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Marianne,

       

 

Ma fille est la plus superbe

des roses de cette terre bleue ;

le soleil est son châle,

son teint est la clarté,

son rire, l'averse musicienne

sur les chemins d'Ardèche.

Ma fille palpite autant

que cette terre bleue ;

ses immenses yeux verts,

à peine maquillés,

ont la profondeur, le mystère,

 d'une forêt vosgienne ;

sa voix est un éclat

 lorsque mon cœur s'attriste,

une ressource infinie,

un bijou bien vivant,

faisant chanter mon âme

en même temps que mon corps !

Ma fille est toute ma vie.

 

NINA

 

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Branchée au présent

 

Haïkus

 

Batik lumineux

joie grisante dans l'air frais

Ô l'immensité!

...

Plaisir de l'instant

regrets assoupis tassés

saveur du silence.

...

Le gala prend fin

splendeur des arbres dorés

en perte de feuilles

...

Dans mon jardinet

se meurent les chrysanthèmes

couleurs affadies.

...

Branchée au présent

restée fidèle à moi seule

l'oubli tout emporte.

...

Courant de tendresse

passant devant ta photo

t'envoie un baiser.

...

3 novembre 2014

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De lettres et de syllabes

12273054485?profile=original

Aux couchants caligineux, je te conjugue
de mille mots sans parole éperlés par les vents
secrets du rêve et du silence.
Délicatement, leurs souffles essaiment
le pollen des accords
de mon allusive pointe ébène,
dénudant dans un ballet de dentelles
chaudes l'intumescence de mon cœur capricant
au creuset des apparences.
Dès lors, lettres et syllabes habillent d'images
le corps de la mutité lorsque soudain,
un chant inconnu et gémissant fait vibrer
les fragments de mes transes.
Au-dessus de moi, un oiseau safrané
de lumière ondoie et embrasse de ses ailes
le langage de ma plume fait de nuances et de reflets.
Sous la nature éteinte, l'oiseau sacré
amorce sa descente dans les courants
de son immensité et de son bec instille
à ma bouche paix et tranquillité.
Ô doux alcyon, dans mes voilages colorés
tu sais combien j'ai attendu au tournant
de tous les âges de ma vie, la vaticination
des sept jours qui refermera
ce vide dans ma poitrine.

Nom d'auteur Sonia Gallet
recueil © 2014.

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Tristesse.

Plus je sens que j'arrive et touche au dernier jour
Qui met si vite un terme à l'humaine misère,
Plus je vois que le temps, sur son aile légère,
Me ravit chaque espoir envolé sans retour.

Je dis à mes pensers : « Ô mes pensers d'amour,
Comme aux feux du soleil une neige éphémère,
Le poids de notre corps va se fondre sur terre,
Pour nous rendre la paix dans un meilleur séjour.

Avec lui vont mourir ces espérances vives,
Ces sourires, ces pleurs, folles alternatives
Qui, tout en les trompant, irritaient nos désirs ;

Et nous verrons, là-haut, combien de choses vaines
Ont ici-bas causé nos plaisirs et nos peines,
Et nous ont fait pousser d'inutiles soupirs. »


Pétrarque.

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Blessure d'amour

Souvent, plus amoureux que tendre,
Un amant choque innocemment ;
Il voit nos pleurs sans les comprendre,
Et blesse encore en s'excusant :
D'une fausse délicatesse
N'allez point alors vous armer ;
Songez qu'un peu de maladresse
N'empêche pas de bien aimer.

Quand du temps la faux redoutable
Viendra moissonner vos attraits,
Qu'un esprit toujours plus aimable,
Fasse oublier un teint moins frais :
On attire par la figure,
Mais on conserve par l'esprit,
Et l'esprit est une parure
Que jamais le temps ne flétrit.

Si la vieillesse enfin vous glace,
Sachez renoncer aux amours ;
Que l'amitié, prenant leur place,
Embellisse vos derniers jours :
Un vieux et paisible ménage
Connaît encor quelques douceurs ;
L'hiver a des jours sans nuage,
Et sous la neige il est des fleurs.

Constance de Théis

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Eden,

 

Petite perle noire d'Afrique,

intrépide et fleurie,

dont la naissante voix,

 a l'accent du soleil

 et les yeux ravageurs,

 vous donnent toute leur chaleur.

La mère, longue liane,

peau réglisse,

 vêtue d'une robe anis,

la porte dans ses bras,

ornés  d'innombrable bracelets

argentés et dorés,

à l'instar d'une reine

auréolée de ciel

et d'ondée baptismale !

 

NINA

 

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OH! BELLE NUIT!

La nuit dépose tout doucement

son manteau de satin sur la ville.

Le bleu profond du firmament

laisse percevoir les nuances subtiles.

La voûte céleste s'innonde d'étoiles.

Le ciel resplendit, fier et majestueux.

La lune dorée ornée de son voile

laisse transparaître ses rayons lumineux.

Oh! Belle nuit, douce et mystérieuse

apporte-moi, sans faire de bruit

la panacée de l'amour qui me rend heureuse

et me fait oublier le temps qui fuit...

Pour que je sois en cette belle nuit

dans les bras de Morphée où je me blottis.

Là, je rêve et oublie tous mes soucis.

Mireille

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Tentative,

 

          

J'ai mis le cendrier

Dessus ta place vide

Et le bloc de papier

Qui soudain m'intimide.

 

Je rapatrie mes mots

Qui battent la campagne

Je cherche des émaux

Qui racontent l'Espagne.

 

Mais l'esprit qui se tend

Et tant de fois chavire

N'accroche que le temps

Cet absurde navire.

 

C'est une tentative

Lorsque tu n'es plus là

De vivre sur ta rive

De saisir ton éclat.

 

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Le train

Elle monte dans le train.

Elle s'installe près de la fenêtre, pose sa petite valise à côté d'elle.

Le train démarre.

Elle regarde le paysage qui défile, s'assoupit doucement.

Le train ralentit.

Il arrive en gare.

Sur le quai, des gens qui vont monter dans le train.

Son regard croise celui d'une personne un peu à l'écart.

Le train repart.

La personne est restée seule sur le quai.

Surprise, elle y pense un moment.

Elle a l'impression de connaître ce regard.

Elle regarde le paysage et replonge dans ses rêveries.

Le train ralentit, arrive dans une nouvelle gare.

Des gens sur le quai...

Avec effroi, elle voit que la même personne, à l'écart, la regarde intensément.

Paralysée, hypnotisée, le souffle coupé, elle ne peut la quitter des yeux.

Le train repart.

La personne reste sur le quai.

Son coeur bat la chamade.

Elle tente de se calmer, de réfléchir.

Cette personne la suit.

Cette personne sait où elle va.

Est-ce une femme, un homme?

Comment est-elle habillée?

Elle n'a vu que ses yeux.

Pourtant, elle connaît ce regard...

Elle regarde les voyageurs autour d'elle.

Certains sont silencieux, d'autres discutent.

Ils n'ont pas vu la personne sur le quai.

Soudain, l'évidence.

La personne sur le quai, c'est elle.

Chaque fois qu'elle n'a pas pris le train.

Chaque fois qu'elle a pensé que le train était pour les autres.

Pas pour elle.

Chaque fois qu'elle s'est effacée pour laisser sa place.

Maintenant, elle est vraiment dans le train.

Sereine, elle voyage comme les autres.

Le train arrive en gare.

Elle se lève, prend sa petite valise.

Elle descend du train.

Elle marche vite pour ne pas louper le prochain.

Elle sait que la vie lui réserve encore des surprises.

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"Battue" versus certains préjugés

"On a tendance à penser que les maltraitances conjugales se déroulent dans la majeure partie des cas au sein des milieux défavorisés. Bien des gens ont cette image caricaturale de l'horrible alcoolo puant qui cogne tous les soirs sa compagne, réveillant les autres locataires du hlm. Bien qu'originaire d'une famille aisée, j'ai vécu cet enfer avec le fils d'un richissime négociant. Comment peut-on parler et se faire entendre dans une couche de la société où règne la Loi du Silence?" Virginie Vanos

http://www.edilivre.com/battue-1e4ade47ae.html#.VFRs4HttFQJ

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SENTIMENTS PARTAGES

Je ressens dans tes silences

une certaine souffrance...

J'essaie de te rendre heureux,

mais tu fermes les yeux.

Tant de mots non dits

Tant d'amour en crédit!

Puisons dans cette réserve

afin de ne rien perdre.

Car la vie passe trop vite

et peu à peu débite

ses moments agréables

qui restent inoubliables!

Tant d'années communes,

parfois dans la brume.

Beaucoup d'éclaircies

ont embélli nos vies

Mireille

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12273051267?profile=original

Gustave Courbet L'Atelier du peintre. Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Témoignez de votre engagement en faveur de la culture et du patrimoine universel.


  • Participez à la sauvegarde d'un chef-d'oeuvre aux dimensions spectaculaires, L'Atelier du peintre est un tableau majeur de Gustave Courbet.
Participez !

C'est ici: www.ulule.com/courbet
Dossier Courbet
courbet@musee-orsay.fr
tél. +33 (0)1 40 49 48 70

  • Déduisez fiscalement 66% du montant de votre don sur votre IR pour les particuliers et 60% du montant de votre soutien sur votre IS pour les entreprises.

  • Profitez de contreparties inédites : accès privilégiés au sein du musée, rencontres avec des experts, présentations de la restauration, ...

  • Bénéficiez d'une visibilité originale : votre nom sera inscrit à côté de l'oeuvre et sur le site internet du musée.

  • Soutenez une action pédagogique : la restauration sera visible par tous pendant plusieurs mois dans la salle Courbet.

Acquis par l'Etat à l'aide d'une souscription publique en 1920, le tableau de Gustave Courbet L'Atelier du peintre (1854-1855) est un chef-d'oeuvre universel qui fait partie de notre patrimoine culturel. Après avoir traversé plus d'un siècle d'histoire mouvementée, cette toile de 22m² a maintenant besoin d'être restaurée.

Ce trésor appartenant à tous, le musée d'Orsay fait de nouveau appel à la générosité du public pour aider au financement de sa restauration et permettre au plus grand nombre de participer à ce projet.
Exceptionnellement, l'oeuvre sera restaurée sur son lieu d'exposition et les visiteurs pourront suivre l'évolution du travail des experts au quotidien pendant plusieurs mois.

Participez à la restauration sur www.ulule.com/courbet à partir de 5€. Votre don ouvre droit réduction d'impôts de 66% du montant du don sur l'impôt sur le revenu (pour les particuliers). Vous bénéficierez de contreparties exceptionnelles : accès privilégiés au sein du musée, rencontres avec des experts, présentations de la restauration, visibilité de son nom à côté de l'oeuvre...

Donateurs particuliers

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Nadege Leroy
Agathe Rammonet
Catherine Baron
Thomas Chotard
Vincent Baumont
Danielle Fauchon
Brigitte Lanne-Diallo
Sarra Ghorbal
Ulysse Fuseau
Ingrid Amiotte-suchet
Leslie Boisserolles
Françoise Montagnier Boisserolles
Nathalie Buyssens
Maxime Wiewiora
Françoise Gaborit
Ségolène Flipo
Camille Bardisa
Andree-Anne Venne

Source: Musée d'Orsay

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L'Halloween au Québec

 

12273053473?profile=original

La lune n’est pas là;

il vente et il fait froid.

D’étranges visiteurs

arrivent dans nos rues

Ils murmurent des mots,

magiques, inconnus.

Ils veulent des bonbons,

des sous, des cacahuètes

ou sinon gare aux monstres,

aux vieilles sorcières!

L’Halloween! Ah! Ah!

Quelle nuit mes enfants!

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Petit déjeuner solitaire

 

Haïkus

Matin avancé

café lent à refroidir

J'attends en éveil.

...

Des rayons de joie

haut soleil chauffé à blanc

sphère éblouissante.

...

Tiret noir ailé

vole autour de ma tartine

à couleur de miel.

...

Silence troublé

éternuement soudain

sorti de mon corps.

...

D'innombrables ombres

métamorphosent les choses

et mes mains aussi.

...

Énergie céleste

absorbée dans la douceur

Pause prolongée.

...

31 octobre 2014

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Une randonnée pyrénéenne

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Une aquarelle d'Adyne Gohy

d'après une photo de Raymond Martin

12273052497?profile=original

et inspirée par une poésie

de Raymond Martin

Terre-Montagne,Montagne-Terre

 

 

Tapis vert sur le port  jonché de rhododendrons,

Flèches des conifères perçant l’azur asséché,

Falaises granitées serpentées de sentiers,

Trotte marmotte aux cris  du  vautour fauve.

 

La senteur des genêts embaume la vallée,

Vallée frémissante sous l’ardeur du torrent.

Les taches neigeuses  animent les chemins escarpés

Cachant  quelques  Trolles  esseulés  et chétifs.

 

La gentiane jaune s’élance derrière un roc ferreux,

Fière d’indiquer au promeneur une  passe  assurée

A la rencontre d’un hêtre pétrifié par la foudre.

Les myrtilles sont  discrètes pour en faire un gâteau.

 

Des Isards occupés à brouter le lichen s’élancent  sur la pente raide du volcan

Menant au lac rafraîchissant  flanqué de tout récents  éboulis.

Ciel ! Un ptérodactyle virevolte dans l’espace du cirque ensoleillé !

Non,  seulement  un parapentiste en quête de fortes sensations.

 

La silhouette  furtive  de la soldanelle s’élance fièrement du riu  futur gave ,

Vers  le ciel pour  jouir des rais bienfaiteurs du soleil de midi.

Des volutes de fumée s’échappent de la cheminée de la bergerie,

Pendant que le Patou règle le désordre du troupeau ovin.

 

Le calme du plateau  est brisé par les cris des  grands freux   affamés

En quête de charognes  laissées  là  comme chaine alimentaire.

Les troupeaux paisibles, sans cesse, paissent à volonté le gras pâturage  verdoyant.

L’iris  des Pyrénées  souligne de  son bleuté violacé le sentier sans fin.

 

Harmonie bigarrée aux senteurs étranges, valse des fleurs, symphonie pastorale,

Des   notes sucrées miellées  des lis Martagon,  aux acidulées des mousses  fraîches,

Offrent à ceux qui le méritent, le bonheur d’un monde d’ailleurs,

Deviné  dans le  «poème des montagnes »  d’Indy.

Un partenariat
Arts
 
12272797098?profile=original

Lettres

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12273050881?profile=originalXAVIER DE MAISTRE  (1763-1852) fut Conteur et moraliste, issu d'une famille de très ancienne noblesse, Xavier de Maistre, frère de Joseph de Maistre, est né à Chambéry. Officier dans l'armée sarde, une malheureuse affaire de duel lui vaut quarante-deux jours d'arrêts, au cours desquels il écrira le Voyage autour de ma chambre (1795), essai philosophique et littéraire se présentant sous la forme d'un aimable vagabondage plein de parenthèses et de digressions. La même liberté d'allure et de ton, où l'humour et la nonchalance épicurienne du grand seigneur trouvent leur terrain d'élection, caractérise l'Expédition nocturne autour de ma chambre , écrite en partie peu après le Voyage , reprise et publiée trente ans plus tard. Lors du rattachement de la Savoie à la France, le comte Xavier de Maistre émigre en Russie. Attaché à l'état-major de Souvorov, il fera une assez brillante carrière militaire, prenant part à des campagnes au Caucase et en Perse, et mourra général.

Ses autres oeuvres, Le Lépreux de la cité d'Aoste (1811), Les Prisonniers du Caucase , La Jeune Sibérienne , publiés en France en 1825, sont des récits d'une écriture sobre et élégante, soucieux avant tout de réalisme et de vérité anecdotique. Ils remportèrent un vif succès en France; Xavier de Maistre, à peu près à la même époque, se décidera donc à visiter la France à l'occasion d'un traditionnel séjour en Italie.

Voyage autour de ma chambre. ; 1794.

Le "Voyage autour de ma chambre" est un récit de Xavier de Maistre (1763-1852), publié sans nom d'auteur et avec d'énigmatiques initiales à «Turin» [en réalité Lausanne] en 1794.

Reprenant la veine badine du célèbre Voyage sentimental de Sterne (1786), Xavier de Maistre, alors officier dans l'armée sarde, mit à profit des arrêts de rigueur à la suite d'un duel en 1787 pour composer ce texte qui inspirera à son tour Alphonse Karr, dont le Voyage autour de mon jardin (1854), simple et plaisante causerie horticole, ne lui empruntera que la légèreté, sans la mélancolie propre au thème de l'émigré.

Organisé en 42 courts chapitres correspondant aux jours où l'auteur, qui conserve Joannetti, son domestique, est consigné dans sa chambre, le récit dispose les rêveries qui occupent les heures vides de sa détention. Après la description de la chambre, cette «contrée délicieuse», et l'apologie du voyage dans un espace confiné, érigé en «système», vient le souvenir amoureux déclenché par le portrait de Mme de Haucastel, qui mêlera aux échappées imaginaires les prestiges d'une histoire d'amour récurrente. Ainsi l'évocation de certain tertre gravi ensemble réduit-elle le chapitre 12 à ces mots: «le tertre»; ainsi le chapitre 39 restitue-t-il un dialogue. C'est ensuite une série de méditations provoquées par la contemplation des peintures et gravures ornant les murs de la pièce. Les petits faits de la vie quotidienne rythment les chapitres; quand arrive la libération, tout redevient normal. Le héros aura cependant appris comment s'évader, tout en comprenant que «la solitude ressemble à la mort».

Ce voyage immobile dans vingt pieds carrés nous entraîne dans des excursions rêvées, mais où tout l'appareil du voyage est convoqué, l'auteur mimant son périple (latitude et longitude, habit de circonstance...). Meubles, bibelots, tableaux et estampes, souvenirs de lectures, de rencontres, d'événements, de paysages, moments du jour, avec une attention particulière à l'atmosphère vespérale sont autant de prétextes à la divagation. Si l'auteur s'efforce de maintenir un ton plaisant, signe de distinction, une tristesse mélancolique s'empare parfois de lui: «Je m'étais promis de ne laisser voir dans ce livre que la face riante de mon âme; mais ce projet m'a échappé comme tant d'autres» (chap. 22). Les jouissances évoquées et les souvenirs toujours vivants dans la mémoire l'éloignent toutefois d'un trop sombre désespoir.

Sensibilité empreinte du XVIIIe siècle finissant, grâce sans coquetterie, mélancolie sans éclat et tristesse proche du romantisme à venir: une tradition critique célèbre à l'envi ces qualités évidentes. Le contexte révolutionnaire, au moment de la publication de l'ouvrage, confère cependant à la nostalgie du pays natal, à l'évasion dans l'imaginaire, à l'oscillation entre euphorie et mélancolie des résonances spécifiques. Si la chambre devient tout un univers, le divertissement prend une tonalité ambiguë par l'évocation du temps présent, comme si le rêveur, dont le «coeur éprouve une satisfaction inexprimable [lorsqu'il] pense au nombre infini de malheureux auxquels [il] offre une ressource assurée contre l'ennui, et un adoucissement aux maux qu'ils endurent», se comportait comme ces émigrés dont parlera Mme de Souza dans Eugénie et Mathilde (1811): «Ne possédant rien à eux, ils apprirent comme le pauvre, à faire leur délassement d'une promenade, leur récompense d'un beau jour, enfin à jouir des biens accordés à tous.»

Teinté d'humour et d'ironie, ce Voyage sédentaire sollicite souvent la complicité du lecteur. Privilégiant un ton enjoué et dégagé, se donnant comme entreprise de consolation, le texte se révèle célébration de la liberté: «Ils m'ont défendu de parcourir une ville, un point; mais ils m'ont laissé l'univers entier: l'immensité et l'éternité sont à mes ordres» (42). Il définit également une singularité, exacerbée par la solitude. Le sujet s'éprouve, s'analyse, explore les recoins de son moi, suit les méandres de sa personnalité. L'épreuve de l'enfermement ne donne pas lieu aux développements qu'un romantique n'eût pas manqué de composer, mais elle révèle la dualité de l'être, pris entre le regret des jouissances imaginaires et l'attirance pour la vie réelle. Pourtant, est-il encore du repos sur cette «triste terre» (23)?

 

Xavier de Maistre écrira une suite, Expédition nocturne autour de ma chambre, publiée à Paris chez Dufré en 1825, rédigée rue de la Providence à Turin et à Saint-Pétersbourg.

 

Expédition nocturne autour de ma chambre.

Nous sommes en 1798, dans une autre chambre, ermitage occupé volontairement cette fois, et les 39 chapitres du récit se peuplent d'événements; chaque objet rappelle quelques épisodes de sa vie à l'auteur, qui, emporté par sa rêverie, manque de se rompre le cou en tombant de sa fenêtre. Alertée par le vacarme, une voisine dépêche son mari sur les lieux de l'accident, mais le narrateur, sain et sauf, déclame des vers! Celui-ci reprend le fil de ses rêveries, sur le bord de sa fenêtre, et contemple les étoiles, quand la pantoufle d'une autre voisine, fort jolie, imprime un nouveau cours à ses pensées et à ses «dissertations». Les douze coups de minuit sonnent et une voix virile se fait entendre; c'est alors que la rêverie doit prendre fin.

Drôlerie, vivacité, distance encore plus affirmée: la manière de Xavier de Maistre offre ici l'une de ses meilleures productions, plus dramatisée que dans le Voyage.

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Rencontre (fin)

 

Isabelle range méthodiquement les ouvrages

sur l'étagère bleue "rayon petite enfance",

elle s'y applique et regarde avec tendresse,

une petite fille plongée dans une histoire

de fantômes.

L'heure de la fermeture approche,

elle ressent une légère fatigue,

se dirige vers le distributeur de boissons

et choisit un chocolat chaud ;

Isabelle a si peu déjeuné à midi !

Ses collègues partent une à une,

désertent l'espace livresque,

pour s'engouffrer dans le métro, dans un bus

bondé, ou pour les plus chanceuses,

ce sera la marche à pieds.

Quant à elle, elle a décidé de passer

une bonne partie de la soirée au

café du Boulevard Richard Lenoir,

à cette heure-ci plus calme.

Le serveur y sera moins pressé,

donc plus à l'écoute, attentif.

Il pleut encore sur l'asphalte,

une multitude de parapluies de

toutes les couleurs,

de toutes les tailles,

fleurissent le grand pré sombre

de la capitale.

La foule ressemble à une

monumentale déferlante,

déchainée à cette heure de la journée.

Isabelle est à présent assise à sa place coutumière,

elle fume "une blonde",  relève sa chevelure rousse,

la noue à l'aide d'un élastique vert ;

elle se poudre enfin le nez puis les pommettes,

s'applique un peu de gloss sur ses lèvres pâles et fines,

puis boit son diabolo-menthe.

Ressurgira t-il ce soir ?

Franchira t-il la porte de "leur petit café" ?

Elle attend donc,

contemple le ciel qui s'obscurcit,

puis demande l'addition d'une voix un peu défaite, éteinte.

Règle sa consommation, puis se lève, titube un peu, vacille ;

fatiguée.

Isabelle est restée dans ce petit café, 3 bonnes heures,

son cendrier déborde de mégots,

ses mains tremblent ;

elle est décidément si seule.

Isabelle se rapproche de la sortie,

quand soudain une silhouette musculeuse et grande,

aborde la sienne, plutôt frêle et longiligne,

la bouscule un peu, la déséquilibre,

 toute émue.

Isabelle lève la tête,

son regard cerné, mais néanmoins superbe,

pénètre celui, non moins cerné, de Pierre, s'y confond ;

leurs souffles se reconnaissent,

communient l'un dans l'autre,

jusqu'à ce que leurs corps

réciproquement balbutient "oui "en silence,

puis se rencontrent, s'accordent leurs mains nues.

Ils sortent du café, vont ensemble,

quittent le sol, prennent l'un pour  l'autre leur temps ;

Isabelle convie Pierre chez elle,

sans murmurer le moindre mot,

Pierre reçoit tout d'elle.

Ils semblent glisser sur le Bld Richard Lenoir,

sont "nulle part", enfin existent l'un dans l'autre.

Ils s'aiment.

La pluie s'est tue, a cessé d'inonder

le grand pré sombre, pour laisser l'entière

place au soleil bleu d'automne.

La lettre de Pierre, dans ses yeux,

ses mains, il la porte.

FIN

 

NINA

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Chère Isabelle,

 

Me revoici près de vous,

de votre grand silence.

Ces quelques mots fort modestes,

me semblent insuffisants

 pour vous faire don de moi ;

ma pensée, toute entière

consacrée à la vôtre,

puisse t-elle un jour vous nourrir à jamais,

atténuer votre tristesse,

 que je devine enracinée en vous,

tellement vive !

Ces temps-ci, raccourcissent les jours,

à l'inverse de mon flamboiement

pour vous.

Avant vous, je ne savais pas me perdre,

ni même jouer aussi bien qu'aujourd'hui

du piano, du saxo,

 puis écrire tout court.

Avant vous, je tournais invariablement

en rond dans un monde carré ;

en seriez-vous devenue,

l'authentique rondeur ?

J'affirme que OUI ;

à présent j'y voyage, puis j'écris.

Je grandis.

Je dépose sur vos lèvres,

 désertes de tous les autres,

un intense baiser,

 sans oublier de m'étendre,

 contre votre immensité chaude,

de vous étreindre fort.

Votre bien-aimé qui savoure

depuis vous, chaque instant

traversé, célébré en silence.

Pierre.

NINA 

 

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