Arts et Lettres

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Nouvelle en Hommage à l'Extravagante Dame de Verrières...IIème Partie

 

À l’Ombre d’une charmeresse en fleurs,

Diablesse boiteuse aux heures malicieuses

ou

Fiançailles pour rire nimbées d’Eau-de-vie, d’Au-delà…

 

À Jean-Baptiste de Vilmorin

IIème Partie

 

Un Échange galant à fleurets mouchetés

                 Ainsi, chose promise, chose due, voici quelques bribes indiscrètes transposées de l’oralité à l’écrit du

conciliabule que nous avons surpris au cours de notre assoupissement agreste, entre les dénommés Poupoul (alias

le compositeur Francis Poulenc) et Loulou (Louise de Vilmorin) répondant aussi au sobriquet de Loulette,

répliques effectuées du tac au tac, en empruntant un registre d’élocution affranchi des convenances, cela va sans dire,

faconde métissée, un doigt sophistiquée, un doigt « popu », frôlant la gouaille, le bagou des gavroches de faubourgs,

également proche du Nogent sur Marne des guinguettes et des dancings (prononcer dansinges), où il faisait bon aller

s’encanailler le dimanche, intonation et faconde de cette fine et Belle équipe[1] ne pouvant que nous distraire, nous

laisser abasourdis, éblouis, voire subjugués, au fur et à mesure de ce tête-à-tête tenu à bâtons rompus et sans

langue de bois, ce qui constituerait une insulte faite aux arbres, suivant une formule nougaresque[2] :

              Pour lors, c’est au tour de Poupoul chéri d’ouvrir le bal de l’une de ces réceptions sacrées, presque

surnaturelles, gouvernées par une magicienne pleine d’atouts dans son jeu [3]faisant se pâmer les cœurs

aventureux/Qui battent la campagne, soirées se déroulant au désormais légendaire salon bleu du château de

Verrières le Buisson, en cette date culte de vendredi 13, superstition oblige …

            Ce dernier facétieux, s’adresse à Loulou en sourdine, l’invitant d’un clin d’œil de cyclope qui frise, miroir de

leur longue et fructueuse connivence jamais ternie ni démentie, à venir le rejoindre incognito, à la croisée d’une

fenêtre,  et ce, au mépris de toute étiquette ou Règle du jeu[4] préétablie, se moquant, du reste, comme d’une

guigne, de ce que l’honorable assemblée va en déduire :

            « Alors, Madame de Rambouillet[5], que je devrais prononcer Ma Dame,  comment se porte Arthénice,

tandis que le soleil se retire dans ses appartements ?

              Où en êtes-vous de votre « Difficulté d’être » [6]si j’ose dire,  placée sous l’instigation de notre ami

commun de Milly La Forêt[7], cheville ouvrière du groupe des Six ? Bravissimo, chère marquise, décidément vous

parviendrez toujours à me bluffer, à m’ébouriffer le chignon, à me faire écarquillez les quinquets et à me dessécher le

gargotiot (terme typique du patois tourangeau-solognot que m’ont appris les bonnes gens venant vendanger les raisins

des vignes du Grand Coteau sur les terres de Noizay d’un certain « Invité de Touraine [8]»…)

             Grand Dieu ! M’est avis que vous avez une fois de plus, réussi le prodige de prendre dans vos filets du bien

beau linge, ce me semble ! Ah, vous pouvez vous vanter de réunir en ce jour fétiche de trèfle à trois feuilles, la fine fleur

de vos chevaliers servants, preux conquérants conquis par vos appâts, et d’ores et déjà sur les rangs, prêts à

s’entretuer pour que vous leur accordassiez vos faveurs, soit, que vous décerniez à l’un d’entre eux, sinon à l’une

d’entre elles, ne soyons pas sectaires, le suprême privilège de votre cueillaison de fleur voluptueuse, plus que jamais

épanouie !

             Avez-vous la moindre idée du jardinier qui aura la chance d’être élu ? Parmi tous vos favoris en lice, y en a t’il

un qui remporterait vos suffrages, l’un de ces guetteurs mélancoliques[9], auquel il ne vous fera nullement peur de

susurrer à l’esgourde, à l’instar du géant Orson W. de Citizen Kane : «Je t'aimerai toujours d'amour, ce

soir» ?[10]

             Vous opinez du bonnet ? Serait-ce à dire que votre choix drastique est fait depuis belle lurette ? Sapristi, 

dites-moi j’ai la berlue, je deviens presbyte ou quoi ?

            N’est-ce pas près de la table à jeu, en grande discussion serrée serrée, l’immense André, l’auteur de ces

« Chênes qu’on abat [11]» avec le raseur de service, Monsieur l’ambassadeur de Zanzibar tantôt muté au

Kamtchatka  pour y procéder à l’inventaire de la faune marine, lui, l’ancien doctorant spécialiste de la migration des

saumons sous le tsar tatare Boris Godounov, héritier d’Ivan le Terrible, ainsi que de l’évolution des harengs et

flétans en mer Caspienne sous l’empire Soviétique repris aux Japonais, dès 1927 ?

             Et les deux Jean de votre garde rapprochée faisant un brin de causette, le Prince frivole au gardénia

arboré en boutonnière, l’écrivain de la Voix Humaine et de la Dame de Monte-Carlo avec le page enlumineur

Hugo[12],devenu pour votre chair d’âme mêlée[13], un Bel indifférent au gré de vos humoresques amoureuses, de

vos Métamorphoses, se creusent-ils les méninges en faisant revivre l’heure de leur rencontre, deux ans avant que ne

soient déclarées les hostilités de cette boucherie de première guerre mondiale ; correspondant à l’heure de mes

quinze ans et celle marquant les douze printemps de Loulette …L’âge, ma foi, où ma Louison-Louisette innocente,

ne savait pas encore lire, mais qui n’en avait pas pour autant été délaissée dans son initiation aux Belles-lettres…

 

             Mais laissons là, je vous prie, la suite de votre brochette de convives, mes adorables et talentueux confrères, 

plus frères que C., les Georges Van Parys, Georges Auric, Jean-Michel Damase, le chorégraphe de génie

Roland Petit et son égérie Zizi Jeanmaire, le peintre Bernard Buffet, le romancier Rogier Nimier, le poète-

éditeur Pierre Seghers, les diplomates Duff et Diana Cooper, l’Abbé Mugnier, et autres belles huiles

taquinant elles aussi la muse et gagnées à votre cause telles Edmonde Charles-Roux voyant en vous une

réincarnation de Louise Labé, Marthe Bibesco, ou bien encore Jeanne Lanvin, la subtile créatrice de la Maison

Lanvin lançant avant Mademoiselle Chanel, la vogue du noir, le "chic ultime", le bleu Lanvin, le rose Polignac en

hommage à sa fille, Marie-Blanche, ou bien le vert Vélasquez.

            À propos de notre paire d’amis-mécènes, hôtes munificents de Kerbastic, les Polignac, vous n’êtes pas

sans ignorée que c’est ici même, en Août 1943, que notre regretté Jean devait entendre pour la dernière fois la trinité

de mes mélodies intitulées Métamorphoses, sur des poésies dont vous aviez bien voulu me gratifier, répondant à ma

« commande » depuis leur manoir breton où vous séjourniez en Novembre 36…Et bien, figurez-vous, ma Lolotte, que

je ne suis pas peu fier, d’avoir été le premier à flairer vos aptitudes prosodiques et à vous encourager à les développer !

Finalement, vous m’êtes un chouya redevable de votre titre de poète, nananère !!! 

           Volontiers attendri, il s’interrompt pour conclure par une pirouette en disant long sur sa déférence à l’endroit de

la dite Loulou, abandonnant au passage le mode «  majeur » de sa tournure de langage, au profit du mode « mineur »

impliquant une familiarité avec la maitresse de céans :

           « Ah, c’que j’aurai aimé te connaître, ma biche Laurencin, à l’époque de ta candeur de lys au bouton à peine

éclos ! C’que tu d’vais être drôlement chou, bat, extra, trognon, au temps de ta communion !!! Une véritable icône

angélique ? Une mignonette Poucette, joliette, croquignolette, pas grand-chose à voir avec la P’tite Fadette, non ?»

            Poupoule alors, esquisse un doux souris… mi narquois, mi troublé.

            « Mais revenons aux choses sérieuses du  péché véniel se dessinant sur fond de clair de lune ; vers lequel,

friponne, de ces bellâtres vont volés tes soupirs ? Allez, crache-moi le morceau, soit chic, ma colombe, ma poulette,

ma crevette, promis, juré, Jean Chalon n’en saura rien, tous restera, comme de bien entendu, entre nous, ma

Loulette chérie, car je brûle d’apprendre qui parmi ce cénacle apollinien vas-tu désigner afin de t’entendre conter

fleurette, le temps d’un béguin, ma chère Maliciôse, graciôse, astuciôse ? Toi qui n’aime rien tant qu’être Sainte-

Unefois[14], laissant ainsi un souvenir impérissable au cœur de l’amant sacré roi en nocturne par l’horloge vespérale, 

toi qui pourrait faire tienne la formule de Nathalie Clifford Barney : En amour, je n’aime que les

commencements !

             Quel duel se profile à l’horizon ? Qui du Comte d'Artois ou du Burt Lancaster frenchy de la Nouvelle

vague va te remettre son cœur de supplicié, à moins que ce ne soit un irrésistible rhapsode Tzigane à la Chagall,

qui, de sa viole d’amour, te distillera ses sortilèges, ou à défaut, un baryton martin ténorisant qui raflera la mise de

l’audition, afin d’être engagé illico presto, prestissimo, prestississimo, pour un récital privatif d’une fantaisie à quatre

mains, d’un cycle badin, badin, badin des Chansons gaillardes[15] !

            Bigre ! S’il m’était permis de glisser au vainqueur de ce prix honorifique un seul conseil, je lui soufflerais au

creux de l’oreille, que j’imagine rudement belle, ceci : « chanceux lauréat de ce terrible concours remporté haut la

main, grâce aux vibratos sortant des cordes de ton archet aux accents méconnus [16]ou aux perles jaillissant de tes

lèvres, bref, par le mérite unique de ton éloquence sans rivale, laisse-moi néanmoins t’instruire avant que tu entonnes,

suffisant, maints Hosannas, à défaut, pour paraphraser Julien Green, d’allélouyer à l’infini, tels tes comparses

célébrant le dogme du Môa …

           Oui-da ! Sois brillant, sort le grand jeu, À l'étape, épate-la ! En considération de quoi, ayant gagné tes

galons, à la force du poignet et de ton gosier cocasse, Ami, peut-être pourras-tu un jour, te prévaloir de définir notre

insaisissable hôtesse, éternelle Fiancée pour rire, prétendant l’avoir bien connue, lui déclarant : Voilà, c’est ton

portrait, C’est ainsi que tu es !!!

 

 

                  Laquelle Maliciôse ou dite Louise la Magnifique, affublée du titre envié de Marquise de Rambouillet-

Verrières, promulguée dernière grande Causeuse, brillante conversationniste devant l’Éternel, ne songe qu’à

accaparer de nouveau la parole, et, s’exclame mutine, ne protestant que pour la forme :

                Oh, Francis Ier de mes Amours poétiques abracadabrantesques, éternel fiancé, père de mes enfants 

chéris immortels, nés sous le signe du lyrisme, en plein front populaire, je suis bien aise, je t’assure, que tu cesses

ce voussoiement grotesque, tout ce cortège de civilités plein d’une pompe qui me donne de l’urticaire comme la Truite,

non pas de Schubert, mais celle croquée par Francis Blanche, le miniaturiste haut en couleurs !

               Morbleu ! Je n’ai pas l’emploi de cette Chochotte de Philaminte et ne te distribuerai pas davantage dans

le rôle du Trissotin des Femmes savantes ! Et puis tu ne crois pas si bien dire en me titillant, méchant taquin… Ne

sais tu donc pas, toi mon frère spirituel, mon bien-aimé avec lequel je me suis unie, artistiquement s’entend, pour le

meilleur, jamais pour le pire, contrairement à cette « vénérable » institution que représente le mariage, combien il est

parfois douloureux à ta Lolotte, lotte à l’Américaine, de porter un masque de convenances, pour engendrer le fruit

de ses entrailles ? C’est bien simple, tiens, s’il m’était offert l’opportunité de changer d’peau, à la façon des serpents

lors de leur mue biologique, j’dirais banco, on y va dare-dare !

              T’as pas idée, mon poulet chéri, tiens, à c’te heure du crépuscule, combien mon personnage m'ennuie, il

me fait éclater en sanglots, à tel point, que c’en est à s’plier en quatre de rire ! D’ailleurs, c’est bien simple, fait

excuse à ma franchise, mais je ne suis à Verrières que par la présence de mes abattis, la mélancolie du soleil

couchant, mon spleen frénétique verlainien de dame à voile aimant à renverser la vapeur, m’entrainant

inexorablement vers des épisodes fastueux d’aimeuse à la Colette, hors des frontières de France et de Navarre :

Tiens, c’est bien simple, à la minute où j’te cause, je m’éclipse mentalement incognito ; mon ombre est en train de

cueillir l’ombre des fraises que je goûtais naguère en Slovaquie chez mon Pálffy au sang bleu de Hongrois, dans sa

gentilhommière de Pudmerice, au cœur des Carpates !

             Que veux- tu, je ne puis être fidèle, même en pensée, surtout en pensées, à l’heure où les lois se

taisent[17], c’est là de surcroit, où je suis la plus inconstante puisqu’il me faut m’évader en permanence de ce qui

m’entraine vers le prosaïque ! C’est ni plus ni moins viscéral ! Mais, chut, motus et bouche cousue, taisons le mieux

possible mon tendre drame, ce secret de polichinelle mamzelle, qui tente de dissimuler ce mal de vivre ; ben, oui !

J’admets qu’il m’est très, très difficile d’avoir des souvenirs sans en souffrir ! J’suis exactement dans la disposition

d’humeur d’irritation nerveuse de Diderot, que d’aucuns nomment hyperesthésie, lorsqu’il fait part à Mademoiselle

Voland, par le biais de leur correspondance, de son immense nostalgie :

            Connaissez-vous le spleen, ou vapeurs anglaises ? Interroge ce dernier !

              V’là la raison qui m’ébranle et qui fait que mon chef m’entraine fréquemment à délirer… à nourrir force

contradictions, car concernant ma pomme, il ne faut plus parler de dualité, c’est bien trop insuffisant ! Comme

l’énonçait le bon Alfred, celui de la Mort du Loup[17 bis],  naturellement :

              « Je ne suis pas toujours de mon avis ! »

              C’est ainsi que les contrastes de l’existence nous environnent, que la tourmente vient balayer quelques

instants sereins, qu’une Romance sans parole verlainienne, vient tout ravager sur son passage, rompant l’équilibre

si difficilement atteint, semblablement au tableau réalisé d’une main de maitre par la Belle Cordière Lyonnoise : 

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;

J'ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m'est et trop molle et trop dure.

J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;

Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine,

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.[18]

 

               Ah, non, ne te fends pas la pêche, je t’en conjure, ou bien je vais faire une vraie figure d’omelette, et aux

fines herbes encore. Elle n’est pas juste mon analyse succincte de ma fiole ? Toi qui m’fréquentes assidument

depuis une coupe d’années, t’es bien placé pour épouser ma version, non ? Je suis ce que je dis et suis tout mon

contraire…

              En vertu de ce fait, à un inconnu qui me solliciterait pour que je lui brosse un portrait à peu près

ressemblant, je me référencerai à la supplique pressante de la Neige qui brûle, alias la Fée d’Auxerre, la

poétesse Marie Noël, qui mettait son lecteur au défi en l’enjoignant de ne pas se fier à la mine douce de sa

physionomie, afin de se hasarder à une approche de sa personnalité complexe, autant ardente que frileuse, hardie

que sauvage :

Connais-moi si tu peux, ô passant, connais-moi !

Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire : […]

Je suis et ne suis pas telle qu'en apparence :

Calme comme un grand lac où reposent les cieux,

 Si calme qu'en plongeant tout au fond de mes yeux,

Tu te verras en leur fidèle transparence...

Si calme, ô voyageur... Et si folle pourtant !

Flamme errante, fétu, petite feuille morte

Qui court, danse, tournoie et que la vie emporte

Je ne sais où mêlée aux vains chemins du vent. […]

Connais-moi! Connais-moi! Ce que j'ai dit, le suis-je?

Ce que j'ai dit est faux- Et pourtant c'était vrai !

L'air que j'ai dans le cœur est-il triste ou bien gai ?

Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?... Le puis-je  ?... […]

Tu le sauras si rien qu'un seul instant tu m'aimes.

 

                  Oui, da, V’là ma confession ! Que veux-tu, mon bellot, j’ai pour péché mignon, le tort, le très grand tort

de privilégier en priorité ceux qui m’gobent dans mon entité, sans effectuer de tri sélectif…

                  Bon, c’est pas avec toi, que je vais faire ma mijaurée, il est vrai que j’aime que l’on m’aime, Paroles

de Prévert à l’appui (Je suis comme je suis/Je suis faite comme ça/ J’aime celui qui m'aime/Est-ce ma faute

à moi/Si ce n’est pas le même/Que j’aime chaque fois ?) tout comme, afin de me ressourcer des phases où je

broie du noir, j’aime à me divertir, par protection élémentaire, instinct de sauvegarde, pour mieux me ressaisir des

moments de tempête succédant aux Adieux …Préfigurant la désincarnation de mon enveloppe charnelle, je

m’applique alors à méditer : Mes doigts tant de fois égarés/Sont joints en attitude sainte/Appuyés au creux de

mes plaintes/Au nœud de mon cœur arrêté.[19]

                 Tu vois, finalement on est presque des jumeaux, mon poupoule ! L’un et l’autre, nous balançons entre

sourire et tristesse, langueur des sens, humour et blessure. Par esprit de parade, de délicatesse envers autrui,

nous associons l’autodérision à la plus grande mélancolie, en attendant l’heure de la guérison, mais hélas, les

teintes pastel ne parviennent pas toujours à conjurer la grisaille résultante de nos intrigues initiées par le malin putto

muni de son carquois[20], nous décochant ça et là ses fléchettes empoisonnées, hautement toxiques, comme le

vénéneux Datura

                 Mais dis donc, au fait, toi, tu n’manques pas de toupet ! Tu restes muet comme la Carpe de ton

Bestiaire[21], au sujet de la foudre qui a dernièrement, frappé ta chère personne, t’ingéniant à nous tenir au secret de

ta dernière conquête d’incorrigible Casanova ! Si, si, j’insiste, un vrai bourreau de cœurs en bois tendre, que tu

représentes !

                J’ai beau te menacer de cruels sévices, des pires rétorsions, bernique et rintintin, rien de rien, le mystère

complet ! Pas moyen de t’faire dégoiser quoi que ce soit !

                Pas le plus petit indice pour nous mettre sur la voie, pour que l’on puise se consoler, nous réchauffer le

cœur en s’persuadant de ta félicité !!!

                Allons, crache donc le morceau, avec qui me trompes-tu, impie ?

                Tu dis ? J’ai sciemment éludé ton questionnaire au sujet de l’élection de mon page favori destiné à

rafraichir ou a contrario, à réchauffer ma nuitée ? Mais, voyons, cher Francis, quelle que soit notre franche et saine

complicité, ne t’attends pas à un scoop, fidèle autant que faire se peut à ma devise de prédilection signée Spinoza,

que je m’évertue aujourd’hui à appliquer :

                L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone !

                Ne sais-tu pas combien je répugne à me livrer à une flopée de révélations croustillantes appartenant au

genre de la presse à scandales friande en anecdotes palpitantes, secret d’alcôve en prime, touchant aux célébrités ?

Regarde un peu ce que la malheureuse Marias Callas a dû endurer comme persécutions à cause de ses rapaces et

autres oiseaux de mauvais augure de paparazzi… Et encore, ce n’est guère louangeur à l’égard de nos Amies les

bêtes chères à Colette !!! Ah, pour sûr que si ces satanés corbeaux avaient eu affaire à mi, ils se le seraient tenus

pour dit : j’aurais eu tôt fait de les renvoyer aux calendes grecques ou de leur dire d’aller se faire voir à la Sainte

Ménéhoulde, la chouchoute des Mamelles de Tirésias[21bis] d’Apo…llinaire !

 

                De plus, bien que je ne me considère pas encore tout à fait comme une antiquité, n’exagérons rien, étant

donné que j’en suis à la fleur de mon âge… de dame déjà morte, il faut malgré tout tenir compte du fait que je

commence à dater, même si en prenant de la bouteille, je suis comme le bon vin, que mon égo peut se flatter de bien

vieillir, la réalité, à travers ma vitalité décroissante, sans parler de mon face à main qui aurait tendance à me faire la

grimace, me rappelle à l’ordre tous les jours ouvrables de la semaine, jour du Seigneur compris !

             Ah, quoi, tu glousses sacripant ?

             Tu n’vas pas nous faire le coup de la poule couasse, hein mon biquet ! Et v’lan dans l’œil ! Non,

sérieusement, ne crois-tu pas que la carrière amoureuse de bibi touche enfin à son terme et que la sagesse, cette

auguste conseillère, me prescrit de renoncer à toute ces folies d’antan, qui ne sont plus de mon millésime, me

recommandant dorénavant de m’consacrer en exclusivité à mon homme, soit, de bichonner aux p’tits oignons, mon  

Dédé, non pas celui de Christiné-Willemetz, celui de la Condition humaine, de l’Espoir[22], pardi, et ce, en

dégustant goulûment chaque seconde volée à ce gredin de sort, avant que mon cadavre devienne doux comme un

gant, un gant de peau glacée[22 bis]!!!

              Comment j’suis macabre ? Ah non, je proteste vigoureusement ! Crue et pragmatique, oui da ! Car quoi,

nous ne pouvons être dupes que la grande faulx en robe de moire peut frapper aux heurtoirs du logis de nos

maisonnées quand il lui sied ! Alors tu comprends…

              La bonne dame de Verrières interrompt une fraction de seconde son propos, puis, après son ellipse, conclue sans équivoque possible :

              Désormais, je ne suis plus Louise de Vilmorin, je suis Marilyn Malraux [23]! Je t’adresse donc, en

l’occurrence cette requête des plus officieuses revêtant une tournure solennelle : entre-nous, tiens-toi le pour dit,

Poupoul chéri, plus jamais d’interrogatoire à perdre haleine, non plus jamais !!! Épargne mon amour propre de cœur

à lendemains !!!

             Désormais, mon palpitant va s’embourgeoiser, mon cœur en forme de fraise qui s’offrait à l’amour

comme un fruit inconnu[23 bis] rimera avec défendu !

             Je vais me tenir à carreaux, qu’on se le tienne pour dit !

             Oh, non, sois obligeant, au nom de notre vieille amitié, fait disparaitre ce rictus frondeur méphistophélique et,

en lieu et place, dessine-moi un beau sourire angélique !

             Tel est mon bon plaisir : de l’Eau-de-Vie  à l’Au-delà !

             Pour ce faire et ne pas flancher jusqu’à l’heure de mon dernier soupir, c’est à dire que je tâche de respecter

cette ferme résolution émérite au plus près, en choisissant de ne pas me trahir, du moins plus que je me le suis

promis, je compte faire appel à un corps d’élite spécialisé assigné à la périlleuse mission de me défendre des

téméraires corps à corps, l’adjurant de redoubler de vigilance avec la Maliciôse, en chemise de jour comme de nuit,

bref, qu’il ne s’endorme pas sur ses lauriers nobles d’Apollon, afin de la prémunir des garçons de contes de

fée[24] rôdant autour de son châssis :

Officiers de la garde blanche,

Gardez-là de certaines pensées la nuit

 

Amen !

 

Valériane d’Alizée, Le 5 Juillet 2012,

nouvelle écrite à l'origine pour un concours littéraire,

Version modifiée le 15 Février 2013,

En l’honneur du dédicataire de la nouvelle, Jean-Baptiste de Vilmorin

 

 

Références iconographiques :


1. Premier cliché photographique (auteur inconnu) : Louise de Vilmorin vers ses vingt deux ans, au temps de ses fiançailles avec Antoine de Saint Exupéry...

2. Tableau d’Henri le Sidaner : "La balustrade de  la porte de la terrasse"

3. Deuxième cliché de source non identifiée : Louise de Vilmorin à l'époque de Madame de...

4. Portrait de Louise de Vilmorin par le peintre Mac Avoy

5. Dessin d'un trèfle à quatre feuilles au langage symbolique (évocation de ses frères) de Louise de Vilmorin daté de Verrières du Lundi 15 février 1960


[1] : Emprunt d’un titre de Comédie dramatique cinématographique de Julien Duvivier  datant de 1936, tournée en plein Front populaire.

[2] : En référence à Claude Nougaro auteur du texte « La Langue de Bois » tiré de l’album « Embarquement immédiat » ; http://fr.lyrics-copy.com/claude-nougaro/la-langue-de-bois.htm

[3] : Jeu de mots sur un poème de Louise de Vilmorin « J’ai la toux dans mon jeu » issu du recueil les «"Fiançailles pour rire », 1939 ; http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/j%E2%80%99ai-la-toux-dans-mon-jeu

[4] : Évocation du chef d’œuvre de Jean Renoir, « drame gai » ou « fantaisie dramatique » selon une définition du réalisateur sorti en 1939, nommé par François Truffaut : « le credo des cinéphiles, le film des films ».

[5] : Surnom donné à Louise de Vilmorin en raison de son rôle similaire avec l’illustre personnage d’exception, la Marquise de Rambouillet qui en précurseur, amateur éclairé d’arts, tint un salon littéraire influent dans son hôtel parisien, cercle faisant la part belle aux dames…

[6] : Titre de l’essai de Jean Cocteau, 1947, dont une chronique du Nouvel Observateur au sujet de la biographie de Françoise Wagener, « Je suis née inconsolable » affirme qu’il aurait été rédigé au château de Verrières le Buisson, alors l’hôte prétendu de Louise de Vilmorin.

[7] : Allusion à Jean Cocteau résidant dans cette contrée d’Ile de France dès 1947 jusqu’à ses jours ultimes…en faisant l’acquisition du logis dit du Gouverneur ou du Bailli, Depuis 2010, ce haut lieu riche de l’univers du poète, est devenu un musée ; http://inspirationsdeco.blogspot.fr/2012/07/la-maison-de-jean-cocteau-milly-la-foret.html et http://maisoncocteau.net/ ; sans oublier sa « dernière demeure », la Chapelle Saint Blaise enluminée de fleurs de simples, grandiose herbier géant, source de poésie, signée de cet artiste exceptionnel protéiforme…

[8] : Francis Poulenc, se revendiquait Parisien pur jus, et déclarait, que franchi l’enceinte de sa propriété ligérienne située au cœur du cépage de Vouvray, il n’était donc « qu’un Invité en Touraine » (Entretiens avec Claude Rostand, 1954)

[9] : En référence au recueil posthume publié en 1952 de Guillaume Apollinaire, « le Guetteur Mélancolique » dont l’introduction suivre nous offre la tonalité d’ensemble de l’ouvrage : « Et toi mon cœur pourquoi bas-tu/Comme un guetteur mélancolique/J’observe la nuit et la mort »

[10] : Citation due à la plume de Louise de Vimorin, caractéristique de son esprit

[11] :Allusion à la personnalité d’André Malraux, auteur des « Chênes qu'on abat », 1971, (titre tiré d’une citation de Victor Hugo), entretien transcrit sous forme de « dialogue » par l’auteur avec le Général de Gaulle, alors retiré à Colombey-les-Deux-Églises.

[12] : Évocation de deux figures intimes de la dame de Verrières, Jean Cocteau et Jean Hugo, le dernier n’ayant certes pas épousé la philosophie de Platon auprès de notre enchanteresse…

[13] : Détournement d’un poème de Louise de Vilmorin, provenant du recueil « Le Sable du Sablier », 1945, pour lequel Francis Poulenc, hormis deux vers évincés, ceux de la première strophe, composa une mélodie faisant partie du « cycle »de trois pièces, intitulé « Métamorphoses ».

[14] : Sainte Unefois (premier roman publié en 1934 chez Gallimard dont André Malraux avait porté le manuscrit) et « L’Heure Maliciôse »  (Recueil poétique de 1967) sont des œuvres de « La Diablesse Boiteuse »

[15] : Cycle de huit mélodies pour chant et piano de Francis Poulenc, 1925-26, de veine plutôt « leste », d’après des textes anonymes du XVIIème ; ce cycle fut créé en concert le 2 mai 1926, salle des Agriculteurs à Paris, par Pierre Bernac, baryton de 26 ans quasi inconnu, et Francis Poulenc, son ainé d’un an, au piano, scellant ici les prémices d’un compagnonnage futur se déroulant de 1934 à 1959.   

[16] : Évocation de la pièce poétique « Violon » tirée des « Fiançailles pour rire », 1939, et dont l’ami « Poupoul » choisi  de faire figurer aux côtés de quatre autres poèmes en faveur de son cycle homonyme.

[17] : vers issu de « Violon », op.cit

[17 bis] : Évocation de la figure d’Alfred de Vigny, l’auteur de ce célèbre poème.

[18] : Sonnet de Louise Labé dite la « Belle Cordière », poétesse appartenant à l’époque de la Renaissance, érudite, également initiée aux plaisirs de la musique (elle jouait admirablement du luth, dit-on) tenant salon en la bonne ville de Lyon.

[19] : Citation de vers extraite du poème de Louise de Vilmorin, « Mon Cadavre est doux comme un gant » (« Les Fiançailles pour rire)

[20] : Allusion à Cupidon, Dieu de l’amour, fils de Vénus,  le pendant de l’Éros des Grecs…

[21] : En référence au cycle de mélodies pour chant et piano de Francis Poulenc , « le Bestiaire ou Cortège d’Orphée », 1918, sur des textes éponymes de courte structure signés Guillaume Apollinaire .

[21bis] : Les Mamelles de Tirésias est un drame « surréaliste » (Terme inventé par Pierre Albert-Birot pour la circonstance signant la mise en scène) œuvre loufoque en deux actes et un prologue de Guillaume Apollinaire dont la création eut  lieu en 1917 et que Francis Poulenc se fit une joie d’adapter en « Opéra-bouffe », l’année 1947, conservant à cette dernière tout son esprit…

[22] : Titres d’ouvrages faisant allusion à André Malraux.

[22 bis] : Citation provenant du poème « Mon cadavre est doux comme un gant » de Louise de Vilmorin, corpus « Les Fiançailles pour rire ».

[23] : Bon mot de la Dame de Verrières  résumant son ressenti à propos de ce qu’elle vit chez elle auprès d’André Malraux, ou plutôt de ce que la chronique de Jean Chalon témoigne, en vertu de leur relation : se reporter à l’article suivant : « j’ai vu Louise de Vilmorin, devenir Marylin Malraux » : http://www.parismatch.com/Culture-Match/Livres/Actu/J-ai-vu-Louise-de-Vilmorin-devenir-Marilyn-Malraux-.-Par-Jean-Chalon-214586/

[23 bis] : Vers extrait de « Violon » in « les Fiançailles pour rire », tout comme « Eau de vie, Au-delà »…

[24 : En référence au poème de Louise de Vilmorin, « le Garçon de Liège in les « Fiançailles pour rire » ; idem pour « Officiers de la garde blanche »…

 

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Commentaire de Valériane d'Alizée le 29 août 2013 à 21:48

"Ce que l'on te reproche, cultive-le, c'est toi". Jean Cocteau

Commentaire de Valériane d'Alizée le 29 août 2013 à 18:24

Dans les pages de son "Journal de mes Mélodies", le compositeur Francis Poulenc évoquait ainsi joliment celle qu'il avait rencontrée au milieu des années trente, dans le salon de la comtesse de Polignac, et dont il mit plus tard quelques poèmes en musique. Louise de Vilmorin, délicate femme de lettres (Le Lit à colonnes, L'Heure maliciôse, Madame de...) :

"Peu d'êtres m'émeuvent autant que Louise de Vilmorin :

parce qu'elle est belle, parce qu'elle boite, parce qu'elle écrit un français d'une pureté innée,

parce que son nom évoque des fleurs et des légumes,

parce qu'elle aime d'amour ses frères et fraternellement ses amants.

Son beau visage fait penser au dix septième siècle, comme le bruit de son nom.

Je l'imagine amie de "Madame" ou peinte par Philippe de Champaigne en abbesse, un chapelet dans ses mains.

[Marie Laurencin s'est souvent limitée par son côté "Bibliothèque rose", elle qui était tellement mieux faite pour peindre les Biches.]

Louise échappe toujours à l'enfantillage en dépit de sa maison de campagne où l'on joue autour des pelouses. l'amour, le désir, le plaisir, la maladie, l'exil, la gêne sont à la source de son authenticité." 

http://www.lejdd.fr/Chroniques/Louise-de-Vilmorin-seduit-toujours-9...

Commentaire de Valériane d'Alizée le 29 août 2013 à 18:23

Merci à vous Michel de ce commentaire noaillien en adéquation avec une part de la sensibilité spirituelle de la dame, de celle qui déclarait "être née inconsolable"...

Commentaire de Lansardière Michel le 16 février 2013 à 11:26

"La nature qui fut ma joie et mon domaine

Respirera dans l'air ma persistante odeur",

ces deux doux billets laissent cette impression,

même si ces vers sont d'Anna de Noailles

Enfin un réseau social modéré!!!

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