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Pour Ariane

Les matins se sont lentement assombris

Tandis que les rues une à une s’illuminaient ;

Noel approche.

Arraché aux païens qui déjà le célébraient,

Ce jour plus que jamais est celui des vivants et de l’espoir.

Là bas une tombe bordée de marbre rose , fleurie de pensées d’hiver et de bruyères,

Enclot ma peine et retient l’enfer.

Les musiques chargées de vent et des temps révolus,

M’entrainent souvent sur ce sentier qui mène à toi

A la lisière de ce petit jardin funéraire qui ferme

Les ténèbres opaques d’un monde interdit aux vivants.

Des mots étranges m’échappent, mes bras enserrent ton ombre et la brise emporte nos baisers.

Il me faut partir car la lumière, bien plus loin, attire mon regard et fait renaître l’espoir.

Dans la nuit de mes rêves une place t’attend toujours.

Que, peu à peu, l’insoutenable s’estompe

Et puisse grandir encore l’amour qui est le partage des vivants.

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Tristesse

 

Ce matin, je ressent ce désir impérieux d'écrire

une avalanche de mots, venus d'ici et là,

ce grand désordre un peu trop gris

 dans ma tête attristée,

à l'instar de ce matin d'hiver

 de sombre emmitouflé !

Ces mots à la fois soleils et pluies,

 font parler, puis frémir,

ma feuille blanche, l'élargir un peu,

 jusqu'à ce qu'elle devienne,

 ce pôle de l'entre-deux,

 Nord et Sud mélangés ;

 il n'y fait alors ni trop chaud, ni trop froid,

mais un temps printanier,

 où tout peut devenir ;

un arbre musical, une rose pâle d'un coquelicot éprise,

une neige chaude et bleue, un noir multicolore !

Ce matin, je ressent ce désir impérieux d'écrire

une avalanche de mots pour exister, grandir encore !

 

NINA

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Un jeu JGobert

Au cours d’une soirée animée entre amis, l’un d’eux me demande si je veux jouer. Jouer à un jeu étrange.  Jouer à téléphoner à une petite fille qui vivait en moi et qui accompagnait mon enfance. Drôle d’idée d’appeler cette fillette et de ranimer ainsi un passé révolu, accompli, avec des souvenirs douloureux, désagréables peut-être.

Remuer l’enfance dans les bonheurs et dans les tristesses. Un coup de fil et je replonge dans cette vie que j’essaie d’oublier, d’effacer depuis que j’ai le statut d’adulte.
Cette enfance mal digérée, pénible qu’il a fallu tirer, traîner chaque jour comme un malheur et qui m’a laissé un goût plus qu’amer.

Le jeu est ainsi fait et pourquoi pas. Je ne me sens pas particulièrement rassurée de cet exercice devant des amis mais bon, c’est un jeu. Inquiète, je prends le téléphone et le serre à l’écraser.
Allo, bonjour…
La fillette est surprise et hésite à répondre. C’est à peine si elle reconnaît sa voix. D’emblée, elle me parle de sa mère qui ne va pas bien. Des misères que sa mère subit et des pleurs qu’elle entend chaque jour. Non, rien n’a changé, les sentiments, les perceptions sont toujours les mêmes. J’ai envie de me boucher les oreilles.
  Ne pas revivre cela. L'incompréhension est toujours présente. Elle est seule et sa vie est triste. 
Voir ce gâchis autour d’elle. Les jours passent sans saveur et s’égrainent tristement.
Je ne veux pas en entendre plus mais j’ai soudain le remord de laisser cet enfant dans cette angoisse. Je prends sur moi de la réconforter, la rassurer et lui dire que la vie n’est pas cela. Que sa solitude cessera un jour. Elle aura des images de bonheur et connaîtra la joie d’aimer. Elle doit tenir sans se détruire le cœur, ni l'âme. Tout protéger du mieux qu’elle peut. Boucher ses oreilles pour ne pas entendre et réconforter sa mère plus que tout.

D’ailleurs, je veux parler à sa mère. Je veux lui parler mais dans ce deal, ce n’est pas possible. Le téléphone ne veut pas. Je n’arrive plus à raccrocher.  Je l’entends, fragile, perdue, seule, se débattre dans cette vie où tout est douleur, crainte et angoisse. Elle ne dit plus rien un instant. Elle doit penser que ma vie est plus légère depuis mon départ.
C’est moi qui prends de ses nouvelles et pas le contraire. Je reste là à l’écouter raconter ce que je connais trop bien. Je sais que tout va finir mais je ne veux pas entrer dans cet avenir qui m’appartient et qu’elle ne connait pas encore. Elle doit être forte. Je sais qu’elle a une force peu commune et qu’elle tiendra.

Personne ne lira jamais sur son visage sa tristesse, ni dans son cœur son désarroi. Elle sera un roc, muette, secrète. Elle ne pardonnera pas. Elle n’oubliera rien. Même blessée à vie, elle portera ses blessures fièrement et au fil du temps acceptera cette situation, ce passé.
Mes amis se rappellent à moi. Je suis épuisée de cette conversation. C’est à regret que je l’abandonne dans ce monde révolu.  J’attends avec impatience le coup de téléphone suivant pour pouvoir calmer ce cœur démonté. En vain.

Cette fois c’est à Pierre de jouer. Appeler le petit garçon qu’il était dans son enfance. Prendre des nouvelles de son père aimant. Il hésite. Pas fier, il bafouille, balbutie et n’y arrive pas. Il s’effondre en larmes, pleurant tout ce bonheur enfui. Trop de souvenirs heureux, tendres lui reviennent en mémoire et après quelques phrases ânonnées, bredouillées, il raccroche le cœur toujours dans ce chagrin qui ne s’efface pas.
Ce n’est jamais facile d’appeler son passé.

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Veillée prolongée

Soliloque

Ma pensée n'a rien à me dire.
Mon corps est en parfait repos,
Ne ressentant ni froid ni chaud.
Je ne sais pas me faire rire.

Il serait temps d'aller au lit.
Or je m'attarde et tergiverse,
Me répète que rien ne presse.
Je redoute un nouveau défi.

Quand je me glisse entre les draps,
M'assaille une énergie nocturne
Rendant mon âme taciturne.
La débrancher ne se peut pas.

Je n'ai sur elle aucun pouvoir.
Il parait qu'il faut lui sourire.
En moi, la confusion empire
Et me fait sombrer dans le noir.

L'ennemie a peut-être fui
Chassée par une autre chimère.
Ce qui émeut est éphémère.
Toute expérience porte fruit.

9 janvier 2016

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administrateur littératures

Arts et Lettres: Alleluia!

"L'alchimiste de Coehlo, une lecture que je recommande vivement! Il y a tant de richesse dans cette oeuvre que j'en suis toute chose! Quel bouquin! J'en tremble encore quelque peu, je ne sais pourquoi..."

"Ah ces deux groupes! Abba et Queen! Je suis en transe dès que je les écoute mais ce sont de bonnes ondes! Le pied!"

"Stéphanie dans La Jeune Fille et La Mort de Dorfman est magnifique, magistrale! Un jeu remarquable pour un texte qui l'est tout autant! J'irai la revoir sur scène, elle me transporte!"

"Ce Picasso, il me touche, m'interroge, tandis que ce Mangano, il m'émeut par ses couleurs vives, ses oiseaux, par la joie et la simplicité qui s'en dégage..."

"L'allegro final de la cinquième de Beethoven, c'est de la foi, de l'optimisme malgré la douleur, de la combativité. Chaque fois que je l'écoute, c'est pareil: je me sens...il n'y a pas de mots!"

Du rêve, de la réflexion, des élans d'une grande spontanéité accompagnés de sensations peu communes, des bienfaits étonnants, du bien-être, de la jouissance, un état second proche de l'ivresse, les Arts et les Lettres ne laissent point de marbre les fibres que nous possédons et avons acquises souvent à notre insu, la génétique aidant, déclenchant chez nous sourires, rires, larmes même! Des émotions positives bénéfiques et libératrices également ressenties par le créateur lui-même, écrivain ou artiste de tout poil, plongé dans la naissance de son oeuvre. Normal? Humain: nous avons tous un coeur, une âme, une sensibilité. Comme une part de divin en nous.

La création, artistique ou littéraire, ne peut que nous mener au rêve, à l'exaltation, toutes émotions confondues, à même davantage le saviez-vous? Elle nous permet de découvrir nos propres vibrations, nos propres affinités  avec le monde qui nous entoure; elle nous réveille, révélant au grand jour ce qui fait notre être, notre personnalité. Un être, un talent. Un être, une révélation par delà nos différences (religions, races, cultures,...), les Arts et Lettres nous élevant par cette prise de conscience que l'être l'humain est capable de bien belles réalisations (cathédrales, Chapelle Sixtine,...). Du meilleur! La littérature, par les salons, foires du livre et la lecture publique notamment, la musique classique et autre, par les concerts et le disque, la peinture, le dessin et la sculpture, par les expositions et les musées, le théâtre et le cinéma par l'intermédiaire des scènes et salles de projections, nous mènent - ô plaisirs! - au dialogue, aux échanges, aux partages, à la réflexion, à la création de mouvements, de groupes, effet boule de neige garanti, l'engouement manifeste, certains artistes devenant de véritables légendes, des mythes.

Les Arts et Lettres bienfait pour l'humanité? Posons-nous plutôt la question; un monde sans Arts ni Lettres serait-il viable? Survivrait-il? Un monde sans aucune créativité, est-ce concevable? Il existe des régimes où la censure est telle qu'aucun talent ne peut émerger ni vivre au grand jour sans se faire "décapiter"  d'une manière ou d'une autre au nom d'un système de nature répressive à l'esprit étroit. Comment dans ce cas s'élever? Elever cette nation? Les Arts et les Lettres font un peuple, sa culture, son Histoire, deviennent patrimoine matériel, même immatériel parfois. La réponse est donc on ne peut plus évidente: aucun talent ne devrait être étouffé dans l'oeuf; il devrait pouvoir éclore en toute sérénité, pouvoir se révéler afin de nous transporter, de nous éblouir d'une part, de nous détendre et de nous déstresser, d'autre part, de la vie, ses contraintes et sa routine qui nous empêchent de nous sentir bien, en harmonie avec notre entourage, Arts et Lettres devenant ici détente, loisir, soupape, libération...

Libération? En nous délivrant de la plupart de nos maux par une sorte de purge nous permettant  d'extraire de notre intérieur ce qui nous retient, nous étouffe, nous empêchant de vivre réellement. Ne voit-on point régulièrement des artistes plus équilibrés et plus heureux que des économistes? Des écrivains, même s'ils vendent peu, plus épanouis que des hommes d'affaires fixés sur leurs chiffres? Il y a tant d'insatisfaits, d'inquiets, de nerveux, de stressés; gageons que sans Arts ni Lettres, il y aurait encore davantage sur notre terre de malades et de pathologies recensées. Il est donc heureux que nous ayons des yeux pour voir, des oreilles pour écouter, des mains pour créer...notamment!

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L'eau et les rêves

Dans son très beau livre « L’eau et les rêves », Gaston Bachelard médite sur l’imagination poétique et le rôle de la matière qui, à ses yeux, constitue « l’inconscient de la forme ». Chaque poète exprime selon lui un pays natal : ce pays est moins une étendue qu’une matière. C’est, dit-il « un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries, c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale».


Avant la minéralité de la haute montagne dont la beauté me transporte, l’eau, principalement celle, étale, des lacs, me fascine. A la fois surface vue et profondeur devinée, l’eau me trouble par tout ce qu’elle reflète et cache en même temps. Dans la nuit des eaux profondes d’étranges fleurs se déploient dont le parfum est connu des seuls poètes.
Une photo que j’ai prise au bord d’un lac près de Langres exprime ma fascination. Un pêcheur solitaire est à l’extrémité d’une jetée ; son reflet plonge dans les profondeurs de l'eau caressée à sa surface par la clarté du ciel.12273146667?profile=original

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Un bien étrange Amour.

 

 

Une petite cabane de pêcheur,

toiture grise, volets bleus,

avec ce grand silence,

posée non loin d'une géante rocheuse,

léchée par l'Atlantique,

à ses pieds venant et repartant immuablement ;

Atlantique l'insoumise et

à la fois fidèle depuis des décennies ;

dans le ventre sombre et chaud de la petite cabane

un poète depuis toujours écoute,

s'applique à écrire la mélodie superbe

que la mer inlassable déclame à la rocheuse droite,

écouteuse.

De grise la géante rocheuse est devenue toute rose,

 un tantinet éprise de l'Atlantique,

 dont les baisers salés sur elle sont devenus sucrés,

la faisant chaque fois rosir davantage !

Dans la petite cabane de pêcheur,

une petite fille blonde s'amuse avec son chat,

 ils regardent l'un et l'autre par la fenêtre ouverte,

l'enlacement éternel du bleu avec le rose,

puis le clin d'œil complice du soleil au zénith.

 

NINA

 

 

 

 

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Regard sur ma rue

Haïkus

Lumière dosée
immense tableau vivant
sans frémissement.

Sur fond blanc opaque
gigantesques broderies
squelettes d'érables.

Sereine durée
absence qui se prolonge
neige et flaques d'eau.

Percée printanière
esprit attentif en éveil
accueil de l'instant.

Énergie paisible
bien-être dans l'harmonie
grâce récurrente.

9 janvier 2016

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En relisant quelques pages de Proust

Je viens de relire le début de "Du côté de chez Swann". Une foule de souvenirs me reviennent. J'ai découvert Proust à 25 ans: ce fut une révélation. Son style qui accule la phrase dans ses derniers retranchements et suscite tant d'images chez le lecteur, fut pour moi un enchantement. J'ai relu toute la "Recherche" plusieurs fois. Une telle oeuvre peut accompagner toute une vie. A chaque fois selon l'état d'esprit dans le quel on se trouve, au gré des méandres de notre vie, nous y découvrons de nouvelles choses: les versants de cette montagne magique renvoient un autre échos. Ainsi les ridicules de Madame Verdurin me rappelaient ceux d'un proche de l'époque et m'aidaient à les supporter tant Proust les décrit avec humour réjouissant. Passionné de musique, je ne pouvais qu'être sensible à l'étroite médiation qu'elle entretient dans la Recherche avec le rapport au monde du narrateur. A l'époque de ma première lecture la musique de chambre avait ma prédilection. Comme on transpose toujours sa propre existence dans ce qu'on lit, j'étais pesuadé alors que l'inspiration musicale première de Proust était (outre le Franck de la sonate), le Beethoven des quatuors à corde. Ce n'est que plus tard, devenu un admirateur de Wagner que j'ai pris conscience du nombre d'occrences de ses opéras dans l'oeuvre de Proust. Ce n'est guère étonnant: Wagner comme Proust parsème leur œuvre de leitmotifs qui sont comme le doux sourire d'une divinité supérieure nous guidant vers un autre niveau de réalité. Comme le motif de Siegfried nous apprend qui est le père de Siegmund et de Sieglind, la petite phrase de la sonate de Vinteuil, ou le fait de buter sur un pavé mal équarri de la cour de l’hôtel de Guermantes font accéder le narrateur à la vraie dimension du temps.
L'influence de Wagner sur Proust est telle que j'en suis venu à me demander si, dans la structure de « La recherche », Proust ne s'était pas inspiré de la séquence adoptée par Wagner dans son célèbre Ring. En effet, la première partie de « Swann » joue le même rôle que « L'or du Rhin ». Ici comme là, les principaux personnages nous sont présentés mais surtout, dans les deux cas les développements de toute l'oeuvre sont assujettis à son prologue. Le vol de l'anneau et de l'or des filles du Rhin commande toute l'errance de Wotan et son renoncement comme « le baiser du soir »attendu par le jeune Proust induit tout son itinéraire et la découverte de sa vocation.
J'arrête là, tant ce chef d'oeuvre est inépuisable.

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Ô Providence protectrice

Soliloque

Parmi les grâces abondantes,
Qui dans la nature fleurissent,
Nombreuses sont époustouflantes.
Ô Providence protectrice!

Surgit le désir d'inventer,
Face aux choses qui émerveillent.
Bonheur de créer la beauté
Dont le rayonnement éveille.

Tous les artistes se destinent
À devenir des magiciens.
Les uns superbement dessinent.
D'autres s'avèrent musiciens.

Des poèmes tombant en manne,
Parfois, ont un charme inouï.
Dans leur errance ne se fanent
Mais disparaissent dans l'oubli.

Fasciner, n'étant plus vivant,
D'un créateur semble le voeu.
Qu'opère l'énergie d'avant
On sait bien que cela se peut.

8 janvier 2016

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Claude Lévi-Strauss: La pensée sauvage

12273144895?profile=original"La pensée sauvage" est un essai de l' ethnologue français Claude Lévi-Strauss (1908-2009), publié en 1962. Cet essai a pour intention centrale de mettre en valeur l'aspect logique et conceptuel de la pensée des peuples sans écriture, en opposition avec les auteurs qui ont surtout insisté sur son aspect émotionnel et affectif. Cette démarche conduit Lévi-Strauss à mettre en corrélation la "pensée sauvage" avec certaines formes de pensée et d'expression de notre société, et enfin, à s'interroger sur le problème de l' histoire, dont la valorisation inconditionnelle est un des traits essentiels par lesquels la pensée "civilisée" s'oppose à la pensée sauvage. Au début de son ouvrage, Lévi-Strauss souligne que celui-ci ne peut être séparé des problèmes étudiés dans un ouvrage de dimensions plus restreintes, "Le totémisme aujourd'hui", paru également en 1962. En effet, "Le totémisme aujourd'hui", comme "La pensée sauvage", étudie la pensée sauvage à l'oeuvre dans le totémisme, pour instituer un système de classification, à travers la correspondance entre une série d'espèces naturelles, animales ou végétales et une série de groupes ou d'individus, dont la différenciation est d'origine culturelle: membres d'une famille, moitiés exogamiques, classes matrimoniales, clans. Ce qui caractérise le totémisme n'est donc pas d'abord la correspondance terme à terme de chaque individu ou groupe avec l' animal ou la plante qui lui sert de totem, mais la mise en rapport d'un système de différences dans une série naturelle avec un système de différences dans une série culturelle. La pensée sauvage se sert de sa connaissance précise de la nature pour penser le système culturel à travers un principe de classification. C'est la portée de cette pensée classificatoire que Lévi-Strauss met en valeur dans "La pensée sauvage". Il souligne la précision et l'ampleur des connaissances botaniques et zoologiques des primitifs, qui aboutissent parfois à une classification faisant songer à celle de Linné. Un tel approfondissement dans l'effort classificatoire ne peut relever seulement des préoccupations utilitaires et révèle dans la pensée sauvage une véritable autonomie du domaine spéculatif, autonomie qu'exprime d'autre part, sur le plan culturel, l' admiration de certaines populations australiennes pour les subtilités et la complexité des systèmes matrimoniaux, et la curiosité pour les organisations matrimoniales des populations voisines. Lévi-Strauss va jusqu'à voir chez ces populations un certain "dandysme intellectuel". Ce n'est donc pas par son caractère utilitaire et affectif que la pensée sauvage se différencie de la pensée scientifique, mais par son mépris du "principe d' économie", par lequel tous les systèmes doivent être ramenés à un seul, le plus efficace, par l'action technique qu'il permet sur la nature. La pensée sauvage établit ainsi une sorte de "logique du sensible", qui s'oppose par ce caractère sensible à la pensée scientifique, mais se rapproche de certaines formes d'activité dans nos sociétés, telles que l' art et le bricolage. La comparaison avec le bricolage, suggestive et neuve car elle porte sur un domaine méprisé et peu exploré, introduit la notion de structure opposée à celle d' événement  pour caractériser la pensée mythique: comme le bricolage, qui utilise des débris d' objets pour constituer de nouveaux ensembles, la pensée mythique, -cette bricoleuse, élabore des structures en agençant... des débris d' événements alors que la science en marche... crée sous forme d' événements ses moyens et ses résultats grâce aux structures qu'elle fabrique sans trêve et qui sont ses hypothèses et ses théories." Le rôle prépondérant de la structure, dans la pensée mythique comme dans les classifications totémiques et les systèmes matrimoniaux, correspond à la visée de la pensée sauvage, qui est de sauvegarder, contre l'événement et l' histoire, une organisation stable de la société, dont le système matrimonial rétablit l'équilibre malgré guerres et bouleversements démographiques, et une vision du monde qui, à travers la référence à la nature dans le totémisme, échappe à l'ordre de la succession pour abolir le temps dans l'ordre de la répétition. Enfin, le mythe, en situant hors de l'histoire l'événement qui la fonde, fait prévaloir au sein de l'histoire même la référence à la répétition, et la prééminence de la structure sur la succession, puisque tout événement de l' histoire peut être mis en correspondance avec l'un des termes du mythe, et que les mythes d'origine se caractérisent par la prépondérance de la structure sur le contenu, et, selon l'expression de Lévi-Strauss, "de la syntaxe sur la sémantique". Ainsi la pensée sauvage consiste "non pas à nier le devenir historique, mais à l'admettre comme une forme sans contenu". De nombreuses analyses, à la fois suggestives et rigoureuses, mettent en lumière la systématisation de cet effort classificatoire, systématisation si poussée qu'elle s'étend jusqu'à l'individu qui figure à titre d'espèce au sein de  la classification, à travers le système d'attribution des noms propres qui assignent à l'individu sa place dans le groupe social. Comme à propos de l' art et du bricolage, des parallèles sont faits avec certains usages de notre société: les noms propres des animaux sauvages et domestiques, des chevaux de course, des fleurs. Lévi-Strauss, à travers ces comparaisons, montre pourquoi les coutumes primitives nous fascinent: elles donnent un "sentiment contradictoire de présence et d'étrangeté car elles sont en réalité proches de nos usages dont elles nous présentent une image énigmatique qui demande à être décryptée". Le dernier chapitre, poursuivant la réflexion sur l'idée d' histoire et s'interrogeant sur la façon dont la société moderne pense son histoire, radicalement différente en cela de la pensée sauvage, met en cause l'ouvrage de Sartre, la "Critique de la raison dialectique". Sartre affirme le primat absolu de l' histoire, inséparable du mouvement par lequel le sujet, dans la pensée dialectique, vise une totalisation jamais achevée du monde et de lui-même. Lévi-Strauss oppose à l'idée de totalisation l'idée de système, système clos que s'efforce de réaliser la pensée sauvage, à travers ses classifications, ses mythes, son organisation matrimoniale. Ces systèmes ne  sont déchiffrables que par la pensée analytique. Lévy-Strauss affirme le primat de la pensée dialectique, mais il ne veut pas, au contraire de Sartre, l'opposer à la pensée analytique. Il voit dans la raison dialectique "la raison analytique en marche". Lévi-Strauss comme Sartre se veut matérialiste et marxiste, cependant il décèle dans le privilège que Sartre donne à la pensée totalisante du sujet un reste d' idéalisme, et veut revaloriser la pensée analytique à l'oeuvre dans les sciences de la nature et l'appliquer aux sciences de l'homme, dans l'espoir de parvenir, à travers la diversité des sociétés humaines, à des constantes structurales qui renvoient à des lois de la pensée, et finalement, derrière celles-ci, à des propriétés matérielles du cerveau. A travers quelques formules volontairement tranchantes, le matérialisme de Lévi-Strauss s'expose au reproche de s'éloigner du marxisme pour revenir au positivisme. Mais sa mise en question du primat de l'histoire est en même temps l'effort pour réintégrer l'homme au sein de la nature en étudiant, à travers la pensée sauvage, le fonctionnement de la pensée comme une chose du monde, qui, en élaborant des structures, qui donnent forme  à la praxis de l'homme, ne détermine pas un écart toujours croissant à travers l'histoire, entre la nature et l'homme, mais au contraire, à travers sa logique consistant en des combinaisons d'oppositions, renvoie aux découvertes les plus récentes de la science, qui, par la notion d' information, constitue dans les messages "des objets du monde physique, qui peuvent être saisis à la fois du dehors et du dedans". Ainsi le domaine de la pensée sauvage est privilégié, puisqu'il permet de saisir sur le vif le fonctionnement d'un code qui rend possible l'expression des correspondances entre la nature et l'homme au sein d'un système clos, alors que d'autre part la science moderne élabore la compréhension de la matière et de la vie, à travers les concepts de code, d' information, de message, d'abord réservés au domaine des communications interhumaines.

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Le sable des aïeux

Le sable des aïeux

de Antonia Iliescu

Le sablier vivant se casse les parois

De l’âme. Les souvenirs rajeunis se libèrent

En revivant leur vie, c’est leurs vies qu’ils déterrent

Délivrées, en fin, et des chaînes et des lois.

 

Une poignée de farine grisée par le vent

Survole leur jeunesse, leurs amours et renons

Le temps pulvérisé se demande où ils sont

Audace, essors et foi qui les rendaient vivants.

 

Les graines de mémoire s’éparpillent légères

Ravivant les aïeux prisonniers de la terre.

En s’avançant d’un pas accablant et tremblé,

 

Ils pénètrent en moi, mélange de blanc et gris;

Dégagée de l’ivraie, la poudre grise blanchit.

Bizarre… De nouveau la farine se fait blé.

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De retour JGobert

A l’aube d’un nouveau jour, le ciel à peine éclairé, retentissent des pas feutrés d’un passager.  Il est là, ce petit être, un peu triste d’être parti sans laisser d’explications et au fond de lui, en colère contre le monde entier.

Le petit personnage est revenu, tempétueux. Il veut reprendre sa place au sein de nos rêves, de nos cœurs, de notre vie. Etre aimé comme par le passé et effacer le chagrin, la peine, les larmes. Gommer la solitude des mots, des jours, vécue comme un abandon. 

Pour un mot de trop, tout a chaviré. Il n’y a pas eu de bienveillance accordée. Pas de pardon venant du cœur pour qu'il soit sincère et viable mais un doute opérant et mortel pour des actes, des termes incompris.

Le petit personnage est revenu, magnanime. L’enfant prodigue, accueilli jadis les bras ouverts, l’est un peu moins aujourd’hui parce que la vie a changé. Les valeurs ne sont plus pareilles. Le pouvoir est réparti, et doit être admis. Les esprits n’ont pas sexe, de grade, de puissance.  Ils sont libres de s’exprimer sans contrainte, sans loi, ni dieu.

Le petit personnage est revenu, quémandant. Il cherche un futur meilleur, dans un contexte de paix, dans une absolue confiance, avec tout le réconfort possible. Lui n’a pas compris que les hommes ont évolué, que le temps est passé, que certains rêves se sont évanouis. Que d’une époque révolue, nous gardons les plus beaux souvenirs. Et que, pour chasser la souffrance, l’amour de l’autre est de mise.

Le petit personnage est revenu, lénifiant. Ce petit être est aussi tout pour nous, poésie, amour, amitié. Il est l’espérance et le souffle qu’il véhicule nous protège.  Il détient la force de vivre et de se battre. Avec lui, le temps fait son œuvre réparatrice et comme toujours, nous bravons ensemble le mal pour un monde meilleur.

 

 

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Sortie de "L'Exilée"

Bonjour à tous,

J’ai l’immense joie de vous annoncer que mon dernier livre, « l’Exilée » est sorti hier matin : http://www.edilivre.com/l-exilee-2328f5ed7b.html

Mon propre stock me parviendra d’ici deux bonnes semaines et dans 45 jours précisément, il sera disponible en librairie, tant en ebook qu’en format papier.

J’espère que vous ferez bon accueil à mon dernier né !

Et même si la lecture n’est pas votre hobbie préféré, un petit « like » ne prend que quelques secondes et fait toujours bien plaisir…

Virginie Vanos

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"Les passantes " de Brassens

Je réécoutais cette magnifique chanson de Brassens sur un texte d’Antoine Pol.

Une strophe retient plus particulièrement mon attention :

« A celle qu'on voit apparaître

 Une seconde à sa fenêtre

 Et qui, preste, s'évanouit

 Mais dont la svelte silhouette

 Est si gracieuse et fluette

 Qu'on en demeure épanoui » 

Perdue aussitôt qu’entrevue cette « passante » réveille  ma fascination pour les fenêtres… Cette frontière presqu’immatérielle qui sublime la magie du dedans et du dehors, sépare autant qu’elle invite. Cette ambiguïté est magnifiquement rendue par Magritte dans son tableau « Eloge de la dialectique » 

Une plaquette de poèmes de Rilke s’intitule justement « Les fenêtres ». Elle fait partie de la poésie en français de Rilke. Le 5eme poème débute ainsi :

« Comme tu ajoutes à tout,

Fenêtre, le sens de nos rites :

Quelqu’un qui ne serait que debout,

Dans ton cadre attend ou médite »  . 

Au hasard de mes vacances ou de mes promenades, il est rare que je ne prenne pas une ou l’autre fenêtre en photo tant cette simple « chose » fait pour moi partie de la poésie du quotidien. Il est toutes sortes de fenêtre : ouvertes, fermées voire condamnée, vitrail d’église, ….

J’en ai sélectionné quelques-unes.

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L'au-delà.

                                Là-haut, dans l'au-delà,

existe t-il un jardin et des arbres,

une floraison permanente, dont les couleurs

seraient inouïes, infinies ?

Ou bien s'agit-il d'un jardin bleu ?

Le soleil se touche t-il, s'enlace t'il ?

Ma mère est-elle devenue clarté,

lumière en tout cela ?

S'ensoleille t-elle du matin jusqu'au soir,

à l'instar de mes proches partis bien trop tôt ?

Je suis tentée de répondre oui,

tant les constellations en témoignent, me le font croire.

NINA

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Réflexion sur l'acte d'écrire.

écrire, ne serait-ce pas tenter de mettre en ordre,

le grand désordre en soi qui sévit quelquefois ?

D'endiguer cette déferlante trop brutale et violente

en soi, qui nous submerge certains jours ?

Ecrire, sans doute est un acte de tranquillisation,

face à cet événement que l'on croit être "insurmontable",

qui siège dans notre mental, le chamboule.

C'est un rafraichissement sur cette brûlure souterraine,

cette morsure bien trop vive ; une caresse bleue.

Ecrire, c'est tenter de rendre cette "mer" un peu "mère".

NINA

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RESPIRATION...

Dire aujourd'hui que j'ai gardé la foi dans l'homme...

Je voudrais, ce serait plus simple en somme!

Hélas, sur tant de dégâts le regard se pose...

Alors, tant le cœur que l'esprit vacillent, moroses!

Guerre, trahison, désamour, et en sus, bêtise!

Cette malédiction, faudrait qu'on avalise?

C'est trop demander à un regard conscient

C'est comme donner raison à l'éternel tourment!

Pourtant au fond du coeur, indemne de tout naufrage...

L'espoir nous met encore la tête dans les nuages!

Alors, la foi en soi, comme ultime recours?

Et cette force en nous, celle que nous donne l'amour!

J.G.

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administrateur théâtres

 « C’est la tendresse qui vous rend vulnérable, qui vous rend ouvert, qui vous rend sensible au mystère qui vous entoure ». Et ainsi, on ne passe pas à côté de la vie. Parfois aussi grâce au cinéma, ou à la musique, ou les deux! Voici des paroles et des musiques qui font rire, réfléchir, se projeter, s’apaiser, s’enchanter ! Esprit, es-tu là ? Ce nouveau spectacle mis en cœur par Laurence Briand ne peut décevoir. La dissertation très vivante vaut le détour!

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L’expérience ludique intelligente  est au rendez-vous, en tous cas. On reconnaît tout de suite   une écriture  trempée dans la sensibilité et l'humour,  doublée d' une présence scénique toujours chaleureuse qui galvanise ses deux aimables complices. Une réalisation dans la lignée du non moins pétillant spectacle : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », bien que dans un registre totalement différent,  hormis le climat poétique qui en découle. Travail de fourmi ou de cigale ?  Ce cocktail de  rigueur et de liberté a été créé à la Clarencière en décembre dernier devant une salle comble : what else? Vous voulez une définition charmante du cinéma ?  Pour Cocteau, le cinéma,  "c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière."

Le public frémit de plaisir devant ce rassemblement de pépites. Alice est au pays du cinéma. Le texte est sculpté, vivant, imagé, créatif. La mise en voix sonne juste. Les chansons et musiques de film soulèvent des tourbillons d’émotion  pour certains, un fleuve de nostalgie pour d’autres. Une suite palpitante de rêves, de souvenirs, de connotations, menée tambour battant. C’est tonique, bien composé et bien rythmé. Tantôt, peinture de lumières dramatiques ou tendres, tantôt gratitude pour tout ce que le siècle cinématographique a apporté à notre culture. A l’objectif, le trio fougueux des artistes : Laurence Briand, Yvann Drion et Marie-Gaëlle Janssens, pour célébrer les merveilles du rêve, du bonheur, des émois amoureux, des premiers baisers et des longs sanglots. Le sablier égraine les monstres sacrés du vingtième siècle. Marilyn, Romy, Montand, Signoret, Reggiani, Gabin, Arletti, Pagnol, Sautet, Lelouch, Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Varda, sont conviés à un festival de phares dans l’océan cinématographique de notre jeunesse. La pluie bienfaisante des citations va droit au cœur.
Chaplin disait « Quand intelligence et sensibilité sont en parfait équilibre, on a de merveilleux acteurs ». A l’écran et sur les planches. Jetez-vous sur ce bateau ivre de lumières et de jolies voix.

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