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MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

                MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

Du 02 – 12 au 20 – 12 – 15, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) vous propose une exposition consacrée à l’œuvre de l’artiste peintre française, Madame MARTINE DUDON, intitulée : UN CERTAIN REGARD.

A l’analyse de la peinture de MARTINE DUDON, on réalise que le titre de l’exposition qui lui est consacrée lui sied admirablement : UN CERTAIN REGARD, en ce sens que c’est effectivement le regard qui est interpellé au fil de son œuvre. L’on pourrait même pousser l’audace jusqu’à affirmer que le sujet de son exposition est précisément le regard. Le regard qui ne sait plus où « donner de la tête », tellement il est sollicité par la dimension multidirectionnelle de la forme en totale expansion, incarnée dans une myriade de personnages filiformes, évoluant comme des pantins en suspension dans l’espace, lequel est littéralement « absorbé » par la forme en perpétuelle dilatation. Le regard est dans la forme et la forme est dans le regard. De même que la forme est dans la forme, tellement les silhouettes évoluant sur la toile sont imbriquées, l’une dans l’autre, occupant matériellement l’espace. Chacune d’elles est consubstantielle de l’autre pour former une entité plastique spatio-temporelle. Les silhouettes sont campées dans des postures rappelant la chorégraphie, en ce sens que chacune d’elles est saisie dans la posture esquissée dans la scansion du mouvement. Un monde à la fois mouvementée et statique s’anime sous nos yeux. Un univers dans lequel forme et couleurs créent un langage unique, parsemé d’une constellation de détails, tels que des visages privés d’yeux, des personnages doubles, des postures contorsionnées, des silhouettes issues d’autres silhouettes aux yeux bandés…

Une constante réside dans le fait que les visages sont privés d’expression. Malgré cela, les corps sont « animés » par un chromatisme distillé, à la fois, en pointillés et en de larges traits recouvrant les silhouettes, structurées par une note de couleur dominante, à l’intérieur de laquelle, émergent d’autres couleurs : LES ANNEAUX (60 x 81 cm – huile sur toile).

Enfin, dans la création du mouvement, intervient l’apparition de légères accentuations vibratoires de forme sphérique, associées à la tête, aux mains et aux bras : MUNIVER (70 x 100 cm – huile sur toile).

La peinture de MARTINE DUDON est avant tout une aventure vibratoire. Les vibrations sont obtenues par le contraste flagrant entre ce que l’on pourrait qualifier de « sérénité » des personnages dans leur attitude et la force sauvage des couleurs festives. Nous sommes en présence d’un cirque onirique, à l’intérieur duquel évolue un long ballet langoureux où la sensualité domine en maîtresse, à la fois, par la vivacité des couleurs et les mille contorsions des formes. Le regard se perd dans une pléthore de détails. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! Malgré la profusion des éléments, rien n’est anarchique : un ordre constant règne sur toute la toile. Les personnages sont, généralement, disposés sur trois plans : avant-plan, milieu et arrière-plan. Une mathématique subtile régit l’intérieur de la composition, enserrant les personnages dans les limites exactes du tableau. Rien ne dépasse du cadre.

L’œuvre de cette artiste est le résultat de son vécu. Aide-soignante de formation, elle a été en contact avec la souffrance, à la fois physique et morale. De cette expérience, en prise directe avec la vie, elle en a tiré tout un univers pictural traduisant une recherche inassouvie du bonheur. Son œuvre est avant tout une invocation adressée à l’Homme et au Monde. Sa peinture est la traduction d’un sentiment imprégné d’écologie.

MA TERRE ET MA MER (65 x 81 cm – huile sur toile)

nous offre un univers marin, enrobé d’algues, au milieu duquel évolue des personnages formant des couples, des duos mère-enfants, évoluant dans une sérénité fraternelle. Malgré cette atmosphère idyllique, la menace de la pollution, présentée comme anéantissement parcourt  le tableau. Des petites silhouettes, horizontalement alignées, à l’avant-plan, indiquent les victimes, passées, présentes et futures de la pollution.

LES CORPS BLANCS (65 x 92 cm – huile sur toile)

présente des têtes coupées, des visages vides et surtout le blanc des corps, évoquent un épisode de  souffrance gestuellement exprimée.

REPRESSION (65 x 100 cm – huile sur toile)

reprend un thème similaire en nous montrant des mains et des pieds liés, des yeux bandés et des bouches bâillonnées. Cela, malgré le côté festif de l’œuvre.

Il y a une dimension carnavalesque dans l’œuvre de cette artiste, laquelle peut facilement tromper le visiteur.

LES ANNEAUX (mentionné plus haut) nous montre une composition associant une géométrie discrète, créée par les anneaux, structurant à la fois, le périmètre et le centre de la composition avec des personnages aux couleurs chatoyantes, mariées dans une harmonie telle qu’aucune d’entre elles ne dépasse l’autre en intensité.

Le regard, pris comme sujet, est exigeant, car il impose au visiteur qu’il s’arrête sur chaque détail de l’œuvre. A titre d’exemple, MA TERRE ET MA MER (mentionné plus haut), présente un couple « attaché » l’un à l’autre, en haut à gauche, dont la symétrie corporelle est créée par une variation chromatique à partir de la même couleur : une ligne médiane passe par le milieu du visage du personnage en bleu, à gauche, laquelle s’obscurcit ostensiblement, pour accentuer la symétrie de la forme et par conséquent, jouer sur le rythme, créant le mouvement. Il en va de même pour le personnage de droite. L’œuvre de MARTINE DUDON est parsemée de minuscules touches de pigmentation, parfois fortement prononcées, rappelant sans l’être dans l’absolu, le pointillisme (ex : MA TERRE ET MA MERE, à l’avant-plan), car il ne définit pas l’image à partir du pointillé sur la persistance rétinienne. 

L’artiste est une autodidacte qui, selon ses propres termes, « met en scène » l’espace. Lorsqu’on lui demande si elle a des influences, elle répond « non », d’un air assuré. Pourtant, à y regarder de près, les silhouettes présentées dans MUNIVER (cité plus haut), font singulièrement penser à celles de Keith Haring, à la fois dans leur structure ainsi que dans leur façon de se dilater dans l’espace. Cela veut-il dire qu’à son insu elle en a été influencée ? Assurément pas, car elle avoue ne pas connaître cet artiste. Force est de constater, alors, qu’il y a des « situations créatrices » qui s’inscrivent dans le tréfonds créateur de l’artiste s’exprimant, lesquelles remontent à l’origine de la psyché humaine. N’ayant jamais étudié l’art de l’Antiquité Classique et proche-orientale, comment se fait-il que les corps morts de MA TERRE MA MER (cité plus haut) flottent dans la partie basse, à l’avant-plan du tableau ? L’on pourrait objecter : parce qu’il s’agit du milieu marin. Assurément. Néanmoins, ces corps auraient pu être conçus éparpillés ça et là dans l’espace, sans direction définie. Ici, il s’agit de leur accorder une place, un monde à l’intérieur de l’univers marin.

Il s’agit, en fait, de ce que l’on nomme, concernant les bas-reliefs ou les peintures murales antiques : « l’inframonde ». C'est-à-dire, le monde des ombres où règnent les morts, tués par une mort violente, telle qu’un combat.

Et il se trouve que la pollution est un combat que l’humanité mène depuis maintenant des décennies.

Deux constantes régissent l’œuvre de cette artiste, à savoir la présence des mains dans son écriture ensuite l’absence totale de signature dans le bas de ses tableaux.

Les mains sont là car elles servent, à la fois de traits d’union entre les hommes mais aussi d’outils de construction (comme dans MUNIVER, dans lequel l’existence même de la musique comme résultat matériel et sonore, ne se réaliserait pas sans le concours de mains)  et l’absence de signature signifie que l’œuvre appartient non pas à l’artiste mais bien à celui qui s’en imprègne.

L’artiste affectionne la technique à l’huile. A partir du noir et blanc, elle s’est, par la suite, tournée vers la couleur. Néanmoins, elle compte évoluer vers une écriture où l’importance de la couleur sera moins prépondérante.

MARTINE DUDON « parle » avec ses personnages. Elle met en scène le corps dans tous ses états avec le même bonheur, pour le bonheur du visiteur qui dans ce dédale de formes, cherche sa voie.

François L. Speranza.


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Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


François Speranza et Martine Dudon: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(2 décembre 2015 - Photo Robert Paul)

               

                        

Exposition Martine Dudon l'Espace Art Gallery en décembre 2015 - Photo Espace Art Gallery

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Commentaire de Espace Art Gallery le 9 avril 2021 à 16:55

L’artiste française Martine Dudon a exposé ses œuvres dans la galerie en 2015. Et son billet d’art du critique d’art François Speranza à été publié dans le « Recueil n° 4 de 2015 » par « Les Éditions d’art EAG » dans la Collection « États d’âmes d’artistes » en 2016. 

Lien vers la vidéo lors du vernissage de son exposition dans la galerie :

https://youtu.be/aHT71mto4DI


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Commentaire de Robert Paul le 28 décembre 2016 à 16:25

Dorénavant tous les billets de F. Speranza sont disponibles en tirés à part sur commande aux prix unitaire de 5 euros pour 100 exemplaires et de 7 euros pour une commande de 50 exemplaires

Commentaire de sylviane josephine tirez le 4 janvier 2016 à 11:45

magnifiques

Commentaire de Marguerite Mardessich Cottenot le 8 décembre 2015 à 12:56

Martine Dudon illustre bien la présence la  surnoise de l'inframonde dans nos gaies festivités.

François Speranza le décrit superbement bien. Pourrons nous arrêter les ravages de la pollution avec le rechauffemnet climatique?

Commentaire de Barbara Y. Flamand le 7 décembre 2015 à 22:26

Quelle curieuse et intéressante peinture dans des compositions très élaborées. 

Heureusement l'exposition dure jusqu'au 20. J'irai la voir le samedi 19.

Amitiés

Barbara

Commentaire de Heymans Pascale le 7 décembre 2015 à 22:09

Merci pour ce parcours, empreint d'humilité, d'humanité. Les mots de Mr Speranza nous permettent de découvrir l réel à travers vos magnifiques toiles qui font mouche et touchent. 

Au plaisir de vous revoir. 

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