Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3146)

Trier par

Pour une fois petite digression vers un autre sujet que les arts et les lettres: resiprez la forêt: je sais que cela fera plaisir à certains d'entre vous.

 

Petite simulation (bien réelle) pour ceux qui n'ont pas une forêt près de chez eux ou qui ont des difficultés à se déplacer, ce lien est vraiment excellent,... pour les autres aussi d'ailleurs!

 

N'hésitez pas à cliquer sur les petites flèches directives ou de sélectionner l'une ou l'autre petite étoile: les oiseaux chantent pour vous et ils ont tous du talent comme vous;


...  bon amusement ou plutôt bonne promenade!
 
http://w3.upm-kymmene.com/upm/forestlife/index.html

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272861464?profile=original

 Ecoutez Watteau, c’est une leçon de musique !

Cette exposition est l'occasion unique de redécouvrir ce maître ainsi que certains de ses contemporains à travers une centaine d’œuvres, réunissant peintures, dessins, gravures et instruments de musique. Fragile et peu abondante, la production du peintre, conservée aux quatre coins du monde, figure au patrimoine des musées les plus prestigieux. La voici à Bruxelles, cœur de l’Europe.  Elle est le fruit d’une collaboration inédite du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles avec le Palais des Beaux-Arts de Lille, initiant un flux intellectuel et artistique de premier plan entre les deux villes. Elle est inscrite sous le haut patronage de  Leurs Majestés le Roi et la Reine des Belges, sous le Haut Patronage de Monsieur Elio di Rupo Premier Ministre et sous le Haut Patronage de Monsieur François Hollande, Président de la République française. L’esprit qui préside à son installation est inscrit dans l’interdisciplinarité chère au Palais des Beaux-Arts dont la mission est de rassembler les arts, depuis sa fondation.

12272862084?profile=original

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Baudelaire, Les Fleurs du mal, IV.

Le poème « Correspondances »  de Charles Baudelaire ne peut pas trouver ici  meilleur écho. Tout d’abord au cœur de l’œuvre de Watteau lui-même qui trouve son inspiration picturale dans le geste  et le corps du musicien, le galbe et les formes des instruments aux connotations souvent  érotiques. Le désir  naît dans la musique, symbole de l’amour mélancolique. Et le porte-mine à deux pointes de l’artiste ou son pinceau et sa brosse s’empressent de capter avec vivacité et réalisme ses vibrations les plus profondes. Les titres de ses toiles seront évocateurs : « La leçon de musique, la gamme d’amour, l’accord parfait….  »  Intitulés évocateurs qui suggèrent les double-sens des fêtes galantes. Car, non, Watteau n’a pas d’appétence pour les traditionnels sujets religieux, mythologiques ou guerriers. Il s’intéresse aux sentiments intimes de l’homme, et cela, c’est une véritable révolution.     En 1717 il peint l’œuvre qui signa son style : « Le Pèlerinage à l'île de Cythère ». Une scène pastorale inspirée du « Jardin d’amour » de Rubens dont il était le fervent admirateur.  Il la soumit pour son admission à l’Académie où il fut reçu comme peintre (inclassable) et désormais appelé « peintre de fêtes galantes », un titre créé expressément pour lui. La campagne semble enchantée, les paysages, italiens, un pays qu’il ne connaîtra que par la musique, car il est pauvre et a  a raté de peu l’obtention du prix de Rome.

12272862878?profile=original

Non seulement la musique, celle de Couperin en particulier,  est  source d’inspiration mais la présence d’autres disciplines comme le théâtre et la danse n’a rien de fortuit. C’est l’occasion pour lui d’insister sur les duperies et les humiliations de l’amour. Ombrageux et farouche, il convient que l’amour est éphémère et ne peut durer que le temps d’un morceau de musique. Voilà la boucle est bouclée.  Gilles le niais avec son costume de satin blanc, trop large et trop court, entouré d’autres personnages de la Comédie italienne, a peu de chances de séduire une dame frivole. Pierrot de dos est l’objet de quolibets féminins et est empêché de s’assoir.   Watteau annonce le théâtre de  Marivaux. Le mouvement des idées se fait en dehors de la cour et on se réunit dans les salons mondains chez Pierre Crozat, son bienfaiteur.

12272863461?profile=original            12272863491?profile=original

Ensuite, le poème « Correspondances »  de Charles Baudelaire trouve aussi son écho dans la conception même de l’exposition qui n’est pas une monographie mais une mise en présence de disciplines correspondantes. C’est ainsi que  William Christie, le prestigieux commissaire général de l’exposition,  a orchestré lui-même le fil conducteur  musical de l’événement en intégrant le son à la scénographie. Des points d’écoute et des alcôves musicales sont  à la disposition du public tout au long du parcours de l’exposition. Au moyen d’un casque audio, le visiteur est invité à découvrir une sélection de morceaux de musique, notamment  des extraits  de  son concert du 28 janvier 2013 au conservatoire Royal avec Les Arts florissants. Une salle accueille des concerts gratuits interprétés par les étudiants de plusieurs conservatoires supérieurs de Belgique et de France, durant les nocturnes du jeudi soir.12272863684?profile=original

 

Et  les correspondances ne s’arrêtent pas là : la littérature rejoint le concert des plaisirs du luth, de la guitare  et du pinceau. En effet, Pierre Michon, l’écrivain français, est aussi de la partie. Les visiteurs peuvent également lire et écouter durant leur visite de larges extraits de son roman « Maîtres et serviteurs, la vie de Watteau », une œuvre littéraire contemporaine centrée sur la vie du peintre mort trop jeune de phtisie.

12272864854?profile=original

 

La structure de ses tableaux est audacieuse et raffinée. Le peintre agence des personnages sortis tels quels de ses carnets  puis les  enchâsse dans des paysages poétiques. Armé de pierre noire, de sanguine ou de craie blanche, il a croqué avec souplesse et vivacité les gestes des artistes du pont Notre-Dame et ceux  des comédiens de la Commedia Del Arte … avant l’édit de  leur expulsion par le pouvoir. Dans ces vastes paysages qui ne sont pas sans rappeler les maîtres flamands, il laisse toujours un espace vide : pour le rêve, le silence, le temps suspendu ou  le sentiment de mélancolie. Plus que de nous parler, ses toiles vibrent de murmures mystérieux et de volupté : depuis les battements de cœur d’Arlequin ou de Pierrot, aux bruissements des feuillages, des  sources et des fontaines, jusqu'aux  froissements délicats des robes de soie des dames costumées. Clin d’œil à la sévère Madame de Maintenon ? Chimères ou monde réel ?  Les compositions asymétriques ont l’air de balancer entre deux. Mais l’émotion est sertie dans la palette brillante et les jeux de lumière mystérieux autour des personnages à la pose dansante et aérienne. Au XIXe siècle, Baudelaire dans les «  Fleurs du mal » et Verlaine dans les « Fêtes galantes » n’auront de cesse que de se référer à ce jeune peintre dont la réussite n’apaisa jamais la mélancolie.

12272865289?profile=original

12272866063?profile=original

(né en 1684 à Valenciennes, mort en 1721 à Nogent-sur-Marne)

Lire la suite...

MERCI LA MER...

Pour les rouleaux d'argent qui fleurissent en écume...

Pour les turquoises profonds et les gris désespoirs....

pour la mélancolie qui surgit de ses brumes

Et cette vie profonde qu'on ne peut percevoir!

Pour la douceur de l'air, que les embruns apportent

Pour le soleil levant, qui surgit de nulle part!

Et pour l'air de vacances qui frappe à notre porte

Lorsqu'on l'évoque, joyeux, valises sur le départ!

Pour l'âme des poètes qui flottent à ses côtés...

Pour les destins de mort que sa fureur suscite!

Pour tous ces secrets en elle, qui sont égarés...

Lorsqu'en dernier recours, on nous plonge en son site!

Pour les tourments sans fin, qu'elle résume en soi...

Pour les colères grondantes et les éclats de feu!

Et ces beaux soirs où lune, l'éclaire de ses doigts...

Pour sa douceur qui calme et dans le soir émeut!

Pour le voyage sans fin qui caresse les ans...

Tous ces désirs d'ailleurs assouvis dans un rêve

Lorsque son coeur hésite entre deux continents...

Et que le nôtre enfin, s'accorde un peu de trêve!

J.G.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Je pense à Yu

  • "Le visage immense du pouvoir, on peut le regarder en face, on peut l'éclabousser" Dans l'appartement désordonné où elle vient d'emménager, Madeleine est attirée par un entrefilet dans le journal. Le journaliste chinois Yu Dongyue est libre. Après 17 ans passés derrière les barreaux. Son crime: avoir jeté de la peinture sur le portrait de Mao, place Tian'anmen en 1989. Délaissant son travail, ses obligations, Madeleine se lance dans la reconstitution de l'histoire de Yu. Dans sa quête, elle entraîne une étudiante chinoise à qui elle donne des cours de français et un voisin énigmatique et bienveillant. Arpenteur des écritures de la francophonie, depuis peu directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, Vincent Goethals (Le cocu magnifique au Rideau en 2009) nous revient avec ce texte boulversant de la Québécoise Carole Fréchette. à 20h30, sauf les mercredis à 19h30
  • Jusqu'au 9 février 2013 Le Rideau de Bruxelles @ l' XL Théâtre

Le décor est insolite : quelques caisses de déménagement, une minuscule table roulante rouillée sur laquelle trône un ordinateur portable. Un répondeur et un interphone. Une bibliothèque en morceaux. Madeleine s’éveille péniblement d’un cauchemar sur fond blanc.

Le personnage féminin qui la harcèle  dans son cauchemar lui pose une question très embarrassante : Qu’êtes-vous venue faire ici ? C’est que Madeleine se mêle de la destinée de Yu, ce jeune chinois iconoclaste arrêté et emprisonné en 89 pour 17 ans. Puis fuse la question cruciale : Que faisiez-vous en mai-juin 1989 ? Que faisaient les individus de par le monde pendant ce moment historique ?  On a envie de répondre. En ce qui me concerne, je montrais les reportages de la BBC sur les événements de la place Tienanmen à des rhétoriciens  occidentaux sensés apprendre l’anglais. Que sert l’apprentissage d’une langue si ce n’est pas pour s’ouvrir au monde ?  Et vous, que faisiez-vous ?

 La pièce de Carole Fréchette est une lame de fond. L’auteur se prend passionnément au jeu de réveiller le passé historique et les consciences. Le drame psychologique va défier le drame historique. Madeleine, l’héroïne,  lâche tout pour se jeter dans sa recherche à propos de Yu, un inconscient ? un dissident ? un fou ? Veut-elle à son tour créer une figure mythique ?  Elle parcourt aussi les carnets intimes de ce que fut sa propre vie, pleine de participes passés nombrilistes, un procédé qui  finirait par lasser sans  l’arrivée de la vibrante jeune Yuangyuan Li et de Philippe Vauchel.  

Pourquoi Yu a-t-il du passer 17 ans de sa jeune vie en prison ? La question qui émeut Carole Fréchette est limpide pour un occidental, sans objet pour l’Asiatique. Madeleine est tellement retournée par la question qu’elle ne supporte  même plus de rencontrer Lin, son élève chinoise,  et « son enthousiasme forcé, son sourire trop radieux, son regard trop confiant, tourné vers le futur, de l’indicatif. »

Avant de partir en Asie, on croit avoir tout lu sur l’inévitable « culture shock » qui attend l’expatrié, mais il n’en est rien. Avec le recul, on se rend compte que la révolution sanglante de Mao est considérée par les Chinois comme une  simple goutte d’eau dans l’océan de l’histoire chinoise. Cyclique par ailleurs.  Ainsi donc un jet de peinture rouge dans une coquille d’œuf  sur une image vénérée parait encore plus dérisoire. A voir.

Nous sommes maintenant  en 2012. Là-bas, on enterre aujourd’hui avec fastes le roi du Cambodge, pays dont le tiers de la population a été assassiné par les  Khmers Rouges. La population  à genoux suffoque de douleur, implore et prie son roi-Dieu, nouveau mythe dont la dépouille mortelle est exposée depuis des mois sous son dais funéraire. L’âme asiatique est ainsi faite que profaner une image sacrée est un meurtre. Personne n’oserait, sauf un fou.

Excitée par son  violent désir d’apprendre le français et acculée par le questionnement de Madeleine,  Lin lâche quelques commentaires en dépit de sa réserve obstinée: « Le parti ne tombe jamais, il ne faut pas se faire remarquer ». « Etre contre-révolutionnaire est le pire des crimes, on perd tout ! » me disait ma  mère. « Tout le monde doit sauver sa vie. »

 Mais Madeleine hurle sa vérité  au conditionnel : « S’il n’y avait pas le courage, la folie, il n’y a rien qui changerait.» Philippe Vauchel le comédien irrésistible d’humour, d’humanité, de relativisme et de compassion apparaît dans le personnage de  Jérémie, le mystérieux voisin. Cela permet au spectateur d’échapper un peu à la tension hitchcockienne. Son regard lucide finit par identifier avec finesse le plaisir cynique que procure la pulsion de mort à ceux qui ont le goût du pouvoir, comparant Mao avec… son prof de math. La révolte selon lui ne peut rien changer. Bribe par bribe il a livré les secrets de son drame personnel à Madeleine.  Les docteurs sont impuissants et Dieu absent. « Il n’y avait rien à faire » devant le handicap de son fils et l’abandon de sa femme en 89.  Il n’y a que la sagesse de  l’acceptation et la résilience.  Madeleine n’en a cure,  dans sa quête insatiable de vérité elle  le provoquera jusqu’à la limite du supportable et lui fera bien malgré lui jeter un coup de pied homérique dans le château de cartes. Est-ce le non-sens de la Dame de Cœur de Lewis Caroll qui parle lorsque la voix féminine  invisible harcèle encore Madeleine dans son cauchemar et  rit aux éclats en concluant « vous êtes inutiles et ridicules »?

 Mais la jeune Lin, née après 89 ne retournera pas en Chine. Elle apprend maintenant le conditionnel présent en français et s’adresse à la figure mythique de Yu: « Et si vous n’aviez pas lancé le peinture sur l’image de Mao… » Je ne serais pas la même, murmurent les deux femmes presque ensemble.

Et tout le monde de savourer assis en tailleur une soupe chinoise qui a cuit pendant douze heures, pour vivre la vie au futur antérieur. Le temps des rêves ? On n’a pas fini de penser à Yu.

Avec Anne-Claire, Yuanyuan Li, Philippe Vauchel.

http://www.rideaudebruxelles.be/index.php?option=com_flexicontent&view=items&cid=3:programmation&id=66:je-pense-a-yu

Lire la suite...

Qui est "L'homme qui rit" de Hugo?

12272656471?profile=original

C'est Gwynplaine, défiguré tout enfant par une association de nomades spécialisés dans le commerce des enfants. Ce petit avait subi, en bas âge, l'opération de la bouche fendue jusqu'aux oreilles, "bucca fissa usque ad aures", qui met sur la face un rire éternel... Gwynplaine est alors montré dans les foires... Saltimbanque, puis reconnu Lord d'Angleterre, il veut rappeler aux puissants leurs devoirs envers les pauvres, mais son appel émouvant à la Chambre des Lords, échoue dans un vaste éclat de rire...
Hugo estimait "n'avoir rien fait de mieux" que ce livre dans lequel Claudel a vu "le chef-d'oeuvre du grand poète". Henri Guillemin le trouve "ruisselant de merveilles". Hubert Juin écrivait en 1976: "Un livre-clé... l'un des ouvrages les plus insolites qui se puisse rencontrer dans la littérature moderne... Ouvrage redoutable et, tacitement rejeté."
Un chef-d'oeuvre méconnu

Le discours de Gwynplaine devant ses pairs :

"Ce que je viens faire ici?... Je suis le peuple. Je suis une exception? Non, je suis tout le monde. L'exception c'est vous... Je suis l'Homme. Je suis l'effrayant Homme qui rit. Qui rit de quoi? De vous. De lui. De tout. Qu'est-ce que son rire? Votre crime et son supplice. Ce crime, il vous le jette à la face; ce supplice, il vous le crache au visage. Je ris, cela veut dire: Je pleure... Ce rire qui est sur mon front, c'est un roi qui l'y a mis. Ce rire veut dire haine, silence contraint, rage, désespoir... Ah! vous me prenez pour une exception! Je suis un symbole. O tout-puissants imbéciles que vous êtes, ouvrez les yeux. J'incarne Tout. Je représente l'humanité telle que ses maîtres l'ont faite. L'homme est un mutilé. Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l'intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles; comme à moi, on lui a remis au coeur un cloaque de colère et de douleur et sur la face un masque de contentement. Où s'était posé le doigt de Dieu, s'est appuyée la griffe du roi. Monstrueuse superposition. Evêques, pairs et princes, le peuple, c'est le souffrant profond qui rit à la surface... Aujourd'hui vous l'opprimez, aujourd'hui vous me huez. Mais l'avenir, c'est le dégel sombre... Il viendra une heure où une convulsion brisera votre oppression, où un rugissement répliquera à vos huées.""Cette heure de Dieu est venue, et s'est appelée République, on l'a chassée, elle reviendra... La série des rois armés de l'épée est interrompue par Cromwell armé de la hache. Tremblez..."

Tandis que Gwynplaine arbore ce rire qui, selon Claudel, "accentue celui de Voltaire", il sonde, à la vue de l'auditoire en gaieté, la profondeur du gouffre social qui se creuse sous lui, l'importun, rejeté par les occupants de la "vieille cime du mont féodal", de ce "sommet prodigieux", aux cris de "Bravo, le museau de la Green-Box! Salut à Lord Clown! Histrio! A bas!"
Qui a gravi dans le sable une pente à pic toute friable au-dessus d'une profondeur vertigineuse, qui a senti sous ses mains... fuir et se dérober le point d'appui qui... s'enfonçant au lieu de gravir... et se perdant un peu plus à chaque mouvement pour se tirer du péril, a senti l'approche formidable de l'abîme, et a eu dans les os le froid sombre de la chute... celui-là a éprouvé ce qu'éprouvait Gwynplaine.
"Il sentait son ascension crouler sous lui, et son auditoire était un précipice." (Victor Hugo)
Lire la suite...

La technique du Piqué

La technique du Piqué

12272860088?profile=original

Canne en jonc de malacca, bague en argent et pommeau en ivoire (décor en piqué d'argent)

Angleterre fin XVIIème siècle

Le monde des cannes est comme une encyclopédie qui nous offre la possibilité de découvrir non seulement, une variété infinie de matières mais aussi presque toutes les techniques existantes ... Parfois, pour le passionné, c’est une découverte.

Parmi les nombreux procédés classiques d'ornementation, certains sont inattendus, méconnus ou tout simplement oubliés.

L'art d'associer les matières est source d'innovations et de créations. Intarsia, champlevés, cloisonnés, marqueterie ... sont des techniques très anciennes et relativement connues.

Cette canne nous fait découvrir  un procédé d'incrustation peu connu ... le piqué.

Sous l’appellation « piqué », les spécialistes et amateurs regroupent plusieurs types d’incrustation : le piqué lui-même, mais aussi le brodé, le coulé et l’Incrusté. Je reviendrai sur ces différents termes pour différencier chacun de ces procédés.

Pour ce pommeau, il s’agit du piqué en tant que tel.

Ce savoir-faire italien, très pratiqué en Angleterre, en France et en Allemagne, a été développé particulièrement par Laurenti, un napolitain.

Nous sommes au 17ème siècle et le mariage des matières est de plus en plus apprécié en ébénisterie. (Laurenti, A. C. Boulle, Hache, P. Gole, ...)

Très vite,  les tabletiers, spécialistes en « menus ouvrages », pratiqueront cet art. (Ecrins, coffrets, petites boîtes, étuis, tabatières,  éventails, ... et « pommes de cannes »)  (*)

 

Cette canne  est décorée d’incrustations en piqué uniquement. En pratique, il s'agit de percer la matière de petits trous cylindriques juxtaposés formant un motif décoratif.  Après avoir chauffé l'ivoire, la corne, l'écaille, ...  on y pique un fil de laiton, d'or ou d'argent que l'on coupe à ras. En refroidissant, la matière maintient l'incrustation ... on arase correctement et on polit l'ensemble. 

12272860865?profile=original

Piqué à fils creux - détail

 

Des caractéristiques précises différencient les piqués. Il existe le piqué simple en fil plein, le piqué en fil creux et le piqué en fil « préformé ». Pour ce dernier, l’artisan donne au préalable une forme particulière au fil comme une étoile par exemple.  

Il est intéressant de constater que les anglais ont préférés employer le fil creux (sorte de petit tube). Le fil creux donne un effet de cercles minuscules.

Pour la production continentale,  le piqué est mixte et plus souvent en fil simple et en plein. Plus tard en France, fin XVIIIème et au XIXème, on observe régulièrement des décor à semés d'étoiles. (Fil préformé)

12272860675?profile=original

Piqué d’étoiles XIXème (Fil d’or préformé)

 

Piqué à fils pleins

 

Voici un rare et très bel exemple de piqué de type français. Dans ce cas, le fil est plein et ne donne pas l'effet de petits cercles observé sur le pommeau précédent. Ici, le décor est composé de fils d'or, d'argent et de corne noire. 

12272860690?profile=originalCanne haute en malacca et à pommeau d'ivoire - Décor en piqué simple et composite de fils d'or, d'argent et de corne noire. (XVIIIème siècle)

Le piqué de fils d'or est simple et beaucoup plus petit que le piqué anglais (ses dimensions correspondent au centre du cercle anglais). Le décor sombre est un piqué, en plein, de corne noire. L'artisan, pour donner plus de finesse à son travail, a piqué la corne noire avec un fil d'argent plein de la même épaisseur que le fil d'or.

12272861298?profile=original

Le dessus du pommeau est décoré d'une étoile formée uniquement de piqué composite de corne noire et de fils d'argent. Une bague en corne noire, fixée à joints vifs, fait la jonction avec le fût.

12272861089?profile=original

********

12272862668?profile=original

Détail de piqué simple – les insertions juxtaposées suivent les traits du décor.

*

12272862696?profile=original

Nécessaire de couture en ivoire – décor en piqué de fil d’or large.

Début XIXème siècle.

**************

Quelques exemples illustrant ces procédés.

12272862490?profile=original

Pommeau d'ivoire travaillé avec la technique du brodé conjuguant "piqué", "coulé" et "incrusté" - Début XVIIIème siècle.

Le piqué est en cercles (la canne est anglaise)

12272863468?profile=original

Rare pommeau XVIIIè en écaille illustrant la technique du "brodé" conjuguant les trois techniques : "piqué", "coulé" et "incrusté"  (or et nacre).    

Hambourg - Kunst und Gewerbemuseum

*

12272864054?profile=original

Travail italien fin XVIIème/début XVIIIème.

Le piqué complète le décor (Treillis de losanges)

*

12272864267?profile=original

Travail italien – XVIIIème siècle (Le piqué est complémentaire au décor)

*

12272864101?profile=original

Petite boîte italienne XVIIIème siècle.

Treillis de losanges quadrillés semés de perles – tout le décor fin est en piqué.

* Monsieur le baron Gustave de Rothschild possédait une collection, des plus complètes et des plus riches, d'œuvres napolitaines de ce genre. 

Lire la suite...
administrateur théâtres

A la recherche de son Rideau, Rideau retrouvé!

Le Rideau de Bruxelles a retrouvé son rideau !

La plus ancienne troupe théâtrale de Bruxelles a enfin trouvé un endroit où poser ses bagages. Fondé le 17 mars 1943 par Claude Etienne, ce théâtre fêtera cette année ses  70 ans.

Pierre angulaire de la culture au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles depuis des générations, il s’est vu contraint de s’exiler depuis la saison 2011 et pratiquer  alors le nomadisme théâtral pour survivre.

Pour l’histoire: en 2007 le Rideau de Bruxelles et le Palais des Beaux-Arts s’étaient accordés sur la prolongation de leur collaboration pour 30 ans encore. Il était notamment prévu que le Palais des Beaux-Arts devait mettre à disposition plusieurs salles (entre autres le Petit Théâtre et le Studio) et organiser les services utiles au bon développement des activités du Rideau. Malheureusement le Palais des Beaux-Arts ne s’est plus conformé à ses obligations, ce qui a contraint le Rideau à quitter le Palais en juin 2011.

 

C’est avec joie que nous célébrerons donc  son installation définitive dans  la commune d’Ixelles à partir du 1er janvier 2014 dans la salle de l’XL Théâtre, un de nos petits lieux favoris, si pas celui qui nous a fait vibrer le plus ces dernières années sous  la direction éclairée, intelligente et sensible  de Bernard Damien à qui nous profitons de rendre hommage ici ainsi qu’aux jeunes comédiens qu’il a lancés dans la vie artistique.

 

Le Rideau de Bruxelles est heureux d’avoir promu des auteurs tant belges qu’internationaux. Martine Renders, une des deux gestionnaires du théâtre, nous en parle : « Le Rideau est la première institution en Belgique francophone à avoir systématisé les commandes d’écriture à des dramaturges belges. Sans le Rideau, Paul Willems n’aurait peut-être jamais écrit pour le théâtre. Crommelynck, Sion, Bertin y ont été joués. Et plus tard, Jean Sigrid, René Kalisky, Paul Emond, William Cliff, Eric Durnez, Thierry Debroux, Clément Laloy, Paul Pourveur, Serge Kribus, Brigitte Baillieux, Patrick Lerch, Thierry Lefèvre, Céline Delbecq,… Sans oublier des dramaturges flamands tels Hugo Claus, Jan Fabre ou Tom Lanoye. »12272859874?profile=original

Dès 2014, Le Rideau occupera l’XL Théâtre, à temps plein,   où il continuera de mettre à la portée d’un large public les nouvelles   écritures - belges et internationales - les plus pertinentes et les nouvelles   pratiques scéniques. Il continuera aussi à nouer des partenariats avec   d’autres lieux, en privilégiant les acteurs culturels ixellois, pour des   spectacles nécessitant un espace plus important et pour lesquels une solution   pérenne n’a pas encore été trouvée. Soucieux de la qualité de l’accueil de   tous les publics, le Rideau souhaite privilégier un travail d’intégration   avec la population du quartier et collaborer avec le secteur associatif dans   le but de privilégier la mixité sociale et culturelle.

Le Rideau remercie tous les partenaires de cette nouvelle   aventure, en particulier la Commune d’Ixelles et la Fédération   Wallonie-Bruxelles. Il remercie également les théâtres partenaires de son   nomadisme : le Théâtre Marni, le Théâtre Varia, l’Atelier 210, le Théâtre   Océan Nord, De Kriekelaar, Wolubilis, Cathago Delenda Est, le Centre Culturel   Jacques Franck, le Théâtre de Poche et l’XL Théâtre du Grand Midi.

Envie de soutenir le Rideau? C’est le   moment, c’est l’instant…
  BE52 2100 0794 0009 (Un don est déductible fiscalement à partir de 40 euros)

 

Le Rideau de Bruxelles, 7a rue Goffart à 1050 Ixelles. Renseignements : tél. 02.737.16.01 et

www.rideaudebruxelles.be

Lire la suite...
administrateur théâtres

 

Run!

Plus que quelques jours,  au Théâtre Royal du Parc : Oedipe, revisité par un auteur canadien Olivier Kemeid, à ne manquer sous aucun prétexte!

 

Mise en scène éblouissante: jeux de clair-obscurs et  corps à corps bouleversants, voici le texte mythique de l’Œdipe de Sophocle replacé de façon résolument moderne dans la réalité mouvante  de la caverne du  21e siècle.

 Des écrans transparents glissent pour évoquer la prison de verre qui enferme chaque personnage. Des écrans translucides s’allument et s’éteignent comme dans le théâtre d’ombres asiatique. Approche globale oblige.  Ces parois s’animent de fondus éclatés sur des rythmes de musique explosive, et crèvent  comme la succession de jours et de nuits. Mais où donc est passée la lumière? La succession du  Noir et  du Blanc est tranchante et menaçante comme un tribunal. Et comment reconnaître le vrai du faux ? La rumeur de la vérité ?

Ce sera la tâche que se donne Œdipe : sauver la ville par la raison. Retrouver les meurtriers de son père  qui ont attiré la colère des dieux et la malédiction qui s’est abattue sur la ville de Thèbes.  Qui a tué Laios ? C’et Œdipe lui-même qui se charge de l’enquête. A la façon d’une intrigue policière il veut que le coupable soir jugé devant Créon, chef du tribunal.  Dans  un décor stylisé et dépouillé à l’extrême Œdipe ne cesse de se cogner à la réalité.  Jocaste, elle, sait tout. Elle est seule contre l’ombre machiste de son défunt mari. Elle personnifie toutes les femmes : les mères, les sœurs, les amantes, les filles de joie…les consolatrices, toutes aussi impuissantes devant la folie humaine.  Omnisciente car elle a la clé du mystère, elle va s’immoler, sacrifice ultime.

  Voici Œdipe en corps à corps poignant avec celle qui  lui a donné quatre enfants mais qui tait jusqu’au bout qu’elle est aussi sa mère.   Des jeux d’ombre et de lumière projettent la narration de l’histoire que Jocaste révèle. Car c’est à elle, que l’auteur, Olivier Kemeid, rend justice, il lui donne enfin la parole. Elle a été la victime de Laios qui ne la respectait pas, elle a été saoulée et abusée et ainsi est né le malheureux Œdipe. Elle a supplié de pouvoir garder son fils, il lui a été arraché. On connait la suite de l’histoire. La tension dramatique devient aveuglante et  incandescente, jusqu’à ce qu’Œdipe désespéré, abusé lui aussi, se fasse justice.

 L’émoi de la ville est palpable et revient hanter le plateau à chaque découpage de scène. Il est  représenté par cinq danseurs qui personnifient la violence du populisme sous tous ses aspects. Depuis la rumeur pernicieuse et la dénonciation jusqu’à la mise à mort, l’exclusion et l’épuration ethnique. La ville ne souffre pas seulement  de famine, d’infertilité et de la peste ou le choléra mais aussi de la peur chronique de l’autre. La sphynge mordorée est revenue, seule couleur au tableau, sorte de peste brune qui à peine disparue revient encore plus pernicieuse. La  foule a besoin de bouc émissaire, elle est toujours  friande de drame.Elle aime se repaître des malheurs des autres, se poser en accusatrice ou en justicière.  Les profils mouvants des cinq jeunes  danseurs la représentent, cette  « turba » dénoncée par les Anciens, ou cette « mob » haineuse, justement vilipendée par Shakespeare dans son Jules César. Musique, mouvement et murmures accusateurs se combinent pour forcer le trait et ouvrir les yeux du spectateur. La vérité sera aveuglante.

 Œdipe, comme chez Sophocle est profondément humain. Gauthier Jansen, pour ne nommer que lui parmi les excellents comédiens, interprète magnifiquement le personnage. Son cœur bat généreusement et luttant pour la justice,  il veut établir le règne de la paix. Il est courageux, il va jusqu'au bout, au risque de se détruire. Il est inscrit en chacun de nous,  se révolte contre la folie de la malédiction divine. Il ne peut pas  croire à sa culpabilité, sorte de péché originel qu’il ne peut laver que par l’exil et la cécité. Il représente toute notre souffrance humaine.

La qualité irréprochable des comédiens et des danseurs, le dynamisme extraordinaire du spectacle, la sobriété des textes mettent en scène la profondeur du drame de l’homme toujours seul devant son destin. Une pièce  dense, extraordinaire de modernité et d’intensité. Lors du salut final, on découvre enfin  la texture des costumes  tous entre gris clair et gris foncé,  les artistes nous lancent un ultime message… Rien n’est jamais blanc ou noir.  Never forget !

 

Chorégraphe - Mise en scène: José BESPROSVANY
12272860459?profile=original

Avec:
Gauthier JANSEN
(OEDIPE)
Isabelle ROELANDT (JOCASTE)
Georges SIATIDIS (CREON)
Julien  ROY (THIRESIAS + divers)
Georges SIATIDIS (CREON)
Toussaint COLOMBANI (LE
JEUNE HOMME)
Fernando MARTIN (Danseur)
Yann-Gaël MONFORT (Danseur)
François PRODHOMME (Danseur)

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2012_2013_003

http://www.mrifce.gouv.qc.ca/portail/_scripts/ViewEvent.asp?EventID=12397&lang=fr&strIdSite=BEL

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272866490?profile=originalCollegium Vocale Gent

Philippe Herreweghe direction - Dorothee Mields soprano - Damien Guillon alto - Thomas Hobbs ténor - Peter Kooij basse - Collegium Vocale Gent

Johann Sebastian Bach Cantate BWV73, Cantate "Herr, wie du willt, so schicks mit mir",  Johann Schelle “Komm, Jesu, Komm”,  Cantate BWV 44  "Sie werden euch in den Bann tun", Cantate BWV 48  "Ich elender Mensch, wer wird mich erlösen",  Cantate BWV 109 "Ich glaube, lieber Herr, hilf meinem Unglauben"

Dès son entrée en fonction à Leipzig en 1723, Bach se lance dans sa tâche principale : fournir pour chaque dimanche et jours de fête une cantate…c’est-à-dire environ 300 œuvres dont à peine 200 nous sont parvenues. Les œuvres vocales programmées pour ce concert datent de son entrée en fonction. Bach parvient toujours à combiner sa virtuosité d’écriture à une richesse de couleur instrumentale. Pur, beau, envoûtant !

 Après  l’Oratorio de Noël au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles qui avait soulevé l’enthousiasme ce 20 décembre dernier, voici que  le Collegium Vocale Gent toujours dirigé par Philippe Herreweghe  est de retour sur la scène de la salle Henry le Bœuf. Douze solistes entremêlent leur voix pour interpréter quatre cantates de Bach et un motet de Johann Schelle.  Les quatre  solistes principaux sont  prestigieux et viennent des quatre coins de l’Europe. Dorothée Mields, la soprano allemande spécialisée dans la musique du 17 et 18e siècle, nous revient avec une voix aussi radieuse que juvénile. Un timbre inoubliable et une émotion transparente animent chaque cantate du programme. C’est aussi Damien Guillon, un des contre-ténors les plus talentueux de notre époque, qui apporte sa palette particulière pour transmettre l’esprit de la musique baroque. Il a débuté son apprentissage musical en 1989 à la Maîtrise de Bretagne.  Nourri très jeune du travail qui a été fait par William Christie et Philippe Herreweghe sur la musique ancienne, il nous apporte  la fraîcheur de  sa voix et sa technique musicale affirmée.  Il est par ailleurs aussi organiste, claveciniste et chef d’orchestre… La voix de ténor est celle de Thomas Hobbs, une voix fluide, forte, aux accents de miel qui mobilise le spectateur. Il est né à Exeter. Enfin le conservatoire d’Utrecht et le Conservatorium d’Amsterdam ont formé le talent de Peter Kooij (basse) qui fera une fois de plus merveille  dans ce programme dédié à Bach. Il a l’art d’investir les textes avec ardeur et passion,  la qualité de sa voix faisant vibrer les âmes et les coeurs : « Du bist mein Helfer, Trost und Hort…» (cantate BWV 73)

 

Ces cantates écrites par JS Bach entre 1723 et 1724  présentent une méditation personnelle sur la confiance que le chrétien met dans le Christ qui le met à l’abri de tout danger. La musique est faite pour soutenir un texte spirituel engagé. Textes éphémères qui durent le temps d’un dimanche, mais qui sont nourriture vivante et écho mélodieux dans le cœur de l’homme.   On y retrouve  la piété mystique et  la douceur du fidèle qui s’entretient directement avec Dieu, lui confiant le mal-être qui s’enracine dans ses doutes et lui demandant la grâce d’être sauvé par l’indulgence divine.

Ainsi la cantate BWV 48 se termine par un choral d’une incroyable sérénité : « Dein bleib und will ich bleiben ! »

Seigneur Jésus Christ, ô mon seul réconfort,
Je me tourne vers Toi;
Tu connais bien mon affliction,
Tu peux y mettre un terme, oui, tu y mettras fin.
Qu'il en advienne suivant Ta volonté;
Tien je suis et tien je veux demeurer.

Au centre de l’écrin formé par les 4 cantates de Bach, il y a ce bijou absolu que nous propose Philippe Herreweghe et ses chanteurs : un œuvre délicieuse à 5 voix de Johann Schelle, un prédécesseur de Bach « Komm, Jesu, Komm ». Un coin de paradis.  C’est une  sorte d’a capella, faisceau de sonorités exquises, à peine soutenu par l’orgue seul qui égrène une mélodie pure, légère et gracieuse sur une vérité spirituelle  évidente: «  Weil Jesu ist und bleibt der Wahre Weg zum leben ». Musique lumineuse et victorieuse comme une source d’eau vive.

Mais Philippe Herreweghe se penche sur l’humain, avant toute chose. Ainsi il  n’hésitera pas à redonner en « bis » la phrase poignante au rythme pesant qui décrit la détresse humaine et sert d’ouverture à la splendide cantate BWV 48. Une plainte multiple et entrecroisée des douze choristes exprime tour à tour l’émoi devant « le corps de la mort » qui s’avance, inexorable … et la victoire de l’âme, pourvu que Dieu y mette sa grâce, « Ich, elender Mensch, Wer wird mich erlösen vom Leibe dieses Todes ? » Question rhétorique on le suppose,  puisqu’après tout, Jésus est la réponse.

La cantate BWV 109 concluant le concert était jubilatoire. Elle débutait par un feuilleté lumineux et complexe de toutes les voix qui annoncent le thème : «  Ich glaube, lieber Herr, Hilf meinem Unglauben ! »  Le festin de voix répétait comme une multitude assoiffée de vérité  l’incantation très touchante, jusqu’à ce que l’orchestre prenne la relève. Parfois, les mots viennent à manquer… Les violons seront brûlants d’énergie dans le récitatif. Puis   l’aria du ténor appuyée par le dynamisme passionné des violons exprime toute l’angoisse humaine « Wie wanket mein geägnstigt Herz ! »  Mais la conclusion du choral est joyeuse et festive et les bois exultent. Tout comme le public,  totalement conquis.

http://www.collegiumvocale.com/fr

http://www.bozar.be/activity.php?id=12070&selectiondate=2013-01-29

Lire la suite...

Qui es-tu? Andrée Sodenkamp

Qui es-tu, si différent de moi que parfois je t'oublie? Qui es-tu avec ton orgueil bardé d'acier, tes yeux froids, tes mains chaudes, tes colères? D'où viens-tu?  De quelle maison en ordre, de quel passé sévère, de quelles amours faciles? Quand vais-je te joindre pour ne plus te perdre? T'avoir en moi comme l'hostie, effacer nos frontières de peau, toucher ta bouche et la reconnaître. T'oublier à jamais dans un sommeil mélangé... J'ai perdu des jours et des jours à te poursuivre alors que tu m'étais donné, à t'appeler pendant que tu me parlais. Je suis lasse de Toi, comme d'un chemin qu'on fait les pieds blessés et cependant j'ai faim de Toi, la stupide faim sans nom. Quand t'aurai-je ouvert jusqu'à l'âme? Quand serai-je devenue si faible, si consentante, si donnée que tu ne sauras plus que faire de moi? je suis patiemment, ton ennemi et ton amour, le guet. Es-tu entré une seule fois à l'intérieur de toi-même pour t'y rencontrer,  t'y parler, m'accorder à Toi entre Toi et Toi? Dépêche-toi :  je m'occupe à mourir.

Lire la suite...

Sur un nuage : Tristan et Yseut

 
Voici un nouvel extrait du spectacle que j'ai cosigné (j'ai écris les textes) avec Marielle Vancamp (musique, chant), un site promotionnel bientôt à venir  :D

 « Qu’il est doux à deux de s’aimer
Et que notre amour fusse ou non courtois
Précipité ou de mauvais aloi
Le premier battement de mon cœur
Est à dater de toi

L’amour ici n’est pas à rendre
Un philtre aura suffit pour nous éprendre
Nulle prison je te le dis
Jamais n’eut la beauté de tes yeux
Ni la blondeur de tes cheveux

Je suis d’un pays ménestrel
Qui tisse des liens éternels
Mille ans n’est pas assez
A tes pieds je me dépose

La même histoire toujours recommencée
De toi je suis le pendu éperdu
L'amant indomptable et magnifique
Qui tel un opéra enchanté
A fait de ton cœur sa douce musique

Je me sens Vigne et toi la Rose
Sur ce chemin qu’on nous impose
J’irai jusqu’à lier racines
Pour que notre amour on n’assassine
                                   Pour que notre amour on n’assassine

Je suis d’un pays ménestrel
Qui tisse des liens éternels
Mille ans n’est pas assez
A tes pieds je me dépose

( Tristan et yseut, extrait de « sur un nuage » spectacle musical
parole : pascal Feyaerts
musique, composition et chant : Marielle Vancamp)

Lire la suite...

MIROIRS DE FERNANDO PESSOA -

MIROIRS DE FERNANDO PESSOA

MIROIRS DE FERNANDO PESSOA

 Pessoa est une mauvaise conscience plurielle et monstrueuse : la vôtre, la nôtre. Pessoa est un cri de douleur et un bêlement, un chant très pur et une grimace, un ongle qui raye le tableau où un bon professeur voulait inscrire la sécurisante démonstration de son théorème.
« Une dramaturgie s’efforçant de rendre compte de l’univers de Pessoa se doit de donner une place essentielle à la multiplication du poète en ses principaux hétéronymes. Le sujet est éminemment théâtral, nous place au coeur de l’oeuvre et permet d’en faire miroiter les diverses facettes.
Mais, pour ne pas nous limiter à un simple montage de fragments venus des diverses voix pessoennes, nous avons inventé une articulation narrative qui organise quelque peu le jeu d’échos, de mises en parallèle et mises en opposition qu’il est passionnant de dresser entre Pessoa, Caeiro, Reis, de Campos, Soares, Quaresma, et aussi les grands personnages comme Faust ou le Banquier anarchiste. Cette articulation, nous nous proposons de l’organiser à partir d’une sorte d’enquête, aux aspects ludiques, bien entendu, menée par celui des hétéronymes qui paraît tout désigné à cet effet : le docteur Quaresma, déchiffreur d’intrigues ; car c’est bien à une énigme des plus étranges qu’aura affaire ici ce personnage voué à la rationalité et à l’esprit de déduction : qui est ce singulier Fernando Pessoa qui se fragmente de la sorte en des doubles à la fois si semblables et si différents ?
Et qui, en fin de compte, est-il lui-même, Abilio Quaresma, sinon, comme il le découvrira au terme de son enquête, un double supplémentaire et une créature de Fernando Pessoa ? Entre un Pessoa perdu dans son rêve et Quaresma cherchant à comprendre le pourquoi et le comment du fonctionnement poétique de son interlocuteur se développe ainsi à intervalles réguliers un jeu de questions-réponses et de réparties dessinant peu à peu quelques contours thématiques de cet univers magnifique et si complexe.
Alternent avec cette confrontation, pour prolonger et concrétiser en différents échos ce qui s’y dira, l’apparition des autres hétéronymes, de brefs débats entre eux, ainsi que nombre d’extraits de prose et de poésie, tant des hétéronymes que de Pessoa lui-même : il y avait tant et tant de passages à faire entendre que le choix n’a pu être que douloureux… »

Paul Emond

Miroirs de Fernando Pessoa de Paul Emond

Un spectacle du THEATRE DU SYGNE

au théâtre des Martyrs jusqu'au 9 février

Du 15 janvier au 9 février 2013 Dim 27/01 et 03/02 Je ne suis personne

Je ne peux être personne car je porte tous les rêves du monde « Je ne suis personne » confie Pessoa. Intuition essentielle qui l'amène à écrire sous l'effet « incontrôlable » de multiples dédoublements de sa personnalité (certains spécialistes de l'œuvre en ont compté jusqu'à cent vingt). A plusieurs de ces hétéronymes, il ira jusqu'à attribuer une véritable biographie et fera même de l'un d'entre eux celui qu'il appelle son maître. Ainsi s'organise un formidable théâtre mental où la fiction de ces personnages écrivains devient réalité, tandis que l'auteur Pessoa lui-même se glisse dans l'évanescence d'une vie rêvée (« Je suis, dit-il encore, le personnage d'un roman qui reste à écrire. ») Tout cela se passe à Lisbonne, que le poète a chanté comme nul autre et dont l'évocation constitue souvent le décor imagé du spectacle.

Mise en scène : Elvire Brison Texte : (adaptation d'après l'oeuvre de Pessoa) Paul Emond Distribution: John Dobrynine, Emmanuel Dekoninck, Itsik Elbaz, Idwig Stephane Guitare : Renaud Dardenne Décor : Philippe Hekkers Costumes : Myriam Deldime

12272857496?profile=original

Lire la suite...

Ils furent nombreux les photographes de la ruée vers l'or du Klondike (Yukon, Canada) et le l'Alaska. Mais combien connaissent leurs noms ? d'autant que nombre d'entre eux sont oubliés, leurs clichés éparpillés. Je veux rendre hommage aujourd'hui à deux d'entre-eux, et des plus talentueux. Et loin d'être les plus renommés, mais pour moi les plus fameux. Je veux parler de Case & Draper. Mais patientons un peu...

Le plus connu est certainement Eric A. Hegg, certainement parce que Ethel Anderson Becker lui consacra une monographie, Klondike'98, dès 1949 (chose peu courante un photographe à l'époque), et aussi pour ses cartes postales qui ont beaucoup circulé. Il faut dire qu'il avait du talent, notamment celui d'être toujours là au bon moment, le premier le plus souvent. Et qu'il a laissé dans l'imaginaire collectif la photo la plus célèbre de la ruée vers l'or (cf. mon billet intitulé "La pépite"). Charles Chaplin s'en souviendra...

Citons encore Benjamin W. Kilburn, Benneville L. Singley (les plus productifs, mais pas les moins doués), William H. Rau, Harry C. Barley, Veazie Wilson, Louis H. Pedersen, Joseph Burr Tyrrell, H. J. Goetzman, T. W. Ingersoll, R. Y. Young, Walter Strand, Wolfe, Graves, Griffith & Griffith, Robertson & Darms, Larss & Duclos, George Hicks, Ernest Keir, Wilfred et Ed McDaniel, Frank La Roche ou Asahel Curtis (oui, le frère d'Edward S. Curtis, excellent photographe lui aussi, hélas laissé dans son ombre). Mais je vous fais mariner... (si vous me pressez je pourrais y revenir...)

William H. Case et Herbert H. Draper s'associèrent et travaillèrent dans leur studio de Skagway (Alaska) de 1898 à 1908 et conjointement à Juneau de 1905 à 1907, jusqu'à leur séparation, Draper restant à Skagway jusqu'en 1913 et Case à Juneau jusqu'en 1920, dates de leurs morts respectives.

Oui mais leur travail ?

Case & Draper furent certainement les plus novateurs, les plus modernes, explorant des domaines variés avec un sens du cadrage hors du commun.
Dans leurs vues en extérieur, paysagistes hors pair, ils apportaient souvent un détail, arrière ou avant-plan, qui donne vie à leurs clichés. Une vue du fleuve Yukon avec un esquif passant entre deux rocs les rapides de "Five Fingers", alors que d'autres, je pense à la même prise par Barley, ne faisaient pas vivre le site, ou de simples cabanes de mineurs :

12272864071?profile=originalYukon River (Canada, photo Case & Draper, ca 1900 ; collection L.M)

Pour les intérieurs, froids, mécaniques, désincarnés, comme leur série "Treadwell Gold mines", un sens de la perspective, de la composition, de la lumière, qui en font des oeuvres presque abstraites, "cubistes", qui font penser tant à Vasarely, le père de l'art optique, qu'à M. C. Escher, fou de figures spatiales mathématiques abstraites, à Léger...Intemporel miroir magique mais combien humain ainsi définirai-je leur travail.

12272864670?profile=originalTreadwell mines. Douglas island, Alaska (Etats-Unis, photo Case & Draper, 1906 ; coll. L.M)

Comme on le voit, un photo "industrielle" permet à nos photographes d'exercer leur talent, perspectives, contrastes, lumière, profondeur, offrent une image d'une grande modernité.
Pendant la ruée vers l'or en Alaska, la "Treadwell gold mine" fut la plus grande mine d'or du monde, tournant 24h sur 24. Son propriétaire, John Treadwell (1842-1927), dirigea son activité de 1881 à 1922, employant jusqu'à 2000 personnes.

Enfin et surtout ils furent des ethno-photographes avant l'heure. Bien que réalisées en studio, leurs photos sont loin de maints clichés d'alors où le "sauvage" est montré comme ours en foire ou larron sur toile de fond. Déjà ombres et lumières dessinent les Indiens comme le feraient les grands maîtres du portrait pour des princes de cour (il faudra attendre les célèbres studios Harcourt créés en 1934 pour ainsi mettre en valeur les vedettes avec ce sens du noir et blanc), témoignant d'un respect pour le modèle qui force l'admiration. De plus ces portraits ont une valeur ethnographique incontestable, témoignages uniques des indiens Tlinglit  (ou Thlinkit) au début du vingtième siècle. Je pense notamment aux portraits des chefs Ano-Thlosh ou Cow-Dik-Ney, ou d'autres membres de cette nation, hommes ou femmes, ainsi que les objets de leur quotidien captés comme les objets d'art qu'ils sont, mais perçus alors comme des curiosités incongrues, pris en 1906-1907. C'est là qu'ils rejoignent l'immense Edward Sheriff Curtis (1868-1952), oublié à sa mort, emporté par une crise cardiaque autant que par la fièvre de l'or, mais heureusement redécouvert dans les années 1970.

Sur le vif, ils ont également beaucoup photographié les travailleurs, les gens de peu, les anonymes, mineurs ou pêcheurs, employés ou charpentiers, du Grand Nord.

Dire qu'à ma connaissance aucune monographie, aussi bien en français qu'en anglais, n'existe de ces deux grands noms de la photographie ! Même dans la littérature la plus pointue, consacrée aussi bien à l'histoire de la photographie qu'à la ruée vers l'or du Klondike ou aux Indiens d'Amérique du Nord, on ne les trouve que rarement ne serait-ce que mentionnés (néanmoins certaines photos sont visibles en ligne, notamment sur le site de l'Alaska Historical Collection de l'Alaska State Library).

12272865070?profile=originalLignes de fuite (aéroport d'Abu Dhabi, 2012 ; photo L.M prise en hommage à Case & Draper).

Lansardière Michel

Les photographies proviennent de ma collection personnelle. Je dois néanmoins la photo n°2 à Chantal Roussel qui m'en fit cadeau et que je remercie ici.

Lire la suite...

C’est en 1943 que Saint-Exupéry publie « Le petit prince » à l'adresse des enfants, mais où se mêlent au merveilleux, certains traits de psychologie qui révèlent une connaissance délicate des relations que créent l' amitié et l' amour. Saint-Exupéry n'avait pas accoutumé d'écrire pour des enfants (voir "Vol de nuit", "Terre des hommes", "La citadelle"): "Le petit prince" n'emprunte rien à la littérature spécialement conçue pour les enfants et s'adresse moins à un certain âge qu'à tous les êtres restés, par aptitude, vulnérables, attentifs et voués à une tendre solitude.

Aviateur avant que d'être écrivain, Saint-Exupéry imagine qu'une panne de moteur l'a forcé d'atterrir au Sahara, et qu'à "mille milles de toutes régions habitées" il voit apparaître un garçon d'allure fort singulière, visiblement à l'aise dans cette solitude. L'enfant tout entier a des soucis que l'auteur ne devine pas, se découvre peu à peu et pose des questions grâce auxquelles Saint-Exupéry reconstitue son histoire. Seul habitant d'une planète exiguë dont il ramonait chaque jour les trois volcans, le Petit Prince avait profité pour son évasion d'une migration d'oiseaux sauvages. Il s'y était résolu pour couper court aux tristes discussions, aux malentendus qui l'éloignaient toujours d'avantage d'une rose, dont il était amoureux et à laquelle il avait jusque-là prodigué ses soins. La rose, fière de sa beauté et se croyait unique au monde, entendait le tenir étroitement assujetti à ses moindres caprices. Ce n'était là qu'une attitude de défense, car elle se savait faible. Désemparé, le Petit Prince parcourt successivement six planètes, avant de gagner la Terre. Au cours de ce voyage, dont les détails et l'allure rappellent quelque peu les "Contes" de Voltaire" (mais sans la virulence goguenarde, les traits acérés), le Petit Prince entre en relations avec un roi, un vaniteux, un buveur, une homme d'affaires, un allumeur de réverbères et un géographe. L'activité des uns et des autres lui semble plus ou moins extravagante, et il s'en étonne avec la douceur dont il ne se départit jamais. Enfin, il prend pied sur la Terre, et après de longues pérégrinations, se trouve au milieu d'un jardin fleuri de roses. "Et il se sentit très malheureux", sa fleur lui ayant fait accroire qu'elle était seule de son espèce dans l'univers. C'est alors qu'il rencontra le renard, ou plus exactement le fennec, cet animal aux longues oreilles qui vit dans le désert. La scène la plus émouvante du livre débute alors, scène qui semble l'explication, la clé d'une oeuvre où affleure continûment la nostalgie de l' amitié. Le renard prie le Petit Prince de bien vouloir l'apprivoiser; et il s'explique ainsi: "Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde." -"Je commence à comprendre, dit le Petit Prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé." Hanté par le désir de rejoindre sa planète, le Petit Prince se fera mordre par un serpent venimeux, et s'évanouira dans la nuit, après avoir tant bien que mal consolé l'aviateur qui s'était attaché à ce petit personnage étrange, passionné et tranquille. Les symboles dont ce livre est tissé restent indéchiffrables et il est bon qu'il en soit ainsi. Le style, à la fois alerte et confidentiel, garde au récit cette allure familière des propos tenus à haute voix devant des êtres simples, dont la logique s'accomode de l'imaginaire, et exige toutefois des détails d'une extrême précision.

Lire la suite...

Participez à ce magnifique concours

Cette fois-ci j'insiste, les gens sont tristes. 

Je demande participation pour cette action.

Ce serait mondial, les habitants de la terre entière.
Des millions de participants, une loterie extraordinaire.

Je vois trop souvent, chaque matin.
Des gens exporter en train leurs chagrins.

Il faudrait se dire plus souvent bonjour.
Pour participer à ce grand concours.

N'ayez pas peur de tenir enfin la porte.
A cette personne derrière vous à la poste.

Ce serait bien de se lever un peu plus tôt.
Pour céder sa place assise dans le métro.

Aidez votre prochain comme c'est inscrit.
Encouragez-le souvent, ne restez pas ainsi.

Au nom du Père et du fils et de cette demoiselle.
Je vous salue Marie, exquise, ainsi soit-elle.

Tout le monde gagnerait du respect, de la courtoisie.
De la reconnaissance, des gestes positifs et des sourires.

Nos coeurs chanteraient des mélodies nouvelles.
Retour des hommes et femmes dans les chapelles.

Enfants qui chantent et peuples qui s’entendent à l’unanimité.
Cela demande juste un petit effort, on pourrait tous y gagner.

Un magnifique concours ou le gain final serait Amour et Fraternité.

Lire la suite...

Philippe Jaccottet, l'Entretien des Muses

jaccottet.jpg Philippe_Jaccottet_-1991-_by_Erling_Mandelmann.jpg

 

Philippe Jaccotet, par Erling Mandelmann

 

 

Né le 30 juin 1925 à Moudon, Philippe Jaccottet est un écrivain, poète, critique littéraire et traducteur vaudois.

 

 

"Ce livre est un recueil de chroniques de poésie publiées en revue ou en journal entre 1955 et 1966 (la plupart à La Nouvelle Revue Française ou à la Gazette de Lausanne) ; quelques études et notes inédites les complètent. Elles concernent des oeuvres de poètes français ou suisses-français parues entre 1910 et 1966 (de Claudel à Paul Oster).

 

L'absence de morts illustres (Valéry, Fargue, Artaud, entre beaucoup) et de grands vivants (Aragon, Queneau - mais la liste de ceux qui ont droit à l'attention serait longue) suffira, je l'espère, à faire comprendre que ce livre ne prétend en aucune façon dresser un panorama de ce demi-siècle de poésie. Le fait même de la chronique a voulu que le hasard de l'actualité joue un rôle dans le choix ; le plus souvent, des raisons toutes subjectives en ont décidé.

 

Jamais un livre de poèmes n'aura été pour moi l'objet de connaissance pure : plutôt une porte ouverte, ou entrouverte, quelquefois trop vite refermée, sur plus de réalité. Tout simplement, je n'ai commencé d'écrire ces chroniques que pour avoir été attiré, éclairé, nourri par certaines oeuvres, pour m'être attristé ou indigné de les voir méconnues, pour avoir espéré leur gagner quelques lecteurs. Aussi s'agissait-il moins, pour moi, de bâtir une œuvre critique à leur propos que d'essayer d'ouvrir un chemin dans leur direction, en souhaitant que ce chemin, une fois l’œuvre atteinte, fût oublié.

 

Il se trouve néanmoins qu'à partir de là j'ai aussi été amené tout naturellement à m'interroger sur ce qui, dans telle ou telle de ces œuvres (qui m'avaient toutes, à divers degrés et diverses raisons attiré), me tenait à distance. De sorte que, des lacunes du choix comme du rapport des éloges et des réserves, de l'adhésion et du refus, finit par s'ébaucher une figure (entre plusieurs) de la poésie, figure dont les remarques finales dégagent quelques traits." (Philippe Jaccottet)

 

Philippe Jaccottet nous parle de Paul Claudel, Jules Supervielle, Saint-John Perse, Pierre-Jean Jouve, Pierre Reverdy, Paul Eluard, André Breton, E.-H. Crinisel, Gustave Roud, Henri Michaux, Francis Ponge, Jean Follain, Jean Tardieu, Armen Lubin, Jean Tortel, René Char, Guillevic, Pierre Delisle, Jean Grosjean, Henri Thomas, J.-P. de Dadelsen, Alain Borne, Maurice Chappaz, Anne Perrier, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Michel Deguy et Pierre Oster.

Le titre du livre est emprunté à une pièce de clavecin de Rameau.

Lire la suite...

Clip klebs.

 

Au-delà  du  fumet  de  ce  bon  pot-au-feu,

Qui  s’insinue au  loin,  une  cour  étrange,

Pourchasse un petit chien aux longs poils glutineux,

Et  tâches de couleurs  tirant  sur l’orange.

 

Le monde des dindons court après la frousse,

Qu’il compte lui donner pour ne plus le revoir,

Une  dinde  blanche,  est  devenue  rousse,

Sous les pots de pigments tombés sur son perchoir.

 

De sottises en gâchis les heures sont courtes,

Pour  ce  petit  fripon  avide  de  jouer,

Jamais las ni repu se goinfre de tourtes,

Les jeudis de cuisson qu’il peut déjouer.

 

C’est un petit malin au regard un peu fou,

Qui  court  après  le vent  à  toute  vitesse,

Au rire des enfants  qui  le rende tout-fou,

L’encourageant toujours aux scélératesses.

 

Les fruits sont mûrs sans lui, dont la tête est vide,

Et  sont  tombés  depuis  dans  les  confitures,

Mais son cœur débordant d’affection torride,

A grandi tant et plus qu’en lui tout est droiture.

 

L’automne a ramené, des bois feuilles et boue,

Comme  bain de jeunesse  admit avec humeur,

Par  le  carrelage  des  maîtres  de  gadoue,

Surnom bien mérité dans ses jeux aboyeurs.

 

Crinière  de  cristaux  quand  l’hiver  déboule,

Aux attraits des grands froids et doux flocons fondants,

Les oreilles en sapin, chargés de neige en boules,

Epaisses de glace lui font de lourds pendants.

 

L’avez-vous  reconnu  ce  charmant  coquinou,

Cocker ou bien bâtard il niche dans nos cœurs,

Devine  nos  chagrins,  surgit  sur  nos  genoux,

Nous promène en laisse, indocile et vainqueur.

 

Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.

 

 

Lire la suite...

VOCABULAIRE...

Si sur les mots on veut surfer

Pour affiner notre langage...

Déjà, on pourrait commencer

Par ceux enfuis de nos parages...

Bref, tous ceux qu'on a démodés!

Premier exemple : Lucidité...

Cette lueur dans le regard!

Mais non, il ne faut pas paniquer

Si on le cite, c'est au hasard,

Loin de l'idée de critiquer!

Et puis, un verbe comme : Prévoir!

Là, le regard se fait dément

On n'a pas de temps pour y croire...

Pourquoi pas, en s'organisant?

Il sonnerait comme un espoir!

Naturellement, en vient un autre...

Mais, c'est bien sûr, lui, c'est : Penser!

On a beau faire le bon apôtre...

Celui-là, on ne peut l'éviter,

Obligation de le faire nôtre!

On finira par : Courtoisie...

Et, le regard se fait moqueur!

Pourtant la rime est bien choisie...

Elle pourrait réchauffer les coeurs

En vibrant à nos fantaisies!

J.G.

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles