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administrateur littératures

Moyens et droits d' (h)auteurs

  Satanée vie parfois que celle d'auteur! Pouvoir nouer les deux bouts (de fameux bouts!) uniquement avec l'écriture? Par la création littéraire? Si l'on n'est pas Schmitt, Nothomb, Musso, Lévy, Grangé ou Werber, faut pas rêver et encore: si l'on fouille un peu la biographie et/ou le curriculum de pas mal d'auteurs renommés, on découvre effaré qu'ils ont en parallèle une activité professionnelle leur permettant de ne pas couler. Sans cela? Le flop! Chez de nombreux éditeurs à compte d'éditeur d'importance, c'est souvent 7 ou 8% de droits d'auteurs qui tombent, maximum! Mille exemplaires vendus en un mois, d'un ouvrage qui coûte 20 euros rapportent donc 1600 euros à l'auteur mais sur ce pactole tombe encore un impôt!! L'auteur doit alors de préférence bosser dur à moins d'être traduit en 50 langues et/ou adapté au cinéma. Rentrer dans ses frais? Possible mais...

  L'image que projettent ou véhiculent bon nombre d'auteurs nous fait penser que financièrement la vie leur sourit, que c'est le farniente intégral, qu'ils sont au sommet, heureux; cette image est attrayante, l'on se met à rêver: "Moi aussi, j'aimerais ne vivre que de l'écriture, pas de contraintes, écrire, vendre, en fait me vendre...", image d'Epinal qui berce le quidam ayant la fibre littéraire et l'envie de...succès?

  Mais redescendons instantanément sur terre! La chute est brutale? Ah! Vous voyez? La cause littéraire cause perdue? Non: malgré tout elle survit, vaille que vaille, en ce monde où le numérique est à présent partout. Fameux envahisseur que l'ordinateur cause d'innombrables pertes d'emploi et de drames si l'on se penche sur la question.

  Il est en dédicaces? La file est longue? Il a aussi été interviewé par une chaîne de télévision? Il ne vit donc que de ses publications? L'idée est belle mais ne nous leurrons pas! Il a obtenu le prix Goncourt? Dans ce cas le problème de nouer les deux bouts n'existe pas pour lui s'il est économe et bon gestionnaire. Eh oui! S'il conserve les pieds sur terre car une fois le coup de feu passé...

  Revenons un instant à ces 1600 euros le mois! Pas de loyer à régler le 1er du mois? Dans ce cas il y a moyen de ne pas sombrer portefeuille et âme mais qui dit que ces 1600 euros tomberont encore sous le matelas (car parfois) le mois suivant? Ah! Voilà! Vendre 1000 exemplaires tous les mois, si l'on n'est pas Schmitt, Nothomb, patati ou patata, relève de l'exploit: cela représente tout de même un minimum de 33 acheteurs par jour! Quoi? Qu'ai-je oublié? Ah oui! L'objectif de l'auteur. Pourquoi écrit-il et dans quel but? Les sous, la fortune, le succès, la gloire, la notoriété ou la saine et simple satisfaction d'être publié? C'est la fortune? Mais il y a fortune et fortune: obtenir un sourire de sa gamine de sept ans est aussi une fortune.   Cassons donc le mythe d'écrivain-roi du monde ne vivant que de ses droits d'auteurs car il y a erreur, et soyons conscients que la haute, vraie et grande littérature existe bien mais sans être de celle qui draine les foules dans les Salons. Celui-là, en dédicaces, a du succès? Tant mieux pour lui mais ne perdons pas de vue que les écrivains n'ayant aucune autre activité professionnelle se compte sur les pattes d'un mille-pattes, comparé aux dizaines de milliers d'auteurs dont l'écriture est à la hauteur mais n'ayant pas passé la barre floue mais bien réelle de la reconnaissance d'un comité de lecture croulant sous les manuscrits.

  Vivre de l'écriture? Un réel challenge, un défi, mais ce n'est pas toujours le Titanic, preuve: il n'a coulé qu'une fois! Ah! Se battre? Ne pas baisser les bras (sauf pour écrire? Auteurs, peintres, musiciens, comédiens, vous avez tous le droit de prendre de la hauteur et songez bien que perdre une bataille n'est pas perdre la guerre. Jusqu'au dernier souffle? Pourquoi pas, c'est donner un sens à sa vie! Le coeur et la raison, un parfait mais singulier binôme, et rien de tel que les binômes en fin de compte (bancaire?).  

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administrateur partenariats

Pour les membres concernés,

La reprise des partenariats est suspendue jusqu'à nouvel ordre,

quelle que soit la nature de ces duos ou autres billets de groupe.

Aucun billet de partenariat ne sera approuvé avant une reprise

officielle entérinée par Robert Paul.

Merci de votre compréhension,

Liliane Magotte

Administratrice des partenariats.

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Les chevauchées interminables

Le cœur en feu j'avais ma brune

 Avec tes cils tissés des voiles

Dans des moments de pleine lune

Dont la magie n'a pas d'égal

 

J'avais défié les hautes mers

 Avec mes rêves j'ai pagayé

Et bourlingué de port en port

Dans tes sillons pour t'attraper

 

Tu m'as bien fait courir des lieues

Et des chemins pour t'approcher

Hypnotisé par  tes beaux yeux

Dont la douceur m'a envoûté

 

J'ai bien tenté en vain  t'atteindre

Et  dans ton cœur me réfugier

Mais je n'ai jamais pu te rejoindre

Dans tous les ports et t'aborder

 

J'ai beau défier les grands dangers

Comme un Sisyphe courant toujours

Mais sans jamais un jour capter

Là dans tes yeux un  feu d'amour

 

Car à chaque fois  l'ancre à l'eau

Pensant camper dans tes parages

Très fort déçu je vois très tôt

Que voiles dehors tu as pris le large

 

M S Gasmi

 

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Bientôt 10 000 vues sur You Tube pour le teaser d' OVERCAST, le film d'Emmanuel SAEZ.

Pourtant il a été déposé il y a peu sur le site...

Et le travail sur les images est loin d'être terminé!

Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu...et faîtes connaître autour de vous !

Une aventure humaine de comédiens et d'un réalisateur du Sud de la France et un vrai scénario qu'il ne faut pas sous-estimer malgré le déferlement de l'action...


 

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Sonia PEREZ

 

Michel SIDOBRE

Acteur:

http://michelsidobre.blogspot.fr

Auteur:

http://sidobremichel.onlc.fr

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♦ Le dit d'obstination du cherche-monde

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Juste ma part goutte d’eau à toutes les ambitions mouillées

 

A la source et au libre cours de penser notre condition

Cette évidence à dire, tout nous réclame du cherche-monde

Ainsi à me joindre à une œuvre belle de l’intelligence

Concevoir les voies d’un grand tout meilleur pour nous les voyageurs

Pour nous la même histoire, tous un jour ou migrants ou mendiants

 

Si petite soit-elle, simple goutte d’eau, ainsi j’apporte

Ma contribution aux contrées sept soleils tout en pluie,

Et pour vous dire jailliront un jour en cent lieux inhumains

Les ambitions bien mouillées qui, de la vie, feront des miracles

De l’un à l’autre et de par le tout juré à chaque naissance  

 

Laissons, laissons, et d’un élan …  

 

Idéal et Réalité se disputent tous les esprits

Depuis longtemps mais quels traquenards ces deux caricatures

Paradis et enfer, mais toujours l’opprobre sur nos visages

Tant de prétendus grands civilisés crèvent de peur partout

Au présent, leurs murs de haine, affronts cruels aux miséreux           

 

Pourquoi donc cette gouverne là de l’espèce rapace

Ces faits insensés de la Terre qui lui fournit tant de proies

Pourquoi donc ou lui servir ou subir ses plans de prédation

Faisons bien plus que des cris, épouvantails ou bien jets de pierres

Pour mettre fin aux tueries du vivant, à ce qui en est cause

 

Laissons, laissons ce monde temps détraqué, et incohérent

Ce monde qui m’a fait étranger là où je poursuis mon histoire

Tant il répand de messages de rejets de la cause humaine

Tant il est de gens têtes lasses et je ne sais où perdus

Comme après une catastrophe qui leur aurait fait grand mal

 

Laissons, laissons ce monde précipité dans la décadence

Ces verticales avec aux sommets le commerce des vanités

L’arrogance de dieu l’argent et de sa canaille corrompue

Ces horizontales tentaculaires avec aux bouts tant de violences

Ainsi des hommes vivent là exclus, détritus des décharges    

 

Laissons, laissons ceux qui de la vie et qui du temps d’aujourd’hui

Sont bien mal instruits et dont les esprits se tordent et s’inversent

Je ne comprends pas ceux qui sont toujours et encore à se plaindre    

Alors que leurs soucis sont bien peu, je ne comprends pas non plus

Ceux qui nous jugent indifférents juste pour sublimer leur cas    

 

Laissons, laissons tout ce qui est chantage pour une vie heureuse

Tout contrat dominant-dominé, tueur de liberté

Des liens solidaires qu’il faut avoir pour tout projet humain

Laissons, laissons, les idéologies et les prêcheurs lyriques

De ceci ou cela, la voie d’un bonheur pour tous et durable

 

Cherche-monde, c’est d’abord de l’appétence à vivre son temps

Ca demande de faire en tout la bonne part des choses

Puis de penser métamorphose, ce grand tout qui se transforme

Le monde vivant et tout autour, les rapports entre nous

Cherche-monde, c’est l’élan certain du plus petit au plus grand

 

 Le cherche-monde, c’est au présent et depuis longtemps …

 

Cherche-monde, c’est se dire à l’aise et recommencement

Juste d’une fenêtre ouverte dans l’air frais d’un matin 

C’est chaque fois l’attention et le temps pris pour bien observer

Ce qui se passe et qui peut tant développer les connaissances

C’est toute action signifiante même si c’est peu qui en reste

 

Cherche-monde, voyez-le qui marche, marche et qui ainsi change  

C’est l’enfant des premiers pas, les bras tendus vers on ne sait quoi

C’est le manifestant monde futur même au mal entendu

C’est chaque marcheur monde épars et qui le refait traverse

Du temps, des espaces, alchimie des croisées et des rencontres        

 

Cherche-monde, voyez-le en condition de l’apprenti

Apprenti de tout, compagnon de la flore des impatiences

Toujours beau l’effort même si on n’est pas sûr de réussites

Même si des obstacles et des déceptions d’ordre imprévu

Ces trous noirs où tout peut disparaître de nous d’un coup   

 

Cherche-monde, pensez-le qui a l’œil de la bonne observance

Œil ouvert avec l’objectif de transpercer tout masque ou écran

Œil spécial envoyé aussi loin qu’il puisse être témoin       

Œil élargi quittant la planète à grands coups de télescope

Interprète des univers, ceux qui sont et ceux dans l’hypothèse

 

Cherche-monde, pensez-le révolution par ses questions

Nécessaire est la remise en cause de tant d’incohérences

De tant d’entreprises mortifères et tant et plus irresponsables

Assez des idéologies de progrès qui sont en parjure avéré

Assez aussi de la publicité d’un bonheur d’anorexie

 

Cherche-monde, voyez-le décideur du sens de ses œuvres

De l’épreuve de ses talents même en domaines méconnus

Nul stress du temps au zéro de l’état physique et mental

C’est la nouveauté poétique de toute voie qui affranchit

Tout dominé sans qu’il ait besoin des utopies en calicots

 

Cherche-monde, voyez- le dans cet artisanat à l’essai    

D’une philosophie où préférence est donnée à la juste mesure

Des nourritures du corps et de l’esprit sans s’oublier de partages

Sans s’oublier de cérémonies d’accueil, de recueil des amours

Sans s’oublier la fête en des jours parfaits à chanter, danser et rire

 

Cherche-monde, c’est qui conçoit la vie, sa vie dans l’inconstance

Inutile de la forcer d’atteindre un absolu bonheur qui n’est pas

Et stupide de la sacrifier pour mériter sa place en la société

Des appliques tout le temps de pénitences et de repentances

Cherche-monde, ce n’est vraiment pas, du sacré à l’amertume

 

Cherche-monde, c’est qui conçoit sa vie au grand besoin du pluriel

On peut très bien se contredire mais l’essentiel, c’est qu’on s’accorde

La possibilité de plus d’une direction pour mieux se plaire

Dans ce qu’on fait sur Terre même si l’époque c’est l’hallali

Du temps stressé et de projets rendus toxiques ou désastreux

 

Cherche-monde, c’est qui sait où est la substance de toute histoire

Certainement pas au terminus même si c’est en paix

Même si au dénouement les trompettes de la renommée,   

Et je dis : Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage

La vie en périple, poésie calypso de mille épisodes

 

Cherche-monde, je suis … Ma révolution permanente

 

Cherche-monde, je suis, en persistance manifestement

Ma révolution, c’est quérir de l’extra dans l’ordinaire

Partout où la vie me mène, et m’apprend les choses humaines

L’iniquité des conditions mais quand même tant de ces éclaireurs

Des univers autres que la Terre malheur à tous ses résidents

 

Cherche-monde, je suis, et depuis l’enfant qu’il m’en souvienne

Je l’ai été manifestant avec des camarades grands tournesols

Je l’ai été en l’école des projets subversifs où l’on récolte

Bien plus qu’on ne peut le penser et le concept de vraie richesse

Je le suis si fort par chaque fait de beauté toujours pareille

 

Cherche-monde, je suis, fidèle à tout ce qui me fait les yeux clairs

Même au temps atteint de départies et de pierres des peines

Cherche-monde, je suis, adepte de vivre avec de l’enthousiasme

Au lieu de me déglinguer le moral à grands coups de diktats la peur  

Le malheur, la catastrophe à toute heure, le tocsin du rien fatal

 

Cherche-monde, je suis, je dégage tout des propos de crises

Je m’évite bien des pièges et de servir à tout tri sélectif

Mon identité, c’est je suis, qui suffit pour tout assumer

Je mets du sens dans ce que je fais et du côté efficace

Pour ma satisfaction et d’autres en compagnies et mutuelles

 

Cherche-monde, je suis, et c’est juste question de me porter bien

Tant que je le peux, tant que je sais encore ouvrir des portes

A des choses positives, significatives de plus d’accordances

Avec le placer au-dessus de tout de la vie et des amours 

Quand bien même l’adversité et les drames que chacun connaît

 

Cherche-monde, c’est dit foutu, combien de terribles nouvelles

Comme on nous braque, comme on nous tue l’éclabousser d’un regard

Tant l’arnaque médiatique, cent fois les mêmes méchancetés

Tant ces yeux déglingués, voyeurs cathodiques qui les répètent    

Welcome sur des paillassons mais par l’audimat ça déconne

 

Cherche-monde, c’est dit rêvé ou par la moitié indignée

Mais ce ne sont pas les dimensions pour la métamorphose 

Quitter ce qui ronge, les relations d’avec tant de mensonges   

Telle la valeur travail mal récompensée et je dirai massacrée

Tant de travailleurs hélas martins de guerre lasse, nuit et jour

 

Cherche-monde, c’est dit risqué, mais qu’est-il donc préférable

Se faire cité interdite d’aller voir le monde tout autour

Ou se faire cité ouverte au grand colportage et s’y enrichir

De choses innombrables par du troc entre gens honnêtes

J’ai quant à moi choisi le cherche-monde de proche en proche

 

Dans ce monde j’en ai un autre, de la fable de comment

Une petite bestiole peut se moquer des mailles d’un piège

J’en ai fait une pratique espiègle contre tout ce qui emprisonne

Avec d’autres qu’on dit petits mais vraiment en rien démunis

Pour la réflexion, l’action, pour faire du meilleur autour d’eux

 

Dans ce monde, j’en ai un autre, c’est un pays innombrable

Il y a quantités de choses qui se donnent, à la portée de tous

Il y a l’art de l’agora d’un temps formé sentimental

Mémorial du premier amour et comme autant je l’imagine

Recommencement par chez moi et dans le monde sans frontières

 

© Gil Def - 30.10.2013

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La maladie d'amour

 

Est-ce une maladie, ou un état de grâce,
Cet envahissement qui soudain nous surprend,
Nous attire, grisés, irrésistiblement,
Vers un être de chair qui prend toute la place?

Le décor s'ensoleille, en devient allégé.
Nous vibrons exaltés par une joie suprême.
Désormais, par celui qu'on aime et qui nous aime,
Notre sort restera savamment protégé.

C'est la félicité qui rend les saisons bonnes.
On s'étonne attendri d'avoir été l'élu.
Tout  paraît accessible, on n'hésitera plus.
Le bonheur fait grandir, on reçoit et l'on donne.

 

Mais un état de grâce, comme tous les états,
N'étant que temporaire, devra certes changer.
Cela dépend de nous et beaucoup des dangers
Qui, en suivant leur cours, ne nous évitent pas.

 

Lors, c'est la solitude, subie dans la douleur
L'accablement d'un mal qui enfièvre parfois,
Et fait dans le silence, trembler certaines voix,
Qui inventent des chants doux et ensorceleurs.

22/2/2004

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MELANCOLIQUE...

Dans le matin gris monte une musique jazzy

Une voix rauque invite à la mélancolie...

Dans un rythme doux les souvenirs abondent

Au bord des cils hésite une larme vagabonde...

Ce n'est pas encore l'hiver, mais froid envahit

Ce n'est pas le corps mais le cœur qui est transit!

L'impuissance des efforts et ce cri trop rentré...

Le désir fort et fou, d'être malgré tout aimé!

Et soudain une envie de contempler la mer

Comme si l'étendue d'eau effaçait nos déserts!

Une bûche sur le feu où crépitent des brindilles

Un appel si vibrant vers tes beaux yeux qui brillent!

J.G.

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Sieste,

Un rosier blanc,

à l’orée d’un étang,

Une allée verte,

je m’y étends ;

un ange bleu,

sur moi se pose,

inanimé et grand ;

est-ce là votre pensée,

qui dans mon âme tourbillonne,

et dans mes yeux émus,

persévère à fleurir ?

l’immortelle !

effluves blanches,

vous m’entêtez un peu,

mais le chant mesuré de l’étang,

rend tout joyeux mon corps,

et mon esprit fécond,

plus vivant.

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Au fil du temps

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Je ne te vois pas soumise mais ne crois pas pouvoir être dominante, ce n’est qu’un mirage, je le suis tout autant !

Ce ne sont pas des ailes d’anges, ni de démons, elles nous emportent, Diabliczka et j’aime me laisser emmener dans tes rêves, les miens, les nôtres !

Comme cette fois, cette idée venant de toi et inconsciemment exploitée par moi, le résultat de ces dessins et de ses peintures est éloquent. Continuons, même s’il y a danger d’être emportés vers des moments troublants, des moments où nous perdons tout contrôle, mais, ne serions nous pas durant ces instants, tout simplement, nous ?

Toi, Diabliczka et moi, Méphisto ?

Nous ne les cherchons pas, ces instants, nous ne les provoquons pas non plus, ils arrivent au fil du temps !

 

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Vers d'inconnus rivages

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Nous sommes épargnés, en ne connaissant pas
Les étapes à franchir au cours de ce voyage,
Qui, nous ne savons quand, s'arrêtera là-bas,
Sans soleil éclatant, sans merveilleux nuages.

Les étapes à franchir au cours de ce voyage,
Nous permettront souvent de délicieux ébats.
Sans soleil éclatant, sans merveilleux nuages,
Parfois nous serons tristes, ou bien seulement las.

Nous permettront souvent de délicieux ébats,
Des haltes dans des lieux superbement sauvages.
Parfois, nous serons tristes ou bien simplement las,
Quand, pour nous souvenir, nous tournerons des pages.

Des haltes dans des lieux superbement sauvages,
Sous des cieux envoûtants, d'indicibles galas.
Quand pour nous souvenir, nous tournerons des pages,
Nous viendront des regrets parsemés ça et là.

7 mars 2008

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Je pense à toi, ou bien à vous,

Car il arrive que l’on joue

À vouvoyer ceux que l’on aime,

En se prenant au jeu soi-même.

Mais ce plaisir est démodé.

On tutoie pour accommoder,

Pour ne pas paraître pédant.

Mais sans tendresse, cependant.

Je t’ai vouvoyé à l’époque

D’une amitié sans équivoque,

À ce que croyaient nos amis.

C’était au temps des pas permis.

Je t’ai tutoyé en silence,

Durant ton obsédante absence,

Mais vouvoyé dans les sonnets

Que souvent, je te destinais.

 

Pensées et vœux d’anniversaire,

D’une âme vivant, solitaire.

Tu les liras, avec émoi,

Certainement, plus d'une fois.

30 juin 2008

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Une douse habitude

 

Un vague sentiment d’abandon me saisit.

Je n’appellerais pas cela mélancolie.

L’été qui, a perdu son énergie ardente,

Délaisse le gazon et les fleurs en attente.

La haie, soudainement, semble s’être figée;

Ne s’y reposent plus des oiseaux passagers.

Le ciel uni parait un écran sans images;

Le soleil qui le nacre, en cet instant voyage.

Inactive à nouveau, je fais face à la vie.

De fidèles abeilles satisfont leurs envies

Ou récoltent, sans doute, en simples travailleuses,

Menées par leur instinct, force mystérieuse.

Moi, dont la volonté demeure au ralenti,

Je me plais à trouver ce qui me divertit.

Or pas de nouveautés; un manque qui m’étonne.

Pour me ragaillardir, me voilà qui chantonne.

Je ne fais aucun choix; ma mémoire s’impose.

Les notes se marient sans permettre de pauses.

Pour la musique, il faut s’en remettre à la voix.

Ce magique instrument me fascine parfois.

12 septembre 2006

 

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administrateur théâtres

12272970069?profile=originalRodrigue et Chimène : deux êtres épris l’un de l’autre  qui seront grillés à petit feu sur l’autel de la gloire et du devoir. Rodrigue va-t-il laver l’affront fait à son père et tuer le père de Chimène ?  Il choisit la  solution héroïque qui lui conserve l’admiration de sa Chimène mais  il s’empêche ainsi de l’épouser à jamais. La barbarie du système de l’honneur du clan force Chimène à demander vengeance et à faire  immoler le seul homme qu’elle aime. L’Infante, secrètement amoureuse de Rodrigue, elle aussi, s’est pliée à la règle des convenances et ne s’est pas autorisée à aimer plus bas qu’elle! Elle a donc « offert » Rodrigue (Laurent Capelluto) à Chimène (Laure Voglaire).  Les rebondissements imprévus rendent un espoir insensé à L’Infante (une très  impressionnante France Bastoen) qui est à nouveau tourmentée  par  la folie d’amour… jusqu’à cette scène inoubliable d’extase en solo.  En ce qui concerne Chimène - victime de  l’orgueil de son clan et de  ses principes inébranlables - elle est prisonnière de son devoir et la préservation d'une image de perfection se met en travers de l’amour avec une constance effroyable. Seul un  roi avisé pourra changer la loi, défaire les codes barbares et faire retrouver Raison … et Amour.

12272970091?profile=originalModernité. Qui  de s’échauffer, qui  de se rafraîchir, de se précipiter en retard, une rose ou un sachet de provisions à la main : dès le  début du spectacle, le spectateur se trouve confronté à un long prélude muet d’allées et venues des comédiens qui se préparent au tournoi verbal.  Dominique Serron, la metteuse en scène ne recherche nullement l’illusion théâtrale, elle  a choisi de privilégier l’énergie  créatrice de chacun, le corps et la parole pour exprimer la violence des sentiments emprisonnés dans le texte de Corneille.  Ni décor historiciste, ni  même de sage neutralité avec un plateau nu et épuré. Le pourtour du plateau est encombré par le matériel quotidien utilisé par les comédiens lors des répétititions:  de la table de repassage, à la carafe d'eau fraîche pour se désaltérer. Ils se changent, se maquillent, se sustentent, s’ébrouent, se retrouvent le texte à la main.

12272971255?profile=originalIntensité. Et puis tout d’un coup on assiste au jaillissement du jeu dramatique qui fait fuser l’émotion.  Le spectateur est auditeur libre d’une répétition,  d’une réelle séance de travail, que l'on peut imaginer évolutive. Déjà que les personnages ne sont pas interprétés par les mêmes comédiens tous les jours!    Donc le seul point d’appui  où se construit peu à peu le spectacle est cet environnement naturel dans lequel baigne le comédien, un envers de décor invisible ou imaginaire. L’énergie du texte de Corneille se libère à mesure. Comme s’il s’agissait d’un concert dont on ne possède plus les instruments anciens, les comédiens ont pour tâche de trouver au fond d’eux-mêmes l’authenticité du texte. La troupe est un faisceau d’énergies  portées par le rythme parfait de l’alexandrin. Cette  caravelle qui vous embarque dans l’ivresse de la langue. Voilà un centrage sur la parole et le corps sans aucune autre distraction.

12272971082?profile=originalAuthenticité. Alors le lyrisme devient viscéral. Les coups de talons fâchés et cadencés, les gestes ibériques millénaires se réveillent et le flamenco est au rendez-vous. Le corps prépare le jaillissement de la parole.  Ces parties dansées sont des  moments intenses de ressourcement et des  moments de concentration et  d’unisson extraordinaire, chaises à l'appui!  Comme pour reprendre après ces respirations rythmiques  le texte avec plus de vérité encore.  Il y a  ce tango particulier où chacun est face à une  chaise de bois. La dure réalité ? Le sol du plateau rugit sous le questionnement, sous la douleur de la décision impossible. C’est le drame du choix impossible. C’est un  aller-retour dans l’introspection: entre la vie et la mort, entre la vengeance et l’amour. Ainsi s’allume le feu dramatique qui dévore chacun des  personnages et qui gagne peu à peu le spectateur pris dans les flammes vives de la création artistique.

Le drame est  incandescent,  vécu par chacun avec vérité absolue. Voici le cast de comédiens  fascinants qui a fait vibrer la salle entière le mardi 12novembre, jour de la première : Laure Voglaire, Laurent Capelluto ; France Bastoen, Patrick Brüll, Daphné D’Heur, Vincent Huertas, Julien Lemonnier, Luc Van Grunderbeeck. Faut-il souligner que nous avons été charmés de retrouver le duo Laure Voglaire, Laurent Capelluto (qui jouait avec tant de sensibilité dans les "1001nuits" récemment au théâtre du Parc) et que nous avons été séduits par le jeu plein d’intelligence et de finesse de Daphné d’Heur dans le rôle d'Elvire, la suivante?

 

 

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece3.html

 Huit partitions jouées par une équipe de onze comédiens :

Rodrigue : Laurent Capelluto ou Fabrizio Rongione
Chimène 
: France Bastoen, Alexia Depicker ou Laure Voglaire
L’Infante
 : France Bastoen ou Daphné D’Heur
Le Roi
 et Don Gomès : Patrick Brüll ou François Langlois
Don Diègue
 : Luc Van Grunderbeeck
Don Sanche
 : Vincent Huertas ou Julien Lemonnier
Don Arias
 : Vincent Huertas ou Julien Lemonnier
La suivante
 : Daphné D’Heur, Alexia Depicker ou Laure Voglaire

 

En savoir beaucoup plus : http://infinitheatre.be/

 

 

 

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Crépuscule

Après un long silence, voici ma dernière nouvelle que je vous propose de partager:

CREPUSCULE

 

J’étais veuve depuis six mois déjà quand il m’est arrivé une mésaventure qui n’a pas fini de me perturber. La disparition d’Alain était ce qu’on pouvait souhaiter de mieux pour lui, en regard des souffrances qu’il endurait depuis si longtemps et que j’étais tout à fait incapable de soulager. La descente par paliers dans la maladie est quelque chose d’affreux quand il s’agit d’un être tendrement aimé. Pourtant j’ai plus ou moins bien tenu le coup, du moins en apparence. Je me souvenais avec amertume de ce que mon éducation religieuse m’avait inculqué sur les fameuses « grâces d’état », sensées aider à affronter les épreuves les plus pénibles. Etait-ce cela qui me faisait me lever sur la pointe des pieds pendant la nuit quand je sentais la panique m’envahir ? Il me semblait alors qu’Alain aller percevoir les battements précipités de mon cœur et cela je voulais l’éviter à tout prix.  Je m’asseyais au bord de la baignoire ou sur le WC et je bandais toutes mes forces pour me calmer. Je me répétais que dans quelques heures il ferait jour et que la reprise de l’activité quotidienne me servirait de dérivatif.

Après coup, je me suis demandée si j’avais fait tout ce qu’il fallait pour mon compagnon, si je n’avais pas montré ici ou là quelques signes d’impatience. La vie le quittait, alors que j’étais moi-même encore pleine d’énergie. Il existe des moments de compassion extrême mais il y en a d’autres où, malgré soi, on prend une sorte de hauteur. La souffrance n’est pas partageable et je ressentais alors que nous étions chacun condamné à la solitude. L’être avec lequel j’avais tout partagé se refermait sur ses secrets et j’en faisais autant. S’était-on jamais connu à la fin, en partageant le même lit?

A présent que tout était fini, ma solitude se révélait pleine et entière. Ce vide vertigineux, ce sol qui se dérobait, cette maison vide qui ressemblait à un caveau, je devais les boire jusqu’à la lie. Et pourtant la vie continuait, c’est ce que mon entourage s’ingéniait  à me faire entendre, à l’approche de la réunion traditionnelle qui rassemble tous les étés les amis de toujours. Tout le monde souhaitait ma présence et si j’ai commencé par résister, j’ai finalement promis de me faire belle et de sourire. En aurais-je la force? Le soir, avant de me coucher, j’ai forcé un peu sur les calmants, pour être relativement en forme et reposée le lendemain.

La matinée a été mauvaise et plus l’heure de la réunion approchait, plus je me sentais mal. Comme si j’allais subir une épreuve où chacun serait là, à me guetter, dans l’attente de la moindre faute, pour me sanctionner par des encouragements ô combien cruels et inopportuns. Je craignais surtout que la nostalgie revienne en force à cette occasion. Retomber dans cette sorte de folie collective, comme si n’avait changé pour moi, ça me faisait très mal car je savais, au contraire, que l’insouciance et la légèreté appartenaient à une époque révolue, au cours de laquelle je n’avais jamais imaginé que notre couple pouvait se briser si tôt par une séparation sans retour.

Manger, boire, plaisanter, n’échanger que des propos sans queue ni tête, c’est la règle dans ce genre d’assemblée. La vie se dessine colorée en rose par l’alcool et l’amitié, dans l’oubli des soucis et de la réalité.  Ce mirage sans lendemain fait tant de bien sur le moment. Nous buvions tous un peu plus que de raison dans ces circonstances mais comme nous avions le vin gai,  Alain et moi, nous savourions quelques heures hors du temps. Nous nous sentions d’une bienveillance merveilleuse, persuadés que nous avions tout compris de la vie, imaginée comme une longue suite de jours ensoleillés, sans un accroc, par la force de notre amour mutuel. Et si par aventure l’un ou l’autre des convives devenait un peu grincheux, nous étions là pour le consoler et boire ses larmes.

Jusqu’à présent j’avais eu le courage de ne pas m’anesthésier dans l’alcool. Comme cette amie qui, quelques années après la disparition de son compagnon, s’écroule, un peu débraillée et somnolente sur sa chaise, à tel point qu’on se demande si elle ne va pas s’effondrer dans son assiette.

Pour le souvenir d’Alain, pour ma dignité, je ne voulais pas déchoir. Il faisait beau, j’avais mis ma plus jolie robe, je m’étais soigneusement maquillée.  Mon sourire était un peu crispé lorsque j’ai retrouvé mes amis mais enfin je souriais. A la dernière minute j’avais repris courage en me disant qu’il ne s’agissait que d’un entracte.

Bientôt la fête a battu son plein. Tout le monde s’est détendu, toute contrainte oubliée. Etre un élément parmi d’autres dans une assemblée décidée à s’amuser, me fondre dans la masse m’a permis de tenir le coup. J’ai bu quelques verres. Quel moyen de faire autrement? J’ai dansé une ou deux fois et je n’ai pas parlé d’Alain. Une légère ivresse m’a fait passer d’une sorte de sérénité à la conscience aiguë de ma perte. Il y a un an encore Alain était là, boute-en train comme d’habitude. C’est seulement en septembre qu’il avait commencé à ressentir une certaine fatigue. Pourtant, lors de cette fête, l’an dernier, il m’avait semblé que ses yeux, tout à coup, étaient comme absents.

Après la fatigue de septembre, tout s’est emballé. A quoi bon revivre ce long calvaire, entrecoupé d’espoirs, de rémissions, de rechutes, tout est fini. Je serre les dents pour ne pas évoquer une fois de plus le calvaire de la chimio et ses séquelles. Les nausées, les vomissements, ce mal de mer permanent qui  vous ferait souhaiter le naufrage si on était sur l’eau. Ne pas pleurer surtout, fermer les paupières pour retenir mes larmes, boire encore quelques gorgées de n’importe quoi, comme si je noyais d’eau un médicament fort amer. Ouf ! Personne n’a rien remarqué. Encore quelques heures et je me retrouverai chez moi, seule, j’arracherai ma robe, je me laisserai tomber sur le lit et avec un peu de chance je m’endormirai pour quelques heures au moins, en tâchant de ne pas rabâcher combien cette soirée-ci fut différente de l’autre, celle où Alain vivait encore.

Douce illusion ! Vers dix heures quelqu’un a proposé de finir la soirée dans un petit café populaire où l’on danse. Notre arrivée en bande a été remarquée et l’ambiance déjà chaude a pris une ardeur nouvelle.

Je suis assez jolie et ne parais pas mon âge. J’étais la seule femme encore jeune à n’être pas accompagnée. Ce qui n’est pas passé inaperçu. Comme d’habitude il y avait là quelques solitaires à l’affût d’une occasion. La danse leur permet de serrer leur partenaire de près, sans que cela n’engage l’un et l’autre à plus qu’une banale proximité. C’est aussi une opportunité pour les plus audacieux ou les plus sous pression de faire sentir à leur partenaire combien elle leur plaît. Ils n’ont qu’à laisser parler leur corps, langage muet qui émeut …ou effarouche les rigoristes. Celles qui disent  poliment, à voix basse et la bouche en cul de poule: «Monsieur, vous sortez de votre réserve et je ne puis le tolérer». Mais d’autres sont prêtes à aller plus loin, à la faveur d’un coin tranquille, sous les étoiles ou, s’il pleut, dans le confort relatif d’une voiture.

Moi je suis tombée dans le piège, en acceptant de danser avec un trentenaire assez séduisant. Nous avons échangé quelques mots. Il s’étonnait qu’une «si jolie femme» ne soit accompagnée que d’une bande de copains dont aucun ne semblait avoir avec elle d’autre lien que des rapports d’amitié. La flatterie était un peu grosse mais je ne peux prétendre que j'y ai été insensible. J’ai répondu qu’en effet j’étais seule depuis quelques mois sans mentionner mon veuvage.

Nous avons dansé quelques slows et, tout à coup, il a remarqué mon annulaire gauche, auquel je porte les deux alliances. Il a eu alors quelques mots de compassion. Il m’a embrassé la main qu’il serrait fermement et je n’ai pas eu le courage de la lui arracher. Et, subitement, contre ce corps d’homme, entre ces bras caressants, face à ces yeux qui cherchaient les miens, je me suis amollie et je me suis mise à pleurer à gros bouillons et je lui ai balbutié à l’oreille: «j’ai perdu mon soleil».

Il a eu un sourire étonné qui n’était pas loin de la dérision. Toutefois il m’a bécoté la joue en me serrant d’un peu plus près et il a fini par chercher mes lèvres. J’ai détourné la tête, tout à coup dégrisée, honteuse pour lui et pour moi-même. Je ne voulais pas de cette langue inconnue dans ma bouche, ni de ce souffle précipité, ni d’une étreinte à la va-vite, comme si j’étais une proie offerte que cet homme se sentait en droit d’emporter. Mais il  insistait, en chuchotant qu’il saurait bien me consoler, tout en plaquant contre moi un sexe avide et agressif. Ce n’était pas le genre d’argument qui pouvait me convaincre. Je ne ressentais plus que du dégoût.

 Je me suis dégagée, non sans mal car il ne lâchait pas prise. J’ai dit que je n’étais pas prête, que c’était trop tôt encore.  Aussitôt il a changé de visage. J’ai lu la déception, la colère, le mépris, oui, même le mépris, dans les yeux soudain exorbités, dans la rougeur des joues et du front de mon partenaire. J’en suis restée pantoise. Pendant ce temps je m’entendais traiter d’allumeuse et d’hypocrite.

Les mots qui sortaient de ce masque convulsé m’ont fait peur et révoltée.  Il n'y avait donc là qu'un mâle en chasse. Donner mon chagrin en pâture à l'ennemi – c'est bien ainsi que j'appréhende ce genre de mec – il n'y avait pas de quoi pavoiser. J'étais tellement en colère contre lui et contre moi-même que je lui ai allongé un soufflet. Il allait répliquer sans vergogne quand Kevin, l’ami intime d’Alain, s’est jeté entre nous. Cela tournait à la bagarre car Kevin aime se servir de ses poings et il n’était pas le seul parmi ces hommes allumés par la boisson.

 Nous les femmes, nous avons prêché la retraite et nous sommes sorties toutes ensemble. J’ai senti les bras compatissants de deux copines qui m’entouraient les épaules tandis que je tâchais de contenir les larmes qui avaient recommencé de couler, comme si j’avais ouvert les vannes de la détresse. Tout ce que j’avais tâché jusque là de juguler remontait à la surface.

Nos compagnons ont fini par nous suivre, après avoir échangé quelques horions avec l’emmerdeur et ses copains. Comme convenu, Kevin m'a reconduite à la maison, en remâchant sa fureur. Je l’entendais vitupérer, sans être vraiment attentive à sa façon de conduire assez brutale. J’étais toujours sous le coup de l’humiliation et je me disais que j'aurais mieux fait de me lâcher dans les bras d'une copine. J'aurais alors suscité de vrais mots de compassion et non la réaction bestiale que je venais d'essuyer.

J'espérais que j'en avais fini avec ce  malotru dont j'ignorais jusqu'au nom. J’essayais de me calmer en me disant que dans quelques jours cet épisode m’apparaîtrait sans doute comme un mauvais rêve. Quelle naïveté ! L’expérience dégradante du harcèlement était encore à venir. J’avais affaire à un fou, à un malade. Il nous avait suivis en voiture et il a lu mon nom à côté du bouton de sonnette. Après ça, il ne fallait pas être bien malin pour découvrir mon numéro de téléphone.

Alors les appels en pleine nuit ont commencé. Soit j'entendais la respiration d'un correspondant parfaitement silencieux, soit il m'injuriait en disant qu'il était occupé à se masturber en pensant à moi et il m'infligeait le détail de toutes les choses qu'il aurait aimé me faire subir s'il m'avait tenue à sa merci. Les deux situations étaient pénibles et je ne puis dire celle qui me perturbait le plus. Avoir affaire à un obsédé est effrayant car on devine à quelles extrémités il pourrait recourir. La violence et la haine des femmes s'expriment alors sans fard et la peur vous paralyse. Ces appels nocturnes à un moment où je me sentais psychologiquement sans défense, livrée à mon chagrin, à mes interrogations, à mes insomnies, tenaient du cauchemar. Ils ressemblaient tellement à un viol fantasmé que j'ai fini par craindre de sortir seule.

Je me suis organisée pour être toujours accompagnée. Le même chauffeur de taxi venait me prendre chaque matin quand je me rendais à mon travail, pour me déposer à la gare. Je n'allais pas restée cloîtrée, alors que j'avais repris le collier avec tant d'ardeur, après les mois d'interruption consécutifs à la maladie d'Alain. Le week-end je sollicitais l'un ou l'autre de mes proches, pour faire les courses. avec lui, éventuellement pour partager une sortie au cinéma ou au théâtre.

Bien sûr j'avais pris un numéro de téléphone privé, pour le fixe comme pour le portable. Cela ne m’a pas évité une succession de lettres, bien rédigées à ma surprise mais toujours venimeuses. .

Au bout d’un moment le ton des missives a changé. C'étaient des protestations de regrets et des excuses, pour une conduite que mon persécuteur qualifiait lui-même d'aberrante. Naturellement, tout ça était de ma faute. Je l'avais repoussé, après l'avoir encouragé et mis le feu à ses sens. On n'a pas idée d'être si accueillante et puis, soudain, de glace. Toutes les femmes sont un peu garces, c’est bien connu. Ce n'était pas la première fois qu'il subissait de telles avanies. Mais c'était la première fois qu'il éprouvait une telle déception car il ne cessait de rêver de moi. Il sentait que nous étions faits pour nous entendre merveilleusement au lit. Il me suppliait d'accepter de souper un soir au restaurant avec lui, afin que nous puissions enfin nous parler et nous comprendre. Il signait: «votre admirateur éperdu» ou  «celui qui est tout à vous». Et il attendrait ma réponse poste restante.  

J'étais persuadée d'avoir affaire à un dingue et n'allais certainement pas répondre à son insistance. Alors les vexations se sont intensifiées. J'ai eu droit aux insultes peintes sur la façade de la maison, à la glu dans ma boîte aux lettres et dans la serrure de la porte d'entrée. Ces derniers incidents demandaient une réparation immédiate. J’ai dû appeler un serrurier. Cela m’a valu d'arriver très énervée et en retard au boulot. J'ai craqué et je me suis payée une dépression. J'ai été renvoyée «dans mes foyers», jusqu'à ce que j'aille mieux. Cela m'a achevée. Ce n'étaient pas la solitude et l'inaction qui pouvaient me secourir

J'ai dû supporter bien des fois à cette époque la présence inopportune de Kevin qui n'allait pas bien, lui non plus. Il arrivait sous couleur de me réconforter. Il était souvent déjà un peu éméché et je n'avais pas besoin de lui dire de se servir, pour qu'il prenne le chemin du frigo et s'envoie bière sur bière. Les choses s'étaient toujours passées ainsi entre nous, du temps d'Alain et je ne pouvais lui faire grise mine, alors qu'il m'avait prise spontanément sous sa protection, lors de l'incident du bistrot.

Il me racontait que sa femme le repoussait.  Il la soupçonnait depuis un moment d'avoir un amant. Je prenais la défense de Monique car elle lui reprochait peut-être de

lever le coude si facilement. Il rétorquait que s'il buvait, c'était parce qu'il était très malheureux. J'essayais de compatir et de le réconforter mais je n'avais ni l'envie ni la complaisance de le consoler en tombant dans ses bras. Tous les hommes à ce stade m'étaient devenus odieux.

L'obsédé – je ne pouvais le désigner autrement – continuait à faire des siennes. Plus d'une fois j'ai eu l'impression la nuit qu'une voiture stationnait, tous feux éteints, non loin de chez moi. J'observais cette masse sombre d'une minuscule imposte dans la salle de bains car tout le reste de la maison était retranché derrière des volets et des portes verrouillées que je doublais d'obstacles tous les soirs.

Je me disais qu'en cas de tentative d'intrusion toutes ces choses entassées auraient en dégringolant sonné l'alarme. Je me sentais assiégée, toujours sur le qui-vive, mon portable à portée de la main et le cœur battant la chamade au moindre craquement de meuble. Qu'aurais-je fait si je m'étais soudain trouvée  face à cet homme? Je me souvenais à peine de ses traits mais pour moi il portait le masque de la folie et je me sentais défaillir de terreur.

Je m'étais rendue à la police et l'accueil reçu m'avait découragée. Je n'étais pas prise au sérieux. L'inspecteur qui m'avait entendue réprimait par moments un sourire, oui, exactement comme l'autre devant mon cri du cœur: «j'ai perdu mon soleil». Je me sentais à la fois ridicule et vulnérable car il avait une façon de me scruter qui me déstabilisait. Finalement il m'a fait comprendre que tant que mes accusations resteraient aussi vagues sur un personnage au demeurant anonyme, la police ne pouvait ni entamer une enquête, ni surveiller les abords de la maison. La colle dans la serrure, ça ne suffisait donc pas? Ni les lettres d'injures? Ni les appels téléphoniques que j'avais finis par enregistrer?

J'étouffais dans la maison et j'avais absolument besoin d'une évasion. Kevin me pressait de sortir avec lui et l'un de ses copains car il me trouvait avec raison une mine épouvantable. Ce copain était, paraît-il, dans leur enfance, le souffre-douleur de quelques gros bras à la cour de récréation. Il était dans la classe des petits et Kevin déjà en troisième. Alors il l’avait pris sous sa protection. Il l’avait ensuite perdu de vue, à la fin de l’école primaire. Et le voilà qu’il ressurgissait, adulte, aguerri et tout ruisselant de reconnaissance.

Qu'il y ait une troisième personne avec nous m'a rassurée car les têtes à têtes  devenaient plutôt pénibles. Kevin a un cœur d’or, c’est vrai mais il ressemblait de plus en plus à un gros chien qui réclame sa promenade ou son jouet favori. Ses mains potelées et pataudes erraient maladroitement à proximité de mon corps quand il s’asseyait à côté de moi sur le canapé. Et il se vexait quand je m’éloignais et me carrait dans un fauteuil, comme s’il y voyait une preuve de méfiance.

Les deux compères sont venus me chercher à l’heure dite. L’enfant timide et chétif était devenu une vraie balèze. Freddy était aussi grand et large que Kevin, l’air un peu plus juvénile. Comme s’il avait conservé un peu du duvet de l’enfance. Il avait revêtu son uniforme de marin pour fêter ses premiers galons. Il ne devait pas être à ses premières libations car il avait les yeux rouges et l'air bravache en diable. Le goulot d'une bouteille d'alcool sortait de sa poche revolver. J'ai jeté à Kevin un regard de reproche qu'il n'a pas semblé comprendre.

Nous voilà donc partis à l'aventure. Nous avons mangé dans un boui-boui. Nous avons ensuite navigué de bar en bar. Après le Chianti – pas très fameux – qui avait accompagné le repas, je me contentais d’eau ou de soda, malgré les moqueries de mes compagnons car je m’étais résignée à jouer le « bob ». J’étais désespérée mais pas au point de souhaiter me retrouver morte ou plus ou moins mal en point dans un fossé. De dernier verre en dernier verre la soirée s’éternisait. J’ai songé à dire aux deux poivrots de commander un taxi.

Je pouvais pour ma part ramener la voiture de Kevin chez lui. Mais, auparavant, j’aurais dû téléphoner à Monique et la mettre au courant de la situation. Tout ça était bien compliqué. Commander un taxi pour moi-même, afin qu’il me suive jusqu’à la maison de Kevin et me ramène ensuite chez moi, paraissait incongru. De plus je devrais expliquer la situation à un inconnu qui me prendrait peut-être pour une piquée. Et pourtant je n’avais pas la force de me retrouver sans protection sur la route. J’étais devenue une vraie poule mouillée. La confrontation avec Monique ne me tentait pas non plus. Elle commençait à m’en vouloir d’une situation que je n’avais pas voulue mais que je n’avais pas eu le courage d’éviter.

Que faire ? Les évènements ont décidé pour moi. J’en étais à mon troisième verre de Perrier quand mon persécuteur est entré, comme un vrai deus ex machina. Pourtant on n’était pas à l’opéra mais plutôt dans un vaudeville ! C’était cet homme-là qui m’avait tenue dans ses bras et tenté de m’embrasser. Il me paraissait plus petit et tellement quelconque, avec ses yeux trop rapprochés, son front qui se dégarnissait déjà, sa bouche molle et vorace. Aussitôt ma digestion s’est bloquée. Comme je pouvais le craindre et le haïr !

Les regards échangés étaient éloquents. Kevin s’était aussitôt à demi levé de sa chaise tandis que son copain le dévisageait, un peu interdit.

- C’est le mec dont je t’ai parlé qui harcèle ma sœur, oui, ma petite sœur et il va lui en cuire.

Je n’ai pas eu le temps de m’étonner du rang que Kevin venait de m’attribuer dans sa famille. Son ami, par mimétisme, avait pris lui aussi une attitude menaçante. Mes deux gardes du corps étaient là à se balancer sur place comme des orangs-outans. Il est vrai qu’ils ne tenaient déjà plus guère sur leurs jambes.

En même temps le troisième larron cédait à l’ivresse de m’insulter en public. Je me faisais traiter de putain qui avait besoin de deux mecs pour la satisfaire, alors qu’elle avait honteusement repoussé un garçon bien, assez bête pour imaginer qu’une telle salope allait lui ouvrir sa porte. Et ils étaient beaux les deux terreurs, avec leur gueule de travers, l’un en blouson crasseux, l’autre déguisé en marin d’eau douce.

Bon dieu ! Cette dernière injure était plus que n’en pouvait supporter un quartier-maître tout neuf. Les coups ont commencé à pleuvoir. Le patron a appelé la police, sans pouvoir protéger son verrier, ses bouteilles, ses tables et ses chaises. Toute tremblante je me suis réfugiée dans les toilettes d’où me parvenait le bruit de la bagarre.

A l’arrivée de la police le harceleur s’était déjà éclipsé, le nez en bouillie. Mes deux défenseurs, pas très frais non plus, ont tenté de s’expliquer, tandis que le patron demandait à grands cris qui allait payer les dégâts. Finalement nous avons été embarqués tous les trois au commissariat.

Je n’étais pas ivre. Mes explications étaient claires mais, semblait-il, pas convaincantes. L’inspecteur qui nous interrogeait est resté poli mais j’avais l’impression que pour lui j’étais une sorte de « veuve joyeuse », tout juste bonne à foutre la merde entre ses divers prétendants.

Je suis sortie de là brisée. La voiture de Kevin est restée garée à proximité du bar et j’ai pu enfin appeler un taxi sur mon portable pour rentrer chez moi. J’ai pleuré tout mon soûl et j’ai fini par m’endormir quelques heures sur le divan, avant de vomir cet infect repas, cette infecte soirée, cet infect individu qui demeurait impuni et insaisissable.

Depuis lors je suis en froid avec Kevin et sa femme. Monique s’est naturellement affolée en ne voyant pas rentrer son mari. Et j’étais tellement secouée que j’ai pensé à lui téléphoner seulement tard dans la matinée. Après quelques jours de silence, j’ai appris par Monique que le patron demandait le remboursement des dégâts. La note était plutôt salée mais j’ai préféré un arrangement à l’amiable et j’ai payé rubis sur l’ongle.

A présent je tâche de me ressaisir. J’ai  contacté plusieurs organisations féministes. Je me suis proposée comme bénévole, pour aider les femmes en détresse. J’aurais aimé  assumer une permanence dans un refuge pour femmes battues et, chacun le sait, il n’y a jamais assez de bonnes volontés pour remplir ces tâches ingrates. Malheureusement mes motivations ont paru suspectes aux deux responsables qui m’ont reçue. Elles ont estimé que j’y mettais beaucoup trop de passion. Du coup elles doutaient que je puisse garder mon sang-froid dans des occurrences difficiles. Elles m’ont rappelé qu’un forcené tente parfois de passer la porte et qu’il s’agit alors de ne pas perdre les pédales. A la vérité, à l’évocation d’un tel scénario, mes battements de cœur se sont accélérés et je me suis sentie tout à fait misérable, faible et démunie.

Mes  interlocutrices se sont aperçues de mon trouble. Elles m’ont chapitrée, en me conseillant de ne pas présumer de mes forces. C’était une fin de non recevoir et je n’ai pas insisté. Je me suis retrouvée écolière en faute devant Madame la Directrice. J’avais espéré un accueil plus chaleureux et je me retrouvais scrutée par deux techniciennes implacables.

Ce qui a plaidé aussi contre moi, c’est que je suis en congé de maladie. Attendre que j’aille mieux et que je retravaille pour être prise au sérieux ? Me revoilà rejetée, une fois de plus, à une  solitude non consentie. Prisonnière chez moi. Oh ! Bien sûr ma maison est une prison douillette mais je l’ai prise en grippe et j’y dépéris. Pour moi, l’enfer, ce n’est pas les autres mais leur absence.

Il existe des associations de veuves mais je ne me vois m’insérer dans une catégorie de femmes qui portent leur solitude comme une décoration au revers de leur tailleur. Je ne veux pas de papotages autour d’une tasse de thé, où l’on enfile comme des perles les bons et les mauvais souvenirs du temps ou « il » était là. Je ne désire pas partager inlassablement les reliquats de mes années de bonheur. Aussi je passe mon temps à consulter les petites annonces et les réseaux sociaux, à la recherche d’un secteur d’activités humanitaires qui demande des bonnes volontés, pour la préparation de repas, la distribution de vivres ou de vêtements, n’importe quoi d’utile que l’on confiait, il n’y a pas si longtemps, aux petites sœurs des pauvres. Je plongerais même les mains dans l’eau de vaisselle avec plaisir. Sans attendre d’autre merci que le sourire d’une personne qui s’attaquerait, à côté de moi, à la plonge. Agir, pour ne pas sombrer, sentir s’activer autour de moi les infatigables abeilles du partage. Je sens que l’issue est là. J’espère de toutes mes forces qu’elle ne tardera pas trop.

 

MARCELLE DUMONT

 

 

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L'un de mes vibrants credo , auquel il me plait de croire encore et toujours...
Merci Albert Camus, votre vision
intemporelle, est loin de m'être étrangère, et bien que je sache pertinemment à qu'elle point, elle est reconnue, je la publie aujourd'hui, rien que pour le plaisir de rafraichir nos mémoires  et en vertu du fait, que mon élan actuel, m'incite à épouser  ceci :

"Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel."

Chose promise, chose due, voici à présent le texte dans son entièreté :

 

 

Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,

En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires : l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.

Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

Albert Camus,

Le 10 décembre 1957,

From Les Prix Nobel en 1957, Editor Göran Liljestrand, [Nobel Foundation], Stockholm, 1958

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Agathon ceint d'une couronne de gloire

composée de la ramée du Laurus nobilis dit laurier noble ou laurier des poètes

d'Anselm Feuerbach

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administrateur théâtres

148335.jpg?width=140OPERA BUFFA (spectacle/dîner) Coup de cœur aux Halles de Schaerbeek

                                                                           D'après "Don Giovanni" de W.A. Mozart, une création de la Cie Laika & Muziektheater Transparant (Belgique)

Don Giovanni charme et manipule pour son plaisir. Et vous êtes invités à ses ébats lors d’un délirant banquet. Voilà Les Halles de Schaerbeek transformées en salle à manger. On se croirait au Repas de noces de Breughel : tables de bois brut  et tabourets, il ne manque que le bambin qui a chapardé une galette! Et pourtant, voici Mozart!  Les premiers couplets sont envoyés en flamand, le français s’y mêle, rugueux et approximatif mais combien chaleureux ! Un train d’enfer emplit les cuisines cachées par des double-portes battantes. La troupe de comédiens chanteurs s’abat sur vos tables, de coursives en coursives, vous distribue la vaisselle de fortune et les mets dernier cri que l’on se partage avec des convives inconnus. Ils vous content monts et merveilles culinaires, vous font saliver tant la musique et l’imagination se sont données le « la ». Une jouissance pour l’esprit le cœur  et les papilles, ce spectacle croquignolet est  fait pour les routards de la musique.  
À moins que ce soit pour une autre raison?  Un spectacle qui rallie, qui allie…bonne franquette et jubilation flamande et qui ne déraille jamais. Un mélange savoureux  qui  gonfle de bonheur et qui emballe l’oreille, les yeux et sûrement …le bouche à oreille! Dans des effluves de chocolat.12272975898?profile=originalLaika et Muziektheater Transparant font revivre, à leur manière, cette œuvre étincelante de Mozart et Peter Debie est le maître de la réjouissance... L’italien du compositeur autrichien donne la main aux parlers de Belgique et le résultat est un feu d’artifice verbal totalement festif sur une partition musicale de rêve. Mozart qualifiait son "Don Giovanni" d'opera buffa (titre de l’adaptation) : une pièce lyrique au ton léger, faite pour divertir, présentée ici dans une transcription contemporaine, pour orgue Hammond, contrebasse et violon. Mais les grands airs, eux,  restent ... immortels, chantés avec passion par  des voix  fraîches et pétillantes de jeunesse que l’on n’est pas prêts d’oublier.

                       

Un spectacle qui fait fondre de plaisir et qui a déjà pas mal touné, de la haute Normandie au Portugal avec une version portugaise. CONCEPT ET MISE EN SCÈNE Peter De Bie et Jo Roets / COMPOSITION MUSICALE Jan Van Outryve (d’après W.A. Mozart) / ADAPTATION DU LIVRET Jo Roets et Greet Vissers / INTERPRÉTATION ET CHANT Benny Ceuppens, Koen Janssen, Laurie Janssens / Dorien Mortelmans, Jokke Martens, Astrid Stockman, Marnie Zschöckner / MUSIQUE Wietse Beels, Pieter Van Buyten, Niels Verheest / SCÉNOGRAPHIE Peter De Bie / COSTUMES Manuela Lauwers / LUMIÈRES ET SON Anton Van Haver / CONSEIL Wouter Van Looy / CUISINE Peter De Bie et Bram Smeyers

photos©Phile Deprez

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http://www.transparant.be/en/productions/cat/productions-2013-2014

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