en cette semaine de la francophonie, où France Inter se trouve en direct depuis la Belgique, j'ai un plaisir tout particulier à écouter cette radio en région Toulousaine....j'ai aussi une pensée aux victimes du terrorisme et à tous ceux qui en souffrent...amitiés
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Jérusalem, fresque épique qui retrace les chemins de l’amour sur fond de première croisade, est une refonte en français par Verdi en 1847 d'I Lombardi alla prima crocciata, pour l’Opéra Français : musique de circonstance, grandes scènes dramatiques, incontournable ballet réclamés par le genre, et de nombreux airs à cabalette… Durée 3heures 30! Mais pas une seconde d’ennui dans la rare et magistrale exécution entendue à l'Opéra Royal de Wallonie.
La mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera, les décors à la fois sobres et captivants de Jean-Guy Lecat, les costumes tantôt rutilants, tantôt manteaux de déserts de Fernand Ruiz et les éclairages recherchés de Franco Marri auront tout fait pour séduire l’imaginaire dans cette fresque guerrière qui sert de toile de fond à l’amour face au destin, à la vengeance des clans, à la guerre des religions, à la justice et à la réconciliation. C’est grandiose et dépouillé à la fois. Pour exemple: cette réponse muette du ciel à la prière de l’héroïne, magnifique morceau d’interprétation orchestrale sous la baguette de la fougueuse Speranza Scappucci, semble parvenir d’une immense flaque de ciel bleu au centre des palais lombards vide de toute âme… Le contraste entre les foules et la solitude des personnages est admirablement rendu, que l’on soit en Lombardie, dans le désert ou dans la ville sainte où Godefroid de Bouillon reconquiert le Saint-Sepulcre. La direction musicale de Speranza Scappucci serre la partition au plus près et conduit l'orchestre dans des accents prémonitoires, des envolées tragiques, des sonorités raffinées et de puissants effets symboliques aux larges phrasés, très inspirés. Les nombreuses interventions des choeurs dirigés par Pierre Iodice ne sont pas sans rappeler les choeurs de Nabucco et la scansion du texte français particulièrement harmonieux est chaque fois un réel plaisir pour l’oreille. Ajoutons à cela des solistes de tout premier rang : Eliane Alvarez, Natacha Kowalski, Isaure, la gracieuse confidente d'Hélène, Marc Laho, Roberto Scandiuzzi et Ivan Thirion flanqué de son fidèle écuyer (le charmant ténor Pietro Picone) qui font de cette œuvre une complète réussite !

Solaire dans les aigus acrobatiques, la prononciation de la diva dans le rôle d’Hélène est parfois déconcertante. La puissance d’Eliane Alvarez, donne parfois l’impression d’une certaine lourdeur, surtout dans ses chagrins, où elle fait un usage intensif de sombres vibratos particulièrement dans les solos. En revanche, les mouvements d’ensemble où elle règne en maître sont absolument majestueux et on finit même par aimer Roger (Roberto SCANDIUZZI ), cet oncle maléfique et incestueux, tant sa voix est belle, sculptée, épanouie et profonde. Marc LAHO, très lyrique dans le rôle de Gaston, Vicomte de Béarn, séduit par la largeur de sa voix, sa noblesse, la hauteur de ses sentiments, aussi bien dans l’amour qu’il éprouve pour Hélène que dans sa ferme volonté de réconciliation des deux familles ennemies et sa soif désespérée de justice. Il est un vibrant appel à la compassion car il est le jouet de l’injustice, accusé à tort de meurtre parricide. Il est victime de cet oncle coupable, qui s’est lui-même exilé vers la ville sainte, dans l’espoir de faire pénitence et d’obtenir sa rédemption pour un crime fratricide qu’il pense avoir commis.

Le comte de Toulouse, le père d’Hélène, qui n’est -contre toute attente- finalement pas mort, est interprété par le vibrant baryton Ivan THIRION. Sa très belle stature de redoutable pater omnipotens est fort intéressante, partagé entre l’amour pour sa fille et l’idée qu’il se fait de la justice : celle de venger par le sang la tentative de meurtre. La scène de la désacralisation des armes du chevalier et de sa terrible dégradation lors le jugement inique, est, pour le noble chevalier Gaston, pire supplice que l’imminence de sa mise à mort physique. « Barons et chevaliers, je proteste… » ll y a aussi cette poignante marche funèbre… Patrick DELCOUR interprète le légat du pape Urbain VII, Adhémar de Monteil. Il est brillant et net comme un joyau, mélange de rubis dans un ciboire précieux. On frissonne avec le souvenir des larmes du Christ dans le jardin des oliviers chanté par les chœurs. L'émir de Ramla (Alexei GORBATCHEV) est captivant par son étrange sagesse, sa grandeur et sa sérénité. C’est lui qui fait appel à l’ermite pour absoudre le « coupable »… « Pour te bénir, je suis hélas trop coupable ! » se lamente Roger devant l’ironie du destin! Personne que lui, ne sait mieux l’innocence du valeureux Gaston!
Une belle surprise attend le spectateur à la fin de l’opéra, où l’œuvre de rédemption et de pardon prend toutes sa signification grâce à un subtil et fabuleux jeu d’écharpes, tandis que s’élève le chant des pèlerins à la gloire de Dieu…
Et on ne se lasse pas des innombrables retours sur scène de cette très glorieuse distribution qui irradie la joie et la victoire. On ne se lasse pas d’apprécier en pleine lumière les somptueux costumes de la foule de figurants et des solistes.

Gaston: Marc LAHO
Hélène: Elaine ALVAREZ
Roger: Roberto SCANDIUZZI *
Comte de Toulouse: Ivan THIRION
Raymond, l’écuyer de Gaston: Pietro PICONE
Isaure: Natacha KOWALSKI
Adémar de Montheil, légat papal: Patrick DELCOUR
Un Soldat: Victor COUSU
Un Héraut: Benoît DELVAUX
Émir de Ramla: Alexei GORBATCHEV
Un officier: Xavier PETITHAN
Nouvelle coproduction : Opéra Royal de Wallonie / Fondazione Teatro Regio de Turin
Avec la collaboration de l’Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie de Namur (IMEP)
Dates:
Du vendredi, 17/03/2017 au samedi, 25/03/2017
Bonheur:
Le bonheur est un composé d' S.L.C.(santé, liberté et confort)
Bonheur:
En voulant du bonheur à tout prix, on prend parfois le risque de s'en offrir un faux.
Bonheur:
Le bonheur pour rester stable, ne doit pas être dérangé.
Bonheur:
Pour s'assurer un bonheur accessible, il faut se réserver des joies à portée de la main.
Bonheur:
On reçoit rarement le bonheur en paiement de l'indu ce qui nous autorise à en jouir sans avoir
à rendre des comptes
Bonheur
Savoir se rendre heureux c'est savoir se mijoter de petites joies quand le besoin s'en fait sentir.
Bonheur:
Le bonheur est un équilibre précaire que l'on risque de rompre en voulant le parfaire.
Bonheur:
Ce qui nous ensoleille est de la joie, le beau-fixe peut être du bonheur.
Bonheur:
Quand on a le goût de chanter, jour après jour, et même par temps gris, c'est qu'on vit du bonheur.
Bonheur:
Avoir apporté du bonheur ne garantit nullement qu'on en recevra une part.
Bonheur:
Ceux qui ont compris que le bonheur est de n'avoir pas à endurer de grands ou de légers malheurs, distribués à tous inévitablement, se sentiront sans doute heureux.
Bonheur:
Le bonheur de l'humanité viendrait d'un vent généreux, agissant partout à la fois, ce qui est contraire aux lois de la circulation des courants d'air.
( Extraits de « Mots dites-moi! » de Suzanne Walther-Siksou)
Propos
De dire, il y a la façon,
Qui a certes de l'importance,
Mais ce qui pèse, c'est le fond,
Non pas l'éclat de l'éloquence.
Or pour convaincre une assistance,
Un orateur doit présenter,
En recourant à l'évidence,
Chaque probable vérité.
Ce qui ne fut pas démontré,
Comme il convenait de le faire
Me semble dépourvu d'attrait
Et ne pouvant pas satisfaire.
En silence, je rends hommage
Au candidat seul à douter
D'être l'illustre personnage
Dont la France va se doter.
20 mars 2017
Bonjour chers tous,
J'ai reçu aujourd'hui, comme plusieurs d'entre vous sûrement, le même message de monsieur Calvi "...l'œuvre est-elle disponible....". J'aimerais vraiment lui demander dans quel but il fait cela. Ne le comptant pas dans mes amis... De toute façon Arts et lettres n'est pas un site de vente !!!! Pour ma part mes croquis de musicos, je les ai donné au batteur qui les méritait bien. Belle journée à vous tous.
Je ne vous oublie pas, mes chères et chers amis (es) d'Arts et Lettres, mais de très nombreux déplacements, des activités intenses, ne me laissent pas une minute, et si je veux garder toute sa place à une bonne santé physique pour me permettre tout cela, il m'est encore plus difficile de dégager du temps pour publier sur les réseaux sociaux et venir vous voir souvent (même si je passe régulièrement).
Cependant, je vous donne quelques nouvelles (entre deux voyages, et parmi 1000 autres choses) résumant un peu ce premier trimestre 2017 qui est passé à un vitesse folle :
- La naissance de mon nouveau site Web (et du blog qui l'accompagne) :
- Un stage d'aquarelle dans un univers hivernal :
- Une vidéo (et un article expliquant cette démarche sur mon nouveau blog) pour fêter le printemps :
La providence me permet
D'accueillir, une fois encore,
Le renouveau qui fait éclore
Tulipes et muguet parfumé.
D'accueillir, une fois encore,
L'enchantement qu'il nous promet;
Tulipes et muguet parfumé,
Dans la brillance qui les dore.
L'enchantement qu'il nous promet;
Des tableaux vivants se colorent
Dans la brillance qui les dore,
Les passants en seront charmés.
Des tableaux vivants se colorent,
Changent sans être déformés.
Les passants en seront charmés.
Champagne: À la Vie que j'adore!
20 mars 2017
Considérée comme discipline autonome, l'apologétique est de date récente; mais l'apologie, qu'elle soit juive, catholique, orthodoxe ou protestante, est aussi ancienne que le judaïsme ou le christianisme. Bien qu'elle ait conduit souvent à la controverse, l'apologétique ne doit pas être identifiée avec elle. La controverse accuse les différences et les oppositions; elle entraîne plutôt une attitude de fermeture aux idées d'autrui. L'apologétique, au contraire, peut et doit garder une attitude d'ouverture. Ses «raisons» sont celles du dialogue, et d'un dialogue non seulement extérieur mais intérieur au croyant: elle cherche à établir les motifs qu'à chaque époque le fidèle reconnaît à sa croyance, en face de sa propre incroyance, et à les communiquer à autrui.
1. La littérature apologétique juive
Le judaïsme antique n'a eu une littérature apologétique qu'à partir du moment où il a été en contact avec les peuples environnants. On doit mentionner le Contre Apion de Flavius Josèphe (95apr. J.-C.), adressé aux Romains, et l'oeuvre philosophique de Philon qui, bien qu'elle n'ait jamais été reconnue par le judaïsme orthodoxe, a constitué une première tentative d'explication du judaïsme par rapport à la pensée hellénique.
C'est plus tard, au IXe siècle seulement, qu'a commencé de s'opérer dans le judaïsme la rencontre de la révélation et de la raison philosophique, lorsque les lettrés ont eu connaissance, dans des traductions arabes, des chefs-d'oeuvre de la philosophie grecque, Pythagore, Platon, Aristote, Plotin ont été alors rendus accessibles aux maîtres de la synagogue (geonim). Déjà les philosophes arabes dits motazilites avaient tenté d'exprimer en termes philosophiques les grandes données du monothéisme: unité de Dieu, création du monde, liberté humaine, justice divine, problème du bien et du mal. Leur méthode d'investigation, le kalam, avait donné naissance à la première théologie rationnelle. Mais celle-ci reposait sur le concordisme musulman entre révélation et raison. Saadia ben Joseph de Fayyoum (882-942) inaugura une recherche semblable au sein du judaïsme et appliqua aux données de la Bible la dialectique du kalam. Son ouvrage fondamental, Certitudes et Connaissances, inspiré par la pensée du Talmud, soutient qu'il y a harmonie entre la révélation, la tradition et la raison.
Il y eut bientôt une réaction. Dans le Kuzari (1140), Judah Halevi imagina un dialogue entre un chrétien, un musulman et un rabbin en présence du roi des Khazars, qui finit par se convertir au judaïsme; il fit une critique sévère de la philosophie du kalam et attacha la certitude non pas à la démarche de la raison, mais à la lettre de la Torah donnée par Dieu à Moïse.
Dans la période qui suivit, l'effort rationnel fut repris, mais l'aristotélisme prit peu à peu le pas sur le kalam et sur le néo-platonisme. Dans le Guide des égarés (1195) Moïse Maimonide prouva que la foi d'Israël et la sagesse grecque, bien que différentes dans leur origine, sont identiques dans leur essence et doivent se rejoindre pour les croyants. La spéculation rationnelle put être considérée alors comme une voie vers la connaissance mystique. D'abord rejetée par le judaïsme orthodoxe, l'oeuvre de Maimonide fut acceptée par la suite, et elle exerça une influence décisive sur la pensée chrétienne du Moyen Âge. Elle garde un grand crédit dans la pensée juive contemporaine.
2. L'apologétique chrétienne aux premiers siècles
L' apologétique chrétienne a commencé, au lendemain de la Pentecôte, avec les discours de Pierre (Actes des Apôtres, II et III) et d'Étienne (Actes, VII). Elle fut d'abord une défense et un témoignage des juifs chrétiens face aux responsables du peuple juif. Son affirmation majeure était la réalisation des prophéties messianiques. Elle n'impliquait pas pour autant une rupture avec le judaïsme et elle argumentait à partir de la même tradition et sur les mêmes thèmes.
Mais dans l'ensemble du Nouveau Testament (Phil., I, 7; I Tim., I, 3 et surtout Actes, XXIV, 25), l'apologie prit bientôt une extension beaucoup plus large. La défense de la foi en Jésus-Christ fut portée devant les tribunaux païens, et les premiers chrétiens virent dans cette convocation juridique devant les autorités la confirmation de l'Évangile et la manifestation de l'Esprit saint. L'apologie, qui pouvait aller ainsi jusqu'au martyre, fut adressée désormais à tous les peuples de l'Empire et aux autorités constituées. Dans la Première Lettre de Pierre (III, 5), se trouve la charte de l'apologie de la foi selon le Nouveau Testament: «Soyez prêts à rendre raison de l'espérance qui est en vous, à quiconque vous le demande avec mansuétude et respect.»
Quand ils se furent distingués des juifs, les chrétiens témoignèrent de leur foi devant les fonctionnaires païens, et avant tout devant l'empereur. D'où le nom de «Pères apologistes», qui fut donné aux premiers Pères de l'Église. Le IIe siècle fut ainsi l'âge des apologies: ApologiesI et II, de Justin (147-161); Discours aux Grecs, de Tatien (150-173); Trois Livres à Autolicus, de Théophile d' Antioche (160); Supplique pour les chrétiens, adressée par Athénagore d'Athènes à Marc Aurèle (177); Épître à Diognète, le chef-d'oeuvre du genre, dont l'auteur n'a pas été identifié.
Les ouvrages apologétiques ont été d'abord des réponses aux contestations des philosophes ou des gnostiques grecs: Octavius, de Minucius Félix (fin du IIe siècle); Apologétique, de Tertullien (197); Exhortation aux Grecs, Pédagogue, Stromates, de Clément d'Alexandrie (200-202); Contre Celse, d'Origène (244-248). Ces écrits ont préparé les traités théologiques des Pères des siècles suivants.
Cette littérature, fondée surtout sur le Nouveau Testament, s'est accompagnée malheureusement très souvent d'un oubli et d'une méconnaissance de la tradition juive. Affirmant entre les deux Testaments, entre le temps de la promesse et celui de l'accomplissement, un rapport d'antitype à type, ou d'image à réalité, les apologistes chrétiens d'origine grecque ont manifesté un penchant excessif pour l'allégorie et ont parfois détaché la typologie de l'histoire, et la théologie de l'économie et de l'histoire du salut. En retour, les rabbins tannaïm et amoraïm se sont repliés sur la tradition légale, la halakha. Ils ont laissé de côté les versions de la Bible, en particulier la version des Septante répandue jusqu'alors dans les synagogues de la diaspora, parce que les chrétiens l'utilisaient contre eux, et ils ont préféré les traductions de Théodotion, Symmaque et Aquila. Sous l'influence d'apologétiques opposées, le judaïsme et le christianisme, pourtant issus d'une même tradition, sont devenus ainsi très rapidement étrangers l'un à l'autre. Ce retournement fut consacré quand le christianisme, de religion persécutée, devint avec Constantin religion de la majorité.
Bien que l'islam ne véhicule du judaïsme et du christianisme que des éléments partiels et déformés, les relations de ces deux derniers avec l'islam ne furent au début ni d'opposition ni de défense. Les chrétiens monophysites accueillirent en général favorablement leurs nouveaux maîtres. Les apologistes chrétiens, pour la plupart des chrétiens arabisants (Jean de Damas, Abu Qurra, Nikétas le Théologien, Barthélemy d'Édesse), cherchèrent à démontrer que la doctrine de la Trinité était strictement monothéiste, mais ils usèrent peu du kalam. La discussion avec l'islam ne commencera vraiment qu'au Moyen Âge. C'est alors, en effet, que l'apologétique se constitue comme discipline cohérente et élaborée, à la faveur du renouveau aristotélicien. Elle apparaît d'abord chez deux croyants non chrétiens: l'un juif, Maimonide, l'autre musulman, Averroès (Ibn Rushd), qui ont été tous deux les maîtres à penser de saint Thomas d'Aquin.
3. Du Moyen Âge à l'époque contemporaine
La démarche apologétique classique du christianisme avait été formulée par saint Anselme dans son Proslogion (1078): fides quaerens intellectum. La foi recherche les motifs qui, sans prétendre démontrer ce qui demeure mystérieux pour la raison, permettent de croire, et fondent un «jugement de crédibilité». Mais les motifs de crédibilité ne sont pas la foi. Leur rapport à la foi restait à élucider. C'est ce que fit Thomas d'Aquin dans la Somme contre les gentils (1261-1264), où le principal interlocuteur visé sous le nom des «gentils» est Averroès. À la suite de saint Anselme, Thomas d'Aquin expose ce que l'on peut nommer les «préparations philosophiques» à la foi: existence de Dieu, création, Dieu fin suprême des créatures, avant de présenter la crédibilité rationnelle des dogmes proprement dits. La différence de statut est nette: si Thomas d'Aquin prétend à une démonstration des vérités naturelles, il ne prétend qu'à une défense des vérités surnaturellement révélées, dont l'exposé est du ressort de la théologie, et accessibles seulement à celui qui croit.
L'existence de vérités naturelles qui peuvent être établies rationnellement était ainsi affirmée. Il restait à se pencher sur leur contenu, et c'est ce qu'a fait l'apologétique moderne. Elle naît avec l'Apologie (1434-1435) de Raymond de Sebonde, qui a stimulé Montaigne (Essais, II, 12). Ses considérations sur l'harmonie entre le bien de l'homme et la révélation sont le signe d'un optimisme humaniste et rationaliste. À l'opposé, un Nicolas de Cues, dans De la docte ignorance (1440), fonde la croyance sur une vision mystique où viennent s'unifier les positions contraires des hommes.
Les Pensées de Pascal (1662) ont inauguré une voie nouvelle. Partant de la considération de l'homme, de ses besoins, de ses désirs, de ses échecs, des preuves «sensibles au coeur» plutôt que de celles qui convainquent l'esprit, Pascal a projeté sur la démarche de foi une vive lumière. Plutôt que de s'appuyer sur des démonstrations, il a mis en relief dans la croyance un «pari», dont on fausserait la portée si l'on y voyait un argument de premier plan dans son apologétique, mais qui est une sorte de pressentiment de l'argument de probabilité mis en relief par la pensée moderne. Pascal développe des preuves qui viennent s'ajouter au pari et qui sont d'autant plus fortes qu'elles s'appuient les unes les autres. Leur convergence même est en harmonie avec la nature de la foi: «Il y a assez de lumière pour ceux qui désirent de voir et assez d'obscurité pour ceux qui sont en disposition contraire.»
La reconnaissance des «probabilités» de la foi eut une grande place aux XVIIeet XVIIIe siècles. Elle se retrouve dans l'anglicanisme chez Joseph Butler, Analogie de la religion naturelle et révélée avec la constitution et le cours de la nature (1736), qui voit là une sorte de «philosophie de la révélation», et chez William Paley, Tableau des évidences du christianisme (1790), qui adopte un point de vue plus rationnel. Les deux ouvrages ont servi de point de départ à John Henry Newman dans ses Sermons sur la croyance (1843) et dans son Essai pour aider à une grammaire de l'assentiment (1870), analyse magistrale de la démarche de foi pour l'esprit scientifique moderne. Newman distingue l'assentiment «réel» de l'assentiment simplement notionnel, et établit les lois du «sens illatif» (ou sens de l'inférence), qui fait adhérer au réel. Passant de cette philosophie de la connaissance à l'analyse concrète et historique, Newman montre que le lieu de l'assentiment réel est la tradition dogmatique de l'Église. Au début du XXe siècle, on a dénoncé parfois dans cette démarche un certain psychologisme. En réalité, cette apologétique n'est nullement moderniste et procède du christianisme le plus traditionnel.
En même temps qu'ils ont insisté sur les fondements rationnels de la croyance, les Temps modernes ont connu un retour vers le fidéisme, la transcendance et l'argument d'autorité: cette tendance est nette chez l'homme d'État anglais Balfour, Les Bases de la croyance (1899), chez G. Fonsegrive, Le Christianisme et la vie de l'Esprit (1899), et Ferdinand Brunetière, Raisons actuelles de croire (1900). Il n'en est pas de même chez Maurice Blondel qui, dans la Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique (1896), fait appel conjointement à la transcendance et à ce qui est immanent à l'action humaine. Selon lui, le surnaturel, «qui demeure toujours au-delà de la capacité, du mérite et des exigences de la nature», est dans une certaine mesure appelé par les insuffisances de celle-ci, «par le besoin senti d'un surcroît» que la nature peut recevoir, étant faite pour lui, mais qu'elle ne peut ni produire ni même définir.
Depuis la fin du XIXe siècle, de nombreux auteurs ont été tentés de donner à l'apologétique un statut scientifique et de lui assigner pour tâche la réflexion sur la crédibilité de la Révélation. Mais la certitude que peut avoir de celle-ci le croyant ne se couche pas nécessairement en une démonstration de la Révélation. C'est plus qu'une opinion, il est vrai, puisque le croyant adhère et n'est pas dans le doute; mais ce n'est pas l'évidence apodictique, idéal de la science moderne. Aussi rend-on mieux compte de sa nature en parlant de «certitude morale». Le «réel» dont s'enquiert ici la raison humaine est en effet dans sa nature de caractère moral et religieux plutôt que rationnel. On laisse échapper ce réel si on le réduit à un exposé de preuves, sans tenir compte des sujets personnels à qui les preuves en question s'adressent à titre de signes religieux. Certes, la démarche de foi peut être transcrite après coup en catégories rigoureuses et objectives, être mise en forme de démonstration, mais cette démonstration ne rejoint jamais entièrement la démarche concrète du sujet. On l'accusera toujours ou de trop promettre ou de majorer ses résultats. Entre la démarche rationnelle (ou jugement de crédibilité) et l'adhésion de foi (qu'on a appelée parfois jugement de crédentité), il y a un seuil, un écart, qui tient au rapport direct du sujet avec Dieu et qui dépasse les élucidations de la raison.
Mais il faut remarquer qu'en insistant sur les signes qui touchent l'homme et qui l'appellent à une conversion, on n'entend pas dévaluer les preuves: le signe implique la preuve, car le signe doit être, par le croyant lui-même en premier lieu, critiqué et prouvé. Insister sur la signification du geste religieux n'entraîne pas qu'on soit moins exigeant sur sa vérification. Aussi la philosophie religieuse, dont l'objet est d'étudier les conditions générales de l'acte religieux, est-elle ici d'un grand secours et vient-elle contrôler le langage et la démarche de la foi.
L'apologétique ainsi comprise n'a pas à être glorieuse -pas plus que la foi n'est la gloire -ni non plus craintive -l'assurance étant le signe de la foi -mais vraie. La vérité du témoignage est en définitive le seul indice du message du salut.
4. Athènes et Jérusalem
Depuis la fin des années 1970, sous l'influence d'une réflexion sur les rapports entre la raison et la foi et sur le problème de l'origine de la pensée, un certain déplacement de la problématique s'est opéré - deux modes de pensée distincts, deux noms, deux cités considérés comme étant au coeur de notre héritage: Jérusalem et Athènes. Tandis que les médiévaux, qu'il s'agisse de Maimonide ou de Thomas d'Aquin, admettaient qu'une synthèse était possible, les modernes -tels Leon Chestov et Leo Strauss notamment-sont de plus en plus enclins à reconnaître une tension fondamentale, un conflit irréductible, entre ces deux «modèles» de la vie de l'esprit. Des deux grandes catégories culturelles, gréco-romaine et judéo-chrétienne, qui caractérisent la pensée de l'Occident, Michel Serres écrit: «Ces deux catégories ne sont pas des synthèses, elles ne sont que des séquences. Et peut-être des séquences sans conséquence. Preuve en est que, dans chaque couple, le prédécesseur ne se reconnaît pas dans le successeur, même quand celui-ci le revendique. Le trait d'union n'y est qu'une coupure, souvent [...]. La catégorie de chrétien romain est reconnue, quant à elle, comme une synthèse, précisément celle que la catholicité a universalisée dans tout l'Occident au cours de vingt siècles d'histoire, avec les revers et les succès que l'on sait. Mais il y a, d'autre part, une catégorie moins connue [...] qui m'apparaît jeter sur la question une vive clarté. Le modèle judéo-grec est une synthèse» (Le Modèle de l'Occident). Ainsi une double confrontation s'est inscrite au coeur de la vie de l'esprit. Le Grec a fait une découverte originale, celle du logos et de la science. Le Juif, par ses prophètes, a découvert le temps et l'histoire. Il y a là deux processus interminables, deux opérateurs sans cesse renaissants. L'Orient maintient ces courants séparés. L'Occident est leur confluent. Ces deux découvertes ont pour conséquence l'hétéronomie des langages et elles fondent la différence de la révélation d'avec la philosophie.
Nulle part l'hétéronomie n'apparaît davantage que dans l'oeuvre des penseurs qui ont repéré les conflits de l'humanité en même temps qu'ils ont fondé la modernité: Spinoza, Bayle, Freud. Le contraste est figuré par l'opposition entre deux montagnes. Au sommet de l'une, à l'orient de la Méditerranée, Abraham s'apprête à sacrifier son fils Isaac, mais son bras sera retenu. Au sommet de l'autre, à l'ouest des eaux du Bosphore, Oedipe est exposé, suspendu par les pieds; un oracle a prédit qu'il tuerait son père. Abraham, dans sa piété, ne veut pas pénétrer les desseins de Celui qui lui a parlé. Oedipe ne sait pas ce que le destin lui promet. «Nous portons dans le corps, remarque Michel Serres, ce qu'on nomme communément l'Oedipe, et nous tournons le dos à la première des montagnes. Nous ne savons plus que nous sommes en équilibre entre deux sacrifices. Peut-être l'Occident est-il cet équilibre rompu, la série interminable de tous les déséquilibres, entre un modèle grec, la culture d'Oedipe, et un modèle juif, le culte d'Abraham.»
Consciente de telles prémisses, l'apologétique contemporaine s'est déplacée, de même que l'attitude philosophique à l'égard de la révélation. De part et d'autre, on reconnaît, ce qui sans doute aurait pu être admis d'emblée comme une évidence, que la philosophie n'a jamais réfuté la révélation et ne pourra jamais y parvenir: elle reste en dehors et de sa visée et de ses prises. En outre, la théologie ne saurait couper court aux interrogations de la philosophie ni interrompre sa contestation.
Pour le philosophe, la révélation est seulement une possibilité. Quand Pascal entreprend de démontrer que la vie du philosophe est fondamentalement misérable, parce qu'elle laisse échapper le tragique, son projet présuppose la foi; il n'atteint ni ne réfute la démarche philosophique. De plus, celle-ci ne détient pas d'éthique dernière dès lors qu'elle reconnaît que la révélation existe. Elle doit donc admettre la possibilité de la révélation. Le choix du philosophe apparaît fondé lui-même sur une foi. La philosophie, dit Leon Chestov, renvoie à la non-philosophie. Et Leo Strauss, partant d'un autre point de vue, affirme, lui aussi, que la recherche d'une connaissance évidente qui dispenserait de la révélation «repose elle-même sur une prémisse qui ne l'est pas». La démarche la plus intéressante de l'apologétique contemporaine n'a pas consisté à vaincre la philosophie sur son terrain, ni à vouloir la maintenir en situation de servante; elle a consisté à reconnaître son autonomie et, en ce qui la concerne, à retrouver sa spécificité.
Sur la page blanche de son vierge tableau,
Une rose estompée se dépose
Telle une douce pluie libérant l'eau
Couvrant la branche où un oiseau repose.
C'est un fond joyeux que lentement dessine
Ce bras rigoureux armant de vives couleurs,
Qui n'en donne l'air pourtant, mais qui peaufine
L'ouvrage camaïeu de son secret bonheur .
Et tombent maintenant telles des averses
Des cierges vivants aux flammes flamboyantes,
Des roseaux, des bambous de contrées diverses,
Des vases dorés et des perles pimpantes.
Le peintre du bonheur garde des yeux d'enfant,
Tout ses nuages bleus et ses mers turquoises
Dansent sur la toile de ses rêves chantants
Et bercent notre âme à cet heureux voyage.
Superbe luminosité.
L'énergie traverse les vitres.
Je ressens son intensité,
L'envie d'un impromptu sans titre.
J'attends que des mots se présentent,
Papillonnant en liberté.
Voudrais que leur grâce m'enchante,
Qu'ils m'incitent à méditer.
Mais persiste le doux silence.
Mon âme certes s'y complaît.
Je demeure dans l'innocence,
En joyeuse sérénité.
Lors, que devient l'impromptu
Que mon esprit me réclamait?
Quand les vocables se sont tus,
Impossible de s'exprimer.
Il reste sans commencement
Mais cela n'a pas d'importance.
Comment savoir assurément
La valeur de ce que l'on pense?
19 mars 2017
Le Poème de la semaine n° 11
.
III
POÉSIE
A
J’ai découvert le mot « Éclisse » grâce à ce délicieux poète et néanmoins ami Richard Taillefer.
Cet ambassadeur du temps se demande
« Où vont les rêves quand la nuit tombe ? »[1]
Je n’ai pas encore trouvé la réponse.
B
Le Poète débraillé[2]
De longs mois laborieux auparavant
Création, conception, écriture
Insatisfaction : rature, destruction
Perfectionniste : réflexion, reconstruction
Il enfante aux forceps
Des vers en prose improbables et sublimes
Au vestiaire, le poète appréhende
Nervosité préliminaire, calme apparent
Lave bouillonnante, volcan interne
Il fait exception pour
Sa moustache bien ordonnée, légendaire
Sa pipe de Cogolin rivée aux lèvres
Sur l’estrade, seul parmi les auditeurs
Campé devant un micro
Comme une affiche de cinéma
Vêtu de noir en harmonie avec sa crinière
Concentré en son moi
Il distille ses vers subtils
Hors du temps, ailleurs
Insensible aux alentours
Possédé de sa passion
Sorti de son douillet cocon
Perdu dans son aura
Égaré, il erre dans un autre monde
Le poète cogne, cabosse, rafistole
Il dérange, charme, console
Amusé, il instille des vérités, des doutes
Silence brutal, applaudissements, soulagement
Bravo l’artiste
C
Conception de vers
Création poétique
Texte jamais prêt
Trac vissé au corps
Installé sur l’estrade
Le poète déclame
Le poète se vide
Sa besace s’allège
Issue délivrance
[1] L’éclisse du Temps de Richard Taillefer, éditions Dédicaces
[2] En hommage à Richard Taillefer poète
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Ces textes sont extraits du recueil de poésie PÉTALES ÉCLECTIQUES
de Jean-Louis RIGUET publié aux éditions PREM'EDIT.
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Éditeur : PREM'EDIT
ISBN : 9 791091 321587
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Tout sur mes livres :
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Jean-Louis RIGUET 19 mars 2017
Sociétaire de la Société des Gens de Lettres et Membre de la Maison de l’écrivain et de la Littérature
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L'abîme obscur vaste et magnifique
Étend son flabellum de soie sur son doux visage
Quand, à l'heure où tout se retire,
L'agitation muette de la nature
Ébranle les nuances délirantes de sa lypémanie.
Un bruit de pas gravit moléculairement l'escalier de sa vésanie.
Puis, comme un coup de tonnerre, la porte s'ouvre en gémissant sa plainte,
Laissant un tourbillon d'air balayer le seuil et lui dévoiler le démoniaque.
Alors qu'il s'avance en faisant claquer son long manteau,
Elle mesure dans son regard hypnotique sa froide intelligence.
Sans ciller, le non-mort contemple les formes de la fragile présence
Nimbée des flammes colorées des bougies offrant joyeusement leur force lumineuse.
Plus que jamais, ses pulsions charnelles, ses désirs de chair l'envahissent
Quand la voix pure et fraîche de la silhouette veloutée marmotte du bout des lèvres :
" fais-moi voir, fais-moi vivre !
Séduit, le réprouvé chargé d'épreuves guide son destin dans le secret qui délivre
Où sans contrainte, le charmeur d'âme à la peau ivoire et douce,
Aux cheveux brillants et noirs, ceint son offrande de sa loi auguste,
Et pressant ses lèvres carmin à la gracilité de son cou
Invite sa sensitive hors de l'incomplétude de son existence.
En liqueur onctueuse, organique, la chaleur et la bienveillance
S'introduisent à l'amphore de sa bouche,
Laissant le cruor de la jugulaire investir son corps
Où catalepsie et vivant balance,
En une connexion attendu, espéré, guèbre.
Après cette libation offerte, tendre, funèbre,
L'effet de ce puissant baiser ayant pollinisé en un même feu
Le vide de leur essence, le strige lui anhèle
Juste avant que l'aurore ne se rebelle,
"Je reviendrai demain"
Nom d'auteur Sonia Gallet
recueil © 2017
Même si l'acteur met un certain temps à s'imprégner de la conception de son réalisateur, il n'y échappe pas,surtout si le réalisateur, ici Yann VALAIN, " voit plus loin que l'horizon" comme le dit le poète et la chanson...
Je partais sur ce rôle principal, en me disant, pour simplifier, pourquoi mon personnage, Franck Colombier, ne "dégommerait " pas tous les terroristes sur son passage - je caricature ma position - .
Puis, peu à peu, j'ai compris la volonté et la conviction de Yann : Franck Colombier est un homme qui a accumulé les "neutralisations " et ce qui va se passer dans sa dernière mission va faire office de trauma remuant tout son passé lourd de combattant de l'ombre.
Irréaliste ? Je ne le pense pas, car, dans mes études de Psychologie, nous passions du temps à étudier le basculement produit chez FREUD par l'étude des "névroses traumatiques ou névroses de guerre " et qui lui fit échafauder sa deuxième topique : Moi/ça/Surmoi, dépassant et complétant la première Inconscient/Préconscient/Conscient...
Les "névroses traumatiques" qui n'en a pas entendu parlé depuis la Guerre du Golfe et autres guerres modernes...Qui n'a pas entendu parler, avec d'autres personnels, du blues et des suicides de policiers dans nos commissariats ?
Ainsi ce film, modestement filmé au Iphone, trace un itinéraire singulier, humain, d'un de ses soldats obscurs qui travaillent, chacun à son poste, à notre protection.
Franck est un simple fonctionnaire qui vit sa vie sans les fastes d'un James Bond, il est comme nous et nous comprend.
Là où Franck va "craquer" c'est justement au cœur de notre humanité : l'enfance cet avenir que détruisent les terroristes sans états d'âme, comme ils tentent de détruire aussi les témoignages architecturaux de l'Histoire des Hommes.
Je tiens à faire connaître ce film au-delà des frontières de la France : en BELGIQUE et ailleurs...
AIDEZ-MOI en le partageant avec vos ami(e)s et sur les réseaux sociaux.
Michel SIDOBRE
Les recueils de Michel Sidobre à la FNAC
Selon la logique génétique il me reste treize printemps. Ce qui correspond à ma naissance jusqu'à l'entrée en 6 ème au collège. Je vais devoir pendant ce parcours sublime et restant apprendre à lire, écrire,compter, m'adapter socialement afin de ne pas être ridicule à pénétrer ce radical changement qu'est l'entrée au collège.
Dire qu'il n'y aurait pas une certaine appréhension serait mentir. Tout ce qui est nouveau commence toujours par nous faire peur . Après un certain temps, dès le premier pas franchi, on se sent d'avantage en sécurité et la peur finit par disparaître. Il faut donc se préparer à vaincre cette peur et bien travailler à l'école primaire en se donnant les bonnes bases de réflexion pour aborder le collège.
D'abord avec tout ce que j'ai entendu dans ma vie antérieure et tout ce que j'y ai fait il va falloir m'en défaire progressivement. Ce fameux vécu à l'origine de bien des souffrances et que je n'arrive pas à résoudre complètement malgré tant d'efforts déployés je vais le ranger dans un compartiment assez haut pour qu'il me soit difficile d'y accéder . Un peu comme un panier à bagages pour un long voyage auquel on accède avec difficulté au départ et à l'arrivée mais qui nous laisse tranquille pendant la route ! Dans ces valises j'y ai mis les douleurs liées aux disparitions, les histoires graves des autres, les sanctions injustes, la roublardise du peuple et ses trahisons, les frustrations et mon incompétence, le déplaisir d'une vie non choisie, le sentiment d'un poids occasionné par ma naissance, les émotions sans cesse renouvelées, les tâches sans véritable intérêt. Incroyable ce qu'une valise peut contenir ! Je vais donc m'attacher à reprendre tout depuis le début. J'aurais dû dire me consacrer. Décidément il est difficile de se débarrasser des mauvaises habitudes, me voilà reparti dans l'attachement ! Non, l'attachement je n'en veux plus. Je veux aller à pied, prendre l'autobus pour le collège et à la croisée des chemins finir le chemin restant avec les petites copines et les petits copains qui ont des billes plein les poches. Nous signer en passant devant le grand Christ qui saigne tant pour nous et nous signifie de ne pas faire de bêtises. Car il sait lui que nous chipons un bonbon à l'épicière tous les jours quand on lui achète un bâton de réglisse.
Tout reprendre à zéro avant le collège. Aller au catéchisme, servir la messe, se faire tirer l'oreille à cause d'une bousculade. Croire que tout est vrai, que les méchants sont punis, que les bons vont au paradis, que les parents vivront toujours et taper le ballon sous les yeux des filles pour jouer au champion ! Et puis ne pas faire de fautes à la dictée car Monsieur n'est pas content. Il nous dit sans cesse : " Ne faites pas de fautes sinon vous n'arriverez à rien ". Lever son ardoise avec la bonne réponse, le bon chiffre sinon : " Si vous ne savez pas compter vous n'arriverez à rien ". Et puis bien écrire, lisiblement avec les mains propres par respect car sans respect " vous n'arriverez à rien ". Me voilà bien armé maintenant. Le collège n'a qu'à bien se tenir, je vais tout faire pour être à la hauteur de ce qui m'attend désormais : une nouvelle valise pour un nouveau départ !
Bénitier
Juste au coin du narthex, un pieux bénitier. Autour de lui, le geste est souvent machinal, bâclé, sans souvenir précis des temps heureux : l’eau du baptême est à presque cent mètres de là. Certains se signent, pressés, comme pour pointer à l’horodateur du Seigneur. D’autres ont la lenteur de l’arthrose, humectant leurs phalanges de presque ressuscités.
S’avance la bigote à la peau parcheminée : marathonienne de la rédemption, elle hydrate les flétrissures de son cœur en vue de la dernière ligne droite. Juste derrière, les doigts légers d’une fleur de pavé. Selon les Évangiles, cette Marie-Madeleine coiffera l’athlète des ave à la porte du Seigneur.
Quelques enfants de chœur bousculent de leurs rires la bien-pensante. Plus loin, des canailles bâclent une génuflexion, tandis que des traîne-crasse envisagent une ablution. Et puis, un fada : d’après la légende, les fées, qu’on appelle dans le sud fadarelles, échangent parfois leur descendance dans le berceau des humains. Consolation des affligés, le simple d'esprit sera tantôt prince du royaume.
Suit la main droite du besogneux, trempant ses cals jusqu’à la paume et celle, un peu raide, du colonel qui hésite entre signe de croix et salut. Depuis l’ébrasement du porche, un martyr surveille le geste sévère de l’instituteur, égalitaire du gauchiste en goguette, opportuniste du politicien dont le menton tutoie les étoiles, niais de la cancanière en mal de calomnie.
On y voit aussi les ongles vernis de la précieuse qui, pour peu, déposerait une goutte sacrée sur son cou, tel un parfum. Et cette jeune-fille presque vierge, presque transparente, effleurant les satins de son amant.
En miroir, des doigts froissant à peine la surface de l'eau sacrée, comme pour ne pas déranger le Très-Haut : arachnéennes caresses d’une religieuse déjà en extase.
Pour clore cette humanité défilante, une troupe de dubitatifs, tièdes et païens de toute obédience évitant comme des chats maigres la sainte source et préférant passer à gué le seuil de l’Eden.
Self-service d’eaux lustrales, le bénitier a bien du mérite. Mirage d’anachorètes ou puits artésien pour âmes en rémission, on le retrouvera au tourniquet du Jardin premier.
Claude Luezior
http://souriredamour.blogspot.ch/2016/03/la-plus-grande-decouverte-dalbert.htm
La plus grande découverte d'Albert Einstein
Une film "Secrets d'histoire" Durée: 1H 39
Retour sur la vie de Claude Monet, dans les lieux qui ont marqué son destin, de sa maison de Giverny aux falaises d'Etretat jusqu'aux canaux de Venise. Monet a souvent déchiré ses oeuvres et renoncé à peindre, des jours entiers, submergé par la malédiction de ne pouvoir traduire au plus juste l'instant présent et sa lumière. Les équipes de «Secrets d'histoire» tracent le portrait d'un personnage mal connu, qui a surmonté de nombreuses épreuves grâce aux femmes et à ses amis, les impressionnistes dont il aura été le guide. L'amitié était pour Monet un sentiment sacré, comme en témoigne celle qui l'a uni jusqu'à la mort à Clemenceau, qui l'a poussé à se faire opérer de la cataracte pour relever avec succès son plus grand défi : «Les Nymphéas». Des nymphéas qui vont influencer l'art moderne du XXe siècle.
Si j'ai trop de choses à faire,
Ne sachant par où commencer,
Je m'assieds afin d'y penser
Mais aussitôt mon esprit erre.
Face au bleu de l'immensité,
La lumière me rend joyeuse
Et en même temps oublieuse.
Silence et immobilité.
Lors immergée dans l'innocence,
Que ne troublent pas des envies,
J'y reçois la douce énergie
Entretenant mon existence.
Le temps avance, peu m'en chaut.
«Rien ne presse, tout peut attendre.»
N'eus pas de mal à le comprendre.
Prudemment, je fais ce qu'il faut.
Les mêmes huit jours, chaque mois,
Me tire de mon indolence,
L'impérative providence
Qui me conduit loin de chez moi.
En circulant, je m'émerveille
Des richesses de la nature,
De ses inouïes créatures.
Mon goût de capter se réveille.
Vendredi 17 mars 2017
