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Un peu de mon enfance





Un peu de mon enfance


Tant de mots se bousculent ce soir
A la pointe finement taillée de ma plume ;
Toute la maisonnée dort, se terre dans le noir.
Et pareil à mon cœur, notre jardin s’embrume.

Au travers de la vitre embuée, comme des fantômes,
Je vois les branches du vieux chêne, mues par le vent.
Sur la table, rouge et un peu ratatinée, une pomme
M’offre son dernier relent de parfum et l’âtre m’attend.

Mes pensées s’envolent et puis reviennent
Coucher précieusement sur la feuille de papier
Des souvenirs de l’enfance qui fut mienne
Et que, encore naïve et crédule, j’ai tant aimé.

J’entends à nouveau les éclats de rire cristallins
De mes frères et la voix grave de mon père
Qui nous rappelle qu’il n’y a plus de pain,
Et qu’il faudra sans tarder aider notre mère.

Les yeux humides et fatigués par la fumée âcre
Qui s’échappe invisible de l’antique cheminée,
Cette femme de trente ans, frêle mais opiniâtre,
Pour nous a laissé s’effriter toute sa beauté.

Aussi loin que m’emporte ma pauvre mémoire
Je ne la vois jamais assise, sereine et reposée.
Déjà quelques mèches blanches entre l’éclatant noir
De sa longue chevelure signent les tourments endurés.

Ce soir, je me sens le cœur lourd de cet amour
Simple, gratuit et à l’odeur du bon pain
Qui se pétrit, lève et puis, enfin, cuit au four
Pour nous nourrir jusqu’au lendemain.

L’encre épais de ma plume est comme une fontaine
D’où s’écoule pur et sans prix, votre amour de parents.
Ma gratitude inavouée, au fil des lignes s’égrène
Afin de perpétuer pour mes bambins, cette vie d’antan.


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Heure arrêtée



Heure arrêtée

Lentement, comme les vieux murs
Sous l’assaut du temps, mon cœur atteint
Par les bourrasques, se fissure.
Création douloureuse de nouveaux chemins.
La rouille a encrassé les aiguilles du cadran
L’heure s’est figée au sommet d’un instant.


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J’aime les cieux crépusculaires


J’aime les cieux crépusculaires



J’aime les cieux crépusculaires,
Leur clair-obscur, leur atmosphère,
Émanation d’une portion d’enfer.

Je chéris le jour qui succombe
Posant son manteau sur les tombes
Avec la nuit qui se lève et surplombe.

Je me délecte quand vient minuit
L’heure zéro où la chauve-souris
Sans plus de crainte quitte son nid.

Je suis de ces créatures étranges
Mi-démon peut-être mi-ange
Qui passent et qui dérangent.

Je vous attends en ces heures-là
Où les honnêtes gens dorment déjà
Et où s’unissent les êtres de l’au-delà.

Je vous verrai sans doute du bout des yeux,
Fuir sans vous retourner ces lugubres lieux
Horrifiés par ce rendez-vous amoureux.

Mais si vous choisissez de rester un instant
En ces minutes qui s’écoulent lentement
Je vous promets de vous choisir pour amant.

Alors vous pourrez raconter à l’aurore
Ce que vous a offert mon maigre corps
Et avouer que vous en voulez encore.



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La campagne s’étend morne et grise

La campagne s’étend morne et grise

La campagne s’étend morne et grise
Au pied d’un tumulus abandonné des hommes.
Les arbres ont perdu jusqu’à leur chemise ;
Des nappes brumeuses semblent fantômes
Sur le ruisseau qui ne sait plus murmurer,
Tout enfermé qu’il est sous son manteau de glace.

Sur la berge fangeuse, la terre embourbée
Laisse entrevoir quelques pas, étranges traces.
Qui passa là en ces heures ternes et froides ?
Était-ce un amoureux perdu ou une enfant
Cherchant un oiseau rare pour ses nuits fades ?
L’absence et le silence m’offrent de leur néant
Toutes les images que ma tête peut rêver.

Mais pas une voix humaine ne se fait assez vive
Pour démentir les tableaux tristement élevés
Par mon sombre regard sur une humanité passive.
Comment peut-on ainsi parjurer des racines
Qui pourraient nous porter jusqu’au sublime ?
Comment ose-t-on ainsi ensevelir des origines
Qui portent en elles des bonheurs et des crimes ?

Mais c’est omettre que l’Homme, animal dompté
Par de trop beaux démons, se laisse toujours prendre
Au jeu malin de celui qui vit et l’infante et l’aimé.
Mes yeux seuls ne peuvent racheter les mortes cendres.

Le ciel est lourd et le brouillard, dense. C’est l’hiver
Dans le cœur du village. La terre pourtant palabre :
Elle hurle qu’il y eut des amants qui s’aimèrent
Le long de cette eau muette qui les vit encore glabres.

C’est alors que je vois une pierre, silex noir
Que de tout ton amour pur et limpide et doux
Tu me donnas un jour ou plutôt un soir
Où mon cœur sombrait lui aussi dans de sombres remous.

Ma main le ramasse et d’un geste prompt le lance.
Voilà qu’à nouveau l’eau murmure des notes douces
Et combles d’espoir. Une force soudaine gomme l’offense
A la nature injurieuse, lui rendant ses couleurs folles et rousses

Terre d’hommes, il suffit parfois d’une seule âme
Pour te sauver de morts certaines et de l’infâme.

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Dernier extrait de la grognasse : La magie

« De toute façon, j'avais toujours deux Cupidons au- dessus de mon lit. L'ennui, c'est que c'était deux anges mâles qui ne pensaient qu'à s'accoupler. J'ai séparé mes angelots lubriques. J'en ai gagné un spécial, que j'ai donné à un copain. C'était un Cupidon double Viagra-Foutre, rapide comme 1' éclair ! Le copain l'a mis dans son slip, mais c'était tellement fulgurant que je l'ai jamais revu. Un peu plus tard, j'ai appris qu'il avait déjà niqué toutes les femmes du quartier et qu'il comptait étendre son territoire. Alors, j'en ai eu marre des anges gardiens. J'ai dit aux Trois Cloches de ne plus m'en envoyer. Toujours des mâles ! Une angine gardienne, j'aurais pu au moins la refiler à mon “ami Dalle” ou à son confrère Otto Rhino ! Mais les mâles, ça commençait à faire désordre. Au bout d'un moment, je m'en suis débarrassée. Mais dans le catalogue des “Trois Cloches ”, y a pas que des trucs qui marchent. Quand je répondais au téléphone, je tombais souvent sur des réclamations. Une fois, c'était un type qui avait acheté de la manne à faire brûler sur des charbons ardents. C'est Moïse qui a inventé ça : Vous savez Moïse, c'était le mec qui chantait le rôle principal dans “ Les dix Commandements ”. Alors il a appliqué le premier commandement livré avec le mode d'emploi : “Mettre dans la fu­mée, ce qu'on veut rendre magique.” Il a donc disposé dix billets de cent balles sur les charbons incandescents. Ça a pris tout de suite et tout est parti en fumée. Comme c'était pendant son sommeil, son appartement a pris feu. Les pompiers l'ont sauvé de justesse. Merci Moïse ! Mais aux “Trois cloches”, le client c'est sacré. On lui a renvoyé gratuitement, à nos frais, la même chose pour qu'il puisse recommencer l'expérience. Y en a un autre qui a mis un billet de cinq cents balles dans le gland magnétique d'une pendule de cuisine. Il croyait que ça allait attirer d'autres billets. Il a donc mis son billet magné­tisé dans son portefeuille. Le pognon, il était tellement énergétisé qu'il a eu la bougeotte et il s'est réfugié avec le portefeuille dans la poche d'un pickpocket...

Y en a qui diront que la magie, ça marche pas trop pour la thune. Pourtant, les “Trois Cloches” ça se trouve en Suisse. Faut pas confondre avec les “Trois Suisses” qui eux ne sont pas domiciliés en Cloche. Y en a qui disent que ce qui se trouve en Suisse, c'est bien pour le pognon. Faut croire que ça marche moins bien pour les clients que pour les petits Suisses.

Moi, je n'ai eu recours à la magie que pour l'amour. Avant d'utiliser les herbes aphrodisiaques et les gris-gris érotiques, il m'a fallu me désenvoûter avec bougies spéciales à flamme olympique et j'ai vu dans la fumée, le visage de la personne qui cherchait à me nuire. C'était ma future belle-mère. Je lui ai signifié de me laisser tranquille et elle l'a compris.

Après ça, j'ai allumé la bougie “anti-quitter”, spécialisée dans les amours d'antan et pour voir l'effet que ça faisait, j'ai branché ma pyramide de cristal surpuissante pour les retours d'affection. J'avais du mal à me concentrer. Je voulais qu'ils reviennent tous : Paco mon amour espagnol, Fabrice qui se prenait pour Céline, Edouard, mon ange blond aux yeux d'enfant, François, mon dessinateur de BD, maître chorégraphe au balai vengeur, Jean-Marc et la cabane au fond du jardin qu'il s'était construite pour vivre, sans moi, au fin fond de l'Ardèche, Michel, frère de Quasimodo, un soir à Notre-Dame, Alain, mon skipper aux conquêtes multiples, Léo, mon anar zinzin qui se cognait exprès, la tête dans l'ascenseur. J'ai aussi revu fugitivement les autres, les rêves trop vite éteints et les passions inachevées. Je les ai tous aimés.

La pyramide a explosé. Trop d'amour, ça pardonne pas. Même une pyramide surpuissante n'y résiste pas. C'est tellement intemporel, cet amour qui se confond, qui embrasse le passé autant que l'inconnu et qui en plus me renvoie à la figure l'amour de ceux qui m'ont aimée et que j'ai à peine regardés ! Trop, c'est trop ».

Ce texte est le dernier cadeau de la Grognasse.( dernier extrait en ligne sur ce blog » . Pour continuer de rire avec ce livre faudra a acheter le livre… ou le PDF.

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Rouge Allondon

La série paysagée se comble de rouge vermillon. C'est tout simple est jubilatoire.

Tout le monde peint, des coques de navire ou des natures mortes, Des façades bleutées ou des landes en lavande.


rouge Allondon et Flo 100x100 acry sur toile

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Moi je marche dans l'eau sur les rives de l'Allondon, une rivière discrète qui n'ose pas se jeter franchement dans le Rhône,ce géant débonnaire.

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Utopie ou réalité, Culture et Démocratie défend le projet d’un "enseignement en culture". C’est au cœur de la pratique pédagogique, à tous les degrés et dans tous les types d’enseignement que doivent se construire des savoirs, des compétences et des pratiques culturelles et artistiques, c’est là qu’il faut de manière structurelle, dans ces champs de savoirs aujourd’hui négligés, stimuler une créativité et une inventivité nouvelles. Depuis mars 2010, l’association propose des tables-rondes dont l’objectif est d'approfondir la réflexion sur l’articulation culture/enseignement en impliquant activement les acteurs des secteurs concernés. Deux premières rencontres ont été organisées à Bruxelles les 29 mars et 10 mai 2010 autour d’une définition d’un enseignement en culture et des raisons d’être des projets Art/Ecole. Les rapports des échanges sont désormais disponibles sur le site internet de Culture et Démocratie. Au terme de ces tables-rondes, Culture et Démocratie présentera le texte d’un nouveau contrat culturel pour l’enseignement. Pour chaque rencontre, l’inscription est obligatoire. Chaque participant recevra au préalable des textes et documents visant à préparer les débats.

Programme de la troisième table-ronde:

La formation culturelle dans l’enseignement supérieur. Inscrire la formation artistique et culturelle dans la formation des enseignants devrait avant tout, leur permettre de vivre cette expérience pour eux-mêmes, afin qu’ils en ressentent très intimement les avantages et les bienfaits. Cette formation devrait leur offrir la capacité de faire le lien entre ces activités artistiques et les enseignements qu’ils assurent. Elle devrait leur fournir une maîtrise de la conduite de projets en partenariat. (J.G. Carasso, Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ? Editions de l’atribut, Mercues, 2005, p.80-81)

Etat des lieux à propos de la place de la culture dans l’enseignement supérieur. Qu’en est-il, sur le plan artistique et culturel, de la formation des enseignants, de celle des travailleurs sociaux ? Quelle place pour une dimension artistique et culturelle de la formation universitaire ? Partages d’expériences et de pratiques, débat et propositions concrètes. Modérateur : Eddy Caeckelberghs, journaliste

Intervenants: Ralph Dekoninck (Docteur en philosophie et lettres, chargé de cours – Faculté de philosophie et lettres - UCL), Pascalia Papadimitriou (psychologue-clinicienne, coordinatrice de l’agrégation à La Cambre, enseignante en hautes écoles et assistante à l’UCL), Frédéric Janus (Haute Ecole de Namur – Catégorie sociale), Michèle Garant (Présidente de l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (IPM), Professeur Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education – UCL (PSP/EDEF/FOPA) et Chercheur Groupe interdisciplinaire de Recherche sur la Socialisation, l'Education et la Formation (GIRSEF/IACCHOS)

Quand : Le lundi 4 octobre 2010, de 12h30 à 14h30,

A l’Auditoire Sainte Barbe (91)

(Place Sainte Barbe n°1 – Bâtiment SC06A - 1348 Louvain-La-Neuve)

Parking Sainte Barbe et Baudouin 1er

Avec le soutien de la Communauté française

Plus d’informations : Culture et Démocratie asbl Rue Emile Feron 70 – 1060 Bruxelles Tél : 02 502 12 15

info@cultureetdemocratie.be

http://www.cultureetdemocratie.be/fr

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La complainte du bouffon

Dis-moi, bouffon, pourquoi souris-tu
Au lieu de t'affliger de ta bosse
Et des coups de pied que les barons t'ont donnés ?

Ton faciès difforme, tes mimiques enjouées
Peuvent-elles te faire oublier
Que ta mère même, au creux d'un bois, t'a abandonné ?

Quelle obscure raison fait pétiller
Tes yeux d'une allégresse
Chaque jour renouvelée ?

C'est, me répondit celui-ci
Que j'ai pu par mes facéties
Guérir de mon roi l'âme endolorie

Et que ses yeux me disent, bien malgré lui,
Que dans son coeur j'ai un logis
Où les barons, ducs et duchesses à jamais sont bannis.


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Enfants sous le ciel







Enfants sous le ciel.




Viens petite t’asseoir sur mes genoux


Regardons le soleil se coucher juste pour nous


Sur cette colline à contre-vent


Loin des jeux bruyants des grands.



Un vieux fou chantant, adossé à un arbre


Des enfants insouciants qui courent et dansent


Va enfant, virevolte, éclate de joie


Cette colline, ce pays d’Irak est à toi.



Le jour n’est pas encore là


Où tu embrasseras le ciel de tes bras


Et répareras le fracas que les grands enfants,


Trop adultes, auront laissé avant toi.



Un vieux fou, shaman du vent, chante et danse


Sur une colline oubliée, au milieu d’une pluie de feu


Les balles de tout côté volent, tu les évites, tu virevoltes


Les enfants te suivent en farandole, demain y a pas école.



La petite s’est endormie, la tête lourde de rêves


Dans ses rêves, elle est libre, sa mère est belle,


Elle aime un garçon et fait un vœu au vol des tourterelles


Qui emportent son baiser secret vers lui à tire d’ailes.



Je n’avais pas vu qu’un ruisselet rouge perlait ses lèvres


Elle ne dort pas, ses rêves sont morts avec elle


Une balle est venue se loger dans son dos


Je t’emporte ma belle, saisi de
sanglots.




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La moule se rebiffe

La moule se rebiffe.



Non !!… Un cri perçant déchire la nuit, suivi d'halètements étouffés. Le même cauchemar m'assaille chaque nuit, ces visions d'horreur se succédant sur un rythme frénétique. Comment oublier l'odeur des miens
plongés dans cette casserole, marinant dans un jus de légumes, attendant leur
tour avec résignation. Les
hurlements de terreur de ma mère avant d'être ingurgité par un gros pachyderme,
ventripotent, qui ne pouvait réfréner des gloussements de contentement. Les bruits de mastication qui s'en
suivent m'arrachent avec angoisse aux songes, mes coquilles claquant d'effroi. Mais à présent, les fins gourmets qui
se sont régalés sur notre dos vont payer cher leurs gueuletons passés. La vengeance de la moule de Zeeland
n'épargnera personne, jusqu'à ce que le monde soit enfin libéré des casseroles,
des frites et surtout du jus de légumes.
Alors, citoyen, rejoins la moule de Zeeland dans sa lutte contre le mal
!


(Je ne peux plus résister à la pression des cinq infirmiers qui me plaquent au sol, pour me forcer à revêtir cette camisole de force qui ne me va d'ailleurs
absolument pas).


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Déjà l'été enfante l'automne





Déjà l'été accouche de l'automne.

La nature, comme chaque jour, m'étonne.

Les lolitas enterrent leur fausse naïveté:

Ce sont les papillons qui ont péché

Dénouant les provocants lacets

Dont elles aimaient se parer.

Soudain surgissent

Que dis-je, jaillissent

Des pudeurs charmantes

Des formes captivantes

Où la conscience d'être femme

donne naissance à une toute nouvelle âme.


A.G.




Voilà qu'apparaît la forme de nos corps: nous somme sablier et chaque défunt printemps n'est que temps qui rapproche du grand mystère. Aussi peu que sablon nous coulons indéfectiblement vers l'hiver. Comme j'aimerais avoir les clés de l'énigme de la cinquième saison.




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Boulevard des trop tard



Boulevard des trop tard



Nous avons rendez-vous boulevard des souvenirs.
Toi et moi, seuls, avec nos vieilles histoires
Assis, immobiles et silencieux, un seul regard
Pour mille pleurs, pour mille désirs.
Si nous partions vraiment, là-bas, plus loin
Que l’horizon au crépuscule des amants.
Viens, tu me disais, viens
Et je venais, avec mes valises de chimères.
Je déballais pour toi des tapis de fougères
Où la source attend toujours de surgir.
Et l’oiseau-lyre, l’entends-tu encore
Sur la branche trop haute, chanter
Pour l’anémone qui dort ?
Viens, disais-tu, dessinons les saisons
Et le vent dans les arbres et la pluie sur les champs.
Viens et je venais, je venais pour t’aimer.
Mais de mes malles ne sortait que des songes.
Dans l’ombre, qui voyait les loups ?
A deux, nous oubliions tout, le monde et son temps.
Viens, disais-tu, et je venais du passé
Habiter ton présent, vivre ton avenir.
L’écume de la mer, au loin, grondait,
Si loin de nous, trop loin pour l’entendre.
Sa rage montante, à nos yeux invisible,
Était vorace. Elle rognait les rêves à coups de vagues.
Elle brisait chaque pierre érigée. Elle gagnait,
Famélique, le cours de nos pays imaginés.
Elle était une armée contre nos dagues.
Viens, disais-tu, et elle est arrivée, la gueule baveuse,
Le ventre avide de nos amours fraîches.
Je me souviens encore du grincement des pontons
Croulant sous cette ogresse. Je me souviens,
Ici, au milieu du parc à souvenirs,
D’avoir disparu dans ses gorges profondes,
Sans un cri, sans un bruit.
La fée est morte un soir, avec tes bras pour linceul.
Nous avons rendez-vous, boulevard des trop tard,
Et je suis seule, sans valises, sans songes, sans chimères.
Le banc des amoureux est toujours là ;
Les réverbères se mirent, comme à leur habitude,
Dans les eaux trop grises des étangs glauques.
Je suis seule, sans illusions, et près de moi,
Alors que j'y crois à peine, que je n'y crois pas,
Un nid de jeunes fougères pointe le nez.
Viens, me diras-tu viens, maintenant ?



Arwen Gernak
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A un poète dont peu se souviennent


Ce soir comme tant d'autres, je pense à lui. Je pense à Vony, son épouse de toute éternité. Il est si tard et j'ai mal des oublis humains. Tant de noms de poètes belges sont en ce lieu listés. Je n'ai pas trouvé le sien.
Il s'appelait Gaston, professeur de français le jour, poète le soir. Un jeune écrivain belge, aujourd'hui célèbre, préfaça son dernier recueil, œuvre posthume que sa muse fit éditer avant de le rejoindre. Je l'ai vue pleurer, lors d'un de mes retours de l'étranger. Je ne comprenais pas alors que l'amour pouvait être si fort. Fort au point de marcher sans le savoir vers la mort, ultime porte séparant ceux qui s'aiment. Ce soir, j'ai le cœur bas, plus bas que tous les ciels d'orages. J'ai le cœur au bord des lèvres qui chatouillent mes mains. A toi, Gaston, l'ami de Dieu et des hommes. A toi mon grand-oncle ! Ce n'est pas un poème qui se dessine mais un florilège de ses recueils. Si quelqu'un devait se souvenir, j'aurais le cœur en fleur.


On parle on chuchote,
On pense, prend des notes
Inexorablement,
On brasse du vent.

On lit, on oublie,
On relit, on écrit,
Mais toi,
Où es-tu toi ?

Je sais tes colliers de songes
Tes pays de vertes lune,
Les clairières d'aurores
Les aubes en fleurs
Et les portier de ton âme
Avec tes ailes repliées
Tes amours de juillet,
A force de porter le jour,
Et de recoudre le ciel bas,
L'heure équilibre a sonné pour toi.

Qui sait encore ton nom ?
Ce jeune devenu vieux
A qui tu ouvris tes dons,
Et qui reste silencieux ?

Moi, je me souviens,
Je t'ai même retrouvé,
Bradé sur les marchés
D'une ère d'informaticiens.

Oh oui, je te porte en moi,
Avec Vony, morte de toi,
Et puis Pablo et Miguel et Cynthia,
Et ceux que tu ne connais pas.

Ami de Dieu veux dire notre nom:
Le rire aux yeux, oncle Gaston,
Je te donne des nouvelles:
Marilles est morte sans nous,
Comme Bruxelles crève sans vous.
Quelques fois, je t'avoue,
(Ne m'en veux pas, surtout,)
Je t'ai volé les ailes,
les colliers, les lunes
Mais pas Danielle !
(je n'ai pas fait fortune),

Les aubes et les aurores,
Je me les réservent encore
Pour porter le jour
Avec autant d'amour.

Piètre couturière,
Le ciel est à nouveau bas.
Et les clairières, ah les clairières,
Comment sont-elles dans ton là-bas ?

Les portiers de ton âme
M'ont appris le prix des drames.
Et quand vient juillet,
Je veille et tu renais.

Parfois, les soirs clairs,
Je vois passer,
Dans le bel univers,
toujours pressé,
Ton 'transétoiles'.
Alors nait ma toile:
Je ne la signe pas
Car je refuse ton trépas.



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Ce sera bientôt l’heure




Ce sera bientôt l’heure

Des âmes errantes

Ces heures angoissantes

Où même les chats se terrent

Pour ne pas sursauter de peur

En croisant un passant de misère.


Ce sera bientôt l’heure

De ceux-là qui n’ont plus

Ni terre ni mer ni ciel

Et qui marchent fourbus

En quête d’une ultime demeure

Où attendraient leurs ailes.


Ce sera bientôt l’heure

Où les honnêtes gens

S’enfouissent sous leurs draps

Y cachant de leur vie la froideur.

Doucement les aiguilles au cadran

Approchent l’heure qu’ils n’entendront pas.


Ce sera bientôt l’heure

Celle que j’attends et que j’aime

Où les ombres fuient la lumière.

Cette heure qui rend les chairs blêmes

Et les âmes glacées de terreur.

Voici l’heure des grands mystères.



Arwen Gernak
Le chemin des lunes bleues

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Traversant le matin à l'éveil de la ville



Traversant le matin à l'éveil de la ville,
J’ai vu des hommes œuvrant de leurs mains viles!
A maints coups de burins bruts et assourdissants,
je les ai vus détruire sans égards, cassant
La pierre grise, noble et lissée pas les ans,
La pierre tant révérée par les maîtres d’antan.
Insensibles à ses cris, sans foi, ils brisent,
Le roc qui autrefois fut une dure entreprise.
Pire, éviscèrent impitoyablement,
De leurs ancêtres, le diamant.
J’entends à chaque coup qui lacère,
Le souffle des vieux bâtisseurs de naguère;
Je sens l’odeur de leur sueur, ils sont heureux;
Je vois la passion flambant dans leurs yeux.
N'était-ce point étincelle de sainte folie ?
Les pierres, une à une, ne sont plus que débris,
Écrasant le respect et tout un testament,
Inexorablement.

Dans le regard des nouveaux créateurs,
Aucune joie, pas d’amour, aucune lueur ;
Rien qu’une horloge dans leurs prunelles mortes,
Dont le tic-tac à eux seuls importe.
Minutes marquées dans leur iris pour cadran,
Pendule moderne de la fin du tourment.
Point rompus, point fourbus, guillerets,
-Malheur à eux, s’ils s’étaient au travail usés-
Quand ils pousseront la porte de leur royaume,
Leur vie commencera par un verre de rhum !
Quelques fois, un soir, une femme dans leur lit,
Jamais la même, toujours une plus jolie.
Sur un mur plâtré aux airs faussement lisses,
Un projecteur de mensonges et d’images
Convie à de lubriques et fallacieux voyages;
Un gramophone plus petit qu’un biscuit
Diffuse une obsédante cacophonie.
Et le sourire enfin s’empare
De leur faciès ignare !

Il faut être patient,
Faire avec son temps.
Se dire qu’autre part
Se renouera l’histoire.
Peut-être, sans doute,
Quelques uns croient encore
Qu’arpenter les sentiers d'alors,
Refaire les même routes,
Soit une mission enrichissante.
Mes amis, tout s’invente
À chaque tour de roue !
Nous les hommes sommes sots ou sublimes fous
Et restons toujours pareils,
De magnifiques bêtes aux longues oreilles,
Les yeux écarquillés par émerveillement...
Ou par abrutissement.
Dirons nous : c’est épatant…

Ou « hi-han » ?


Avance, me dis-je, avance,
Parcours la circonférence
Sois l’ultime maille,
et que recommence le travail !


Arwen Gernak
Le vert écrin des songes
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Le peintre TYTGAT et mon grand oncle


TYTGAT ET MON GRAND ONCLE


La curiosité est le plus beau cadeau que les fées penchées sur notre berceau puissent nous offrir, elle est une source intarissable de plaisirs et de découvertes.


J'ai trouvé dernièrement au marché aux puces un livre sur le peintre Tydgat. A ma grande surprise, je constate que l'auteur n'est autre que mon grand oncle, Jozef Muls.


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Et les souvenirs d’enfance d’affluer.

L’oncle Jozef, le seul de la famille lié au monde de l’art, qui racontait à la petite fille que j’étais, toujours en train de griffonner, les moments agréables qu’il passait chez Tytgat.

L’oncle Jozef, qui possédait une extraordinaire collection d’oeuvres d’art et de livres précieux dont il fit don à l’université de Louvain où il enseignait.

L’oncle Jozef qui s’était aménagé dans les combles de sa maison de Kapellenbos un extraordinaire espace de travail où l’on accédait par un escalier qui tenait plus de l’échelle et qui comme il me le confiait en souriant dans sa barbe, interdisait “aux femmes” l’accès à son sanctuaire.

Les femmes, c’étaient sa sœur, vieille fille grasse et bigote et une naine turque sauvée de la débâcle d’un orphelinat d’Istambul après la seconde guerre mondiale.

L’oncle Jozef qui probablement gardait aussi dans son grenier l’enfer de sa bibliothèque.

Mais je m’égare...


J’ouvre le livre de Tytgat et, seconde surprise, il est dédicacé par Tytgat à l’éditeur. Je ne suis pas bibliophile, ce qui m'importe est le contenu d'un livre, mais ce petit plus me ravit.


Et puis, l’année de l’édition,1943, les reproductions en couleurs et l’emploi d’un papier luxueux par ces temps de guerre où le papier était une denrée rare, peut étonner mais il s’explique par le fait que l’Oncle Jozef était directeur des Beaux Arts de Bruxelles, sa fonction lui permettant d’obtenir certains avantages dont il fit profiter des artistes aussi bien flamands que francophones. Il était lui-même parfait bilingue.


Un troisième plaisir c’est bien sûr la lecture du texte. J’y découvre à la fois le peintre que je connaissais mal et l’extraordinaire sensibilité de l’oncle Jozef en matière d’art.


Parfois il me semble que les générations loin de se succéder, se croisent et s’interpénètrent.

Merci monsieur Gutenberg.


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In blue

Composé en 1924, « Raphsody in blue », poème symphonique de Gershwin fut la première oeuvre solide avec laquelle l'auteur abandonna le succès facile des opérettes, du cinéma et des "revues", en s'efforçant d'intégrer les caractéristiques rythmiques instrumentales et thématiques du "jazz" aux modes savants de la musique européenne, en l'occurence le poème symphonique dans le genre de Strauss. Malheureusement, quelque chose de l'emphase et de la mégalomanie instrumentale du modèle est passé dans l'imitation américaine, étouffant en partie la fraîcheur et la pureté des éléments du jazz. "Blue" est une expression américaine signifiant tristesse, nostalgie ou mélancolie; ce sentiment caractéristique a donné naissance à un thème de danse et de chant populaire non moins caractéristique, dont s'est inspiré Gershwin lorsqu'il a voulu célébrer la vie intense et tumultueuse des métropoles, des foules laborieuses, le vacarme des grandes avenues au pied des gratte-ciels, l'insatisfaction et la tristesse réprimées de l'individu perdu dans la foule. Phénomène typiquement américain: le sentiment éclôt, ténu et délicat, sur un sol de ciment et d'asphalte, dans la rigidité géométrique de la vie moderne. Musicalement, cette oeuvre se compose de divers éléments: les cris insolents d'une instrumentation de jazz multicolore, attirante par la banalité de son allégresse bruyante et facile; le repliement élégiaque et désolé sur la nostalgie des archets et des saxophones; et, au fond de tout cela, le rythme obstiné et frénétique du jazz, comme le piétinement d'une foule énorme et affairée. Il ne s'agit donc pas d'une oeuvre légère ou burlesque, ainsi que pourrait le laisser croire son aspect extérieur particulièrement brillant; mais d'une oeuvre profondément sentie, exprimant en partie la tragique contradiction de la vie moderne dans les grandes capitales, constructions arides de ciment et d'acier.

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