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Nicéphore Niepce invente la photographie en 1826, sur base de nombreuses recherches qui se font parallèlement sur les propriétés photosensibles de différentes matières, dont principalement l’argent.


La première photo de l’histoire, du moins la première photo permanente, qui ne s’efface pas au fil du temps, date de cette année. Elle a été faite au moyen d’une plaque d’étain enduite de bitume de Judée. Le bitume est sensible à la lumière, il s’oxyde, et les parties non oxydées sont alors solubles dans l’essence de lavande. La prise de vue a duré 8 heures, ce qui explique que les murs de gauche et de droite du bâtiment photographié sont également éclairés.
La photo a été laissée  à Londres par Niepce, chez son hôte le botaniste Francis Bauer qui l’a soigneusement étiquetée et conservée. On la croyait perdue depuis 1898, mais elle a été retrouvée par l’historien de la photographie Helmut Gernsheim en 1952. Elle se trouve depuis à l’université d’Austin (Texas).


Louis Jacques Mandé Daguerrre et Nicéphore Niepce se sont associés, mais la recherche est principalement effectuée par Niepce, qui meurt en 1833. Daguerre continue les recherches avec le neveu de Niepce, et finit par mettre au point son procédé, le daguerréotype, en 1839. Il s’agit d’une plaque de cuivre enduite d’argent, exposée à la lumière puis développées dans des vapeurs de mercure. On obtient ainsi une image unique d’une grande précision, qui sera souvent rehaussée de couleurs par la suite. Le gouvernement achète le brevet contre une pension à vie pour Daguerre et Niepce, et Arago “donne la photographie au monde” lors d’une séance solennelle de  l’Académie des Sciences en août 1839. La même année, l’Anglais Henri Fox Talbot avait mis au point son procédé négatif-positif sur papier, qui permettait donc des tirages multiples, mais donnait une image moins nette et moins nuancée que le daguerréotype. Le temps de pose d’un daguerréotype est au départ de 15 à 20 minutes, mais sera rapidement ramené à quelques secondes, ce qui explique sont essor rapide : en 1847, moins de dix ans plus tard, on vendra à Paris 2.000 appareils et près de 500.000 plaques pour daguerréotypes, en 1853 il y aura 10.000 daguerréotypistes en Amérique, et la photographie sera enseignée à l’Université de Londres dès 1856.


L’évolution la plus importante qui suit est due à l’Anglais Frederick Scott Archer en 1851. Apprenti orfèvre à ses débuts, il fait principalement des portraits sculptés et s’aide de photographies de ses modèles. Il met au point le procédé au collodion humide qui donne un négatif sur verre de très grande qualité et qui sera utilisé pratiquement jusqu’à la fin du siècle malgré la complication de son utilisation. Il faut en effet préparer la solution de collodion, l’étendre sur une plaque de verre, sensibiliser la plaque dans un bain de nitrate d’argent, puis faire la prise de vue et ensuite la développer avec de l’acide gallique ou du sulfate de fer, puis la  fixer au thiosulfate de sodium ou au cyanure de potassium, le tout dans un délai de 15 à 30 minutes selon les conditions ambiantes de température et d’humidité. En effet, un fois sèche, la plaque n’est plus sensible à la lumière.


Le matériel à cette époque est lourd et encombrant, les photographes doivent préparer le plus souvent leurs plaques et leurs papiers eux-mêmes au fur et à mesure des besoins. C’est donc un passe-temps, ou une profession, qui n’est pas accessible au commun des mortels. Les photographes de l’époque sont le plus souvent aisés, sinon fortunés, et ont une bonne connaissance de la chimie.

La guerre de Crimée


En 1854, les Russes passent le Danube et entrent dans l’empire ottoman. Sous un prétexte religieux, une querelle sur la garde des lieux saints de Palestine entre moines franciscains et prêtres orthodoxes, ils veulent en réalité contrôler les détroits du Bosphore et des Dardanelles, ce qui leur ouvrirait ainsi le passage vers la Méditerranée. L’Angleterre et la France volent au secours de la Turquie, leur alliée, pour les mêmes raisons. Le gouvernement britannique souhaite envoyer une mission photographique avec ses soldats, mais les officiers qui doivent s’en charger, trop mal et trop rapidement formés, échouent et le ministère fait appel à la Royal Photographic Society, fondée à Londres en 1853 par Roger Fenton, un photographe déjà très connu, qui a notamment été envoyé en Russie pour photographier la construction d’un pont sur le Dniepr.


Fenton est volontaire. Il obtient un financement conjoint de la Couronne, du Ministère de la Guerre et d’un éditeur. Il fait construire un chariot laboratoire, engage un assistant et un cuisinier, et charge 37 malles de matériel. Arrivé en février 1855 en Crimée, il y restera jusqu’à la fin du mois de juin et prendra 363 photos. Il est obligé de travailler très tôt, au lever du jour, car la température trop élevée fait bouillir ses bains, d’une part, et que, d’autre part, son chariot inquiète les Russes et devient la cible de l’artillerie.


Il est ainsi le premier reporter de guerre de l’histoire de la photographie.  Soit volonté de propagande, soit conception victorienne de ce qui peut ou ne peut pas être montré aux femmes et aux enfants, il ne fera que des photos assez “innocentes” des troupes, de leur campement, des officiers...  il ne faut pas démoraliser le pays. Il évitera de montrer les victimes qui meurent par centaines des suites de leurs blessures ou de maladie (lui-même contractera le choléra, ce qui précipitera son retour). De retour en Angleterre il est célèbre, ses photos sont publiées sous forme d’albums (de tirages originaux) ou reproduites par des gravures sur bois dans la presse. Il est reçut par la reine Victoria qui lui accorde d’apparaître couché en sa présence compte tenu de son affaiblissement provoqué par sa maladie.


La fin de la campagne sera photographiée par Felice Beato et James Robertson, photographes associés qui ont leur studio à Constantinople. Beato, par la suite, accompagnera l’armée britannique en Chine lors de la deuxième Guerre de l’Opium.


Le Grand Tour


Il y a, avant 1885, 250 photographes qui visitent ou travaillent au Moyen-Orient qui est un lieu de destination privilégié par les touristes fortunés d’alors. C’est l’époque où quelqu’un de la bonne société, principalement anglaise mais aussi allemande, et qui en avait les moyens, se devait de faire le “grand tour”, c’est-à-dire un voyage qui le menait de Paris à Rome et la Sicile, puis en Grèce et au Liban, en Syrie, en Palestine, en Egypte, selon l’état de sa fortune et son temps disponible, partout où il y a “quelque chose à voir”.


Tous ne sont pas photographes, loin s’en faut, et donc ils achètent sur place des albums souvenirs. Il y a ainsi de grands studios qui envoient sur le terrain des photographes pour enrichir leur collection de négatifs afin de proposer le choix le plus large possible aux clients potentiels. On peut citer les studios de J. Pascal Sebah et des frères Abdullah à Constantinople ou de Bonfils à Beyrouth qui connaîtront une grande prospérité et deviendront de véritables entreprises internationales.


Francis Frith est un de ces photographes particulièrement doués qui ont travaillé dans ces régions. Anglais, il fait rapidement fortune et se retire des affaires à 34 ans après avoir vendu ses entreprises. Il achète un bateau à vapeur et plusieurs tonnes de matériel, dont une chambre 40x50, une 20x25 et un appareil stéréoscopique, puis embarque pour le Moyen-Orient. Il voyage pendant deux ans en Egypte, Syrie et Palestine, revient en Angleterre avec 450 photos, édite un livre de tirages originaux qui connaît un réel succès puis repart à deux reprises et édite en tout 9 albums de photos de ses voyages. Il crée ainsi progressivement une entreprise prospère qui possédera finalement un million de photographies réalisées, sûrement avec l’aide d’autres photographes dont on a oublié les noms,  à travers l’Europe et la Grande-Bretagne en plus de ses photos du Moyen-Orient.


D’autres photographes entreprenants enregistreront des images qui nous révèlent ce que fut le monde en ces temps qui nous paraissent lointains. Ainsi, Désiré Charnay, maître d’école français parti à la Nouvelle-Orléans qui revient en France pour apprendre la photographie et qui obtient un financement de la part du Ministère de l’instruction publique pour faire un voyage d’exploration dans le Yucatan où il ira photographier les principaux monument précolombiens connus à cette époque, ou les frères Bisson qui tentent l’ascension du mont Blanc avec une équipe de 25 porteurs et réalisent ainsi les premières photos de la Mer de Glace et du sommet en un temps où l’alpinisme est loin de connaître les développements que l’on lui sait maintenant.


D’autres restent dans le confort de leur studio et se consacrent au portrait ou à la photo d’art, comme Henry Peach Robinson, qui combine plusieurs négatifs pour créer des scènes de genre, bien dans l’esprit de son temps, ou Julia Margaret Cameron dont les portraits gardent encore de nos jours tout leur impact, de même que ceux du grand Nadar ou d’Etienne Carjat. Certains enfin, comme Muybridge, se tournent vers une application scientifique de la photographie.


Louis Lumière et la couleur


Louis Lumière est né en 1864 d’un père peintre d’enseignes devenu photographe par la suite. Travaillant au départ comme daguerréotypiste, le père a suivi l’évolution technique du métier et a utilisé le collodion humide puis les plaques sèches au gélatino-bromure. Les fils Lumière ont vite été mis à contribution pour préparer les plaques et, à l’âge de 15 ans, Louis, qui n’est pas satisfait de la qualité des plaques Monckhoven qu’ils utilisent, met au point ses propres négatifs au gélatino-bromure que le père utilise pour ses travaux. Ses confrères sont impressionnés par la qualité des photos obtenues et c’est ainsi que commence la fabrication pour la vente des négatifs Lumière. Le succès vient assez rapidement et l’on passe vite de l’artisanat à l’industrie. En 1885, six ans plus tard donc, 300 ouvriers travaillent dans l’entreprise qui produit 50.000 plaques et 4.000 mètres de papier sensibles par jour. L’usine utilise un wagon de verre chaque jour, elle est devenue la première entreprise de produits photographiques d’Europe. Le père Lumière, gestionnaire fantaisiste, a abandonné à ses fils la direction de l’entreprise et se consacre à la peinture.
À la fin du siècle, les recherches sur la photographie en couleurs en sont encore aux premiers balbutiements, Charles Cros et Louis Ducos du Hauron ont mis au point le procédé trichrome qui démontre la possibilité de capter les couleurs d’un sujet mais n’est quasi pas utilisable hors des conditions d’un laboratoire de recherche. Louis veut simplifier le procédé et le rendre accessible au plus grand nombre. En 1904, après 7 années de recherches, il publie enfin un compte rendu sur le procédé qu’il a mis au point. Voici la description abrégée qu’il en donne :


Si l’on dispose à la surface d’une plaque de verre et sous forme d’une couche unique, mince, un ensemble d’éléments microscopiques, transparents et colorés en rouge-orangé, vert et violet, on peut constater, si les spectres d’absorption de ces éléments et si ces éléments sont en proportions convenables, que la couche ainsi obtenue, examinée par transparence, ne semble pas colorée, cette couche absorbant seulement une fraction de la lumière transmise. Les rayons lumineux traversant les écrans élémentaires orangés, verts et violets reconstitueront, en effet, la lumière blanche, si la somme des surfaces élémentaires pour chaque couleur et l’intensité de la coloration des éléments constitutifs se trouve établie dans des proportions relatives bien déterminées.


Cette couche mince trichrome ainsi formée est ensuite recouverte d’une émulsion sensible panchromatique. Si l’on soumet alors la plaque préparée de la sorte à l’action d’une image colorée, en prenant la précaution de l’exposer par le dos, les rayons lumineux traversent les écrans élémentaires et subissent, suivant leur couleur et suivant les écrans qu’ils rencontrent, une absorption variable. On a ainsi réalisé une sélection qui porte sur des éléments microscopiques et qui permet d’obtenir, après développement et fixage, des images colorées dont les tonalités sont complémentaires de celles de l’original...


La couche mince en question est constituée de grains de  fécule de pomme de terre de 15 millièmes de millimètres et laminées sur la plaque de verre à une pression de 7.000 kg par centimètre carré. Louis Lumière a non seulement conçu le principe de l’Autochrome (c’est le nom qu’il donnera au procédé) mais également conçu et construit tout le matériel nécessaire à sa fabrication. La plaque Autochrome est une diapositive sur verre qui se projette ou s’observe par transparence. Le succès est immédiat et la réussite commerciale viendra rapidement. En 1913 l’usine produit chaque jour 6.000 plaques Autochrome au format 9x12. Par la suite, la fécule de pomme de terre sera remplacée par de la levure de bière, dont les grains plus fins permettront un format plus petit et une plus grande sensibilité, le verre sera remplacé par un support souple récemment découvert, et le procédé sera également appliqué au film de cinéma.
On peut voir à Boulogne-Billancourt, près de Paris, des expositions consacrées à la plus grande collection d’autochromes existant (72.000) au Musée Albert Kahn, un banquier mécène qui envoya des photographes et des cinéastes dans le monde entier entre 1908 et 1929, chargés de constituer ce qu’il appela Les archives de la planète.

Présentation au Photo club de Mons le jeudi 5 mars 2009.

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Les lumières de Turner

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J. M. W. Turner, Le déclin de l'Empire carthaginois, 1817.

Les lumières de Turner

Lumière blanche, formes estompées

Beauté minérale, idéale vibration,

Pureté et pérennité

Impressions suscitées par un

Rai de lumière, coup de vent,

Brume d'automne, cathédrale de blés mûrs

Exaltation des couleurs

Mouvement révélé, pluie, vapeur et

Vitesse, arrivée en gare de La Ciotat

Des siècles de créations pour retrouver

L'innocence des sens et l'essence des mots.

Michel Lansardière

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J. M. W. Turner, Pluie, vapeur, vitesse, 1844.

Illustrations :

1. Le déclin de l'empire de Carthage (1817, détail). Les critiques de l'époque attaquèrent son coloris trop riche et superflu.

2. Pluie, vapeur et vitesse, la grande voie ferrée de l'ouest (1844, détail).

"L'Orient doré ou l'éther couleur d'ambre, la voûte éthérée et les ciels moutonneux de la mi-journée, les vallées resplendissantes, la fertilité rougeoyante des campagnes joyeuses, les arbres chargés des moindres teintes et nuances de la chaleur évidente de l'été, riches, harmonieuses, fidèles et claires, imprégnées de toutes les qualités aériennes du lointain, de lumières aériennes, de couleurs aériennes", William Turner((extrait de "Backgrounds : introduction of architecture and landscapes, 1811).

En hommage à Joseph Mallord William Turner (1775-1851) et au Lorrain (Claude Gellée, 1600-1682, dit Le Lorrain) que Turner admirait tant, et aux frères Lumière (inventeurs du cinématographe et de l'autochrome, la photo couleur).

Dédié à Robert Paul, l'âme et l'animateur (les racines sont les mêmes) d'Arts et lettres, dans le cadre de "La couleur des mots".

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À l’Ombre d’une charmeresse en fleurs,

Diablesse boiteuse aux heures malicieuses

ou

Fiançailles pour rire nimbées d’Eau-de-vie, d’Au-delà…

 

À Jean-Baptiste de Vilmorin

IIème Partie

 

Un Échange galant à fleurets mouchetés

                 Ainsi, chose promise, chose due, voici quelques bribes indiscrètes transposées de l’oralité à l’écrit du

conciliabule que nous avons surpris au cours de notre assoupissement agreste, entre les dénommés Poupoul (alias

le compositeur Francis Poulenc) et Loulou (Louise de Vilmorin) répondant aussi au sobriquet de Loulette,

répliques effectuées du tac au tac, en empruntant un registre d’élocution affranchi des convenances, cela va sans dire,

faconde métissée, un doigt sophistiquée, un doigt « popu », frôlant la gouaille, le bagou des gavroches de faubourgs,

également proche du Nogent sur Marne des guinguettes et des dancings (prononcer dansinges), où il faisait bon aller

s’encanailler le dimanche, intonation et faconde de cette fine et Belle équipe[1] ne pouvant que nous distraire, nous

laisser abasourdis, éblouis, voire subjugués, au fur et à mesure de ce tête-à-tête tenu à bâtons rompus et sans

langue de bois, ce qui constituerait une insulte faite aux arbres, suivant une formule nougaresque[2] :

              Pour lors, c’est au tour de Poupoul chéri d’ouvrir le bal de l’une de ces réceptions sacrées, presque

surnaturelles, gouvernées par une magicienne pleine d’atouts dans son jeu [3]faisant se pâmer les cœurs

aventureux/Qui battent la campagne, soirées se déroulant au désormais légendaire salon bleu du château de

Verrières le Buisson, en cette date culte de vendredi 13, superstition oblige …

            Ce dernier facétieux, s’adresse à Loulou en sourdine, l’invitant d’un clin d’œil de cyclope qui frise, miroir de

leur longue et fructueuse connivence jamais ternie ni démentie, à venir le rejoindre incognito, à la croisée d’une

fenêtre,  et ce, au mépris de toute étiquette ou Règle du jeu[4] préétablie, se moquant, du reste, comme d’une

guigne, de ce que l’honorable assemblée va en déduire :

            « Alors, Madame de Rambouillet[5], que je devrais prononcer Ma Dame,  comment se porte Arthénice,

tandis que le soleil se retire dans ses appartements ?

              Où en êtes-vous de votre « Difficulté d’être » [6]si j’ose dire,  placée sous l’instigation de notre ami

commun de Milly La Forêt[7], cheville ouvrière du groupe des Six ? Bravissimo, chère marquise, décidément vous

parviendrez toujours à me bluffer, à m’ébouriffer le chignon, à me faire écarquillez les quinquets et à me dessécher le

gargotiot (terme typique du patois tourangeau-solognot que m’ont appris les bonnes gens venant vendanger les raisins

des vignes du Grand Coteau sur les terres de Noizay d’un certain « Invité de Touraine [8]»…)

             Grand Dieu ! M’est avis que vous avez une fois de plus, réussi le prodige de prendre dans vos filets du bien

beau linge, ce me semble ! Ah, vous pouvez vous vanter de réunir en ce jour fétiche de trèfle à trois feuilles, la fine fleur

de vos chevaliers servants, preux conquérants conquis par vos appâts, et d’ores et déjà sur les rangs, prêts à

s’entretuer pour que vous leur accordassiez vos faveurs, soit, que vous décerniez à l’un d’entre eux, sinon à l’une

d’entre elles, ne soyons pas sectaires, le suprême privilège de votre cueillaison de fleur voluptueuse, plus que jamais

épanouie !

             Avez-vous la moindre idée du jardinier qui aura la chance d’être élu ? Parmi tous vos favoris en lice, y en a t’il

un qui remporterait vos suffrages, l’un de ces guetteurs mélancoliques[9], auquel il ne vous fera nullement peur de

susurrer à l’esgourde, à l’instar du géant Orson W. de Citizen Kane : «Je t'aimerai toujours d'amour, ce

soir» ?[10]

             Vous opinez du bonnet ? Serait-ce à dire que votre choix drastique est fait depuis belle lurette ? Sapristi, 

dites-moi j’ai la berlue, je deviens presbyte ou quoi ?

            N’est-ce pas près de la table à jeu, en grande discussion serrée serrée, l’immense André, l’auteur de ces

« Chênes qu’on abat [11]» avec le raseur de service, Monsieur l’ambassadeur de Zanzibar tantôt muté au

Kamtchatka  pour y procéder à l’inventaire de la faune marine, lui, l’ancien doctorant spécialiste de la migration des

saumons sous le tsar tatare Boris Godounov, héritier d’Ivan le Terrible, ainsi que de l’évolution des harengs et

flétans en mer Caspienne sous l’empire Soviétique repris aux Japonais, dès 1927 ?

             Et les deux Jean de votre garde rapprochée faisant un brin de causette, le Prince frivole au gardénia

arboré en boutonnière, l’écrivain de la Voix Humaine et de la Dame de Monte-Carlo avec le page enlumineur

Hugo[12],devenu pour votre chair d’âme mêlée[13], un Bel indifférent au gré de vos humoresques amoureuses, de

vos Métamorphoses, se creusent-ils les méninges en faisant revivre l’heure de leur rencontre, deux ans avant que ne

soient déclarées les hostilités de cette boucherie de première guerre mondiale ; correspondant à l’heure de mes

quinze ans et celle marquant les douze printemps de Loulette …L’âge, ma foi, où ma Louison-Louisette innocente,

ne savait pas encore lire, mais qui n’en avait pas pour autant été délaissée dans son initiation aux Belles-lettres…

 

             Mais laissons là, je vous prie, la suite de votre brochette de convives, mes adorables et talentueux confrères, 

plus frères que C., les Georges Van Parys, Georges Auric, Jean-Michel Damase, le chorégraphe de génie

Roland Petit et son égérie Zizi Jeanmaire, le peintre Bernard Buffet, le romancier Rogier Nimier, le poète-

éditeur Pierre Seghers, les diplomates Duff et Diana Cooper, l’Abbé Mugnier, et autres belles huiles

taquinant elles aussi la muse et gagnées à votre cause telles Edmonde Charles-Roux voyant en vous une

réincarnation de Louise Labé, Marthe Bibesco, ou bien encore Jeanne Lanvin, la subtile créatrice de la Maison

Lanvin lançant avant Mademoiselle Chanel, la vogue du noir, le "chic ultime", le bleu Lanvin, le rose Polignac en

hommage à sa fille, Marie-Blanche, ou bien le vert Vélasquez.

            À propos de notre paire d’amis-mécènes, hôtes munificents de Kerbastic, les Polignac, vous n’êtes pas

sans ignorée que c’est ici même, en Août 1943, que notre regretté Jean devait entendre pour la dernière fois la trinité

de mes mélodies intitulées Métamorphoses, sur des poésies dont vous aviez bien voulu me gratifier, répondant à ma

« commande » depuis leur manoir breton où vous séjourniez en Novembre 36…Et bien, figurez-vous, ma Lolotte, que

je ne suis pas peu fier, d’avoir été le premier à flairer vos aptitudes prosodiques et à vous encourager à les développer !

Finalement, vous m’êtes un chouya redevable de votre titre de poète, nananère !!! 

           Volontiers attendri, il s’interrompt pour conclure par une pirouette en disant long sur sa déférence à l’endroit de

la dite Loulou, abandonnant au passage le mode «  majeur » de sa tournure de langage, au profit du mode « mineur »

impliquant une familiarité avec la maitresse de céans :

           « Ah, c’que j’aurai aimé te connaître, ma biche Laurencin, à l’époque de ta candeur de lys au bouton à peine

éclos ! C’que tu d’vais être drôlement chou, bat, extra, trognon, au temps de ta communion !!! Une véritable icône

angélique ? Une mignonette Poucette, joliette, croquignolette, pas grand-chose à voir avec la P’tite Fadette, non ?»

            Poupoule alors, esquisse un doux souris… mi narquois, mi troublé.

            « Mais revenons aux choses sérieuses du  péché véniel se dessinant sur fond de clair de lune ; vers lequel,

friponne, de ces bellâtres vont volés tes soupirs ? Allez, crache-moi le morceau, soit chic, ma colombe, ma poulette,

ma crevette, promis, juré, Jean Chalon n’en saura rien, tous restera, comme de bien entendu, entre nous, ma

Loulette chérie, car je brûle d’apprendre qui parmi ce cénacle apollinien vas-tu désigner afin de t’entendre conter

fleurette, le temps d’un béguin, ma chère Maliciôse, graciôse, astuciôse ? Toi qui n’aime rien tant qu’être Sainte-

Unefois[14], laissant ainsi un souvenir impérissable au cœur de l’amant sacré roi en nocturne par l’horloge vespérale, 

toi qui pourrait faire tienne la formule de Nathalie Clifford Barney : En amour, je n’aime que les

commencements !

             Quel duel se profile à l’horizon ? Qui du Comte d'Artois ou du Burt Lancaster frenchy de la Nouvelle

vague va te remettre son cœur de supplicié, à moins que ce ne soit un irrésistible rhapsode Tzigane à la Chagall,

qui, de sa viole d’amour, te distillera ses sortilèges, ou à défaut, un baryton martin ténorisant qui raflera la mise de

l’audition, afin d’être engagé illico presto, prestissimo, prestississimo, pour un récital privatif d’une fantaisie à quatre

mains, d’un cycle badin, badin, badin des Chansons gaillardes[15] !

            Bigre ! S’il m’était permis de glisser au vainqueur de ce prix honorifique un seul conseil, je lui soufflerais au

creux de l’oreille, que j’imagine rudement belle, ceci : « chanceux lauréat de ce terrible concours remporté haut la

main, grâce aux vibratos sortant des cordes de ton archet aux accents méconnus [16]ou aux perles jaillissant de tes

lèvres, bref, par le mérite unique de ton éloquence sans rivale, laisse-moi néanmoins t’instruire avant que tu entonnes,

suffisant, maints Hosannas, à défaut, pour paraphraser Julien Green, d’allélouyer à l’infini, tels tes comparses

célébrant le dogme du Môa …

           Oui-da ! Sois brillant, sort le grand jeu, À l'étape, épate-la ! En considération de quoi, ayant gagné tes

galons, à la force du poignet et de ton gosier cocasse, Ami, peut-être pourras-tu un jour, te prévaloir de définir notre

insaisissable hôtesse, éternelle Fiancée pour rire, prétendant l’avoir bien connue, lui déclarant : Voilà, c’est ton

portrait, C’est ainsi que tu es !!!

 

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                  Laquelle Maliciôse ou dite Louise la Magnifique, affublée du titre envié de Marquise de Rambouillet-

Verrières, promulguée dernière grande Causeuse, brillante conversationniste devant l’Éternel, ne songe qu’à

accaparer de nouveau la parole, et, s’exclame mutine, ne protestant que pour la forme :

                Oh, Francis Ier de mes Amours poétiques abracadabrantesques, éternel fiancé, père de mes enfants 

chéris immortels, nés sous le signe du lyrisme, en plein front populaire, je suis bien aise, je t’assure, que tu cesses

ce voussoiement grotesque, tout ce cortège de civilités plein d’une pompe qui me donne de l’urticaire comme la Truite,

non pas de Schubert, mais celle croquée par Francis Blanche, le miniaturiste haut en couleurs !

               Morbleu ! Je n’ai pas l’emploi de cette Chochotte de Philaminte et ne te distribuerai pas davantage dans

le rôle du Trissotin des Femmes savantes ! Et puis tu ne crois pas si bien dire en me titillant, méchant taquin… Ne

sais tu donc pas, toi mon frère spirituel, mon bien-aimé avec lequel je me suis unie, artistiquement s’entend, pour le

meilleur, jamais pour le pire, contrairement à cette « vénérable » institution que représente le mariage, combien il est

parfois douloureux à ta Lolotte, lotte à l’Américaine, de porter un masque de convenances, pour engendrer le fruit

de ses entrailles ? C’est bien simple, tiens, s’il m’était offert l’opportunité de changer d’peau, à la façon des serpents

lors de leur mue biologique, j’dirais banco, on y va dare-dare !

              T’as pas idée, mon poulet chéri, tiens, à c’te heure du crépuscule, combien mon personnage m'ennuie, il

me fait éclater en sanglots, à tel point, que c’en est à s’plier en quatre de rire ! D’ailleurs, c’est bien simple, fait

excuse à ma franchise, mais je ne suis à Verrières que par la présence de mes abattis, la mélancolie du soleil

couchant, mon spleen frénétique verlainien de dame à voile aimant à renverser la vapeur, m’entrainant

inexorablement vers des épisodes fastueux d’aimeuse à la Colette, hors des frontières de France et de Navarre :

Tiens, c’est bien simple, à la minute où j’te cause, je m’éclipse mentalement incognito ; mon ombre est en train de

cueillir l’ombre des fraises que je goûtais naguère en Slovaquie chez mon Pálffy au sang bleu de Hongrois, dans sa

gentilhommière de Pudmerice, au cœur des Carpates !

             Que veux- tu, je ne puis être fidèle, même en pensée, surtout en pensées, à l’heure où les lois se

taisent[17], c’est là de surcroit, où je suis la plus inconstante puisqu’il me faut m’évader en permanence de ce qui

m’entraine vers le prosaïque ! C’est ni plus ni moins viscéral ! Mais, chut, motus et bouche cousue, taisons le mieux

possible mon tendre drame, ce secret de polichinelle mamzelle, qui tente de dissimuler ce mal de vivre ; ben, oui !

J’admets qu’il m’est très, très difficile d’avoir des souvenirs sans en souffrir ! J’suis exactement dans la disposition

d’humeur d’irritation nerveuse de Diderot, que d’aucuns nomment hyperesthésie, lorsqu’il fait part à Mademoiselle

Voland, par le biais de leur correspondance, de son immense nostalgie :

            Connaissez-vous le spleen, ou vapeurs anglaises ? Interroge ce dernier !

              V’là la raison qui m’ébranle et qui fait que mon chef m’entraine fréquemment à délirer… à nourrir force

contradictions, car concernant ma pomme, il ne faut plus parler de dualité, c’est bien trop insuffisant ! Comme

l’énonçait le bon Alfred, celui de la Mort du Loup[17 bis],  naturellement :

              « Je ne suis pas toujours de mon avis ! »

              C’est ainsi que les contrastes de l’existence nous environnent, que la tourmente vient balayer quelques

instants sereins, qu’une Romance sans parole verlainienne, vient tout ravager sur son passage, rompant l’équilibre

si difficilement atteint, semblablement au tableau réalisé d’une main de maitre par la Belle Cordière Lyonnoise : 

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;

J'ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m'est et trop molle et trop dure.

J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;

Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine,

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.[18]

 

               Ah, non, ne te fends pas la pêche, je t’en conjure, ou bien je vais faire une vraie figure d’omelette, et aux

fines herbes encore. Elle n’est pas juste mon analyse succincte de ma fiole ? Toi qui m’fréquentes assidument

depuis une coupe d’années, t’es bien placé pour épouser ma version, non ? Je suis ce que je dis et suis tout mon

contraire…

              En vertu de ce fait, à un inconnu qui me solliciterait pour que je lui brosse un portrait à peu près

ressemblant, je me référencerai à la supplique pressante de la Neige qui brûle, alias la Fée d’Auxerre, la

poétesse Marie Noël, qui mettait son lecteur au défi en l’enjoignant de ne pas se fier à la mine douce de sa

physionomie, afin de se hasarder à une approche de sa personnalité complexe, autant ardente que frileuse, hardie

que sauvage :

Connais-moi si tu peux, ô passant, connais-moi !

Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire : […]

Je suis et ne suis pas telle qu'en apparence :

Calme comme un grand lac où reposent les cieux,

 Si calme qu'en plongeant tout au fond de mes yeux,

Tu te verras en leur fidèle transparence...

Si calme, ô voyageur... Et si folle pourtant !

Flamme errante, fétu, petite feuille morte

Qui court, danse, tournoie et que la vie emporte

Je ne sais où mêlée aux vains chemins du vent. […]

Connais-moi! Connais-moi! Ce que j'ai dit, le suis-je?

Ce que j'ai dit est faux- Et pourtant c'était vrai !

L'air que j'ai dans le cœur est-il triste ou bien gai ?

Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?... Le puis-je  ?... […]

Tu le sauras si rien qu'un seul instant tu m'aimes.

 

                  Oui, da, V’là ma confession ! Que veux-tu, mon bellot, j’ai pour péché mignon, le tort, le très grand tort

de privilégier en priorité ceux qui m’gobent dans mon entité, sans effectuer de tri sélectif…

                  Bon, c’est pas avec toi, que je vais faire ma mijaurée, il est vrai que j’aime que l’on m’aime, Paroles

de Prévert à l’appui (Je suis comme je suis/Je suis faite comme ça/ J’aime celui qui m'aime/Est-ce ma faute

à moi/Si ce n’est pas le même/Que j’aime chaque fois ?) tout comme, afin de me ressourcer des phases où je

broie du noir, j’aime à me divertir, par protection élémentaire, instinct de sauvegarde, pour mieux me ressaisir des

moments de tempête succédant aux Adieux …Préfigurant la désincarnation de mon enveloppe charnelle, je

m’applique alors à méditer : Mes doigts tant de fois égarés/Sont joints en attitude sainte/Appuyés au creux de

mes plaintes/Au nœud de mon cœur arrêté.[19]

                 Tu vois, finalement on est presque des jumeaux, mon poupoule ! L’un et l’autre, nous balançons entre

sourire et tristesse, langueur des sens, humour et blessure. Par esprit de parade, de délicatesse envers autrui,

nous associons l’autodérision à la plus grande mélancolie, en attendant l’heure de la guérison, mais hélas, les

teintes pastel ne parviennent pas toujours à conjurer la grisaille résultante de nos intrigues initiées par le malin putto

muni de son carquois[20], nous décochant ça et là ses fléchettes empoisonnées, hautement toxiques, comme le

vénéneux Datura

                 Mais dis donc, au fait, toi, tu n’manques pas de toupet ! Tu restes muet comme la Carpe de ton

Bestiaire[21], au sujet de la foudre qui a dernièrement, frappé ta chère personne, t’ingéniant à nous tenir au secret de

ta dernière conquête d’incorrigible Casanova ! Si, si, j’insiste, un vrai bourreau de cœurs en bois tendre, que tu

représentes !

                J’ai beau te menacer de cruels sévices, des pires rétorsions, bernique et rintintin, rien de rien, le mystère

complet ! Pas moyen de t’faire dégoiser quoi que ce soit !

                Pas le plus petit indice pour nous mettre sur la voie, pour que l’on puise se consoler, nous réchauffer le

cœur en s’persuadant de ta félicité !!!

                Allons, crache donc le morceau, avec qui me trompes-tu, impie ?

                Tu dis ? J’ai sciemment éludé ton questionnaire au sujet de l’élection de mon page favori destiné à

rafraichir ou a contrario, à réchauffer ma nuitée ? Mais, voyons, cher Francis, quelle que soit notre franche et saine

complicité, ne t’attends pas à un scoop, fidèle autant que faire se peut à ma devise de prédilection signée Spinoza,

que je m’évertue aujourd’hui à appliquer :

                L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone !

                Ne sais-tu pas combien je répugne à me livrer à une flopée de révélations croustillantes appartenant au

genre de la presse à scandales friande en anecdotes palpitantes, secret d’alcôve en prime, touchant aux célébrités ?

Regarde un peu ce que la malheureuse Marias Callas a dû endurer comme persécutions à cause de ses rapaces et

autres oiseaux de mauvais augure de paparazzi… Et encore, ce n’est guère louangeur à l’égard de nos Amies les

bêtes chères à Colette !!! Ah, pour sûr que si ces satanés corbeaux avaient eu affaire à mi, ils se le seraient tenus

pour dit : j’aurais eu tôt fait de les renvoyer aux calendes grecques ou de leur dire d’aller se faire voir à la Sainte

Ménéhoulde, la chouchoute des Mamelles de Tirésias[21bis] d’Apo…llinaire !

 

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                De plus, bien que je ne me considère pas encore tout à fait comme une antiquité, n’exagérons rien, étant

donné que j’en suis à la fleur de mon âge… de dame déjà morte, il faut malgré tout tenir compte du fait que je

commence à dater, même si en prenant de la bouteille, je suis comme le bon vin, que mon égo peut se flatter de bien

vieillir, la réalité, à travers ma vitalité décroissante, sans parler de mon face à main qui aurait tendance à me faire la

grimace, me rappelle à l’ordre tous les jours ouvrables de la semaine, jour du Seigneur compris !

             Ah, quoi, tu glousses sacripant ?

             Tu n’vas pas nous faire le coup de la poule couasse, hein mon biquet ! Et v’lan dans l’œil ! Non,

sérieusement, ne crois-tu pas que la carrière amoureuse de bibi touche enfin à son terme et que la sagesse, cette

auguste conseillère, me prescrit de renoncer à toute ces folies d’antan, qui ne sont plus de mon millésime, me

recommandant dorénavant de m’consacrer en exclusivité à mon homme, soit, de bichonner aux p’tits oignons, mon  

Dédé, non pas celui de Christiné-Willemetz, celui de la Condition humaine, de l’Espoir[22], pardi, et ce, en

dégustant goulûment chaque seconde volée à ce gredin de sort, avant que mon cadavre devienne doux comme un

gant, un gant de peau glacée[22 bis]!!!

              Comment j’suis macabre ? Ah non, je proteste vigoureusement ! Crue et pragmatique, oui da ! Car quoi,

nous ne pouvons être dupes que la grande faulx en robe de moire peut frapper aux heurtoirs du logis de nos

maisonnées quand il lui sied ! Alors tu comprends…

              La bonne dame de Verrières interrompt une fraction de seconde son propos, puis, après son ellipse, conclue sans équivoque possible :

              Désormais, je ne suis plus Louise de Vilmorin, je suis Marilyn Malraux [23]! Je t’adresse donc, en

l’occurrence cette requête des plus officieuses revêtant une tournure solennelle : entre-nous, tiens-toi le pour dit,

Poupoul chéri, plus jamais d’interrogatoire à perdre haleine, non plus jamais !!! Épargne mon amour propre de cœur

à lendemains !!!

             Désormais, mon palpitant va s’embourgeoiser, mon cœur en forme de fraise qui s’offrait à l’amour

comme un fruit inconnu[23 bis] rimera avec défendu !

             Je vais me tenir à carreaux, qu’on se le tienne pour dit !

             Oh, non, sois obligeant, au nom de notre vieille amitié, fait disparaitre ce rictus frondeur méphistophélique et,

en lieu et place, dessine-moi un beau sourire angélique !

             Tel est mon bon plaisir : de l’Eau-de-Vie  à l’Au-delà !

             Pour ce faire et ne pas flancher jusqu’à l’heure de mon dernier soupir, c’est à dire que je tâche de respecter

cette ferme résolution émérite au plus près, en choisissant de ne pas me trahir, du moins plus que je me le suis

promis, je compte faire appel à un corps d’élite spécialisé assigné à la périlleuse mission de me défendre des

téméraires corps à corps, l’adjurant de redoubler de vigilance avec la Maliciôse, en chemise de jour comme de nuit,

bref, qu’il ne s’endorme pas sur ses lauriers nobles d’Apollon, afin de la prémunir des garçons de contes de

fée[24] rôdant autour de son châssis :

Officiers de la garde blanche,

Gardez-là de certaines pensées la nuit

 

Amen !

 

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Valériane d’Alizée, Le 5 Juillet 2012,

nouvelle écrite à l'origine pour un concours littéraire,

Version modifiée le 15 Février 2013,

En l’honneur du dédicataire de la nouvelle, Jean-Baptiste de Vilmorin

 

 

Références iconographiques :


1. Premier cliché photographique (auteur inconnu) : Louise de Vilmorin vers ses vingt deux ans, au temps de ses fiançailles avec Antoine de Saint Exupéry...

2. Tableau d’Henri le Sidaner : "La balustrade de  la porte de la terrasse"

3. Deuxième cliché de source non identifiée : Louise de Vilmorin à l'époque de Madame de...

4. Portrait de Louise de Vilmorin par le peintre Mac Avoy

5. Dessin d'un trèfle à quatre feuilles au langage symbolique (évocation de ses frères) de Louise de Vilmorin daté de Verrières du Lundi 15 février 1960


[1] : Emprunt d’un titre de Comédie dramatique cinématographique de Julien Duvivier  datant de 1936, tournée en plein Front populaire.

[2] : En référence à Claude Nougaro auteur du texte « La Langue de Bois » tiré de l’album « Embarquement immédiat » ; http://fr.lyrics-copy.com/claude-nougaro/la-langue-de-bois.htm

[3] : Jeu de mots sur un poème de Louise de Vilmorin « J’ai la toux dans mon jeu » issu du recueil les «"Fiançailles pour rire », 1939 ; http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/j%E2%80%99ai-la-toux-dans-mon-jeu

[4] : Évocation du chef d’œuvre de Jean Renoir, « drame gai » ou « fantaisie dramatique » selon une définition du réalisateur sorti en 1939, nommé par François Truffaut : « le credo des cinéphiles, le film des films ».

[5] : Surnom donné à Louise de Vilmorin en raison de son rôle similaire avec l’illustre personnage d’exception, la Marquise de Rambouillet qui en précurseur, amateur éclairé d’arts, tint un salon littéraire influent dans son hôtel parisien, cercle faisant la part belle aux dames…

[6] : Titre de l’essai de Jean Cocteau, 1947, dont une chronique du Nouvel Observateur au sujet de la biographie de Françoise Wagener, « Je suis née inconsolable » affirme qu’il aurait été rédigé au château de Verrières le Buisson, alors l’hôte prétendu de Louise de Vilmorin.

[7] : Allusion à Jean Cocteau résidant dans cette contrée d’Ile de France dès 1947 jusqu’à ses jours ultimes…en faisant l’acquisition du logis dit du Gouverneur ou du Bailli, Depuis 2010, ce haut lieu riche de l’univers du poète, est devenu un musée ; http://inspirationsdeco.blogspot.fr/2012/07/la-maison-de-jean-cocteau-milly-la-foret.html et http://maisoncocteau.net/ ; sans oublier sa « dernière demeure », la Chapelle Saint Blaise enluminée de fleurs de simples, grandiose herbier géant, source de poésie, signée de cet artiste exceptionnel protéiforme…

[8] : Francis Poulenc, se revendiquait Parisien pur jus, et déclarait, que franchi l’enceinte de sa propriété ligérienne située au cœur du cépage de Vouvray, il n’était donc « qu’un Invité en Touraine » (Entretiens avec Claude Rostand, 1954)

[9] : En référence au recueil posthume publié en 1952 de Guillaume Apollinaire, « le Guetteur Mélancolique » dont l’introduction suivre nous offre la tonalité d’ensemble de l’ouvrage : « Et toi mon cœur pourquoi bas-tu/Comme un guetteur mélancolique/J’observe la nuit et la mort »

[10] : Citation due à la plume de Louise de Vimorin, caractéristique de son esprit

[11] :Allusion à la personnalité d’André Malraux, auteur des « Chênes qu'on abat », 1971, (titre tiré d’une citation de Victor Hugo), entretien transcrit sous forme de « dialogue » par l’auteur avec le Général de Gaulle, alors retiré à Colombey-les-Deux-Églises.

[12] : Évocation de deux figures intimes de la dame de Verrières, Jean Cocteau et Jean Hugo, le dernier n’ayant certes pas épousé la philosophie de Platon auprès de notre enchanteresse…

[13] : Détournement d’un poème de Louise de Vilmorin, provenant du recueil « Le Sable du Sablier », 1945, pour lequel Francis Poulenc, hormis deux vers évincés, ceux de la première strophe, composa une mélodie faisant partie du « cycle »de trois pièces, intitulé « Métamorphoses ».

[14] : Sainte Unefois (premier roman publié en 1934 chez Gallimard dont André Malraux avait porté le manuscrit) et « L’Heure Maliciôse »  (Recueil poétique de 1967) sont des œuvres de « La Diablesse Boiteuse »

[15] : Cycle de huit mélodies pour chant et piano de Francis Poulenc, 1925-26, de veine plutôt « leste », d’après des textes anonymes du XVIIème ; ce cycle fut créé en concert le 2 mai 1926, salle des Agriculteurs à Paris, par Pierre Bernac, baryton de 26 ans quasi inconnu, et Francis Poulenc, son ainé d’un an, au piano, scellant ici les prémices d’un compagnonnage futur se déroulant de 1934 à 1959.   

[16] : Évocation de la pièce poétique « Violon » tirée des « Fiançailles pour rire », 1939, et dont l’ami « Poupoul » choisi  de faire figurer aux côtés de quatre autres poèmes en faveur de son cycle homonyme.

[17] : vers issu de « Violon », op.cit

[17 bis] : Évocation de la figure d’Alfred de Vigny, l’auteur de ce célèbre poème.

[18] : Sonnet de Louise Labé dite la « Belle Cordière », poétesse appartenant à l’époque de la Renaissance, érudite, également initiée aux plaisirs de la musique (elle jouait admirablement du luth, dit-on) tenant salon en la bonne ville de Lyon.

[19] : Citation de vers extraite du poème de Louise de Vilmorin, « Mon Cadavre est doux comme un gant » (« Les Fiançailles pour rire)

[20] : Allusion à Cupidon, Dieu de l’amour, fils de Vénus,  le pendant de l’Éros des Grecs…

[21] : En référence au cycle de mélodies pour chant et piano de Francis Poulenc , « le Bestiaire ou Cortège d’Orphée », 1918, sur des textes éponymes de courte structure signés Guillaume Apollinaire .

[21bis] : Les Mamelles de Tirésias est un drame « surréaliste » (Terme inventé par Pierre Albert-Birot pour la circonstance signant la mise en scène) œuvre loufoque en deux actes et un prologue de Guillaume Apollinaire dont la création eut  lieu en 1917 et que Francis Poulenc se fit une joie d’adapter en « Opéra-bouffe », l’année 1947, conservant à cette dernière tout son esprit…

[22] : Titres d’ouvrages faisant allusion à André Malraux.

[22 bis] : Citation provenant du poème « Mon cadavre est doux comme un gant » de Louise de Vilmorin, corpus « Les Fiançailles pour rire ».

[23] : Bon mot de la Dame de Verrières  résumant son ressenti à propos de ce qu’elle vit chez elle auprès d’André Malraux, ou plutôt de ce que la chronique de Jean Chalon témoigne, en vertu de leur relation : se reporter à l’article suivant : « j’ai vu Louise de Vilmorin, devenir Marylin Malraux » : http://www.parismatch.com/Culture-Match/Livres/Actu/J-ai-vu-Louise-de-Vilmorin-devenir-Marilyn-Malraux-.-Par-Jean-Chalon-214586/

[23 bis] : Vers extrait de « Violon » in « les Fiançailles pour rire », tout comme « Eau de vie, Au-delà »…

[24 : En référence au poème de Louise de Vilmorin, « le Garçon de Liège in les « Fiançailles pour rire » ; idem pour « Officiers de la garde blanche »…

 

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Indignez-vous! Réagissez!

 

Propos

 

À quelle époque vivons-nous? Les crimes y abondent,

On en a chaque jour la preuve sur les ondes.

Spectateurs atterrés on essaie d'oublier,

Heureux de n'être pas aux victimes liés.

Des hommes vaniteux s'égarent quelques fois.

Exaltés, éprouvant de fabuleux émois,

Ils peuvent se laisser guider vers un abîme,

Par l'envoûtante voix d'un être maléfique.

Une femme cruelle a fait un sombre aveu

Disant avoir séduit et fabulé par jeu.

Tromperie odieuse n'étant pas que ludique,

Mais ayant une fin paraissant diabolique.

On sait que le scandale fascine ou divertit.

Le public, à l'écoute, en est vite averti.

L'intrigante eut l'idée de donner en pâture

Son crédule amoureux, bien plus grand que nature.

Son héros mis en scène est ridiculisé.

Stupéfait, écoeuré, mais non paralysé.

L'ouvrage crapuleux a été mis en vente,

Il pourrait rapporter à la dame une rente.

28 février 2013

 

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Transparence de nos essences

Recherches permanentes dans cet espace remplit d’impermanences
Ou le temps dissous les bribes de nos pensées parcours semés d’une multitude

Tout se confond le passé, le présent l’instant et un futur qui n’est pas.
Se construire dans un espace ou tu n’es pas…

Donner un sens à ma vie lui accorder toute ma conscience
Traverser ce monde pour en apprendre les silences
Danser dans cette cathédrale qui m’habite m’unir de ce silence

Me remplir de toutes ces vibrations inscrites dans l’invisible
Le silence est d’or emplit de tous les sages
Et dans l’attente de cette entente je le reçois comme un don
La lumière qui mût mon âme en ces terres de repos

Lô.

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VIVRE AVEC...

Avec un grand désir d'accomplir des miracles

Et le constat frustrant de bien trop de débâcles!

Avec beaucoup de pudeur et de discernement

Et puis aussi la peur de se perdre dans l'instant!

Avec une certaine force et tellement de faiblesse...

Et cet amour manquant dont on crie la joliesse!

Avec l'envie de vivre et puis le désespoir...

Et tout ce qui chemine et qu'on ne veut pas voir!

Avec sérénité qu'on cherche à tout moment

Aussi la rage qui prend à tout ce qui nous ment!

Avec toujours en nous, ce besoin de tendresse

Et puis celui si fou de croire en des promesses!

Avec tant de courage puisé au fond du coeur...

Aussi l'envie puissante d'encore croire au bonheur!

Avec un regard d'enfant, qui découvrant le monde...

Se demande pourquoi sa joie est vagabonde?

Avec devenu adulte, le regret lancinant...

De n'avoir pas assez musardé dans le vent!

J.G.

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administrateur théâtres

la foire du Livre 2013, du 7 au 11 mars à Tour et Taxis

Face à la montée en puissance d’internet et de tous les moyens de communication modernes, la lecture de livres a-t-elle encore un avenir ?  La réponse massive est 100 fois OUI!

OUFFFFF !   F... comme Foire du Livre! Edition 2013

Pour sa 43e édition

La Foire du Livre a pris comme thème «Ecrits

meurtriers ». Il s’agit évidemment d’un genre

littéraire qui a ses lettres de noblesse et un public

exigeant.

« Du roman policier à la vague du

polar nordique, du thriller psychologique au polarmétaphysique, le roman noir s’invite à la Foire. Au-delà

du prétendu genre, ce thème invite à la

rencontre des écrivains qui disent les blessures du

monde, scrutent les cicatrices de l’histoire et

questionnent les énigmes qui nous tourmentent. Une

affiche internationale exceptionnelle ! Avec Philippe

Kerr, Joël Dicker, Thomas H. Cook, Douglas

Kennedy, Percival Evrett…

Il y a aussi les tourments de la quête identitaire proposant ainsi deux déclinaisons aux Ecrits Meurtriers : les

‘Ecrits meurtris’ et les ‘Ecrits des meurtrissures’.

L’écriture  n'est-t-elle pas  ‘salvatrice’ et remède vital. Avec Amin Maalouf, David Grossman, Scholastique

Mukasonga, Ron Rash, Mathias Enard,… »

Après l’Italie l’an dernier, ce sera l’Espagne qui sera mise à l’honneur. Un grand pays dont laproduction littéraire est toujours attachante malgré une crise économique épouvantable qui balaiela péninsule ibérique.

Venez voir aussi la rénovation des quartiers dédiés à la BD avecl’Imaginarium BD, un espace de plus de 600 m qui accueillera tous les amateurs… et ils sont nombreux ! Autotal, 1.000 auteurs et illustrateurs ainsi que 1.400 éditeurs rencontreront 70.000 visiteurs !

Et enfin, pour les amateurs de plaisirs gourmands, un immense  espace leur estréservé: Au menu, des livres de gastronomie et de cuisine, le tout agrémenté de démonstrations, de rencontres

et de dégustations.« Foire du Livre de Bruxelles », du 7 au 11 mars à Tour et Taxis, 1000

Bruxelles. Renseignements :

www.flb.be

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L'exil

J’ai reçu ta lettre ma mère
C’était le mois d’avril
Je lisais tes mots à haute voix
Sur les trottoirs d’horizon
Et sur l’ample ciel

En fait, j’étais en exil
Et seuls tes mots
Me tenaient compagnie
Je pensais à toi,
Et au livre dans lequel,
Tu m’as appris ton patois

Je le porte encore dans mon cœur
Et je l’ai appris par cœur

Est-ce vrai que ;
Le chagrin est le linceul des exilés
Est-ce vrai que ;
La nuit est leur ami fidèle ;
Et les mots de leurs mamans
Est leur paisible chaumière

Mère !quand j’ai reçu ta lettre
J’étais aussi en exil
Il pleuvait d’ennui sans arrêt
Mais tu m’as appris à supporter
Quoi que ce soit
Tu m as parlé de la foi
Toi ma sirène, c’était toi

Dans mon exil
Je suis tombé malade plusieurs fois
J’ai pleuré et j’ai crié
Jusqu’à perdre ma voix

Mère ! Quand j’ai reçu ta lettre
Je ne me croyais guère trouver
Une carte postale
Et une photo de toi
Quelle lueur de cristal
Qui enflamme tes joues !

À te regarder, à te contempler
J’ai oublié le temps
Je ne veux plus sentir
La condensation des secondes
Ni les battements des heures
Ni les hurlements des mois


Quand le monde sera terminé
Allons-nous, nous rencontrer
Quand le monde sera exterminé
Allons-nous, nous réconforter

Smail baydada

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La forêt mãrtzichor

La forêt mãrtzichor*

       Antonia Iliescu

Un mãrtzichor bizarre surgit de la toile web

La forêt moite se cache troublée, timide, féconde,

Sous des laiteuses silhouettes et dans les cornes des cerfs

De verdâtres couleurs se taillent une place dans l’onde.

Tu m’as fait comme cadeau ce printemps enneigé

Avec son monde à lui, silencieuse bourrasque ;

Des chants de roses pétales et des feuilles d’herbier,

Un monde nouveau se tisse le cocon sous un masque.

Les gracieux crocus, élèvent leurs mains blanchâtres

Implorant hauts et souples le ciel à les aimer

Le sang du cœur frissonne comme dans les heures folâtres

Quand pour la première fois du miel j’ai goûté.

Un monde dans des printemps, aux printemps des amours

M’appellent de loin, des zones défendues par des glaives

- Réveille-toi, princesse, ranime les troubadours,

Et ne laisse pas ta vie couler que dans tes rêves !

En or du paradis transmute la forêt grise

Silencieuse elle casse des bourgeons frémissant

À chaque seconde qui passe la morose glace se brise

Sous l’ombre d’un oiseau qui y arrive en chantant.

Enfants aux cheveux gris, on a la même joie

Pour ce premier mars, ce mãrtzichor joli ;

Y a beaucoup d’âme en lui, beaucoup d’âme de toi

Et je t’en remercie, enfant moitié blanchi.

                                                          28. 02. 2013

_____________________________

* La fête du premier mars : la fête du Mãrtzichor

Chez les roumains, le mãrtzichor, ce petit pendentif-talisman (en bois, en métal, or, argent, bronze, tissu…) et sa ficèle bicolore en blanc et rouge (signifiant le passage de l’hiver vers le printemps mais également l’amour et la pureté), est un porte-bonheur que l’on offre le premier jour de mars, en signe d’amour et d’amitié. Les parents offrent ce petit objet aux enfants, mais tout aussi bien cette amulette est donnée aux femmes par les hommes et vice versa. Les enfants, à leur tour, offrent un mãrtzichor à leurs mères et aux plus aimés de leurs professeurs. Il est porteur de chance pour l’année en cours, à condition que l’on porte pendant tout le mois de mars accroché à la veste.

À la fin mars, le mãrtzichor est accroché à un arbre fruitier; il apporte ainsi bonheur et richesse à la maison.

Des coutumes semblables on rencontre dans la zone des Balkans chez les bulgares, les macédoniens et les albanais.

 

 

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administrateur théâtres

C’est une heureuse  reprise. L’année dernière Jean Vilar affichait complet. Et on le comprend. Malgré les affiches criardes, c’est beau et succulent comme, Mmmm ! … de la belle nouvelle cuisine. Les plats se succèdent  sur le plateau devant trois immenses  paravents japonais lumineux qui évoquent le  bureau d’astronomie à droite, le salon au centre et la salle à manger à gauche. Quelques meubles épars, rescapés de l’époque des rois, flottent dans les savants  jeux de lumière de Jacques Magrofuoco. Le mot « savant » ici  n’est pas de trop et souligne le propos, avec bonheur. Armand Delcampe signe une  mise en scène burlesque et audacieuse. La distribution est rôdée et déborde d’énergie. 

Dès le début, le décor  surprend. C’est l’éblouissement de tout  l’univers étoilé cependant qu’une lune rousse se demande qui, du féminin ou de masculin, l’emportera. Ensuite le papier translucide  des paravents  se transforme en  aurore,  fixant  les  teintes pêche et fuchsia des robes 1920 des  doctes dames. Il enchaîne  ensuite dans  les tons vert tendre  les reflets irisés de paysages aquatiques aux lotus et chrysanthèmes stylisés. Les personnages  vont, viennent et disparaissent derrière les paravents en ombres chinoises et musicales des années folles.

Mais il n’y a pas que ce décor épuré et les costumes fauvistes de Gérald Watelet qui subjuguent le spectateur. Les amoureux d’abord :  Clitandre (Julien Lemonnier) a des allures de Gatsby le magnifique, l‘argent en moins! Et Henriette (Agathe Détrieux ) n’a de précieux que le nom, le reste est grâce et intelligence car le chouchou de Molière a tout pour plaire. 

Il y a le jeu extraordinairement puissant de l’impuissant  Chrysale, mené  par un surdoué de la scène, Patrick Brüll. ce dernier est  au mieux de sa forme et n’aurait pour rien au monde revêtu perruque à boucles, escarpins, bas blancs et pourpoint à rubans. Le voilà royalement sanglé dans une  splendide veste de velours, rouge de  la colère qui gronde  et  qu’il a bien l’intention de  troquer contre un habit sobre de son choix quand enfin, il reprendra le pouvoir usurpé. 

Car il s’agit bien de cela : de l’usurpation du pouvoir par les femmes. Le mari veut, quel que soit le siècle,  une femme dans son lit et des mets délicieux servis à l’heure pour son dîner. Il n’a cure de sciences, de latin, de grec et de philosophie. Les vers et la littérature l’emplissent de bile à tel point qu’on le verrait bientôt dépérir. Pour peu, on aurait pitié de lui !

Ce qui est vrai c’est la guerre aux extrémismes menée avec détermination et bon sens par Molière.  Qu’il s’agisse de  la préciosité ridicule des courtisans dévorés par le désir de  pouvoir ou de celle de trois péronnelles en folie qui se trémoussent devant le dieu Grammaire, la muse Poétique et les  Galimatias de tout poil, il s’agit d’une même Folie.  Nuisible à la bonne gouvernance, à la justice et au bonheur de tous. Voyez comme est traitée la pauvre Martine au naturel frappant (l’excellente Marie-Line Lefebvre) ! N’êtes-vous pas indignés ? Et Notre Monde moderne  n'a-t-il pas ajouté quelques folies en plus? La folie sexuelle, la virtuelle, la religieuse, l’économique… Mais où donc est passée la réalité ?  Et si Molière, par aventure nous revenait sur terre, il serait bien mari de  tous ces  excès  et de  ces extravagances  fantasmagoriques.  Des postures, toutes aussi ridicules. L’érotomane Bélise campée par  Cécile Van Snick décroche moquerie,  rires et gloussements à chacune de ses répliques! Le Trissotin de Pierre Poucet est en tout point odieux et exécrable à souhait,  personnage grandiloquent (au sens étymologique, s’entend), à l’affût bien sûr, du moindre profit. 

Molière  a donc raison.  Les maris en perte de pouvoir évident sont réconfortés d’entendre les  discours de Chrysale. Les filles (à marier ?) qui préfèrent l’amour à l’argent et  les plaisirs de couple et de famille  à l’érudition, sont  ravies de pouvoir faire un pied-de-nez à leur Philaminte  de mère-femme des années 80 ainsi qu' à leurs sœurs rivales ! A moins que tout ce beau monde, femmes, enfants et maris ne fassent fi du discernement, de  l’harmonie des alexandrins de l’illustre homme de théâtre  et ne soient devenus sourds à ses  savoureuses mises en garde verbales. Mmmm !

Distribution

 

Mise en scène : Armand Delcampe

Avec

Chrysale : Patrick Brüll

Armande : Morgane Choupay

Henriette : Agathe Détrieux

Vadius : Alain Eloy

Martine : Marie-Line Lefebvre

Clitandre : Julien Lemonnier

Trissotin : Pierre Poucet

Ariste : Freddy Sicx

Julienne : Julie Thiele

Bélise : Cécile Van Snick

Le notaire : Jean-François Viot

Philaminte : Nathalie Willame

Assistant à la mise en scène : Jean-François Viot

Décor et costumes : Gérald Watelet

Lumières : Jacques Magrofuoco

Régie vidéo : Quentin Huwaert

Régie lumières : Jacques Perera

Construction décor : Mathieu Regaert et Marc Cocozza

Direction technique : Jacques Magrofuoco

Une production de lʼAtelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa, avec la participation du

Centre des Arts Scéniques.

Avec le soutien de la Province du Brabant wallon.

« Molière, l’humain parfait?

 

De la femme et de lʼhomme, il a tout observé, tout perçu ou pressenti, tout exploré et éprouvé.

Rien de la bonté, de la perversité, de la médiocrité humaine ne lui fut étranger.

Il se lança à corps perdu dans lʼaventure des désirs insensés.

Il prit tous les risques et souffrit tous les tourments. Il dit non, rusa, parla, protesta, se tut, reparla sans se démettre ou se soumettre jamais.

Dieu merci, il ne fut pas un « artiste pur ».

Il côtoya et chérit lʼimpur comme un fou, il comprit et il aima sans mépris lʼhumain plus quʼimparfait.

Poète vivant, il a, plus quʼaucun autre, fait vivre ensemble la poésie, la comédie et le drame, rires et larmes enchevêtrés, élans et faiblesses confondus, désirs infinis avec petites vérités pratiques à lʼexclusion des grands principes abstraits et des dogmes irréfutables.

Il a subi, il a enduré le calvaire des pouvoirs imbéciles, absolus et contradictoires, aux titres cumulés dʼauteur, dʼacteur et de chef de troupe… de sorte que mettre nos pas dans les siens nous paraît aujourdʼhui dʼun grand confort et dʼun incessant réconfort.  Merci au Saint Patron ! » 

 

                                                                                                                          Armand Delcampe (croyant en Molière)

 

 

 

 

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Les murmures d'amour

 

Ô le raffinement du temps des belles dames

Et des messieurs galants préoccupés de l’âme,

Du charme de l’esprit et de celui du corps.

Ils savaient  les louer, en merveilleux accords.

...

Libertins, moralistes, philosophes, amoureux,

N’étaient préoccupés surtout que d’être heureux.

La liberté hélas est chose rare au monde

Même pour les enfants réunis en des rondes.

...

S'imposent les efforts pour un bon rendement.

Les amants au repos s’aiment charnellement.

N’ont que faire de mots regorgeant de saveur.

Ils exaltent leur corps au rythme des moteurs.

...

En errance, à nouveau, je refais un parcours;

Lors, je prête l’oreille à des aveux d'amours.

Ces murmures troublants laissent mon âme en quête.

Je goûte cet instant, la nature est en fête.

...

5/6/1990

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Matthieu Baumier, « Le silence des pierres »,

  • 12272868097?profile=original
  • Matthieu Baumier, « Le silence des pierres », Le Nouvel Athanor, Paris, 1913, 92 pages, 15 Euros.

Au fil des ans par les différents genres qu’il aborde Matthieu Baumier crée le « poème de la pensée ». Philosophe mais surtout écrivain il descend au plus profond de l‘aventure poétique-existentielle. Elle peut se résumer dans quatre vers majeurs du « Silence des pierres » :

« Je retiens ceci :

Le Poème est rouge du sang de la neige.

Il est encore temps de proclamer

La solution finale du problème de la prose.

La « vidange » de la prose passe désormais par la force de l’appel, de l’adresse inclus dans ce texte. Baumier y évoque une pensée de l’essence, de l’essentialisme par delà même l’éthique et le sacré. Certes tout semble se pétrifier dans le silence. Mais l’irruption poétique peut embraser jusqu’aux pierres dans une conversation ininterrompue avec les terres obscurcies de l’être et du monde. Tout passe par le refus – et c’est l’essentiel – de la parole qui se rompt. Baumier croit en effet en la langue. Elle seule permet d’atteindre

« Les signes évidents et absurdes

De l’Ile silence

Où nous renaîtront à la racine des eau».

Le poème redevient une odyssée première vers l’île inconnue où « l’aucun J’étais »  cherche ses morceaux séparés ainsi que ceux du monde.

La gravité du chant est impressionnante. Elle surgit dans le geste « absurde » et parfois dénoncé comme tel mais geste concerté de la poésie. Elle devient l’exhortation, permet de sortir de l’enlisement. « Le silence des pierres » est le réveil lucide de la conscience loin de toute candeur. Il progresse dans des franges d’écumes noires contre la mort que l’on se donne et qui nous est donnée. Renonçant aux songes dévastés, aux étendues nocturnes Matthieu Baumier tourne le dos au somnambulisme qui transforme le poétique en un territoire où la détresse rougeoie au dessus des cendres. A l’inverse, et face à la nuit de l’être l’auteur n’oublie pas les dieux qui l’habitent. Il cherche la voix obscure qui parle dans le sujet afin de la porter à la résonnance. La poésie entre ainsi dans le corps de l’être et celui de la langue. Elle n’évite pas le trouble, le doute mais elle met le maximum d’être dans le langage. Elle est à sa manière dans l’écho qu’elle propose la plus parfaite contre-hystérie. Au lieu de fixer la perte, de caresser le « rien » dont se satisfont trop de poètes, sa folie est bonne dans sa « coulée saillante »En se moquant au besoin  des métrages l’émotion s’y déverse de manière tumultueuse. Mais la réflexion n’est pas absente. Le tempo des syllabes, leurs scansions suffisent parfois au logos qui trouve là un autre côté du langage et une pensée « sauvage ».

« Le silence des pierres » est à ce titre une célébration de la poésie. Elle devient aussi l’approfondissement de son oralité. Ce n’est peut être pas le but premier recherché par l’auteur. Mais il n’empêche : passer ce texte à l’épreuve de ce que Hugo nommait le « gueuloir » permet de comprendre la puissance d’une œuvre qui tord le cou aux adorateurs du blanc et aux farceurs qui klaxonnent leur « mourir d’amour ». Pour Baumier la poésie n’est pas une affaire de géométrie dans l’espace ou d’émotions à deux balles mais de problème poétique. La pensée bouge ici en osant lesaut dans le tumulte de l’être et de la langue, dans les mots noirs d’une chair ou d’une âme exilée. L’auteur ouvre à une sorte de syncrétisme afin de rassembler le moi perdu, le je éclaté. Ecrire reste l’exploration de la propre étrangeté de l’être. Baumier devient dans son texte la voix de son autre («Un de l’autre côté»  de Jabès) et l’autre côté du discours là où ça ne parle pas encore – ou trop confusément.

Ce qui jusque là avait attendu de sortir surgit soudain. Et la poésie semble sinon sauver du moins indiquer une voie. Cela est rare. Après Char, Juarroz et Jabès mais par d’autres voies et à côté d’un Zéno Bianu, Baumier est un des seuls poètes du temps à la porter si haut. Cherchant l’autre côté des apparences l’auteur est resté totalement dans la poésie. .Philosophie et spiritualité ne l’écrasent pas, elles sont soulevées par le langage en sa quête organique. A ce titre il rappelle ce queGamoneda définissait comme seule poésie :

« elle retentit dans mon ventre 

tant de jours en moi jusqu’à connaître la peur;

tant d’heures en toi

jusqu’à connaître ta peur».

Pour autant Baumier ne s’arrête pas dans un tel enfermement. Sa poésie se fait verticale. L’auteur se dégage de cette peur afin d’atteindre une forme d’aurore au sein d’un combat poétique et vital. Il fait parler le silence afin qu’une fois en mots l’être chargé de ses origines et de son universalité puisse s’exprimer le plus près possible de son intégralité

© Jean-Paul GAVARD-PERRET

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VEINES DE TES MAINS

12272867088?profile=originalVEINES

Bleues elles sont ses veines , mais que j'aime à les caresser ...
Du bout de mes doigts , je les effleure .

Ces veines à fleur de peau , comme j'aimerais les effacer .
J'approche mes lèvres , et des baisers j'y dépose .

Douces elles sont ses mains , toujours je voudrais les garder
Je regarde les miennes , j'y retrouve les siennes

Bleues sont mes veines , tu aimes à les caresser
Tu approches tes lèvres , et des baisers tu déposes

Douces elles sont nos mains
Mains d'hier , de demain

Mains traversant le temps
Même sang coulant dans nos veines
Toi maman , toi mon enfant .

Solen le 26 Février 2013

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administrateur partenariats

Vivre.

Vivre.

Intensément.

Se battre.

Résister.

Combattre.

Y croire encore.

 

Essayer.

Encore et encore.

Jusqu'au bout.

Tenter l'impossible.

Ne jamais renoncer.

Y croire toujours.

 

Donner

De l'amour.

De la force.

Forcer ton destin.

Vouloir que tu vives.

Y croire à jamais.

 

Pour toi mon fils.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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administrateur partenariats

 

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Il ne se contente pas de nos échanges artistiques, culturels, philosophiques !!

Il resplendit aussi lorsque des membres

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Ou lorsqu'ils organisent cette rencontre !

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FOLON-4.jpg

Jean-Michel Folon

Envie de partage

 

Solitaire, dans le silence,

Le peintre crée pour son plaisir.

Le poète essaie de saisir

Des instants de son existence.


Talent et sensibilité,

Intelligence, savoir-faire,

Dans une indicible lumière,

Apparaissent charme et beauté.


Lors, naît un désir de partage.

L'artiste peut le satisfaire.

Par la magie d'un doux mystère,

Son âme, en peu de temps, voyage.


Privé de ses amis fidèles,

Présents, tendres et empressés

Mais que le sort a dispersés,

Il fait des rencontres nouvelles.


Hommage aux êtres généreux,

Aimant l'art et la poésie,

Qui mettent beaucoup d'énergie

À ouvrir des lieux fabuleux.


Suzanne Walther-Siksou

26 février 2013

Un partenariat d'

Arts 12272797098?profile=originalLettres

 

 

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Envie de partage

 

 

Solitaire, dans le silence,

Le peintre crée pour son plaisir.

Le poète essaie de saisir

Des instants de son existence.

Talent et sensibilité,

Intelligence, savoir-faire,

Dans une indicible lumière,

Apparaissent charme et beauté.

Lors, naît un désir de partage.

L'artiste peut le satisfaire.

Par la magie d'un doux mystère,

Son âme, en peu de temps, voyage.

Privé de ses amis fidèles,

Présents, tendres et empressés

Mais que le sort a dispersés,

Il fait des rencontres nouvelles.

Hommage aux êtres généreux,

Aimant l'art et la poésie,

Qui mettent beaucoup d'énergie

À ouvrir des lieux fabuleux.

26 février 2013

 

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Et son coeur saigne encore.

12272874096?profile=originalSi tu frappes un enfant, si tu bats une femme, si tu brises un homme, ne lui demande jamais plus tard comment il se porte ! 
Je doute qu'il puisse encore te répondre. A moins qu'il ne te pardonne mais ses cicatrices seront présentes à jamais...

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Faut t-il encore aimer?

Quand je traversais
La montagne
Je ne me croyais pas 
Penser à toi
Je te regardais sans
Ta couronne de règne,
Tu te cachais derrière
Un amas de bois
Qui t’as emmené là?
Dis-moi, dis-moi !
Est ce l’amour
Qui t’a conduit,
Qui t’a poussé
A transgresser la loi?
Je sais cet amour
Qui ruine le cœur
Qui cause tant de douleur
Qui nous laisse
Perdre du poids 
L’amour qui te fait
Pleurer amèrement 
T’envahit sous prétexte
De désarmement !
Toutes tes forces 
Te les fait perdre
Et ceux que tu penses
Allaient te défendre 
Te laissent crier
À mi voix !

Smail baydada

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Deux heures de train abdellatif Laâbi‏

En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l'enfance
une autre pour la prison
L'amour, les livres, l'errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu'une colombe
A notre arrivée
j'aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ

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