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Quand on ramène un oublié des amoureux d'Arts et de Lettres, s'appuyer sur un grand nom de la littérature belge me semble une manière plus que logique.
Je vous livre donc la préface du recueil ' L'heure équilibre' de Gaston Godfrin par Michel Joiret en 1982. Tous les recueils de ce poète sont en possession de ma famille. Ce que je trouve le plus regrettable c'est que le sang de son sang ne prête pas plus d'attention à celui qui les aima tant. Je prends le relais, ne lui arrivant pourtant pas à la cheville. Aujourd'hui, mieux que jamais, je comprends d'où provient cette hypersensibilité qui m'habite.

Voici donc cette préface, qui vous fera sans doute comprendre et connaître qui était ce poète belge:

"Peut-être oserais-je mourir
Un rêve fou entre les dents...."

Gaston Godfrin parle si doucement de la mort que d'obscures connivences se tissent entre le poète et sa lyre noire. On ne peut en effet être dupe : chez un être dont l'intelligence des choses est toujours en éveil, une connaissance profonde de l'espace et de ses limites prend des formes concrètes et nuancées. N'est-ce pas Camus qui disait que la lucidité est une forme supérieure du désespoir ? Godfrin ne définit pas la poésie mais il parle d'un état de grâce et de disponibilité second à aucun autre........

"Longues rames d'ennui
Dans les gares sans tête
Un train trébuche et tette
Le sein plat du ciel gris."

On observera l'aisance de la transcription métaphorique, la disposition classique d'un hexamètre très souple, la musicalité des syllabes élues semble-t-il pour leurs vertus acoustiques, l'intériorité d'un ensemble que le confort du genre dispute à la fantaisie, voire à l'audace du trait. Poète rassurant par le ton et l'obédience à la tradition, Gaston Godfrin cède à l'inquiétude quand elle s''écrit en filigrane de la tendresse d'être, cette même tendresse qui est le patronyme de la poésie de Godfrin, présente à tous les échelons d'une existence aux sens tendus comme les conques, toujours à l'écoute des êtres et des choses. L'heure équilibre est le recueil d'un autre temps, sorti vivant des " yeux du Grand Meaulnes".

" Seul l'homme est briseur d'équilibre
Ses mains ouvertes sont plateaux
D'une balance que ne vaut
Pas le poids clair d'un oiseau libre "

Dieu, la femme, l'enfant, la mort sont les protagonistes d'un drame dont le poète distribue les rôles selon l'humeur des choses et du temps. "'Refermons ce silence" dit le poète sensible à la vie intérieure, à l'absence même de la vie là où Dieu s'arrange avec l'image qu'il laisse de lui aux hommes de passage.

" Crane à l'envers
Où roucoule la pluie"

Il est clair que Gaston Godfrin a toujours recherché la vérité par de fréquentes plongées dans l'inconscient, il est évident qu'il vivait en poésie comme on vit en religion, toujours prêt à assumer l'indifférence des tribuns et des marchands.
Qu'on se garde de "tuer quelqu'un
à coup de mémoire"
le poète, lui, résistera à la vanité des thuriféraires comme au geste débonnaire des indifférents. " J'ai le bonheur profond au sein de ma maison", disait-il en substance à ceux qui voulaient bien l'écouter. Mais écoute-t-on les poètes dont l'engagement est bien plus un acte de foi qu'une incitation à la parole ?

Il se devait que Marin mourût au cœur de la bataille de la lys et que Périer s'éteignît tout près du Bois de la Cambre. Il est juste, sans doute, que Gaston Godfrin trouve au terme de ses jours, des accents nouveaux, qu'il avait appelés de toutes ses forces mais qui l'attendaient au terme de son existence, comme s'il fallait les mériter, les voir venir, comme si la douleur et l'ombre négociaient pour s'approprier avec l'âme, la charpente verbale du poète. Ainsi, Godfrin restera le poète d'ombre et de lumière comme chez Périer, comme chez Marin. A nous de faire le jour au-delà de l'éloignement.

" Laissons mourir le rêve
D'avoir été nous-mêmes"

Tout ceci est simple, presque évident. Carême se rapproche. On se souvient de Bernier, de Périer, de Marin. On dresse le couvert pour l'éternité et les mots circulent. Gaston Godfrin nous parle avec lenteur, ce ralenti d'un vécu intense, d'une circulation vive de l'essentiel.

Décidément, il y a des mots qui nous font douter de la mort elle-même....


Michel Joiret
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Gaston Godfrin, poète oublié


Il était vital pour moi de ramener à la lumière du présent ce poète belge, originaire de Neer-Heylissem.
Il publia son premier recueil en 1950. Le dernier, il ne le vit pas paraître. Sa femme, Vony, son épouse de toute éternité veillera à le faire éditer. Son titre: 'L'heure équilibre' paru aux éditions ' LA DRYADE'.

Voici quelques extraits de cette 'HEURE ÉQUILIBRE':

Au fort du rêve

Ourle ton âme
D'orages verts,
Recouds de flammes
Le cœur ouvert
Qui, sous le marbre,
Corne l'oubli.
Crois en ton arbre
Malgré Midi
Brûlant les feuilles.
Au fort du rêve,
Que tu le veuilles
Ou non, se lève


La folie d'être


Gaston Godfrin


L'heure équilibre


Peut-être, oserai-je mourir
Un rêve fou entre les dents,
Comme un faucon dans l'air ardent
Et que Midi vient éblouir.

Je grifferais la peau du ciel
D'un grand coup de songe affûté
Au diamant de mes étés
Quand giclent les roses de sel.

Mes dieux à peine éteints fuiraient
Sur d'asiatiques cavales;
Je volerais à ras d'étoiles,
Piqué d'orages et de forêts.

Sevré de l'arbre aux apparences
Comme l'écho de son métal,
Je peuplerais mon champ spectral
Des photons d'or de mon enfance.

Je planerais longtemps ainsi
A voir naître l'heure équilibre
Où sur le corps, l'âme éclôt, libre,
Et le calcine au flanc d'un cri.


Gaston Godfrin


Le transétoiles


Je prendrai le transétoiles
A la tombée des regrets
Dans la gare provinciale
Qui ne compte plus d'arrêt.
Par un beau clair de coeur
Comme il en fait quand on prie,
Les volets verts du bonheur
Redescendront sur ma vie.
Dans mes valises, l'amour,
Torturé comme les rues
A la queue des vieux faubourgs,
Se souviendra de la nue
Où il faisait bon rêver
Entre une lune bien rousse
Et un brin de vent bleuté.
Sans sous, je paierai ma course
Avec l'air grue du voisin
Qui n'a jamais rien compris
A l'horaire de mes trains.
Le quai désert, mes amis,
Attablés à mon passé,
Mâcheront un pain d'épeautre,
Se boiront morts pour chasser
Le vide qui remplit l'autre.
Je brûlerai les signaux
Où tout songe est un flambeau
Des nuits ferrées de folie
D'où fusent nos autres vies.
La Terre me croisera
Qui fut l'arc de mes poèmes;
Brillant de mille carats
Y dansera ma bohème.
Comme un pays de moineaux
Peuplé de vertes prières,
A Dieu tirant ses rideaux
Je tendrai ma foi première.
Je prendrai le transétoiles
A la tombée des regrets
Dans la gare provinciale
Qui ne compte plus d'arrêt.

Gaston Godfrin


Oubli

Comme une armée de pas longtemps en marche
Comme dans les branches du poème
Les mots assassinés
Comme on descend ses Champs-Elysées
Dans une coque de bois mort.

Oubli

Retourner soi-même
A la vague première
Comme la première mer.

Oubli

Chance de n'être
Qu'une rumeur à naître
Dans le silence fruité
D'un grand songe d'été.




....A Gaston Godfrin mon grand-oncle
....mon maître
....celui que je n'oublierai jamais.



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administrateur théâtres

Histoires Comme ça ( au théâtre des Martyrs)

Un gâteau, dans un gâteau, dans un gâteau...

Comment le Rhinocéros acquit sa peau,

Comment le Léopard acquit ses taches,

Comment la Baleine acquit son gosier,

L'Enfant Éléphant,

La rengaine du père Kangourou,

Comment naquit la première lettre,

Drôle et poétique, ce spectacle réveille les histoires comme ça de Kipling. Nostalgique aussi, car Best Beloved , sa fille Joséphine, est morte de pleurésie à huit ans…

Elle n’a plus de regard pour s’émouvoir des couleurs, la lumière lui a été ravie… mais elle entend toujours la voix du cœur paternel qui bat pour elle. Son père lui parle inlassablement, à peine s’il fait face au public… Il brandit un atlas pour témoigner de la véracité des histoires à prendre au sérieux. Tout ça s’est passé quelque part, dans des temps lointains, une réalité contée, pour taire l’immensité du chagrin. Fataliste mais tendre, comique à dessein, il commente les vraies estampes de l'écrivain projetées sur les cartons, et, à force de détails répétés, il ponctue les histoires si vivantes avec des accents d’incantation: ...Best beloved !

La scène est jonchée de caisses de déménagement, il est entre deux. La voix sauve, qu’importent le décor ou la réalité. « Un jour, les hommes appelleront ça l’écriture… »

Elle n’est plus, il est Orphée et ressuscite les mots avec attendrissement, pour la faire rire et la surprendre encore, recréant l’amour….un monologue sans fin. Langue loufoque par moments, mime théâtral passionné, les silences aussi sont éloquents. Chemin faisant, un mystérieux gâteau se prépare, voici des miettes de bonheur pour la petite fille. Là-bas, à gauche sur la scène derrière le rideau, qu’y a t- il ? On imagine, sans doute un gouffre béant et vide vers où se tourne inlassablement le visage du père illuminé du sourire de la tendresse pour l'absente…

Pour qui est le gâteau ? Et voici des broderies musicales enthousiastes sur piano à queue Hanley… qui scandent joyeusement la vigueur des histoires et la blancheur des falaises d’Albion. Quelques chansons anglaises farcies d’humour. La salle acquiesce, rit et murmure, l’émotion est palpable. Comme un refrain toujours renouvelé de la dernière histoire, voici le crescendo : les variations de Mozart sur « Ah vous dirais-je maman» et en point d’orgue, l’adagio. Que d’amour dans cette musique qui, plus que les mots encore, enlace et découvre l’invisible…

Nous avons reçu en plein cœur cette interprétation très fine du comédien et artiste Bernard Cogniaux, on a redécouvert des histoires très touchantes….

Un gâteau, dans un gâteau, dans un gâteau…

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/atelier/piece1.html

…Très originale, la mise en scène signée Marie-Paule Kumps

Du 21/09 au 30/10/2009

Dim : 26.09 et 03.10

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Sous la nacre lunaire....Comme un rêve



Dans Bruges, la belle dentellière,
Sous les rayons de la nacre lunaire,
Dorment les vieux et longs canaux.
Les silences de ces miroirs d'eaux
Règnent sur une ville assoupie
Dans les bras généreux de la nuit.
Ô lune, belle comme une perle,
Bientôt tu rendras aux jeunes merles
Le pouvoir d'éclairer
De leurs courts becs dorés
Les voies aux arcs voutés,
Petits ponts ombragés.
Dont les passants curieux
Sont les plus amoureux.
Mais dors encore, Bruges ma toute belle !
Repose-toi sous les draps du ciel..






Comme un rêve


Tandis que j'admire le jour
Dans son sublime abandon
Livrer à la nuit son agonie

Comble de tous ses amours
Un soupir franchit mes lèvres.
Alors, dans un élan de sérénité
Quand vous quitte la fièvre
Et l'oubli vous fait don
De quelques secondes d'Éternité
J'offre les pauvres fruits
De mes errances quotidiennes
Misères que l'on égrène,
Aux bras tendus de l'Infini.

Arwen Gernak

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Fast-finger lady

Fast-finger lady
You're stealing in the shop

Fast-finger lady
The item is away with a hop

If they're not looking to you
They will never know who

Fast-finger lady
You don't care what they think

Fast-finger lady
You don't care what they care

You'll always be stealing
It's your way of living

Fast-finger lady
The police is after you
Like a sword above your head

Fast-finger lady
You're always on the run
And you can get no aid

You're always pushing the line
Looking for more adrenaline.
You know that some day you'll be caught
It's the rules of the game,...
And noone to give the blame

It's too bad...

It was your one last shot
But maybe the one too hot
You got a bullet in the head, it's too bad...

You got a bullet in the head
It's the rules of the game...
And noone to give the blame.

It's too bad...
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Baiser fugace

Délicate rose sur mes lèvres toute douce appuyée
Ebranlement des sens, chavirement du coeur redouté, désiré
Maladresse équivoque ressassée, retournée par mon esprit mutiné.

La déesse de la nuit devait nous recouvrir
De son étole parfumée, complice éphémère.

Uns et légion nous étions dissimulés
Aux yeux d'Argus de la multitude.

Etre aimé, obsession avouée, inassouvie
Et suave qui ne me laisse aucun répit.



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La beauté du Québec

Il va bientôt pleuvoir de troublants coloris,Dans le lieu verdoyant où je vis à l'abri.C'est une fin d'été sereine et lumineuse.Près de moi, des passants ont des mines joyeuses.Dans le lieu verdoyant où je vis à l'abri,Je suis allègrement le chemin que j'ai pris.Prés de moi des passants ont des mines joyeuses.Je goûte en liberté des pauses savoureuses.Je suis allègrement le chemin que j'ai pris,Sous un ciel fascinant et bien rarement gris.Je goûte en liberté des pauses savoureuses,Des grâces indicibles, offrandes fabuleuses.Sous un ciel fascinant et bien rarement gris,J'accueille chaque jour, en mon âme attendrie,Des grâces indicibles, offrandes fabuleuses.La beauté du Québec me semble cajoleuse.4 / 9/ 2005
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Espace Art Gallery a le plaisir de vous convier à l’exposition :
«Des couleurs et traces aux lignes précieuses »

Britt VOGELS (Be) peintures
CLEG (Fr) peintures
Marlène DESSARZIN (Ch) peintures
Sophie – Mathilde TAUSS (Fr) sculptures


Du 06 octobre au 24 octobre 2010.

INVITATION AU VERNISSAGE
Mercredi 06 octobre de 18 h 30 à 21h 30.
Drink de bienvenue et petits sandwichs fourrés.

Espace Art Gallery 35 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles.
Ouvert du mardi au samedi : 11h 30 à 18 h 30 et
le dimanche sur rendez-vous.
GSM : 00 32 497 577 120

&
INVITATION POUR UNE SOIRÉE FESTIVE
avec les auteurs Bruxellois des Éditions Chloe des Lys
,
le samedi 23 octobre 2010 à partir de 20h00


Participants : Bob Boutique, Billington Olivia (Livvy),
Bokhorst Hermine, Damman Marie (*M*C),Hiernaux Gauthier,
Leruth Dominique, Magerotte Alain, Malengreau Raymonde,
Milie Kate, Ndanyuzwe R.M.G, Plasschaert Daniel, etc...
Invitation à l’initiative du réseau des Arts et des Lettres
en Belgique Francophone

Voir: http://www.bandbsa.be/foires/ixelles2010.htm

&
INVITATION A VOIR LA COLLECTION

Espace Art Gallery II 49 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles
En mezzanine de Espace Yen
Du 04 septembre au 30 octobre 2010
Ouvert du lundi au samedi : 12 h à 14 h 30 et de 19 h à 22 h 30
Téléphone : 02/649.95.89
Site de présentation de Espace Yen :
https://artsrtlettres.ning.com/group/larttable

&

INVITATION A VOIR LA COLLECTION
« AFTER WORK »

Drink tous les mercredis lors des vernissages
De 18 h 30 à 21 h 30
Espace Art Gallery
35 rue Lesbroussart à 1050 Bruxelles

Britt Vogels (Be)

Pèlerinage vers l'inconnu...

« Ma vie durant en suivant le sillage de mes maîtres spirituels, je traverserai les nuages noirs pour rejoindre le soleil et trouver les partitions d'une musique qui fait danser la vie. Comme Smohalla je chercherai la sagesse dans les rêves et m'appliquerai à ne rien dire si ce n'est pas plus beau que le silence.

En suivant Taisen Deshimaru, je prendrai conscience que l'océan est en moi. Comme l'enseigne Bouddha, je vaincrai la colère par l'amour. Mon pinceau tout comme celui de Ting, se laissera guider par l'idée et Hokusaï m'aidera à percer le mystère pour que chaque trait, chaque point soit vivant, que les auras de sable et de pierres radient de sagesse, que les reflets d'or illuminent la vie et que les fragiles silhouettes se mettent à danser....

Bienvenue au pays des trésors enfouis, des secrets non dévoilés, des énigmes non élucidées....du Dokan rempli par l'amour universel, des empreintes du temps mêlées au présent...là où l'on cherche le silence, moins fastidieux que l'ivresse des mots....là où l'on suit un pèlerinage dont la destination est inconnue. »

Cleg (Fr)

Peintre-reporter d’Afrique

Aujourd’hui coach et psychothérapeute, Christian Legrand expose ses toiles depuis 7 ans sous le nom d’artiste CLEG. Longtemps mordu de photoreportage, il s’est découvert une passion pour la peinture il y a vingt ans avant de se jeter réellement à l’eau en 2003. Amoureux de Nicolas de Staël, Gauguin, Matisse et des fauvistes, il a su puiser dans ses voyages au long cours (l’Algérie, le Sénégal, Mali, Ethiopie, le Kenya, l’Egypte, les îles tropicales) l’inspiration sensuelle à son art : les odeurs et les ambiances des marchés, l’énergie vibrante et les éblouissements de l’Afrique, la gourmande anarchie d’un monde où tout devient matière, puissante symphonie en même temps que douceur et sérénité. Au spectacle de ces terres de contrastes, il découvre le monde et se révèle à lui-même. Les personnages qu’il met en scène restent sans visage, anonymes et humbles, nimbés d’une mystérieuse présence qui rassure, qui calme l’angoisse de la séparation universelle. Dès lors, ce moment de vie saisi en pleine lumière dans une joyeuse déclinaison de couleurs chaudes devient un message d’harmonie délivré dans la paix et la fluidité. Christian Legrand ouvre grand cette fenêtre sur un univers qui n’appartient qu’à son regard subjectif de peintre-reporter de l’Afrique qu’il aime, celle du 21e siècle, et qu’il veut faire partager.

Marlène Dessarzin (Ch)

Les pérégrinations du voyageur

La création fait partie intégrante de l'homme, il découle de sa personne tant d'émotions, tant de sentiments contraires qu'il ne peut exprimer qu'à travers elle.
L'enfant dans les premières années de sa vie ne craint pas l'échec, il s'anime, s'extériorise sur bien des supports, des matières qu'il estime. Puis pour la plupart, survient l'absence stérile jusqu'au jour où l'esprit dans sa révolution intime rencontre l'opposition. La création devient dès lors l'unique nourriture substantielle que le voyageur peut absorber véritablement.
Il découvre des déserts dans l'écume et l'ardeur dans les fleuves, il s'enivre d'altitude et prend connaissance des profondeurs, il s'émerveille d'inconnu et craint par la suite l'éloignement. Le voyageur solitaire finit par se perdre dans ses pérégrinations.
De là revient les expériences premières, la découverte de l'identité pour ce faire, plume, pinceau, matière qui du geste esquissent les horizons de l'intimité, ses vacillations, ses tremblements et ses frayeurs. L'enfant silencieusement revisite la conception tentant de retracer la quiétude et l'unité dans ses fondements.


Sophie – Mathilde Tauss (Fr)

Sculpteuse d’humanité Vit et travaille depuis 1986 dans le Vexin près d'Auvers-sur-Oise.
Partage son temps entre l'exercice de sa profession de psychiatre-psychothérapeute et la sculpture (modelage et taille de pierre).
Inititation aux multiples étapes du moulage et de la fonte dans l'atelier de Jean Cappelli, de 1983 à 1987.
Collaboration avec Patrick Paumelle et son équipe depuis 1988 dans leur fonderie champenoise.
Elève "libre" aux Beaux-Arts de Paris dans l'atelier de Jacques Delahaye de 1989 à 1992.
A travaillé régulièrement à Carrare dans l'atelier Nicoli de 1985 à 1998.
Accueillie dans les carrières de Laurens (Hérault) par Michel Anglade depuis 1999.

Dialogues ...

Jeux d'ombre et de lumière, accueil des contrastes, des opposés, en les réunifiant.
Ying yang, animus anima...
Réconciliation sans fusion, dans le respect de l'espace, de la distance de l'un à l'autre.
Enseignement dans toute relation, à soi-même, à l'autre, au monde...
Formes et informes, déroulements, enroulements, spirales, verticales, hélicoïdales,Vide et matière, aspérités, accroches, points de rencontre, jeux de brillance, de texture, de couleurs, espaces, lignes de fuites, points d'absence.
Emergences et retraits, alternances...
De la matière à l'invisible, dialogues...

A voir du 06/10/2010 au 24/10/2010 au 35 rue Lesbroussart à 1050 Ixelles

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administrateur théâtres

Il est où l'incendie?

L’INCENDIE DE LA VILLE DE FLORENCE

Texte de : OLIVIER COYETTE

Joué avec brio au THÉÂTRE DE LA BALSAMINE

21/09/2010 >> 02/10/2010

avenue Félix Marchal - 1030 Bruxelles – Belgique Site Web : http://www.balsamine.be

Le public est sous le livre qui égrène les images de merveilles humaines, époques et horizons confondus. Brouhaha étourdissant, tant il y en a. Quand la page blanche se meut, la page est pliée en deux, au creux du pli, quatre femmes, de chair, de cheveux, de rires, d’humeurs et de voix surgissent et s’élancent au plus près du public, comme la voile dans le vent. Qui souffle ? Pour aller loin, au près serré, à travers les déferlantes…. Nouvelles Euménides ? Leur chaleur caresse le premier rang, facettes dévoilées, elles Vivent. Leurs voix émeuvent, leurs gestes captivent, parlent les yeux… Ecoutez-les respirer, faites de même, voyez battre leur col plein de vie, vous sentirez la vie déferler. C’est ce qu’elles font tout au long du spectacle, une ode à la vie.

Quatre voix de femmes qui ne font qu’une, qu’un chant réveillant la torpeur moderne. A la bouche un poème d’élan juvénile, de ravages, d’existence. J’aime donc j’existe… Elles racontent, en faisant tout autre chose - qu’on se gardera bien de vous dire, pour ménager l’effet de surprise. Ne sont-elles pas toutes multi-tâches… ? Elles racontent, en feuilletant une encyclopédie. Mais sous ce réel récité, il y a l’à venir qui va éclore des bouches vivantes…

Le poème a été écrit pour elles, par elles ? Par un homme qui veut percer leur mystère, les connaître enfin, les dévoiler, qui a lâché ses balises pour traverser l’océan. Il y a tant de culture, de tissu complexe fabriqué par l’humanité, tant à découvrir, à apprendre, à faire connaître. Où est l’essentiel ? Wikipedia s’en mêle… recherche: la ville de Florence est passée au peigne fin…. L’histoire, l’actualité, peintures d’une époque, d’une réalité ? L’art, peinture d’une réalité plus haute ? Jamais vue ?

Voici une pièce de théâtre audacieuse et innovante… Las, voici l’avenir, une page blanche, lieu de tous les possibles, angoisses gommées, tant la vie peut être présente et vive, si on le veut. Que sommes-nous maintenant, une cacophonie ? Alors que tout se joue à l’intérieur. Et qu’il faut oser dire, atteindre le vrai et le senti, faire péter les nœuds, se mettre en colère, pleurer et trouver et pincer cette corde ou cela vibre et où cela vit… la femme ose, la vie déferle. Nous ne sommes pas des cellules virtuelles ou mortes…

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Le don de l'artiste

« Qu'ils soient croyants ou pas, les artistes donnent du sens à l'histoire de l'humanité même s'ils sont inconnus. Les grandes avancées se font aussi avec ces milliers de pas anonymes qui laissent leurs empreintes sur les chemins de l'âme du monde. Quelqu'un connaît-il le nom de toutes les étoiles ? Pourtant, elles brillent toutes. Plus les artistes s'obstinent à créer hors de toute gratification, privés de toute a sécurité, plus ils se rapprochent des sentiers de Dieu. Peu importe s'ils sont athées ! Même lorsque la société n'en veut pas, l'artiste fait don de sa création à l'universel, à l'Intemporel au Créateur et peut-être aux hommes lorsqu'ils estimeront en avoir besoin.

Transcender son existence vers un but qui n'a pas d'utilité immédiate est un acte de foi. Il est souvent mal compris et l'artiste a parfois l'impression de vivre sur une autre planète ».

Martina Charbonnel : "Une aventurière de Dieu "

Lire le début de ce livre

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La poésie française en devenir

Dans les lignes maîtresses de la poésie contemporaine, Daniel Leuwers mentionne les forces de l’inconscient dans le flux du langage. Cela veut-il dire que le poète transcrit souvent spontanément ce qu’il ressent en des mots jaillissants qu’il ne contrôle pas ?

En une telle situation, l’écriture poétique devrait provoquer certains émois chez le lecteur d’une suite de phrases éloquentes, paraissant incongrues. C’est ce que j’ai éprouvé en lisant des poèmes de Farid Chettouh qui a fait le choix de la poésie contemporaine.

Il est évident que d’autres poètes de la modernité n’écrivent pas de la même façon. Ils jouent sur la valeur polysémique des mots et les écrivent souvent les uns à la suite des autres,sans leur assigner de signification. Le résultat pourrait être harmonieux mais il est souvent décevant sinon aberrant.

C’est sans doute en faisant ce constat que certains poètes ont renoncé à cette nouvelle façon d’écrire tout comme les surréalistes avaient abandonné le dadaïsme, jugé stérile, après s’y être adonnés avec ravissement.

J’ai apprécié la modestie et l’honnêteté de Denis Roche dans ses commentaires sur ce qu’il appelle la poéticité, menant à la méculture, alors qu’il qualifie ses poèmes de mécrits pour les désavouer. , cessé toute

Contrairement à lui, des poètes contemporains, souvent, ne possèdent pas le sens critique leur permettant de reconnaître la médiocrité de leurs écrits. Ils se congratulent et s’abusent mutuellement.

Il est heureux que la poésie, libérée de certains impératifs codifiés, soit devenue accessible à un grand nombre d’êtres sensibles et que des associations culturelles encouragent son épanouissement et son rayonnement, en préconisant qu’elle demeure musicale et intelligente.


Yves Duteuil a chanté la langue de chez nous. Il faut lui conserver toutes ses harmonies.

La poésie a certes des effets profitables. La joie nous vient souvent de la réalité.

22 août 2010

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Le Tiers instruit de Michel Serres (1991)

Toute pédagogie reprend l'engendrement et la naissance d'un enfant: né gaucher, il apprend à se servir de la main droite." De même que le gaucher contrarié peut se servir, pour des usages variés, de ses deux mains, de même, l'homme vraiment cultivé est à la fois grammairien et styliste, littéraire et scientifique.

Mieux: il sait, comme Hermès, dieu des messages, "faire communiquer les domaines séparés du savoir, comprendre que la littérature dit la science qui retrouve le récit qui, tout à coup, anticipe sur la science".

Ce n'est pas un jeu gratuit: s'instruire "en tierce-place entre ces deux foyers" du savoir, c'est éviter l'hégémonie totalitaire d'un discours dominant, et, par là, contribuer à la paix qui est le bien suprême de l'éducation morale, et à l' invention qui est "les seul acte d' intelligence vrai".

Né à Agen en 1930, Michel Serres entre à l'Ecole navale en 1949 et à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm en 1952. Agrégé de philosophie en 1955, il est, de surcroît, titulaire d'une licence de mathématiques et d'une licence de lettres classiques.

De 1956 à 1958, il sert comme officier sur divers vaisseaux de la Marine nationale: escadre de l'Atlantique, escadre de la Méditerranée. Puis il enseigne la philosophie, l'histoire des sciences et la logique mathématique à Clermond-Ferrand, Vincennes, Paris I.

Elu en 1990 à l' Académie française, il est, depuis 1984, full professor à l'Université californienne de Standford, où il a rejoint René Girard.

L'horreur de la guerre

Il semble qu'après sa thèse de doctorat, soutenue en 1968 ("Le système de Leibnitz et ses modèles mathématiques"), son oeuvre tout entière ait été motivée par l'horreur de la guerre, horreur qui explique aussi sa démission rapide de la Marine nationale:

"Je ne voulais pas servir les canons et les torpilles, la violence était déjà, elle est restée, toute ma vie, le problème majeur" ("Eclaircissements", entretiens avec René Latour, François Bourin, 1992).

Or, la violence a plus de têtes que l' Hydre de Lerne: les siennes repoussaient sitôt qu'elles étaient tranchées; Hercule n'en triompha, selon la légende, qu'en les coupant toutes d'un seul coup.

Mille visages, déjà apparus dans les cours de récréation, quand les batailles entre enfants se déclenchent "sous le regard paterne et aveugle de l'instituteur", revenus à tous les moments de l'histoire du siècle pour ce qu'il faut bien appeler "la génération de la guerre" ("Eclaircissements", op. cit. p. 10):

"Ma jeunesse va de Guernica -je ne peux pas regarder le célèbre tableau de Picasso -à Nagasaki, en passant par Auschwitz".

On les retrouve même là où on pensait s'en être le plus éloigné, dans la recherche scientifique et les colloques intellectuels, car "l' éloquence vocifère pour terrifier les parleurs alentours", et à notre époque qui a célébré à Hiroshima les noces de la science et des puissances destructrices, "la culture continue la guerre par d'autres moyens".

L'oeuvre tout entière est une réaction à la peur, "cette peur qui peut passer pour la passion fondamentale des travailleurs intellectuels", et qu'affronta -peut-être pour l' exorciser-, l'officier de marine. S'expliquent ainsi d'abord la passion pour Leibniz, ensuite les travaux "structuralistes", enfin l' idéal de culture défini dans le "Tiers-instruit".

A la source: Leibniz

Le sujet de thèse ne fut pas un hasard, et il n'est pas dû seulement au fait que le penseur allemand inventa l'algèbre et, même, la moderne topologie. Le choix est surtout dû au fait qu'il tenta toujours de concilier la recherche rationaliste de l' unité et le respect de la multiplicité, de la diversité, de la différence, affirmée dans le principe "des indiscernables" (il n'y a pas deux feuilles d'arbres parfaitement semblables): "L' individu est le profil de l' universel" ("Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques").

La méthode de Leibniz:

"multiplier autant qu'il se peut les cas singuliers, les variétés et les degrés, avant de découvrir l'invariant de la variation" (op; cit., p. 559).

L' invention mathématique de Leibniz fut le calcul différentiel qui traite des variations infiniment petites des variables d'une fonction unique, et il inspira son effort pour dépasser et concilier le monisme et le pluralisme.

La paix a tout craindre d'une science hégémonique qui prétend imposer sa vérité à toutes les autres, mais aussi, inversement d'une dispersion des disciplines éclatées et incapables de communiquer, vivant en une diaspora que cherche à éviter le structuralisme.

Les travaux structuralistes

Michel Serres fut longtemps considéré, avec Claude Lévi-Strauss, comme le théoricien le plus fidèlement accordé à la méthode structuraliste. Lévi-Strauss tirait celle-ci de la linguistique de Jakobson et de F. de Saussure, et tentait de montrer que les sociétés, à l'instar des langues, sont des systèmes dont les lois déterminent à leur insu les individus.

Le structuralisme de Michel Serres est, lui, d'inspiration mathématique et se réclame de Bourbaki (nom donné à un groupe de mathématiciens français qui, depuis 1939, ont une exposition formalisée et systématisée de leur science):

"On peut maintenant faire comprendre ce qu'il faut entendre d'une façon générale, par une structure mathématique. Le trait commun des diverses notions désignées sous ce nom générique est qu'elles s'appliquent à des ensembles d'éléments dont la nature n'est pas spécifiée; pour définir une structure, on se donne une ou plusieurs relations où interviennent ces éléments (...); on postule ensuite que là où les relations données satisfont à certaines conditions (qu'on énumère) et qui sont les axiomes de la structure envisagée" ("Les grands courants de la pensée mathématique", Cahiers du sud, 1948, p. 40-41).

L'intérêt des mathématiciens pour les structures venait de ce qu'ils définissaient moins leur discipline comme une science des nombres et des quantités que comme une science de l'ordre.

Employer la méthode structurale, c'est considérer les ensembles plus que les contenus de ces ensembles: ceux-ci, en effet, peuvent avoir la même organisation globale, bien que les contenus soient différents. On dira alors, que ces ensembles ayant même structure, sont "isomorphes".

Le travail structural consistera à comparer ces structures: la méthode structurale est une méthode "comparatiste".

L'influence de Dumézil

Georges Dumézil (1898-1986) fut, par ses études sur les mythes indo-européens un maître en la matière et un inspirateur de Michel Serres. Plutôt que de comparer des dieux isolés entre eux, Dumézil compare des panthéons (ensemble de divinités): il fait voir ainsi que la même structure organise les panthéons des divers peuples indo-européens, et qu'il y a correspondance entre le panthéon de chaque peuple et sa conception de l'ordre social, de l'Inde à la Scandinavie, et à l'antiquité gréco-latine: tripartisme des divinités (souveraineté, guerre, fécondité, Jupiter, Mars, Quirinus) et tripartisme de l'organisation colective (oratores, bellatores, laboratores).

Par ses divers travaux, Michel Serres va dans le même sens, mais avec encore plus d'audace: il ne rapproche pas seulement, dans les cinq volumes d' "Hermès", des panthéons entre eux, mais des textes littéraires et des théories scientifiques, des mythes et des sciences, des fables et des systèmes sociaux, des récits et des machines.

Don Juan et le potlach

Un exemple: Michel Serres associe les relations d' échange et de communication, telles qu'elles sont définies dans l' "Essai sur le don" de Marcel Mauss, texte fondateur de l' ethnologie contemporaine, et telles qu'elles apparaissent dans le "Dom Juan" de Molière.

Toutes les institutions montrent que l'obligation de donner et de recevoir est un phénomène social total, autour duquel se cristallisent les pratiques du groupe: échanges économiques, échanges matrimoniaux, échanges linguistiques, fêtes religieuses où les sacrifices invitent les divinités à rendre plus que ce que la société gaspille pour elles. Or Don Juan perturbe cette règle fondatrice de la vie culturelle pour les Indiens d' Amérique et les indigènes de Polynésie, règle dont, dès le début de la pièce, son valet Sganarelle a rappelé la valeur à propos du tabac:

"Il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve?".

Ensuite "les trois conduites de Don Juan, vis-à-vis des femmes, du discours, de l' argent, forment trois variations parallèles sur le thème du tabac" (Michel Serres, "Hermès I, la communication", 1968).

Don Juan perturbe la relation: il veut prendre sans donner en échange: il est mauvais payeur, sans parole et menteur, multiple séducteur. "Mais aurions-nous pu lire Dom Juan sans Mauss"?

Balzac et Descartes

Et pourrions-nous comprendre la diférence entre les descriptions de Balzac et de Musil sans montrer que les premières correspondent à une conception classique du déterminisme, les secondes à la physique rendue possible par la thermodynamique de Carnot, les théories de Boltzmann, etc.

Hasard, indéterminisme, semblent remis en question. Or c'est sur eux que s'appuient les descriptions de Balzac: il localise exactement le héros dans des lieux déterminés. Ces lieux sont emboîtés les uns dans les autres. La maison est à la ville ce que celle-ci est à la région, à la province, et la province au pays "Et donc tout est prévu ou prévisible dans cet universel réglé" ("Passage du Nord-Ouest").

Musil et l' indétermination de l'élection

Bien différente est la description chez Musil, écrivain autrichien (1880-1942), dans "L'homme sans qualités". Musil commence par dire les conditions météorologiques. Celles-ci ne déterminent aucune situation singulière, mais un grand nombre de situations. Puis Musil se penche sur la ville et la caractérise par des flux globaux plus ou moins rythmés: "une sorte de liquide en ébullition".

Ensuite, la description va des trajectoires individuelles à des considérations globales, et revient aux individus. Du point de vue global, on sait qu'il y a des accidents dans la ville, mais, pour les trajectoires individuelles, ces accidents sont imprévisibles ou prévisibles par des lois statistiques.

Par ces isomorphismes entre une théorie physique et une description romanesque, entre une théorie ethnologique et un drame théâtral, Michel Serres fait ingénieusement communiquer des domaines du savoir trop souvent séparés. On pouvait tirer bien d'autres exemples de ses nombreuses approches structurelles.

C'est ainsi qu'il retrouve la machine à vapeur dans l'accumulation du capital (Marx), dans le désir qui ignore le poids du réel (Freud), dans la volonté de puissance de Nietzsche, dans les deux sources de la morale chez Bergson, une chaude et l'autre froide, dans le roman de Zola, dans la peinture de Turner.

Tous les textes s'entr'expriment les uns les autres. S'annule alors la différence du texte et du texte vrai, de la fable et de la science, du mythe et du savoir: "Il n'y a pas de mythe pur que le savoir pur de tout mythe" ("La traduction").

Ou encore: "Un savoir sans illusion est une illusion toute pure". Certes, la science dit l'ordre, mais la science la plus nouvelle (voir "La nouvelle alliance" de Progogine et Stengers I.) apprend que le désordre est un cas particulier, et un moment de l'ordre.

Hermès agent de circulation

Qui est Hermès? Deleuze l'appellerait un "personnage conceptuel", un de ces êtres qu'inventent les penseurs pour représenter leurs concepts: messager, comme le dieu grec, intercepteur, traducteur, distributeur, il circule d'une discipline à une autre, les empêchant d'une part de se clore frileusement sur elles-mêmes, d'autre part de chercher à régir les autres. Ce transmetteur d' information est aussi un moyen de paix: il écarte la domination d'une science qui se croit reine et l'éclatement en domaines qui s'imaginent étrangers.

Entre eux, il occupe une tierce place, celle des relations et des réseaux de circulation. Mais, pour jouer son rôle, il faut tout un apprentisage qu'explique "Le tiers-instruit", et l'idéal de cet apprentissage, ainsi défini:

"Métissage, voilà mon idéal de culture, Blanc et noir, sciences et lettres, monothéisme et polythéisme, sans haine réciproque, pour une pacification que je souhaite et pratique. Toujours la paix, pour un enfant de la guerre" ("Eclaircissements", op. cit., p. 47).

Elever, instruire, éduquer

Le livre est divisé en trois parties: élever, instruire, éduquer, Formation du corps, développement de l'esprit, enseignement moral de l' âme.

"Enfin, qui suis-je au total? L'ensemble du volume entre l'être-là et le point exposé en ce lieu, thèse le plus souvent basse, et l'exposition. Cette distance couvre au minimum tout l'arbre et un immense espace, parfois. J'appelle cette dimension grande: l' âme".

L'élevage du corps

Le corps, certes, n'est pas sans importance, pour cet enfant de marinier des bords de la Garonne.

"Il a été fasciné par les corridas, il a couru, sauté, volé sur les manèges des kermesses, fait l'école buissonnière, bu du vin des vignobles des douces collines, il a joué au rugby, cassé des cailloux sur les chantiers, s'est engagé comme marin et a failli mourir dans un incendie avant d'étudier les mathématiques et la philosophie (Anne Crahay, "Michek Serres, la mutation du cogito" (1988).

Un gaucher contrarié

L'apprentissage d'une tierce instruction de l' intelligence qui ne soit ni littéraire ni scientifique seulement, mais à l'intersection des disciplines séparées, il l'a acquis d'abord dans son corps, quand l'instituteur a fait de lui un "gaucher contrarié", le forçant, lui, gaucher, à écrire de la main droite.

Comme si dans ce corps complété s'était inscrite très tôt ce qui sera la règle à suivre toute la vie: savoir écrire de la main droite et travailler de la main gauche, c'était se préparer au refus des connaissances éclatées.

Le gaucher contrarié annonce le métissage et le mélange des sources de culture. Et, faire l'éloge du corps ainsi réconcilié, c'est aussi se prédisposer à prêcher pour la tolérance ou

"l' amour, qui jouit de l'autre, dans son voisinage le plus proche, vivre heureux, et pour le devenir, ait au moins eu la chance ou le droit de naître".

A noter ceci: le gaucher contrarié n'est pas l' ambidextre, puisqu'il tient le marteau ou la raquette de la main gauche, et le stylo de la main droite, et, qu'en lui ne s'identifient pas les deux moitiés séparées restées symétriques et devenues équivalentes. Elles s'entrecroisent et se complètent, comme les deux moitiés du cerveau, chez "l'hermaphrodite latéral". Ce métissage, vécu d'abord, dans le corps, deviendre l'idéal entier d'une instruction non hémiplégique.

L' instruction de l' intelligence

"Toute pédagogie reprend l'engendrement et la naissance d'un enfant: né gaucher, il apprend à se servir de la main droite, demeure gaucher, renaît droitier au confluent des deux sens: né Gascon, il le reste et devient Français, en fait métis".

Le métissage se réalise par la conjugaison de la littérature et de la science, des cultures multiples et de la science universelle, de la grammaire et du style, de l'acquisition du savoir et de l' invention, des sciences "dures" (mathématiques, physiques) et les ciences sociales.

Littérature et science:

"La littérature dit la science qui retrouve le récit qui, tout à coup, anticipe sur la science". En exemple: "Zola raconte la famille des Rougon-Macquart et, ce faisant, apprend la génétique de son temps(...) Romancier, il chante le geste d'une tribu et les tribulations de ses membres, mais en suivant à la trace les éléments du génome, prend le geste précis des savants qui le décriront". Ce qui fait que se découvrent "des lacs de prémonition, des poches de sciences infuse dans des moments exquis de littérature".

Comprenons: il ne s'agit pas de dire, comme les marxistes, que l'oeuvre littéraire reflète la science de l'époque. Elle précède celle-ci, la pressent, en la prémonition, possède l' intuition "vague, mais rigoureuse d'un savoir et d'une épistémologie futures".

Verlaine et la science moderne

Le célèbre sonnet de Verlaine, tiré de "Sagesse", qui commence par

"L' espoir luit comme un grain de paille dans l' étable.

Que crains-tu de la guêpe, ivre de son vol fou?"

Donne lieu à des rapprochements séduisants.

Avec beaucoup de virtuosité, Michel Serres s'efforce de prouver que le poète ne dit pas seulement la science de son temps, mais qu'il anticipe aussi celle de l' avenir. La tierce-instruction naît de telles confluences.

Lucrèce et Prigogine

Lucrèce, poète latin (98-55 av. JC) fait figure de précurseur. Echappant à la mécanique des solides, pensant la matière comme un flux chaotique, pressentant le passage de son désordre à des structures ordonnées, il a véritablement annoncé Prigogine

Une philosophie inventive

D'une manière générale, la philosophie se doit d'être une anticipation des pensées ou des pratiques futures. Elle doit inventer et plus précisément: "Elle a pour fonction d' inventer les conditions de l' invention".

Deux voies doivent être suivies pour accéder à cette tierce place.

-Il faut renoncer à une manière critique ou judiciaire de philosopher. Cette méthode consiste à jouer au détective et au censeur en définissant les conditions de possibilité du savoir vrai ou du discours sensé, en combattant ceux qui ne respectent pas ces conditions, en engageant ainsi des guerres, et des controverses perpétuelles. Elle est celle des philosophes du langage (l'école analytique d' Oxford), par ailleurs utiles et respectables (Serres fut le premier à enseigner en France la logique mathématique), des "philosophes du soupçon" qui soumettent les fondements des autres systèmes à une analyse critique, mais prétendent quant à eux y échapper.

-Il faut savoir raisonner scientifiquement avec style.

"J'ai eu l'occasion heureuse d'écouter de très grands professeurs d' algèbre et d' analyse. Leur style m'est resté comme un idéal, où la vérité rigoureuse s'accompagne de la beauté: démonstrations rapides, élégantes, foudroyantes mêmes, moquerie de la médiocrité lente, colère devant la recopie et la répétition, estime unique de l' invention" (Serres, "Eclaircissements").

Le style est, ici, dans la vitesse, cette "élégance de la pensée": "aller en écrivant d'un point du ciel à un autre".

La science n'a pas le monopole de la raison

Il ne faut pas croire ne pouvoir trouver la raison que dans les sciences:

"Je suis rationaliste dans la plupart de mes pensées et mes actions, comme tout le monde! Mais je ne le suis pas, si l'on définit la raison comme un ingrédient qu'on ne trouve que dans les sciences".

Pour une confluence

Située à la confluence de la littérature et des sciences, de la philosophie et des sciences, de la grammaire et du style, la tierce-instruction cherche aussi à faire se rencontrer les sciences sociales ou humaines (sociologie, psychanalyse, ethnologie, etc.) et les sciences dites "dures" (mathématique, physique), ou exactes.

Un livre précédent avait montré la difficulté d'une telle entreprise ("Hermès V: Le passage du Nord-Ouest", 1980). Le passge du Nord-Ouest était une image éloquente des "relations compliquées" entre les deux groupes de sciences et de l'aventure que suppose le voyage des unes aux autres. Les chemins sont rares et parfois barrés pour celui qui navigue dans le passage du Nord-Ouest de l' Océan Atlantique au Pacifique, par les parages froids du Canada septentrional, à travers un dédale très compliqué de golfes et cheneaux, bassins et détroits. Si elle est tracée sur une carte, la voie est ou paraît cependant différente à chaque traversée. "Nous avons à nous instruire, en tierce place, entre ces deux foyers".

Le tiers monde

Mais celui qui s'y aventure rencontre les affamés, les pauvres tiers exclus du tiers monde. S'instruire, dès lors, c'est aussi entendre leur plainte, et tenter d'y répondre. Elle dit le mal immémorial, et ses figures majeures: la violence, la souffrance, la misère (des malheureux du Sud ou du quart monde).

En faire, comme trop souvent les sciences sociales, un simple objet de savoir, ou l'ignorer, comme la science occidentale, en se réclamant de la pureté, de la rigueur, de l'abstraction, ce serait méconnaître "une liaison originaire" de la raison et du pathétique de l'existence: "La science rencontre la culture lorsqu'elle s'incarne et rencontre ou produit douleur, mal et pauvreté". Dès lors, "à égale distance des deux, le tiers-instruit est engendré par la science et la pitié". Il en fut toujours ainsi: "Platon se donnait le droit de parler du soleil, mais son texte dit aussi bien le paysan lydien dans sa grotte sombre". Car le Mal n'a pas d' âge, et les humanités ne cessent de le rappeler, alors que les sciences le méconnaissent:

"Les sciences dures vont leur destin sans homme, et risquent donc l' inhumanité, de même que les sciences humaines vont de leur monde sans chose et risquent donc l' irresponsabilié". ("Eclaircissements").

Au nom de l' efficacité, elles imposent l'oubli du "cri continuel de souffrance", dont, par contre, les humanités sont les dépositaires. Dès lors, pour entendre ce cri, et tenter d'y répondre, il faut autre chose qu'une instruction intellectuelle de l'esprit; une éducation morale de l' âme, ou encore une sagesse.

L' éducation de l' âme

Si la paix est le bien suprême, le mal n'est qu'un autre nom de la violence: "A elle seule, la violence le résume" ("Eclaircissements"). Pour l'endiguer, empêcher son expansion exponentielle, il faut trois vertus: la retenue, la prescription, l' invention de relations. Les deux premières, encore négatives, respectent l'obligation minimale d'éviter de faire du mal à autrui (fût-ce en prétendant organiser son bien, "ce qui revient souvent à lui faire violence". La troisième se tire de l'obligation maximale: aimer non seulement la personne la plus proche "mais tous les ensembles globaux, individus, collectifs et inertes".

Aimer, ou relier, communiquer, échanger.

Retenue

"L'humanité commence avec cette retenue". Et avec sa langue, la litote; et sa science la réserve, s'il est vrai que persévérer sans cesse dans son être ou dans sa puissance "caractérise la physique de l' inerte et de l' instincs des bêtes".

S'il est vrai surtout que l'expansion sans fin d'une science, de la philosophie, d'une politique prépare sa domination totalitaire, par une sorte de folie dangereuse: "folie de la vérité solaire", d'une science qui, ivre d'elle-même, et imbue de son savoir, se prend pour la Vérité totale (scientisme) et "finit par tuer des hommes", par permettre Hiroshima et Nagasaki.

Folie d'une philosophie, qui ne se contentant plus d'engendrer des hommes d' oeuvres, engendre des hommes de pouvoir, persuadés de connaître le sens de l'histoire, et prêts à sacrifier des générations entières à son "progrès" (avatar du marxisme). Folie d'une puissance politique qui fière de ses techniques, de ses modes d'organisation, entend les imposer à tous les peuples, pour ce qu' "elle croit être leur bien" (l' Occident et le tiers monde).

Aujourd'hui, c'est surtout la science qu'il importe de rappeler à la réserve, car elle a jeté une OPA "sur la totalité de la raison, de la culture, et des moeurs", elle a

"tous les pouvoirs, tout le savoir, toute la raison, tous les droits aussi, toute la plausibilité ou la légitimité" ("Eclaircissements").

Michel Serres rappelle souvent son rationalisme et son refus de voir la raison confisquée par la science. Tel est le principe de la tierce-instruction intellectuelle et de l' éducation morale.

Prescription

La violence est d'abord issue de la vengeance, qui prend les apparences de la justice: loi du talion où l'agressé prétend se faire justice lui-même.

La justice essaie de la remplacer, de substituer à une raison apparente des règles juridiques vraiment rationnelles, par ses pensées ou pesées (les deux termes ont la même éthymologie), soucieuses de rétablir un équilibre que le délit, le crime rompirent.

La même exigence de balance compensatrice se retrouve dans les égalités mathématiques, les invariances cosmologiques, les relations physiques réversibles, les justifications philosophiques. Il s'agit, dans tous les domaines, de montrer que tout est en ordre. Et que tout recommence.

Mais, ce faisant, la justice risque d'être "jumelle de la vengeance et imitant ses compensations ou réparations". Voilà pourquoi la prescription (ou l'oubli, le pardon) essaie d'aller au-delà:

"En position tierce entre le droit et le non-droit, la prescription oppose ses laps de temps, annuels ou trentenaires aux règles inviolables et invariables". Par elle, "le temps t'innocente, comme un fleuve baptismal."

Elle permet, seule, le respect du vrai droit naturel, mieux que ce qu'on appelle d'ordinaire ainsi en le fondant sur une nature immuable, et le dépassement du droit positif:

"Pour les droits les plus positifs, nos actes se plongent dans le temps, mais pour la prescription ils se font et se forment de temps, leur vraie matière première".

Et ainsi, ils se conforment à la nature qui "court et coule de biffurcations en biffurcations", "d' oublis en souvenirs et de mémoire en perte sèche", ni "définitivement stable", ni "follement ou irrationnellement instable". L'ouverture du temps permet l' invention incessante de relations et d'échanges dont Hermès est le héros ou le hérault.

L' invention de relations

Le moi se crée et se forme, intellectuellement et moralement, par l'ensemble des relations, ensemble changeant, qu'il entretient avec la Terre globale: "La relation produit la personne", et la personne invente la relation.

Le sujet loin d'être un centre unifié et immobile, est "assujetti aux liens de la communication". Devenir sujet, c'est comme l'éthymologie le suggère, se jeter sous, être subjugué:

"Je définis le moi par les contacts, les voisinages, rencontres et relations: oui dans la communication, je me construis en me jetant aussitôt sous mon vis-à-vis".

Si la relation est chaque matin à réinventer, elle a pour condition l' errance, et donc des risques d'égarement:

"Où vas-tu? Je ne sais pas. D'où viens-tu? J'essaie de ne pas m'en souvenir. Par où passes-tu? Partout et le plus possible, encyclopédiquement".

Philosophe, Michel Serres fait le projet -peut-être irréalisable-, de définir les conditions de possibilité des liens: "Je vise un transcendantal des relations" ("Eclaircissements").

La paix, bien suprême, est à ce prix, "qui suit l' invention et la conditionne": que les êtres multiples pluriels ne restent pas séparés, mais qu'ils ne soient pas unifiés, par une Domination, un Parti, une Cause. "La paix, mais aussi la vie".

Michel Serrez a dit l'influence qu'eurent sur lui Brillouin, Monod, Jacob, Schrödenger: "Comment l' organisme vivant retarde-t-til la décadence? (la décadence, c'est-à dire l'accroissement de l' entropie, de la désorganisation-l' entropie maximale étant la mort).

"La réponse est évidente: en mangeant, buvant, respirant et (dans le cas des plantes) en assimilant. Le terme technique est métabolisme. Le mot venu du grec signifie changer ou échanger (...).

"En d'autres termes, la chose essentielle en métabolisme est que l'organisme réussisse à se débarrasser de toute l' entropie qu'il ne peut s'empêcher de produire tant qu'il vit" (Erwin Schrödinger, "Qu'est-ce que la vie?, 1948).

Les itinéraires d' Hermès ou du tiers-instruit n'ont pas d'autre fin.

Trois axes

"Le Tiers-instruit" se démarque de trois façons des traditionnels de l' éducation.

Le tout est d' inventer

D'abord, par sa façon de définir le but de l' instruction:

"Le but de l' instruction est la fin de l' instruction, c'est-à-dire l' invention". Car "L' invention est le seul acte d' intelligence vrai. Et le seul moyen de s'opposer, dirait Schrödinger, à l' entropie négative, dont la forme extrême est la mort. Celui qui n'invente pas est ailleurs que dans la vie. Mort".

Sont dévaluées du même coup les institutions d' enseignement et de culture:

"J'ai admiré ma vie durant la haine de l' intelligence qui fait le contrat tacite des établissements dits intellectuels".

L' enfant occulté

Cette réflexion sur l' éducation se caractérise aussi par le refus d'étudier l' éducation comme un passage de l' enfance à l'âge adulte. Pas de réflexion sur l'état d' enfance, sur les relations de l' enfant et de l' adulte, sur la signification et le sens du changement.

Certains problèmes soulevés par les "sciences de l' éducation" sont ainsi étrangers au livre. Or, de l'"Emile" de Rousseau à "La crise de la culture" d'Hannah Arendt, ces problèmes ont été au coeur des méditations sur l' apprentissage. Michel Serres traite pourtant aussi, à sa manière, d'une crise de la culture, mais il la situe plus dans les relations entre les disciplines (éclatement du savoir, hégémonie de la science, mépris scientiste pour la littérature, le mythe, les "humanités", difficultés de la philosophie) que dans la perturbation de la communication enfant-adulte.

Le refus d'un temps linéaire

Enfin, par sa critique de la conception du temps linéaire, et du Progrès historique, Michel Serres rejette le présupposé fondamental des traités classiques sur l' enseignement et des modernes sciences de l' éducation: celle-ci est l'opérateur par excellence du progrès, car elle permet un perfectionnement, qui n'est plus seulement, comme chez les penseurs chrétiens, celui de l' âme aidée par la grâce, mais devient celui de l'individu vers les lumières de la raison ou l'accomplissement personnel.

Lessing donne le ton dans "L' éducation du genre humain" (1780) en affirmant sa foi dans l'amélioration morale de l'Humanité. Pestalozzi (1746-1827), promoteur suisse de l' éducation populaire, formule les principes d'un enseignement graduel orienté vers un idéal humanitaire. C'est un disciple de Rousseau. Celui-ci a défini la condition de possibilité de toute éducation: la perfectibilité propre à l'homme. Ensuite, ce postulat de base étant admis par tous, les discussions ne porteront plus que sur les méthodes à employer: traditionnelles ou progressistes.

Les conceptions de Michel Serres sur l' instruction, et l'ensemble de ses travaux sont fondés sur une autre façon de considérer le passage du temps. On suppose en général que le temps, qu'il soit continu ou discontinu, est linéaire. L'idée d'un temps linéaire se retrouve même chez ceux qui parlent de "coupures épistémologiques" (Bachelard, Foucault) ou de crises dialectiques (Hegel, Marx).

Or, une conception physique et une branche des mathématiques modernes conduisent à la remettre en question. D'une part, la théorie du chaos (voir "La nouvelle alliance" explique qu'un désordre donné dans la nature peut être ordonné par des "attracteurs fractals".

Dès lors, le temps semble couler de façon très complexe, "comme s'il" montrait des points d'arrêt, des ruptures, des puits, "des cheminées" d' accélération foudroyante, des déchirures, des lacunes ("Eclaircissements").

D'autre part, la topologie mathématique, ou "analysis situ", est définie comme l'étude des surfaces et des coubes élastiques; deux surfaces ou courbes sont considérées comme équivalentes lorsque l'une peut être amenée en coïncidence avec l'autre par une déformation pais sans déchirure et recouvrement. Alors

"le temps peut se schématiser par une sorte de chiffonnage". Ainsi "si vous prenez un mouchoir et que vous l'étaliez pour le repasser, vous pouvez toujours définir sur lui des distances et des proximités fixes.

Mais prenez ensuite le même mouchoir et chiffonnez-le, en le mettant dans votre poche: deux points très éloignés se trouvent tout à coup voisins, superposés même; et si de plus, vous le déchirez en certains endroits, deux points très rapprochés peuvent s'éloigner beaucoup".

Et l'on appelle topologie "cette science des voisinages et des déchirures", en l'opposant à la géométrie métrique, "science des distances bien définies et stables".

Disons que celle-ci étudie le mouchoir bien repassé et à plat, celle-là le mouchoir plié, chiffonné ou en haillons. Elle induit une théorie générale du temps, telle que "la distance de Madrid à Paris peut soudain s'annuler" et, inversement, "devenir infinie cette autre, de Vincennes à Colombes".

Si l'on conçoit le temps suivant ce modèle, le très ancien peut sembler contemporain de l' actuel, et deux réalités du jour très éloignées l'une de l'autre. Et les rapprochements, croisements, intersections, opérées par Hermès ou le tiers-instruit se trouvent justifiés.

Mais du même coup se trouve répudiée la croyance au Progrès qui était le postulat des sciences de l' éducation. S'y oppose, d'un autre côté, la conception, que Michel Serres dit tenir de ses ancêtres cathares, d'un "Mal" indéracinable, radical, irréductible.

Hiroshima et Auschwitz en furent les plus terribles manifestations, célébrant toutes deux -de façon différente- le mariage de la techno-science et de la pire violence, -autre nom du Mal. Si tout le Mal est radical, il faut tempérer l' optimisme des sciences de l' éducation (l'homme est perfectible) et se préparer à la lutte indéfinie qui cherche à dénouer ce que notre époque a monstrueusement accouplé. La tierce-instruction n'a pas d'autre fin.

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Des bienfaits de la récitation

Quand j’étais écolière et plus tard lycéenne, il m’a été offert des chants, des poèmes et des fables que je n’ai jamais oubliés.

À l’oral du certificat d’études primaires, nous présentions notre cahier de récitations dans lequel un examinateur pigeait, à son choix, le poème que nous devions dire. Moi, j’avais récité À la forêt de Gastine, de Ronsard.

La récitation d’un texte poétique est un moyen efficace de s’enrichir de mots et de les rendre disponibles. Elle donne parfois le goût de l’écriture ou du dessin. Elle permet d’affiner la sensibilité et de fortifier la mémoire.

De nos jours, on met des livres, abondamment illustrés, à la portée des enfants et on les encourage à lire. Ils trouvent sur les pages qui se suivent des vocables qui ne reviennent pas et sur lesquels ils ne s’attardent guère à retenir le sens précis ou l’orthographe.

À moins que la lecture soit expliquée, et que des mots deviennent familiers, je lui trouve peu d’avantages durables.

Avoir à copier et à apprendre un poème, fixe chaque mot tel qu’il y est écrit et la mémoire en conserve souvent l’orthographe.

À répéter des phrases harmonieuses, on apprend à s’exprimer agréablement et on en acquiert l’habitude.

Le poème, dont chaque mot avait été défini, était souvent donné en dictée, suivie d’une analyse grammaticale.

Les périodes de français firent ma joie pendant toutes ces années d’apprentissage de ma

langue et ce, surtout, grâce au plaisir de la récitation.

Je suis heureuse d’avoir bénéficié d’une pédagogie qui offrait à tous les enfants les

durables bienfaits de la mémorisation en les sensibilisant à la beauté du monde

19 septembre

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Ils ne danseront plus ensemble

Inséparablement liés,

En dépit des métamorphoses.

Or quand de vains regrets s’imposent

A-t-on le vouloir d’oublier?

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Elle est sensible, pétillante,

Aimant sa propre compagnie,

Mais la vue de son corps l’ennuie.

Passif, il demeure en attente.

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Il semblait danser en marchant,

Quand il était léger comme elle.

Elle évoque la demoiselle,

Qui rendait joyeux les passants.

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Sans un persistant goût de plaire,

Son âme et son corps, il se peut,

Resteraient complices tous deux,

Aussi assortis que naguère.

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21 septembre 2010

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Je porte une Lune


J'ai donné vie à Lune le jour où l'ensemble de mon vécu se mit en guerre contre lui-même. Anciennes blessures et joies comme une entité étrangère bâtissaient un bastion alien; alien ce mot si proche d'aliénation.
J'en suis aujourd'hui à la troisième semaine de ce maelström meurtrier.

Je porte Lune en moi, lourdement, péniblement. J'attends le développement de cet embryon. Elle se nourrit de mon énergie. Affaiblie, tous les piliers que j'avais érigés, que je croyais inébranlables et sur lesquels je me suis toujours appuyée, ont été frappés dans leur fondation et dans leur structure: ils tanguent dangereusement. Tout imprévu engendre un malaise nouveau. Je devais m'attendre à ce que, tôt ou tard, Lune pointe le nez. J'ignore si elle verra le jour. Il faudrait pour cela que le ciel reste à découvert. Les nuits me sont plus propices m'offrant dans le sommeil des moments de trêves réparatrices.

Le choc du conscient et de l'inconscient, je l'avais souvent lu, entendu. Je redoutais de le vivre.
Malheureusement, on ne choisit pas vraiment. Le conscient lutte aussi longtemps qu'il peut, jusqu'au jour où il trouve face à lui l'autre, celui qui durant tant d'années a pu grossir, se faire des muscles d'acier, enseigner à son regard l'acuité, se nourrissant du conscient inattentif. Lune, mon inconsciente, vomit aujourd'hui l'amoncellement de tout ce qui n'a pas été digéré quand il le fallait.

Lune est la nouvelle moi et si j'ai pu l'aimer les premiers jours, aujourd'hui, je commence à lui vouer une profonde haine . Son stade embryonnaire n'est sans doute qu'un passage obligé ouvrant sur la Lune fœtale que je pourrai regarder sous un autre angle, celui d'un futur être vivant ayant sa place ou non dans ma maison.

Trois semaines ...... ce n'est déjà plus la crise, c'est la guerre.

Une seule envie: hurler au secours !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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