Huit mars deux mille vingt quatre
Un ciel épais et lourd, un ciel gris, un ciel de mercure ondule au-dessus de la ville.
Les arbres du boulevard sont au garde à vous. Je flâne entre deux rangés de platanes en tenue de général.
Je distingue le printemps derrière un arbre, il est chaussé de baskets blanches.
C'est un jour de printemps, mais un jour où la peine est lourde à porter sur les épaules comme un ennui un jour de juillet. Le téléphone sonne. Personne ne répond. La lâcheté est un caractère de personnage.
C'est un jour à l’atmosphère nitreuse. Un jour écœurant comme la fumée de cigarette qui laisse des traces jaunes au bout des doigts et qui fatigue les paupières.
Les feuilles des platanes luisent comme le creux des mains. Les poumons des arbres sont viciés, un jour viendra, ils se révolteront.
Le vent roule derrière les maisons taillées dans le tuffeau.
L'immeuble aux portes de secours est encore loin. Un banc. Un peu de repos. J’assois ma douleur. Je sors le livre de la dame de Lusignan. Je lis :
"Et dans sa robe blanche Jeanne implore Antoine mais il n'y entendait rien..."
Il se met à pleuvoir ! Je pose le bouquin au fond du panier, avec le beurre et les œufs.
Je lève la tête.
Une jeune personne dans une gabardine noire m'observe intriguée.
Mon regard croise le sien, inquiet et terrifié, comme celui d’un poète devant le cadavre d’un oiseau.
Lionel M.
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