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(Deuxième moitié de l'article)
L'équilibre personnel des jeunes est trop souvent sous-estimé»
Marianne Dodinet est un de ces proviseurs qui n’ont pas peur de la nouveauté. Elle règne sur le collège Georges-Brassens, dans le XIXe arrondissement parisien, un établissement modèle dans un quartier populaire, et n’hésite pas à utiliser la loi de 2005 qui donne à chaque chef d’établissement le droit à l’expérimentation. A ses élèves les plus en difficulté, elle propose chaque matin une heure d’aide au travail personnel. Et des ateliers semestriels d’art des jardins ou du cirque. « Le rapport au corps, l’engagement dans la vie associative, le respect des règles, tout cela peut concourir à la réussite. En revanche, je refuse d’augmenter leurs heures de cours. Le problème n’est pas là. » Et de regarder avec satisfaction le sondage qui montre que les deux tiers d’entre eux s’estiment « bons élèves ». Qu’importe le manque de lucidité ! « L’estime de soi est la base de tout apprentissage. Il n’y a pas d’acquisition possible des savoirs sans elle. Mais on peut l’acquérir en dehors de l’école. C’est même recommandé en cas d’échec. Des performances sportives en hausse, ce peut être des notes qui s’améliorent. »
Mme Dodinet ne s’intéresse pas qu’aux élèves en difficulté. Elle participe elle aussi à l’expérience « cours le matin, arts et sports l’après-midi », en association avec le conservatoire de musique et le club de tennis de son quartier. A la fin du premier trimestre, elle constatait que les notes avaient suivi le moral. « L’équilibre personnel des jeunes, observe-t-elle, est essentiel. Et trop souvent sous-estimé. »
« En travaillant moins, on apprend mieux
Il y a plusieurs dizaines d’années que cette organisation du temps, sur le modèle anglo-saxon, a été mise en place dans le VIIIe arrondissement de Paris, au collège Octave-Gréard et au lycée Racine qui accueillent dans des classes dites « à double cursus », les élèves du conservatoire de Paris dont ils sont voisins. L’enseignement y est dispensé le matin ou l’après-midi. La recette connaît un tel succès que le recrutement s’est élargi à des conservatoires de quartier ou des écoles d’art dont les parents se communiquent les adresses en catimini.
En 2009, le nombre de récompenses (félicitations, tableaux d’honneur, encouragements) obtenues au collège par les élèves des deux systèmes a été comparé. A leur arrivée en sixième, les « double cursus » étaient légèrement en retard : 41 % contre 45 %. Au deuxième trimestre, la réussite s’inversait largement, 76 % contre 50 %. A la sortie de la troisième, les élèves des classes à double cursus, qui suivent pourtant un enseignement artistique d’au moins deux heures par jour sinon davantage, obtenaient encore 11 % de récompenses en plus que leurs camarades à temps plein. Une différence que la principale, Mme Alexandre, explique par l’engagement des familles. Au lycée Racine, voisin, on ne cache pas que l’excellent taux de réussite au bac (de 91 à 97 % selon les années) résulte encore de la présence, dans les statistiques, des élèves artistes. Tout se passe comme si les acquis extérieurs, l’appui sur les talents créatifs, développaient la capacité de concentration, la mémoire, la rigueur. Et si en travaillant moins, on apprenait mieux... »