J’écris
pour cette bouffée
d’intime
apprivoisé
qui me mène
jusqu’à vous
dans un seul souffle
Martine Rouhart
J’écris
pour cette bouffée
d’intime
apprivoisé
qui me mène
jusqu’à vous
dans un seul souffle
Martine Rouhart
Créé six ans après Les Noces de Figaro, cet opéra de Cimarosa est entré dans la légende pour avoir été entièrement bissé le soir de sa création à Vienne à la demande de l’Empereur Léopold II. Une curiosité : Stendhal était amoureux fou de cet opéra qu’il avait découvert à Ivrée (Italie) le 1er juin 1800 au cours de la seconde campagne d’Italie à laquelle il participait comme “cadre administratif” puis comme sous-lieutenant de dragons. Ensuite, parcourant l’Europe à la suite de la Grande Armée napoléonienne, il n’a jamais manqué de le revoir partout où il a pu être donné, notamment à Dresde le 28 juillet 1813, alors qu’il était intendant de la province de Sagan, peu avant la formidable défaite de Leipzig. « Je ne trouve parfaitement beaux que les chants de deux seuls auteurs : Cimarosa et Mozart » …En attendant Rossini, sans doute, puisque cette œuvre de Cimarosa se situe comme un trait d’union entre Mozart et l’opera buffa de Rossini.

Critique sociale et miroir du 18e siècle comme l’étaient la série de six peintures intitulées « Mariage à la Mode » par William Hogarth, l’intrigue est très simple, légère et réaliste. Comme nos Musicals modernes? Il Signor Geronimo, négociant en drap, souhaite marier sa fille aînée Elisetta au comte Robinson. Mais lors de la première rencontre, celui-ci tombe éperdument amoureux de sa plus jeune soeur Carolina, aussi méprisée par sa prétentieuse sœur aînée qu’une Cendrillon. Carolina est amoureuse et mariée secrètement avec Paolino, un humble employé doué de belle intelligence. Ils espèrent secrètement que l’organisation du mariage d’intérêt de la sœur aînée suffira pour que les amoureux soient pardonnés. Le père, sourd et aveugle aux choses de l’amour, a en effet une préoccupation principale, celle d’anoblir sa maison et de veiller à sa cassette, quitte à envoyer sa cadette au couvent. Il porte le syndrome, les habits et les manières du Bourgois gentilhomme de Molière… Patrick Delcourt, formidable dans ce rôle, entouré de ses laquais qui vaquent docilement, pliés en deux pour mieux courber l’échine. La chasse au mari est ouverte et la tante Fidalma (on découvre avec bonheur Annunzita Vestri) ne se prive pas de fantasmer sur Paolino ! A la fin, une fois les amoureux découverts, la journée folle se termine par les noces de trois couples bien assortis, grâce à la bonté d’âme du Comte qui voit le bonheur de celle qu’il aime avant le sien et se résout à épouser Elisetta dont le caractère et les traits du visage s’adoucissent miraculeusement. Même Fidalma la duègne aux bons offices … trouve chaussure à son pied. All is well that ends well! L’alternance de sentiments et de comique donne à l’ensemble une force théâtrale extrêmement porteuse. … En attendant Feydeau, comme ceux dirigés par George Lini, un maître tailleur dans le genre Humour et Sentiments. Le deuxième acte est fait d’un délire de portes qui claquent. Succulente mise en scène de Stefano Mazzonis Di Pralafera… dans un décor à la fois sobre et brillant de Jean-Guy Lecat.
Bouleversante, cette scène où Le Comte, campé par un Mario Cassi tout de suite attachant, déclare sa flamme prima vista à une Carolina abasourdie devant l’énormité de l’imbroglio qu’il va falloir démêler… C’est une exquise Céline Mellon, pleine de fraîcheur et de tendresse. La musique qui sous-tend la scène tient , elle aussi, de l’évocation des éblouissements du coup de foudre. Comme si une union d’esprit particulière liait secrètement Mario Cassi et le jeune chef d’orchestre, Ayrton de Simpelaere, dans une déclaration d’amour faite à la fois avec tous les accents de vérité et les pétillements de l’humour. Notons que le comique est partout. Des citations en situation au clavecin émaillent la partition, et produisent une source supplémentaire de comique … musical et spirituel, avec des allusions à Aïda ? La chevauchée des Walkyries ? La marche nuptiale? La 5e de Beethoven… Tout fait farine au moulin des amoureux!
Inoubliable et renversante de drôlerie, cette magnifique scène où Le Comte décline à Elisetta (Ah ! Sophie Junker) toutes ses mauvaises habitudes, son sale caractère et ses pires défauts, espérant qu’elle le rejettera afin qu’il puisse épouser Carolina, mais Elisetta, bien sûr, reste de glace. Il avoue enfin qu’elle lui est insupportable et quitte les lieux! Aussi cette course-poursuite au son des cors de chasse! Le rire est dans la salle. Les maquillages, c’est du pur Permeke! Les éventails en prime !

…With flying colours
Mais revenons à ce jeune chef que les médias encensent à chaque occasion, depuis qu’il a pris son envol à Moscou lors de la demi-finale piano du « Concours international Tchaikovsky » en 2015 où il a dirigé les « Solistes de Moscou ». Nous avons eu le plaisir de le voir diriger avec brio l’opéra participatif Jeune Public « la flûte Enchantée » de Mozart en début d’année, et une création : « Folon » de Nicolas Campogrande , en mars dernier. Lors de cette première de l’opéra « Il matrimonio segreto », Ayrton de Simpelaere a pleinement réussi le défi qu’on lui offrait, faisant preuve d’une grande maîtrise de la balance, d’une concentration et d’une précision extraordinaires dans son interprétation musicale. … Une habitude ancrée dans l’exigence personnelle. Dès l’ouverture, les dynamiques se créent comme par enchantement, le velouté des vents raconte les effusions de joie, la finesse des cordes est omniprésente, les accents, les legatos, s’enchaînent avec grâce. Le grain de la musique est lisse et lumineux. Une ouverture avec trois mesures de Flûte enchantée et le reste est bonheur. Flying colours aussi pour la direction des solistes dont la diction est un véritable délice. La palette de ses couleurs orchestrales aligne chaque nouveau climat sur les couleurs et les voix rutilantes des personnages. Les costumes 18e siècle, y compris les coiffures monumentales, déclinent elles aussi toutes les nuances du bonheur: du vert tilleul pour Elisetta, les safrans épicés de Vidalma, les shocking blue du Comte, les ors et gris du marchand, les flamboyantes lueurs de braises de Paolino au bras de la délicate Carolina, une symphonie de sentiments délicats bordés de rose rouge. Le développement des très nombreux morceaux d’ensemble, harmonieux malgré les différences très intenses de sentiments, dynamisent la partition et sont savourés par un public conquis par une mise en scène et des éclairages distingués ( signés Franco Marri) , un sens de la beauté, qui n’est jamais gommé par la bouffonnerie du genre. Oui, même la caricature est plaisante. Bon, les tenues que l’on découvre sous les peignoirs et les bonnets de nuit à la fin du deuxième acte, ont de quoi surprendre, une dernière estocade du comique de situation? Peut-être pas du meilleur goût, on oublie!
Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres

https://www.operaliege.be/spectacle/il-matrimonio-segreto/
“ IL MATRIMONIO SEGRETO “ (Le mariage secret)
Gaëtan Faucer a déjà derrière lui une belle bibliographie, dans le domaine du théâtre, des pièces courtes, mais aussi des aphorismes et des nouvelles. Il a, de plus, et c’est cela son plus riche patrimoine, un style bien à lui, que l’on pourrait définir en deux mots: la brièveté, et l’abrupt. Brièveté: pas un mot de trop dans ce qu’il écrit, il économise ses cartouches. Abrupt: une page ou deux à la fin, et tout s’écroule comme un château de cartes. Les signes avant-coureurs étaient déjà là, mais nous n’y avions pas prêté attention.
Avec cela, une vitesse étourdissante, une sorte de furia, qui anime tout ce qu’il écrit. Et un sens inné de l’absurde, du non-sense, tel qu’on le trouve par exemple chez Saki. C’est un développement, rapide, inattendu, d’une situation qui ne fait rien d’autre que de dérouler ses avancées logiques.
Puisse-t-il encore longtemps nous surprendre: le spectateur n’a plus qu’à se frotter les yeux: ceci n’est pas un rêve.
Joseph Bodson
L’ivresse des sensations
Un jeune homme étalé sur le sol d’une cave est désentravé de la corde qui le retient là depuis deux jours. Un homme – qui fera bientôt office de sommelier – lui fait monter les 39 marches (clin d’œil à Hitchcock) qui le séparent du rez-de-chaussée et de la pièce où il va être convié à un étrange repas familial préparé par la belle Maya…
Cette nouvelle de Gaëtan Faucer, parue dans la belle collection des Opuscules des Editions Lamiroy (qui fête ce week-end sa première année d’existence), installe vite un climat malicieusement trouble, elle ménagera jusqu’au bout le chaud et le froid, le Bordeaux et l’effroi, le rouge (du vin mais pas que) et le noir magnétique d’une nuit de clair de lune.
Tous les ingrédients sont présents pour que soit servi un mets de mots rares, savoureusement choisis pour donner l’eau à la bouche comme la peur au ventre et faire goûter au lecteur à un cocktail d’émotions, plus diabolique que divin, cela dit, qui va vous rendre ivre de ce livre, à n’en pas douter.
Éric Allard
Brillance et insolence
d'un automne flamboyant de lumière
qui, sur les forêts, jette sa palette de couleurs,
repeignant de nouvelles images
ravivant les jardins de fleurs,
réchauffant nos coeurs avant l'hiver.
Violence et cruauté de Dame Nature
qui charge le ciel d'orages,
déchaîne ruisseaux et rivières,
inonde tout sur son passage,
anéantissant maisons et paysages,
emportant dans sa déferlante folie
les souvenirs et les vies
vers un ailleurs indéfini,
meurtrissant les coeurs à l'infini.
Le voile sombre de la tristesse et du malheur
déploie ses ailes en nos coeurs compatissants,
nous associant à la souffrance de nos amis et voisins,
tandis que le chaud soleil nous nargue de ses rayons intenses,
ouvrant de nouveaux espoirs.
Ainsi va la vie, la vie reprendra, la vie continuera.
"La vie ne vaut rien, rien
mais rien ne vaut la vie" Alain souchon
A flots en moi, coulent les mots...
Introuvables et trouvés
Ils arrivent à petit trot
Et parfois incontrôlés!
Pourquoi diable me direz-vous
Sont-ils donc... nécessité?
Arrivent-ils à faire de vous
Un humain enfin léger...
La question est pertinente
La réponse est mal aisée!
Ecoutez plutôt s'ils chantent
et si votre âme est touchée?
J.G.
Lire... L'on sait que tout le monde n'aime pas lire...et il y a lire et lire! Entre se plonger dans un roman et lire une recette, par exemple, il y a une énorme différence! Pourtant on peut accorder autant d'attention à l'un comme à l'autre, c'est selon! L'intérêt de l'un n'est pas forcément celui de l'autre. Qui se forcerait à lire quelque chose qu'il n'a pas vraiment envie de lire...à moins qu'il ne s'agisse du mode d'emploi d'un nouveau gadget électronique? Celui, ou celle, qui ne lit jamais une seule ligne ne sait pas ce qu'il, ou elle, rate car la lecture, à long terme, a des effets quasi miraculeux sur la personne qui la pratique avec régularité.
De nombreux bienfaits surgissent, que la lecture soit silencieuse ou publique et qu'il s'agisse d'un roman, d'un poème, d'une nouvelle ou de tout autre genre littéraire, certains sont bien connus tandis que d'autres le sont moins, passant inaperçus mais pourtant bien là. Réels.
Le saviez-vous? Tout comme la construction d'un puzzle ou une partie d'échecs, la lecture stimule notre cerveau, l'active, faisant fonctionner nos neurones, ralentissant du coup l'apparition éventuelle de la maladie d'Alzheimer ou de la démence grâce à une activité cérébrale régulière. Réfléchir, c'est bon pour la santé...mais pas trop!
La lecture diminue aussi la tension, le stress, l'anxiété, l'avez-vous expérimenté? Si un article se révèle intéressant, même captivant, nous décrochons du reste, concentrés sur notre seule lecture. Avec un roman dont l'écriture est maîtrisée et la construction solide, nous pouvons atteindre une autre dimension, un univers parallèle, à condition d'aimer cela bien sûr. Lire, c'est réellement bon pour la santé!
Un autre bienfait reconnu et non le moindre, c'est l'amélioration considérable de nos connaissances: notre savoir s'élargit, s'étend, nous devenons des experts, des érudits, des personnes plus que cultivées, chose utile et même indispensable pour les Salons de thé et autres que nous fréquentons...si nous en fréquentons! Et qui dit nouvelles informations pense souvent nouveaux défis. Supermen et superwomen en puissance, nous accroissons aussi notre vocabulaire. Des mots nouveaux pour le langage quotidien, c'est un fameux atout et la confiance en soi s'en trouve renforcée, nos écrits s'améliorant dans la foulée et le champ des possibilités s'étend pour faire notamment carrière dans un secteur où les mots s'avèrent primordiaux. Essentiels et indispensables.
Nos connaissances et notre vocabulaire s'améliorent, nous venons de le mentionner, mais aussi notre mémoire: pour bien comprendre ce que nous lisons, il nous faut souvent retenir beaucoup de noms, entre autre, et nous nous solidifions le cerveau, de nouvelles synapses se créant et effet régulateur sur l'humeur également garanti! C'est vraiment excellent pour la santé, la lecture!
Est-ce que tout aurait été dit? Non, la lecture a encore d'autres atouts: elle ne manque pas de développer nos capacités d'analyse, nos aptitudes critiques et analytiques. Découvrir qui est le coupable avant la fin? Cela arrive et c'est bon signe! Intuition, clarté et raisonnement au rendez-vous de nos neurones, l'attention et la concentration sur l'intrigue accrues! Vingt minutes minimum de lecture ont, paraît-il, un effet très positif sur la productivité ultérieure. Lire, c'est réellement la santé!
Au fait, avons-nous déjà mentionné que la rédaction s'en trouve améliorée? Succinctement! L'écrit se perfectionne, le style se fluidifie, la cadence de moins en moins heurtée par l'utilisation abusive d'adjectifs et d'adverbes en fin de compte inutiles. C'est souvent lors de la relecture que l'on prend vraiment conscience du superflu: des "donc", des "en fait", des "en effet" alors disparaissent...pour le meilleur!
Tranquilliser l'esprit? Encore un bienfait de la lecture synonyme ici de relaxation, générant une agréable paix intérieure mais c'est fonction des thèmes abordés. Un roman au scénario de film-catastrophe n'aura pas les mêmes effets que la lecture d'un roman plus intimiste ponctué de réflexions existentielles.
Un divertissement? La lecture peut aussi l'être, l'existence de médiathèques, de bibliothèques et de sites de téléchargement en facilitant l'accès qui est souvent gratuit, une aubaine pour le portefeuille! Enfin convaincu de l'utilité - façon de parler - des auteurs et écrivains? Si ce n'est toujours pas le cas, essayez et trouvez ce qui vous convient le mieux par des lectures sporadiques pour débuter, sans jamais vous décourager. Et le saviez-vous? Il existe, pour chaque personne aimant et sachant lire et écrire, un genre littéraire qui captera davantage son attention et activera son imagination. Vous doutez toujours de l'efficacité de la lecture sur votre bien-être? Vous courez alors le risque qu'un jour vous ne ferez plus que lire les notices des médicaments que l'on vous a prescrits. A bon entendeur!
Bonjour 16 10 2018
Simone de Beauvoir a écrit
http://8mars.info/citation/simone-de-beauvoir
N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.
qui sait si cette citation est tirée d'un livre ? si oui lesquels (si possible la page ou le chapitre)
Pour l'instant la seule source que j'ai est d'une conversation de Claudine M avec Simone de Beauvoir en 1974
qui en sait plus ?
« Choisir sa vie ? » …You can do it ! Cela se passe à la Comédie Claude Volter avec la magnifique mise en scène de la célèbre pièce de 1980 de Willy Russell, « Educating Rita » dans une nouvelle version adaptée par l’auteur en 2003 pour en rendre le propos plus universel. La très soigneuse mise en scène signée Michel Wright respecte le délicieux cadre British et l’accent populaire de Liverpool de la jouvencelle se change en un plongeon dans la modernité francophone grâce à laquelle nos ados se sentiront aimés et transportés. Stéphanie Moriau fait absolument merveille dans cette tendre comédie politico-philosophique !
Prénommée Suzan, issue d’un milieu populaire telle une bonne âme de Sichuan, la jeune héroïne se sent vide et sans avenir, sauf de rester coiffeuse, assister à des match de foot ou de karaoke, pondre des gosses, et n’avoir de choix que la poudre à lessiver. Sur ce, elle prend ses ciseaux mythiques pour dépecer sa vie totalement insignifiante. Couper, changer – devise des coiffeurs - et commence par changer de prénom pour s’appeler l’étudiante RITA, et rêver d’un avenir où enfin, elle aurait le choix.
Car c’est ce mot magique « Change » comme les pétitions en ligne bien connues… qui la fait rêver! Son intuition lui fait comprendre que seul le changement intérieur fait avancer et vivre plus pleinement. Son arme pour faire d’elle même une « self-made woman » sera l’éducation, la culture, l’appropriation d’un discours construit et argumenté. Elle ne veut pas mourir et être enfermée comme sa mère dans une chanson sans espoir, sans horizon. Elle a capté que seule l’éducation est porteuse d’avenir. Elle suit la morale de Trainspotting : Choose Life! Elle ne veut pas être un ectoplasme qui se suffit de fumées, de pain et de jeux.
Donc elle s’inscrit à un cours… universitaire avec un très émouvant Michel de Warzée qui joue Frank, le professeur bordélique qui se console régulièrement de la vie et de ses espoirs avortés de devenir poète avec des bouteilles disséminées dans son imposante bibliothèque ou trône un nu érotique. Au départ fort peu enthousiaste à être dérangé, il est finalement ravi de cette bouffée d’air inespérée. Il lui donnera tout, comme le sculpteur Pygmalion amoureux sa statue Galatée… avec les risques du métier! Un personnage complexe à interpréter, se partageant avec grande délicatesse entre le personnage du professeur adulé et son attachement émotionnel et sexuel grandissant pour son étincelante protégée. Ah! les « Métamorphoses » d’Ovide!
Et quel potentiel, Stéphanie Moriau! Elle « fait » à peine les 29 ans de la jeune délurée. Elle navigue comme une cascadeuse entre les désespoirs et les rires, jongle avec les défis culturels, brûle les étapes pour se faire naître à la personne dont elle rêve. Et quel exemple pour les jeunes inconscients calés dans leur apathie et leur confort consumériste!
Frank, le prof, est abasourdi et se met à réveiller ses propres affects, et à caresser son rêve d’écriture retrouvé. La jeune effrontée débarque comme une bombe spirituelle chez lui et fait voler ses routines en éclats, ouvre les fenêtres, donne de l’air, pourfend ses amertumes accumulées, change dix fois de coiffure, de tenues, de styles, se cherche avec une opiniâtreté qui finit par énergiser chaque spectateur à la suivre dans son itinéraire de changements. On ne peut pas changer le monde, mais soi-même, bien sûr que oui ! La connaissance de soi passe par l’art et la littérature. Shake it ! Elle reçoit et apprend tout de son tuteur, se met à faire des liens, découvre avec stupeur et ravissement une image du monde où tout est lié, va au théâtre, tombe amoureuse de Shakespeare, et revient, quand la culture l’a métamorphosée, à son prénom originel! Dans le personnage intense et explosif de Rita, Stéphanie Moriaux assume pleinement le Credo du changement et du libre choix, galvanise un public invité à faire fondre à son tour, ses peurs, ses limites, ses barrières. Pari gagné!

Cette superbe pièce de Willy Russel est aussi indispensable que le sel dans les pommes de terre, précipitez-vous, et dégustez ce remontant tonique si votre moral est au pessimisme et à la grisaille. L’humour de la midinette intelligente au moral d’acier est décapant, côté rénovation elle en connait un brin ! Voyez-le comme une cure salutaire de jouvence. Que vivent donc les métamorphoses et non les sinistroses! Comme disait mon grand-père normand: « Debout les crabes, la marée monte! »
La Culture comme arme sociale !
http://www.comedievolter.be/leducation-de-rita/
L’EDUCATION DE RITA
Willy RUSSELL
Traduction de Catherine Marcangeli
Mise en scène : Michel WRIGHT
Décor Yann BITTNER
Régie & Éclairages : Bruno SMIT
Animations scolaires : Stéphanie MORIAU
du 10 au 28 octobre 2018
du Mardi au Samedi à 20h15, dimanche à 16h
Nous avons été jeunes sous tes frondaisons, ô forêt.
Je me souviens de tes clairières mystérieuses et des lacs bleus sous la lune.
Les branches entremêlées de tes arbres étaient plus noires que la nuit et de curieux oiseaux traversaient le néant en appelant la mort.
Parfois, la brise s’élevait dans le grand bois sonore et c’était là une musique étrange, comme venue d’un autre monde.
Dans l’obscurité, nous parlions à demi-mots de choses impossibles, t’en souviens-tu mon amour ?
Nous avions cet âge où l’on croyait encore qu’une caresse sur une peau nue pouvait ouvrir les portes de l’impossible. Ta voix était douce et inquiétante comme celle de la forêt, pleine des mystères de ta féminité.
Ta voix était la nuit et depuis toutes ces années j’en cherche encore le chemin.
Par les sentiers sinueux, j’erre en vain, troublé à l’idée qu’un soir, peut-être, je te retrouverai là, assise en silence au bord du lac bleu. Sur tes épaules nues la lune tracera la marque de l’au-delà et moi je me cacherai dans l’ombre pour mieux contempler celle que j’ai tant aimée et que je n’ai jamais revue.
Un léger brouillard recouvre les prés et de fines gouttelettes d’eau s’écrasent sur le sol. Don de vie gracieux un instant encore à cette belle végétation qui nous a ravis toute cette saison. Les fleurs, les feuilles s’accrochent malgré l’irrémédiable. Elles vont mourir, arrachées par le vent, la pluie. Elles vont chuter sur la terre sans remords, d’autres virevolteront avec force sur une ultime danse endiablée. Parées de mille couleurs comme ces danseuses glissant sur les parquets, elles embelliront une dernière fois mère nature et en feront un tableau exceptionnel.
Chaque année, nos chers bambins ont la charge de trouver et de ramener à l’école des feuilles d’automne si chères à mon cœur. Toute une part de mon enfance rejaillit et le souvenir de ces cueillettes me rend joyeux, heureux. Des heures propices au pur bonheur vécues avec mes proches, enseignants et amis.
Ces prospections ne sont jamais vaines et permettent de croiser de petits rongeurs ou batraciens cachés à même le sol ou un petit hérisson tout content d’être tapi dans ces jolies feuilles encore fraiches. Parfois un écureuil curieux et à l’écoute sur une haute branche surveille.
Que la nature est belle quand elle est en paix.
Assis sur un tronc d’arbre, un vieux monsieur se repose, la mine détachée. Il est plongé dans ses pensées et en oublie le temps présent. Que d’heures il a passées dans cet endroit où la nature est encore intacte où l’homme n’a rien abimé, détérioré, cassé. C’est un lieu au milieu de nulle part où la terre a su préservée, protégée son intégrité, sa solitude. Peu de gens connaissent ce lieu surprenant, et ne discernent pas le bonheur, la satisfaction d’y passer, d’y être.
Tout est assez ordinaire, une clairière, une petite cascade, le tout cerné d’arbres centenaires, un merveilleux repaire. Au centre de ce petit paradis vit ce cœur solitaire, dépouillé, déserté de faux sentiments. Une paix authentique y règne. En accord avec la nature qui l’entoure, il en savoure le plaisir, en déguste avec conscience les odeurs et les parfums, heureux de ce bonheur gratuit.
Il se pose souvent la question de savoir pourquoi tant d’hommes cherchent l’impossible, l’irréalisable, l’infaisable et pourquoi si peu y arrivent. Leur vie devient un cauchemar, et n’aboutit à rien.
Telle une armée de fourmis qui cherche à domestiquer, soumettre, assujettir la terre et qui ambitionne d’y arriver, elle détruit, bâtit, importune, déséquilibre. Cependant mère nature veille, contrôle et n’hésite pas à recadrer et à reconquérir ses droits. Elle se sait invincible pour avoir toujours évolué malgré les minuscules entraves de l’homme.
Que la nature est cruelle quand elle est en colère.
Le vieux monsieur savoure ce doux moment de quiétude loin du marasme, du découragement de cette société en faillite de bonheur.
Prince à la robe ornée de couleurs,
Ne paraissant qu'à l'appel de la lumière,
A l'été finissant, aux dernières chaleurs,
Il vogue au gré de ses frêles bannières.
Prince aux atours de princesse qui vole ;
Pour seule arme, la faiblesse de sa beauté
Lui donne un jour, un seul jour pour qu'il vole
Un brin de charme aux peu d'heures comptées.
Prince aux saveurs dernières du jour couchant,
Tes voiles légères de parfum en parfum
Semblent parler d'amour et de nouveau printemps
A toutes les fleurs demeurées au jardin.
« Les poissons vert pâle » est un spectacle absolument croquignolet comme se plaît à dire le Routard, alors qu’il est supposé décrire les pires affres de la vie familiale quand tout bascule… Envoyez musique et paroles! L’écriture théâtrale de Valéry Bendjilali, riche, enlevée, joyeuse et intense se greffe sur la nouvelle éponyme de Katherine Kreszmann Taylor qui fait partie de son opus « Ainsi mentent les hommes » (1953). On connait surtout cette auteure américaine, première femme nommée professeur titulaire à L’université de Gettysburg (Pennsylvanie) par son premier roman : « Inconnu à cette adresse » (1938), un récit de portée universelle.

Il s’agit d’une famille très ordinaire. L’envoi est donné le jour des funérailles de la mère du narrateur (un exquis Valéry Bendjilali) , lorsqu’il met en pratique une expérience proustienne, où le goût acidulé d’une tarte aux cerises réveille tout à coup dans le cœur de l’adulte de quarante ans, une foule de souvenirs familiaux enfouis dans sa mémoire émotionnelle. Ces souvenirs éclatent comme des bulles de réminiscences douces-amères, au fil de la remémoration de la jeunesse révolue et des occasions d’aimer évanouies dans le fleuve de la vie. Le spectateur est franchement ébloui par l’immense justesse des perceptions, la grande pudeur des propos rassemblés dans une histoire sans doute filtrée à travers le prisme d’une certaine idéalisation du passé. Boris Cyrulnik n’a pas tort quand il dit que l’on finit par caraméliser le passé pour en contenir et exorciser les souffrances. Cette écriture engage le spectateur à réfléchir à la beauté véritable du pardon, à la vertu de la communication, à l’observation bienveillante du monde. Des vertus en fait instillée par sa mère adorée… une source inépuisable d’amour.
La mise en scène perfectionniste de Patrice Mincke (Le Noël de Monsieur Scrooge, L’Avare, Le portrait de Dorian Gray pour n’en citer que trois) fait évoluer deux merveilleux musiciens de jazz ( Nicholas Yates et Antoine Marcel) et leur moelleuse contrebasse et leur émouvante trompette aux côtés des trois comédiens : Valéry Bendjilali, Bénédicte Chabot, Benoît Verhaert pour en faire un quintet d’une belle complicité qui cisèle les sentiments avec délicatesse pour aboutir à un bijou de théâtre intimiste et raffiné dans lequel le rire est loin d’être absent, malgré la violence de toutes les blessures familiales perpétrées souvent par pure maladresse et inconsciemment.

Bénédicte Chabot interprète le tendre personnage de la mère qui porte en elle la lumière et le charme des reflets nacrés de la perle, liés à une féminité et une humilité souriante et apaisante d’une autre époque. Avec ses robes signées National Geographic années 50, elle fait preuve de douceur angélique et d’indulgence face à Charles, ardent commis voyageur, distributeur de frigidaires, admirablement joué par Benoit Verhaert. C’est un être violent, insatisfait, durci par les déceptions de la vie, un mari bourru, occupé uniquement de lui-même, ancré dans ses urgences et ses visées matérielles, injuste dans ses relations avec ses deux fils Gordon et Ricky - qu’il s’évertue à appeler Dick par mépris - et qu’il se plaît à mettre sans cesse en compétition, semant allègrement autour de lui les graines de l’envie et de la jalousie. Le héros de l’histoire - ah! la terrible quête de reconnaissance et de fierté paternelle! - fuira le milieu devenu toxique, malgré la douleur qu’il inflige à la personne au monde qu’il aime le plus… Nombre de problèmes familiaux ne se rapportent-ils pas au besoin d’être reconnu, d’être aimé ? Cela vaut pour tout le monde dans cette famille...

Ainsi valsent au gré de l’histoire, les sous-entendus, les petites phrases assassines, les non-dits, les charges émotionnelles, les explosions de colère, les silences révélateurs, et finalement, la fuite salvatrice, la culpabilité. Chacun peut repérer dans le miroir de la représentation telle ou telle bribe de vérité qui percute notre histoire personnelle. L'empathie du public s’installe tellement fortement au cours du spectacle, l’onde de transmission est tellement puissante, l’imaginaire est tellement bien sollicité par la conjonction des tableaux et de la musique, que l'on en vient à faire émerger en soi, des choses que la mise en scène n'y avait sans doute pas mises intentionnellement! C’est dire la richesse et la magie de la mise en œuvre du très poétique texte original.
Et finalement, cette constatation heureuse et universelle que oui, la beauté et l'amour de la nature peuvent nous sauver… Y compris la beauté de l’écriture du jeune Valéry Bendjilali.

© Isabelle De Beir
Louvain-La-Neuve, Théâtre Blocry, jusqu’au 6/10. Infos et rés. : 0800.25.325. - www.atjv.be.
Au Théâtre de la Vie à Bruxelles du 9 au 20/10 Infos et rés. : 02.219.60.06. – www.theatredelavie.be
d'après Kathrine Kressmann Taylor
Adaptation Valéry Bendjilali
Mise en scène Patrice Mincke
Avec: Valéry Bendjilali, Bénédicte Chabot, Benoît Verhaert
Musiciens Antoine Marcel, Nicholas Yates
Décors et costumes Anne Guilleray
Lumières Philippe Catalano
Coach vocal Daphné D'Heur
Assistante à la mise en scène Sandrine Bonjean
Une coproduction de L’Autre Production, de l’Atelier Théâtre Jean Vilar, du Théâtre de la Vie et de DC&J Création.
https://www.atjv.be/Les-Poissons-vert-pale
https://www.theatrezmoi.be/les-poissons-vert-pale
http://www.theatredelavie.be/spectacle.asp?id=%7B4812DD46-9B36-462C-959B-331C6F0553D3%7D
A l'encre de ma vie, j'ai exploré les mots
J'y ai mis la douceur, une forme de repos...
Et puis cette passion qui fait marcher le monde
Elle sait donner raison aux âmes vagabondes...
Derrière guerres et misères qui font rougir l'humain
Il fallait que je trouve des raisons à demain!
Laisser parler la vie et chanter les oiseaux
Et dans l'air respiré, humer quelques cadeaux!
A l'encre de ma vie j'ai dessiné l'amour
En lui mettant des ailes pour oublier les jours...
D'une force fragile, créer... la légèreté
Car tout est plus facile quand on en est bercé.
L'automne a des reflets à nul autre pareil
Le vert, le rouge et l'or au soleil font merveille!
Pour accepter l'hiver et l'encre qui se gèle
Juste laisser quelques mots qui feront la vie plus belle!
J.G.
Comme les images de neige
qui vont dans le coeur
des enfants
il arrive que des choses
minuscules
très ordinaires
fassent chanter
nos chemins
Martine Rouhart
En hiver, la nature se tait, pour que la chute musicale de la neige,
sur la terre offerte et dévêtue, puisse être audible et chaude.
Sur les chemins et les monts, naissent alors de vastes
partitions où les empreintes de nos pas, y sont devenues notes !
Oh douces et suaves sonorités sur notre terre blanche, vous me
faites penser au grand silence nu, en lequel, vous existez de décembre
au mois de février !
Voilà pourquoi j'aime tant l'hivers !
NINA.
Ma peau contre la vôtre taiseuse est ce
jardin sonore, princier à l'infini,
d'où de précieuses essences à l'instar d'offrandes,
partout en vous s'infusent et vous entêtent,
à votre peau redonnent une voix.
S'aimer, se parler comme ça.
NINA