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« La trahison des clercs » (1927) de Julien Benda qui déchaîna à l'époque quelques violentes polémiques, aborde un problème essentiel de la culture contemporaine: les rapports de la vie politique avec la vie de l'esprit. Il convient d'abord de préciser la signification du mot "clerc" dans l'esprit de l'auteur. Sans faire de partage entre laïcs et religieux, Julien Benda prend le terme dans son sens le plus large: est clerc tout homme qui ne se fixe point pour but immédiat un résultat pratique, qui garde le culte de l' art et de la pensée pure, qui met son bonheur dans une jouissance d'abord spirituelle, "disant en quelque manière: Mon royaume n'est pas de ce monde. Et, de fait, depuis plus de deux mille ans, jusqu'à ces derniers temps, j'aperçois à travers l'histoire une suite ininterrompue de philosophes, de religieux, de littéraires, d'artistes, de savants... dont le mouvement est une opposition formelle au réalisme des multitudes". Le clerc est une sorte de solitaire: lorsqu'il exerce son magistère, il se dégage des passions qui animent la foule, amour familial, racial, patriotique, passion de classe: il est le champion de l' éternel, de la vérité universelle et il ne doit accepter pour elle aucun compromis. Il est le Témoin de l' Esprit, et peu lui importe que son témoignage soit inactuel, ou inefficace. A travers l'histoire, s'avance la noble théorie des clercs dignes de ce nom: Platon, saint Thomas, Vinci, Malebranche, Spinoza et surtout Socrate, "parfait modèle du clerc". Le clerc, en effet, par sa seule présence, est un facteur de trouble dans l'Etat: sa mission est de protester contre tous les abaissements spirituels, même s'ils sont demandés au nom de la Patrie: "Tel nous apparaît le bon ordre des choses: le clerc, fidèle à son essence, flétrit le réalisme des Etats, sur quoi ceux-ci, non moins fidèles à la leur, lui font boire la cigüe..." Mais il n'en est plus ainsi. Les clercs modernes, mus soit par le désir de l'argent, soit par la volonté de puissance, soit par sensualisme romantique, ont cessé de mettre au sommet des hiérarchies spirituelles les valeurs désintéressées. Comme la foule, ils ne reconnaissent plus que les valeurs pratiques, ils sont devenus les agents du temporel. Sans doute, l'auteur n'ignore point qu'il y eut de tout temps des clercs infidèles à leur mission, serviles en face des puissances de ce monde. Mais ce n'est point la faute particulière qui l'irrite: c'est une tendance générale de l'intelligence contemporaine. La trahison des clercs est toute spirituelle: elle consiste bien moins à s'engager dans une action politique, qu'à prétendre qu'il est juste que l'intelligence soit toute ordonnée à des triomphes immédiats et terrestres. A l'appui de son argumentation, Benda a rassemblé un grand nombre de textes d'écrivains français modernes, au premier rang desquels il place Péguy, Maurras, Barrès, chez lesquels la passion patriotique détermine évidemment les jugements intellectuels. Mais, comme il l'avait déjà fait dans ses "Sentiments de Critas", c'est à l' Allemagne qu'il impute la plus lourde part de responsabilités: c'est elle, assure-t-il, qui a introduit en Europe la religion de l'âme nationale, de la race, le culte de la force, l'apologie de la guerre, les philosophies nationalistes de l'histoire. La trahison des clercs se rattache en effet à la crise de sensibilité que traverse l'Europe depuis plus de deux cents ans: c'est une maladie romantique, une conséquence des préférences données à la sensibilité sur la raison, au visible sur l'invisible, au charnel sur le spirituel.

Partie de constatations très justes, il pourrait sembler que la thèse de Julien Benda, poussée à l'extrême, aboutisse à une séparation radicale entre le domaine de la vie et celui de la pensée et à la négation de toute influence possible de celui-ci sur celui-là. C'est une tentation constante pour l'auteur. Cependant le clerc idéal, tel qu'il l'imagine, n'est nullement indifférent à la vie commune. Il aura le droit de s'y engager et précisément en tant que clerc: ainsi firent Voltaire pour Calas, Zola pour Dreyfus: ils ne trahissaient pas, "il étaient des officiants de la justice abstraite et ne souillaient d'aucune passion pour un objet terrestre". Aussi Benda envisage-t-il à la fin de son livre un engagement politique "à gauche", au nom de la justice sociale. Bien qu'écrit dans un style vigoureux, mais à dessein dégagé de passion, ce livre mettait en cause trop d' écrivains contemporains pour n'être pas pris pour un pamphlet. Il avait l'intérêt de poser très nettement le problème de toute l' intelligence du XIXe siècle et de l'inflence générale d'une doctrine philosophique comme le pragmatisme. Livre inactuel-et l'auteur ne semble guère se faire d'illusion- en ce que la protestation qu'il élevait était faite au nom du vieil intellectualisme grec et classique, il s'insérait néenmmoins dans le courant d'esprit très répandu après la première guerre mondiale qu'avaient illustré les théories du dégagement de Gide, de la "démobilisation de la littérature" de Jacques Rivière. On pourrait cependant reprocher à "La trahison des clercs" de ne point tenir assez compte de la transformation radicale de la société moderne depuis la Révolution, qui a provoqué une pression des exigences politiques et économiques sur la personnalité tout entière, qu'ignoraient les siècles précédents.

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Alvéoles (3)

Milos regardait défiler les lignes sur son écran. Il avait paramétré son script pour afficher la trace de ses activités toutes les demi-secondes. Dans trois minutes, il serait fixé.

L'adrénaline le maintenait éveillé depuis plus de trente heures. Pour une fois qu'il travaillait pour le compte d'un tiers (et dans la légalité), l'objet de ses travaux l'obligeait paradoxalement à pénétrer au sein des systèmes informatiques prétendument les mieux protégés de la planète. Ce n'était pas tant le fait de jouer les intrus qui s'avérait difficile : d'habitude, quelques heures de travail suffisaient à trouver n'importe quelle brèche dans les murs électroniques qui lui étaient opposés. Nombreux étaient les cerbères de l'internet qui pouvaient être trompés ou endormis, ne fût-ce que durant quelques microsecondes, ce qui pour un hacker de sa trempe était largement suffisant.

Non, le problème n'était pas d'entrer, de voler ou de corrompre les données. Toute la difficulté était de ne pas se faire voir. Et Milos était sur le point de réussir.

Son commanditaire n'était pas n'importe qui. Dix ans plus tôt – c'est-à-dire au moment où Milos jouait encore aux billes – son pays d'origine faisait encore la fierté du « bloc de l'est ». Aucun responsable des forces de l'OTAN n'aurait envisagé un instant qu'une telle mission lui fût confiée. Et pourtant.

Il était sûr de son coup. Avec une désinvolture telle qu'il en eût volontiers souri en d'autres circonstances, Milos afficha son rapport à l'écran et en vérifia le contenu avant envoi.

La « chute des dominos » est opérationnelle depuis ce jour à 01:06, heure de Berlin. Vous trouverez en annexe la trace de la disparition des 10 blocs. Sauf contre ordre de votre part, les vannes seront ouvertes au moment convenu.

Milos jeta un œil distrait sur la fenêtre où une interminable suite de lignes apparemment identiques achevait de s'afficher. C'était la seule et unique trace de ses manipulations du jour : le reste serait à jamais effacé. Satisfait, il fit glisser grâce à son touchpad les éléments à joindre au courriel, puis l'expédia.

Il ferma son ordinateur portable, qui aussitôt se mit en veille. La voiture à moteur électrique s'éloigna en silence. Moins de trois minutes plus tard, le routeur ADSL que Milos avait piraté – il y en avait plus de trente par rue dans cette partie de la ville – redémarrerait à zéro, totalement amnésique. Son propriétaire ne remarquerait rien.

À quelques kilomètres de là, un homme de garde prit connaissance du rapport de Milos, et, selon la procédure prévue, décrocha immédiatement son téléphone.

— Monsieur ? Je suis désolé de vous réveiller, mais Milos confirme.

— Bien. Je serai là lorsqu'on jettera les filets. Tout est prêt ?

— Oui, monsieur. Tous les renifleurs sont déjà actifs.

— Parfait. À tout à l'heure.

— À tout à l'heure, monsieur.

(Alvéoles est disponible en texte intégral ici...)

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Pour un prochain roman.

Bonjour,
Je cherche pour mon prochain roman, un dessinateur (trice), noir / blanc / pour échanges de bons procédés. Une dizaine de pages à peu près. Merci à toutes et tous pour votre réponse.

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La rivière chantante

 

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J'habille, en mots de tous les jours,
Les joies simples qui m'ensoleillent,
Le beau divin qui m'émerveille,
Et mes émois, légers ou lourds.

...

Une habitude distrayante
Me fait saisir l'instant qui luit,
Je le conserve comme un fruit
Dans une rivière chantante.

...

Rien ne peut s'y perdre vraiment.
Aux heures de mélancolie,
Je viens l'écouter et m'y fie,

Toujours dans l'attendrissement.

...

Le courant charrie, dans l'eau claire,
Des confessions venues d'ailleurs
Et des images en couleurs
Qui triomphent de l'éphémère.

21 juin 2006

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De merveilleux dessins d'enfants

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Pendant vingt années de ma vie,

J’ai proposé à des enfants

Comptines, chants et poésie

Écrits pour eux spécialement.

... 

Leur sensibilité extrême

Et leur amour de la beauté

Font qu’ils retiennent ce qu’ils aiment,

Reçu dans la complicité.

... 

Chacun d’eux ayant un talent,

Peut aisément le satisfaire,

Réciter ou faire semblant,

En imitant un caractère.

... 

Or la plupart d’entre eux savaient

Exprimer avec fantaisie,

Par un dessin, ce qu’ils trouvaient

Dans les mots d’une poésie.

... 

J’ai conservé, précieusement,

Tout ce que leur ont inspiré

Mes textes écrits journellement

Et si bien, par eux, illustrés.

 ... 

  8 août 2008

 

 

                                                  

 

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Galerie boutique en ligne Espace NLB

http://espacenlb.com/

Chers Amis Artistes, Amateurs d'art,

Venez visiter Espace NLB galerie boutique en ligne où vous découvrirez des créateurs inspirés aux passions plurielles...

Flânez parmi les galeries, faites un petit tour dans la boutique, lisez les textes présentant chacun(e) et n'oubliez pas de laisser un petit mot sur le livre d'or...

Et bien sûr, pensez à voter pour le concours d'ouverture de Espace NLB, dans chaque catégorie présente...

Quant aux artistes eux-mêmes s'ils veulent participer au concours, c'est encore possible jusqu'au 15 août, il leur suffit de nous adresser une photo d'une oeuvre avec titre dimensions technique et année de création à l'adresse mail : espacenlb@voila.fr

Pour ce qui est de figurer dans la galerie et boutique, là encore nous contacter à l'adresse mail.

Merci à tous et prenez le temps d'une petite visite sur www.espacenlb.com12272817884?profile=original

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A ma mère (suite)

 

Immeuble blanc, haut,

ciel grège, immobile,

fenêtre dont le fond est  obscur ;

un voilage clair s’affole,

un courant d’air bleu passe,

caresse depuis peu,

la mère délaissée, perdue,

un peu trop lasse,

dont les yeux sont bus par la

bouche noire et glaciale,

démoniaque de la grande

faucheuse !

J’ai peur de rentrer à l’intérieur.

Injustice absolue, crue,

dans ma tête je hurle,

tout en éclatant de rire ;

chaque éclat est en verre !

Choc ….

Le chagrin revêt de multiples visages,

fort violent à l’adolescence, rouge.

L’insolence, la turbulence protègent.

On se cache !

L’essentiel n’est-ce pas cette certitude

d’avoir été aimé ?

Oui, je le pense profondément.

Alors, de noire la bouche avaleuse,

se maquille tout en rose, s’adoucit,

puis dépose sur nos cœurs libérés,

 nos fronts désenfiévrés   un baiser magistral ;

mère es-tu devenue ange ?

Oui me dit-elle !

La vie reprend alors son cours ;

Mer éternelle,  dentelles écumeuses,

dans une flaque d’eau en plein Paris,

je te retrouve.

 

 

 

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NINA,

Nina,

 

Tes amples yeux me bouleversent, m’étonnent,

ne cessent de m’émouvoir, de me voir toute entière ;

avalanche d’étoiles brunes et bleues, des petites braises !

Malice tout le temps,

éclosion puis floraison continuelle de l’astre céleste ;

lustre précieux de l’univers :

Ton regard n’est guère moins que tout cela !

Tes amples yeux expriment,

sérénité, insoumission,

indiscipline et tendresse,

reconnaissance et questionnement,

oui tout cela à la fois :

Maîtrise de tout.

Tu sembles réfléchir souvent,

philosopher silencieusement.

Comment ne point être subjuguée face à

une telle majesté ?

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Alvéoles (2)

Judith pouffait de rire.

Le couple était attablé depuis bientôt trois heures. De l'apéritif au dessert, ils avaient ri, bu, mangé, encore ri. Ils sirotaient leur verre de château Dassault 1982.

En arrivant au restaurant, le maître d'hôtel n'avait pas réussi à cacher sa surprise : Judith portait une robe de mariée. Dominique avait annoncé :

— Nous avons réservé. Mastrocristino. Nous sommes mariés depuis... attendez... cinq heures, trois minutes, et vingt-sept secondes.

Le maître d'hôtel leur avait fait penser à un douanier soupçonneux : il avait regardé le couple, consulté son carnet de réservations, puis avait recommencé..

Contre l'avis de son mari, qui semblait se délecter de la perplexité de leur hôte, Judith avait ajouté :

— Ne cherchez pas d'autres convives. Ce soir, nous fêtons notre mariage en tête-à-tête.

Ayant en effet trouvé une réservation au nom cité, le maître d'hôtel avait adressé à Judith un sourire protocolaire :

— Certainement. Au nom de la Villa Lorraine, je vous adresse tous mes vœux de bonheur. Madame, monsieur, si vous voulez bien me suivre ?

Il les avait ensuite guidés dans une grande salle d'un autre âge : plafonds hauts et murs tendus de tissu vert pâle, meubles Charles X, reproductions des célèbres toiles de René Magritte, tapis plain entre gris et taupe.

— Souhaitez-vous prendre l'apéritif au salon ?

— Avec plaisir, avaient-ils dit tous deux en riant.

C'était précisément ce qui avait irrité quelque peu l'officier d'état civil : lors de la cérémonie, ils ne s'étaient pas dit « oui », mais « avec plaisir ». L'homme n'avait pas insisté car l'assemblée avait immédiatement applaudi à faire trembler les murs.

Le repas avait été merveilleux. Le couple était rapidement devenu un objet de curiosité pour l'ensemble du personnel : ce mariage était le plus confidentiel que l'établissement ait connu depuis sa fondation.

À chacune des sept créations proposées par le chef s'étaient associés autant de vins. Parfums de fruits, arômes épicés, marins, doux ou chocolatés, chaque dégustation était venue s'ajouter aux autres comme les instruments sur un thème musical, épousant le crescendo des multiples conversations du couple.

Et Dieu sait si Judith et Dominique – Domenico, Mimmo pour sa maman, et pour sa maman seule – avaient des choses à se dire.

Depuis des mois, ils se parlaient sans cesse : à peu de choses près depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Ils n'arrêtaient pas : parfois leurs joutes verbales débordaient sur leurs ébats les plus intimes.

À la fin du repas, le chef de rang finit par prendre le parti de les interrompre.

— Madame, monsieur, prendrez-vous un café, un thé, une infusion ?

Face à la gravité de la question, Judith prit les devants :

— Houlà, attention... En ce qui concerne mon homme, je tiens à vous prévenir, mon mari est exigeant à un point tel que votre café risque fort...

— ...d'être qualifié d' « eau sale », fit Dominique.

— Mon tout nouveau mari est Sicilien.

— Oui, mais ton mari va parcourir 900 kilomètres cette nuit en ta compagnie, donc... un petit café serré sera le bienvenu.

— Certainement. Et madame souhaitera ?

— Un café aussi. Merci.

Le chef de rang se tourna pour prendre congé, puis se ravisa :

— Puis-je me permettre de vous poser une question ?

Judith et Dominique acquiescèrent.

— Célébrer un mariage en tête-à-tête est pour le moins inhabituel, et...

— Nous rejoignons demain quelques amis dans le Vaucluse, dit Judith, nous fêterons cela avec eux.

— …surtout ne vous méprenez pas, Madame. Je voulais juste vous demander s'il vous plairait de laisser quelques mots sur notre livre d'or.

— Avec plaisir, dit Judith. Mais auparavant j'ai une requête à vous soumettre.

Le chef de rang se tourna instinctivement vers Dominique.

— Ne me regardez pas ainsi, cher monsieur, Judith est ma femme, mais tout Sicilien que je suis, je n'ai pas à répondre de ses caprices.

— En fait, non, deux requêtes, renchérit la jeune mariée.

Le chef de rang jeta un regard circulaire à la salle : ils étaient les derniers.

— En un jour pareil je ne vois pas ce que nous pourrions vous refuser, Madame. Je vous écoute.

— Avez-vous de la Chartreuse ?

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Poétesse des poétesses,

Comme aux temps antiques ...

Son Verbe inspiré,

Exhale un vent cosmique.

Poétesse au grand souffle magique,

Son univers immense et débridé

De chevaux fous marins hennissant,

Aux odeurs d'embruns chimériques,

Nous saisit et nous ouvre aux océans

Nous bouleverse par sa musique.

Elle nous captive et nous ensorcelle

Dans ses méandres lyriques,

Ode à la poétesse enchantée - mars 2010

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HAÏKUS D'UN DIMANCHE SOIR

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        Frêle hiboux nuit

        Lune d'été blé complet

        Lucioles repues

              Deux nains de jardin

              Typhon  sous les tropiques

              Cumulonimbus

        Hasard de la lie

        La piquette assurée

        Oeuf à la coque

              Prime déprime

              Mabuse mains caleuses

              Regard envoûtant

         Âtre noirci feu

         Antre des  petits diables 

         Fumeroles bleues

         Raymond  Martin   29.07.2012

 

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Poème dédié à une floraliste d’art rencontrée au coeur du "Jardin de la France" rabelaisien,

en l’honneur d’un autre amour naturaliste : celui du félin...

 

 

 

Vous attendiez dans une gare, altière et timide, l'oeil  rivé au temps,

 Un train qui n'avait  de destination que notre rencontre dans l'air du temps ,

Coiffée d'un chapeau sage et  la jupe longue  aux chevilles

 Je ne sais pourquoi encore, je vous vis, d'abord sans famille. 

Comme vous, j'attendais dans la vaste salle

Sans savoir que c'était vous, vous et moi sans malle,

Les pieds  entravés  de  sacs, nonchalamment posés

Comme déposés  par   envie de l'attente reposée .

 

Je ne sus pas pourquoi, mes yeux se firent regard

Au votre  s'esquivant pudique, les paupières embellies de fard

Vous étiez ailleurs et  si présente,

Presque transparente.

Je vous vis longuement  évanescente

Tout à la fois surgissant de l'ombre tourmente

Comme  un saule aux  larmes somnolentes

Qui vous prit et vous reprit  d'une émotion en attente.

Le sentiment naissant de l'inconnue  faveur

Me fit  votre diligente en votre présence  vécue telle une saveur.

Je peignis en mon âme un vaste  paysage

 Avec pour couleurs votre visage pour modèle sage. 


Aux marques du temps  je me suis suspendue, 

Flânant fièrement à la lumière des lueurs attendues

Que jamais vous n'aimerez autant que moi

Dans ce clair obscur presque Verméen des émois. 

 

L'aura couronnée  de pastels en des fleurs vibrantes

La composition florale dans le creux de la ride passante

Je vous vis et vous  vécus comme une ode aux fées

Qui des passantes  riches de soucis à la pensée étoffés.

 

Je n'osais peut être pas  frôler  votre attention 

Qui pourtant me scrutait, loin des nuages  et des volitions ; 

L'envie me prit de vous connaître sans oser de témérité,

Je ne vous connaissais   ni de   vous, ni d'Astarté !

 

A  l'alizé soufflant  vers  Freyja, Bast et Sélène tendrement

Je vous  vis encore   auréolée d'ondes  garances en mouvement

Que seule revêtue de mon esprit rassuré à vos vœux d'émerveillement

Vous fîtes  très soudainement deux à nos grands soulagements.

 

 Je n'avais que cela à vous dire très chère Madame !

Ce poème   pour vous être votre puissant dictame.

A l'orée des jardins et des chapelles fleuries, vous êtes ; 

Des fleurs gardez  le ciel  en  levées d'aurores   or et violettes.

 

Béatrice Lukomski Joly

 

 

 

Réponse au Chant de dame Béatrice

 

Autour d'un noble prénom porteur de bien des évocations...

 

 

Neuf fois depuis ma naissance, le ciel

de la lumière était retourné

au même point de son évolution,

quand apparut à mes yeux pour

la première fois la glorieuse

Dame de mes pensées, que beaucoup

nommèrent Béatrice, ne sachant

comment la nommer…

 

Dante Alighieri

Fragment de La Vita nuova

 

 

 

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Béatrice de Marie Spartali Stillmann ( 1844 - 1927 )

 

 

Béatrice

Dante et Platon de Rémy de Gourmont

 

 

 

                         Parmi les créations féminines écloses dans le cerveau ou dans le cœur des poètes, le type de la Béatrice est assurément un des plus beaux, mais aussi un des plus énigmatiques. Pour les uns elle est la femme idéalisée par le plus pur et le plus désintéressé des amours, une création du cœur ; pour les autres, elle est la personnification de la science et de la théologie, vers laquelle Dante porte toute les ardeurs de son esprit. Enfin quelques-uns, comme le poète anglais Rosetti, pensent que Béatrice n'a jamais existé, qu'elle n'est que l'héroïne, créée de toutes pièces, d'un poème merveilleux, qui a été chanté sans être vécu. Cette opinion hasardée qui ferait de la vie littéraire de Dante un mensonge poétique, sublime, fécond, mais un mensonge n'est pas acceptable, et aucun de ces érudits qui font de la vie et des œuvres de Dante leur étude perpétuelle, ne s'y est arrêté un instant.

                     

                        Béatrice a existé, le témoignage des contemporains est formel : le poète la vit pour la première fois lorsqu'ils avaient huit ans tous les deux, et de ce jour-là naquit en lui, pour la jeune fille, pour l'enfant, un amour qui devint un culte et auquel il consacra toutes ses pensées. Béatrice se maria, mais l'affection, toute désintéressée, que le poète lui portait n'en fut pas diminuée, et lorsqu'elle mourut, à vingt-cinq ans, il la pleura et jura qu'elle vivrait éternellement dans son souvenir et dans le souvenir des hommes : il tint parole.

                     

                       Quelque belle, quelque parfaite qu'ait été la jeune Florentine, dans la Divine Comédie elle est idéalisée par le poète, au point de ne paraître presque plus une femme : elle est devenue l'idéal même, la personnification en un seul être de tout ce qu'il y a de beau, de vrai et de bon dans la créature humaine. Et c'est peut-être pour cela qu'elle est si complexe et que l'on peut voir en elle, selon le point de vue auquel on se place, l'image vivante de la Beauté, de la Science, de la Sainteté.

  

                       Pour arriver à la connaissance et à la possession de Dieu, selon l'idée chrétienne, la seule voie est la sainteté ; selon la philosophie scolastique, c'est la science, résumée en la science des sciences, la théologie ; selon Platon, c'est la contemplation de la beauté. Dante en prenant Béatrice pour guide à travers la vie comme à travers son poème, réunit donc d'abord en elle les trois moyens naturels et surnaturels qui sont offerts à l'homme pour parvenir en la présence « de la divine Puissance, de la suprême Sagesse et du primordial Amour » (1).

 

                      Virgile qui est le guide visible du poète dans l'Enfer et dans le Purgatoire n'est que le délégué de Béatrice, celui auquel la « femme divine » a confié le protégé sur qui elle veille et qu'elle viendra recevoir elle-même à la porte du Paradis (2).

                      La Béatrice représentant la sainteté ou la science a été le sujet de bien des études et de bien des commentaires, mais je crois montrer cette précieuse figure sous un jour nouveau en examinant surtout en elle son troisième attribut, la beauté.

                      En plusieurs endroits de la Divine Comédie on trouve des traces des idées platoniciennes, plus ou moins modifiées par leur voyage à travers les œuvres des Pères de l'Église. Il est probable que c'est surtout dans Boèce, auquel il a emprunté plus d'un trait, dans saint Augustin et dans saint Bonaventure que Dante s'est familiarisé avec certaines théories du philosophe grec, avec celle à laquelle nous faisons allusion et qui est exposée dans le Banquet. La voici, résumée aussi brièvement que possible, d'après l'admirable traduction de Cousin (3) :

 

                    « Celui qui veut s'y prendre comme il convient doit, après s'être attaché dès son jeune âge à aimer une seule des manifestations visibles de la beauté, s'efforcer ensuite d'aimer tout ce qui est beau, sans distinction. Après cela il doit considérer la beauté de l'âme comme bien plus relevée que la beauté visible, de sorte qu'une belle âme suffise pour l'attirer. De là il sera amené à considérer le beau dans les actions des hommes et dans les lois et à voir que la beauté morale est partout de la même nature. De la sphère d'action il devra passer à celle de l'intelligence et contempler la beauté des sciences, jusqu'à ce que, grandi et affermi dans ces régions supérieures, il n'aperçoive plus qu'une science, celle du beau.

 

                     Celui qui s'est avancé jusque là par une contemplation progressive et bien conduite, parvenu au dernier degré, verra tout à coup apparaître à ses regards une beauté merveilleuse, celle, Socrate (4), qui est le but de tous les travaux précédents, beauté éternelle, non engendrée et non périssable. Donc, le vrai chemin, c'est de commencer par les beautés d'ici-bas et, les yeux attachés sur la beauté suprême, de s'y élever sans cesse en passant par tous les degrés de l'échelle. O mon cher Socrate, ce qui peut donner le prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle ! Je le demande, quelle ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempler le beau sans mélange, dans sa pureté et simplicité, non plus vêtu de chairs et de couleurs humaines et de tous ces vains agréments condamnés à périr, à qui il serait donné de voir face à face sous sa forme unique, la beauté divine ! »

 

                    Dante mettant en action les préceptes de Platon, plus heureux que lui, a l'espérance formelle d'arriver à la contemplation de la beauté divine, et pourtant il prend un chemin plus court que celui qui est conseillé par le philosophe grec. La beauté de Béatrice, seule, le conduira directement au but suprême, sans qu'il change de culte. C'est Béatrice elle-même qui se modifiera et qui, après l'avoir soutenu dans le droit chemin, par le charme de sa beauté terrestre, le soutiendra encore, quand elle aura quitté ce monde, par la beauté cachée de son âme ; par cette seconde beauté qui n'est visible qu'aux yeux de l'esprit :

 

Alcun tempo 'l sostenni col mio volto :
Mostrando gli occhi giovinetti a lui,
Meco'l menava in dritta parte volto
(5).

 

                    Et plus tard, lorsque le poète est arrivé au Paradis, il entend chanter autour de lui :

 

Volgi, Beatrice, volgi gli occhi santi
(Era la sua canzone) al tuo fedele...
Per grazia fa noi grazia che disvele
A lui la bocca tua si che discerna
La seconda belleza che tu cele
(6).

 

                     Mais Dante est poète, plus encore que philosophe, et il avoue que lorsque la vue de la « femme belle et bienheureuse » lui a été enlevée, il s'est laissé entraîner hors de la bonne voie : « Les objets présents et les faux plaisirs ont détourné mes pas depuis que votre visage m'est caché. » (7). Alors Béatrice lui fait de mélancoliques reproches où l'on sent passer non pas un regret, mais un souvenir complaisant des jours vécus sur terre, pendant lesquels elle pouvait offrir son pur visage à la contemplation de son poète : Tu m'as quelquefois oubliée, et pourtant, lui dit-elle, « jamais la nature ou l'art ont-ils pu t'offrir un plaisir pareil à celui que tu ressentais à admirer ma beauté, maintenant ensevelie et perdue sous la terre ! » (8).

                  Chaque fois qu'il parle de Béatrice, Dante a des mots charmants pour caractériser sa beauté. Tantôt il exalte la douceur de sa voix :

 

...mia donna

Che mi disseta colle dolci stille (9) ;

tantôt son sourire :

... raggiandomi d'un riso

Tal che nel fuoco faria l'uom felice (10).

 

                  Puis c'est le fameux portrait de Béatrice, lorsqu'elle lui apparaît aux portes du Paradis, encadrée dans un passage céleste, triomphante et resplendissante d'une incomparable beauté :

                 « J'ai vu, au commencement du jour, tout l'horizon affranchi de nuages, et nuancée de rose la partie de l'orient au milieu de laquelle naissait le soleil, dont on pouvait supporter l'éclat tempéré par les vapeurs du matin ; de même à travers un nuage de fleurs qui retombaient de toutes parts, je vis une femme, les épaules couvertes d'un manteau vert ; elle était vêtue d'une draperie couleur de flamme ardente ; un voile blanc et une couronne d'olivier ornaient encore sa tête... (11).

 

                 O splendeur d'une lumière éternelle : quel est celui qui ne serait pas découragé en essayant de te reproduire telle que tu me parus dans l'air libre, là où le ciel t'environne de son harmonie ! » (12)

 

                  Il faudrait un long travail pour arriver à dégager complètement cette personnification des deux autres, tellement la Béatrice est marquée à la fois de son triple caractère. Serait-ce même possible ? L'idée platonicienne que j'ai indiquée dans la Divine Comédie, n'y est qu'à l'état de vague réminiscence et si bien enchevêtrée dans les multiples emprunts du poète à toutes les connaissances humaines, que ce serait peut-être en exagérer l'importance que de l'exposer plus longuement. Néanmoins cette conception de la beauté immuable dans son essence, se transformant du visible à l'invisible, et aboutissant à la beauté unique et primordiale, est tellement en dehors des idées du XIVe siècle, qu'il m'a paru intéressant de la signaler. Un peu plus tard, avec le progrès des études grecques, qui ne commencent sérieusement que cinquante ans après la mort de Dante, on trouverait plus facilement dans les poètes quelques traces de philosophie socratique. On verrait par exemple Pétrarque considérant les choses mortelles comme une échelle qui monte au Créateur,

                che son scala al Fattor,

 

               mais cette recherche perdrait de sa nouveauté à mesure qu'on se rapprocherait des temps modernes et deviendrait banale. Rien de ce qui touche à Dante ne saurait l'être, rien surtout de ce qui touche à sa Béatrice. Je me suis plu à montrer la complexité de cette création aussi étrange que sublime, d'autres y reviendront. Le sujet ne sera jamais épuisé, car on se plaira toujours à suivre le grand poète dans son voyage vers l'infini, régions où nul autre que lui n'est monté si haut, où nul peut-être n'ira plus ; qui oserait comme lui s'élever jusqu'aux étoiles ?

                 Puro e disposto a salire alle stelle ?

 

Rémy de Gourmont

 

 

(1) Inferno, III, 5.

(2) Inf. II, 52-126.

(3) Platon : Œuvres complètes trad. par M. Cousin. Le Banquet, passim.

(4) Socrate raconte un entretien qu'il a eu avec Diotime, femme instruite dans la philosophie, qui l'a initié aux mystères divins de la science du beau. Socrate et Platon se vantaient d'avoir tiré plus d'un enseignement de leurs entretiens avec les femmes cultivées de leur temps.

(5) Purg., XXX, 121 : « Quelque temps mon regard le soutint : je lui montrais mes yeux d'enfants, je le conduis[a]is dans la véritable route. »

(6) Purg., XXXI, 133 : « Tourne, Béatrice, tourne tes yeux saints vers ton fidèle ami. Par grâce, fais-nous la grâce de lui faire entendre ta voix, afin qu'il distingue la seconde beauté que tu caches. »

(7) Purg., XXXI, 34.

(8) Purg., XXXI, 49.

(9) Par., VII, 12 : « Ma dame, qui me désaltère avec les douces gouttes (de sa voix). »

(10) Par., VII, 18 : « Me rayonnant d'un sourire tel qu'il rendrait heureux l'homme au milieu des flammes. »

(11) Purg., XXX, 22.

(12) Purg. XXX, 142.

L'Enseignement secondaire des jeunes filles, février 1883, pp. 76-80.

 

 

I)

 

Une prière


LADY, dans tes yeux fiers
Il y a un air las,
Comme si l'esprit que nous connaissons à travers eux
Ont été intimidés avec réprimande
Penser que le cœur de l'homme désormais
Se lit comme un livre lu.
Dame, dans ton visage levé
La solitude est douloureux;
La vraie solitude suit la foule.
Sera-ce plus ou moins
Lorsque les mots ont été prononcés à toi
Que mon cœur est à la recherche de?
Lady, tu peux pas deviner
Les mots qui cherchent mes pensées?

Et mieux vaut ne pas parler.
Oh faut que tu saches mon amour est fort,
Entendre ma voix si faible.
Dame, ah vont pas ainsi:
Dame, prêtez l'oreille à nouveau:
Dame, oh apprendre de moi que encore
Il peut y avoir une chose reste
Quel est pas que tu as des connaissances
Et dans la tradition ton des hommes.


Nombreux sont les ligues de la nature sauvage
Jusqu'à ce que vous venez où le vert se trouve;
souvent entre doute et le doute
Mort chuchotements et rend sage.
Dame, n'a pas ma pensée
Beaucoup osé? Car je voudrais être
La fin des ténèbres et de l'aube
D'une nouvelle journée à toi,
Et ton oasis, et ta place de repos,
Et ton temps de paix, de dame.

Dante Gabriel Rossetti

 

II)

 

 

JE REGARDE PAR LA FENÊTRE

 

Je regarde par la fenêtre :
Le jour est déjà là, mon ami,
Le merle musicien sautille éblouis
De primevère en primevère,
Reviens sous les camélias, s’arrête
Et écoute le ruissellement mélodieux de l’air.

Et soudain, ô mon ami,
De sa gorge minuscule,
De sa toute petite gorge essoufflée
Jaillit le premier chant du printemps !

Ne sois pas triste, ô mon ami ! Pas toi !
Laisse les jours passés parler avec le chagrin !
Toi, ouvre ton tendre cœur à l’aurore
Et pars, sans te retourner,
Vers l’azur qui tend vers ta face délicate
Ses bras lumineux !

Ô mon ami,
Rêve suave,
Rêve
Tellement suave !

 

Christina Georgina Rossetti

 

 

 

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Beata Beatrix de Dante Gabriel Rossetti (1864-1870)


Huile sur toile, 86,4 x 66
Londres, Tate Gallery

 

   

Notes :

Le sujet est inspiré de la Vita Nuova de Dante, qui chante l'amour idéalisé du poète italien pour Béatrice et la mort prématurée de celle-ci. Comme un présage de mort, un oiseau, coquelicot blanc dans le bec, tombe entre ses mains ouvertes.

Au fond, Dante, tel un fantôme regarde vers la figure de l'Amour idéalisé qui a les traits de Béatrice.

Rossetti peint ce tableau comme un mémorial à sa femme,Elizabeth Siddall, nouvelle incarnation de de Béatrice, décédé en 1862.

Beata Beatrix représente Elizabeth Siddal, femme de Rossetti, peintre et muse par excellence du mouvement préraphaélite, égérie éthérée des œuvres de William Holman Hunt ou Millais, ainsi elle incarne sa célèbre Ophélie. Par Beata Beatrix, Rossetti compare Elizabeth Siddal à la Béatrice de Dante, il l’immortalise dans l’extase de la mort.Cette œuvre de Rossetti, s’accompagne d’une étrange histoire, qui exerce une certaine fascination morbide. De nouveau enceinte après une fausse couche « Lizzie », mourut en 1862 d’une overdose de laudanum, probablement un suicide. Rossetti, désespéré l’enterra avec ses propres carnets de poèmes, au cimetière de Highgate. En 1869, pris d’une passion renouvelée pour la poésie, et voulant publier ses anciens poèmes dans son prochain recueil , Rossetti pris la douloureuse initiative de récupérer ses carnets. Son agent fut envoyé a pour déterrer l’infortunée a la nuit tombée, il découvrit un corps en état de remarquable conservation. Phénomène plutôt étrange, en effet, c’est dans la partie ouest du cimetière de Highgate que proviennent de nombreuses rumeurs d’une présence vampirique…

Elizabeth Siddal était décédée depuis deux ans lorsque Dante Gabriel Rossetti décida d'utiliser son portrait pour une œuvre inspirée par la Vita Nuova de Dante. Ayant été lui-même baptisé en l'honneur du grand poète italien, il projeta sur sa jeune épouse l'image de Béatrice, aimée de Dante mais aussi personnification de sa propre âme.
Dans ce tableau que Rossetti considérait comme un mémorial à la défunte, Béatrice est représentée dans un état de transe mystique, les yeux clos, les lèvres entr'ouvertes, la tête légèrement rejetée en arrière.

 

 

 

 

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Les murmures de l'âme

 

Ô le raffinement du temps des belles dames

Et des messieurs galants préoccupés de l’âme,

Du charme de l’esprit et de celui du corps.

Ils savaient les louer, en merveilleux accords.

...

Libertins, moralistes, philosophes, amoureux,

N’étaient préoccupés surtout que d’être heureux.

La liberté hélas est chose rare au monde

Même pour les enfants réunis en des rondes.

...

S'imposent les efforts pour un bon rendement.

Les amants au repos s’aiment charnellement.

N’ont que faire de mots regorgeant de saveur.

Ils exaltent leur corps au rythme des moteurs.

...

En errance souvent, je pense à d'anciens jours,

Lors, je prête l’oreille aux murmures d’amour.

Ceux d'amis que j'aimais laissent mon âme en quête.

L'oubli aurait pour moi l'effet d'une défaite.

5/6/1990

 

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La Moisson

De la vielle termitière…celle de ma terre,
Elle-même qui domine ma pensée, celle…
Des hirondelles qui retournent aux bercail,
Je n’eus rien recueilli des rizières en pleurs….

Sur la plaine en gaieté, s’installe les pardons,
Des clins d’œil d’amoureuses aux mains nues,
aux reins ardus, profonds comme les nuits de souffrances
que portent ces plis sur leur visage, celui des champêtres

Tape logbo Firmin

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Alvéoles (1)

L'homme achevait lentement son ascension. Il avait surestimé le poids de son fardeau : finalement il s'acquitterait de sa mission bien avant le lever du soleil.

Sa lampe frontale hasardait un halo gris entre broussailles et cailloux. À partir de cet endroit, le chemin se raidissait pour aboutir quelques dizaines de mètres plus haut, juste au col.

C'est là qu'il se débarrasserait de son chargement. Il le sortirait de son sac à dos, le déposerait sur le sol, ajusterait avec patience les trois pieds pour stabiliser l'appareil en position horizontale. Un niveau d'eau intégré au toit plat de la forme – un cylindre obèse qui lui rappelait vaguement un aspirateur – l'aiderait pour cette opération, puis il rebrousserait chemin.

Il devrait s'éloigner assez vite après avoir amorcé le système. Sa présence pouvait perturber l'établissement de la communication avec le satellite – surtout, lui avait dit son commanditaire, s'il disposait d'un téléphone portable.

À l'approche du col, les reflets rosés de l'aube baignaient déjà une bonne partie du ciel. Quelques caresses de vent frais accueillirent le grimpeur. Lorsqu'il entamerait sa descente, l'air serait déjà étouffant. Une fois de retour au village, ce serait une vraie fournaise. Vivement un bon orage.

Les instructions étaient simples : poser, amorcer, s'en aller. Le reste était automatique. Interdiction formelle de revenir sur les lieux avant la fin de l'expérience. Quelqu'un d'autre reviendrait rechercher l'engin.

De temps à autres au cours de sa marche, le randonneur avait eu l'impression de percevoir comme une vibration dans son dos. Peut-être y avait-il quelques pièces en mouvement dans son étrange matériel.

Il posa son sac et l'ouvrit. La petite bulle d'air entourée de cercles concentriques constituant le niveau d'eau lui firent fugitivement penser à un viseur. Il se souvenait en avoir vu un jour, fixé sur une mitrailleuse, au musée de l'armée.

En deux temps trois mouvements, l'appareil fut installé. Le métal de sa paroi bombée était brossé comme celui de certains appareils électroménagers. Il ajusta rapidement les pieds, vérifia la stabilité de l'ensemble, jeta un dernier coup d'œil : tout était prêt.

Il était temps de partir. Il appuya sur le bouton dissimulé au bord inférieur de l'appareil. Un « bip » discret se fit entendre. Sans plus attendre, il ramassa son sac à dos et descendit en contrebas du col.

En marchant d'un bon pas, il serait de retour au village juste pour l'ouverture du bar-tabac. Il pourrait attendre son commanditaire – et l'argent promis – en savourant un café serré.

Une sympathique balade nocturne, somme toute bien rémunérée.

Ce que l'homme ignorait, c'est qu'en cette fin de nuit, dix-neuf autres personnes avaient déjà répété les mêmes gestes dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres.

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HAÏKUS CHAMPETRES DU 28 JUILLET 2012

 

               Un deux trois cailloux

               Onde glacée dans les prés

               Rivages d'été

               Broutent  chenilles

               Frêle herbe  arrosée

               Arnica dressée

               Nuages montants

               Raisonnent les clarines

               Troupeaux apeurés  .   

               

               Raymond  Martin

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Une exposition émouvante

 

Né de l'art, l'émerveillement
Nous emplit d'une joie profonde
Et le sublime crée des ondes
D'un délectable envoûtement.
...
Des poètes peuvent penser
Qu'ils sont pénétrés d'une grâce,
Et qu'une muse leur fait face,
Les aidant à se surpasser.
...
Tout compositeur a sa muse,
Chaque artiste peintre la sienne.
Que la transcendance survienne,
Elle les grise, les méduse.
...
Hier, dans le ravissement,
J'ai pu voir, métamorphosées,
Par deux sculpteurs du Zimbabwe,
Des roches mises en mouvement.
...
L'un d'eux me dit, en confiance,
Qu'elles leur parlent audiblement,
Les guident vers leurs préférences:
La pureté et l'élégance.
...
27 juillet 2012

Ré: Exposition à Beaconfield dans le parc longeant le fleuve St-Laurent

 

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Ces sauterelles en métal

Tout commença ainsi si j’ose dire. Un phénomène phénotype s’exhibant cru à ciel ouvert. Le code intenable enfui aux fins fonds de ces primates «idéogènes» prédit l’issue programmée de ce jeu presque existentiel aux fins fatales.

 

Au début, elle n’a rien compris. Nadia fait partie de ces primates, comme moi d’ailleurs, qui se croient avoir échappé aux roues infernales de cet engrenage planétaire aux grincements lugubres et infernaux. De ceux qui sont en dehors de cette chaine automatique conçue pour ces mêmes primates idéogènes, pour les aider à mieux intégrer la mécanique harmonieuse et macabre pour leur meilleur et parfaite désintégration et assimilation finale. Une vraie course instinctive et intelligente facilitée par cette armée d’humanoïdes cybernétiques, partout incrustés, vers cette fin tragique dictée par cette faim insatiable de destruction et d’extermination pré déclenchées et progressant inéluctablement au point de non retour.

 

Nadia me croyait dingue. Me regardait sans cesse, de cette façon avec laquelle on regarde ceux qui nous annoncent notre fin soudaine et imminente.

 

Elle me jeta :

-         Adam, ressaisie-toi ! tu perds les pédales !

-           Regarde, là-bas au nord.. !

J’avais à peine eu le temps de pointer l’horizon du doigt que le déluge d’enfer s’abattit.

 

L’horizon était fermé par un mur monstrueux d’insectes métalliques géantes, de formes diverses, vrombissant et vomissant cette vomique hétérogène de bombes, de gaz, de missiles et de poudres «polycides»(1), hydrolysant de façon systématique centimètre carré par centimètre carré toute forme d’existence biologique ou mécanique sous leur aire de survol. 

 

C’est en ces instants du fin fond de l’enfer que j’ai failli perdre les pédales. Nadia ne m’a plus jamais fait cette remarque depuis. Elle sait maintenant que ces contingents venus du coté du nord n’étaient en fait qu’un simple exercice de routine , programmé , déclenché , piloté et guidé par ces bases hybrides de primates idéogènes à mille lieux aux lointains nord , nord-ouest ou n-importe où , en face de ces satellites géostationnaires qui jonchent la voute céleste.

 

Ça va de soit qu’aucun escargot, qu’aucune mésange, ni aucune autre espèce de vermine n’a survécu. L’engrenage fonctionne donc à merveille. On trinque partout avant que le contingent des sauterelles métalliques ne fasse escale au dessus, après le tour complet de la planète.                          

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Mouillé sur mouillé

Spalter, éponge, vaporisateur,

De l’eau coule et ruisselle

Sur le papier qui se gonfle, se détend.

Les pinceaux courent, se croisent.

Sur la feuille, une zone humide, un lac dirais-je.

Quelques zones en partie asséchées.

Je place une teinte puis deux, trois et plus.

La feuille basculée, renversée, redressée

Les couleurs fusent, se mêlent, se repoussent

Brillantes, ruisselantes par endroit

Puis se calment et s’assagissent.

J’ajoute, je retire.

J’attends, guette et ose.

Quelle magie ! C’est vivant !

Oh ! Voici le désastre, cela festonne !

Mais après tout, voyons ce que cela donne ?

Non, ce n’est pas judicieux à cet endroit.

J’interviens, modifie l’espace

Joue avec l’élément, créé des effets.

Ou les provoque ?

Pinceaux plats, en pointe ou biseautés,

Couleurs minérales ou teintures

Je construis et donne vie

Au portrait, hé oui, de grand-père.

Voici quel était le sujet

De cette belle journée de stage. 

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