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A ma chatte Nina,

 

 

Ton petit cœur félin bat si fort

qu'il prend toute la place de ton joli

corps élastique et gracieux ; sa sonorité

est pareille à celle d'un bijou dès que tes

yeux "Agathe" plongent dans les miens

extrêmement bleus  !

En cet instant précieux, me voilà consacrée

Reine et ta robe tigrée et chaude frôle mes

chevilles blanches et nues ;  ainsi tu t'en vas,

souveraine et altière, te blottir dans mes lainages clairs

en désordre dans mon armoire.

C'est là que tu t'endors, toi mon soleil, mon astre,

ma clarté brune !

NINA

 

 

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Le printemps du saccage

Le printemps du saccage

 

 

Elle ne peut plus l'aimer

Ce dandy dégingandé
Avec son air frivole
C'était bien les deux seuls
A ne pas rattraper
Sous une pluie battante 
Les parapluies en vol

Elle ne peut plus l'aimer
Ce cher et tendre ami
Avec qui elle pensait
Devenir l'amante jolie
Mais en une seule journée

Ce conte qu'elle s'était conté
A été saccagé

C'est le printemps des poètes
Mais il pleure des flocons
Au tréfonds de son être
Pour lui, elle ne fut qu'un con
Une violente amourette
Dans son ventre, il pousse
Des armes et un violon

Elle demandait peu de choses
Même pas sur le lit
Des pétales de roses
On l’appelait petite fée
Sa magie est meurtrie
Par la métamorphose
D'un diable déchaîné

Elle ne peut plus l'aimer
Bien écrits sont ses leurs
Avec grande bravoure
Certains de ses effets
Il a brisé la fée
Et ses petits bonheurs
Il a failli la tuer

C'est le printemps des poètes
Mais l'hiver dans son cœur
Il pleure des allumettes
Elle fait flamber les fleurs
Ses yeux étaient le Saint Graal 
Désormais elle se noie
Au canal lacrymal

Rien de plus cruel
Que de jouer l'amoureux

Dans son cerveau en duel
Ne demeure pas le jour
Encore moins les cieux
Soumise, soubrette, assommée par les coups
Réduire au néant , il apprécie beaucoup

Voleur, violent, violeur
Elle a perdu la clef
Des ses rêves d'enfance
Une culpabilité qu'elle porte en permanence
Comme un vieux pardessus
Le fruit de son offense

C'est qu'elle y a trop cru

Une poupée de chiffon
Voilà ce qu'elle fut
Blindée d'humiliation
Un soir, dans une rue
La haine et le mépris
Lorsqu'elle repense à lui
Sont ses nouveaux prénoms

Il se croit stupéfiant
Mais il est loin de l'être
A trop abuser des stupéfiants
Il s'est pris pour un maître
Ce qui est stupéfiant

C'est de voir à quel point

Comment les stupéfiants

Sont devenus ses maîtres 

C'est le printemps des poètes
Mais il pleure des flocons
C'est l'hiver dans ses plaies
Le temps fera tout fondre
Il sera devenu
L 'aparté dans une tombe
Et elle saura enfin renaître...

Arachneens Séverine François

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Sur La Butte de Montmartre

une aquarelle d'Adyne Gohy

12273140678?profile=original

a inspiré

Les Musiciens

un poème de Raymond Martin

 

Songes macabres d’une nuit d’été, engoncés dans le  boléro étriqué du toréro dépité.

Un bœuf insensé, sur le toit pris de vertige, sauta les yeux fermés dans le passage de

La petite boucherie, où vaquent  à leurs travaux  tuyautés les employés du gaz.

 

« Au suivant » dit le grand Jacques, ne regardant jamais derrière lui, troublé par ses vingt ans.

Son copain Georges content d’avoir connu Fernande, lui sourit tendrement.

Le p’tit frisé au nez de fouine cherche une rime pour ses « cuisses de mouche ».

 

Un grand coup de vent et le chapeau de Charles sombre en Méditerranée un peu frisée.

Excité tel un  lombric hors de son tunnel.  Léo crie : « Poètes vos papiers ! Racontez-moi la mer. »

Maurice, oreilles aux aguets, s’en va chercher ses partitions. « Diantre! »  s’étouffe Claude,  vexé.

 

Joe  à  toutes jambes s’écrie : « Attention voilà les Daltons ! Cachez vos gueules de métèques ! 

Georges le barbu en tombe sur sa guitare et gratouille:

- Laissez-moi le temps de vivre, crie-t-il.

- Laissez-vous aller Milord, s’époumone un frêle piaf quelque peu éméché ! »  

 

Un marteau sans maître gît sur les pavés moussus, étonné par les employés du gaz.

« Si j’avais un marteau ! déclame un blondinet  avec  pompes et circonstances.

- Quel beau  rossignol blondinet,   s’écrie la Castafiore.

- Tiens, lui dit-elle, voilà un marteau. »  

 

Tout est en ordre, cornemuse au placard, Erik goûte  ses trois  morceaux en forme de poire,  

Quand soudain une « Pacific » exhale ses fumées. Arthur n’est pas loin se dit-il, envouté par

Le rythme lancinant de cette épopée musicalement ferroviaire.

 

Du  piano à bretelles, sous les doigts de Suzon, sortent des sons émanant d’une nuit d’été.

Souriant de sa performance, elle s’active à la vue d’un chaland pressé endimanché de choix.

Stoppé net, il écoute avec une appréciation non retenue ces notes en chaussée.

 

Sa charge le pressant, un sourire satisfait, du bout de ses doigts tombent  quelques sous

Dans la boite du violon capitonnée d’un satin émeraude. Suzon, aux anges, s’active au mieux. 

D’un signe de la tête, il  salue Suzon et reprend  sa marche pressée vers le bas de la butte. 

  

La marche nuptiale résonne dans la tête d’Emile, volontaire de l’archet comme de coutume.

Actionne celui-ci sur les cordes en boyau de mouton, grinçantes au bord de l’asphyxie.

Exécution magistrale sans miaulement, la marche s’écoule sous les doigts  sereins d’Emile.

 

 Raymond  Martin

D’après une aquarelle de : Adyne Gohy

Juin 2015.

 

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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12273140081?profile=originalIl s'agit d'un écrit politico-social de Thomas Carlyle (1795-1881), publié en 1843; comme toutes les autres oeuvres de Carlyle, celle-ci est imprégnée du sens héroïque de la vie, d'un esprit prophétique, mais malheureusement elle est écrite dans un style trop exalté et emphatique qui finit par irriter. Ce livre vit le jour, lors de l'année la plus tragique et paradoxale d'une Angleterre florissante d' industries et débordante de richesses, mais déshonorée par le paupérisme, le chômage d'un million et demi d' indigents secourus à domicile ou dans les hospices de mendicité. Puisque les économistes de la "Richesse des nations", de "L' offre et de la Demande", du "Laissez faire et Laissez passer" n'ont pas le temps de s'occuper "aussi de la répartition équitable des salaires; puisque la société entière est fausse, voluptueuse, artificielle, les sources intimes de la lumière et de la vie sont obscurcies dans les coeurs, et le sens moral assoupi. De la masse de la population s'élève un cri, qui ne provient pas seulement de son estomac qui connaît la faim; mais de son esprit asphyxié par manque d' idéal, de culture. Aucune réforme législative, aucun élargissement du droit de vote, aucune loi agraire, aucune loi sur l' émigration ne pourront remédier à la carence de nobles coeurs et d'âmes héroïques. Le futur conférencier des "Héros, le culte des héros" ne connaît qu'un seul remède aux tristes insuffisances du "Présent": être gouverné par les plus sages des hommes que fournit l' aristocratie du talent, et non par les charlatans qui se contentent d'empocher les salaires: "Toi et moi, mon ami, nous pouvons dans ce monde d' esclaves entreprendre d'être deux héros, et encourager les autres à nous imiter". Au mythe de Midas, à l' énigme du Sphinx, il faut répondre par "un changement radical de régime, de constitution, d'existence, en reconstituant un nouveau corps avec une âme rajeunie, non sans quelques convulsions, ni sans afflictions". "Mais si votre nation a peu de sagesse, vous marcherez vers la ruine. A celui qui ne possède rien, on prendra le peu qu'il a"; "Tel peuple, tel roi". Et Carlyle, pour éclairer les Réformateurs du "Présent", d'évoquer la vision du "Passé", personnifié non par un grand souverain, un législateur ou un roi des affaires, mais par le mendiant Samson, devenu l'abbé de "Saint Edmond", et par une communauté de moines qui, avec leur règle d'étude, de travail et de prière, nous montrent ce dont tous les temps ont un besoin: "Cette vie terrestre, ainsi que ses richesses et ses biens, ne sont pas en eux-mêmes des choses réelles, mais seulement l'ombre des réalités éternelles et infinies; ce monde fini n'est qu'un terrible symbole, qui passe et repasse sur le grand miroir immobile de l' éternité; et la petite vie de l'homme comporte des devoirs immenses qui l'élèvent au Ciel ou le précipitent aux enfers".

Tournant à nouveau ses regards vers le "Présent" -ce présent où les hommes ont perdu leur âme et n'en continuent pas moins à "proclamer leur droit au bonheur", -Carlyle s'adresse plus particulièrement à son pays, "le plus stupide dans ses paroles et le plus sage dans ses actes". Il prend à partie ses compatriotes: les "conservateurs", ces adorateurs de Mammon qui déplorent la "surproduction"; les propriétaires fonciers qui de leurs terres connaissent seulement la chasse à la perdrix; tous ceux pour qui la noblesse consiste dans le droit de faire souffrir les autres, alors que ce devrait être le privilège de souffrir courageusement pour les autres; les démocrates qui voient l'essence de la démocratie dans le fait de libérer l'homme de l' oppression de ses propres frères, même si l'homme doit rester esclave de lui-même. L'auteur conclut: Le grand et le suprême besoin pour une nation est d'être conduit dans le meilleur chemin par les meilleurs, par "une véritable aristocratie, et par un véritable clergé". Et c'est ainsi que cette oeuvre, bien que toutes les réformes des "démocraties" soient invoquées, finit par être une glorification romantique du moyen âge, dans lequel "on choisissait comme rois les meilleurs et les plus sages, et ceux-ci... choisissaient à leur tour les meilleurs et les plus sages pour administrer le pays".

L'ouvrage n'est en définitive que l' idéalisation d'une période historique antérieure et Mazzini ainsi que Robert Browning dénoncèrent avec raison, comme une pétition de principe, l'affirmation de Carlyle suivant laquelle le peuple "doit être gouverné par une aristocratie royale". En effet qui donnera et élira les meilleurs, sinon le peuple? Et comment les choisira-t-il s'il n'est pas déjà "noble et sage". Tel peuple, tel roi: Carlyle lui-même l'a reconnu. C'est pourquoi Browning s'écriait: "O Seigneur, ne nous envoie plus de géants, mais élève le niveau de toute l'humanité", et Mazzini "Dieu et le Peuple: maintenant et toujours" entendant, par ces mots, substituer à la conception romantico-apocalyptique de Carlyle l'idée du progrès spirituel des masses.

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ET LE TEMPS S'EST PERDU...

Et le temps s'est perdu

Dans chemins de traverse

Où un cœur éperdu

S'abritait des averses!

Et le temps est passé

où l'on croyait encore

Au printemps... à l'été...

A la chasse au trésor!

Et le temps s'est ému

Au creux de solitude

Les regrets ont vécu

Positive attitude!

Et le temps a appris

A suspendre son vol

Il devint un ami...

Les instants... ça se vole!

J.G.

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Oisiveté

 

 Haïkus

Dans ma rue figée
s'alignent des maisonnettes
muettes et sourdes.

Couleur du regret,
les branches nues des érables
atteignent le ciel.

L'espace est bleuté
faiblesse de l'éclairage
nul souffle de vie.

Persistant éveil
 sans mélancolie attente
dans l'arrêt du temps.

2 décembre 2015

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Marie, Rose, Georges et d’autres. JGobert

Ce matin, à peine réveillée, Marie prend de nouvelles résolutions.  Au lever du soleil, la nuit lui paraît déjà lointaine. Une part de son passé, de ses souvenirs s’est estompée avec le temps. Des idées neuves, modernes  germent dans son esprit et la motivent. D’autres envies voient le jour et la remplissent de bonheur et d’espoir.

Rose se lève dans les brumes d’une nuit agitée. Elle n’a pas beaucoup dormi et récupéré de sa journée d’hier. Elle est songeuse et un peu grognon. Avant un bon café, son esprit tourne à vide. Le temps lui parait toujours trop court. Son travail  lui prend toute son énergie et elle n’a pas suffisamment d’instants pour avoir des états d’âme. Une bonne douche et elle repart.

Georges rentre de son travail, fatigué, mais content. Il soupire. Encore quelques minutes et il est chez lui. Après quelques heures de sommeil, sa vie  va reprendre, s’égrener paisible au sein de sa maison. Sa femme travaille et est déjà partie pour sa journée. Ce soir, ensemble, un moment d’une vie privée, agréable avant de repartir travailler.

Marie a pris son petit déjeuner. Moment qu’elle affectionne. Un vieux rituel familial qu’elle répète depuis des années avec le même plaisir. Son chat la regarde. Toujours enroulé sur le canapé, il l’observe les yeux mi-clos, avant de se rendormir. Trop tôt pour se lever dit-il ! Marie est prête et déjà, elle ferme la porte de son appartement.

Rose déjeune à son travail. Elle aime la compagnie de ses collègues, le bruit familier de la salle de garde. La lumière blanche qui inonde tout. Et les rires qui se déversent dans les couloirs. Elle a eu du mal à s’habituer à cette ambiance particulière. Aujourd’hui, elle est chez elle dans ce service.

Le ciel levant est splendide. Georges a envie de marcher un peu sous cette voute bleutée, colorée. Un petit détour et il est chez lui.  Georges travaille depuis des années de nuit dans cette entreprise. Elle fait partie de sa vie avec ses horaires décalés et les jours qui tournent  à l’envers.

Tous trois se dirigent vers le centre de la  vieille  ville, centre historique de la région. Marie est pleine d’idées et d’envies nouvelles, Rose se presse pour rejoindre sa vie active passionnante et Georges flâne quelques instants encore avant de rentrer dormir.

D’autres passants ont rejoint Marie, Rose et Georges. La ronde matinale des passants pressés commence par un ballet d’allées et venues. La vie s’éveille dans la ville, riche et abondante,  aux matins du monde. Une atmosphère séduisante pour cette Grand-Place aux accents moyenâgeux.  Décorée de chalets et de stands bariolés, elle accueille la fête, ce soir, comme chaque année.

Marie aime parcourir cet endroit où de multiples souvenirs l’accompagnent. Légère, elle presse le pas. Rose la suit dans la foule sans la connaître. Elle la dépasse.  Plongée dans ses pensées, elle est déjà à son travail. Georges se promène et admire un instant cette architecture qui fait la beauté de cet emplacement. Tous trois croisent la vie qui passe, qui brasse les destinées, qui soulève les attraits et les désirs.

Chacun est arrivé à l’interjection d’un point précis. Un endroit choisi au hasard par une main funeste, une main cruelle et froide. Un homme attend l’instant fatal pour accomplir son œuvre. Un immense éclair accompagné d’un bruit mortel se pose sur ce lieu et le couvre de rouge. En quelques secondes, le silence est tombé sur Marie, Rose, Georges . Un silence d’éternité.

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Une famille attendrissante

Poème inspiré par une toile de Nicole Duvivier;

« Famille de labradors »


Une rencontre coup de coeur,
Deux chiots, paraissant songeurs,
Près de leur mère protectrice,
Dans un éclairage propice.

Corps satiné, d'un tendre brun,
Regard intense de chacun.
Sans doute un courant de tendresse
Circule entre eux sans allégresse.

Devenus somptueuse image,
Ils causent un étrange émoi,
Certainement empreint de joie,
Par l'énergie qui s'en dégage.

Une famille de labradors
Unis par un lien  qui est fort.
Oeuvre touchante d'une artiste,
Animalière réaliste.

1/12/2015

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administrateur théâtres

Allongeant son ombre immense

Sur le monde et sur Paris

Quel est ce spectre aux yeux gris

Qui surgit dans le silence ?

Fantômas, serait-ce toi

Qui te dresses sur les toits?

Robert Desnos

Fantômas

 En ces temps troublés, voir un spectacle troublant : glaçant et désopilant en même temps.  Fantômas: un cocktail explosif de mélodrame et d’action à la limite du burlesque, une feinte apologie du MAL, et un constat cynique des dérives de notre société.   C’est pensé et pesé avec circonspection et vous serez emballés! Le théâtre « C'est de s'intéresser au regard que l'Autre (l'auteur par exemple) porte sur le monde actuel. C'est d'acquérir un autre regard qui finit par servir à la compréhension de ce qui se passe dans le monde... Le théâtre n'est pas une fin en soi, c'est un outil d'éveil. » confie  le très regretté Jules-Henri Marchant, à La Libre Belgique, en 2007. Jules-Henri Marchant qui lui aussi  se mesura au rôle  de Fantômas, le super-vilain français, héros du panthéon littéraire bourgeois, prince des feuilletons dont le fonds de commerce est la peur de la peur qui fait peur.

12273136701?profile=originalPlus rapide que Speedy Gonzales, léger comme une plume - contrairement au sujet traité - , comédien né, adepte de la boxe anglaise, fulgurant, d’une précision imparable, voici avec  Othmane Moumen, du théâtre mobile, frénétique,  hyperactif et athlétique. Son jeu fascine et fait oublier quelque peu le contexte effroyable dans lequel nous sommes plongés depuis le vendredi 13 novembre 2015 et qui, immanquablement colonise notre monde intérieur.

12273137857?profile=originalOn est loin de Bonnie and Clyde… la pièce met en scène un meurtrier démultiplié,  impassible et insaisissable, aux mille visages, le mal absolu cagoulé et peut-être aussi, le mal qui est en chacun de nous. Comme l’affirme  Etty Hillsemum, une jeune Hollandaise d’origine juive qui mourut à Auschwitz, à propos de la barbarie : “La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d'autre solution que de rentrer en soi-même et d'extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n'ayons d'abord corrigé en nous. L'unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs.”

 Fantômas a une fille, Hélène, incarnée avec malice par Héloïse Jadoul. Elle est pétulante, généreuse, amoureuse du journaliste Fandor (finement joué par Damien De Dobbeleer). Elle a son franc-parler et a décidé de régler ses comptes avec son père. Qui a dit qu’il faut tuer le père?  Qui a dit qu’il faut tuer la peur?  Peut-être les deux d’un coup!  Les coups pleuvent, les coups de théâtre se succèdent, les toits de Paris vibrent, les figures d’Arsène Lupin et de James Bond se mélangent dans l’imaginaire aux abois. Le mal deviendrait-il sympathique? Oh que non, On ne joue pas à  Robin des Bois, c’est le cynisme, la cruauté, le barbarisme qui inondent la scène, tout comme la psychose d’insécurité. Le  ferment délétère est visé : le rêve de pouvoir absolu, en passant par le rêve de la manipulation génétique.

12273139066?profile=originalLes apaches, incarnation médiatique des classes dangereuses, galeux comparses de Fantômas sont issus de la pègre parisienne du début du 20e siècle et sont proprement immondes. On est à deux doigts de la première guerre mondiale. Il y a notamment  ce rôle  terrifiant  de La Toulouche,  une  fée Carabosse épouvantable, très louche « Vieillarde aux yeux dégoûtants », receleuse associée à la bande  de Fantômas qui  se rend  coupable de méfaits grand-guignolesques jusqu’à se nourrir de chair humaine! Ah le merveilleux moderne ! Le monde des médias, quant à lui, est lestement stigmatisé par  Didier Colfs qui interprète, Borglum,  le cupide chef de rédaction! Et cela fait grand bien de pouvoir rire! Muriel Clarembourg contribue également à l’hilarité générée par le rôle burlesque de Lady Beltham. Bouzille, poivrot emphatique exerçant mille petits métiers, en fait ma foi, un  peu trop... (Thierry Janssen, par ailleurs l'adaptateur génial de  cette version 2015). La mise-en scène frénétique est signée Jasmina Douieb.

12273139466?profile=original12273137700?profile=originalDans le décor, vous verrez en contrepoint,  le  très élégant et sympathique redresseur de torts: l’inspecteur Juve (Jean-Marc Delhausse), de la Sûreté de Paris, ennemi acharné, voire obsessionnel, de Fantômas qui a voué sa vie  à la capture ou à la destruction du monstre. Mais peut-il être détruit? 

12273139491?profile=original http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/62/31.html

crédit photos : @ Isabelle  De Beir

Se joue jusqu'au 31 décembre 2015

 

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administrateur littératures

Poème fondant

Le chocolat se déguste avec bonheur;

Son goût nous apporte sensations et chaleur;

Nous en consommons avec plaisir et ferveur;

Il nous procure une bien belle vigueur.

Mais doit-on le considérer avec amour?

Bouchées et pralines, de nuit comme de jour,

Nous emmènent certes vers l'extase toujours,

Notre imagination nous jouant plus d'un tour.

Un mirage que cette exquise saveur

Qui nous saisit l'âme, l'esprit, aussi notre coeur?

Avec le praliné, nous jouons au pêcheur;

Avec blancs et fondants, oublions la minceur!

Mais n'est-ce pas souvent un délice un peu court?

Il est certain que nous ne resterions point sourds

A son charme sucré même s'il sort du four;

Galette ou gaufrette, nous l'aimerons toujours!

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" Arty' Chau...mont 2015 "

 Ces samedi 12 et dimanche 13 décembre, j'aurai le plaisir d'accrocher mes oeuvres animalières aux cimaises de l'  Espace Culturel Pérez " à Dion- Valmont  ( Brabant Wallon ) aux côtés de sept autres peintres, sculpteurs et photographe. 

                   12273137673?profile=original

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À bord

À Liliane et Adyne

Le large n'est pas loin quand on vit sur une île.

Le bateau où je reste est amarré au port.
J'y séjourne à l'année, toute seule à son bord.
Fleuve asséché, ma rue garde un rythme tranquille.
...
Le bateau où je reste est amarré au port.
Il n'y arrive pas les échos de la ville.
Fleuve asséché, ma rue garde un rythme tranquille.
Le soleil y dessine à l'encre noire ou or.
...
Il n'y arrive pas les échos de la ville.
Le silence parfait convient à mon confort.
Le soleil y dessine à l'encre noire ou or.
J'accueille des pensées qui sagement défilent.
...
Le silence parfait convient à mon confort.
Occultant de mon mieux les regrets inutiles,
J'accueille des pensées qui sagement défilent,
Je capte la beauté qui se prend sans efforts

4 février 2010

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UN PEU DE BLEU

12273135660?profile=originalil suffit de croire que le ciel bleu est toujours au -delà des ombres

et les rayons du soleil illuminent encore nos coeurs

Pensées vagabondes

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    C’est certainement le lieu idéal et l’exposition parfaite pour sa première parution en public après les aventures du Piméné et sa naissance magique dans le Cirque de Gavarnie…
    Non, je ne brûle pas les étapes et vous allez bientôt pouvoir me retrouver au refuge des Espuguettes pour en continuer toute l’histoire, mais si vous êtes en Bourgogne et passez par Chalon-sur-Saône vous pourrez la découvrir avant même que je vous la dévoile à la fin de cette nouvelle aventure de la route du bleu !
    Simplement, par ce que l’exposition où elle est présentée se terminera bientôt, et qu’il ne faut pas rater cet évènement.
    Pas seulement parce que vous pouvez y voir cette toile révélant l’une de mes perceptions de « conscience essentielle » (elle-même résultat d’un travail réalisé en « créativité augmentée » à partir d'une « expérience optimale » lors de mon immersion dans le bleu de Gavarnie pendant le vol depuis le sommet du Piméné), non : surtout parce que vous allez vous baigner complètement dans un rêve bleu absolu les yeux grands ouverts, à travers les œuvres (bleues naturellement), de 25 artistes différents !

On se bousculait le soir du vernissage à galerie de la Ferme de Corcelle !

On se bousculait le soir du vernissage à galerie de la Ferme de Corcelle !

      Effectivement, c’était la foule des grands soirs vendredi dernier à 18 h 30 pour le vernissage de l’exposition « La ferme n’y voit que du bleu » à la ferme atelier - galerie d’Arlette PASCAL et Jean-Noël à Châtenoy-le-Royal.

       Le bleu dans tous ses états à travers le regard des peintres et plasticiens, tel pourrait aussi être le titre de cette très belle exposition.
     Un bleu couleur d’espoir comme le précisait lors de son discours inaugural l’un des élus représentant la ville de Chalon-sur-Saône, rappelant au passage ses nuances symboles de paix que l’on retrouve notamment à travers les couleurs du drapeau de l’UNESCO ou des casques des soldats de l’ONU, symboles dont nous avons tant besoin en ce moment… 

La toile de Gavarnie dans un rêve bleu à la ferme de Corcelle.

      En arrivant à l’atelier - galerie de la ferme de Corcelle vous êtes accueilli (e) par un très beau « jardin bleu » qui vous plonge dès le départ dans l’ambiance de l’exposition.
      Installation lumineuse et lampions bleu-nuit, ingénieuse et superbe œuvre collective de l’association en charge de l’exposition et de l'atelier de la ferme sous la houlette d’Arlette PASCAL…

La toile de Gavarnie dans un rêve bleu à la ferme de Corcelle.

    Une promenade ludique à travers les œuvres des peintres, plasticiens, céramiste, vidéaste, sculpteurs, photographe exposés (ici, à l’entrée de la salle-atelier, les objets bleus de Fabienne BICHON, véritable fée du raku).

La toile de Gavarnie dans un rêve bleu à la ferme de Corcelle.

    Un peu plus loin, le totem Tengri et installation d’Elisabeth GACHOT-MERCK exprimant le grand bleu-l’infini, une élévation de la pensée à travers le bleu, comme toutes les autres œuvres de cette exposition.

La toile de Gavarnie dans un rêve bleu à la ferme de Corcelle.

    Dans la salle du « Four à pain » avec d’autres œuvres des artistes invités (dont de superbes grisés au graphite couleur d’Arlette PASCAL), trois de mes toiles (acrylique et huile sur toile), avec sur le mur de gauche celle qui est le fruit de l’histoire du bleu de Gavarnie et du vol du Piméné, dont je vous conte l’histoire depuis quelques jours déjà.  
     Vous n’en verrez que cette photo en perspective pour cette fois (à moins d’aller la voir « pour de vrai » à la ferme de Corcelle ), car vous le savez, cette histoire n’en est qu’à son début (je vous présenterai cette huile sur toile lors du dernier article de cette série), mais face à vous on peut deviner derrière le visiteur en conversation devant ma toile inspirée du bleu de Gavarnie, une autre de mes toiles bleues « Lionnes chassant », un hommage aux artistes paléolithiques de la grotte Chauvet.

      L’exposition « La ferme n’y voit que du bleu » sera terminée le soir du 6 décembre (ne ratez surtout pas la nocturne du 5 décembre qui vous permettra de 19 h jusqu’à 21 h 30 de profiter des installations illuminées).     

      En attendant, la ferme atelier - galerie vous ouvre ses portes tous les jours de 15 h à 19 h au 7 rue du Pont à Châtenoy-le-Royal (Chalon-sur-Saône).

    La devise de l’exposition est empruntée au testament de Maria Elena VEIRA DA SILVA :
        « Je lègue à mes amis
        Un bleu cæruleum pour voler haut
        Un bleu de cobalt pour le bonheur
        Un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit… »
    …Une devise que je portais inconsciemment en moi en montant au Piméné !

    Les artistes qui exposent à la ferme atelier - galerie de Corcelle sont :

            Fabienne BICHON,  céramiste,
            Agnès BONNOTTE,  peintre,
            Suzel D’ALESSIO,   peintre,
            Bernard DEFAUT,   peintre,
            Christian DEJEUX ,  peintre,
            Galerie DURAMEN, designers, collectif de créateurs,
            Elisabeth GACHOT-MERCK, plasticienne,
            Tony GAGNIARRE, peintre, plasticien,
            Bernadette GROZELIER, plasticienne,
            Jacques HUBSCHWERLIN, peintre,
            Michel LECUYER, peintre,
            Alain MARC, carnettiste, peintre, plasticien,
            Annie MAUGEY, peintre, plasticienne,
            Chantal MONESTER, Jane W, peintres,
            Arlette PASCAL, carnettiste, peintre, plasticienne,
            Annie PECOIL, peintre,
            Jean PECOIL, peintre,
            Daniel PERNETTE, peintre,
            Nicole PERNETTE, peintre,
            Walter PETRIZZO, peintre,
            Françoise TRONCHET, peintre,
            Odile VAILLY, plasticienne,
            Christiane VANDROUX, photographe,
            L’Atelier d’arts plastiques de La ferme de Courcelle,             et ses (installations du Jardin Bleu)

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Le soir.

Je marche dans le silence

à l'instar de la nuit qui s'immisce

pas à pas dans le jour déclinant ;

dans un halo lunaire,

inanimé sur terre,

 un chartreux solitaire, de ses yeux outremers

ma tristesse fait taire,

 jusqu'à l'éteindre toute entière.

Je marche dans le silence

à l'instar d'une rose qui s'ombrage

peu-à-peu dans le jour finissant ;

sous un soleil clair-obscur,

s'enchante en même temps qu'il fredonne

sur le sol assombri, un ouvrage de Prévert,

laissé grand ouvert,

 dans ce jour qui se ferme,

pour laisser naître en lui,

 le grand corps de la nuit !

Ma tristesse s'est enfuit.

 

NINA

 

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        Mon dernier article ne s'ouvrait pas pour beaucoup d'entre-vous par le lien de ma dernière lettre d'information, alors, avec toutes mes excuses, je recommence tout !        

     Pourtant c’est dans une magnifique nouvelle aventure que je vous emmène à présent, loin des miasmes et des errances destructives de nos sociétés, pour vous replonger dans une beauté paisible, somptueuse, lumineuse et tonique.

         Pour célébrer l’espérance et l’amitié, retisser les fils ténus de la vie, et sans oublier toutes celles et ceux pour lesquels ces mots sont vains, projeter dans l’avenir une énergie de pensées constructives, généreuses, en harmonie avec la nature et nos sources les plus profondes d’accomplissement, puisque cette énergie est avant tout source de bonheur.

        L’histoire que je vous raconte à présent est celle de la très récente naissance d’une toile selon ma démarche picturale, en suivant le processus de « créativité augmentée » auquel j’ai déjà consacré plusieurs articles dans ce journal, qui a le pouvoir presque magique de nous faire basculer sans artifices de la « conscience ordinaire » à la « conscience essentielle », en décuplant les possibilités de notre imagination.

        Rien d’occulte dans tout cela, mais une démarche élaborée tout au long d’une vie, au cours de laquelle les expériences accumulées débouchent sur un acte créatif global où chaque phase préalable à l’élaboration d’un produit pictural final fait partie à part entière de ce produit.

       L’action s’est déroulée il y a quelques jours à peine au cœur des Pyrénées, face au splendide Cirque de Gavarnie depuis le refuge des Espuguettes et le sommet du Piméné, qui est le plus beau belvédère connu pour observer l’ensemble des hauts sommets qui couronnent le cirque glaciaire.

            Une plongée les yeux grands ouverts dans l'un des plus beaux bleus du monde !

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Le grandiose théâtre dans lequel se déroule cette aventure créative au cœur des Pyrénées (Image © 2015 Digital Globe — © 2015 Google).

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Le Piméné (face ouest) et l’arrête Petit – Grand Piméné dominant Gavarnie (en fond de vallée), vus de la Serre des Tousaus : la pyramide est presque parfaite et on imagine facilement depuis ce point de vue la difficulté d’un décollage sur ce versant depuis son sommet si l’on veut respecter (ce que nous avons fait) l’interdiction de décollage et de survol côté parc National des Pyrénées (l’autre versant) : pas de droit à l’erreur !

        Elle s’est terminée par une dernière expérience créative picturale à l’atterrissage dans la vallée après un vol en parapente somptueux permettant d’approcher au plus près le bleu indéfinissable généré par l’ombre matinale des gigantesques murailles constituant le Cirque de Gavarnie.

        Produit final de l’aventure, une toile qui en exprimera « l’intériorité » sera réalisée ultérieurement en atelier.

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L’indéfinissable bleu de la lumière à l’ombre des immenses parois glaciaires du Cirque de Gavarnie : ce n'est pas pour rien que cet endroit est classé au Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO !

         Ainsi, en ce qui me concerne dans cette nouvelle aventure, la montée au refuge des Espuguettes, les premières études à l’aquarelle réalisées en imprégnation du milieu naturel autour du refuge dans le parc National des Pyrénées, puis la montée au Piméné à 2800 m avec envol en parapente depuis son sommet suivi d’ultimes études toujours à l’aquarelle, réalisées à l’atterrissage sous les effets encore actifs de l’état de flow [ou d’expérience optimale] généré [e] par le vol le lendemain matin, sont des éléments indissociables de la toile qui en sera le produit.

         Celle-ci matérialisera la « conscience essentielle » qui se dégagera de l’ensemble de l’aventure et des émotions qu’elle aura provoquées, en exprimant particulièrement le fait marquant qui m’aura le plus inspiré.

         C’est à nouveau la quête d’un bleu extraordinaire qui est à l’origine de cette aventure, une couleur aux vibrations très subtiles ici, qui rend ce haut lieu du pyrénéisme encore plus prodigieux à contre-jour dans la lumière du matin.

        Pour conclure cette introduction aux reportages permettant de mieux comprendre ma démarche picturale globale débouchant sur la réalisation d’une toile à travers les expériences et études initiales qui en sont à l’origine, je tiens à remercier chaleureusement toute l’équipe des parapentistes du club de vol libre MJC de Rodez [fille et garçons] qui ont assuré la logistique de cette belle aventure du « vol Piméné ».

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Une partie de l’équipe qui m’accompagnait quitte la vallée, et attaque la montée vers le refuge des Espuguettes à travers la forêt... (Photo © Angeline MAHUAS)

        Ils ont permis en ce qui me concerne, la réussite d’une entreprise qui n’était pas si évidente que cela au départ puisque je devais concilier de nombreux paramètres liant pratique picturale, sportive, et connivence au milieu naturel, sans sortir du cadre législatif et de sécurité qui nous était imposé [différentes autorisations préalables, rigoureux respect des horaires, de la réglementation très stricte du parc National des Pyrénées, des règles de survol du village et de la vallée de Gavarnie, des fréquences radio obligatoires, de la réglementation aérienne locale concernant le couloir d’accès et de dégagement de l’hélicoptère du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne, etc.].

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Enfin, la dernière pente avant le refuge : je suis plutôt content d’arriver en haut du plateau de Pailla après la cadence soutenue de cette montée, surtout chargé comme nous le sommes tous puisque le parapente se rajoute à nos affaires de montagne, au duvet, à la gourde, à la nourriture, etc. (...(et dire que nous serons presque autant chargés demain pour faire l’ascension du Piméné, la peinture mène donc à tout) ! (Photo © Olivier LESCA)

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Le refuge des Espuguettes sur son promontoire (nous ne pourrons accéder qu'à son sas "hiver" puisqu'il est fermé en cette saison), dominé par les faces nord-est et nord des deux Astazou (3071 m et 3012 m) séparés par le fameux couloir Swan, splendide classique pyrénéenne (on remarquera qu’à leur pied leurs glaciers ont tant reculé ces dernières années à cause du réchauffement climatique qu’ils ne se réduisent plus qu’à peau de chagrin). (Photo © Olivier LESCA)

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Compte tenu des circonstances, mon matériel est réduit le plus possible afin de ne pas alourdir davantage mon sac (palette aquarelle de voyage Winsor et Newton 12 couleurs avec son réservoir d’eau, deux pinceaux à réservoir Pentel, crayon mine graphite 2B, gomme et petit carnet Paperblanks + pince de maintien des pages).

Ce matériel est largement suffisant pour prendre mes notes de terrain (la « conscience ordinaire ») puisque le plus important dans ma démarche n’est pas la qualité des aquarelles réalisées sur le motif, mais l’intérêt des éléments retirés du vécu de cette expérience afin d’en restituer ultérieurement dans ma toile la « conscience essentielle ».

 

        Nous entrerons par le prochain article dans le vif du sujet avec les premières notes aquarellées, puisque le schéma du projet étant à présent établi je vous donne rendez-vous dans quelques jours au refuge des Espuguettes, avec un nouveau regard sur la haute montagne, et les moments magiques qui lui sont associés en attendant l’ascension du Piméné et l’envol depuis son sommet.

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Le vocable capitaliste

Propos

Je me rends joyeuse, ce jour, dans une immense librairie. Là, je présente à la gérante mon recueil de poésie, créé à compte d'éditeur et que je viens de recevoir.
- Qui en est l'auteur? me dit-elle, évitant de le prendre en mains.
- Moi-même!
- Je ne mets pas en vente des livres de gens non connus!
Son inélégance m'étonne, cependant me mets à sourire. Je ne peux pas m'en empêcher.

Venue chez moi je réfléchis. Comment définir cette femme?
Je pense au mot capitaliste. Que veut-il dire exactement?
Chacun sait bien que pour survivre il faut demeurer réaliste. Rien n'est gratuit et peu s'en faut.
Mais travailler pour de l'argent, en devenant matérialiste, est certainement regrettable quand on y passe tout son temps. Lors, on se prive d'autres biens, souvent de grâces indicibles.

25 novembre 2015

RÉ:

Accueil de la gérante de la Librairie Monet de Montréal

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L'adverbe grec eisy signifie «au-dedans»: l'enseignement ésotérique (on disait aussi «acroamatique») d'un philosophe était celui qu'il réservait à ses disciples, les leçons exotériques au contraire se trouvant suivies par un auditoire plus nombreux et varié. L'adjectif «ésotérique» s'associait ainsi à la notion de savoir «réservé», apanage d'un cercle auquel l'accès demeurait subordonné à la décision du maître. D'où l'étymologie, hardie certes, mais sans doute digne de méditation, proposée par Jean Marquès-Rivière: «Le mot ésotérisme vient du grec eisyjey (eisôthéô, je fais entrer).» Si nombre de philosophes grecs donnaient (ce fut le cas d' Aristote) des cours réservés sans pour cela se poser en instructeurs occultes ou en maîtres spirituels, il est indéniable que l'adjectif «ésotérique» et le nom «ésotérisme» ont tendu, irrésistiblement, à s'associer étroitement à l'idée de secret au sens d'«occulte» que peut prendre l'épithète. Le néo-platonicien Plutarque, dans son traité Isis et Osiris, écrivait, entérinant un usage verbal qui lui était déjà bien antérieur (chez les pythagoriciens notamment): «Il existe une doctrine qui se rattache à la plus haute antiquité et qui, des fondateurs de connaissances sacrées et des législateurs, est descendue jusqu'aux poètes et jusqu'aux philosophes.» Ce passage pourrait être repris de nos jours à peu près tel quel pour désigner avec précision ce qu'on entend par ésotérisme: il s'agirait d'enseignements secrets tenus pour immémoriaux et qui - demeurant toujours les mêmes à travers les adaptations historiques successives - se seraient transmis d'âge en âge, par chaînes de maîtres et de disciples. Il s'agirait donc bel et bien, selon les théoriciens et adeptes de cet ésotérisme traditionnel, d'un ensemble cohérent bien structuré, formant un édifice imposant de vérités fondamentales qui, aujourd'hui encore, s'offriraient à une redécouverte par ceux qui en sont dignes.

Après avoir clarifié cette notion d'ésotérisme, on tentera de mettre en valeur les quelques attitudes majeures de la «métaphysique traditionnelle», fort clairement précisée par René Guénon et ses disciples.

 

 

1. La vraie nature de l'ésotérisme

 

Le secret

 

C'est l'idée de secret qui frappe évidemment tout de suite l'homme se penchant sur l'ésotérisme. Le gnostique chrétien Basilide proclamait au IIe siècle de notre ère, en une formule frappante rapportée par saint Irénée (Adversus haereses, I, 24, 6): «Bien peu de gens peuvent posséder cette connaissance, un entre mille, deux entre dix mille.» Les Upanishad de l' Inde brahmanique se qualifiaient elles-mêmes, bien auparavant, de «textes de la Doctrine secrète». Selon le Zohar (le traité des kabbalistes juifs du Moyen Âge, traduit par Jean de Pauly), «Rabbi Siméon commença alors à parler ainsi: Le traître révèle les secrets, mais celui qui a la fidélité dans le coeur garde avec soin la parole qui lui a été confiée (Proverbes, XI, 13) [...] Le monde ne subsiste que par le secret. Si le secret est nécessaire dans les choses profanes, à plus forte raison est-il nécessaire dans le mystère des mystères de l'Ancien des temps qui n'est pas même confié aux anges supérieurs. Rabbi Siméon dit en outre: Je n'invite pas les cieux à venir m'écouter, ni la terre à m'entendre, à l'exemple de Moïse, car nous sommes les sentiers du monde [...] Heureux votre sort, ô justes, à qui le mystère des mystères est révélé, alors qu'il ne l'est pas même aux saints supérieurs.» Capitale est ici l'idée d'une transmission, d'une tradition, au sens étymologique du mot.

 

Ésotérisme, gnose, hermétisme

 

Mais qu'est-ce qui se trouve ainsi transmis? Une connaissance grâce à laquelle l'homme parviendrait à reconstruire la métaphysique traditionnelle, une et universelle. Il importe tout de suite, pour éviter tout contresens, de préciser que ladite connaissance, dans les perspectives de l'ésotérisme traditionnel, ne constitue pas du tout une «philosophie» au sens moderne, spéculatif, «intellectuel» du mot. D'une part, cette métaphysique ne fait pas toujours l'objet d'un exposé systématique (l'initié doit alors retrouver par lui-même l'édifice doctrinal à partir de sa méditation personnelle des symboles mis en action par le rituel auquel il participe); mais, même quand c'est le cas, la réception, l'assimilation, la maturation intérieures des enseignements ésotériques se situeraient dans un univers idéologique sans commune mesure avec l'étude «intellectuelle» de principes philosophiques. La métaphysique dont il s'agit n'est pas un savoir verbal rationnel, mais une connaissance traditionnelle se donnant pour intégrale et salvatrice: le terme spécial de gnose (du grec gnôsis, «connaissance») serait sans doute plus approprié. Il s'agit, en effet, pour l'ésotériste, d'acquérir une connaissance intuitive supra-rationnelle et transcendante - qui se révélerait comme une philosophia perennis, toujours identique à travers les diverses époques. Sans doute convient-il de faire ici une claire distinction entre cette gnose transcendante et les formes très diverses (orthodoxes ou hétérodoxes) sous lesquelles elle a pu se trouver éventuellement formulée et qui constituent l'ensemble si hétérogène qu'on appelle le gnosticisme. «Il serait plus exact, remarque même l'historien Eugène de Faye, de parler des gnosticismes que du gnosticisme.» Atteindre la connaissance ésotérique, c'est accéder à l'aspect intérieur, caché, des doctrines et des rites traditionnels; ce serait donc passer de l'écorce au noyau.

Le mot hermétisme, outre l'emploi général et fort inconsistant dont il fait volontiers l'objet aujourd'hui (où l'on parle tant de poésie ou de peinture «hermétique», à tort et à travers), se trouve fréquemment utilisé comme synonyme d'ésotérisme; mais c'est là un abus manifeste. En bonne rigueur, l'hermétisme ne constitue qu'une diversification particulière de l'ésotérisme méditerranéen: cette forme a pris la relève des ésotérismes alexandrins des premiers siècles de notre ère, qui se réclamèrent du patronage semi-divin du légendaire Hermès Trismégiste (le «trois fois grand»), forme hellénisée du dieu égyptien de la sagesse et de l'écriture: Thot. Chez beaucoup d'auteurs traditionnels, le mot «hermétisme» se trouve alors employé pour désigner l' alchimie traditionnelle occidentale.

L'ésotérisme se donne pour une connaissance traditionnelle, absolument indépendante par conséquent de toute volonté, chez ses théoriciens, d'exposer leurs propres idées philosophiques. René Guénon (Orient et Occident) le précisait bien: «Une tradition n'est pas une chose qui peut s'inventer ou se créer artificiellement; en rassemblant tant bien que mal des éléments empruntés à des doctrines diverses, on ne constituera jamais qu'une pseudo-tradition sans valeur et sans portée, et ce sont là des fantaisies qu'il convient de laisser aux occultistes et aux théosophistes.» C'est l'une des raisons majeures pour lesquelles l'ésotérisme traditionnel contemporain s'est opposé avec une telle vigueur aux nombreuses tentatives arbitraires de théosophes, spirites et «néo-spiritualistes» contemporains. L'ésotérisme procède non pas par syncrétisme mais par synthèse unificatrice. Dans son Symbolisme de la croix, Guénon constate: «La synthèse [...] s'effectue essentiellement du dedans; nous voulons dire par là qu'elle consiste proprement à envisager les choses dans l'unité de leur principe même, et à les unir ainsi, ou plutôt à prendre conscience de leur union réelle en vertu d'un lien tout intérieur, inhérente à ce qu'il y a de plus profond dans leur nature.»

 

L'ésotérisme et les religions

 

Il serait tout à fait absurde, dans une telle perspective traditionnelle, de prétendre puiser librement dans les diverses formes religieuses pour se constituer un nouveau système «occulte». En un passage très important des Aperçus sur l'initiation, Guénon précise: «Les formes traditionnelles peuvent être comparées à des voies qui conduisent toutes à un même but, mais qui, en tant que voies, n'en sont pas moins distinctes; il est évident qu'on n'en peut suivre plusieurs à la fois, et que, lorsqu'on s'est engagé dans l'une d'elles, il convient de la suivre jusqu'au bout et sans s'en écarter, car vouloir passer de l'une à l'autre serait bien le meilleur moyen de ne pas avancer en réalité, sinon même de risquer à s'égarer tout à fait. Il n'y a que celui qui est parvenu au terme qui, par là même, domine toutes les voies et cela parce qu'il n'a plus à les suivre; il pourra donc, s'il y a lieu, pratiquer indistinctement toutes les formes, mais précisément parce qu'il les a dépassées et que, pour lui, elles sont désormais unifiées dans leur principe commun.»

La situation traditionnelle normale est celle-ci: dans chaque civilisation, il devrait y avoir, selon les pays et selon les époques, un exotérisme spirituel accessible aux masses et, toujours greffé sur celui-ci, l'ésotérisme traditionnel, lequel ne serait pas plus «opposé» aux formes, croyances, rites extérieurs que le noyau ne l'est au fruit qui l'enveloppe. C'est seulement à l'époque contemporaine qu'on a vu apparaître, dans la seule civilisation occidentale, les tendances «occultes» qui se posent en adversaires des croyances et pratiques religieuses exotériques: aux yeux de Guénon et de tous les théoriciens traditionnels de l'ésotérisme, une telle perspective ne pouvait être considérée que comme aberrante. Les livres sacrés, autant que les traditions orales orthodoxes de tous les peuples, de toutes les époques passées, contiennent toujours leur noyau intérieur de vérités cachées, qu'il appartient donc à l'ésotérisme de mettre en valeur: partout, à toutes les époques, on retrouverait les mêmes attitudes fondamentales, la même Tradition (avec un grand T) primordiale, celle-ci transcendant les formes si diverses manifestées au cours des âges pour adapter cet héritage originel aux époques, aux races, aux civilisations, aux religions diverses. Telle est la caractéristique majeure de l'ésotérisme par rapport aux diverses formes religieuses exotériques: chacune d'elles est parfaitement légitime; mais la Tradition primordiale leur est toujours supérieure, comme la lumière blanche intègre, sans les détruire, les sept couleurs du spectre.

Il conviendrait de faire remarquer d'autre part que, si l'existence de rites sacrés est une constante universelle de l'humanité, toutes les formes spirituelles exotériques ne méritent pas, en bonne logique et stricto sensu, le qualificatif de «religions». Paul Sérant note à ce propos: «C'est donc improprement que l'on parle de religions orientales; la religion est un terme qui, en dehors du judaïsme et du christianisme, ne peut convenir qu'à l'islamisme, ou plus exactement à la partie sociale et extérieure de ce dernier.»

Les adversaires religieux de l'ésotérisme contemporain se sont volontiers appuyés, pour tenter de le réfuter, sur le caractère à leurs yeux si spécial, si résolument nouveau de la révélation chrétienne. Tel le point de vue d'un jésuite, le P. Beirnaert: «Avec le christianisme, une nouveauté absolue fait son apparition; le divin n'est pas cosmique, c'est une personne, un amour transcendant qui se révèle en Jésus-Christ, en qui habite la plénitude de la divinité et qui par lui se communique à l'homme même.»

Les théoriciens de l'ésotérisme instaurent une différence radicale entre celui-ci et le mysticisme: dans l'expérience mystique, le Divin «descend» en l'homme, alors que, dans la voie initiatique, toute l'initiative viendrait des efforts de l'homme; le mystique serait donc passif, l'initié actif. D'ordinaire, les états mystiques conduisent, selon les théoriciens de l'ésotérisme, à une réalisation spirituelle limitée, sauf dans des cas exceptionnels, comme celui de saint Bernard: «Ce que les philosophes s'efforcent d'atteindre par une voie détournée et comme par tâtonnement, il y parvenait immédiatement, par l'intuition intellectuelle sans laquelle nulle métaphysique réelle n'est possible et hors de laquelle on ne peut saisir qu'une ombre de la vérité» (Guénon, Saint Bernard).

 

Ésotérisme, occultisme, théosophie

 

C'est par un grave abus de langage que les mots «ésotérisme» et «occultisme» se trouvent si volontiers confondus de nos jours. Occultisme est un néologisme, forgé au début du XIXe siècle par Éliphas Lévi (de son vrai nom Alphonse-Louis Constant). Comment définir la différence majeure entre les deux termes? Qui dit ésotérisme sous-entendrait ipso facto l'indissociable complémentarité des formes «exotériques» traditionnelles et des vérités profondes qui prennent appui sur celles-ci; l'occultisme se pose, au contraire, comme une sorte de totale «laïcisation» de l'occulte, comme une révélation des grands secrets indépendamment de tout rattachement traditionnel valable, ou même en jugeant nuisible celui-ci. Dès l'article qu'il fit paraître en 1909 dans l'éphémère revue La Gnose, Guénon considérait l'attitude «occultiste» comme révélatrice d'un matérialisme inavoué, et même inaperçu de ses fervents: «Le tort de la plupart de ces doctrines soit-disant spiritualistes, c'est de n'être que du matérialisme transposé sur un autre plan et de vouloir appliquer au domaine de l'esprit les méthodes que la science ordinaire emploie pour étudier le monde hylique (celui de la matière). Ces méthodes expérimentales ne feront jamais connaître autre chose que de simples phénomènes, sur lesquels il est impossible d'édifier une théorie métaphysique quelconque, car un principe universel ne peut pas s'inférer de faits particuliers. D'ailleurs, la prétention d'acquérir la connaissance du monde spirituel par des moyens matériels est évidemment absurde; cette connaissance, c'est en nous-même seulement que nous pouvons en trouver les principes, et non pas dans les objets extérieurs.»

Guénon, ainsi que ses disciples, s'en prend tout spécialement au spiritisme, ainsi qu'au «théosophisme», expression forgée par lui pour désigner les enseignements de Mme Blavatsky (1831-1891). Il y voit «un mélange confus de néo-platonisme, de gnosticisme, de kabbale judaïque, d'hermétisme et d'occultisme, le tout groupé tant bien que mal autour de deux ou trois idées qui, qu'on le veuille ou non, sont d'origine toute moderne et purement occidentale». Guénon distingue ces enseignements «théosophiques» des révélations de l'ancienne théosophie, celle qui, musulmane ou chrétienne, se trouvait fermement rattachée aux formes religieuses traditionnelles dont elle visait à révéler le noyau, le coeur. On trouve une illustration de la véritable attitude théosophique, telle qu'elle est reconnue par la «métaphysique traditionnelle», tout au début du premier paragraphe d'un traité musulman, Le Livre des sources: «Gloire à Dieu dont la sacro-sainteté transcende toutes les qualifications de ce que l'instauration primordiale (ibda) a produit à l'être; qui reste au-delà des caractérisations tombant au pouvoir des mots et de l'audition; qui surpasse par l'absurdité de son unité toute représentation qui le saisisse; qui par la puissance de son verbe reste au-delà de toute typification qui le définisse et le décrive.»

Sur un manuscrit du Sci vias de sainte Hildegarde de Bingen, datant de la fin du XIIe siècle, une miniature représente l'illumination de la moniale bénédictine sous la forme de cinq flammes qui tombent sur sa tête; l'illustrateur désigne ainsi ce qu'il a voulu montrer: «la splendeur du feu qui vint du ciel ouvert pénétrer son cerveau et embraser son coeur». L'ésotérisme non seulement admet, mais suppose l'établissement par la connaissance d'un tel lien concret de l' âme avec le Divin. Il s'agirait donc bien de l'acquisition d'une théosophie, au sens étymologique du terme, d'une «science de Dieu» (theos-sophia).

 

 

2. Postulats et structures de la «métaphysique traditionnelle»

 

René Guénon, codificateur de l' ésotérisme doctrinal

 

Si l'ésotérisme lui-même apparaît comme un ensemble d'attitudes dont l'historique nous ferait remonter, en fait, très loin dans le temps, c'est au philosophe français René Guénon (1886-1951) qu'on doit une codification méthodique et précise de ses principes directeurs et de son champ d'application, grâce à un effort acharné pour distinguer la «métaphysique traditionnelle» de ce qu'on aurait eu que trop tendance à confondre avec elle. René Guénon, né à Blois, d'une famille de bonne bourgeoisie catholique, avait commencé par faire des études universitaires de mathématiques, mais pour les interrompre deux ans plus tard afin de se consacrer désormais aux recherches spirituelles. Il est d'abord tenté, tout jeune, par l'ordre martiniste de Papus, par l'Église gnostique «ressuscitée» grâce à Fabre des Essarts, par une organisation qui se réclamait de la survivance secrète de l' ordre du Temple. Mais, vite déçu par l'«occultisme» du Paris de la Belle Époque, il se lie d'amitié avec les représentants de trois formes de l'ésotérisme traditionnel: Louis Champrenaud, Parisien converti à l'islam (sous le nom d' Abdul Haqq); Albert de Pouvourville, qui, lors d'un séjour prolongé au Tonkin, avait reçu l'initiation taoïste (et pris alors le nom spirituel de Matgioï, sous lequel il publiera ses ouvrages et articles); enfin, des hindous adeptes de la philosophie vedantine et dont l'identité n'a pas encore été révélée.

L'an 1329 de l'hégire (c'est-à-dire 1912 du calendrier chrétien), Guénon reçoit l'initiation soufie, d'un instructeur nord-africain, le cheikh Abder-Rahman Elish el-Kebir el-Alim el-Malki el-Maghribi. En 1912 également, René Guénon adhère à la loge maçonnique Thebah, l'un des ateliers les plus traditionalistes rattachés à la Grande Loge de France. Peu après la guerre de 1914-1918, Guénon aura aussi des contacts avec L. Charbonneau-Lassay, auteur du Bestiaire du Christ et sans doute membre d'un groupe très fermé qui se réclamait d'un ésotérisme catholique. En 1925, P. Chacornac confie à Guénon la direction de la revue Le Voile d'Isis qui, complètement transformée selon les perspectives traditionalistes, deviendra en 1935 les Études traditionnelles. Le 20 février 1930, Guénon s'installe au Caire où, jusqu'à sa mort, il vivra l'existence simple et réglée d'un musulman dévot, tout en maintenant de constants rapports épistolaires avec Paris et bien des pays du monde.

 

La tradition et les traditions

 

Luc Benoist donne une définition précise de la tradition, telle du moins que l'entend l'ésotérisme: «La tradition est la transmission d'un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d'ordre universel, puisque l'homme ne s'est pas donné à lui-même ses raisons de vivre. L'idée la plus proche, la plus capable d'évoquer ce que le mot signifie, serait celle d'une filiation spirituelle de maître à disciple, d'une influence formatrice analogue à la vocation ou à l'inspiration, aussi consubstantielle que l'hérédité au corps.»

Dans l'étymologie même du mot tradition, il y a cette idée de «transmission»: c'est là un principe à ne jamais perdre de vue. Pour l'ésotérisme traditionnel, la possibilité d'une recherche individuelle et totalement libre de la vérité n'aurait aucun sens; les révélations traditionnelles sont transmises, cette transmission pouvant être orale, écrite, rituelle; elles doivent être reçues sans modification. Les grandes formes traditionnelles, elles-mêmes susceptibles de nombreuses adaptations et diversifications, sont en nombre limité: la tradition chinoise (dont le taoïsme est l'aspect secret), l'hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme, l'islam. Encore faut-il préciser qu'un double regroupement s'imposerait: le bouddhisme apparut au sein de la tradition hindoue; quant aux trois «religions du Livre» (celles des juifs, des chrétiens, des musulmans), elles doivent être considérées comme les trois ramifications d'un tronc commun, que Guénon appelle fort justement «abrahamique». On sait d'ailleurs comment Jérusalem est cité sainte aussi bien pour le judaïsme (le temple de Salomon s'y éleva) que pour les chrétiens (à cause de la passion de Jésus-Christ) et pour l'islam (c'est sur le site de l'actuelle mosquée d'Omar, elle-même construite à l'emplacement du Temple, que Mahomet eut sa grande illumination céleste).

Ces grandes traditions sont loin d'être les seules. On peut encore mentionner l'ésotérisme de diverses sociétés africaines traditionnelles, le chamanisme sibérien, les traditions des «Peaux-Rouges» et même les traditions disparues ou tombées en sommeil, par exemple les mystères de l'Antiquité «païenne» classique; mais il est légitime de considérer les formes traditionnelles comme étant les principales.

Si elles convergent toutes vers le même noyau central de vérités fondamentales, les mêmes partout et toujours, on retrouve - sauf dans les conditions anormales qui ont prévalu dans le monde moderne - la nécessité d'une préalable et complète intégration à l'exotérisme d'une tradition, avant de pouvoir espérer accéder à l'ésotérisme qu'elle encercle.

Contrairement à ce que laisserait supposer l'histoire extérieure, si riche en affrontements spirituels, voire en conflits religieux, l'étude approfondie des traditions sacrées nous mettrait à même de nous rendre compte de leur foncier accord. L'image traditionnelle de l'ascension de la montagne serait tout à fait appropriée: les chemins par lesquels on peut la gravir sont différents certes, mais tous se rejoignent au sommet. Les chemins au flanc de la montagne, ce sont les voies diverses, les différents itinéraires spirituels (appropriés aux sociétés, aux pays, aux époques historiques); le sommet, où tout se réunit, c'est la Tradition, source originelle des traditions diverses, chacune de celles-ci se trouvant forcément rejoindre l'origine commune, tout au moins pour les êtres capables d'accéder aux voies ésotériques.

René Guénon a fort bien développé aussi la notion du centre primordial, symbolisé, entre autres représentations traditionnelles, par le «Paradis terrestre» d'où toutes les traditions découleraient. Ainsi s'explique encore chez lui l'idée (cf. son livre Le Roi du monde) de l'existence effective d'un «souverain» de toutes les traditions sacrées.

Si le «syncrétisme» est un phénomène moderne, l'existence de contacts entre différentes formes traditionnelles apparaît comme une réalité indéniable. Dans son ouvrage Cimes et lamas, M. Pallis -un disciple italien de Guénon, converti au bouddhisme lamaïque lors d'un séjour prolongé au Tibet - pouvait ainsi remarquer: «Le fait que certains enseignements métaphysiques de la tradition tibétaine soient d'origine hindoue ne les affaiblit en rien. La faculté de puiser à toutes les sources, quelles qu'elles soient, pour illustrer la Doctrine, et de fondre à son usage les éléments les plus inattendus, est le «signe» même de la catholicité (au sens étymologique du mot: «universalité») qui unit toutes les traditions authentiques. Si éloignés que leurs points de vue puissent paraître, il existe, sous des différences qui peuvent sembler inconciliables, une seule et même connaissance métaphysique qui revêt tantôt l'une tantôt l'autre forme suivant ses buts immédiats, sans perdre pour cela une parcelle de sa réalité ou de son autorité.»

Pour revenir à l'Europe occidentale, ce n'est pas du tout «par hasard» si nombre de hauts lieux chrétiens (le Mont-Saint-Michel, Chartres, etc.) avaient été, bien longtemps auparavant, des sites «païens» tout spécialement vénérés.

L'école traditionaliste guénonienne s'est livrée à des recherches comparatives très approfondies, visant à mettre en valeur cette convergence - partout et toujours - des formes traditionnelles. Ces patients efforts n'ont pas manqué d'attirer l'attention de philosophes, d'historiens des religions, d'ethnologues comme P. Gordon et J. Servier.

L'une des erreurs les plus graves serait de concevoir l'ésotérisme comme une série de doctrines philosophiques purement spéculatives sur le monde, l'homme et la Divinité. Jean Reyor précise, dans un article de la revue Le Symbolisme: «L'ésotérisme de toutes les traditions comprend, outre une doctrine métaphysique et cosmologique, toute une hiérarchie de sciences traditionnelles qui sont des applications de la doctrine à divers domaines et dont certaines fournissent les supports et les moyens techniques de la réalisation spirituelle.»

Comme le domaine de la métaphysique traditionnelle touche aux vérités supra-humaines, transcendantes donc par nature à toute formulation verbale et discursive, une seule possibilité se trouve ouverte pour les atteindre: le maniement des symboles. Dans ses Aperçus sur l'initiation, Guénon précise: «L'enseignement concernant l'inexprimable ne peut évidemment que le suggérer à l'aide d'images appropriées, qui seront comme les supports de la contemplation [...] Cela revient à dire qu'un tel enseignement prend nécessairement la forme symbolique.» Les symboles permettent ainsi de rendre concrètes, sensibles, perceptibles, des vérités transcendantes que le langage serait incapable de formuler. Grâce à la «science sacrée», l'ésotérisme devient à même de dégager la réalité spirituelle sous-jacente aux symboles. Chacun de nous connaît les mythes, contes et légendes traditionnels (ne serait-ce que l'ensemble recueilli au XVIIesiècle en France par Perrault): leurs héros, les épisodes des récits qui les mettent en scène sont autant de symboles vivants, qui voilent des vérités initiatiques dont la formulation verbale serait impossible par nature. Le symbolisme se prêtant si admirablement à la transcription imagée, on comprend son rôle majeur dans l'art traditionnel. Il suffit de citer d'abord les figures orientales de méditation destinées à permettre l'appréhension intuitive de la structure archétypique du monde surnaturel (dans le tantrisme, on nomme ces figures yantra et mandala). On en retrouverait l'équivalent en Occident avec les splendides roses de nos cathédrales gothiques: il s'agit, dans une perspective ésotérique, de supports concrets pour la méditation; le spectateur initié parcourait tour à tour les divers stades (symbolisés par les motifs successifs du pourtour) d'une contemplation dirigée, dont le point culminant était la Vierge (figure centrale de la rose). Dans les traités d'alchimie de la Renaissance, on trouve aussi des figures complexes (comme celles de l' Amphitheatrum de Khunrath) qu'on pourrait considérer sans nul doute comme de véritables yantra et mandala hermétiques.

Quant aux rites traditionnels, ils se révéleraient comme essentiellement destinés à mettre en action les symboles détenus par telle ou telle tradition; d'où l'importance des rythmes dans tous les gestes traditionnels (du métier, de la famille, etc.).

Dans certaines voies initiatiques, des «pouvoirs» apparaissent chez l'initié, qui correspondent tout naturellement à telle ou telle étape précise d'une réalisation intérieure. Mais il serait irrégulier de rechercher lesdits pouvoirs pour eux-mêmes, comme on le fait dans diverses formes de l'occultisme contemporain.

 

Les sociétés traditionnelles face au monde moderne

 

L'ésotérisme doctrinal, tel qu'on le trouve exposé par Guénon et ses disciples, considère la société contemporaine comme radicalement aberrante par rapport aux normes traditionnelles qui régissent (et doivent toujours régir) la vie collective. L'un des livres de Guénon, consacré à une analyse implacable du monde moderne, porte le titre: Le Règne de la quantité et les signes des temps. Dans ce monde, en effet, les impératifs quantitatifs ont sans cesse davantage pris le pas sur la qualité, Guénon, par ailleurs, n'hésite pas à proclamer: «Toutes les supériorités dont se targuent les Occidentaux sont purement imaginaires, à l'exception de la seule supériorité matérielle» (Orient et Occident). Le règne de la quantité ne pouvait avoir pour conséquence que le machinisme de plus en plus exacerbé. Et, dans La Crise du monde moderne, il poursuit: «Non seulement, ils [les hommes] ont borné leurs ambitions intellectuelles, s'il est encore permis de se servir de ce mot en pareil cas, à inventer et à construire des machines, mais ils ont fini par devenir véritablement machines eux-mêmes.»

La civilisation occidentale se caractérise, dans ces perspectives, par la destruction de tous les facteurs spirituels et sociaux de cohérence collective: l'individu devient une unité complètement déracinée, impersonnalisée, interchangeable, sans rattachement, pion passif manié sur l'échiquier. Guénon dénonce aussi, dans la civilisation moderne, un frénétique besoin d'action et aussi son sentimentalisme, qui n'est d'ailleurs qu'un masque superficiel recouvrant une inhumanité croissante.

Les disciples actuels de Guénon remarquent que la distinction entre l'«Orient» et l'«Occident», qui avait encore quelque sens dans les années trente, ne correspondrait plus du tout à la réalité; plus précisément, c'est l'«Occident» qui triomphe partout désormais, ce qu'on appelle «réveil de l'Asie et de l'Afrique» s'étant fait, en réalité, au nom d'idéologies spécifiquement occidentales (qu'elles soient conservatrices ou révolutionnaires).

Adversaire déterminé de toutes les formes modernes de croyance au progrès futur indéfini, l'ésotérisme guénonien aurait semblé destiné (comme jadis la pensée de Joseph de Maistre) à prendre un tour politique franchement «réactionnaire». Il n'en fut rien, et Guénon ne tarda pas, après des premiers rapports assez cordiaux, à se brouiller avec Charles Maurras et les hommes de l' Action française. Aux yeux de l'ésotérisme guénonien, «militer» (fût-ce pour une politique traditionaliste) constitue une attitude typiquement «moderne» à éviter soigneusement. L'auteur d'Orient et Occident écrit, s'interrogeant sur le problème de la reconstitution d'une véritable élite traditionnelle: «L'élite n'a pas à se mêler à des luttes qui, quelle qu'en soit l'importance, sont forcément étrangères à son domaine propre; son rôle social ne peut être qu'indirect mais il n'en est que plus efficace, car pour diriger vraiment ce qui se meut, il ne faut pas être entraîné soi-même dans le mouvement.» L'unique moyen donc de construire l'Arche? L'entrée des seuls hommes qualifiés pour former cette véritable élite dans les rares ordres initiatiques qui demeurent encore capables, dans le monde actuel, de leur permettre l'accès effectif à l'ésotérisme - et en faisant en sorte que celui-ci puisse retrouver enfin son articulation normale avec l'exotérisme religieux qui devrait toujours, normalement, en être le support. L'existence d'un ésotérisme affranchi de tout rattachement exotérique préalable, c'est un peu, aux yeux de Guénon, comme un édifice qui ne reposerait plus sur des fondations.

Quels sont donc les critères qui permettraient de déterminer la nature traditionnelle d'une civilisation? Guénon répond: «Ce que nous appelons une civilisation traditionnelle, c'est une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens de ce mot, c'est-à-dire où l'ordre intellectuel domine tous les autres, où tout en procède directement ou indirectement, et, qu'il s'agisse de sciences ou d'institutions sociales, n'est en définitive qu'applications contingentes, secondaires et subordonnées, des vérités purement intellectuelles.» Sans doute conviendrait-il de remplacer dans ce texte l'épithète «intellectuel» - qui peut prêter à confusion en vertu de son sens moderne - par «spirituel», qui est ici un terme plus exact.

Le propre de toute société traditionnelle, c'est de reposer sur des structures hiérarchiques, mais dans lesquelles les diverses activités humaines n'entreraient pas en conflit les unes avec les autres. L'ésotérisme traditionnel s'oppose aux distinctions modernes entre «manuels» et «intellectuels», entre «travailleurs» et «artistes». Benoist remarque dans Le Compagnonnage et les métiers: «Il [l'homme] a pensé en travaillant avec ses mains. Un système de philosophie n'est pas plus noble qu'un problème de mécanique, puisque raisonner c'est placer dans un ordre logique les mots de métier.» Aux yeux de l'ésotérisme guénonien, une société bien réglée devrait être celle où l'accès à telle ou telle fonction humaine se trouve soumis à des principes traditionnels très précis. D'où la légitimité du système des castes, dont on retrouverait l'analogue, sous une forme plus ou moins complexe ou assouplie, dans toutes les diverses sociétés traditionnelles.

Si ce système des castes n'est connu aujourd'hui que dans des formules décadentes et sclérosées, qui assurent d'abord la sauvegarde héréditaire des privilèges sociaux de personnages médiocres, sa forme parfaite correspondrait bel et bien - selon Guénon et ses disciples - à la pyramide sociale idéale, telle qu'on la trouvait dans l' Inde: l'autorité spirituelle (brahmanes), les fonctions militaires ou judiciaires (kshatriyas, «guerriers»), les fonctions financières et commerciales (vaishas), les travailleurs manuels (shudras) - chacune des castes ayant ses propres organisations initiatiques et celles-ci étant capables de fournir à leurs membres tous les moyens d'une réalisation spirituelle valable. Il est d'ailleurs symptomatique que l'ésotérisme ait subsisté, dans l'Occident moderne, au sein des organisations initiatiques apparues chez des travailleurs manuels: le compagnonnage ouvrier; la franc-maçonnerie qui, avant de devenir «spéculative», groupait, au Moyen Âge, les tailleurs de pierre et les architectes. L'étude des organisations initiatiques attesterait aussi, d'ailleurs, les interférences entre filiations provenant des apports de «castes» diverses; en maçonnerie on trouve ainsi, non seulement les outils rituels des constructeurs (équerre, compas, niveau), mais des éléments empruntés sans nul doute au symbolisme chevaleresque (épées) et aussi des apports «sacerdotaux» (triangle divin).

 

L' initiation, apanage des sociétés secrètes traditionnelles

 

Luc Benoist remarque: «Nous dirions volontiers et vulgairement que l'intronisation initiatique est comparable à un billet d'entrée qui ouvrirait à l'aspirant la porte de l'organisation et du groupe dispensateur de cette initiation, et qui lui permettrait d'utiliser la puissance d'émulation psychique et de connaissance spirituelle que ce groupe représente par son ancienneté et son importance.» En fait, parler d'initiation, c'est supposer trois choses qui s'impliquent l'une l'autre: l'existence chez le candidat des aptitudes, des qualifications sans lesquelles l'homme ne pourrait être un vrai initiable; la transmission d'une influence spirituelle, ce qui ne peut se faire que par des rites appropriés et à condition que les initiateurs détiennent un héritage rituel valable; le travail intérieur que l'initié accomplira sur lui-même et sans lequel l'initiation rituelle demeurerait toute formelle, inopérante.

À ces trois conditions seulement, l'initié pourra, bénéficiant d'une atteinte effective de l' intuition transcendante, effectuer une authentique réalisation spirituelle. En simplifiant beaucoup, on pourrait dire que l'initiation est essentiellement destinée à fournir les «techniques» grâce auxquelles l'homme pourra, purifiant et «transmuant» son être, accéder à la connaissance libératrice. Prenant appui sur les apparences (puisque les rites initiatiques ont certes leur aspect objectif), mais faisant découvrir «derrière» quelque chose de caché, l'initiation se présente donc, dans les perspectives de l'ésotérisme traditionnel, comme l'instrument efficace d'une réintégration effective. «Assurément, remarque Jean Reyor, l'ésotériste n'est pas satisfait de la condition humaine déchue puisqu'il aspire à en sortir, mais son insatisfaction est exclusive de toute angoisse et de toute révolte.» Aux yeux de l'ésotériste, toute voie initiatique qui aurait pour effet de développer l'angoisse, l'hyperémotivité, le déséquilibre affectif révèle par là même sa nature imparfaite ou perverse (car la «contre-initiation» existe): les formes traditionnelles d'initiation visent, au contraire, à faire progresser l'adepte vers l'état d'équilibre, d'harmonie, de sérénité intérieure si bien caractérisé par l'expression rosicrucienne de «Paix profonde».

 

Cycles terrestres

 

Les perspectives de l'ésotérisme traditionnel se situent à l'opposé de l'omniprésente croyance moderne en un progrès indéfini de l'humanité. D'une part, l'Âge d'or se situe, pour elles, au commencement et non pas à la fin du processus: les choses vont de mal en pis, et l'homme d'aujourd'hui se trouve vivre dans la période terminale (la plus sombre) de l'«Âge noir» (Kali Yuga en terminologie sanskrite; c'est l'«Âge de fer» de la mythologie grecque). D'autre part, le monde ne parcourt pas un itinéraire «linéaire» inexorable et sans recours: il y a succession de cycles terrestres; d'où l'importance de cette science traditionnelle qu'est l'astrologie, qui fut «science des cycles et du temps qualifié» bien avant de devenir une méthode pour prédire les destinées individuelles. On remarquera que, dans cette perspective, la dernière étape d'un cycle, la plus terrible (le point culminant de l'Âge noir), se trouvera coexister en fait avec le début du cycle qui suivra. Dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Guénon remarque: «Qu'on se rapporte d'ailleurs à l' Apocalypse et l'on verra que c'est à l'extrême limite du désordre, allant jusqu'à l'apparent anéantissement du monde extérieur, que doit se produire l'avènement de la Jérusalem céleste qui sera, pour une nouvelle période de l'histoire de l'humanité, l'analogue de ce que fut le Paradis terrestre pour celle qui se terminera à ce moment même.» C'est alors que les ténèbres de la Nuit obscure se révèlent les plus épaisses que se lèvera enfin l'Aube dorée du nouveau cycle.

 

Réalisation spirituelle et délivrance

 

La libération que peut espérer atteindre l'initié évoque l'idée de «salut» (pour parler le langage religieux). Il convient alors d'examiner la manière dont l'ésotérisme conçoit la possibilité d'atteindre le «salut» effectif et définitif.

L'état humain n'apparaîtrait lui-même que comme l'une des formes innombrables de l'existence, que comme l'un des états multiples de l'être (pour reprendre le titre de l'un des livres de Guénon); les créatures parcourent incessamment la succession sempiternelle de ces états, que les bouddhistes tibétains ont si bien symbolisés par la figure d'une roue.

Quant à l'homme, il importerait, aux yeux de l'ésotérisme traditionnel, de faire une distinction entre son Soi divin, nullement affecté par ses mutations externes, et les éléments mortels qui (ceux qui sont psychiques comme les matériels) «transmigrent» d'une existence à une autre. Guénon s'était tout spécialement attaché à réfuter les idées occidentales courantes sur la réincarnation. «Il est bien entendu, précisait-il, dans L'Erreur spirite, que lorsqu'on parle de réincarnation cela veut dire que l'être qui a déjà été incorporé reprend un nouveau corps, c'est-à-dire qu'il revient à l'état par lequel il est déjà passé; d'autre part, on admet que cela concerne l'être réel et complet et non pas simplement des éléments, plus ou moins importants, qui ont pu entrer dans sa constitution à un titre quelconque.» Indéniablement, Guénon et ses disciples adoptaient, en ce qui concerne le problème de la transmigration, une doctrine semblable à l'enseignement de la métaphysique bouddhiste traditionnelle: ce qui passe ou «transmigre» d'un corps à un autre, ce sont les agrégats psychiques associés au cours de l'existence corporelle qui vient de se terminer.

Au-delà de l'état humain se situeraient, selon l'ésotérisme traditionnel, des formes d'existence radicalement différentes. Mais comment l'initié pourrait-il espérer accomplir sa libération, son accès au «Milieu» immobile de la Roue «cosmique»? Il serait commode - Guénon et ses disciples l'on fait - de reprendre aux Mystères d' Éleusis la tripartition (qui vaut pour toutes les formes initiatiques) des «Petits Mystères», des «Grands Mystères» et de l' Adeptat.

Par les «Petits Mystères», l'initié acquiert la maîtrise harmonieuse de l'état humain qui, réintégré, redevient capable d'utiliser au mieux toutes ses possibilités. Au second stade, celui des «Grands Mystères» - qui dans la maçonnerie correspondraient au symbolisme des hauts grades -, l'initié deviendrait capable (virtuellement tout au moins) d'agir aux niveaux d'existence «célestes», supra-humains. Quant à l' Adeptat (au sens strict du terme), ce serait l'atteinte effective de l'état inconditionné, où l'être se trouverait désormais affranchi de toutes les limites spatio-temporelles. Guénon propose ici le commentaire suivant (L'Homme et son devenir selon le Vedanta): «L'être n'est point absorbé en obtenant la Délivrance, bien que cela puisse sembler ainsi du point de vue de la manifestation, pour laquelle la transformation apparaît comme une destruction; si l'on se place dans la réalité absolue, qui seule demeure pour lui, il est au contraire dilaté au-delà de toute limite [...] puisqu'il a effectivement réalisé la plénitude de ses possibilités.»

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JE NE SAIS PAS...

Je ne sais pas si c'est le soleil

Qui vient soudain percer l'hiver

Ou si c'est juste le réveil

Un désir de tête à l'envers?

Je ne sais pas si c'est la vie

Qui soudain prend le dessus

Ou bien si c'est juste l'envie

Qui déborde à mon insu!

J.G.

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