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12273089890?profile=originalIl s'agit d'un Essai de Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu (1689-1755), publié sans nom d'auteur à Amsterdam chez Desbordes en 1734. L'ouvrage, le plus célèbre de Montesquieu après les Lettres persanes et De l'esprit des lois, connut six éditions de 1734 à 1746. L'édition définitive date de 1748.

Les Considérations couronnent une constante méditation sur l'histoire romaine, ponctuée par le Discours sur Cicéron (1709?), la Dissertation sur la politique des Romains dans la religion (lue à l'académie de Bordeaux en 1716, éditée en 1799), le mémoire perdu sur la Sobriété des habitants de Rome comparée à l'intempérance des anciens Romains (1732), et poursuivie tout au long de l'Esprit des lois. Mais on n'oubliera pas que les Considérations sont contemporaines des Réflexions sur la monarchie universelle en Europe (publiées en 1891) et d'une analyse de la Constitution anglaise. Leur sens est donc autant politique qu'historique: un retour à l'Empire romain est impossible dans l'Europe moderne.


L'ouvrage va, en vingt-trois chapitres, des "commencements de Rome" au seuil de la destruction de l'Empire d'Orient: "Je n'ai pas le courage de parler des misères qui suivirent [le renforcement des Turcs sous Bajazet]: je dirai seulement que, sous les derniers empereurs, l'Empire, réduit aux faubourgs de Constantinople, finit comme le Rhin, qui n'est plus qu'un ruisseau lorsqu'il se perd dans l'Océan" (fin du dernier chapitre).

Méditation sur les causes qui menèrent une ville à l'empire du monde, et l'empire du monde à une ville, les Considérations, on le voit sur ce court extrait, sont aussi un magistral exercice de "style romain" (Voltaire), où se forge l'instrument de l'Esprit des lois.


D'Alembert a parfaitement résumé la trame des Considérations, par ce qu'il appelle "l'étude réfléchie de l'Histoire", entendons l'histoire philosophique, qui fuit l'accumulation érudite des "détails" au profit d'"un grand nombre d'objets distinctement aperçus et rapidement présentés sans fatigue pour le lecteur". "C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager l'ouvrage de Montesquieu. Il trouve les causes de la grandeur des Romains dans l'amour de la liberté, du travail et de la patrie [...]; dans la sévérité de la discipline militaire; dans ces dissensions intestines qui donnaient du ressort aux esprits, et qui cessaient tout à coup à la vue de l'ennemi; dans cette constance après le malheur, qui ne désespérait jamais de la République; dans le principe où ils furent de ne faire jamais la paix qu'après des victoires; dans l'honneur du triomphe, sujet d'émulation pour les généraux; dans la protection qu'ils accordaient aux peuples révoltés contre leurs rois; dans l'excellente politique de laisser aux vaincus leurs dieux et leurs coutumes; dans celle de n'avoir jamais deux puissants ennemis sur les bras, et de tout souffrir de l'un jusqu'à ce qu'ils eussent anéanti l'autre.

Il trouve les causes de leur décadence dans l'agrandissement même de l'État, qui changea en guerres civiles les tumultes populaires; dans les guerres éloignées qui, forçant les citoyens à une trop longue absence, leur faisaient perdre insensiblement l'esprit républicain; dans le droit de bourgeoisie accordé à tant de nations, et qui ne fit plus du peuple romain qu'une espèce de monstre à plusieurs têtes; dans la corruption introduite par le luxe de l'Asie; dans les proscriptions de Sylla, qui avilirent l'esprit de la nation et la préparèrent à l'esclavage; dans la nécessité où les Romains se trouvèrent de souffrir des maîtres, lorsque leur liberté leur fut devenue à charge, dans l'obligation où ils furent de changer de maximes en changeant de gouvernement; dans cette suite de monstres qui régnèrent, presque sans interruption, depuis Tibère jusqu'à Nerva, et depuis Commode jusqu'à Constantin; enfin dans la translation et le partage de l'Empire, qui périt d'abord en Occident par la puissance des Barbares et qui, après avoir langui plusieurs siècles en Orient sous des empereurs imbéciles ou féroces, s'anéantit insensiblement comme ces fleuves qui disparaissent dans des sables. [...] En laissant beaucoup voir il laisse encore plus à penser, et il aurait pu intituler son livre: Histoire romaine, à l'usage des hommes d'État et des philosophes" (d'Alembert, Éloge de Montesquieu).

L'expansion romaine met donc en oeuvre la totalité d'un fonctionnement social, où les visées réfléchies se conjuguent aux effets involontaires (par exemple, l'effet paradoxalement bénéfique des dissensions intérieures). C'est évidemment sur cette notion de système social ordonné par une logique interne que reposera la construction de l'Esprit des lois. Mais l'expansionnisme de Rome, produit obligé de sa structure particulière, se renverse quasi fatalement en logique de décadence quand la conquête détruit les causes de la conquête. Rome fournit le cycle grandiose d'un parcours politique complet, de la monarchie à la république et au despotisme, où l'Histoire peut, comme le remarque d'Alembert, prendre une forme systématique, fondée en vraisemblance, sinon en vérité.

Mais l'intérêt épistémologique du système romain tient moins à sa permanence qu'à sa singularité, comme le montrent les Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, que Montesquieu garda en portefeuille. Ce texte très court est tout à fait décisif, car il définit la spécificité de l'Histoire européenne, de l'Histoire moderne: "C'est une question qu'on peut faire si, dans l'état où est actuellement l'Europe, il peut arriver qu'un peuple y ait, comme les Romains, une supériorité constante sur les autres. Je crois qu'une pareille chose est devenue moralement impossible: en voici les raisons." Ces raisons tiennent aux nouvelles techniques militaires (armes à feu), qui équilibrent les forces des nations; au nouveau droit de la guerre, qui interdit de financer la guerre par le saccage des villes et l'esclavage des adversaires ("Aujourd'hui, les victoires ne donnent que des lauriers stériles"); à l'importance du commerce dans la puissance moderne, alors que le propre du commerce est de varier sans cesse, et donc de déplacer la puissance et de la limiter (par l'inflation); à la géographie, qui contrecarre en Europe les grands empires; à l'instabilité des politiques monarchiques; à la rapidité des communications et des informations, etc. Bref, la guerre est devenue moins décisive que les dispositions civiles (mariages, traités...), l'État moderne ne se laisse plus détruire, car on est entré dans un système d'équilibre européen.

On mesure sans peine l'intérêt d'une telle analyse pour la vision géopolitique de Montesquieu: à la coupure entre l'Europe et l'Orient se superpose une division entre Histoire antique et Histoire moderne, fondée sur une différence de civilisation.

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CONSEIL...

Dans un univers coloré

Dansent les éblouissements...

Au creux de tes rêves insensés

Sommeille l'essence de ton tourment...

A l'aube de ton renouveau

Se cache bien la fin du temps...

Et si tu trouves le monde si beau

C'est qu'il s'enfuit au firmament...

Au jour le jour va donc puiser

Un peu de vie en condensé.

Tu trouveras félicité

Avec l'envie de tout donner!

J.G.

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La rose,

Une rose désembrumée

à l'aube se déploie,

et tout le bleu du ciel boit ;

au dessus de sa silhouette claire,

un visage est penché,

cette ronde lumière

l'ensoleille toute entière.

Une rose désembrumée

à l'aube se déploie,

et de l'inanimée rosée,

s'hydrate se désaltère ;

au dessus de son cœur offert,

des yeux tout étonnés,

cette clarté solaire

la découvre toute entière.

Ainsi la voilà nue,

à midi sous le saule,

autour d'elle,

l'enfance volubile,

tourbillonne et chantonne.

La rose saoule de chants,

 de la tombée du soir s'impatiente.

NINA

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administrateur théâtres

12273088864?profile=original«  En chaque être, sommeille un livre… souffle l’éditeur de Céline Verlant qui ouvre grand la fenêtre sur le rêve. C’est Chagall qu’elle contemple, lui et sa sagesse. Puisque comme le souligne Sholom Aleichem , « La vie est un rêve pour le sage, un jeu pour le fou, une comédie pour le riche et une tragédie pour le pauvre. »

Elle nous invite à contempler l’universalité de l’œuvre de Chagall (Chagallus Universalis) dans son petit livre en forme de fenêtre, édité chez Lamiroy, illustrée d’images expressionnistes d’Yves Budin.

 

Céline Verlant est à l’écoute de toute une mythologie artistique qui s’est transmise de grand-mère à petite fille lors de nombreuses visites dans les musées dont elles raffolaient. C’est ainsi que souvent se transmet le mystère de l’émerveillement.

 

Sensible aux vibrations de couleurs concertantes du peintre, elle nous guide avec délicatesse sur les pas du peintre vers des  réalités essentielles : la beauté des fleurs, celle du bestiaire biblique ou domestique, des paysages, des astres et du ciel.  Amour et émerveillement vont sans doute de pair pour créer un univers magique unique,  protégé des fureurs du monde et du siècle, c'est le choix radical du peintre. Et Céline Verlant  partage avec Chagall une conclusion faite de ses bleus universels et intemporels. L’amour est l’évidence, l’énergie qui commande la création dans tous les sens du terme. Et l’œuvre de Chagall est pour elle un millefeuille de bonheurs recréés, qu’elle se plait à parcourir avec amour et admiration, dans une liberté de ton dynamisante.

 

 Tout en étant solidement documenté – Céline Verlant est historienne de l’art – , ce livre a la légèreté du rêve, et des personnages flottants –Luftmenschen –de l’œuvre de Chagall, maitre de la lévitation et de l'imaginaire. Quelle rencontre !

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chagall-11108dig-l.jpgDans son évocation de l’oeuvre du peintre,  Céline Verlant propose quatre pistes (l’homme, la société, l’animal, la nature) qui se retrouvent sous forme de quatre thèmes  présents comme par magie dans une gouache « Moi et le village » (1912), conservée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, similaire à la toile du même nom (1911) conservée elle  au Musée d’Art de New York.  L’homme ne serait-il pas à la société ce que l’animal est à la nature? 

 

Un hommage humble et émouvant. Si "pour les Juifs, le Mot est la seule patrie", Céline Verlant se sert de trois clefs, la création, l’interprétation et la transmission, pour célébrer l’hommage-anniversaire des trente ans de la mort du grand peintre. Ce livre est une merveilleuse introduction en tous cas à une autre promenade, celle que vous ferez dans la superbe exposition en cours aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique qui rassemble plus de deux cents œuvre du peintre légendaire du XXe siècle.

Marc CHAGALL

Exposition

28.02 > 28.06.2015

 http://www.fine-arts-museum.be/fr/expositions/chagall

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La Rétrospective Chagall (1908-1985) a eu plus de 300.000 visiteurs à Milan en septembre 2014 . C'est au tour des  Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Du 28-02-2015  au  28-06-2015.

Exposition en cours. rue de la Régence, 3   1000 Bruxelles

Plus de 200 œuvres de Marc Chagall provenant du monde entier ont été rassemblées pour cette importante rétrospective. L’exposition parcourt l’ensemble de sa carrière artistique, depuis les premières peintures en 1908 jusqu’aux dernières œuvres monumentales des années ‘80.

Si les grands thèmes chers à Chagall seront évidemment abordés, comme la culture juive, l’iconographie du village juif ou encore les traditions populaires, l’exposition se concentrera également sur sa rencontre avec la littérature du XVIIe siècle - et spécifiquement La Fontaine -, la découverte de la lumière et le traitement de la couleur. Un écho particulier sera donné à la période russe de l’artiste, au moment où son style si personnel le distingue d’un courant artistique  imprégné par la révolution cubiste.

Fidèlement retranscrit, le langage poétique original de Chagall embarque les visiteurs dans un univers époustouflant, témoin de multiples cultures et traditions. La Rétrospective Chagall (1908-1985) a eu plus de 300.000 visiteurs à Milan en septembre 2014.

Brochure (PDF) 

Organisée par les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique en partenariat avec le Palazzo reale de Milan, 24 ORE, Arthemisia Group, GAmm Giunti, cette rétrospective, placée sous le commissariat de Claudia Zevi, a été réalisée en collaboration avec Meret Meyer et Michel Draguet.

L’exposition réunira des œuvres de plus d’une vingtaine d’institutions internationales : Tate, MoMA New-York, Centre Georges Pompidou, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Museo Thyssen-Bornemisza, Fondation Beyeler, Fondation Maeght, Nagoya City Art Museum Japan, Musée de Saint-Pétersbourg, etc.

En Pratique :

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Rue de la Régence 3 -1000 Bruxelles.

Tél : +32 0(2) 508 32 11. 

E.mail : info@fine-arts-museum.be

Site web : www.expo-chagall.be

Service de réservations

reservation@fine-arts-museum.be

Tél. 02/508.33.33

Prix :

Normal : 14,50€ en semaine, 17,50€ le week-end

Seniors (+65ans) : 12,50€ en semaine, 15,50€ le week-end

De 6 ans à 26 ans : 7,50€ en semaine, 8,50€ le week-end

http://www.levif.be/actualite/belgique/chagall-ce-poete-qui-reve-d-amour/article-normal-371661.html

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Pâques

 

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 Pâques arrive avec le printemps,

Quand tout est clair et tout est beau.

C'est le moment du renouveau.

À la campagne la vie éclate,

Et, à la ville, les gens sont gais.

Chacun s'en va en liberté,

Parmi les fleurs et les oiseaux.

 

 

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Qui est là?

    

 

12273086882?profile=original- Qui est là? Le savez-vous?

- Oui, bien sûr! C'est notre amoureux, le printemps.

 

Cette année, dignement, l'hiver s'est retiré,

sans chercher querelle au printemps,

Lors celui-ci, discrètement,

est arrivé dans nos maisons,

dans nos écoles, dans nos coeurs.

La pluie va tout laver. Il y aura des fleurs,

.

Dans la terre des vers, partout.

Dans l'air, des papillons, les oiseaux de retour.

Reviendront  aussi les insectes.

Dans l'eau courante des rivières, il y aura

Des poissons frétillants, quelques fois tout petits.

 Et dans les bois, des animaux en appétit.

 

                                                          Le zéphyr circulant sans bruit

répand de la fraîcheur en ondée de tendresse. 

 

 

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Tina Modotti, amour et révolution

Voir la présentation PowerPoint ou télécharger le billet en PDF, illustré par une quinzaine de photos et un poème de Pablo Neruda, sur sur mon site.

12272844052?profile=originalAssunta Adelaide Luigia Modotti Mondini, communément appelée Tina Modotti, est née à Udine (Frioul, Italie) le 17 août 1896, son père est mécanicien, elle a un oncle, Pietro Modotti, qui est un photographe réputé dans la même ville. En 1897 ou 98, le famille s’installe dans les environs de Klagenfurt (Autriche) où son père a trouvé un emploi dans une usine de bicyclettes. C’est probablement lui qui a inventé le cadre de vélo en bambou qui est la spécialité de cette usine, la bicyclette de l’époque étant très lourde et peu commode dans cette région au relief accidenté. La famille revient à Udine en 1905, et Tina doit recommencer ses études primaires au début, en italien, après avoir les avoir faites en allemand à Klagenfurt. La réadaptation lui sera difficile, notamment à cause de la différence d’âge avec ses condisciples. Son père émigrera en Amérique vers 1908 avec sa fille aînée, où il rejoint un de ses frères établi à Turtle Creek (Pennsylvanie) depuis 1904. La situation économique sur la côte Est n’est pas très bonne, le secteur mécanique dans lequel il espère trouver un emploi est frappé par une grève qui durera un an et demi, et il part pour  San Francisco où il tente d’installer son propre studio de photographie dans le quartier de la Petite Italie. San Francisco offre beaucoup d’opportunités car la ville est encore en pleine reconstruction après le tremblement de terre, suivi d’incendie, qui la détruisit à plus de 80 % en 1906. Après un an, il doit abandonner ce projet qui est un échec et, revenant à son métier d’origine, il ouvre un atelier de mécanique où il fait surtout des réparations en tous genres. Il invente une machine à faire des ravioli qui rencontre un grand succès dans l’importante communauté italienne et sa situation économique s’améliore progressivement.


Pendant ce temps, la famille restée à Udine se trouve plongée dans une très grande pauvreté que Tina n’oubliera jamais. Elle a à peine 14 ans, travaille dans une usine textile et est la seule à apporter un salaire à la maison pour nourrir sa mère et ses quatre frères et soeurs.


En 1913, le père a les moyens de faire venir Tina à San Francisco. Elle débarque à Ellis Island le 8 juillet 1913 et répond au fonctionnaire de l’Immigration qui l’interroge qu’elle n’est “ni anarchiste ni polygame, et n’a jamais été en prison.” C’est l’année qui voit le plus d’Italiens quitter le pays : 3 % des 25.000.000 d’Italiens s’embarquent pour le Nouveau Monde cette année-là. Tina a 17 ans et trouve rapidement un emploi de couturière auprès de sa soeur dans le prestigieux magasin de mode I. Magnin qui propose notamment les dernières créations de Paris et a rouvert ses portes un an plus tôt. Sa grande beauté est vite remarquée, et elle est alors employée comme mannequin pour présenter les collections.


1914-1915 voit la région d’Udine être le théâtre de combats violents et le reste de la famille est obligé de fuir vers le sud pour trouver finalement un refuge dans les Abbruzzes où elle connaîtra une très grande misère. En 1915, San Francisco accueille l’Exposition Internationale Panama-Pacific officiellement organisée pour célébrer l’ouverture du canal de Panama, mais surtout pour célébrer la reconstruction de la ville après le séisme de 1906. C’est là que Tina rencontre celui qui deviendra son mari en 1917, le peintre et poète Roubaix de l’Abrie Richey (dit Robo), et est confrontée pour la première fois aux manifestations de l’art moderne. Au Palais des Beaux-Arts elle pourra voir notamment des oeuvres d’Edvard Munch et des futuristes italiens et des photos d’Edward Weston qui est déjà un artiste reconnu. Un an plus tard, elle abandonne le métier de mannequin et se tourne vers une carrière théâtrale, elle joue dans des opérettes médiocres données dans un théâtre italien local. Son talent et l’adoration du public sont peut-être à l’origine de sa découverte par un chercheur de talents de Hollywood. Le cinéma, encore muet, est alors en pleine évolution.


Tina Modotti et Robo arrivent à Los Angeles à la fin de 1918 et après quelques petits rôles, elle obtiendra les rôles principaux dans deux films, I Can Explain et The Tiger’s Coat. Dans ce dernier, elle porte une robe dont le modèle et le tissu ont été créés par Robo. Pour Tina et Robo, Los Angeles ne se limite pas à Hollywood et au cinéma. Ils font partie de tout un cercle d’avant-garde composé d’artistes, d’anarchistes, et d’intellectuels, tous fascinés par l’art, le mysticisme oriental, l’amour libre et la révolution mexicaine. Pendant ce temps, le père Modotti a acquis une certaine aisance et, en 1920, il a enfin pu faire venir son épouse et les enfants restés en Italie.


À Los Angeles, en 1921, Tina rencontre Edward Weston, photographe célèbre de dix ans son aîné, marié et père de 4 garçons, personnage important d’un autre cercle d’intellectuels bohèmes. Les deux groupes fusionnent quelque peu, se retrouvent régulièrement chez l’un ou chez l’autre, et Modotti et Weston ressentent rapidement une attirance réciproque. Le mariage de Tina et Robo bat déjà un peu de l’aile et Tina expliquera plus tard que leur union s’est progressivement dégradée, quoiqu’ils restent en bons termes, du fait de la personnalité de Robo, trop dépendant, qui ne peut la satisfaire ni sur le plan sentimental ni sur le plan sexuel.  Elle devient d’abord le modèle de Weston, puis son amante.  Robo et Weston sont invités à exposer à Mexico par le directeur de l’Académie des Beaux-Arts, le poète Ricardo Gómez Robelo, dont Robo a illustré un recueil. Il est prévu que Tina accompagne son mari, mais elle doit auparavant terminer le tournage de I Can Explain. Robo part donc seul pour le Mexique. Weston avait envisagé de partager un atelier avec lui, mais hésitait encore.  En 1922 elle part pour Mexico où Robo à contracté la variole, elle y arrive deux jours après son décès. Elle reste sur place et supervise une exposition des oeuvres de Robo, Weston et d’autres artistes californiens dont il avait emporté des travaux. Robelo l’introduit auprès des muralistes mexicains lors de ce premier séjour qui se termine brutalement lorsqu’elle apprend la maladie et le décès de son père quelques semaines plus tard.


Sa relation avec Weston qui s’intensifie et cette double perte provoquent une nouvelle prise de conscience chez Tina Modotti. Elle ne peut plus se satisfaire des rôles stéréotypés que lui offre Hollywood, ni de son rôle de simple modèle devant l’objectif de Weston, de Johan Hagemeyer et des autres membres du cercle de Weston. Elle commence à travailler au studio de Weston, à les accompagner, Hagemeyer et lui, lors de prises de vue en extérieur, et à les assister pour les travaux de laboratoire. Ce sont probablement ces expériences, plus les souvenirs de ses visites chez son oncle à Udine, qui l’incitent à installer son propre studio.


En 1923 elle retourne au Mexique, accompagnée cette fois de Weston et de Chandler, le fils de ce dernier. Weston s’est engagé à lui enseigner la photographie en échange de son aide au studio, elle devient donc officiellement son assistante. Le Mexico post-révolutionnaire des années 20 est en pleine effervescence sociale et culturelle, un peu comme le sont Berlin et Paris à la même époque, et la maison des Weston-Modotti devient un lieu de réunion célèbre où se rencontrent radicaux, écrivains et artistes tels que Diego Rivera, Anita Brenner ou Jean Charlot.


Instruite par Weston, Modotti maîtrise rapidement la technique photographique, et plus son séjour se prolonge au Mexique, plus elle s’éloigne de son influence pour s’investir dans le reportage photographique et rendre compte de l’agitation politique et de l’injustice sociale dont elle est témoin, ainsi que de la révolution culturelle en cours au centre de laquelle se trouvent les muralistes. Le 1er novembre 1924 une exposition où l’on peut voir des photos de Tina et de Weston est inaugurée en présence du président Obregón. Ils font la connaissance de l’écrivain D.H. Lawrence qui est alors au Mexique en train d’écrire son roman fameux Le Serpent à Plumes. Elle a lu Oscar Wilde, Edgar Allan Poe, Freud et Nietsche, et ses idées radicales, alimentées par les souvenirs de la misère connue en Italie ont été renforcées par l’influence de son mari. Son amitié avec les muralistes, et Rivera en particulier, tous proches ou membres du Parti communiste mexicain, la fortifie dans son engagement politique et l’amène à devenir la photographe officielle de ses fresques en 1925. Elle fait la connaissance du poète russe Vladimir Maïakovski, un des chefs de file des futuristes russes. C’est pour elle une période de grande activité artistique et politique, où elle s’implique surtout dans des campagnes pour la libération des prisonniers politiques ou la promotion des mouvements de libération internationaux, laissant de côté les débats idéologiques qui ne l’intéressaient que très peu.  Fin 1925, début 1926 elle retourne à San Francisco auprès de sa mère gravement malade. Elle fréquente tous les amis de Weston et le studio de Dorothea Lange. En 1926 elle sillonne le Mexique avec Edward Weston et son fils aîné, Brett, prenant des photos pour illustrer le livre d’Anita Brenner Idols Behind Altars (Des idoles derrière les retables), une réflexion sur l’art moderne mexicain et ses sources traditionnelles et précolombiennes. En novembre de cette année 1926, la rupture entre Weston et Tina Modotti est consommée : l’écart entre leurs conceptions esthétiques et l’engagement politique et social de Modotti, qui se tourne vers l’extérieur alors que Weston est dépourvu de tout réalisme social, la nostalgie de Weston qui voulait revoir sa famille, et la volonté de Modotti de rester au Mexique où elle pressentait qu’elle avait un rôle à jouer dans la révolution culturelle et sociale en cours, toutes ces différences qui s’accentuent provoquent leur séparation. Ils ne se reverront jamais, mais resteront en contact permanent jusqu’en 1931, date à laquelle Modotti s’installera en Russie.


 Elle mène de front son oeuvre personnelle, les photographies de travaux d’artistes mexicains destinées à la publication de livres d’art ainsi que ses travaux de photojournalisme pour El Machete, le journal du parti communiste mexicain, et une activité de photographe plus conventionnelle, alimentaire, réalisant de nombreux portraits en studio pour la riche bourgeoisie de Mexico. Sa maison est devenue un lieu de rencontre pour les exilés dont elle soutient les luttes de libération nationale et pour nombre d’artistes mexicains, comme le jeune photographe Manuel Alvarez Bravo, Rufino Tamayo ou Frida Kahlo, qu’elle présentera à Diego Rivera.


En 1928, elle vit avec Julio Antonio Mella, un jeune révolutionnaire cubain en exil, qui sera abattu en pleine rue à ses côtés alors qu’ils rentraient un soir d’avoir été au cinéma. Il s’agit d’un crime politique dont le gouvernement se sert contre les communistes, le faisant passer pour un crime passionnel malgré les témoins qui ont décrit le déroulement des faits. L’ enquête est orientée, sa maison est perquisitionnée, et une véritable inquisition sur sa vie privée commence. Les photos de nus que Weston a  réalisées d’elle sont saisies comme preuve de son « immoralité », ce qui va causer un tort irréparable à sa réputation et à sa carrière, aussi bien auprès de la base du parti communiste, paysans et ouvriers peu familiarisés avec l’art photographique, qu’auprès de sa clientèle de la haute société qui la voit dépeinte dans la presse comme une « communiste dépravée ».


Malgré son acquittement lors du procès, la mort de Mella et le harcèlement policier et médiatique la laissent profondément meurtrie, lui donnent une perception du monde irrévocablement changée et renforcent son engagement dans la lutte pour le changement social. « Il n’y avait plus pour elle de moyen terme ; la vie était désormais affaire d’absolus. Elle avait été une photographe engagée, elle était désormais une révolutionnaire pourvue d’une mission. Un zèle nouveau la poussait à suivre les traces de Mella. »


Mella était le rédacteur en chef de El Machete, elle y avait déjà publié une série de photos sous le titre Les contrastes du régime, montrant des images de dégradation et de pauvreté confrontées à celles de la richesse des possédants. Elle poursuit son engagement dans le photojournalisme en couvrant une manifestation le 1er mai, 18 images prises avec son Graflex qui montrent le début jovial de la marche que l’on suit dans les rues de Mexico, l’arrivée de la police venue disperser la foule et les violences qui mettent fin à la manifestation. C’est un changement d’attitude dans sa pratique photographique : la composition lente et précise de l’image esthétique n’en est plus l’objectif principal, il s’agit maintenant de montrer le mouvement de la vie saisi sur le vif. Elle se déplace rapidement pour enregistrer les moments importants de la manifestation. Dans une interview parue la même année, elle définira sa nouvelle manière comme traduisant sa volonté de ne produire que des « instantanés parfaits. »


Après un voyage dans l’isthme de Tehuantepec où elle s’est consacrée à un reportage sur la vie quotidienne et les coutumes des femmes de cette région, elle est de retour à Mexico et de nouveau poursuivie par le scandale et la police secrète qui la met sous surveillance continue. Des vigiles sont en permanence devant sa porte. Lors de sa première exposition personnelle, le peintre muraliste David Alfaro Siqueiros fait le discours inaugural et sera arrêté quelques jours plus tard pour conspiration contre le gouvernement. La presse se déchaîne à nouveau contre Tina Modotti alors que, dans le même temps, son travail était de plus en plus reconnu sur le plan international à un point tel qu’elle devient une caution publicitaire pour Agfa et que ses photos ou des articles sur elle sont publiés dans différentes revues de gauche ou d’avant-garde aux états-Unis et en Europe.


Au début de 1930 les membres du Parti communiste mexicain sont l’objet d’une répression sévère car on leur attribue la responsabilité d’un attentat contre le président. Tina est arrêtée et extradée. Sur le bateau qui l’emmène vers l’Europe, elle retrouve Vittorio Vidali, un ami italien dont elle a fait la connaissance à Mexico en 1927. Il est agent soviétique et essaye sans succès de la convaincre de l’accompagner à Moscou. Elle préfère s’installer à Berlin où elle entre en contact avec le Bauhaus dont elle connaît les travaux par des publications. Lotte Jacobi lui organise une exposition qui est très bien reçue par les critiques. Mais Tina ne parvient pas à s’adapter à cet environnement et au bout de six mois, elle rejoint Vidali à Moscou où une autre déception l’attendait. Elle se rend assez vite compte que son travail de photographe ne correspond pas aux exigences du réalisme socialiste stalinien. En 1930, la création soviétique est loin des expérimentations et de l’originalité enthousiasmantes des années 20.


Comme elle l’envisageait déjà depuis quelques temps, elle abandonne complètement la photographie pour se consacrer essentiellement à la lutte contre le fascisme en travaillant pour le Secours rouge international. Déjà au Mexique, après l’assassinat de Mella, le traumatisme du meurtre et de son intimité violée, de sa vie privée exposée au grand public par  des journalistes malveillants plus l’incompréhension et le rigorisme des dirigeants du Parti communiste, tout cela avait dû faire naître en elle un sentiment de malaise vis-à-vis de sa propre beauté, sentiment qu’elle ne pouvait sans doute apaiser qu’en s’immergeant avec humilité dans le travail en faveur de la « cause ». Sous différents pseudonymes elle se rend ainsi dans les pays à régime fasciste pour apporter de l’aide aux familles des prisonniers politiques.


En 1936, dès le début de la guerre d’Espagne, elle est à Madrid avec Vidali. Sous le nom de Carlos, il participe à la défense de la capitale contre les fascistes franquistes tandis qu’elle travaille activement à l’organisation de l’aide internationale à la république, fait des traductions et écrit pour Ayuda, le journal du Secours rouge espagnol et s’occupe particulièrement de l’évacuation des enfants de Madrid et Valence vers Barcelone.  Elle fera également partie de la garde chargée de la protection de Dolores Ibárurri, La Pasionaria, la présidente du Parti communiste espagnol. En 1937 elle représente le SRI au Congrès international des Intellectuels pour la Défense de la Culture à Valence. Jusqu’à la fin de la guerre d’Espagne elle s’occupe de l’organisation du SRI et de l’évacuation vers l’étranger des orphelins de guerre.


En 1939 Barcelone est occupée par les franquistes et elle parvient à fuir avec Vidali pour Paris. Elle arrive avec un faux passeport espagnol à New York, en avril, où est déjà Vidali, mais on ne la laisse pas débarquer et elle est transférée sur un bateau en partance pour le Mexique où Vidali la rejoindra quelques temps après. Elle vit sous la fausse identité de Carmen Ruiz et évite ses anciens amis. Elle travaille au soutien des réfugiés de la guerre d’Espagne. Lorsqu’elle rencontre Manuel Alvarez Bravo, elle lui confie qu’elle a abandonné la photographie. Elle ne se réinscrit pas au Parti communiste car elle est en désaccord avec le parti sur le Pacte germano-soviétique.


En 1940 le président Lázaro Cárdenas annule l’ordre d’expulsion qui la frappait. Elle reprend progressivement contact avec ses anciens amis et vers 1941 on peut penser qu’elle envisageait d’acheter un appareil pour recommencer à photographier. Vidali est arrêté, soupçonné d’avoir trempé dans le meurtre de Trotsky, survenu en mai 40 à Mexico. Terrorisée, elle n’ose presque plus quitter sa maison, passe quand même le réveillon de la saint Sylvestre chez le poète chilien Pablo Neruda.


Elle meurt d’une crise cardiaque dans le taxi qui la ramène chez elle, dans la nuit du 6 janvier 1942, à l’âge de 46 ans à peine, après un dîner chez son ami l’architecte du Bauhaus Hannes Meyer.


Le contexte


Quand Tina Modotti arrive à San Francisco, la ville achève sa reconstruction après le séisme de 1906. C’était la ville la plus importante de la côte Ouest avant cette catastrophe, et malgré les efforts des autorités, elle ne retrouvera pas le rang qu’elle occupait alors. Le centre de gravité du développement économique et culturel se déplace à Los Angeles, 600 km plus au Sud. C’est en 1911 que le premier studio de cinéma s’y installe, et quelques années plus tard, le quartier de Hollywood est devenu l’épicentre de l’industrie cinématographique américaine.


Quand Robo et Tina s’y installent, en 1918, l’Amérique est en pleine mutation. La Première Guerre mondiale vient de s’achever, Los Angeles entre dans le XXe siècle : c’est l’avènement de l’automobile et du cinéma, l’émergence du jazz, le bouillonnement des idées nouvelles, les revendications des suffragettes, la fascination pour le mysticisme oriental, mais aussi la Prohibition (janvier 1919), l’agitation ouvrière, un renouveau religieux fondamentaliste, les attentats du Ku Klux Klan.


Au Mexique, après la présidence de Porfirio Díaz qui a duré de 1876 à 1911, période de grande stabilité politique mais aussi d’inégalités sociales croissantes, la révolution a éclaté après les dernières élections entachées d’irrégularités flagrantes.


La classe moyenne voit ses revenus se réduire, des terres confisquées à l’église et aux communes traditionnelles sont vendues à vil prix aux grands propriétaires et les paysans vivent dans la misère. L’insurrection éclate donc, marquée par deux figures qui deviendront légendaires : Pancho Villa, un paysan pauvre de l’état de Durango, et Emiliano Zapata, un petit propriétaire terrien de l’état de Morelos. La révolution se termine en 1917 avec la publication d’une nouvelle constitution, mais des troubles continuent d’éclater jusqu’au début des années 20.


Le président Alvaro Obregỏn soutient théoriquement le désir de réformes sociales, quoiqu’il se laisse aller au favoritisme, et entreprend une politique culturelle vigoureuse. Pour asseoir la légitimité de son régime il prône la construction symbolique d’une identité culturelle spécifiquement mexicaine et le ministre de l’éducation publique, José Vasconcelos, invite les artistes mexicains à la grandeur au nom d’un peuple appauvri et ravagé par la guerre. Son projet est basé sur une instruction gratuite et universelle, des concerts et des expositions gratuites, en bref : l’art et la culture pour le peuple. Il rencontre ainsi les préoccupations des muralistes et des autres artistes de gauche qui croyaient en la capacité de l’art à améliorer la vie des gens et réfutaient un art élitiste centré sur lui-même.


C’est ainsi que les muralistes négocient avec le ministère des milliers de mètres carrés de peintures murales didactiques à réaliser sur des édifices publics, au tarif des peintres en bâtiment, des oeuvres qui ne pourraient jamais être achetées et appartiendraient à tous, des oeuvres glorifiant la révolution et les classes laborieuses et revendiquant l’héritage précolombien.


Des discours complexes sur la mexicanité prenaient une importance considérable dans le paysage culturel post-révolutionnaire, et les intellectuels étaient à la recherche du lien idéologique qui pourrait unir dans un sentiment national les cultures et les ethnies disparates du Mexique.


Le ministre Vasconcelos considérait que les métis représentaient l’identité de la nation, une « race cosmique » selon ses termes, qui reliait le pays au reste de l’Amérique latine. Un autre courant de pensée voyait dans les cultures indiennes, pourtant très divergentes, l’essence de la nation mexicaine. L’ expression artistique était donc traversée par ces différents courants, comme par les influences des mouvements de pensées venus d’Europe ou des états-Unis.
En même temps que le mouvement muraliste, se développe un mouvement d’avant-garde esthétiquement plus radical, le stridentisme, pour qui révolution sociale et radicalisme artistique participent de la même idée. Les stridentistes partagent avec les futuristes italiens l’amour de la vitesse et de la machine, une vision idéalisée de la modernité urbaine, mais ils rejettent l’engagement généralement pro-fasciste des Italiens. C’est un groupe d’écrivains et d’artistes gauchistes qui célèbrent une utopie urbaine et moderniste, indépendante des conditions économiques et sociales, qui les écarte de l’orthodoxie communiste de la plupart des muralistes.


Il y a alors au Mexique une effervescence culturelle extraordinaire qui attire des intellectuels et des artistes comme André Breton, Sergueï Eisenstein, Antonin Artaud, Luis Buñuel, John Dos Passos ou D. H. Lawrence. On parle, à propos de cette période, de « Renaissance mexicaine. »

A propos de l’oeuvre de Tina Modotti


On peut distinguer quatre périodes dans l’oeuvre de Tina Modotti. à ses débuts, son travail ne se distingue pas de celui de son mentor, Edward Weston, de qui elle a hérité la rigueur dans la composition, le purisme et la précision. Ce sont des compositions géométriques ou des photos de fleurs, un art intimiste, représentation symbolique de la femme en tant qu’être de beauté, fragilité, sentimentalité. Elle adhère d’abord totalement à la démarche de Weston qui s’écarte alors du pictorialisme de Stieglitz, style qu’il affectionnait jusqu’il y a peu. Ils perfectionnent la spécificité du rendu photographique par une mise au point extrêmement précise et une profondeur de champ qui couvre toute l’étendue du sujet, souvent des objets familiers isolés et photographiés dans une nouvelle perspective.


Viennent ensuite les photos stridentistes, ode à la modernité, images épurées de fils télégraphiques ou d’échafaudages, vision intemporelle d’une civilisation urbaine moderne, des constructions intellectuelles épurées à partir d’éléments réels qui traduisent non seulement une réflexion esthétique, formelle, sur la photographie mais aussi la projection de l’artiste dans une société en pleine évolution, la préfiguration d’une civilisation future.


Le reportage social occupe ensuite une large place dans l’oeuvre de Tina Modotti, concomitant des photos de peintures murales. Il s’agit pour elle de montrer les inégalités sociales criantes malgré le discours officiel, mais aussi de rendre un hommage simple, non emphatique, à la dignité des classes laborieuses. Ses photos se distinguent par une extraordinaire clarté formelle, couplée à un contenu social incisif . Elle parcourt notamment l’isthme de Tehuantepec pour rendre compte de la vie des femmes de cette région, certes réputées pour leur grande beauté, mais surtout parce que c’est une région où la culture traditionnelle est encore largement matriarcale, ce qui ne peut manquer d’attirer l’attention d’une féministe engagée comme elle dans le combat social.


Enfin, il y a les images de propagande réalisées pour El Machete. Le lectorat de l’hebdomadaire communiste étant peu instruit, souvent illettré le discours du journal s’appuyait sur des images, photographies, dessins et gravures sur bois à la symbolique simple et évidente. Loin de sa démarche allusive habituelle, Tina Modotti utilise le même schématisme afin que leur signification soit immédiatement accessible à tous. Néanmoins, elle aura toujours le souci d’une composition rigoureuse, ainsi, la photo « Défilé de travailleurs » où l’on ne voit aucun visage, prise en plongée, sans horizon, qui nous montre une mer de sombreros, est à rapprocher de « Verres », une image qui est une recherche esthétique pure. La masse d’individus, des travailleurs défilant le 1er mai 1926, devient ici une entité organique autonome, la représentation  d’une classe ouvrière forte, unie dans une volonté commune.


Dans d’autres photos au langage aussi simple, mais à la composition tout aussi rigoureuse, Modotti utilise des éléments significatifs de la vie des travailleurs mexicains : guitare, marteau, faucille, mais aussi cartouchière, dont le rapprochement hors de tout contexte réaliste donne des images à la valeur symbolique évidente. Elle utilise également des éléments portant une charge symbolique forte par eux-mêmes, indépendamment de tout agencement avec d’autres : le maïs qui, plus qu’un simple aliment de base, symbolise la culture ancestrale pré-colombienne et le sombrero, large chapeau porté par les paysans, les ouvriers et les révolutionnaires zapatistes.


Nous nous trouvons ici en présence d’une artiste majeure du début du XXe siècle dont la vie et l’oeuvre, malgré leur brièveté, se confondent dans des engagements absolus, un météore dans le ciel de la photographie.

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Imogen Cunningham, 70 ans de photographie

Voir la présentation PowerPoint ou télécharger le billet en PDF, illustré de nombreuses photos, sur mon site.

12272845672?profile=originalImogen Cunningham est née le 12 avril 1883 à Portland (Orégon), fille de Isaac et Susan Cunningham, elle sera l’aînée de six enfants. La famille s’installe à Seattle (Washington) en 1889. Le père est un petit fermier, pauvre, issu d’une famille d’immigrants irlandais, qui a grandi dans une petite plantation du Kentucky comptant quatre esclaves. Il est profondément religieux, mystique même, il étudie chaque religion sur laquelle il peut se documenter mais refuse tout contact avec les églises et les institutions religieuses. Sa mère est complètement soumise au père qui semble être un aimable tyran domestique dont elle satisfait naturellement les moindres désirs, Imogen dira d’elle qu’elle « n’a jamais émis la moindre opinion personnelle. »


Son père se charge de son éducation jusqu’à l’âge de huit ans, où elle entre à l’école. Après le lycée elle fait des études de chimie à l’université de Seattle, qu’elle finance en travaillant comme secrétaire pour son professeur de chimie et en réalisant des photos pour les botanistes. Elle obtient sa licence en 1907, avec un mémoire intitulé Procédés modernes en photographie. Durant ses études elle s’intéresse à la culture et à la langue allemandes, intérêt qu’elle gardera tout au long de sa carrière, suivant l’évolution de la photographie allemande, notamment par la lecture de Das deutsche Lichtbild et du livre de Karl Blossfeld Urformen der Kunst (Les formes originelles de l’art), paru en 1928.


En 1906 elle a acheté par correspondance son premier appareil photographique à l’American School of Art and Photography de Scranton (Pennsylvanie), une chambre 4x5 inches ainsi qu’une boîte spéciale qui lui permet, en un premier temps, d’envoyer ses plaques qui sont développées à l’école et lui sont renvoyées avec les critiques des professeurs. Elle s’en désintéresse rapidement, mais la rencontre de l’‌oeuvre de Gertrude Käsebier durant ses études à l’université réactive son intérêt pour la photo. Très vite elle se construit une chambre noire dans la grange familiale avec l’aide de son père. Quand elle déclare vouloir être photographe, il est très déçu par ce choix d’une profession qu’il considère comme très médiocre, mais il ne fait rien pour l’en dissuader.


Après l’université, de 1907 à 1909, elle travaille 3 jours par semaine comme laborantine et retoucheuse au studio du portraitiste Edward S. Curtis où elle est chargée de la retouche des négatifs et apprend la technique du tirage au platine, une technique assez délicate fort en vogue au XIXe siècle et au début du XXe. Elle obtient alors une bourse d’étude de sa fraternité étudiante et se rend en Allemagne, à Dresde, pour étudier la chimie photographique avec le très réputé professeur Robert Luther à la Technische Hochschule. Dans sa thèse, décrivant son procédé pour augmenter la rapidité du tirage au platine, augmenter la clarté des hautes lumières et obtenir des tons sépias, elle préconise l’usage d’un papier au platine de fabrication personnelle plutôt que ceux du commerce.
Lors de son voyage de retour, elle s’arrête à Londres et rend visite au photographe Alvin Langdon Coburn et, à New-York, elle rendra visite à Alfred Stieglitz et Gertrude Käsebier qui auront chacun une influence importante sur son oeuvre.


De retour à Seattle, elle ouvre son studio de portraitiste ; elle est la seule photographe membre de la Society of Seattle Artists. En 1913 elle publie un article, Photography as a Profession for Women, dans lequel elle encourage les femmes à embrasser une carrière, non pas pour surpasser les hommes, mais pour faire quelque chose pour elles-mêmes. Elle acquiert rapidement une réputation au plan national, non seulement pour ses portraits mais également pour son oeuvre pictorialiste dont des images sont publiées en 1914 dans le Wilson’s Photographic Magazine, année où a lieu sa première exposition personnelle au Brooklyn Institute of Arts and Sciences.


Elle épouse l’année suivante le graveur et imprimeur Roi Partridge qui est de retour à Seattle, ayant quitté Paris après un séjour de plusieurs années à cause de la guerre qui s’annonçait. Elle a eu connaissance de son oeuvre par une exposition organisée par des amis communs, et lui a écrit à Paris pour lui faire part de ses commentaires sur son travail. Une correspondance régulière s’ensuivit, qui deviendra de plus en plus personnelle, et ils se marieront quelques mois seulement après le retour de Partridge. Leur fils aîné, Gryffyd, naît 9 mois plus tard. Son mari lui sert de modèle pour des nus en pleine nature, dont une photo est publiée dans un journal local. Cela entraîne un tel scandale qu’elle ne montrera plus ces images pendant de nombreuses années. Elle est probablement la première photographe américaine à présenter des nus masculins.


En 1917 la famille quitte Seattle pour San Francisco. C’est là que naissent les jumeaux Rondal et Padraic, Gryffyd a deux ans et Imogen n’a que peu de temps à consacrer à son oeuvre de photographe. Elle se limite à des photos de ses enfants et des plantes de son jardin. La nature exubérante de la Californie est pour elle une source d’inspiration inépuisable. En 1918 elle travaille brièvement dans le studio de Francis Bruguière, rencontre Dorothea Lange et son mari, le peintre Maynard Dixon. La maison des Cunningham-Partridge devient un lieu de rencontre habituel pour de nombreux artistes et intellectuels. Chaque week-end voit des invités arriver, souvent plus d’une dizaine, et certains restent parfois plusieurs semaines.  Les enfants grandissant, Imogen Cunningham se décharge sur eux d’une grande part des tâches ménagères et se consacre avec plus d’intensité à son travail de photographe. La famille part souvent en montagne, campant en des lieux sauvages ou pittoresques, propices à la réalisation de photos et de croquis, où Imogen utilise son mari et les enfants comme modèles.


12272844895?profile=originalLe couple déménage pour Oakland en 1920, où Roi Partridge a obtenu un poste d’enseignant au Mills College. Ils font la connaissance de Edward Weston, Johan Hagemeyer et Margarethe Mather. Imogen Cunningham reçoit sa première commande commerciale, un reportage sur le Ballet Intime, la troupe du chorégraphe Adolph Bolm. En 1922 elle fait des portraits de Weston et Margarethe Mather et participe à l’exposition de la Pictorial Photographic Society à San Francisco.  C’est à cette époque qu’elle commence à faire des prises de vue de très grande précision de plantes et expérimente la double exposition.


En 1929, Edward Weston est chargé de choisir des oeuvres de photographes américains éminents pour la prestigieuse exposition Film und Foto de Stuttgart, Imogen Cunningham est représentée par huit photos de fleurs, un nu de couple et une photo de château d’eau.


 Elle fait une série de photos de la danseuse Martha Graham, qui sont publiées dans Vanity Fair, et la revue l’engage alors pour faire une série de portraits de personnalités hollywoodiennes. En 1932 elle est parmi les membres fondateurs du « Groupe f/64 », avec Ansel Adams et Edward Weston notamment, groupe assez informel qui se donne comme objectif une photographie d’une qualité technique irréprochable, d’une netteté absolue et présentant une gamme de valeurs d’une étendue maximale, ce qu’on appelle maintenant straight photography ou photographie pure. Ils réagissaient en opposition au pictorialisme et aux manipulations de l’image photographique, ainsi qu’au fait que Stieglitz n’ait jamais fait un geste vers eux. Les photographes californiens se sentaient isolés, loin de New York qui était alors le centre de gravité culturel de Etats-Unis. Elle s’éloignera assez rapidement de ce mouvement, trouvant ces critères trop restrictifs, et aussi du fait de son individualisme prononcé.


En 1934, elle divorce de Roi Partridge. « J’ai été mariée 20 ans, dira-t-elle plus tard, je trouve que c’est assez. »  Imogen était intéressée par tout, sauf les voitures et le sport, dira son fils, elle avait une très grande ouverture d’esprit, tandis que Roi était très conservateur. Ils avaient de fréquentes disputes. Imogen devait séjourner un temps à New York pour répondre à une commande de Vanity Fair, et Roi aurait voulu qu’elle retarde son départ jusqu’à ce qu’il puisse l’accompagner. Elle a refusé et est partie au début du printemps, quelques temps après, en juin, il est parti pour Reno où il a fait prononcer le divorce. Elle ne vivra plus jamais en couple par la suite, appréciant trop la liberté. Partridge et elle sont deux personnalités très fortes, très individualistes l’un comme l’autre, ayant chacun une grande ambition professionnelle. Ils veulent l’un et l’autre laisser une oeuvre à la postérité. Roi Partridge s’absentait parfois plusieurs semaines pour des randonnées en montagne dans le but de ramener les nombreux croquis qui serviraient de base à ses gravures. Cunningham était également absorbée totalement dans la réalisation de son oeuvre, ou de ses travaux de commande. Dans une interview des années 70, son fils, Rondal, racontera que sa mère ne se chargeait jamais des achats pour la famille, qu’elle régentait toute la maison, mais que tout était commandé par téléphone et livré à domicile car elle n’avait pas de temps à consacrer aux tâches ménagères, hormis les repas. Ce sont les garçons qui sont chargés du reste. Mais chacun s’accordera sur ses qualités de cuisinière hors paire et beaucoup gardent le souvenirs de repas exceptionnels. à la fin de sa vie, elle avait d’ailleurs le projet d’un livre de recettes.


Après son divorce, elle travaille donc un temps à New-York pour Vanity Fair, rend visite à Alfred Stieglitz dont elle fait plusieurs portraits (avec l’appareil de Stiegletz), puis fait un reportage avec Dorothea Lange et Willard Van Dyke à Oroville (Californie) sur une coopérative de chômeurs qui fait de la récupération de vieux mobilier un moyen de lutte contre la pauvreté.


En 1946 elle enseigne la photographie à la California School of Fine Arts de San Francisco, abandonne en partie sa chambre technique au profit d’un Rolleiflex, et fait la connaissance de Lisette Model qui y enseigne également. Elle s’installe alors à San Francisco dans la maison où elle résidera jusqu’à son décès. Elle enseignera encore brièvement à la California School of Fine Arts en 1950.


Le International Museum of Photography de Rochester achète une grande collection de ses photos. Elle voyage en Europe en 1960-61, à Berlin, Munich, Paris et Londres. En Allemagne elle rend visite à August Sander et rencontre Paul Strand en France. Elle visite ensuite la Norvège, la Finlande la Suède, le Danemark et la Pologne, et à nouveau Paris. La Librairie du Congrès des Etats-Unis achète un ensemble de ses photos en 1970, et 1975 voit la création du Imogen Cunningham Trust, actuellement dirigé par Meg Partridge, sa petite-fille, qui est chargé de la préservation et de la diffusion de son oeuvre.


En 1976 elle prépare la publication d’une étude photographique sur la vieillesse (Age and aging) et réalise les 12 derniers portraits du projet, qui paraîtra à titre posthume dans un livre sous le titre After Ninety.
Elle meurt le 23 juin de la même année à San Francisco à l’âge de 93 ans.

A propos de l’oeuvre
En 75 ans d’expression photographique, Imogen Cunning­ham a connu les principales tendances de son art durant le siècle. Ses premières photos sont résolument pictorialistes, influencées par la lecture de William Morris et le préraphaélisme. Dans le choix des sujets (Eve repentant, The Supplicant), on peut sans doute aussi déceler l’influence du mysticisme de son père. Déjà elle expérimente, faisant des tirages très différents d’un même négatif (In Moonlight et Morning Mist and Sunshine) explorant les différentes expressions que l’on peut donner d’une même composition.  Elle prend ses amis comme modèles dans des scènes composées, romantiques et maniéristes, utilisant un objectif très doux (soft focus), et fait ses tirages sur des papiers au platine en tons satinés.


Elle se dégagera rapidement de ce genre de sujets tout en gardant la technique et le langage pictorialistes dans ses photos de paysages et ses scènes de nus en pleins nature, les sujets changent, mais le style, l’écriture, restent victoriens. Ses photos de nus de Roi Partridge au Mont Rainier sont très représentatives de cette période.
Son installation en Californie, et la naissance de ses enfants, ont une influence directe sur ses sources d’inspiration dans les années 20 et provoquent une rupture de style brutale. La nature exubérante qui l’entoure, les charges familiales et un nouvel environnement culturel, l’amènent rapidement à ne traiter dans son travail personnel que de sujets très proches : ses garçons et les plantes de son jardin, ou des portraits de personnes qui l’intéressent. C’est là que se montre, dans les années 20, toute la profondeur de la remise en question de sa pratique antérieure et de l’influence préraphaélite. Ses nouvelles photos sont marquées d’une pureté graphique qui dénote son adhésion à une vision moderne de la photographie, dégagée des modèles du XIXe siècle, tendant presque à l’abstraction et proches de la Nouvelle objectivité et du Constructivisme russe. Elle rejoint ainsi l’esthétique d’autres photographes californiens comme Margarethe Mather, Ansel Adams ou Edward Weston. Weston et elle s’influencent d’ailleurs réciproquement, jusqu’à ce que Weston parte pour le Mexique et que chacun suive sa voie. Cette époque, celle des années 20-30, est celle où la photographie “examine” le monde avec attention. Renger-Patzsch en Allemagne, Weston et Cunningham en Californie,  examinent formellement les choses qui les entourent, mais chacun, évidemment, avec sa sensibilité propre.


Avec le groupe f/64 elle adhère un temps aux préceptes définis par Ansel Adams et Willard Van Dyke d’une reproduction du monde réel avec tous ses détails, mais, tout en continuant à apprécier leur travail, elle trouve trop restrictifs leurs critères et leur exigence de tirages parfaits, où la recherche d’une étendue maximale dans la gamme des nuances devient presque obsessionnelle. Son travail est plus instinctif,  et plus sensible,  même si ses images sont également très construites, et elle rejette toute limite à ses propres possibilités d’expression. Weston, Adams et Van Dyke utilisaient exclusivement une chambre technique 8x10 inches (20x25 cm), ils étaient très préoccupés de la qualité de leurs tirages, qu’ils faisaient par contact, et étaient toujours à la recherche du meilleur papier. Ces détails techniques ne l’intéressaient pas : la façon de voir les choses était la seule importante pour Imogen Cunningham.
Ses photos de fleurs et de plantes sont des épures alliant une rigueur extrême dans la construction au velouté des nuances rendues. Nous sommes ici très loin des planches de botanique : les sujets sont extraits de leur contexte naturel, dans la majorité des cas, et présentés sur un fond uni, souvent très sombre, comme des objets esthétiques indépendants. Certaines de ces images tendent à l’abstraction, il s’agit de cadrage très serrés de détails tandis que d’autres, dans un plan plus large, pourraient presque être documentaires. Mais dans tous les cas, il est évident que le propos ici n’est pas d’illustrer ou de documenter mais bien de produire une image esthétique construite comme une fin en soi.


Elle poursuit également sa recherche très personnelle en matière de photo de nus, avec des images de fragments de corps, des attitudes contorsionnées, des angles de vue inhabituels. Dans ses études elle se montre moins géométrique que Weston, moins “abstraite” mais plus sensible. Si son cadrage est souvent très serré, sauf lors de prises de vue dans la nature, et les attitudes parfois inattendues, la sensualité n’en est jamais absente mais il ne s’agit pas ici de poses alanguies plus ou moins érotiques. Ce sont des études de formes prenant le corps humain pour modèle, avec une nette différenciation des genres, une expression en général plutôt athlétique de la masculinité et une féminité sans mièvrerie. Elle a rarement travaillé avec des modèles professionnels, préférant le naturel et la spontanéité de personnes de sa connaissance.  C’est un genre qu’elle pratiquera tout au long de sa carrière avec un égal bonheur.
Quoique elle ait déclaré que le portrait n’avait pour elle qu’un intérêt, l’argent qu’il pouvait rapporter, il est évident qu’elle a été une portraitiste de grand talent dont le style, là aussi, a évolué au fil du temps. Des images sentimentales de ses débuts (comme Mother and Children, 1909) aux manipulations des années 60 et suivantes (A Man Ray version of Man Ray, 1960), elle produit des portraits très pénétrants, révélateurs à la foi de sa compréhension du modèle et de l’évolution de son esthétique. Quand, à partir des années 50, ses contemporains rétrécissent le champ de leur recherche artistique, Weston approfondissant sa poétique hautement formalisée et Ansel Adams perfectionnant son expression symphonique du paysage, Imogen Cunningham élargit sa vision, combinant des portraits avec des prises de vue de plantes ou utilisant les expositions multiples pour produire une oeuvre presque post-moderne.
Imogen Cunningham a très peu parlé de son art, si ce n’est sur un plan anecdotique, quoiqu’elle fut très au consciente des analyses et des critiques produites sur son oeuvre. Elle ne s’est pas exprimée sur la signification qu’elle donnait à ses photos ni à ses motivations en les faisant. Elle explique  néanmoins que pour faire une bonne photographie, il faut penser comme un poète le ferait. Une dizaine d’années avant sa mort, elle dit dans une interview que les peintres et les photographes s’épanchent trop dans un charabia excessif pour exprimer ce qu’ils pensent et ressentent. “Moi, je photographie et je laisse les gens me comprendre s’ils le peuvent”, dit-elle. Quand on la questionnait sur ses travaux, elle était très brève. Ainsi, Minor White rapporte qu’un étudiant, parlant d’un portrait du peintre Morris Graves dit que “Ce portrait montre un homme si enchanté par la nature qu’il semble avoir transcendé son environnement. La lumière romantique l’entraîne vers d’autres mondes, inconscient quoique très sensible. Il comprend la nature parce qu’il y a beaucoup réfléchi et est obsédé par ce qui lui a été révélé.”


Le commentaire de Cunningham sur le même portrait est : “Very good and enough” (Très bon et ça suffit).

Artistes et mouvements cités


Karl Blossfeld (1865 - 1932), un des plus importants représentants de la Nouvelle objectivité berlinoise. Son livre, Urformen der Kunst l’a rendu célèbre dès sa parution.


Adolph Bolm (1884 - 1951), chorégraphe russe ayant quitté les Ballets Russes de Diaghilev pour s’installer aux USA et fonder sa propre troupe de ballet moderne.


Francis Bruguière (1879 - 1945), photographe américain, ami de Stieglitz, ayant expérimenté des techniques d’avant-garde et travaillé pour les revues Vanity Fair, Vogue et Harper’s Bazaar.
Alvin Langdon Coburn (1882 - 1966), photographe américano-britannique qui a été publié dans Camera Work de Stieglitz, connu pour ses portraits de personnalités (Rodin, G.B. Shaw...), un des chef de file du pictorialisme américain.


Constructivisme, courant artistique apparu en Russie  autour de Alexandre Rodtchenko et Vladimir Tatline peu après la révolution de 1917, caractérisé par l’utilisation de formes simples (carré, cercle, triangles) et des couleurs pures.
Edward S. Curtis (1868 -1952), photographe ethnologue, surtout connu pour ses reportages sur les Indiens d’Amérique.
f/64 : Ansel Adams, Imogen Cunningham, John Paul Ed-wards, Sonya Noskowiak, Henry Swift, Willard Van Dyke, Edward Weston.


Martha Graham (1894 - 1991) : chorégraphe et danseuse expressionniste américaine dont l’influence sur le ballet moderne fut comparée à celle de Picasso sur la peinture ou de Stravinsky sur la musique.


Johan Hagemeyer (1884 - 1962), photographe d’origine hollandaise, installé à San Francisco et ami de Edward Weston.


Gertrude Käsebier (1852 - 1934), une des plus importantes photographes américains du début du XXe siècle, surtout connue pour ses portraits, ses photos d’indiens Sioux et avoir contribué à créer la Women’s Professional Photographers Association of America. Elle était membre de la Photo Secession.


Dorothea Lange (1895 - 1965), photographe américaine connue pour ses photos de la Grande Dépression pour la Farm Security Administration.


Margarethe Mather (1886 - 1952), photographe américaine associée à Edward Weston jusqu’au départ de celui-ci pour Mexico avec Tina Modotti. Sa recherche sur la lumière et la forme a influencé la photographie, l’éloignant du pictorialisme pour tendre vers un art résolument moderne.


Lisette Model (1901 - 1983), photographe américaine d’origine autrichienne, ayant travaillé pour Harper’s Bazaar et enseigné la photographie.


Tina Modotti (1896 - 1942) : photographe italienne, politiquement révolutionnaire, un temps compagne de Edward Weston.


William Morris (1834 - 1896) : designer textile, imprimeur, écrivain, poète, conférencier, peintre, dessinateur et architecte britannique, membre de la Confrérie préraphaélite.


Nouvelle objectivité : mouvement artistique apparu en Allemagne dans les années 20 en réaction aux excès de sentiments des expressionnistes, August Sander et Albert Renger-Patzsch en sont les chefs de file en photographie.


Photo-Secession : groupe résolument pictorialiste, fondé par Alfred Stieglitz en 1902 en réaction au Camera Club de New York. Il se dissout en 1917 suite à des désaccords esthétiques entre ses membres.


Pictorialisme : tendance de la photographie apparue vers 1885, influencée par l’impressionnisme et le symbolisme, et caractérisée par l’usage du flou et des interventions sur le négatif. Les photographes tenant de cette esthétique veulent faire reconnaître la photographie comme expression artistique et essaient d’imiter la gravure ou le dessin.


Préraphaélisme : mouvement pictural apparu en Grande-Bretagne en 1848, en référence aux peintres antérieurs à Raphaël. Ses thèmes de prédilection sont les scènes bibliques, le Moyen-âge, la littérature. Les préraphaélites rejettent les modèles de la Renaissance propres à la peinture victorienne et se tournent vers les primitifs, italiens et flamands.


Albert Renger-Patzsch (1897 - 1966), photographe allemand rendu célèbre par son livre Der Welt ist schön (Le monde est beau) publié en 1928 qui contient 100 photos de personnes,  paysages, architecture et produits manufacturés. Sans doute le photographe le plus représentatif de la Nouvelle objectivité.


Alfred Stieglitz (1864 - 1946), photographe américain et directeur de galerie, éditeur de la revue Camera Work qui a introduit l’avant-garde européenne en Amérique. Probablement l’artiste qui a eu le plus d’influence sur la photographie américaine au XXe siècle.


Paul Strand (1890 - 1976), photographe américain, s’est installé en France en 1949 pour fuir le maccarthysme.
Edward Weston (1886 - 1958), photographe américain parmi les plus influents du XXe siècle, chef de file de la photo californienne.


Minor White (1908 - 1976) : photographe américain qui enseigna notamment au Massachusetts Institute of Technology (MIT)..

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Nicéphore Niepce invente la photographie en 1826, sur base de nombreuses recherches qui se font parallèlement sur les propriétés photosensibles de différentes matières, dont principalement l’argent.


La première photo de l’histoire, du moins la première photo permanente, qui ne s’efface pas au fil du temps, date de cette année. Elle a été faite au moyen d’une plaque d’étain enduite de bitume de Judée. Le bitume est sensible à la lumière, il s’oxyde, et les parties non oxydées sont alors solubles dans l’essence de lavande. La prise de vue a duré 8 heures, ce qui explique que les murs de gauche et de droite du bâtiment photographié sont également éclairés.
La photo a été laissée  à Londres par Niepce, chez son hôte le botaniste Francis Bauer qui l’a soigneusement étiquetée et conservée. On la croyait perdue depuis 1898, mais elle a été retrouvée par l’historien de la photographie Helmut Gernsheim en 1952. Elle se trouve depuis à l’université d’Austin (Texas).


Louis Jacques Mandé Daguerrre et Nicéphore Niepce se sont associés, mais la recherche est principalement effectuée par Niepce, qui meurt en 1833. Daguerre continue les recherches avec le neveu de Niepce, et finit par mettre au point son procédé, le daguerréotype, en 1839. Il s’agit d’une plaque de cuivre enduite d’argent, exposée à la lumière puis développées dans des vapeurs de mercure. On obtient ainsi une image unique d’une grande précision, qui sera souvent rehaussée de couleurs par la suite. Le gouvernement achète le brevet contre une pension à vie pour Daguerre et Niepce, et Arago “donne la photographie au monde” lors d’une séance solennelle de  l’Académie des Sciences en août 1839. La même année, l’Anglais Henri Fox Talbot avait mis au point son procédé négatif-positif sur papier, qui permettait donc des tirages multiples, mais donnait une image moins nette et moins nuancée que le daguerréotype. Le temps de pose d’un daguerréotype est au départ de 15 à 20 minutes, mais sera rapidement ramené à quelques secondes, ce qui explique sont essor rapide : en 1847, moins de dix ans plus tard, on vendra à Paris 2.000 appareils et près de 500.000 plaques pour daguerréotypes, en 1853 il y aura 10.000 daguerréotypistes en Amérique, et la photographie sera enseignée à l’Université de Londres dès 1856.


L’évolution la plus importante qui suit est due à l’Anglais Frederick Scott Archer en 1851. Apprenti orfèvre à ses débuts, il fait principalement des portraits sculptés et s’aide de photographies de ses modèles. Il met au point le procédé au collodion humide qui donne un négatif sur verre de très grande qualité et qui sera utilisé pratiquement jusqu’à la fin du siècle malgré la complication de son utilisation. Il faut en effet préparer la solution de collodion, l’étendre sur une plaque de verre, sensibiliser la plaque dans un bain de nitrate d’argent, puis faire la prise de vue et ensuite la développer avec de l’acide gallique ou du sulfate de fer, puis la  fixer au thiosulfate de sodium ou au cyanure de potassium, le tout dans un délai de 15 à 30 minutes selon les conditions ambiantes de température et d’humidité. En effet, un fois sèche, la plaque n’est plus sensible à la lumière.


Le matériel à cette époque est lourd et encombrant, les photographes doivent préparer le plus souvent leurs plaques et leurs papiers eux-mêmes au fur et à mesure des besoins. C’est donc un passe-temps, ou une profession, qui n’est pas accessible au commun des mortels. Les photographes de l’époque sont le plus souvent aisés, sinon fortunés, et ont une bonne connaissance de la chimie.

La guerre de Crimée


En 1854, les Russes passent le Danube et entrent dans l’empire ottoman. Sous un prétexte religieux, une querelle sur la garde des lieux saints de Palestine entre moines franciscains et prêtres orthodoxes, ils veulent en réalité contrôler les détroits du Bosphore et des Dardanelles, ce qui leur ouvrirait ainsi le passage vers la Méditerranée. L’Angleterre et la France volent au secours de la Turquie, leur alliée, pour les mêmes raisons. Le gouvernement britannique souhaite envoyer une mission photographique avec ses soldats, mais les officiers qui doivent s’en charger, trop mal et trop rapidement formés, échouent et le ministère fait appel à la Royal Photographic Society, fondée à Londres en 1853 par Roger Fenton, un photographe déjà très connu, qui a notamment été envoyé en Russie pour photographier la construction d’un pont sur le Dniepr.


Fenton est volontaire. Il obtient un financement conjoint de la Couronne, du Ministère de la Guerre et d’un éditeur. Il fait construire un chariot laboratoire, engage un assistant et un cuisinier, et charge 37 malles de matériel. Arrivé en février 1855 en Crimée, il y restera jusqu’à la fin du mois de juin et prendra 363 photos. Il est obligé de travailler très tôt, au lever du jour, car la température trop élevée fait bouillir ses bains, d’une part, et que, d’autre part, son chariot inquiète les Russes et devient la cible de l’artillerie.


Il est ainsi le premier reporter de guerre de l’histoire de la photographie.  Soit volonté de propagande, soit conception victorienne de ce qui peut ou ne peut pas être montré aux femmes et aux enfants, il ne fera que des photos assez “innocentes” des troupes, de leur campement, des officiers...  il ne faut pas démoraliser le pays. Il évitera de montrer les victimes qui meurent par centaines des suites de leurs blessures ou de maladie (lui-même contractera le choléra, ce qui précipitera son retour). De retour en Angleterre il est célèbre, ses photos sont publiées sous forme d’albums (de tirages originaux) ou reproduites par des gravures sur bois dans la presse. Il est reçut par la reine Victoria qui lui accorde d’apparaître couché en sa présence compte tenu de son affaiblissement provoqué par sa maladie.


La fin de la campagne sera photographiée par Felice Beato et James Robertson, photographes associés qui ont leur studio à Constantinople. Beato, par la suite, accompagnera l’armée britannique en Chine lors de la deuxième Guerre de l’Opium.


Le Grand Tour


Il y a, avant 1885, 250 photographes qui visitent ou travaillent au Moyen-Orient qui est un lieu de destination privilégié par les touristes fortunés d’alors. C’est l’époque où quelqu’un de la bonne société, principalement anglaise mais aussi allemande, et qui en avait les moyens, se devait de faire le “grand tour”, c’est-à-dire un voyage qui le menait de Paris à Rome et la Sicile, puis en Grèce et au Liban, en Syrie, en Palestine, en Egypte, selon l’état de sa fortune et son temps disponible, partout où il y a “quelque chose à voir”.


Tous ne sont pas photographes, loin s’en faut, et donc ils achètent sur place des albums souvenirs. Il y a ainsi de grands studios qui envoient sur le terrain des photographes pour enrichir leur collection de négatifs afin de proposer le choix le plus large possible aux clients potentiels. On peut citer les studios de J. Pascal Sebah et des frères Abdullah à Constantinople ou de Bonfils à Beyrouth qui connaîtront une grande prospérité et deviendront de véritables entreprises internationales.


Francis Frith est un de ces photographes particulièrement doués qui ont travaillé dans ces régions. Anglais, il fait rapidement fortune et se retire des affaires à 34 ans après avoir vendu ses entreprises. Il achète un bateau à vapeur et plusieurs tonnes de matériel, dont une chambre 40x50, une 20x25 et un appareil stéréoscopique, puis embarque pour le Moyen-Orient. Il voyage pendant deux ans en Egypte, Syrie et Palestine, revient en Angleterre avec 450 photos, édite un livre de tirages originaux qui connaît un réel succès puis repart à deux reprises et édite en tout 9 albums de photos de ses voyages. Il crée ainsi progressivement une entreprise prospère qui possédera finalement un million de photographies réalisées, sûrement avec l’aide d’autres photographes dont on a oublié les noms,  à travers l’Europe et la Grande-Bretagne en plus de ses photos du Moyen-Orient.


D’autres photographes entreprenants enregistreront des images qui nous révèlent ce que fut le monde en ces temps qui nous paraissent lointains. Ainsi, Désiré Charnay, maître d’école français parti à la Nouvelle-Orléans qui revient en France pour apprendre la photographie et qui obtient un financement de la part du Ministère de l’instruction publique pour faire un voyage d’exploration dans le Yucatan où il ira photographier les principaux monument précolombiens connus à cette époque, ou les frères Bisson qui tentent l’ascension du mont Blanc avec une équipe de 25 porteurs et réalisent ainsi les premières photos de la Mer de Glace et du sommet en un temps où l’alpinisme est loin de connaître les développements que l’on lui sait maintenant.


D’autres restent dans le confort de leur studio et se consacrent au portrait ou à la photo d’art, comme Henry Peach Robinson, qui combine plusieurs négatifs pour créer des scènes de genre, bien dans l’esprit de son temps, ou Julia Margaret Cameron dont les portraits gardent encore de nos jours tout leur impact, de même que ceux du grand Nadar ou d’Etienne Carjat. Certains enfin, comme Muybridge, se tournent vers une application scientifique de la photographie.


Louis Lumière et la couleur


Louis Lumière est né en 1864 d’un père peintre d’enseignes devenu photographe par la suite. Travaillant au départ comme daguerréotypiste, le père a suivi l’évolution technique du métier et a utilisé le collodion humide puis les plaques sèches au gélatino-bromure. Les fils Lumière ont vite été mis à contribution pour préparer les plaques et, à l’âge de 15 ans, Louis, qui n’est pas satisfait de la qualité des plaques Monckhoven qu’ils utilisent, met au point ses propres négatifs au gélatino-bromure que le père utilise pour ses travaux. Ses confrères sont impressionnés par la qualité des photos obtenues et c’est ainsi que commence la fabrication pour la vente des négatifs Lumière. Le succès vient assez rapidement et l’on passe vite de l’artisanat à l’industrie. En 1885, six ans plus tard donc, 300 ouvriers travaillent dans l’entreprise qui produit 50.000 plaques et 4.000 mètres de papier sensibles par jour. L’usine utilise un wagon de verre chaque jour, elle est devenue la première entreprise de produits photographiques d’Europe. Le père Lumière, gestionnaire fantaisiste, a abandonné à ses fils la direction de l’entreprise et se consacre à la peinture.
À la fin du siècle, les recherches sur la photographie en couleurs en sont encore aux premiers balbutiements, Charles Cros et Louis Ducos du Hauron ont mis au point le procédé trichrome qui démontre la possibilité de capter les couleurs d’un sujet mais n’est quasi pas utilisable hors des conditions d’un laboratoire de recherche. Louis veut simplifier le procédé et le rendre accessible au plus grand nombre. En 1904, après 7 années de recherches, il publie enfin un compte rendu sur le procédé qu’il a mis au point. Voici la description abrégée qu’il en donne :


“Si l’on dispose à la surface d’une plaque de verre et sous forme d’une couche unique, mince, un ensemble d’éléments microscopiques, transparents et colorés en rouge-orangé, vert et violet, on peut constater, si les spectres d’absorption de ces éléments et si ces éléments sont en proportions convenables, que la couche ainsi obtenue, examinée par transparence, ne semble pas colorée, cette couche absorbant seulement une fraction de la lumière transmise. Les rayons lumineux traversant les écrans élémentaires orangés, verts et violets reconstitueront, en effet, la lumière blanche, si la somme des surfaces élémentaires pour chaque couleur et l’intensité de la coloration des éléments constitutifs se trouve établie dans des proportions relatives bien déterminées.


Cette couche mince trichrome ainsi formée est ensuite recouverte d’une émulsion sensible panchromatique. Si l’on soumet alors la plaque préparée de la sorte à l’action d’une image colorée, en prenant la précaution de l’exposer par le dos, les rayons lumineux traversent les écrans élémentaires et subissent, suivant leur couleur et suivant les écrans qu’ils rencontrent, une absorption variable. On a ainsi réalisé une sélection qui porte sur des éléments microscopiques et qui permet d’obtenir, après développement et fixage, des images colorées dont les tonalités sont complémentaires de celles de l’original...”


La couche mince en question est constituée de grains de  fécule de pomme de terre de 15 millièmes de millimètres et laminées sur la plaque de verre à une pression de 7.000 kg par centimètre carré. Louis Lumière a non seulement conçu le principe de l’Autochrome (c’est le nom qu’il donnera au procédé) mais également conçu et construit tout le matériel nécessaire à sa fabrication. La plaque Autochrome est une diapositive sur verre qui se projette ou s’observe par transparence. Le succès est immédiat et la réussite commerciale viendra rapidement. En 1913 l’usine produit chaque jour 6.000 plaques Autochrome au format 9x12. Par la suite, la fécule de pomme de terre sera remplacée par de la levure de bière, dont les grains plus fins permettront un format plus petit et une plus grande sensibilité, le verre sera remplacé par un support souple récemment découvert, et le procédé sera également appliqué au film de cinéma.
On peut voir à Boulogne-Billancourt, près de Paris, des expositions consacrées à la plus grande collection d’autochromes existant (72.000) au Musée Albert Kahn, un banquier mécène qui envoya des photographes et des cinéastes dans le monde entier entre 1908 et 1929, chargés de constituer ce qu’il appela Les archives de la planète.

Présentation au Photo club de Mons le jeudi 5 mars 2009.

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August Sander est né le 17 novembre 1876 à Herdorf, en Rhénanie-Palatinat (à environ une centaine de kilomètres de Cologne). Il a 8 soeurs, son père est charpentier dans une mine de fer locale et possède et exploite une petite ferme. Il bénéficie d’un modeste capital suite à la vente d’une petite mine dont il était propriétaire. Dès 1890 c’est tout naturellement que August Sander va travailler dans la même mine que son père, tout en l’aidant probablement dans l’exploitation de la ferme. La petite ville de Herdorf n’est pas encore soumise aux bouleversements de l’industrialisation et le travail est plutôt organisé sur un modèle artisanal et coopératif traditionnel, chacun étant employé à tour de rôle au fond de la mine, à l’atelier, et aux champs. Le travail à la mine ne représente que quelques mois sur l’année.

En 1892, August Sander est choisi, un peu par hasard, pour guider un photographe qui veut faire des prises de vues de paysage dans les environs de la mine. Le travail du photographe le fascine et un oncle maternel finance l’achat de son premier matériel. Il commence à faire de la photo en amateur, chose considérée comme assez extravagante par ses concitoyens. Il faut se rappeler qu’il y a à peine 50 ans que Arago a « donné la photographie au monde » et qu’elle est encore loin d’être un loisir populaire.

En 1896, âgé de 20 ans, alors photographe amateur déjà fécond, il quitte le milieu familial pour faire son service militaire à Trèves où l’armée lui donne la possibilité d’être apprenti dans un studio de photographie durant ses heures de liberté. De 1899 à 1901, il travaille dans divers studios de Magdebourg, Halle, Leipzig, Berlin et Dresde, où il fréquente également l’Académie des Beaux-Arts, probablement en auditeur libre. Cette période de perfectionnement dans son métier est aussi très certainement une période d’enrichissement culturel pour August Sander.

Ces « années de voyage », comme il les appellera, se terminent en Autriche, à Linz, où il devient premier opérateur du studio Greif. En 1902 il épouse Anna Seitenmacher, fille d’un secrétaire de justice à Trêves, et la même année reprend avec un associé l’atelier Greif qui deviendra en 1904 l’atelier August Sander dont il sera désormais seul propriétaire. C’est la confirmation de l’ascension sociale du paysan-mineur qui est désormais père de famille et chef d’entreprise (il a 7 employés). Pour prendre pied dans la haute société de Linz, et y trouver une clientèle fidèle et aisée, il entreprend alors sous la direction de son épouse l’acquisition de la culture bourgeoise de bon ton qui lui fait défaut. Il lit les « bons » livres, collectionne meubles et tableaux, se met à la musique avec passion et finit par être admis dans la chorale municipale. Il fait dès lors partie des notabilités de la ville. Il participe à plusieurs salons et expositions en Autriche, en Allemagne et en France où son oeuvre est distinguée et récompensée. En 1906 il expose une centaine de tirage grand format au Landhaus Pavillon de Linz. Sa photographie est alors tout à fait conforme à ce qui se fait à l’époque et à ce que demande une clientèle bourgeoise conservatrice, elle est pictorialiste, avec des tirages à la gomme bichromatée très soignés et retouchés. Il se démarque toutefois de ses confrères qui continuent presque tous à travailler « à l’ancienne », c’est à dire en studio, devant la même toile peinte représentant un paysage ou un motif architectural quels que soient les modèles ou leur origine sociale. Sander préconise une prise de vue dans le décor naturel du client, son intérieur ou son jardin, ou dans son atelier qu’il a aménagé au moyen d’éléments de décor « plein de goût» . À la fin de 1909 il vend son studio pour des raisons assez obscures et vient s’installer à Cologne dans le quartier de Lindenthal. Il n’obtient toutefois pas le même succès comme portraitiste qu’à Linz et se voit contraint de rechercher une autre clientèle. Il fait alors la navette entre Cologne et le Westerwald, sa région d’origine où il rencontre bientôt un certain succès. C’est son épouse qui gère l’atelier pendant ses absences. Cette nouvelle clientèle, qu’il connaît bien puisqu’il s’agit de sa région natale, l’incite rapidement à diversifier sa pratique. Clarté, sobriété et froideur deviennent ses maîtres mots.

12273059259?profile=originalEn 1914 il est rattaché à l’armée de réserve et échappe ainsi au grand massacre et, après la guerre, il se rapproche des artistes progressistes rhénans dont les peintres Seiwert et Hoerle avec qui il a de nombreuses discussions qui le détachent progressivement de la bourgeoisie à laquelle il s’était identifié avant la guerre, surtout à Linz où il avait recherché, et obtenu, une ascension sociale certaine. Il reste toutefois partisan convaincu de la social-démocratie de la République de Weimar et n’apprécie nullement l’idée de révolution mondiale, contrairement à son ami Seiwert qui avait des conceptions radicalement anticapitalistes. Vers 1922 il a définitivement abandonné toute idée de « photographie d’art » pour se consacrer à la « photographie exacte » selon ses propres termes ; plus de gomme bichromatée mais des tirages clairs, bien contrastés et de qualité technique optimale sur un papier brillant. Il commence à visionner et à trier les négatifs qu’il a accumulé depuis le début de sa carrière et à les sélectionner en fonction de leur degré « d’objectivité », les considérant maintenant sous l’angle documentaire. Il les tire sur papier brillant et les soumet à ses amis comme une illustration de l’état moral et social d’individus, mais aussi de groupes sociaux. Il étend progressivement son étude aux catégories les plus variées et envisage la question de leurs rapports mutuels et de la structure de la société dans son entièreté. C’est alors qu’il forme le projet d’offrir un panorama photographique de toutes le professions et de tous les milieux de la République de Weimar. C’est le projet, maintenant conscient et mûri, qui était en germe dans son approche des paysans du Westerwald : présenter les individus comme éléments d’un ensemble social. Les années 1923-1924 voient une réforme monétaire qui relance l’activité économique, et il en bénéficie sous la forme de commandes industrielles qui lui assurent la sécurité financière pour une longue période. Il se consacre dès lors à l’accumulation systématique de nouveaux clichés, laissant souvent à ses collaborateurs le soin de répondre aux commandes des entreprises. L’inventaire de la société allemande, tâche énorme et non rémunérée, devient alors son objectif prioritaire.
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En 1927, Sander présente un premier ensemble de photographies dans une exposition à Cologne qui rencontre un certain succès, tant à Cologne qu’à l’extérieur, et un éditeur le contacte pour envisager une publication. Antlitz der Zeit (Visages du temps) paraîtra en 1929 avec une préface de l’écrivain Alfred Döblin. Avec un bulletin de souscription pour Menschen des 20. Jahrhunderts (Hommes du XXe siècle) à paraître par la suite, cet ensemble de 60 portraits est une amorce du grand œuvre de Sander. L’ouvrage se vendit mal malgré l’enthousiasme des journalistes et intellectuels. Le grand public y fut moins sensible, mais ce fut néanmoins un succès partiel.

[ ...]

Après l’accession de Hitler au pouvoir, et l’arrestation en 1934 de Erich, son fils aîné, condamné à 10 ans de réclusion pour son appartenance au parti communiste, Sander est devenu suspect pour le régime nazi. Antlitz der Zeit est saisi, les derniers exemplaires et les plaques sont détruites, et il se fait discret et travaille plus ou moins clandestinement, notamment à la réalisation de portraits de Juifs ou de prisonniers politiques. Nombre de ses amis sont déclarés « artistes dégénérés ».
C’est à ce moment qu’il entreprend son reportage sur le vieux Cologne qui devait comprendre 12 cartons et s’intituler Köln wie es war (Cologne telle qu’elle était). Cette activité éveilla toutefois les soupçons, sa maison fut perquisitionnée, certaines épreuves saisies. La municipalité lui proposa néanmoins de le publier, mais il a refusé, prétextant que le travail n’était pas assez avancé. Il se consacre dès lors principalement au paysage lors d’excursions de parfois plusieurs semaines sur les bords du Rhin ou de la Moselle, dans l’Eifel, le Westerwald ou le Siebengebirge.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Sander entrepose ses négatifs (40 à 50.000, selon les sources) dans la cave de sa maison de Cologne et se retire dans un appartement au-dessus d’une ferme à Kuchausen (Westerwald) où il en stocke 10.000 des plus précieux. La maison de Cologne sera détruite dans un bombardement, et les négatifs perdus lors de l’incendie qui suivra. Après la guerre il continue à se consacrer aux portraits, principalement de paysans, mais sans être tout à fait satisfait du résultat.

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Si la plupart de ces projets n’ont pu être menés à bien, August Sander aura la consolation de ne pas disparaître de la scène photographique. Alors qu’il avait été pendant des décennies considéré comme un marginal par ses confrères, il reçoit en 1955 la visite d’Edward Steichen qui choisit des portraits pour son exposition The family of man, il est nommé citoyen d’honneur de Herdorf où une rue porte son nom, reçoit la Croix fédérale du Mérite, puis devient membre honoraire de la Société allemande de Photographie qui lui accorde son Prix de la Culture en 1961. Une reconnaissance amplement méritée quoique tardive, qui permit que son œuvre fut enfin accessible et est maintenant recherchée par les collectionneurs et les musées du monde entier.
August Sander meurt à Cologne le 20 avril 1964 d’une attaque d’apoplexie.

[ ... ]

Présenté au Photo-Club le 13 novembre 2014.

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Eloignement.

 

Vous embrasser,

je ne peux point,

alors je vous écris,

de vous je suis si loin,

entendez-vous ma vie ?

Ce cri de moi,

fait de silence pour vous,

est devenu si bleu, parfois noir,

sur le blanc, il s'inanime, se brise ;

c'est lorsque je vous écris,

faute de vous étreindre.

Même vous prendre la main

est mon plus grand dessein,

entendre votre cœur battre,

est l'orage que je guette,

point terrifiant, ni sombre,

mais fabuleusement clair.

Je vous écris tout le temps,

à l'ombre du soleil,

en cachette.

 

 NINA

 

 

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Tu resteras là où vibre mon coeur.

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Dans mes pérégrinations hurle un appel
où l'absolu de l'intonation pénètre
les arcanes insondables de mes nuits opalines.
Pleurant sous la blancheur patiente de la lune,
la longue plainte pure et sauvage de l'indomptable
voyageur traverse l'invisible et déchire
les lambeaux de brume cimmérienne hyaline.
Soudain, parmi les vapeurs fluides
où flotte encore l'ivresse de l'Érèbe,
il se tient là, dressé devant moi,
et la transparence du silence de ses gestes
vaticine en moi un message indicible.
Prise aux rets de son essence infra corporel,
je rencogne mon pyrrhonisme dans l'antichambre
de la contingence et laisse, mes yeux de deuil
se nourrirent de son regard porteur de mystère,
de force et de lumière divine.

Nom d'auteur Sonia Gallet

recueil © 2015

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12273086460?profile=originalLivre mythique s'il en fut, le De tribus impostoribus (Livre des trois imposteurs ) a hanté la conscience du Moyen Âge. L'ombre suscitée par son incertaine réalité n'a pas cessé, pendant des siècles, de nourrir l'idée que l'humanité a pu s'engager dans la voie des religions comme en un chemin d'une absurdité et d'une aberration fondamentales. On prête au karmate Abu Tahin le propos d'où va découler la légende d'un ouvrage qui en développerait l'argument : "En ce monde, trois individus ont trompé les hommes : un berger, un guérisseur et un chamelier." Les relations amicales que l'empereur Frédéric II entretenait avec le monde musulman, ainsi que son conflit avec la papauté, lui imputent rapidement, à lui ou à son chancelier, Pierre de la Vigne, la responsabilité d'un livre scandaleux où il aurait été démontré que le monde a été mené par trois imposteurs, Moïse, Jésus et Mahomet. D'où serait issu le sentiment de Frédéric ; D' Averroès, qui aurait déclaré : "La religion judaïque est une loi d'enfants ; la chrétienne une loi d'impossibilité ; et la mahométane une loi de pourceaux." Au XIIIe siècle, Thomas de Cantimpré rapporte que Simon de Tournai, ayant parlé de "trois imposteurs qui ont leurré la race humaine", fut aussitôt frappé de paralysie. Parmi les propositions qui incitèrent Alvarès Pelayo à obtenir à Lisbonne, vers 1340, la condamnation de Thomas Scotto, une allusion similaire existe, comme du reste dans l'interrogatoire, en 1512, de Herman de Rijswick. Auparavant, en 1459, si l'on en croit Rainaldus dans ses Annales ecclésiastiques , un certain Jeannin de Solcia, chanoine de Bergame, aurait été condamné pour avoir soutenu que les trois prophètes avaient "gouverné le monde selon leur fantaisie".

À la Renaissance, les allusions se multiplient. Il semble que Guillaume Postel soit le premier à accréditer l'existence d'un tel livre dans son Traité de la conformité de l'Alcoran avec la doctrine de Luther ou des Évangélistes (1543). Le bruit court que l'on aurait retrouvé dans les papiers de Jacques Gruet, l'ennemi genevois de Calvin, des impiétés contre Jésus-Christ. Dès lors, les imputations vont bon train. On incrimine Michel Servet et, avec tout autant d'invraisemblance, Boccace, Poggio, Machiavel, Ochino, Dolet, Muret, Fausto de Longiano (dont Le Temple de la vérité n'a jamais été retrouvé), Pomponazio, qui, il est vrai, a écrit : "Si les trois religions sont fausses, tous les hommes se trompent ; si une seule est vraie, la plupart des hommes se trompent." Dans son Atheismus triumphatus , Campanella affirme, sans preuves, que le livre a été imprimé pour la première fois en 1538. Au XVIIe siècle, Christine de Suède fera en vain rechercher l'ouvrage. Avec le XVIIIe siècle, les érudits, à la suite de La Monnoie, tentent vainement d'éclaircir un mystère qui est en passe de fournir aux bibliophiles une source singulière de profit. En 1716, il apparaît qu'un libelle proposant la traduction française des Trois Imposteurs est un faux. Les extraits sont ceux d'un livre qui paraîtra en 1719, L'Esprit de M. Benoît de Spinoza , de Jean-Maximilien Lucas, fils d'un pasteur calviniste. Déjà, en 1680, Kortholt n'avait pas hésité à se servir du titre alléchant des Trois Imposteurs pour imposer un pamphlet contre Herbet, Hobbes et Spinoza.

Il faut attendre les recherches de Presser et de Bartsch pour découvrir une piste sérieuse. La bibliothèque de Berlin possède un ouvrage intitulé De tribus impostoribus libellum portant comme date d'édition 1598. Or deux références, l'une à la sainteté d'Ignace de Loyola, l'autre à la philosophie des Chinois et des Indiens, révoquent en doute l'authenticité d'un texte prétendument ancien, voire la date même de 1598. Il semble aujourd'hui établi que le texte est dû à Johannes Joachim Müller (1661-1733), petit-fils du théologien Johannes Müller (1598-1672), auteur d'un Atheismus devictus . La date fictive d'édition n'est autre que la date de naissance du grand-père. La composition du texte serait de 1695 environ, à peu près contemporaine, donc, des pamphlets de Mathias Knutzen.

Ce qui a échappé à Presser et à Bartsch, c'est l'existence, en 1572, d'un livre qui fut publié en France sous le titre Fléau de la foi et qui envoya à la potence son auteur, Jeoffroy Vallée. Le sujet traité est celui des trois imposteurs, comme dans le texte latin de 1598. Les trois religions y sont dénoncées dans leurs "absurdités" et leurs "incohérences". On y fustige l' intolérance et le fanatisme qui portent partout la guerre et la discorde au nom d'une vérité unique et mystérieusement révélée. L'auteur oppose à la "barbarie" de ces prétendues doctrines de justice et d'amour une religion de la nature qui laisserait à chacun la liberté de mener sa vie comme il l'entend.

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Une mère,

 

A midi dans la cour ensoleillée

d'une école maternelle,

j'ai entendu une petite fille,

qui appelait "maman, maman" ;

une mère, pareillement à une  brassée de fleurs

ça sent bon, ça réconforte, c'est tout multicolore,

c'est fragile et c'est fort !

Une mère ça fait voler,

 ça se cueille en un seul baiser,

et puis à l'instar de la mer ça chante et ça bouleverse.

Le premier bijou de l'enfance

 n'Est-ce point la mère ?

 

NIN A

 

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Marie et la peur JGobert

Comme à chaque retour du printemps,  des pensées nouvelles l’envahissent et la laissent sans voix. La montée de cette sève la concerne, la captive aussi.  Son corps en mouvement,  son esprit en éveil n’arrête pas de lui lancer des images inédites et des sentiments contraires, opposés.

Toujours cette angoisse, bien présente, qui la suit, tel un fardeau trop lourd.  Cette peur de perdre ce qui lui appartient, ce qui lui est cher.  Cette peur de blesser par des paroles dites sans discernement, sans réflexion. Ces mots tueurs que la bouche déverse nonobstant une vérité complice. Cette peur d’être rejetée, repoussée par l’ami de toujours et par lequel inconsciemment  elle dépend et qui malgré son amitié lui devient toxique.

Cet ami qu’elle instrumente, qu’elle pose sur un piédestal mais qu’elle réduit au rang de moyen pour combler un vide, sa solitude. Cette solitude qui l’enferme et donc le poids lui pèse. Cet ami à qui elle s’accroche pour ne pas sombrer. Alors que la vérité simple est d’admettre que c’est elle qu’elle fuit par son intermédiaire.

Cette souffrance qu’elle partage dans cette amitié finit par l’affaiblir.  Vulnérable, faible, cachée derrière ce mot d’attachement, ses sentiments sont instables, légers, périmés. Marie a oublié le plaisir d’être. Toujours dans cette audience, dans le défi de cette facilité à vouloir  vivre une vie parfaite.

Cette amitié qui au fil du temps lui est devenue si lourde, elle veut apprendre à la redécouvrir.  Elle a donc renié cet ami pour récupérer son indépendance, sa vie, son existence. Elle a renoncé à cette part rêvée et à cette solitude collante.  Elle a abandonné sa souffrance dans ce renoncement. Marie a jeté cette raison de vivre obsolète...

Ce printemps naissant lui réapprend le sens de la vie, cette liberté retrouvée dans la souffrance, la peine et la conviction que tout va changer et être plus léger.  Le silence a fait place à l’angoisse dans cette relation éteinte.  Une sérénité à retrouver sur le chemin de la vie et dans le bonheur d’être enfin elle.

 

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Séance de coloriage.

.

Une boite de crayons de couleurs,

un album avec des arbres, des fleurs,

une clarté absolue ;

dansent mes doigts sur le papier glacé,

vagabonde ma tête au dessus du bureau,

joyeuse, guillerrette en altitude ;

les arbres, les fleurs se font vivants,

gigantesques, estivaux en plein hivers.

Une boite de crayons de couleurs,

un album avec des arbres, des fleurs,

une lumière inhabituelle ;

naissent dans ma tête des forêts mauves,

des pierres tout en satin,

exaltée,  rasserénée en altitude ;

les arbres, les fleurs de l'album se  sauvent,

superbes, dans ma chambre bleue,

s'enracinent, se multiplient.

J'y entend depuis une douce musique,

 un murmure de vous, un souffle chaud ;

Don d'un somptueux jardin,

dans un studio de la région parisienne.

J'aime colorier en écoutant Chopin ou Bach ;

ces embryons de joie,

 qui engendrent le bonheur.

NINA

 

 

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La valse du temps

 

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Je, tu, il, nous, vous, elles,

sous un parapluie.

Je, tu, il, nous, vous, elles,

perdus dans la nuit.

 

Je, tu, il, nous, vous, elles,

sans aucune crainte.

Je, tu, il, nous, vous, elles,

valsant  dans le vent.

 

Je, tu, il, nous, vous, elles,

                                                                 passe, passe , le Temps!

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Doux rayonnement

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Haîkus

 

Les secondes rythment

l'énergie silencieuse

de l'instant qui stagne.

...

Une paix suave,

subreptice, la lumière

allonge les ombres.

...

Des érables noirs,

sont figés les tentacules

Vers le ciel nacré.

...

Sans traces de pas,

brille la neige étalée

devant les maisons.

...

Doux rayonnement,

la joie inonde l'instant

rend l'âme légère.

 

31 mars 2015

 

 

Haïkus

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Ma boîte aux lettres

 

Songerie

 

Certes ma boîte  aux lettres est pleine chaque jour

D'inutiles papiers et, sous plis, de factures.

Une manne prévue pour les saisons futures.

Ne m'arrive, de loin, nulle marque d'amour.

 

D'inutiles papiers et, sous plis de factures.

J'eus, lors du changement, des regrets parfois lourds.

Ne m'arrive, de loin, nulle marque d'amour.

Aucune douce grâce à jamais ne perdure.

 

J'eus, lors du changement, des regrets parfois lourds.

Je fus si cajolée, du sort, tellement sûre!

Aucune douce grâce à jamais ne perdure.

Un bonheur disparaît, maintes fois pour toujours.

 

Je fus si cajolée, du sort tellement sûre!

Je trouvais fabuleux ce temps de mon séjour.

Un bonheur disparaît, maintes  fois pour toujours.

Ma boîte, peinte en vert, laisse voir son usure. 

 

30 mars 2015

 

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Cher Pierre,

 

 

Le ciel est maussade aujourd'hui,

l'air est un peu froid.

Oh non, je ne veux surtout pas que vous trépassiez !

Une fois parti, vous convoquez a quoi bon,

 à chaque instant, n'en doutez pas,

tout me semblerait faux, insensé !

Peut-être alors vous écrirais-je autrement.

Seule la vie me plaît et m'intéresse.

Si vous partiez, ce serait tout bêtement absurde ;

je ne trouve pas les mots pour exprimer tout cela !

Si vous partiez, oh infinie solitude,

 un bout de moi s'en irait avec vous ;

ici je serais donc devenue incomplète !

Souvent vous me parlez de votre mort,

en avez-vous peur à ce point ?

Moi, c'est l'idée de la perte des visages de mes proches

qui m'attriste prématurément, m'assombrit parfois.

Ne plus pouvoir étreindre ma fille,

 les gens que je chéris à l'instar de vous,

me terrifie, ma glace tout autant !

Mon corps je le prive d'une certaine façon,

l'assoiffe, ne l'autorise pas suffisamment

à l'étreinte amoureuse,

 à son plein ensoleillement ;

 sa grande saison , alors j'écris.

Pensez à la "petite Lucie".

Etre artiste, créatrice,

nécessite une grande maitrise de soi,

la soif de son corps, cet appétit immense ;

c'est un engagement informel,

cette petite porte entrebâillée dans sa tête,

franchie en catimini,

 au sein même de ce monde que j'aime,

que je ne veux point déserter, quitter.

J'aime la vie dès lors que vous vous y trouvez.

 

Bien à vous.

 

                                                                                Isabelle

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