Je suis le blanc,
la neige, l’innocence, un ciel d’hiver, un sourire d’enfance, la première rose d’été, le lait maternel, le baptême, l’enfance d’un papillon, un bol de chocolat, le silence, les bonbons menthol, l’inquiétude de l’écrivain, l’immobilité d’une main, la souffrance abrégée, l’infini.
Je suis le noir,
Les mines du Nord, le mystère, une forêt calcinée, l’escargot en réglisse, la tulipe de Fanfan, le p’tit café au bar, l’orage dans la cité, les cris que personne n’entend, l’ébène d’une peau, l’élégance d’un soir, l’amnésie de vous seul, l’encombrement de soi, le deuil sans la vie, un mur.
Je suis le vert,
L’arborescence à Londres, l’angélique succulente, l’herbe tondue après l’ondée, le diabolo menthe, l’espérance de vous, la fraicheur d’une main sur un front, le vétiver, mes bottes en caoutchouc lorsqu’il pleut un peu trop, un livre de géographie, une petite pomme acide, l’anis, une sapinière.
Le soleil fiancé à la mer.
Je suis le rouge,
La foudre, l’emportement, vos lèvres empêchées, enfiévrées, la fébrilité, la rose close que vous m’avez offerte, le commencement de nous, un cœur qui se porte tout seul depuis votre départ, la déraison, la fusion de deux peaux, ce ruban en soie dans mes cheveux auburn, l’apogée de l’automne.
Je suis le jaune,
Le bouton d’or, l’odeur du riz au lait, l’ensoleillement de juillet, la joie, la citronnade glacée de ma mère, la marelle dans la cour, ma première robe de fée, la fenaison, le miel d’acacia sur une tartine grillée, une femme-papillon, une guimauve au citron, un vase de mimosas, un champ de tournesols.
Je suis le bleu,
La mer lorsqu’elle n’est pas triste, l’encre de l’adolescence, le ciel sans nuage, la terre d’après Eluard, la couleur de l’orange, les vacances d’été, autrefois les garçons, la paix, la vie pleine de vous, les peines de cœurs, le nouveau né posé sur le ventre de la mère, cet instant d’étonnement, les yeux des anges.
Je suis le orange,
L’énergie, le feu dans l’âtre, les clémentines de noël au pied du sapin, un bouquet de dahlias, mes roudoudous préférés, l’or du crépuscule, le parfum de l’été, les pâtes de fruits de la colo, la chaleur d’un foyer, mon intrépidité, le pétillement des mots, l’envie de croquer l'existence, la musique rock.
La rose rouge enrubannée de soie jaune.
Je suis le violet,
Une tarte aux quetsches, mon premier survêtement, l’encre de l’enfance, l’auréole au genou, une liqueur de prunes, l’automne sucré, les violettes de Toulouse, la douceur d’un bonbon, le deuil, la couleur du bon-point, le froid, une fleur médicinale, une cathédrale la nuit, le secret.
La foudre sur la mer.
Je suis le gris,
La tristesse mais point la mélancolie, la vieillesse, un certain or, l’ennui, le renoncement à presque tout, la lividité, une terre infertile, l’air contaminé, un ciel sans vie, un élevage d’escargots, les pluies acides, une forêt déboisée, des cendres anonymes, la fosse-commune, l’extinction de la terre.
Une tulipe noire dans un vase blanc.
Je suis l’arc-en-ciel,
Ce pont multicolore bien au dessus du Monde que seuls les oiseaux traversent sans encombre.
Architecture immatérielle, construite par le soleil et la pluie !
Eternelle.