Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3146)

Trier par

Je suis bien triste

J'apprend à l'instant la mort du peintre graveur Francis Brichet.

Il fut mon professeur de gravure durant quatre ans, aux Beaux Arts de Bruxelles, le plus humain de tous, en tout cas l'un des plus compréhensifs, il a toujours défendu mon travail, surtout au début quand les autres professeurs ne comprenaient pas que l'on puisse avoir envie de commencer par des sujets réalistes et non pas se lancer directement dans des sujets abstraits.

C'était un bon professeur, et j'aime son travail de peintre.

Malheureusement il est plus connu pour le malheur arrivé à sa fille que pour son travail d'artiste. La disparition d'un enfant dans ces conditions est terrible, durant ces quatre années, j'ai pu voir les ravages que cela peut causer au quotidien. Les moments de désespoir, les moments d'espoir surtout, suivi après d'un profond désarroi.

Je garderai toujours un bon souvenir de vous Mr Brichet.

12272859895?profile=original

http://www.francisbrichet.be/

Peintre-graveur, Francis Brichet était diplômé du cours supérieur de gravure et du cours supérieur en peinture décorative et monumentale de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles dans laquelle il exercera, de 1978 jusqu'en 2003, comme professeur et chef d'atelier du cours supérieur de gravure. Il s'était également vu décerner de nombreux prix pour son travail.

Sa fille, Elisabeth, avait été enlevée à Saint-Servais le 20 décembre 1989 à l'âge de 12 ans. Son corps ne sera retrouvé qu'en 2004.

12272860479?profile=original

eau-forte sans titre de Francis Brichet

Lire la suite...

ROMANIN alias Jean Moulin, résistant mais aussi graveur

(article repris de mon blog Histoires d'encres et de papiers)

ROMANIN alias Jean Moulin

Une facette peu connue de Jean Moulin (1899-1943) le célèbre résistant.

Le fait est que cet homme avait une passion pour le dessin et pour la gravure, art qu'il a talentueusement exercé sous le pseudonyme de ROMANIN

un extrait d'une émission consacrée à Jean Moulin alias Romanin

http://www.eclecticprod.com/#/film/338/la-pastorale-de-conlie-de-romanin-jean-moulin

Le musée de Quimper consacre une page à une de ces oeuvres les plus bouleversantes: la pastorale de Conlie.

http://musee-beauxarts.quimper.fr/htdocs/pgoeu1298.ht

romanin

 Il publiait également des dessins humoristiques dans la revue Le Rire.

Clipboard01

Dans les années 1930,  il grave huit planches inspirées de poèmes de Tristan Corbière, d'origine Bretonne: "La Pastorale de Conlie".

 voici quelques extraits à lire sur :

http://fr.wikisource.org/wiki/La_pastorale_de_Conlie

.....

– Va : toi qui n'es pas bue, ô fosse de Conlie !
        De nos jeunes sangs appauvris,
Qu'en voyant regermer tes blés gras, on oublie
        Nos os qui végétaient pourris,

La chair plaquée après nos blouses en guenilles
        – Fumier tout seul rassemblé...
– Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles !
        L'ergot de mort est dans le blé.

 

Ce poème évoque un épisode tragique de la guerre de 1870 et des relations entre la Bretagne et la République française.

Sur ordre de Gambetta, des dizaines de milliers de Bretons sont parqués dans un camp, à Conlie, près du Mans.

Les conditions de vie y sont innommables : Beaucoup d'entre eux meurent. Les rescapés sont expédiés, quasiment désarmés, face aux Prussiens. C'est la boucherie.

Jean Moulin/Romanin en tire une eau-forte à la limite du soutenable : des corps d'hommes et de femmes entassés dans une fosse commune, au bord d'un champ de croix de bois à perte de vue..

Une notice très complète de Jean Moulin, artiste est lisible au lien suivant:

http://www.cg06.fr/cms/annexes/jean-moulin/riche.html

 Je vous propose donc aujourd'hui d'admirer les huits gravures illustrant le recueil de poèmes ARMOR de Tristan Corbière (1935)

armor

armor (1)

armor (8)

armor (7)


armor (2)

armor (3)

armor (4)

armor (5)

Lire la suite...

12272847469?profile=original"La légende des siècles" est un recueil poétique de Victor Hugo (1802-1885), publié à Paris chez Michel Lévy et Hetzel en 1859 (première série avec le sous-titre Histoire - les Petites Épopées), chez Calmann-Lévy en 1877 (nouvelle série) et en 1883 (série complémentaire). Une version refondue en 61 sections paraît en 4 volumes chez Hetzel et Quantin la même année.

 

Si les Contemplations se définissaient comme les «Mémoires d'une âme», ce nouveau recueil, répondant au souhait de l'éditeur Hetzel d'une oeuvre narrative, retrace en une suite d'épisodes marquants, l'Histoire humaine travaillée par deux forces, l'amour et la justice, en lutte avec la volonté de puissance. Par ces 26 000 vers (45 000 si l'on y ajoute la Fin de Satan et Dieu, le triple de la Divine Comédie de Dante et le double du Paradis perdu de Milton), Hugo s'approprie à son tour le projet d'une grande épopée de l'humanité qui hante le XIXe siècle romantique, et dont Vigny (Poèmes antiques et modernes), Quinet (Ahasvérus) ou Lamartine (la Chute d'un ange et Jocelyn, prévus pour l'immense ensemble avorté des Visions), parmi d'autres, ont donné des exemples de réalisation.

 

La première série comporte 38 poèmes, composés pour la plupart pendant l'exil, parfois amples ("Eviradnus" dépasse 1 000 vers) ou fort courts ("le Temple" et "Mahomet" en ont quatre), et mène en 15 sections très inégales d'«Eve à Jésus» jusqu'au «Vingtième Siècle», puis «Hors des temps», en passant par «la Décadence de Rome», «l'Italie» ou «Maintenant». Elle abonde en pièces célèbres: "la Conscience", "Booz endormi" (I), "Aymerillot" (IV), "le Petit Roi de Galice" (V), "la Rose de l'infante" (IX), "Après la bataille" ou "les Pauvres Gens" (XIII). "Le Satyre" (VIII), «miroir condensateur de la pensée de Hugo» (P. Albouy), met en scène, à travers la difficile libération humaine, le «rayonnement de l'âme universelle», trajet décrit par le poète, porte-parole des exclus, jusque vers l'avenir de "Plein Ciel" (XIV).

 

Plus contemplative, la deuxième série comprend un poème liminaire, "La vision d'où est sorti ce livre", puis 84 poèmes composés avant et après l'exil, répartis en 28 sections allant de la Genèse au Cosmos, parfois situés à leur place chronologique dans l'édition définitive, mais y formant souvent des blocs non assimilés. On y trouve plusieurs pièces célèbres, comme "le Romancero du Cid" (V), "l'Aigle du casque" (IX), "l'Épopée du ver" (XI) ou "le Cimetière d'Eylau" (XXI).

 

La troisième série rassemble 39 poèmes disposés en 23 sections explorant l'univers des Enfers à l'Océan, également replacés selon le même principe dans l'édition définitive. S'y trouvent notamment "les Quatre Jours d'Elcis" (VIII), "la Vision de Dante" (XX) et "Océan" (XXII), datés respectivement de 1857, 1853 et 1854.

 

Dès Odes et Ballades, Hugo avait retracé en vers trois étapes de la civilisation, pour développer ensuite la fresque du génie humain dans la «Préface» de Cromwell et pour travailler en historien l'intrigue de ses romans, de Notre-Dame de Paris à Quatrevingt-Treize. En 1848, il conçoit un vaste projet dont il a déjà écrit plusieurs fragments. Cette entreprise ne lui laisse plus de répit, et il la mène de front avec ses autres ouvrages, au travers de multiples vicissitudes. L'écriture de la Légende des siècles gagne lentement son autonomie dans l'immense production textuelle des années d'exil. "Le Satyre", ce microcosme achevé le 17 mars 1859, donne enfin son unité au recueil, en rendant sensible la marche dialectique de l'Histoire des siècles, et le titre définitif est trouvé. La Préface de 1859 explique le caractère fragmentaire de la première série, et la rattache à la Fin de Satan et à Dieu, «dénouement» et «couronnement» de la Légende des siècles. La structure de ce premier recueil est supérieurement travaillée, mais, par le jeu des interpolations, l'adjonction des deux séries suivantes la perturbe fortement, d'autant que celle de 1877 accentue la satire en multipliant les allusions à Napoléon III et à la proscription. Quant à celle de 1883, elle renforce ce phénomène, et le titre devient une simple commodité, un principe de classement qui affecte le lien organique nécessaire à la constitution d'un recueil proprement dit. L'édition «ne varietur», tout en proposant un ordre chronologique, n'occulte pas le caractère irrémédiablement lacunaire de l'ouvrage. Cependant, des déroulements somptueux y composent des harmonies symphoniques, où, sur un thème donné, varient genres ou types de poèmes. S'entrelacent morceaux épiques, dramatiques, narratifs ou lyriques, où se modifient constamment les formes. On ne saurait même énumérer les mètres et les strophes utilisés. On a pu dire que Hugo déployait avec la Légende des siècles une musique wagnérienne.

 

L'Histoire se définit comme espace humain, lieu du concret et des mythes. Hugo exerce un perpétuel va-et-vient de la réalité aux constructions imaginaires, en une totalisation vertigineuse éclatée en récits exemplaires ou visions symboliques. Les personnages valent souvent comme types génériques, ainsi ces «Chevaliers errants» (première série, V) qui représentent tous les défenseurs des opprimés. "La vision d'où est sorti ce livre" aurait dû inaugurer le recueil, et l'Épilogue, "la Trompette du Jugement" (première série, XV), lui faire contrepoids, comme "Nox" et "Lux" se répondent dans les Châtiments. Dans cette architecture, on peut rapprocher "le Sacre de la femme" (première série, I) du "Satyre", naissance et renaissance du genre humain: entre ces deux points se déroule la maturation de la religion, l'apparition de l' islam (première série, III), le cycle héroïque chrétien (IV), le combat de la cruauté et de la justice parfois immanente et vengeresse (" Ratbert", première série, VII, "l'Aigle du casque"), la mort des tyrans, le drame des civilisations, le tout présenté en une superbe imagerie romantique, travaillée par enluminure de la couleur locale. Au-delà de l'intervention des héros (Eviradnus, Roland), la justice se déploie dans les accents vengeurs de poèmes comme "Welf, Castellan d'Osbor" (deuxième série, VIII), faisant du recueil un livre de colère.

 

Cette évolution créatrice n'aboutit pas, dans le premier recueil, à la Révolution: on passe sans transition du XVIIe siècle du "Régiment du baron Madruce" (XII) au XIXe. Cependant, "Maintenant" (XIII) se compose de chants de bonté rendus possibles par les révolutions en cours, bonté du père, de l'enfant, de la femme, de la bête qui n'exclut pas l'héroïsme. C'est que les siècles se confondent, pour engendrer la douloureuse libération humaine. A cette vision historique vient s'ajouter une philosophie de l'univers, où la pensée de Dieu s'énonce dans un culte naturiste de la vie et selon une loi de pitié.

 

La Légende des siècles illustre superbement la conception hugolienne du poète épique, celui qui résout le problème de «la génération du réel dans l'art» (William Shakespeare). Parlant par paraboles et par hyperboles, il transfigure toute scène en vision légendaire, pénétrée de mystère et d'infini. De l'humain, il s'agit toujours de s'élever au symbole par le surhumain. «Confluent d'Homère et d'Eschyle [...] où Dante se heurte à Shakespeare», comme le disait le projet de Préface, le recueil privilégie le contraste entre les hommes et les tons, les lieux et les époques, mais accumule en même temps les correspondances. La chaîne des êtres, plongeant jusque dans l'invisible, unit l'ordre spirituel à l'ordre physique. Le langage poétique transcrit cette unité par les alliances de mots, où l'abstrait se lie au concret: «La terre avait, parmi des hymnes d'innocence, / Un étourdissement de sève et de croissance» ("le Sacre de la femme", «D'Eve à Jésus»). L'épopée se fait alors lyrique et conforte les correspondances de sens par les effets musicaux. La Légende des siècles dit aussi la gloire de la poésie.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Vous avez sans doute vu les affiches. Il vous reste deux bonnes semaines pour aller voir la magnifique rétrospective de Constant Permeke au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Cette exposition réunissant quelque 130 œuvres a été  organisée à l’occasion du 60e anniversaire de sa mort  et se tiendra aux Beaux-Arts jusqu’au 20 janvier.

Chef de file des  peintres expressionnistes flamands,  Constant Permeke s’intéresse à l’humain (« het menselijke »), aux petites gens, aux travailleurs de la terre et à ceux de la mer. La matière épaisse et la palette sombre soulignent leur condition  de vie douloureuse. Permeke inaugure une nouvelle façon de regarder le peuple, refuse les règles et se veut avant tout l i b r e. Il travaille sa « Marine » avec d’énormes brosses gorgées de couleurs terre avec une énergie folle : l’homme est aux prises avec les éléments qui le meurtrissent.

12272848701?profile=original

Voici « Marietje » (sa femme Marie Delaere) vue de dos avec châle, pour l’anonymat,  peinte en 1907 à Gand dans une tradition encore impressionniste. Une femme qui deviendra un archétype humain. La grossesse est toujours une source d’angoisse dans les campagnes…  Toute sa vie, ce peintre  volcanique  armé de brosses et de matière picturale lourde comme de la lave peindra la femme avec générosité.12272849884?profile=original Son inspiration, Marietje, était une délicate dentelière qui lui donna six enfants dont quatre survécurent.  Les émotions du peintre se pétrifient soudain dans le béton et revoilà Marietje symbolisant la fécondité. Permeke fuit l’anecdotique, aime déformer les corps de ses personnages monumentaux. C’est l’émotion qui le pousse dans l’exagération picturale.  Il aime  leur donner des traits rudes, des épaules carrées et des mains démesurées. Il  les faire bouger ou les cloue sur la glèbe avec des pieds de géants. Il dit peindre « ce qu’il croit avoir vu.» Il n’a cure de l’érotisme de l’expressionisme allemand et ne veut rien prouver.

 L’exposition suit  donc le peintre, l’évolution de son style au rythme des lieux où il séjourne : Ostende, sa ville natale, Gand où il rencontre ses amis Frits Van den Berghe, les frères Gust et Léon De Smet. Puis c’est la communauté d’artistes de  Laethem-Saint-Martin jusqu’en 1912. Puis  l’Angleterre où il est envoyé pour soigner sa blessure de guerre au siège d’Anvers et où il séjourne 3 ans. Naissent trois enfants. Il découvre Turner, il  peint la Moisson dans le Devonshire. Marin le jour pour nourrir sa famille, il peint le soir. Retour  au plat  pays qui est le sien en 1919. Il a vendu « Les deux frères marins » et le voilà à  Jabbeke où il se fait construire une maison et un atelier, transformés en Musée provincial Constant Permeke en 1959.

12272850500?profile=originalRegardez cette famille autour de la table au bout d’une journée harassante et le drame de la mort prochaine du 4e enfant. Voici l’homme à table sous la suspension qui  lit le journal à la famille « A propos de Permeke » (« Over Permeke »)  Une pointe  d’humour, c’est de lui que parle le journal ! Une pointe de cubisme semble intensifier l’émotion. Une pointe d’espoir : le nœud vert dans les cheveux de la petite fille et la lumière sur son visage et dans son regard intense ! Mais  voyez plutôt ce pêcheur qui continue à avancer. La force vitale de la main et du panier est saisissante.12272851290?profile=original  Plus loin, vous avez « Le mangeur de bouillie » ( « De papeter »). Les personnages sont déformés par le primitivisme et la fatigue mais, miracle, il y a de la lumière intérieure qui se dégage. C’est le chant du terroir: les soins aux bestiaux, les repas rustiques des gens simples , les promenades des dimanches où l'on s'ennuie, les retours de vêpres, la kermesse…

Puis il y aura cette sixième grossesse de Marietje. Le blanc c’est la mort. La toile Maternité (avec enfant blanc, 1929) montre un corps disloqué  par le malheur.  C’est le drame, mais pas la désespérance.12272851898?profile=original Voyez le cheval du cabriolet, il est d’un jaune solaire. On sert le café. Souvenir de Van Dijk, le chien sous la table est le symbole de la fidélité conjugale.  En 1927,  il peint cette extraordinaire « Roulotte » de gitans qui vivent de façon libre et primitive. Le père et l’enfant s’arc-boutent pour empêcher la roulotte de s’enliser. Le jaune lumineux est vibrant d'énergie. 12272852298?profile=original

En 1936  Permeke se consacre avec fougue à une  commande de 100 paysages. Le peintre se fait aider de ses fils… « De ene boer is beter dan den Anderen ! » Humour à la James Ensor dans ce tableau satyrique du nouveau riche. Furieux contre la critique il troque le pinceau pour travailler, avec une force monumentale comme il se doit, l’argile, le plâtre et le béton au ciseau. Son style est vigoureux mais il invite au rêve avec une Belle au bois dormant, toute douceur. Regardez le dessin préparatoire de Niobé, sa sculpture la  plus célèbre, le corps féminin  forme une longue vague sensuelle. On pourrait comparer ces sculptures avec celles de  Maillol.

Las ! La deuxième guerre mondiale fait des Polders une zone interdite. Il se retire à Bruxelles. Ses fils de nationalité anglaise sont dénoncés et emprisonnés. Son art est taxé de « dégénéré » (Entartete Kunst) sous le régime nazi. Une exposition rétrospective de ses œuvres se tient à Paris en 1947-48. Son fils Paul est revenu des camps de travail. Bonheur éphémère,  Marietje est atteinte d’un cancer. Il s’en occupe mais n’échappe pas à la dépression. Il lui fait un dernier A dieu noir et blanc, en 1948. Un tableau émouvant où la mort est encore et toujours, blanche comme de la craie.  

12272853479?profile=original«Le pain quotidien, Het dagelijkse brood», peint en 1950, exprime la grâce lumineuse du partage dans la détresse la plus profonde.  En 1951  il est envoyé par son ami Devlaeminck  à Pont-Aven avec son fils Paul. Ils achètent des cartes postales et de retour Permeke peint des paysages bretons de mémoire. Constant Permeke mourra le 4 janvier 1952 et sera enterré quatre jours après aux côtés de sa femme au cimetière de Jabbeke.

Le palais des beaux-Arts de Bruxelles  a l’intention de faire circuler cette exposition impressionnante et pour souligner sa pertinence dans notre monde contemporain a tenu à y adjoindre quelques œuvres monumentales paysagères de Thierry De Cordier et des nus de Marlene Dumas.

http://www.bozar.be/activity.php?id=12489

App_Permeke_75.jpg
Lire la suite...

Le jeu du prince des sots et de mère sotte

12272846657?profile=original

Il s'agit d'un jeu théâtral comprenant cri, sottie, moralité et farce et en vers de Pierre Gringore (vers 1475-1538), créé le mardi gras 24 février 1512, et publié la même année.

 

La devise figurant au frontispice de l'ouvrage: «Tout par Raison; Raison par tout; Par tout Raison» invite le public à écouter sérieusement les Sots qui s'entretiennent joyeusement des affaires politiques de l'époque.

 

Le cri appelle tous les Sots à se rassembler. On apprend que le Prince des Sots doit tenir sa cour: débute alors une revue des états, à laquelle prennent part nobles, puis prélats, avant qu'apparaisse le peuple, sous les traits de Sotte Commune. Survient Mère Sotte, dont les vêtements symbolisent la papauté; elle expose ses ambitions. Ses acolytes, Sotte Fiance [confiance] et Sotte Occasion, ainsi qu'un astrologue, tâchent de gagner seigneurs et prélats à ses projets. Ceux-là résistent; ceux-ci sont séduits. Ils combattent entre eux jusqu'au moment où l'on découvre Mère Sotte sous le costume de l'Église.

 

La moralité met en présence Peuple français et Peuple italique, tous deux sommés par Punition divine de se convertir au plus vite et d'abandonner leurs démérites. Tant de réflexion appelait détente: telle est la charge assignée à Doublette, épouse insatisfaite qui préfère les services amoureux de Faire à ceux de Dire, car «dire sans faire, il n'est rien pire».

 

Comme dans la Chasse du Cerf des Cerfs (1510), Pierre Gringore fait l'apologie de la politique de Louis XII, monarque qui s'emploie à contrer les effets de l'ambition du pape Jules II. Mais le jeu renforce la satire de l'Église: légèreté du prélat qui «mieux se connaît à chasser / Qu'à dire matines», vente des pardons, arrivisme du clergé évoqué sous les traits de Sotte Occasion, ambitions temporelles d'une Église qui fait concurrence au pouvoir du Prince, telles sont les allusions qui font dire que «l'Église a de mauvais piliers». Le peuple, à qui l'on reconnaît un certain bon sens, notamment quand il attaque l'Église, n'est pas épargné dans la satire de Gringore: ses préoccupations matérielles qui lui font soupirer que «faute d'argent, c'est douleur non pareille», son indifférence quant aux questions d'intérêt national lui valent quelque réprobation dont la moralité se fait elle aussi l'écho. Politique, ce théâtre l'est à plus d'un titre: la satire est explicitement au service de l'éloge royal. Louis XII, «lequel se fait craindre, douter, connaître», ennemi de bigoterie, est seul gardien de l'ordre et de la paix. Cette justification valait peut-être d'être précisée en une conjoncture économique difficile que le jeu évoque à plusieurs reprises.

 

La tension entre les réalités de la vie du temps, rendues avec une certaine licence, et le double masque, que constituent le personnage du sot et l'univers carnavalesque, laissent entrevoir le statut ambigu du théâtre de Gringore, en cet automne du Moyen Age. Le propos sérieux se déploie dans la fête du jeu verbal en un bouquet de calembours, et ce, dans l'immédiate proximité des débordements grivois de la farce justifiés par le pouvoir seigneurial chargé de juger le cas de Doublette à qui son mari demande raison de ses fredaines. «Ce n'est que jeu»: telle est l'expression qui clôt la farce et peut bien renvoyer à l'ensemble de l'ouvrage. Une signature de Sot, qui, quand tout est dit et qu'il va quitter la scène, prétend n'avoir exprimé aucune vérité qui vaille.

 

Lire la suite...

Derniers poèmes d'amour d'Eluard

12272841696?profile=original"Derniers poèmes d' amour" est in recueil poétique de Paul Éluard, pseudonyme d'Eugène Paul Grindel (1895-1952), publié à Paris au Club des libraires de France en 1962. Cet ensemble regroupe les principales plaquettes de poésie amoureuse publiées par Éluard après Poésie ininterrompue: le Dur Désir de durer, paru en 1946 avec un frontispice de Chagall chez Pierre Bordas; Le temps déborde, publié en 1947 sous le pseudonyme de Didier Desroches aux Cahiers d'Art de Zervos, avec des photographies de Dora Maar et de Man Ray, et réuni au recueil précédent chez Seghers en 1960; Corps mémorable, dont l'originale sous le pseudonyme de Brun est parue chez Seghers en 1947; le Phénix, publié en 1951 chez Guy Lévis-Mano avec des dessins de Valentine Hugo.

 

En 1946, lassé de la célébrité, Éluard adopte un nouveau pseudonyme, Didier Desroches, mais sa «manière» ne change pas pour autant. Quoique rassemblé par les éditeurs de manière posthume, ce recueil est homogène par l'unité chronologique de composition, puisque les trois premières sections, dédiées à Nusch, datent des années 1946-1947. «Le Phénix», hymne à Dominique, la dernière compagne d'Éluard rencontrée à Mexico en 1949, se rattache à l'ensemble par sa thématique amoureuse, formant un ultime canzoniere. L'ordre suivi n'est pas seulement chronologique: au chant d'amour du «Dur Désir de durer» succède la tragédie du «Temps déborde», traversée du «désert pourri désert livide» après la mort de Nusch, qu'il s'agit de faire revivre par la mémoire dans «Corps mémorable», avant de renaître à l'amour grâce à Dominique dans «le Phénix». Le recueil ainsi conçu retrace donc un itinéraire dialectique - bien que la logique n'en soit pas interne comme dans Poésie ininterrompue - où la mort est vaincue par l'amour.

 

Le recueil se construit donc autour de l'admirable «Le temps déborde», composé après la mort de Nusch, brutalement emportée le 28 novembre 1946, alors qu'Éluard se soignait à Montana, dans le Valais. Ainsi que l'observe le critique Georges Poulet, l'événement singulier, anecdotique fait irruption dans la lyrique amoureuse d'Éluard, qui jusque-là affranchissait l'amour des lieux et des circonstances pour le vouer à l'intemporel et à l'universel. «Le temps déborde» rejoint ainsi au plan personnel la «poésie de circonstance» collective de Cours naturel et d'Au rendez-vous allemand. Cet événement inacceptable, impensable même, qui faillit plonger Éluard dans la folie, est au coeur du poème, qui tente d'approcher l'indicible:

 

 

Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six

Nous ne vieillirons pas ensemble.

Voici le jour

En trop: le temps déborde

Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.

 

 

Unique dans l'oeuvre d'Éluard, la précision chronologique, faisant écho au «21 du mois de juin 1906», date de la naissance de Nusch évoquée dans Poésie et Vérité 1942, témoigne de l'irruption du «réel» annoncée par Poésie ininterrompue _ de la finitude dans un univers jusque-là optimiste. Le dernier vers, dont le vocabulaire perpétue la tradition pétrarquiste de l'Amour, la poésie, n'est cette fois, ni métaphorique ni hyperbolique. Le sens littéral marque le triomphe de la «dure réalité» sur l'image: à la mort figurée - «mourir de ne pas mourir» - succède la mort effective.

 

Le topos de la précarité de l'amour se trouve ainsi renouvelé par les circonstances. Par sa méditation douloureuse sur le temps - qui joue un rôle sans cesse grandissant depuis les Yeux fertiles - Éluard retrouve la grande tradition de l'élégie, dont la tristesse n'a d'égal que la simplicité de ton. Mais contrairement aux plus beaux poèmes de Chénier, de Lamartine, de Hugo, le temps poétique n'est pas celui de la mélancolie, nostalgique du passé révolu, mais plutôt de l'«excès», du «jour en trop» qui barre l'avenir, anéantit le présent et, même, invalide le passé: «Le temps me file entre les doigts / La terre tourne en mes orbites», «mon passé se dissout», «Et l'avenir mon seul espoir c'est le tombeau.» D'où l'admirable formulation du décalage: «La vie soudain horriblement / N'est plus à la mesure du temps.»

 

L'excès du temps arrêtant le cours d'une poésie qui se voulait «ininterrompue», comme l'amour qualifié de «poème vivant», ouvre le royaume des ombres. Éluard, ici encore, reprend les motifs de la poésie élégiaque pour les intégrer à son univers imaginaire, dominé par la lumière et par le regard, dont l'échange est la vie même. La mort de Nusch plonge donc le poète, «ombre dans le noir», dans les ténèbres et la cécité:

 

 

Mes yeux soudain horriblement

Ne voient pas plus loin que moi

Je fais des gestes dans le vide

Je suis comme un aveugle-né

De son unique nuit témoin

 

("les Limites du malheur")

 

 

La violence des images s'écarte alors toutefois de la douceur élégiaque, comme l'atteste la fascination pour le cadavre en décomposition  de l'aimée mais aussi du poète. Éluard se souvient de la poétique baroque de J.-B. Chassignet («Mortel pense quel est dessous la couverture...») ou de Jean de Sponde («Mais si faut-il mourir...»), abondamment cités dans la Première Anthologie vivante de la poésie du passé:

 

 

Doux avenir, cet oeil crevé c'est moi,

Ce ventre ouvert et ces nerfs en lambeaux

C'est moi, sujet des vers et des corbeaux,

Fils du néant comme on est fils de roi

 

("Un vivant parle pour les morts")

 

 

Après avoir tenté de dire non pas tant la mort de Nusch que le retentissement de celle-ci sur la conscience poétique, la poésie est vouée à la mémoire. C'est le propos de «Corps mémorable», qui tente de ressusciter la splendeur du corps disparu que les éléments ont assimilé. L'union cosmique présente dans tous les recueils reçoit ici une signification nouvelle, littérale: «Elle ne vit que par sa forme / Elle a la forme d'un rocher / Elle a la forme de la mer / Elle a les muscles du rameur / Tous les rivages la modèlent» ("Mais elle").

 

Quant à la dernière section, consacrée à la célébration de l'amour rené de ses cendres - «le Phénix», selon une image fréquente chez Maurice Scève (voir Délie) - grâce à Dominique, elle énonce une dialectique, toute baroque, métaphorisée par le feu. La mort de Nusch y est en effet surmontée par l'amour: «Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille» ("Je t'aime"). Ce nouvel amour par lequel le monde recommence transcende aussi la mort du poète vieillissant, dans son «dernier combat pour ne pas mourir» ("le Phénix"): «L'éternité s'est dépliée» ("Dominique aujourd'hui présente").

Lire la suite...

12272843263?profile=original"Le pur et l'impur" est un essai de Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette (1873-1954), publié à Paris dans Gringoire du 4 décembre 1931 au 1er janvier 1932, et en volume sous le titre Ces plaisirs aux Éditions Ferenczi en 1932. Le titre actuel est celui d'une version augmentée, parue aux Armes de France en 1941.

 

Commencé dès 1930, cet essai est, avec Chéri, le seul ouvrage auquel Colette, très sévère à son propre égard, vouait une véritable estime. Il connut, lors de la parution en revue, des difficultés semblables à celles qui advinrent au Blé en herbe: Bunau-Varilla, le directeur de Gringoire, suspendit, sous la pression de ses lecteurs scandalisés par le caractère immoral, selon eux, de l'oeuvre, la publication de Ces plaisirs après le quatrième chapitre.

 

Le Pur et l'Impur est une méditation, abondamment agrémentée d'exemples, sur le plaisir amoureux. A travers portraits, dialogues, anecdotes et souvenirs, Colette propose une réflexion sur le désir, la jouissance et l'amour tels que les vivent - différemment - l'homme et la femme. Le livre s'ouvre sur l'énigmatique et attachante figure de Charlotte, rencontrée, en compagnie de son très jeune amant, dans une fumerie d'opium. Puis avec le vieux séducteur Damien, Colette s'interroge ensuite sur Don Juan, et se livre à un long examen des amours saphiques. Elle puise pour cela dans ses propres souvenirs - ceux de la période de sa liaison avec Missy, la duchesse de Morny - et s'attarde à décrire deux figures connues, celle de la Chevalière et celle de la poétesse Renée Vivien. Elle évoque aussi, notamment à l'aide du journal tenu par l'une d'entre elles, la vie des demoiselles de Llangollen, deux jeunes filles de l'aristocratie anglaise qui, au siècle dernier, s'enfuirent de chez elles pour partager, durant cinquante ans, une tendre et paisible existence. L'écrivain dépeint ensuite l'homosexualité masculine, radicalement différente des amours de Lesbos. L'ouvrage, après avoir étudié les rouages de la jalousie, se termine par un dernier hommage aux amours secrètes et pures des demoiselles de Llangollen.

 

Avec le Pur et l'Impur, Colette prétend «verser au trésor de la connaissance des sens une contribution personnelle». Sa réflexion s'étaie sur une expérience personnelle puisée dans la vie ou dans les livres, et que l'auteur évoque à l'aide de récits pittoresques, plaisants et émouvants, exemples destinés à illustrer la démonstration et à convaincre. Ils confèrent à cet ouvrage un tour concret qui en constitue le charme mais en approfondit aussi le sens: Colette cherche moins à proposer des vérités universelles et figées qu'à étudier les méandres mystérieux et complexes du comportement humain.

 

Pudique et vrai, ce livre, qui «tristement parlera du plaisir», sait faire fi des préjugés mais évite toujours l'écueil de la complaisance et du voyeurisme. Au fond, n'en déplaise aux pudibonds et obtus lecteurs de Gringoire, le Pur et l'Impur est un ouvrage très moral. Colette y présente moins le plaisir comme une fin en soi que comme une quête de la plénitude et du bonheur, en somme du véritable amour. Ainsi, Charlotte, qui feint le plaisir avec son jeune amant, fait preuve d'une abnégation et d'une délicatesse amoureuses exemplaires: rien de pervers dans cette attitude mais, au contraire, un tact et une tendresse extrêmes. De même, c'est comme malgré elle que la Chevalière inspire aux femmes le désir, car «la séduction qui émane d'un être au sexe incertain est puissante». «Ce qui me manque ne se trouve pas en le cherchant», confie-t-elle à l'amante dont «la petite main impure» veut l'entraîner vers le plaisir.

 

C'est cette soif d'un absolu encore à découvrir qui transmue l'impureté en pureté. Le Pur et l'Impur n'est ni un traité ni un plaidoyer mais véritablement un essai, au sens où l'entendait déjà Montaigne, c'est-à-dire le fruit des expériences d'une vie ainsi qu'une quête de la sagesse qui ne s'immobilise pas sur des certitudes définitives. Au terme de ses analyses, Colette, qui a contribué à lever certains préjugés à l'égard d'attitudes trop vite taxées d'«impures», avoue humblement que le pur, entrevu, demeure encore hors d'atteinte. Après avoir cité ces mots de l'une des demoiselles de Llangollen qui vient de perdre son amie - «Notre infini était tellement pur que je n'avais jamais pensé à la mort» -, elle laisse son livre ouvert sur une poétique aporie: «Le mot "pur" ne m'a pas découvert son sens intelligible. Je n'en suis qu'à étancher une soif optique de pureté dans les transparences qui l'évoquent, dans les bulles, l'eau massive, et les sites imaginaires retranchés, hors d'atteinte, au sein d'un épais cristal.»

 

Lire la suite...

Nouvelle année

 

 

Je ne laisserai pas endormi ton esprit,

Immergées tes raisons dans un épais silence,

Égarés les apports de ton intelligence.

Je me sens apaisée et crois avoir compris.

Doux ami, tu n'es pas devenu qu'une chose,

Sans beauté, périssable, abandonnée, sans prix.

Ta ferveur semble intacte en tes nombreux écrits,

Ton âme repoussait l'ennui rendant morose.

Je t'accueille chez moi, où tu restes présent.

Tu vivais à Paris, ville à longue distance,

Ton portrait qui faisait échec à ton absence

Défie certes le temps et le vieillissement.

En mains, un téléphone, attentif, tu écoutes.

La photo a fixé un décor, une pose,

Un instant de ta vie, ailleurs, pour une pause.

Nous avions fait ensemble un bon bout de la route.

Puisque je suis en vie, je fais, ce jour, le voeu

De sauver par mes soins l'amitié amoureuse,

Qui me rendit longtemps créative et heureuse.

Je ne voudrais pas voir s'étouffer un beau feu.

4 janvier 2013

Lire la suite...

PARCE QUE...

Parce qu'au bout du temps

Le soleil se couchant

On ne veut plus souffrir

Surtout ne pas gémir...

Parce qu'en y pensant

La révolte va grondant

On a appris enfin...

A ignorer demain!

Parce que rien n'est fini

Tant qu'en nous brûle la vie

Son pouvoir nous surprend...

Le regard dans le vent!

Parce que le mérite

Un beau jour nous invite

A brutalement pensé...

Qu'on est digne d'être aimé!

Parce que liberté

Cesse d'être un mot rêvé

Mais devient le moteur

Qui brûlera nos peurs...

Parce qu'être une femme

Se décline sur une gamme

Dont la force va croissant...

S'approchant du néant!

Parce qu'abandonner

Non plus que renoncer...

Sont des mots vides de fièvre

Qui ne franchissent pas nos lèvres...

Nous sommes depuis toujours

Le refuge de l'amour

Dans une continuité

Qui ne cesse d'étonner!

J.G.

Lire la suite...

 

                  Bien Chers tous,

              J'espère que vous avez fait figure de privilégiés, en cette veillée et journée de célébration de la Noël : j'entends, que vous avez pour chacun d'entre-vous, amis "d'Arts et Lettres", pu jouir de chaleur humaine, tandis que tant de personnes inconsolables de leur sort, sont hélas, demeurées dans un isolement terrible...

              À celles là, je dédie cette pensée de Christian Bobin :

             "L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse."

             (Citation issue du recueil "Ressusciter".)

             De mon côté, faute d'avoir pu participer à une animation artistique bénévole escomptée, dans le dessein d’apporter une once de rêve et de lumière, je me suis retranchée sur une tâche purement utilitaire me laissant fort marrie, étant donné que je n’ai pu que constater au coeur de ma région,  le manque de fédération autour d'un projet de solidarité, dont pourtant la presse locale se gausse...

              Hélas, trois fois hélas, serons- nous toujours condamnés à assister impuissants à une notable indifférence, à tant d'innocence sacrifiée, pendant que d'autres "Frères humains" se livrent aux agapes orgiaques et débauche de festins impudiques sans fin, ni faim, rivalisant à qui mieux mieux sur le menu ...indigeste composant le repas de Noël, dont ils mettront plus d'une dizaine de jours à s'en remettre ?

               N'est-ce pas, Mesdames, membres bénévoles d'une certaine antenne  que je ne nommerais pas, engagées dans vos bonnes œuvres caritatives à l'année, et incapables d'accorder de votre précieux temps, soit quelques heures seulement, lorsqu'il s'agit d'organiser "une table ouverte" en faveur des plus démunis ?

               Combien ont répondu à l'appel afin de préparer potage et gâteaux en l'honneur de cette nuit étoilée du 24 Décembre, plus préoccupées, semble t’il, à farcir à dindes, oies et chapons gras, à concocter moult mets sophistiqués de leur menu personnel ?

               Et bien, je vous laisse deviner... Un véritable fiasco, guère encourageant pour former une chaine  fraternelle !!! Au sein de cette structure, nous fûmes recensées aisément, puisque au matin, nous pûmes nous compter en demi-douzaine de volontaires, pour achever notre « mission » eau début de l’après-midi… en trio ! Vous avouerez qu’en guise d’élan, on peut mieux faire, non ?

               Et si nous nous remémorions, ne serait-ce que pour un instant, que la misère est plus que jamais intemporelle, qu’elle se déguise  tant en hôte de nos campagnes que de nos cités, semblablement à une malheureuse priant Notre-Dame durant la nuit du Réveillon :

 

Seigneur Jésus, je pense à vous !
Ça m’ prend comm’ ça, gn’y a pas d’offense !
J’ suis mort’ de foid, j’ me quiens pus d’bout,
ce soir encor... j’ai pas eu d’ chance

Ce soir, pardi ! c’est Réveillon :
On n’ voit passer qu’ des rigoleurs ;
j’ gueul’rais « au feu » ou « au voleur »,
qu’ personne il y f’rait attention.

Et vous aussi, Vierge Marie,
Sainte-Vierge, Mère de Dieu,
qui pourriez croir’ que j’ vous oublie,
ayez pitié du haut des cieux.

J’ suis là, Saint’-Vierge, à mon coin d’ rue
où d’pis l’apéro, j’ bats la semelle ;
j’ suis qu’eune ordur’, qu’eun’ fill’ perdue,
c’est la Charlotte qu’on m’appelle.

Sûr qu’avant d’ vous causer preumière,
eun’ femm’ qu’ est pus bas que l’ ruisseau
devrait conobrer ses prières,
mais y m’en r’vient qu’ des p’tits morceaux.

Vierge Marie... pleine de grâce...
j’ suis fauchée à mort, vous savez ;
mes pognets, c’est pus qu’eun’ crevasse
et me v’là ce soir su’ l’ pavé.

Si j’entrais m’ chauffer à l’église,
on m’ foutrait dehors, c’est couru ;
ça s’ voit trop que j’ suis fill’ soumise...
(oh ! mand’ pardon, j’ viens d’ dir’ « foutu. »)

T’nez, z’yeutez, c’est la Saint-Poivrot ;
tout flamb’, tout chahut’, tout reluit...
les restaurants et les bistrots
y z’ont la permission d’ la nuit.

Tout chacun n’ pens’ qu’à croustiller.
Y a plein d’ mond’ dans les rôtiss’ries,
les épic’mards, les charcut’ries,
et ça sent bon l’ boudin grillé.

Ça m’ fait gazouiller les boïaux !
Brrr ! à présent Jésus est né.
Dans les temps, quand c’est arrivé,
s’ y g’lait comme y gèle e’c’te nuit,
su’ la paill’ de vot’ écurie
v’s z’avez rien dû avoir frio,
Jésus et vous, Vierge Marie.

Bing !... on m’ bouscule avec des litres,
des pains d’ quatr’ livr’s, des assiett’s d’huîtres,
Non, r’gardez-moi tous ces salauds !

(Oh ! esscusez, Vierge Marie,
j’ crois qu’ j’ai cor dit un vilain mot !)

N’est-c’ pas que vous êt’s pas fâchée
qu’eun’ fill’ d’amour plein’ de péchés
vous caus’ ce soir à sa magnère
pour vous esspliquer ses misères ?
Dit’s-moi que vous êt’s pas fâchée !

C’est vrai que j’ai quitté d’ chez nous,
mais c’était qu’ la dèche et les coups,
la doche à crans, l’ dâb toujours saoul,
les frangin’s déjà affranchies....

(C’était h’un vrai enfer, Saint’-Vierge ;
soit dit sans ête eune effrontée,
vous-même y seriez pas restée.)

C’est vrai que j’ai plaqué l’ turbin.
Mais l’ouvrièr’ gagn’ pas son pain ;
quoi qu’a fasse, elle est mal payée,
a n’ fait mêm’ pas pour son loyer ;

à la fin, quoi, ça décourage,
on n’a pus de cœur à l’ouvrage,
ni le caractère ouvrier.

J’ dois dire encor, Vierge Marie !
que j’ai aimé sans permission
mon p’tit... « mon béguin... » un voyou,
qu’ est en c’ moment en Algérie,
rapport à ses condamnations.

(Mais quand on a trinqué tout gosse,
on a toujours besoin d’ caresses,
on se meurt d’amour tout’ sa vie :
on s’arr’fait pas que voulez-vous !)

Pourtant j’y suis encore fidèle,
malgré les aut’s qui m’ cour’nt après.
Y a l’ grand Jul’s qui veut pas m’ laisser,
faudrait qu’avec lui j’ me marie,
histoir’ comme on dit, d’ l’engraisser.
Ben, jusqu’à présent, y a rien d’ fait ;
j’ai pas voulu, Vierge Marie !

Enfin, je suis déringolée,
souvent on m’a mise à l’hosto,
et j’ m’ai tant battue et soûlée,
que j’en suis plein’ de coups d’ couteau.

Bref, je suis pus qu’eun’ salop’rie,
un vrai fumier Vierge Marie !
(Seul’ment, quoi qu’on fasse ou qu’on dise
pour essayer d’ se bien conduire,
y a quèqu’ chos’ qu’ est pus fort que vous.)

Eh ! ben, c’est pas des boniments,
j’ vous l’ jure, c’est vrai, Vierge Marie !
Malgré comm’ ça qu’ j’aye fait la vie,
j’ai pensé à vous ben souvent.

Et ce soir encor ça m’ rappelle
un temps, qui jamais n’arr’viendra,
ousque j’allais à vot’ chapelle
les mois que c’était votre fête.

J’arr’vois vot’ bell’ rob’ bleue, vot’ voile,
(mêm’ qu’il était piqué d’étoiles),
vot’ bell’ couronn’ d’or su’ la tête
et votre trésor su’ les bras.

Pour sûr que vous étiez jolie
comme eun’ reine, comme un miroir,
et c’est vrai que j’ vous r’vois ce soir
avec mes z’yeux de gosseline ;
c’est comm’ si que j’y étais... parole.

Seul’ment, c’est pus comme à l’école ;
ces pauv’s callots, ce soir, Madame,
y sont rougis et pleins de larmes.

Aussi, si vous vouliez, Saint’-Vierge,
fair’ ce soir quelque chos’ pour moi,
en vous rapp’lant de ce temps-là,
ousque j’étais pas eune impie ;
vous n’avez qu’à l’ver un p’tit doigt
et n’ pas vous occuper du reste....

J’ vous d’mand’ pas des chos’s... pas honnêtes !
Fait’s seul’ment que j’ trouve et ramasse
un port’-monnaie avec galette
perdu par un d’ ces muf’s qui passent
(à moi putôt qu’au balayeur !)

Un port’-lazagn’, Vierge Marie !
gn’y aurait-y d’dans qu’un larantqué,
ça m’aid’rait pour m’aller planquer
ça m’ permettrait d’attendre à d’main
et d’ m’enfoncer dix ronds d’ boudin !

Ou alorss, si vous pouez pas
ou voulez pas, Vierge Marie...
vous allez m’ trouver ben hardie,
mais... fait’s-moi de suit’ sauter l’ pas !

Et pis... emm’nez-moi avec vous,
prenez-moi dans le Paradis
ousqu’y fait chaud, ousqu’y fait doux,
où pus jamais je f’rai la vie,

(sauf mon p’tit, dont j’ suis pas guérie,
vous pensez qu’ je n’arr’grett’rai rien
d’ Saint-Lago, d’ la Tour, des méd’cins,
des barbots et des argousins !)

Ah ! emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi
avant que la nuit soye passée
et que j’ soye encor ramassée ;
Saint’-Vierge, emm’nez-moi, j’ vous en prie ?

Je n’en peux pus de grelotter...
t’nez... allumez mes mains gercées
et mes p’tits souliers découverts ;
j’ n’ai toujours qu’ mon costume d’été
qu’ j’ai fait teindre en noir pour l’hiver.

Voui, emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi.
Et comme y doit gn’y avoir du ch’min
si des fois vous vous sentiez lasse
Vierge Marie, pleine de grâce,
de porter à bras not’ Seigneur,
(un enfant, c’est lourd à la fin),

Vous me l’ repass’rez un moment,
et moi, je l’ port’rai à mon tour,
(sans le laisser tomber par terre),
comm’ je faisais chez mes parents
La p’tit’ moman dans les faubourgs
quand j’ trimballais mes petits frères.

 

La Charlotte de Jehan Rictus...

 

(se reporter également à l’interprétation de Marie Dubas :

http://youtu.be/mAM230WywT8)

12272855259?profile=originalTableau de William Bouguereau : " Petites mendiantes",  1890

 

                Tant qu’à la coutume qui consiste à marquer le « gui l’an neuf », cru 2013, je ne peux qu’y souscrire volontiers, affectionnant les traditions ponctuant notre calendrier, et vous adresse donc, mes vœux les plus florissants à l'aube de ce nouvel an porteur de nombre d'or, 13 !

               Gageons que les valeureuses "Galatées" officiant ici même en terres apolliniennes, sous le regard bienveillant, mais sans concession de notre Pygmalion à tous, Robert Paul, nous réjouissent plus que jamais par leurs créations, et ce, dans une saine émulation...

                Fasse que lyre orphique et palette de peintre s’entrecroisent avec grâce, nous offrant la respiration vitale afin de nous soustraire, le temps de visites enrichissantes et émouvantes, des contingences matérielles de l’existence, de la monotonie de notre quotidien !

                 Et que nos échanges d'êtres favorisés, soient une source perpétuelle de réflexion salutaire, sinon de jubilation :

 

"L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire.

 Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant

 une image privilégiée des souffrances et des joies communes.

 Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ;

 il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. (…)

 C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ;

 ils s’obligent à comprendre au lieu de juger.

 Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où,

 selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge,

 mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel."

 

Albert Camus

 

(Discours de Suède, 1957)

Lire la suite...

Pour un sursaut des imaginations

12272830879?profile=original

 

Quoi ? Toujours la colombe blessée, la colombe poignardée

Quoi ? Toujours l’épitaphe aux sanglots, le dernier mot à la guerre

Quoi ? Toujours les pensées prosternées, les portraits défigurés

Quoi ? Toujours céder in extenso à tout forfait des misères

A tout retrait d’amour en prière, à tout espoir en poussière

 

Quoi ? Toujours ma tristesse de cendre, nul ilot pour me reprendre

L’être profond ne résiste pas à se mourir beaucoup trop

Bien sûr, des rêves à rendre, mais pourquoi donc tout descendre

Laissez-moi là m’opposer de cette respiration qu’il faut

Pour tout temps de l’insupportable et de l’asphyxie des mots        

 

Quoi ? Mille fois à se crever les yeux, à se transpercer le cœur

Quoi ? Toujours le monde tant et tant à seule face cruelle,

Quoi ? Jamais cette idée du front bleu pour naître des jours meilleurs

Quoi ? Jamais un soupçon d’éclaircie par raison existentielle     

Par possession d’un cap au soleil, de l’âme de pluie nouvelle   

 

Quoi ? Toujours ma détresse pour ordre, tant les multiples discordes

L’être profond ne résiste pas à l’extinction des regards

Bien sûr, en moi des désordres jusqu’aux lèvres à les mordre   

Mais à ceux sous la loi des adieux désarmés de toutes parts   

Crois-tu qu’il ait besoin d’ajouter la densité d’un deuil noir    

 

Quoi ? Toujours les hommes à genoux, ces fléaux, ces mauvais coups

Quoi ? Toujours se faire esclaves, victimes de faits graves

Quoi ? Toujours tout traîner dans la boue, vraiment rien que l’on absout

Quoi ? Toujours l’esprit qui aggrave, décime les rangs des braves

Dépossède tous les sages du temps mis pour ce qu’ils savent   

 

Quoi ? Jamais ma largesse à défendre un lieu d’espoir même tendre

L’être profond ne résiste pas à longtemps désespérer

Bien sûr, à moi c’est l’épreuve d’une âme facile à fendre

Mais à ceux sur des voies dans l’impasse à quoi sert d’en parler

Crois-tu qu’il ait malin d’augmenter ce qui peut les condamner

 

Quoi ? Jamais ma tendresse à contours ajustés à des enfants

Il y a bien mieux à faire que de leur servir larmes et plaintes

Il leur faut plus que des promesses d’autre monde différent

Il faut déjà le porter en soi flambeau contre toute crainte

Qui ne l’a pas ne retient plus rien au terme de vie défunte

 

Quoi ? Toujours ce qui vide et dessèche à trop d’excès du mal être

Quoi ? Toujours ces cultes ces jubilés l’exploitation des malheurs

Cette élite des misanthropes qui en font cent fois l’enquête  

Prophètes de l’apocalypse prêts au troc de nos peurs

Pour qu’on leur laisse tout pouvoir mais pensez à leur noirceur

 

Quoi ? Jamais la mémoire ce qu’on sait quand on fait sonner le glas

Le tocsin de toute espérance, les torts quand on laisse dire

Quand on laisse faire l’acharnement à mettre l’homme au plus bas

Pensez ce que sont les pouvoirs qui réclament des martyres

Des catastrophes majeures, pensez l’effroi qui a fait leurs empires

 

Quoi ? Jamais une histoire à donner en lieu et place des ruines

D’un passé en crachat sur des tombes par ceux qui n’ont rien compris

A jamais pour notre décadence, tous coupables et indignes

Je ne signerai pas à genoux pour m’insulter d’être en vie

Ce serait tant blasphémer l’amour qui m’a fait ce que je suis

 

Non, à me résigner, hors combat, maillon de vieux ostensoirs

J’ai encore en moi des énergies l’envie des métamorphoses

Si un vieux monde s’effondre, qui en veut encore est sans voir

Ce qui remet notre cause au centre palpitant des choses

Laissons les statues de piété les gerbes fauchées des roses

 

Non, à me condamner au silence, en cage ou en otage

De ces pensées irréversibles qui nous font tous accusés

Incapables de grandeur d’âme, coupables selon l’usage

De certaine élite dans son rôle de sape des vérités

De tous les pouvoirs qui contrôlent ce qui peut leur résister

 

Non, à me refuser la parole au devant de l’avenir

Des assemblées se constituant par force de ne rien craindre

Au lieu de plaindre les faiblesses à tout subir, à se fuir  

A faire semblant d’être heureux à ne rien vraiment atteindre

Ma parole à d’autres libérées ne demande qu’à se joindre

 

Non, à m’interdire le langage à concevoir l’esquisse

D’autre monde à partir des choses essentielles à la vie

Inséparables des destinées qui se voudraient des hélices

Et quand bien même des jours tristes qui resteront grand souci

Temps report aux éphémères à dépasser à tout prix

 

Oui, une fois de plus, l’ouverture au contexte du bonheur

Si l’avoir dans l’absolu n’est pas pour autant faut-il qu’on brade

Toute chance, toute condition d’en avoir plus de la fleur

Des relations vraiment humaines, et des amours en bravade

A n’importe quel âge par choix d’exister dans l’escapade

 

Oui, une fois de plus, ma demeure aux choses bien naturelles

Je refuse d’y vivre à l’angoisse et croire tout ce qu’on dit

Chez moi il n’y a pas de fusil, et pas de journées cruelles

Si on me comprend tant mieux, si on ne comprend pas tant pis

J’ai besoin d’une île pour écrire à la paix ici merci

 

Oui, une fois de plus, l’archipel des rencontres au-delà

Du présent et des histoires qui font fuir des colombes

Une fois de plus, les voyages et au départ ça ira

N’expliquons rien du grand bazar du poids des idées qui plombent

Ne disons plus que c’est savoir vivre à être l’armée des ombres  

 

Oui, une fois de plus, mon crédit accordé au monde qui imagine

Toute autre tâche que de sauver la monnaie des vanités

Toute autre vie future que du temps compressé à la déprime

L’avant-garde de l’art des mains nues, des esprits recomposés

Comme culture en terre fertile, offrande à tout nouveau né

 

Ainsi ne soit-il pas le monde des négations sans merci     

Ainsi soit-il le monde qui va à la lumière établie

Chez moi, il y en a un morceau c’est avec ça que j’écris

Je suis bienheureux de m’en servir à l’adresse d’aujourd’hui

Un pourquoi pas pour demain vaut bien ma prière en poésie

 

© Gil DEF - 10.10.2011

- Manifestement cherche-monde -

Lire la suite...

La "Partition oubliée" de Daniel CRANSAC


Vignemale avec Daniel

Cette photo a plus de trente ans. C’est Daniel qui me l’a prise sur l’arrête Petit - Grand Vignemale dans les Pyrénées, une petite « classique » pyrénéenne facile que nous effectuions ce jour-là avec un ami trop tôt disparu, Guy, un personnage de grande valeur, pyrénéiste émérite que nous n’oublierons jamais…


À présent, lisez la suite de mon billet, en écoutant la musique suivante


Il faisait beau comme souvent lors de nos entraînements en haute montagne tandis que nous vivions ces moments magiques d’aventure et d’amitié, partagés aussi avec Dany, André, Jean, et les autres. Le soir nous nous retrouvions en refuge pour revivre nos journées, imaginer des projets d’escalade dans des voies lumineuses comme des glaciers suspendus, aériennes comme des aiguilles de granit, vertigineuses comme des surplombs d’altitude, et refaire le monde autour d’un bon verre, près du poêle ou de la cheminée où brûlait le bois monté de la vallée.
Je n’ai pas retrouvé de photos où nous sommes ensemble Daniel et moi lors de nos courses mémorables c’est pour cela que j’ai choisi celle-ci (parce qu’il l’avait prise et qu’il y avait Guy), mais je sais que nos existences ont été définitivement marquées par ce temps-là.
La montagne était notre passion, nous avions tous failli en faire notre métier…
Daniel se rendait souvent à Chamonix, le massif du Mont Blanc constituant là-bas son principal terrain de jeux.


Pas étonnant qu’il publie aujourd’hui son 4ème livre: LA PARTITION OUBLIÉE.

Couv 1 Daniel Cransac

La quatrième de couverture de « La partition oubliée »


Là, il n'est plus question que de musique et de montagne. Un roman qu’il faut lire comme on savourerait un vin rare, un mets délicieux. Et on en redemande encore quand arrive la fin !


Si j’écris ce billet pour rendre hommage ce soir non pas à un ancien stagiaire mais à un ami de longue date, c’est que, parmi ce florilège de gens à découvrir qui illustrent si bien le monde avec leurs dessins et aquarelles, Daniel a toute sa place : il le dépeint comme le ferait un aquarelliste, mais avec sa plume, son vécu, sa mémoire, ses émotions et son imagination en nous entraînant entre rêve et réalité dans un suspense, une belle histoire d’amour, une imbrication historique, un roman de musique et de montagne, une aventure plus passionnante encore que nos courses de jeunesse !

Couv 2 Daniel Cransac

La première de couverture de « La partition oubliée »


Je me suis régalé à lire cet ouvrage c’est pour cela que je vous le fais découvrir : s’il vous reste au moins une poignée d'euros en ce moment de fêtes, ne finissez pas l’année sans commander le dernier livre de Daniel CRANSAC « LA PARTITION OUBLIÉE » en cliquant ICI (12 x 18 cm - 160 p -), vous verrez, vous ferez comme moi, vous le lirez d’une traite !
Si vous voulez mieux connaître Daniel et ses écrits, son blog est  ICI, et pour les amateurs de ses romans je vous recommande ses ouvrages précédents (cliquez sur leur titre pour les commander) :
Le chant des oiseaux : (Aventures personnelles en haute montagne, 12 x 18 cm -144p -)
- Les amours catalanes : (Roman sur la guerre d’Espagne 14.5 x 21 cm - 274 p -)
Sacré Julius : (Science-fiction, une brebis clonée qui veut faire comme les hommes 12 x 18 cm - 120 p -)


Pour le dernier jour de l’année 2012 (qui clôturera aussi cette série consacrée à d’anciens élèves, stagiaires ou amis de jeunesse publiant en ce moment un blog, un site, un livre ou réalisant une exposition), je vous réserve une surprise : vous retrouverez quelqu’un dont je vous ai souvent parlé (que beaucoup d’entre vous connaissent déjà), et qui nous annonce aidé par sa compagne dans la vie, son tout dernier moyen d’échange et de communication, …mais là je vous en ai déjà trop dit, la suite c’est pour le 31 décembre, en attendant voici pour évoquer le roman de Daniel les détails de deux aquarelles que je lui dédie symboliquement.

12272848457?profile=originalAquarelle plutôt « réaliste » de grand format que j’ai réalisée à l’époque de nos courses en montagne. Ici l’une des sorties possibles de la « voie Rébuffat », cette magnifique voie ouverte par le grand alpiniste Gaston REBUFFAT (en compagnie de Maurice BAQUET alpiniste non moins émérite). On voit au fond à travers la brume la Dent du Géant dominant la Vallée Blanche, dans le massif du Mont Blanc.  Cet itinéraire d’alpinisme fait partie des voies "historiques" de l’Aiguille du Midi, se terminant à l'altitude de 3842m.

Le roman de Daniel CRANSAC se passe en partie dans cet environnement. En cliquant ICI vous pouvez visionner (mettez-vous en grand écran) l’ascension de cette magnifique voie, comme si vous y étiez, face au Mont Blanc !
Dans l'éperon Frendo«Dans l'éperon Frendo», en face nord de l'Aiguille du Midi 3848 m, massif du Mont Blanc, une autre aquarelle de la même période.
En dessous Chamonix et sa vallée, une voie très impressionnante de 1200 mètres d‘ascension, classée difficile. En cliquant ICI vous pouvez également visionner (mettez-vous en grand écran) cette ascension comme si vous y étiez : époustouflant et vertigineux !

Dans l'éperon Frendo détail

Un détail de mon aquarelle : une cordée arrive sur le fil de l'éperon...

Je vous souhaite une très belle fin d'année !

Lire la suite...
administrateur théâtres

Le film de Joe Wright, "Anna Karénine"

Le film de Joe Wright, "Anna Karénine"

Fort de ses quatre millions de dollars de recettes depuis sa sortie le 16 novembre aux États-Unis, le film de Joe Wright, "Anna Karénine", est arrivé dans les salles de l’hexagone mercredi 5 décembre. Une adaptation osée du roman éponyme de Léon Tolstoï qui ne plaît pas à tout le monde… (LE PLUS, Nouvel Obs’)

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=191856.html

N’attendez donc pas une  reconstitution historique fidèle et l’illusion cinématographique, vous serez déçus !  Voici tout son contraire. Une mise en abyme théâtrale intelligente et moderne appliquant au pied de la lettre le principe de Shakespeare :

“All the world's a stage,

And all the men and women merely players:

They have their exits and their entrances…” 

12272856093?profile=originalLe gigantesque théâtre délabré de la première séquence est bien le  symbole de la Russie impériale de 1874. Il accueille des personnages virevoltants ou soudainement figés dans une chorégraphie méticuleuse (Sidi Larbi Cherkaoui). Les personnages se gèlent pendant qu’un autre prend vie. Une course de chevaux  surréaliste ébranle le théâtre bourré de spectateurs.  La locomotive est tour à tour, jouet et réalité.  Les cloisons basculent, les lumières cascadent, le plateau se transforme en vrai paysage l’espace de quelques instants de rêve, puis les personnages se retrouvent coincés en coulisses parmi les rouages et autres machines du destin. La femme impure est voilée.  Les scènes se superposent derrière la rampe lumineuse comme dans un kaléidoscope. Où est passée la réalité ? Le metteur en scène Joe Wright et le scénariste Tom Stoppard semblent attendre  intensément  les réactions du public du 21e siècle, la caméra est omniprésente. On retient l’étonnante musique,  toujours prémonitoire, de Dario Marianelli, qui n’est pas sans rappeler  l’opéra de quat’  sous de Kurt Weil ou la Valse de Ravel. « Dance with me » est entêtant et obsessionnel à souhait.

« Vanity fair » à la russe: la haute société impériale russe est décrite à l’emporte-pièce sur un mode  fortement  satyrique, on l’aura compris. Les costumes sont éblouissants, la vaisselle somptueuse,  les sourires exquis comme des cadavres. Et  tout est faux et irrespirable. Joe Wright nous fait penser à notre James Ensor et sa galerie de portraits dans sa présentation squelettique de l’œuvre de Tolstoï dont le roman foisonnant de près de 900 pages est réduit à l’ossature d’une romance cruelle.

12272856473?profile=originalAnna, (la voluptueuse Keira Knightley), plutôt que de chercher de nouvelles façons de faire revivre son mariage imposé avec Alexeï Karénine (Jude Law) désespérément blême et dénué de vie, joue la madame Bovary russe et ne résiste pas longtemps aux assauts du comte Wronski (Aaron Taylor-Johnson).  On l’aurait souhaité plus romantique et fougueux cet amant, il est un peu pâle et fade à notre goût, bien qu’excellent si l’on veut en faire un pur pastiche.  Pour Anna, bonheurs et malheurs s’accumulent dans la balance de l’amour mais les leurres de la société feront s’écrouler tous les rêves des amoureux qui semblent s’être  trouvés.  Et la mort est le prix que doit payer l’héroïne pour s’être  livrée  avec  convoitise aux jeux interdits. Comme de bien entendu, la morale du 19e siècle  sera  sauve,  surtout dans un monde fait par et pour les hommes et les pères. Ce monde clos du théâtre est devenu fou.  Le seul moyen d’échapper, pour Emma Bovary comme pour Anna, devient l’arsenic ou la morphine. Où  est la différence ? Toutes deux se  dissolvent dans l’amour chimérique. Mais pour  Joe Wright : "Tout le monde essaie d’une manière ou d’une autre d’apprendre à aimer". C'est son propos.  Et Aimer passe immanquablement par le pardon. Plusieurs situations dans le film en sont la preuve et en particulier le cri d'Anna privée de son enfant:  « Mon fils me pardonnera quand il saura ce que c’est qu’aimer.» La machinerie bureaucratique impériale est sans pardon et sans merci.

12272856877?profile=originalPar contre, le couple d’idéalistes Kitty-Levine (Domhnall Gleeson, très convainquant et la délicieuse Alicia Vikander)  qui a su reconnaître ses erreurs et pardonner s’est  échappé du décor et  vit  au grand air. Leur amour réciproque et l'amour des autres est leur nourriture quotidienne. Des scènes champêtres réelles rappellent la prairie où le couple Anna-Wronski a connu l’éphémère extase.

La verte prairie du « Golden Country » de  George Orwell dans 1984?

Une image de ce que pourrait être un monde de rêve  et de solidarité…  

Un monde qui se mettrait à vivre enfin, comme ces deux jeunes enfants élevés par Alexeï Karénine, devenu enfin un peu moins absolu?

 

 

Lire la suite...

Je souhaite à tous que cette année 2013 soit une année propice à vos créations de nouvelles oeuvres et que celles-ci intéressent,  passionnent et suscitent des commentaires joyeux, amicaux et éclairants de la part de vos amis et de tous ceux qui consultent  vos communications sur le réseau.

Robert Paul

Lire la suite...
administrateur théâtres

Coupe de NOËL

12272848477?profile=original

Noël unit petits et grands dans une belle atmosphère de plaisir et d'agrément. La joie et la beauté déployée en cette saison sont d'excellentes raisons d'offrir des vœux chaleureux à tous les artistes que l'on côtoie sur Arts et Lettres et à notre fondateur de réseau!

Que cette saison aux mille merveilles laisse place à de grandes créations; qu'elle soit propice à la découverte de bonheurs intenses, dont le plus beau d’entre tous est celui du partage.

Que la célébration de la naissance du Christ vous apporte joie et bonheur pour l'année à venir!

 

Meilleurs vœux

 

Un très joyeux Noël!  Et Paix sur la terre!

Lire la suite...
administrateur théâtres

Jean et Béatrice de Carole Fréchette

 Vu pour vous au Théâtre du Blockry,  du 29 novembre au 12 décembre 2012

Mise en scène Cathy Min Jung

Avec Myriem Akheddiou, Nicolas Ossowski

 

Le jeu de l’amour et du hasard : Boucle d’Or, non, Boucle Anthracite attend au haut de sa tour (au 33ème étage) que son prince charmant vienne la libérer de sa solitude et de ses souffrances encore plus noires que ses cheveux. Elle est plus mystérieuse qu’une forêt vierge. Elle rêve de passion et de tendresse mais elle est plus secrète qu’un puits sans fond et sans eau. Lui, chasseur de prime pur et dur,  ne pense qu’à la récompense en billets de 20, promise dans la petite annonce, pourvu qu’il surmonte les « épreuves » de la dame mythomane. Il est prêt à user de tous les moyens (bonjour la sincérité des sentiments) pour tour à tour, l’intéresser, la séduire et la faire craquer. Mais au motif de toucher la prime. De l’amour, il n’en a cure ! Elle apparaît de plus en plus folle, lui coupe sans cesse la parole et lui, de plus en plus roué de vouloir la faire taire. La poursuite est délirante.  Et la pièce devient au fil des bons mots, des coups de griffes et des vérités-mensonges qui s’amoncellent, de plus en plus irrésistible.

Travaillant avec grande finesse et un sens aigu de l’observation du couple, Carole Fréchette, l’auteur canadienne de la pièce dirige le débat amoureux avec verve et causticité dans le cadre surréaliste de cet appartement improbable - Ceci n’est pas une histoire d’Ô -   meublé d’un unique fauteuil de cuir,  et parsemé de bouteilles d’eau minérale…  L’unique porte et l’unique fenêtre deviennent presque des personnages à part entière. On ne vous donnera pas la clé. Le  huis-clos amoureux, qui se mute presque en polar, question d’époque sans doute,  est bourré de suspense et de rebondissements.  Le rythme  débridé s’intensifie pour déboucher sur une clé que l’on jette dans le caniv-Ôh !  Mais où donc est la clé ? Tous les chemins de la carte du tendre aboutissent inexorablement à un mur. Le miroir aux alouettes de l’amour ne cesse de scintiller, la vérité ne cesse de se dérober. Le décalage entre l’homme indépendant et solitaire et la femme assoiffée d’amour ne cesse de s’affirmer. Mais le spectateur, bien accroché au fil du spectacle,  s’amuse follement dans les dédales du labyrinthe car il a le secret espoir que les personnages si touchants dans leurs contradictions finiront, à bout de souffle,  par se toucher enfin. Les vertus de la dispute ?  

C’est brillant, rocambolesque,  remarquablement interprété par Myriem Akheddiou  et Nicolas Ossowski totalement impliqués. Passion plus brûlante que le désert du Nevada,  action délirante sur  les quelques mètres carrés  de la scène et par-dessus-tout, un imaginaire plus  débordant que le fleuve qui sort de son lit. Vous parliez d’Ô ? « Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet

Regardez la bande-annonce de la création.

 

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=490

Lire la suite...

ACTIVITES DE JANVIER/FEVRIER 2013

1. Le 9 janvier 2013, à 17 heures, à l'A.R.E.A.W. (Association Royale des Ecrivains et Artistes Wallons, 150, chaussée de Wavre, dans les locaux de la Maison des Ecrivains (Ixelles) :

Eric Piette, poète de "Voz" (Le Taillis pré) présente mes derniers livres :

* Au plus près (Ed. du Cygne, Paris)

* Un piéton à Barcelone (Ed. Encres vives, Colomiers)

* D'enfances (Ed. Le Coudrier, Mont-Saint-Guibert)

* Déambulations romaines (Ed. Didier Devillez, Bruxelles)

* Quelques mains de poèmes (Ed. L'Arbre à paroles, Amay)

* Dix fragments de terre commune (Ed. La Porte, Laon)

 

2. Le 25 janvier 2013, Place des Cloîtres, Amay, à 19 heures, présentation de "Quelques mains de poèmes" (Ed. L'Arbre à paroles), par Antoine Wauters.

 

3. Le mardi 19 février 2013, aux Midis de la poésie, Musée d'art ancien, de 12h40à 13h30, je présente une conférence sur Pavese.

 

4. Le mercredi 20 février 2013, à 18 heures, à l'A.E.B. (Association des Ecrivains Belges), 150, chaussée de Wavre, Ixelles,  je présente le dernier recueil d'Eric Brogniet, "A la table de Sade" (Ed. Le Taillis pré).

 

 

 

 

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

Collegium Vocale Gent

Weihnachtsoratorium - L'Oratorio de NOËL de JS Bach

Philippe Herreweghe direction - Dorothee Mields soprano - Damien Guillon alto - Thomas Hobbs ténor - Peter Kooij basse - Collegium Vocale Gent

Johann Sebastian Bach, Weihnachtsoratorium, BWV 248

En cette période festive, Philippe Herreweghe nous offre sa version de l’Oratorio de Noël. Qui aurait cru il y a trois siècles que les cantates écrites par Johann Sebastian Bach pour les offices de Noël à l’Épiphanie seraient un jour interprétées d’un seul tenant pour évoquer le récit de la Nativité ? Sur scène, le chef s’entoure comme à son habitude de solistes hors pair qui maîtrisent sur le bout des doigts la musique du Cantor.

La musique placée au centre du discours, comme langage émotionnel universel

Partition sacrée considérable du répertoire de JS Bach, l’Oratorio de Noël constitue un ensemble cohérent en six parties. D’une durée de près de deux heures et demie cette fresque couvre l’espace des six jours les plus importants de la période de Noël à L’Epiphanie. Les textes sont principalement tirés des évangiles de Saint Luc (Cantates I à IV) et Saint Mathieu (Cantates V et VI). Le récit de l’Evangéliste (Thomas Hobbs) s’accompagne de chorals (chants d’assemblée, selon la tradition luthérienne) et de textes de libre inspiration que constituent les arias, duos et autres formes libres qui commentent l’action. Le lieu de prédilection de la célébration musicale d’un opéra sacré est bien sûr l’église ou la cathédrale. Cela a sa raison d’être. Ce soir, c’est aux Beaux-arts de Bruxelles devant une salle comble que cela se passe. Pour Luther, « la musique seule mérite d’être célébrée après la parole de Dieu. […] Que l’on veuille réconforter ceux qui sont tristes ou bien effrayer ceux qui sont joyeux, rendre courage aux désespérés, fléchir les orgueilleux, apaiser les amoureux, adoucir ceux qui haïssent, […] que pourrait-on trouver de mieux que la musique ? » A méditer.

Philippe van Herreweghe et le Collegium Vocale Gent ont en effet magnifiquement tenu ce rôle. Ensemble, chef d’orchestre, chœur et orchestre, mus par le feu sacré, ont eu à cœur de faire croire au message de l’Oratorio de Noël. Ce, en dépit des réactions très frustrantes d’un public sans-gêne, atteint sans doute de toutes les maladies respiratoires possibles et profitant de la moindre pause pour s’exprimer bruyamment sous forme de raclements et autres quintes fort peu musicales. Pour se faire entendre dans l’enregistrement de Klara? Le silence aurait été pourtant plus propice à la belle méditation musicale mise en scène par Philippe Herreweghe.

Et comment ne pas être comblé par le haut niveau de virtuosité de ce concert, son intonation parfaite et sa simplicité apparente. Philippe Van Herreweghe nous a offert la limpidité du message, en toute discrétion. Il dirige en effet du bout des doigts et des yeux, avec des gestes à peine amorcés, saisi lui-même d’humilité, devant la musique de Bach. C’est cela le mystère.  Et si le rôle d’acteur de la foi était au centre des préoccupations de Bach, Philippe Van Herreweghe  en joue admirablement le jeu. L’agencement sonore qu’il suscite entre le texte et la musique est un mystère en soi. Et le mystère interpelle, sans rien d’orgueilleux ou de fracassant, c’est ce qui peut-être a manqué aux agités de la toux compulsive.

Dans les arias sublimes et certains duos, on est au cœur de l’intériorité. Avec la basse (Peter Kooij ) « Herr, dein Mitleid, dein Erbarmen tröstet uns  und macht uns frei ! » On plonge dans l’intime et profonde piété individuelle. La soprane Dorothee Mields , dont le visage et la voix sont illuminés de vérité en est un exemple frappant. La légèreté de l’être ? La profondeur de la foi ? Soulignée par la violoncelliste omniprésente  touchée par la joie. Mais aussi Damien Guillon, l’alto qui égrène ses accents magiques au gré des récitatifs et des arias. Il y a ce passage d’émotion pure dans un aria de la Soprane  où l’être humain oscille entre le « nein » et le « ja » de façon étonnamment poétique et convaincante. On ne sait d’ailleurs plus très bien où est la voix humaine et celle du hautbois. Il y a comme un jeu d’échos surnaturels… Le texte de l’Evangéliste (Thomas Hobbs) s’écoute avec un intérêt croissant, les airs sont répétés deux fois avec bien souvent comme noyau central une méditation instrumentale appropriée. Tour à tour c’est l’orchestre au complet, les flûtes, les trompettes, les hautbois, des violons en duo enjoué, les cors qui inspirent le recueillement et provoquent la surprise et l’enchantement musical. Le discours et l’émotion suscitée par la musique adhèrent toujours parfaitement l’un à l’autre. Le contrepoint convoque l’harmonie. On est en présence de la perfection.

Cette prestation épurée, aux forces vocales et instrumentales peu tapageuses, a mis en lumière des prouesses vocales qui semblaient naturelles et des solos instrumentaux qui ont fait jaillir la lumière faite musique, pour les dieux et les hommes. La fraîcheur authentique était le commun dénominateur des solistes et du chœur. Un chœur vibrant et clair qui évoque l’enthousiasme des bergers, la douceur de Marie, le nom de « Jesulein Immanuel », la glorieuse quête des rois mages, la haine hypocrite et sanguinaire d’Hérode, la conquête de la Mort. Tout est là, ciselé pour longtemps dans le cœur du spectateur qui veut lui aussi jouer le jeu. Pourvu qu’il réponde à l’invitation au questionnement personnel, au voyage spirituel et à l’appel de la musique sacrée.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Hommage à René Jacobs pour son concert « La Flûte Enchantée » de Mozart aux Beaux-Arts de Bruxelles le 19 novembre dernier

 

René Jacobs dirige régulièrement au festival d’Aix-en-Provence depuis 1998, à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées et à la Salle Pleyel, ainsi qu’à Vienne au Theater-an-der-Wien. Il a été distingué de nombreuses fois par la critique musicale en Europe et aussi aux Etats-Unis, où son enregistrement des Nozze di Figaro de Mozart a reçu un Grammy Award en 2005. Le mensuel Classica l'a élu Artiste de l'année 2009 pour ses enregistrements de la Brockes-Passion de Telemann, d'Idomeneo de Mozart et de La Création de Haydn.

C’est sans compter son superbe enregistrement en 2010 de  La flûte enchantée à la manière  d'un grand spectacle radiophonique parlé et (en)chanté. Une œuvre couronnée CD des Jahres (Opernwelt), Preis der Deutschen Schallplattenkritik, Choc de l'année 2010, BBC Music Magazine Award.

 

 Ce soir-là, aux Beaux-Arts de Bruxelles, tous étaient présents pour nous entraîner dans l’imaginaire avec leurs voix de rêve. Miah Persson, Pamina, Topi Lehtipuu,Tamino, Marcos Fink, Zarastro, Burçu Uyar, la reine de la Nuit, Daniel Schmurtzhard, Papageno,  Sunhae Im, Papagena  et tous les autres… autour de la fabuleuse Akademie für Alte Musik Berlin et le  RIAS Kammerchor.   Un spectacle vivant, rythmé, varié au possible,   presque un ballet en costumes éblouissants, envahissait donc  la scène des Beaux-Arts en live, ce  qui devait ravir autant les mélomanes avertis  que le  public profane. La vérité des personnages et de la musique sur le plateau, se présenta devant quatre mille yeux ébahis d’une salle comble,  riant et applaudissant spontanément tout au long du spectacle la tension narrative. Il y a cet épisode  cocasse où Papageno qui a rêvé de femmes de bonne chère  et de bon vin tout au long de ses épreuves initiatiques reçoit des mains de René Jacobs la bouteille de vin dont il a tant rêvé. C’est Mozart en personne qui la lui offre ! Interpénétration subtile des réalités.

 

Le regard de Mozart  est sur l’homme et la recherche de la perfection. On goute  la présence de la comédie, l’humour des personnages, les fracas des orages, le ruissellement de la pluie,  on imagine les palais enchanteurs, et on est pris par le rire heureux. C’est du théâtre sonore palpitant. On craque dès l’apparition « des trois jeunes  hommes », des  tout jeunes chanteurs d’une fraîcheur inouïe…  On est fouetté par la sagesse des citations franc-maçonnes. « Ce qu’on recherche » avant tout « c’est la vérité et la lumière.» « Celui qui empruntera cette voie pleine d’embûches sera purifié par le feu, l’eau, l’air et la terre, surmontant la crainte de la mort, il trouvera la lumière…» L’Ave Verum, écrit aussi  en 1791, ne dit-il pas  «  Sois pour nous un réconfort à l’heure de notre mort… »  Un  chant triomphal identique  exulte dans  la Flûte Enchantée : « O Isis et Osiris, quelle joie, la sombre nuit est chassée par un soleil radieux…!  Bientôt ce jeune homme naîtra à une vie nouvelle : son esprit est hardi, son cœur est pur…  » Tamino est l’enfant généreux, l’humaniste, l’homme tolérant. Quoi de plus enchanteur ? La salle entière vogue dans un rêve qui passionne et qui éblouit.

 

 René Jacobs  a voulu dépoussiérer l’œuvre de toutes ses interprétations postérieures à 1791, date de création par Mozart, pour retrouver la vérité de l’œuvre et nous la faire entendre. Il a réintroduit des dialogues parlés du Singspiel, ce qui fit encore mieux ressortir les interventions du chœur et des parties instrumentales. La salle pleine à craquer a battu de tous ses cœurs, saluant les artistes par  des applaudissements frénétiques  avant qu’ils ne disparaissent dans les coulisses. Et l’on garde le message : « si l’on clouait le bec aux menteurs au lieu de calomnie, haine et rancœur, règneraient amour et fraternité ! » L’évidence même. « La flûte magique vaut mieux qu’or et couronnes car elle augmente la joie des hommes ! » Rien de plus vrai.

 

Voir en plein écran

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Die_Zauberfl%C3%B6te

 

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles