgée de sèves, dont les Verriérois peuvent se prévaloir, fédérant leur énergie positive au

profit de la conservation du vert patrimoine, nous émerveillant au gré de nos déambulations et gaies musardises, de

l’impressionnante collection d’iris, messagers célestes des divinités de l’Olympe, emblèmes du blason

monarchique du royaume françoys, de ces princes de fleurs de lis, fleurs de Luce (de lumière) plus soyeuses

et irisées les unes que les autres, flamboyants flambes dits aussi glaives, approchant le millième de variétés datant

pour la plupart, de plus d’un siècle, dont certains sont estampillés création Vilmorin, joyaux constellant l’Herbier du

même nom !

 

            Quelques semaines plus tôt, nul doute que nous aurions pu bénéficier de la pleine efflorescence de la glycine

de Chine dirigée en berceau ou tonnelle, architecture végétale apprivoisée et guidée par une main experte. Foin de

ses odorantes grappes mauves oscillant entre le lilas et le parme de la dite violette élevée en la cité rose… de

Toulouse, suspendues en cascade, dont nous avons été forts marris de constater qu’elles s’échevelaient !

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                En bons philosophes, sachant pertinemment que ce diable d’homme ne dispose d’aucun pouvoir pour lutter

contre le cycle immuable des saisons, Dieu merci, nous nous sommes reportés, pourquoi ne pas le confesser, sur

d’autres valeureux trésors, admirant lors d’une brève étape, un charmant puits chapeauté de fer forgé l’agrémentant,

seul vestige d’architecture parmi le bourgeonnement frémissant, célébrant avec zèle son étincelante reviviscence après

son endormissement hivernal de Belle au bois dormant, édifice en miniature tout droit sorti d’un conte de Charles

Perrault ou de Madame Leprince de Beaumont !

              Puis, nous eûmes le loisir d’identifier ici, une pépinière de ligneuses, fleuronnant de fringants et

juvéniles dandys à la lente maturation, gages d’espoir, là, un verger en cours de réhabilitation voué à accueillir des

espèces anciennes ou dites oubliées, quelque peu menacées d’extinction, tombant en arrêt devant un éventail de

vénérables joyaux chlorophylliens irrigués de sang transparent, bruissant d’une chevelure persistante

oucaduque acclimatée d’Orient, d’Asie et d’Amérique durant le XIXème et l’aube du XXème siècle, nous contant

mezza voce leur odyssée, tel que la Parrotie de Perse, le Faux orme de Sibérie, le Pin noir de Calabre,

l’Épicéa pleureur de l’Himalaya, le Chêne à feuilles de saule, le Séquoia géant et une noble pépite,

merveille d’entre les merveilles, introduite sur notre sol en 1727, désignée par le nom latin de Ginkgo biloba[15],

arbre aux quarante écus ou mille écus dit abricotier d’argent traversé d’une telle puissance, qu’il représente la

seule forme vivante ayant eu en elle, la force incommensurable de survivre aux horreurs nucléaires d’Hiroshima…

               Mais après avoir, en préambule, dépeint la scène si accorte de l’environnement paradisiaque nous recevant,

embaumant des doux effluves de l’églantine au teint d’opaline alors à la quintessence de son effloraison, cette Rosa

canina, si vilainement nommée rose des chiens en raison de ses propriétés souches…églantine, gloire de

l’arbrisseau indigène muni de quelques défenses, liée à la lignée des rosacées, ne serait-il pas temps, à présent, de

nous plonger au cœur de l’entretien baroque et désopilant dont nous avons été, à notre insu, les témoins privilégiés,

moissonnant et goûtant fort, il est vrai, l’esprit d’à propos continûment fertilisé, jubilatoire aux yeux des initiés de notre

Belle excentrique[16] dotée d’une aura de séduction bénie des Dieux, à tel point, que celle qui se disait volontiers

dans un élan sincère, « née inconsolable », aurait pu être surnommée la Divine, tant ses saillies à fleurets

mouchetés, dégagés de l’once d’une frivolité, firent florès !

               Or, à ce sujet, nous nous autorisons d’ouvrir à bon escient, une parenthèse nous basant sur le fait qu’il

perdure un malentendu notoire et assurément inique poursuivant ceux qui sont détenteurs de cette dite truculence.

 N’a-t-on pas le droit, s’il vous plait, et même s’il ne vous plait pas, veuillez nous pardonnez cette impertinence, de

nourrir antithèses et paradoxes en maniant avec maestria, fables et boutades, cultivant la dérision,

ne serait-ce que par couverture, l’égale médiévale de la courtoisie moderne, prisant la légèreté sans être pour autant

systématiquement et arbitrairement taxée de créature superficielle ?

                Peut-on espérer, de grâce, avoir recours à cet art thérapie salutaire des mots-émaux dépassant la simple

notion de divertissement, de violon d’Ingres afin de tenter d’atténuer les maux du quotidien, participant par là même,

à susciter l’émotion, mots sons tissés de sens par des orfèvres-sculpteurs en la matière, aspirant à ciseler le

verbe pour en restituer la pensée profonde ? Est-il bien sage d’être à la fois un adepte de l’alexandrin, du

calligramme, à la fois de fratrasies en tout genre, du style palindromes, olorimes ? Qui oserait s’arroger la

légitimité de jouer au censeur et d’imposer à son prochain, la forme de délectation souhaitable et digne d’être

révérée ?

               Telle est la question qu’il nous siérait de poser à la pléthore de Fâcheux et autres Précieuses ridicules

moliéresques, ces très doctes érudits et condescendants partisans de la rigueur académique, pétris de certitudes,

d’idées reçues et de classifications sclérosantes et surtout ne prenant au « sérieux » qu’un certain type de répertoire !

               Renouons, en l’occurrence, si vous le voulez bien, avec notre fil conducteur, soit, que nous faisions avant

cet intermède, allusion aux reparties échangées entre intimes animés de fraternité, d’amitié amoureuse, ayant forgé

maintes Affinités électives et donné âme et voix à un enchantement désespéré, usant d’une liberté d’expression

quasi absolue, dépourvue de mondanités, ne prêtant pas pour autant offense à la pudeur, s’adonnant à l’art de la

causerie ou du marivaudage sans affectation ni mystification, puisque allégé du fardeau de la passion, sœur de la

douleur, et ce tandis que le temps de la prescription avait sonné, à l’heure de ces révélations…

               Donc, à défaut de s’adonner à effeuiller la marguerite, ce jeu de déshabillage des plus inconvenants et 

des  plus cruels à l’égard de cette inflorescence candide au cœur d’or, immolée sur l’autel de nos caprices 

humains afin de consulter l’oracle floral censé nous en conter sur l’intensité des sentiments inspirés, en l’absence

de la petite fleur bleue des sources moussues[17], symbole du souvenir, cette Vergiss mein nicht goethéenne

correspondant au forget-me-not shakespearien et ne m’oblié mi du poète médiéval Charles d’Orléans, nos

deux vrais amis parigots pur sucre conversaient à cœur joie, faisant ressurgir le spectre d’un florilège d’Amours

anciennes, sous les contours, tour à tour, de la profondeur ou de l’humour, cette politesse du désespoir prônée par

le fondateur du groupe de l’Abbaye, Georges Duhamel.

              Fêtes galantes empreintes de Masques et bergamasques , dans le goût d’un  Embarquement à

Cythère [17 bis], libertinage à l’antique, marivaudage, Fiançailles pour rire ou à l’inverse, accordailles scellées sous le

sceau de la griserie, d’une flamme régénératrice engendrée par la Follia d’Amore, en totale corrélation des moult

facettes et contradictions de notre Diane chasseresse n’exhortant guère à la chasteté, à l’instar de sa

coreligionnaire, l’Ingénue libertine, la « Faunesse de Saint-Sauveur en Puisaye »[18].

             J’ai bien des fois brûlé/Mais de chaque incendie/Un nouveau cœur m’est né/Pour l’amour de ma

vie nous a-t-elle livré, surenchérissant sur la fugacité du Carpe diem, de l’enivrement offert par la Destinée, elle qui

aurait pu emprunter cet aphorisme noaillien nous prouvant combien, en similitude de sa consœur, elle ne fut jamais

dupe de la valeur des choses : « Plaisir, vous qui toujours, remplacez le bonheur » déclarait la poétesse du

Cœur Innombrable, cependant que notre héroïne fascinante qui perdurera à fasciner, n’en doutons pas, par les

énigmes de son personnage que toute une existence ne suffirait à confondre, et qu’il nous plait d’imaginer posant en

un autre temps pour la postérité en faveur de son portrait altier de Flore en belle jardinière pérennisé grâce au

pinceau d’un Nattier, d’un de Largillière, d’un Pierre Gobert ou d’un Quentin de La Tour… déclinant ici

l’Alphabet des aveux, renversant là le Sable du sablier[19], acceptant langueurs et déraisons, alternant « rimes

riches et rimes pauvres » que les rythmes de son cœur lui insufflaient, au gré des rencontres, brûlant sans jamais

atteindre l’inaccessible étoile :

Le bonheur est un invalide

Qui passe en boitant comme moi.

 Il n’a pas l’épaule solide

Mais je sais ce que je lui dois :

Mon cœur est plein, j’ai les mains vides.

 

nous a-t-elle légué en testament de son ressenti…

Fin de la première partie


[1] : Lieu mythique de l’Antiquité : dans la mythologie grecque, les champs Élysées représentent l’endroit propice où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur trépas. .Sous Hésiode, Pindare en fait l’île des Bienheureux, tandis que Virgile (chant VI de l’Énéide) en donne une description positive, liée aux « mystères orphiques » destinés aux initiés. Là sévit un éternel printemps éclairé de son propre soleil et ses propres étoiles…Quelques plumes de l’Occident chrétien sont loin d’avoir dédaigné ce mythe fondateur au sein de leur ouvrage, tels Dante Alighieri, et chose plus singulière, notre « Faune habillé de bure », Francis Jammes.

[2] : En référence à la fameuse fable de Jean de La Fontaine, « les Deux Pigeons », fable II ; Livre IX.

[3] : Respectivement, muses apolliniennes de l’Éloquence, de la poésie épique et de la Rhétorique, de la Musique et de la poésie lyrique et chorale…

[4] : Allusion à une mélodie pour voix lyrique et piano d’Emmanuel Chabrier, composé sur un texte d’ Ephraïm Mickaël.

[5] : Emprunt d’un titre poétique de Paul Verlaine  tiré du recueil « Fêtes galantes », tout comme « les «Mélancoliques Pèlerins » issus du poème « Le Faune».

[6] Détournement d’un recueil de poésies de Louise de Vilmorin intitulé les « Fiançailles pour rire » écrites sous l’instigation d’un certain compositeur ami.

[7] : Locution latine de jardin des délices.

[8] : Pillage du titre du deuxième recueil  poétique d’Anna de Noailles.

[9] : Nous nous permettons ce surnom octroyé à Monsieur de Talleyrand, un rien imagé, en raison de la défaillance de santé que connue notre héroïne…

[10] : « Nonne et bacchante » : expression provenant d’un poème d’Anna de Noailles « Deux êtres luttent » (recueil « les Forces éternelles ») ; tant qu’à « moine et voyou », elle provient d’une formule de Claude Rostand à propos de Poulenc-Janus, homme à double facette.

[11] : Personnages romantiques de la littérature germanique de  Jean-Paul Richter dont le compositeur Robert Schumann fit son miel ; Eusebius, représente le rêveur introverti par excellence alors que Florestan est d’une nature passionnée et combative.

[12] : Allusion à  Françoise Louise de La Baume Le Blanc, demoiselle puis duchesse de La Vallière et de Vaujours, née en terres de Touraine, maitresse royale du jeune souverain Louis XIV.

[13] : Néologisme dû au naturaliste Jean-Marie Pelt, contraction du mot savant avec celui d’aventurier.

[14] : Terme ancien désignant la fonction de spécialistes de semences.

[15] : Le Ginkgo biloba » originaire d’Extrême Orient, surnommé aussi « Arbre des pagodes  appartient aux essences des conifères et représente la seule espèce actuelle des Ginkgoaceae, issue de la plus ancienne famille d'arbres répertoriée, étant apparue il y a maintenant plus de 270 Ma ; avant son introduction européenne datant probablement du XVIIIème, ses annales botaniques ont jalonné la Chine, puis le Japon et la Corée…mais loin de nous l’idée de dresser son portrait ici. Nous vous inciterons davantage, à prendre connaissance du poème que Johann Wolfgang von Goethe lui a consacré (publié en 1819 au sein du Divan occidental-oriental), en vous reportant vers le lien suivant : http://www.ginkgo-biloba.fr/goethe-ginkgo-biloba.html

[16] : Pastiche d’une pièce musicale d’Érik Satie

[17] : Allusion à la fleur de Myosotis cher au langage poétique séculaire.

[17 bis] : En référence à l’œuvre picturale d’Antoine Watteau «l’Embarquement pour Cythère » (Ile, le fief d’Aphrodite-Vénus gage donc des plaisirs amoureux)  tableau daté de 1718, propriété de Frédéric II de Prusse, variante du « Pèlerinage à Cythère » peint en 1717 par le Maitre en guise d’épreuve de réception à l'Académie royale de peinture… « Fêtes galantes » inspirant nombre de créateurs, dont  les poètes, notamment Paul Verlaine, sans oublier la pièce truculente et alerte portant le même titre et signée du compositeur Francis Poulenc, "Valse-musette" pour deux pianos dédicacée  "À Henri Lavorelle cette évocation des bords de la Marne chers à mon enfance", juillet 1951.

[18] : Surnom  de l’écrivain Colette

[19] : En référence à deux recueils de la poétesse .

Références iconographiques :

1. Premier cliché photographique (auteur inconnu) : Louise de Vilmorin vers ses vingt deux ans, au temps de ses fiançailles avec Antoine de Saint Exupéry...
2. Tableau d’Henri le Sidaner : "La balustrade de la porte de la terrasse"

 

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LE PRUNIER...

Le prunier rabougri enchante mon regard...

Son vieux tronc torsadé exprime bien la force

Il résiste à sa fin, la repousse à plus tard

Splendide, plein d'éclat et le cœur à la noce!

Le prunier rabougri porte encore des fruits

Et garde en lui souvenir de tant de sourires...

Par goulée je respire en me fondant à lui

Le jour est beau et doux, qu'importe l'avenir!

Le prunier rabougri m'inculque sa sagesse

Ses racines profondes on su prendre le suc

La terre reconnaissante lui offre sa tendresse

Et mon regard capté par lui encore s'éduque!

J.G.

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VOYAGE


Demain, je pars
Et si jamais il n’y a nulle gare qui accueille ma tristesse
Je laisserai un mot sur les blancs nuages qui passent
Peut-être les cigognes
Recueilleront l’errance
De mes vierges papiers

Demain, si le soleil
Daigne se réveiller ou n’ouvrir qu’un seul œil
Pour veiller mes bagages laissés sur le trottoir
Je m’en irai moins triste
Raconter sur les pistes
Mes veillées étoliennes

Demain, loin d’ici
Se poseront mes pas tremblants et réticents
Dans un désert aride que fuient les sauterelles
J’appellerai à mon aide
Les marabouts d’Afrique
Dieu et ses prophètes

Demain, si en partant
J’oublie de dire adieu à mes nobles amis
Sachez que dans l’oubli, la peur et l’inquiétude
J’ai perdu tous mes mots
Fait ma dernière prière
Laissé mon lit gelé

Demain, si je n’arrive
Vous réveiller à l’aube vous tirant du sommeil
Sachez que j’ai pris goût à ma nouvelle demeure
Pour moi n’ayez point peur
Je saurai me défendre
Du vide et de l’ennui

KHADIJA, AGADIR, mercredi 3 novembre 2010, 19H37

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Le souffle de l'automne

 

 

P9010054

Quand les sedums en fleurs commencent à rosir,

en offrant leur nectar aux actives abeilles,

qu’un vent léger anime les arbres et les tiges,

et que de blancs nuages s’attardent dans le ciel,

tout est encore sourire, le soleil se fait doux;

on se sent confortable et cependant ému,

car on perçoit déjà le souffle de l’automne.

Dans les jardins, les fleurs qui vont s’épanouir,

seront le dernier don d’un été fructueux.

Bientôt nous reviendra, étonnamment touchant,

le spectacle glorieux des arbres à leur plus beau.

On le retarderait volontiers quelque peu,

or l’on voit disparaître la page minutée

de chaque jour donné, aussitôt que vécue.

18/8/1999

 

 

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administrateur théâtres

12272934853?profile=originalEté  2013, les 30 et 31 août à Villers-la-Ville, la 14e Nuit des Chœurs

 «La Nuit des Chœurs renoue avec ses quartiers d’origine, avec l’atmosphère si particulière de la Nuit des Chœurs dans l’abbaye de Villers-la-Ville, où la magie et l’émotion s’unissent et se partagent.»

AVE I Muvrini ! Revoilà en Belgique, les merveilleuses polyphonies corses  au cœur de l’Abbaye de Villers-la Ville à l’occasion de la célèbre Nuit des Chœurs très applaudie au château de Bois-Seigneur-Isaac les années précédentes.

D’emblée le groupe I Muvrini se sent accueilli par les centaines de spectateurs massés dans la nef principale et rend d’abord hommage à ce lieu fait pour la musique sacrée. Tous frères humains, « Christiano » dit-on en Corse. « Dans toutes les traditions religieuses du monde, je me sens chez moi, annonce le chef du groupe dans ce lieu séculaire de rassemblement et de communion, pétri de nature et de précieux travail humain. « Agnus Dei, dona eis requieMMM… ». Les ondes sonores percutent les pierres pieuses et le cœur de chacun.  Seulement, comme pour tous les autres concerts proposés, le charme est  bien trop vite rompu, la séance parait ultra-courte. De la musique en verrines, c’est au goût du jour.  Le temps de se connecter, de savourer et le plat magique vous est  déjà enlevé comme dans les vrais enchantements. Mais les vibratos profonds du « Kyrie » et du « Christe Eleison », font frissonner longtemps après.

Tout le monde circule joyeusement, la chaise et le pique-nique à la main. Sur la scène Trois on découvre « The Priests ». Face au soleil couchant, on frémit avec le «Laudamus Te», l’Ave Maria de Schubert, « Ora pro nobis peccatoribus… » Ces trois très belles statures irlandaises en habit de clergyman, chantent « All the lonely people, where do they all come from» (Eleanor Rigby). Chacun à son tour en Father McKenzie… Les voix somptueuses ont des résonnances profondes. « Benedictus qui venit in nomine patris » enchaîné à  « Funiculi, Funicula » in English, puis en italien et en lunettes de soleil. Ils ne manquent pas d’humour, ces vrais ou faux prêtres. Ils ont du peps et de l’à-propos : « You never walk alone…. » Des effets magistraux avec seulement trois chanteurs, il doit y avoir de la magie là-dessous ! ou un  cadeau du ciel.

Pour les 200 ans de Verdi, voici le splendide Chœur de la ville de Rome. Un chœur mixte d’une trentaine de choristes, on adore ! Leur délicatesse, leur sens émouvant de la légèreté et de la douceur. L’audience observe un silence religieux. « Va Pensiero », le choeur des esclaves fait briller les consciences. Pas le temps de s’appesantir, voici des voix de paille et de soie qui interprètent peut-être des airs bulgares  ou balkanisants. Une fraîcheur extraordinaire dans le soir qui descend. Un air en allemand et Benjamin Britten qui se termine en gouttes de pluie vocale.  

Les Belges de « Voice Male » présentent avec humour et talent de la musique actuelle et pop a cappella. «  Here comes the sun ». C’est prodigieux, il est pourtant déjà couché derrière les ruines, mais on sent encore ses rayons bienfaisants sur les pierres et les voix chaudes. Surgit alors le souvenir de Michaël Jackson scandé avec bonheur par l’assistance. C’est un feu d’artifice d’alléluias en technique rap.

 Ajoutons la plus belle chorale d’enfants d’Europe, le chœur de Munichet l’ensemble 12272935075?profile=originaldisco and funk  Martin and Wright formerly of Chic qui détonne un peu dans cette très belle programmation. En fin de soirée, tous les artistes se retrouveront sur la scène principale pour clore la soirée sous des étoiles, les vraies et les  pyrotechniques.

http://www.nuitdeschoeurs.be/

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Les Cathares – La caméra explore le temps -

Réalisateurs Stellio Lorenzi  &  Alain Decaux   

 

La fameuse émission avec film télé historique qui fit retrouver le sens de son identité à toute l'Occitanie en cette nuit où après l'émission-film, de Toulouse à Carcassonne, les gens du pays sortirent dans la rue en une formidable explosion de joie et d'enthousiasme qu'enfin leur histoire soit reconnue -

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=F0YYtLyhntg

Vidéo Part 1/2 : La croisade

 

https://www.youtube.com/watch?v=zwgPf6-WGYg

Vidéo Part 2/2 : L'inquisition

 

Les cathares s'appelaient eux-mêmes « chrétiens », « bons chrétiens ». Les croyants appelaient volontiers les Parfaits « bons hommes », mais surtout « amis de Dieu », formule très fréquemment attestée en Languedoc au XIII° siècle, et qui est la traduction littérale du slavon « bogo-mil ». Si bien que, pour être absolument fidèle au vocabulaire du temps, on devrait appeler l'Eglise dualiste, que l'on dit « bogomile » dans les Balkans et « cathare » en Occident, « Eglise des Amis de Dieu ».

 

Télévision française 1966
Emission "La caméra explore le temps" - Les Cathares


On a longtemps admis que le nom de « cathare » venait du grec katharos, qui signifie « pur ». La chose n'est plus tellement évidente aujourd'hui, dès lors qu'on remarque que les cathares ne se sont jamais appelés eux-mêmes ainsi. Le terme ne fut utilisé que par leurs
adversaires, et il a de toute évidence une connotation infamante chez celui qui l'employa pour la première fois dans ses sermons, en 1163, le moine allemand Eckbert de Schonau. Trente-cinq ans plus tard, le polémiste catholique Alain de Lille écrit qu'on les appelle ainsi, du latin catus, « chat », parce que « à ce qu'on raconte, ils baisent le derrière d'un chat sous la forme duquel leur apparaît Lucifer ... ». Injure qui peut s'expliquer par le fait que les cathares, on va le voir, imputaient au Principe du Mal la création du monde visible, et que dans beaucoup de traditions médiévales, notamment en Allemagne, le chat était l'animal symbolique du Diable. De là à colporter que les cathares adoraient le Créateur Mauvais sous les espèces d'un chat (alors qu'en fait ils le détestaient) il n'y avait qu'un pas, que leurs calomniateurs pouvaient aisément franchir. Il est significatif d'ailleurs que le mot allemand médiéval Ketter, qui veut dire « hérétique », dérive de Katte, « chat » (en allemand moderne Ketzer et Katze). On affubla les dualistes de nombreux autres noms : pendant qu'en Allemagne on les traitait de « cathares », on les appelait « poplicains » et « piphles » en Flandre, « patarins » en Italie et en Bosnie, « bougres » ou « boulgres », c'est à dire « bulgares », dans la France du Nord (terme particulièrement infamant qui finit par devenir synonyme de sodomite). Sans méchanceté cette fois, on les nomma souvent aussi « tisserands », « tisseyres » en pays d'Oc (en raison du métier qu'ils exerçaient par prédilection). On employa encore des termes géographiques : « les hérétiques agenais, toulousains, albigeois ... » . C'est ce dernier vocable, qui, avec celui de « cathares », connut la plus grande fortune, au point de devenir l'équivalent de « cathares », même très loin de la région d'Albi.

Les cathares s'appelaient eux-mêmes
« chrétiens », « bons chrétiens ». Les croyants appelaient volontiers les Parfaits « bons hommes », mais surtout « amis de Dieu », formule très fréquemment attestée en Languedoc au XIII° siècle, et qui est la traduction littérale du slavon « bogo-mil ». Si bien que, pour être absolument fidèle au vocabulaire du temps, on devrait appeler l'Eglise dualiste, que l'on dit « bogomile » dans les Balkans et « cathare » en Occident, « Eglise des Amis de Dieu ».

 

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Trop fragile

              Pour qu'il se promène en ville

              J'ai dessiné un parapluie

              A ce petit cœur fragile

              Qui pleure en silence ...

              Et demeure immobile

              Craintif, sous la porte cochère

                    du vide et de l'absence ...

 

 

        LA MARGUERITE DES POSSIBLES

       C'est un merveilleux projet avec la participation de 103 artistes bénévoles dont je fais partie.

        C'est pour l'association REVES en vue de la réalisation des souhaits des enfants malades.

 

        Voir le lien  http://les-anthologies-ephemeres.overblog.com/

                           http://marcellepaques.skynetblogs.be

 

 

 

 

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Des plaques émouvantes

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Sur les rives du Saint-Laurent,

D'immenses parcs, resplendissants,

Offrent des sièges et des tables,

Dans un décor inégalable.

Les localités prennent soin

D'aménager chaque recoin,

Pour rendre agréable une pause.

On explore et l'on se repose.

Si l'on arrive près d'un banc,

Faisant face au fleuve brillant,

Grisé par la lumière vive,

L'âme s'en va à la dérive.

On y contemple un nom gravé,

En souvenir d'un être aimé

Et une phrase de tendresse.

Ô sublime délicatesse.

Les cimetières me semblent austères

Ont pour moi un goût de poussière.

Lors je fais le souhait fervent.

D'avoir, là, mon nom, sur un banc.

03/9/2013

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Fleurs et poèmes

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En bouton ou corolle ouverte,

Est un poème chaque fleur;

Surprise qui nous est offerte,

Simple tendresse ou coup de coeur.

Le poème, fleur immortelle,

Non pas de soie ni de velours,

Est fait d'une substance telle

Qu'il ne perd rien de ses atours.

Dans l’allée où on l’a placé

Parfois dans l’ombre, le poème,

En dépit des hivers passés,

A un charme resté le même.

À l’ère de la turbulence,

De l'incertitude, des peurs

Fraîchement écloses, les fleurs

Raniment en l'âme l'espérance

2/9/2013

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Les ports,le port

 Les ports, le port

 

Je suis arrivé à bon port,

La misaine boursouflée par le vent du nord.

Deux tours flanquées là, échec au Roi, bon rapport.

Hermines au vent ! A ma vie! Tout à tribord.

 

Me rendre ? Plutôt la mort !

Je n’ai pas jeté l'encre pas marine, même à dix Beaufort

Le nœud de l'histoire s'explique sans effort

Épique et pique l'histoire d'un port.

 

Il y avait une vague brisée, sur l'avant-port

Écumante, écumée à érotiser les pores

Que le marin, poète par sa plume, honore

A la lueur du Paon d'Armor.

 

Elles sont fières les Demoiselles de Rochefort

Jalousées par la silhouette de l'Hermione, sans tort

Sacré Marquis vogueur perruqué à l'effort

En cette terre lointaine tu bataillas si fort !

 

Les pages maritimes salées jaunissent alors,

Clamons les hymnes racés des ports !

 

                  

                                                                                                          Raymond  Martin 2013

 

 

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Lettre à ma terre

Tout au début, notre histoire a été une relation difficile

Tu étais là, devant moi à me narguer

Face à ma perplexité et l’expression de mon incompétence

Et moi, pour me défendre, je ne te manifestais aucun intérêt

Entrer en relation avec toi était une gageure,

Toute empreinte que j’étais de mes peurs

De me découvrir et de me livrer à toi

Que tu me domines malgré tes airs de ne pas y toucher.

Tes couleurs, belles comme celles de la terre

Entière

Ocre, blanche, bitumeuse ou ferrugineuse

Tes diverses textures chamottée ou lisse, rugueuse,

Coupante ou soyeuse

M’ont amenée petit à petit à m’interroger sur l’histoire

Que nous pourrions partager ensemble.

Je devais t’apprivoiser,

Mais tu devais le faire également,

Tel le renard du désert,

Moi qui revendique mon autonomie et mes secrets

Me révéler à toi me suscitait un lâcher prise que j’ai refusé

Longtemps

Je t’ai alors contrainte,

Je t’ai battue, labourée,

Domptée, lacérée, caressée, embrassée ,

Griffonnée, arrachée,

Abandonnée pour te reprendre ensuite,

Te posséder de plus belle encore et encore.

Mais ta résistance se faisait plus vive encore

Toi qui paraissais si malléable, si douce

Mais cependant si décidée à ne pas te laisser faire

Je te voulais sans partage, à moi tout entière.

Ce corps à corps a été difficile voire parfois impossible.

Mais que gardais-tu dans ton sein, terre muette et inaccessible.

Je t’ai parlé enfin, te livrant, vaincue,

Mes secrets et mes questions les plus intimes.

Je t’ai raconté des histoires qui sont venues

Se rajouter à d’autres déjà vécues.

Nous avons lâché prise , fatiguées de ce combat

Que nous nous sommes mené.

Petit à petit , tu as répondu à mes paroles, à mes lettres

Cent fois écrites, effacées et réécrites ;

Ton corps s’est laissé apprivoiser à mes mains

de plus en plus expertes,

Caressantes,

Répétant cent fois et cent fois encore le même geste

Glissant, façonnant,

M’écrivant dans ta matière.

Fragments de souvenirs partagés,

Empreintes du temps et de l’espace,

Histoires de terre,

Tant d’années à présent nous relient

Que pour ne plus casser cette complicité.

Anne

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Anna Akhmatova, Chapelet et Anno Domini MCMXXI

12272939655?profile=originalAnna Akhmatova est, dès 1917, l'un des représentants les plus célèbres de la génération postsymboliste à laquelle la poésie russe doit de connaître son « âge d'argent ». Longtemps étouffée et, en 1946, explicitement condamnée par le parti pour ses attaches avec la société prérévolutionnaire et son accent intime et apolitique, sa poésie, renouvelée par les épreuves de la Révolution, de la répression stalinienne puis de la guerre, a toujours gardé la faveur des lecteurs russes.

Fille d'un ingénieur-mécanicien de la marine, Anna Akhmatova (de son vrai nom Gorenko), née le 11 (23) juin 1889 près d'Odessa, a passé une grande partie de son enfance et de sa jeunesse près de Saint-Pétersbourg, à Tsarskoïe-Selo, résidence d'été des souverains russes à partir du XVIIIe siècle. Le palais baroque, bâti pour l'impératrice Élisabeth par l'architecte italien Rastrelli, le lycée impérial fondé par Alexandre Ier et où Pouchkine a fait ses études, le grand parc à l'anglaise qu'il a célébré, ce décor familier de ses promenades d'enfant sera pour Akhmatova l'archétype d'une certaine élégance harmonieuse dont elle fera son idéal esthétique.

Après des études secondaires classiques aux gymnases de Tsarskoïe-Selo, puis de Kiev (où sa mère, divorcée, s'est établie en 1905) et des études supérieures de droit à Kiev (qu'elle complétera plus tard par des études d'histoire et de lettres à Saint-Pétersbourg), elle épouse en avril 1910 un ami d'enfance, le poète Nikolaï Goumiliov. En 1910, puis en 1911, elle l'accompagne à Paris, où elle assiste au triomphe des Ballets russes  et se lie d'amitié avec Modigliani, qui fait son portrait.

12272940267?profile=original En 1912, elle parcourt l'Italie, pays dont la peinture et l'architecture produisent sur elle une impression « semblable à celle d'un rêve dont on se souvient toute sa vie ».

En 1911, Anna Akhmatova qui, s'il faut en croire son autobiographie, écrit des vers depuis l'âge de onze ans, lit quelques-uns de ses poèmes dans le salon littéraire du poète symboliste Viatcheslav Ivanov, dont les éloges valent une consécration. Elle participe, à partir de l'hiver 1911-1912, aux premières réunions de l'« Atelier des poètes » (Tsekh poetov ), berceau du mouvement « acméiste » dont Goumiliov et Gorodetski sont les principaux théoriciens, et qui réunit notamment les jeunes poètes Mandelstam, Narbout, Zenkievitch, Lozinski.

L'acméisme se rattache au « clarisme » du poète Kouzmine, qui préfacera le premier recueil d'Akhmatova. Il est l'une des formes que prend, vers 1910, la réaction de la jeune génération contre le romantisme des symbolistes, leur mysticisme, leur poétique « déréalisante ».

Les premiers recueils d'Akhmatova, Le Soir  (1912, tiré à trois cents exemplaires) et Le Rosaire  (1914, dix éditions jusqu'en 1923), frappent précisément leurs lecteurs par l'absence de toute recherche formelle comme de tout arrière-plan mystique. Ce sont de brefs tableaux, sobres et précis comme des vignettes, où l'état d'âme n'est généralement que suggéré, dans sa frémissante et secrète complexité, par le choix hardi et sûr de quelques détails apparemment inessentiels. Si la finesse des notations psychologiques évoque, comme l'écrira Mandelstam, l'art des romanciers russes du XIXe siècle, le choix discret et sûr qui préside à la composition du poème s'inspire d'une esthétique classique, dont les modèles sont Pouchkine et Batiouchkov. Classiques sont aussi la langue et la versification d'Akhmatova, contrastant avec celles d'un Maïakovski ou d'un Pasternak : ses rimes sont peu recherchées ; son style, direct, ignore la métaphore et ne craint pas de faire appel aux images usées que recouvre le vocabulaire poétique traditionnel.

Pourtant, à ce vocabulaire teinté d'archaïsme, elle n'hésite pas à mêler les intonations familières de la langue parlée ; elle contribue, plus que la plupart de ses contemporains, au renouvellement des rythmes syllabotoniques en usant de la pause (marquée par l'omission d'un temps faible) qui en accroît le pouvoir expressif ; enfin ce poète raffiné retrouve, sans effort apparent, les images, les rythmes et les tours de phrase de la poésie populaire. A la fois traditionnel et original, le langage poétique d'Akhmatova suscitera très tôt des commentaires érudits, notamment ceux des linguistes et critiques formalistes V. Jirmounski (1916), B. Eichenbaum (1923), V. Vinogradov (1925).

Le succès des premiers recueils d'Akhmatova tient aussi, comme l'ont souligné ces critiques (notamment B. Eichenbaum), à ce qu'ils composent une sorte de journal intime à travers lequel le lecteur découvre l'héroïne séduisante d'un roman d'amour malheureux. Mais déjà, à côté de cette image d'une jeune femme au coeur vibrant et fragile, toute soumise au dieu capricieux de l'amour, on perçoit aussi la silhouette de l'artiste exigeant et lucide, pour qui la poésie est l'instrument libérateur d'une conquête de soi. Le classicisme d'Akhmatova, loin d'être, comme c'est parfois le cas chez les acméistes, un simple élément décoratif, ou même seulement un style, est un principe éthique autant qu'esthétique : principe viril de rigueur et d'austérité qui, contrastant avec une sensibilité féminine aiguë et vulnérable, forme le ressort dramatique interne de la poésie d'Akhmatova et explique l'évolution ultérieure de son oeuvre.

L'oeuvre et la personne d'Akhmatova apparaissent en 1917 comme la quintessence de la culture aristocratique que symbolise Saint-Pétersbourg et dont la Révolution va sonner le glas. Son lyrisme personnel ne paraît guère à la mesure du cataclysme qui sera désormais au centre de la conscience russe. Pourtant, après octobre 1917, elle refusera de quitter son pays et se fera un devoir de partager le sort de son peuple ; si étrangère que lui soit l'idéologie marxiste, elle acceptera comme un bienfait le dépouillement auquel la Révolution va la contraindre.

Ce dépouillement, déjà sensible dans les vers des années de guerre (La Volée blanche , 1917), se marque surtout dans les poésies des années de la Révolution et de la guerre civile, particulièrement fécondes (Le Plantain , 1921, et Anno Domini MCMXXI , 1922 ; ce dernier titre perdra son millésime dans les éditions postérieures). Tout ce qui, dans les recueils précédents, trahissait encore la pose ou la stylisation, a maintenant disparu. Quelques poèmes seulement, mais qui ont valeur de manifeste, y font entendre l'écho des événements historiques, guerre ou révolution. Dans l'ensemble, la poésie d'Akhmatova, ouverte sur le monde sensible, reste cependant axée sur la vie intérieure.

Séparée de Goumiliov en 1918, Anna Akhmatova a épousé, peu après la Révolution, l'orientaliste V. K. Chileïko, d'avec qui elle divorcera également. Le nom de Goumiliov, fusillé en 1921 à la suite d'un complot antibolchevique, va cependant lui fermer pour de longues années les portes des maisons d'édition soviétiques. Entre 1923 et 1940, elle ne pourra publier que quelques traductions. Jusqu'en 1934, elle cessera pratiquement d'écrire des vers et se vouera à des recherches sur l'architecture ancienne de Saint-Pétersbourg, ainsi qu'à des travaux d'histoire littéraire consacrés à Pouchkine. Ceux qui ont été publiés (Le Dernier Conte de Pouchkine , 1933 ; L'Adolphe de Benjamin Constant dans l'oeuvre de Pouchkine , 1936 ; L'Invité de pierre de Pouchkine , 1958) sont à la fois d'un chercheur érudit et scrupuleux et d'un critique pénétrant, appliqué à sonder les mystères de la création.

En 1935, le fils unique d'Akhmatova, Lev Goumiliov, alors âgé de vingt-trois ans, est pris dans le raz de marée d'arrestations et de déportations arbitraires qui déferle sur la Russie : puis ce sera son mari, l'historien d'art N. N. Pounine, qu'elle ne reverra jamais. Elle partage alors la détresse de millions de ses compatriotes, foule anonyme qu'elle coudoie dans les files d'attente formées jour et nuit devant les prisons de Leningrad. Cette épreuve, qui la ramène à la poésie, va considérablement élargir la résonance de son oeuvre. Elle lui inspire le Requiem  (1935-1940), encore inédit en Union soviétique, mais qui apparaît d'ores et déjà comme le grand monument littéraire de l'époque stalinienne.

La poétique du Requiem , cycle de quinze poèmes de longueurs et de formes diverses, ne diffère guère de celle des oeuvres précédentes : c'est toujours la même précision des détails, la même sobriété de l'expression, la même spontanéité des intonations, tantôt familières, tantôt solennelles, dévoilant ici l'image d'une mère et d'une épouse en tête à tête avec le malheur. Mais tout ce qui suggère la profondeur de la détresse apparaît en même temps comme un acte de courage ; jamais l'image de la poétesse, telle qu'elle se dégage de son oeuvre, n'avait atteint à cette majesté monumentale qui en fait un véritable symbole de la Russie martyre.

La portée civique du lyrisme d'Akhmatova n'apparaîtra cependant à ses lecteurs (qui ignorent le Requiem ) qu'après 1941. La guerre l'a surprise à Leningrad, où elle assiste aux débuts du siège, avant d'être évacuée à Tachkent, en Asie centrale. Elle lui inspire des vers patriotiques où s'exprime l'inébranlable résolution d'un pays menacé dans son existence : ainsi, en 1942, le poème Le Courage  ou le fameux Serment , publié en première page par la Pravda  et placardé sur les murs de Leningrad assiégée. Venant d'un poète qui a si chèrement payé le droit de parler au nom de son peuple, ces vers sont accueillis comme un témoignage de l'unité nationale refaite, par-delà vingt ans d'épreuves et de divisions.

En 1940, Anna Akhmatova a pu enfin publier un recueil de ses poèmes anciens, complétés par un sixième livre, Le Saule , qui comprend des vers contemporains du Requiem , mais dominés par le thème du souvenir : ils annoncent par là le Poème sans héros , qui sera l'oeuvre majeure des dernières années. Commencée en décembre 1940, cette composition symphonique en trois parties sera achevée, pour l'essentiel, dès 1942. Cependant, Akhmatova ne pourra s'en séparer que vingt ans plus tard, après l'avoir plusieurs fois remaniée et lui avoir apporté de nombreuses additions. La partie centrale en est une Nouvelle pétersbourgeoise  évoquant les personnages d'une aventure qui avait, en 1913, défrayé la chronique de la capitale : le suicide d'un jeune poète devant la porte d'une étoile de la société artistique et littéraire de Saint-Pétersbourg, une danseuse, amie de la poétesse, et, comme elle le dira, son « double ». Ce passé vieux de cinquante ans, ressuscité ici sous l'apparence fantastique d'une « arlequinade infernale », est chargé d'une double signification : il représente à la fois cette présence obsédante du passé dans le présent qui matérialise le temps  et cette présence du présent dans le passé qui se nomme le destin . Ces deux thèmes, celui du temps comme absence et néant, celui de l'histoire comme destin et comme expiation, dominent désormais toute l'oeuvre d'Akhmatova. Cependant, la poésie apparaît toujours, au terme de ce dialogue tragique avec un passé irrémédiable, comme une victoire sur le temps et un gage d'éternité : ce troisième thème, implicite dans la plupart des poèmes d'Akhmatova, est développé en particulier dans le cycle Les Secrets du métier  (1936-1960).

Pendant les années de la guerre et de l'immédiat après-guerre, Akhmatova a retrouvé toute sa popularité : ses oeuvres choisies sont rééditées en 1943, puis en 1946, et les revues de Leningrad la publient volontiers. Aussi sera-t-elle la cible principale d'une campagne de redressement idéologique, entreprise en août 1946 à la suite d'un rapport de Jdanov devant le comité central du Parti communiste, suivi d'une résolution officielle. Le rapport de Jdanov voit dans l'oeuvre de la poétesse la « poésie d'une petite dame enragée, qui s'agite fiévreusement entre son boudoir et son prie-Dieu », et y dénonce « des motifs érotico-amoureux entremêlés à des motifs de tristesse, de nostalgie, de mort, de mysticisme, de désespoir ». La résolution du 14 août 1946 condamne les revues Leningrad  et Zvezda  (L'Étoile ), coupables d'avoir « donné un rôle actif à Akhmatova », introduisant ainsi des « éléments de désordre et de désorganisation idéologique parmi les écrivains de Leningrad ». En septembre 1946, Akhmatova est exclue de l'Union des écrivains et se trouve de nouveau réduite au silence.

C'est pendant ces années de silence forcé qu'elle revient à la traduction, qu'elle a déjà pratiquée vers 1930. Elle écrit également quelques essais en prose, ainsi que des souvenirs, dont deux fragments, l'un consacré à Modigliani, l'autre à Mandelstam, ont été publiés hors de l'Union soviétique.

La résolution de 1946 ne sera jamais ouvertement dénoncée, et c'est cinq ans seulement après la mort de Staline, en 1958, que l'on verra paraître, pour la première fois depuis douze ans, un mince recueil de poèmes d'Akhmatova. Cependant des voix autorisées commencent à s'élever en sa faveur : en 1956, le romancier Alexandre Fadeïev, secrétaire général de l'Union des écrivains, intervient pour faire libérer son fils ; en 1961, le successeur de Fadeïev, le poète Alexis Sourkov, préface élogieusement une nouvelle édition de ses oeuvres ; en 1964, à l'occasion de son septante cinquième anniversaire, relevé par toute la presse soviétique, le poète Alexandre Tvardovski répudie à mots couverts les termes de la résolution de 1946, tandis que le critique Siniavski rend hommage au courage civique de la poétesse. En décembre 1964, pour la première fois depuis 1912, elle pourra quitter la Russie pour se rendre en Italie, où lui est décerné le prix international de poésie Etna-Taormina. L'année suivante, elle revoit Paris, après avoir reçu à Oxford le grade de docteur honoris causa .

Anna Akhmatova est morte à Domodedovo, près de Moscou, le 5 mars 1966. Elle a été enterrée au cimetière de Komarovo, près de Leningrad, où elle avait habité pendant les dernières années de sa vie.

Chapelet

 

C'est le second recueil d'Anna Akhmatova, publié en 1914. Il représente avec "Soir" (1912) l'essentiel de l'oeuvre de jeunesse d'Akhmatova et de sa contribution à l' "akméïsme". Akhmatova, qui commença à écrire à onze ans, rejoignit en 1910 le mouvement "akméïste" (du grec "akme" -sommet), qui s'opposait au mouvement symboliste. L'akméïsme, à l'époque des débuts littéraires de la poétesse, était animé par Nicolas Goumilev, qu'Akhmatova allait bientôt épouser. La théorie de l'akméïsme distinguait en poétique quatre disciplines principales. D'abord celle qui concerne les mots qui sont pour la poésie ce que la chair est pour l'organisme et qui constituent la matière d'une "réflexion stylistique"; puis la "composition" qui forme l'ossature autour de laquelle se distribuent les éléments d'une oeuvre poétique. La "phonétique" s'occupe du rythme, des rimes, des voyelles et des consonnes, que Goumilev compare au sang qui circule dans un organisme vivant. L'image mentale ou la motivation profonde de l'acte créateur sont le "système nerveux du poème" qui fait l'objet d' eïdologie". Certains critiques se sont demandé en quoi, ainsi défini, l'akméïsme était différent du classicisme, lequel requérait, tout autant, un équilibre dans la distribution de matériaux verbaux et un tempérament poétique qui tend à une vision d'ensemble du monde. "En 1910, dit Anna Akhmatova dans une courte préface au recueil de ses poèmes paru en 1961, la crise du mouvement symboliste a été suffisamment marquée et les poètes débutants n'adhéraient plus à ce mouvement. Certains rejoignaient le futurisme, d'autres l'akméïsme. Je suis devenue akméïste." C'est donc sous la bannière de ce courant que la poésie d'Akhmatova se révèle héritière du classicisme russe. Mais le trait le plus personnel de l'écriture d'Akhmatova c'est sa force sous-jacente, c'est le lyrisme contenu qu'elle enferme avec un rare sens de la mesure dans des formules poétiques aussi succintes qu'évocatrices. Dans la postface à l'édition de 1965, Sourkov, secrétaire général de l'Union des écrivains de l'URSS, constate que "les vers d'Akhmatova sont exempts de tout souci d'enjoliver... Ils sont aphoristiques, brefs, clairs, expressifs. Anna Akhmatova, dit-il, apparaît comme un poète dont la personnalité poétique est clairement dessinée. C'est un puissant talent lyrique."

Fait de précision et de clarté, le discours poétique de la jeune Akmatova est harmonieux. La source d'inspiration du "Chapelet" et du "Soir", c'est le monde des émotions intimes, son sujet central est le destin de la femme. Dans ses toutes premières oeuvres, Akhmatova est déjà capable de donner une résonance universelle à un autoportrait lyrique, et ceci avec une exquise économie de moyens, avec une finesse et une précision du dessin qui font penser à une épure, bien plus qu'à un croquis. Dans une de ses poignantes poésies de la dernière époque, "l'épilogue", du recueil "Requiem", on lit: "Oui, je connais les traits qui se déforment, / Sous les paupières vient nicher la peur, / Et le profil devient cunéiforme / Sous le stylet pointu de la douleur." C'est avec "le stylet pointu de la douleur" que sont ciselées plutôt qu'écrites, toutes les poésies d'Anna Akhmatova, dont le sens inné du tragique a trouvé une matière inépuisable dans la réalité de son époque et dans sa propre biographie.

 

Anno Domini MCMXXI

 

Ce recueil de la poétesse russe Anna Akhmatova fut  publié en 1922. Le premier mari d'Anna Akhmatova (elle en était séparée depuis 1916), l'écrivain Nicolas Goumilev, fut fusillé en 1921 pour avoir trempé dans un complot anti-révolutionnaire. Akhmatova aurait pu s'exiler, mais si elle accepta de publier le présent recueil à Berlin -où avait également paru "Le plantain"-, elle refusa toujours d'émigrer tant elle avait conscience du lien profond qui l'unissait à son peuple, comme si le miracle perpétuellement renouvelé qu'est sa poésie ne pouvait se produire en dehors de la communauté parlant sa langue. Chaque poème d' "Anno Domini" insiste sur la part qui se mêle à la vie, et ce thème reviendra désormais dans toutes les oeuvres d'Akhmatova. C'est ainsi que parlant à son Ami, elle l'abjure de se séparer d'elle, car à tous ceux qu'elle aime, elle porte malheur. Un autre poème se termine par ce vers qui pourrait servir de refrain au recueil: "Elle aime, elle aime le sang, la terre russe!" Composés en vers très brefs juxtaposant des images où l'émotion va grandissant, les poèmes d'Akhmatova ont ici un pouvoir d'évocation intense, qui tient à ce rythme rapide, heurté, autant qu'à la pureté de la langue.

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