L'amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de promesses
C'est là que dorment les amants
Cachés de tout, cachés du temps
Et quand leurs lèvres se rejoignent
C'est tout l'univers qui s'éloigne
Autour le silence est parfait
Comme un instant d'éternité
Tourne le... tourne le... tourne le temps
Tout autour des amants...
L'amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de tendresse
Aussi fins qu'un papier de soie
Mais qui ne se déchirent pas
La peau et la peau qui se touchent
Les mots qui naissent sur la bouche
Disent tout bas comme un secret
Qu'on peut tout prendre et tout donner
Tourne le... tourne le... tourne le temps
Tout autour des amants...
L'amour est une forteresse
Qu'il faut réinventer sans cesse
Pour qui oublie de la rêver
Elle disparaît à tout jamais
Si devant vous des amants passent
Quoi qu'ils se disent ou quoi qu'ils fassent
Ne vous posez pas de question
L'amour a toujours ses raisons
Tourne le... tourne le... tourne le temps
Tout autour des amants...
Tourne le, tourne le, tourne le temps
Tout autour des amants...
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Je suis sortie ! Tu as droit aux félicitations du Jury, petit pirate ! Je t'emmène dans un resto libanais pour fêter ça, ok ? J'arrive. J'ai faiiiim !
Milos somnolait lorsqu'il avait reçu le message de Sabrina. Il l'avait laissée partir à son rendez-vous avec Morhange, puis s'était pelotonné dans ses couvertures pour profiter encore un peu de son lit.
Il avait environ une demi-heure devant lui : juste de quoi paresser, prendre une douche et se faire beau.
L'idée de partager un repas au restaurant avec Sabrina lui plaisait beaucoup. Leurs conversations étaient agréables, elle appréciait le bon vin tout comme lui, et son côté femme-enfant à la Jessica Alba l'amusait beaucoup. Milos ne comptait plus vraiment le nombre d'hommes qu'il avait vus se retourner sur le passage de Sabrina. Le vrai moment de délectation venait juste après, quand leur regard glissait vers Milos tout en se colorant de jalousie.
Milos n'était pourtant pas dupe. Il était même certain que le début de leur relation avait été chaudement encouragé par le CILTI : on ne noue pas de relations avec un hacker de sa trempe sans prendre de mesures pour limiter les risques. Sabrina avait été chargée de sa surveillance, c'était l'évidence même. Milos n'avait jamais abordé le sujet de manière directe avec elle, car après tout il s'en fichait : il savait que c'était un passage obligé pour rentrer, tôt ou tard, dans la légalité. Il lui avait dit un soir :
— Tu sais, j'apprécie vraiment ta compagnie, même si je me demande parfois jusqu'où ta hiérarchie t'a encouragée à te rapprocher de moi.
Elle n'avait rien répondu, mais la tristesse dont s'était teinté son regard avait ému Milos. Il était resté sur ses gardes et ne lui avait jamais fait de confidences susceptibles d'intéresser le Centre ; de son côté Sabrina ne l'avait pas poussé à en faire.
En se dirigeant vers la douche, Milos laissa revenir à lui les souvenirs de leur premier regard.
On l'avait conduit dans une salle de réunion, où il avait été présenté à Morhange et ses deux collaborateurs directs (deux américains : Sheppard, le responsable de l'infrastructure et Wilson, qui coordonnait les « développements spéciaux »). Sabrina était présente aussi, mais Morhange ne l'avait pas citée. Milos avait poliment serré la main des hommes, et en s'asseyant, avait jeté le premier pavé dans la mare tout en adressant un regard radieux à Sabrina :
— Mademoiselle ne m'a pas été présentée. Est-elle la responsable des opérations ?
Morhange avait pris la parole :
— Non. Sabrina est une de nos architectes réseau.
Milos s'était alors levé et, en faisant le tour de la table de réunion, avait tendu la main à la jeune femme :
— Sabrina, c'est votre prénom, j'imagine ? Je m'appelle Milos Kinski.
— Sabrina Bassalah.
En revenant vers son fauteuil, Milos avait ajouté :
— Enchanté, mademoiselle Bassalah. Je suis ravi de faire votre connaissance, et de connaître à la fois votre nom et votre prénom. Ce n'est pas le cas de tout le monde, mais je suis sûr que cela va s'arranger.
Morhange n'avait pas réagi, laissant Milos enfoncer le clou :
— Pourquoi votre responsable des opérations n'est-il pas convié à cette réunion ?
C'est Sabrina qui avait répondu :
— Il nous rejoindra si M. Morhange l'estime nécessaire.
Milos avait encaissé le coup sans rien laisser paraître, mais le message était clair : la jeune femme protégeait son supérieur. Il avait rebondi :
— L'ordre du jour a-t-il changé ? Nous devions voir en quoi je pouvais contribuer à vos opérations, mais si vous ne me dites pas en quoi elles consistent, comment voulez-vous...
— Nous allons vous expliquer cela, monsieur Kinski, avait répondu Morhange. Rassurez-vous : chacun d'entre nous en sait assez à ce propos pour vous informer. Mais auparavant nous souhaitons en savoir plus sur ce qui vous a techniquement permis de pirater le « who's who » du site www.nato.int sans être inquiété.
Milos avait eu un petit sourire :
— Vous voulez d'abord que je vous montre mes armes, pour qu'ensuite vous puissiez imaginer quelles opérations elles peuvent faciliter ? C'est mettre la charrue avant les bœufs.
— Nous voulons en savoir un peu plus, pas que vous nous dévoiliez tout de but en blanc. Vous faites un pas, nous en faisons un. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous soyons assez près l'un de l'autre pour envisager de travailler ensemble. Vous pouvez aussi ne pas faire ce pas, et nous n'en ferons pas non plus.
Milos s'était installé au fond de son siège, regrettant instantanément de donner à Morhange l'impression d'avoir correctement cadré le débat. Il avait cherché le regard de Sabrina, et constaté qu'elle n'avait pas arrêté de le fixer depuis qu'il s'était assis. Elle avait soutenu son regard durant un long instant avant que Morhange ne reprenne la parole :
— Monsieur Kinski ? Vous êtes toujours avec nous ?
*
Lorsqu'il ouvrit les yeux, Dominique comprit tout de suite qu'il avait dormi longtemps : les chênes et les sapins qu'ils avaient quitté au matin avaient fait place aux platanes et aux cyprès. La voiture était arrêtée à l'ombre, toutes fenêtres ouvertes.
Dominique ôta ses lunettes solaires pour mieux se réveiller. Il cligna des yeux : c'était bien la lumière du sud : vive, palpitante, généreuse.
Il se tourna vers le siège du conducteur, pensant y trouver Judith. Il était vide. En un seul mouvement il ouvrit la porte et bondit à l'extérieur du véhicule.
— Judith ?
Il entendit un cri effrayé juste derrière lui et fit volte-face. Judith était là, les yeux grands ouverts.
— Dominique ! Qu'est-ce qui se passe ? Tu m'as fait sursauter !
Il étaient nez à nez.
— Pardonne-moi mon amour, je me suis réveillé, je ne t'ai pas vue, j'ai cru...
— Tu as cru quoi ? Que j'allais abandonner mon tout nouveau mari ?
— Oui, enfin... non, mais tu avais disparu, et...
— En effet, j'avais disparu, dit Judith en ouvrant de grands yeux. Pour faire pipi, c'est mieux, je trouve : montrer ses fesses aux automobilistes dès le lendemain de mon mariage, ce n'est pas mon genre.
— Je veux bien, mais j'ai le palpitant à 180, maintenant. Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé en t'arrêtant ?
Judith saisit le poignet de son mari.
— J'avais envie de te regarder t'éveiller, c'est pour ça que j'ai ouvert les fenêtres. Sauf que tu dormais profondément, et que ma vessie n'allait plus tenir longtemps... Ton cœur est à 130, mon mari.
— Merci mon médecin préféré, dit-il en se demandant comment Judith faisait pour compter ses pulsations cardiaques tout en parlant.
— Je suis désolée de t'avoir laissé, Mimmo.
— Ne te tracasse pas. J'ai juste été surpris... On repart ?
— Avec plaisir. Je te laisse le volant.
— Ah, oui, au fond, où sommes-nous ?
— Un peu au sud de Nyons.
— Waouw, tu as bien roulé !
— Et toi tu as bien dormi, mon amour. Tu connais le chemin à partir d'ici ?
— Oui, oui, ne t'inquiète pas. Et puis on a le GPS.
— Ah oui, l'assistant du conducteur moderne, dit Judith sur un ton faussement sarcastique.
— Ne critique pas ma bella machina, ni aucun de ses accessoires, je te prie. Tu pourrais réveiller mes instincts siciliens les plus basiques.
Judith se rapprocha de son mari tout en lui murmurant :
— Tu l'aimes, ta voiture, hein ? Elle est puissante, soumise, elle ronronne quand tu lui caresses les zones érogènes... Accélérateur... Levier de vitesse électronique...
— Voilà, tout juste.
— Un peu comme moi, n'est-ce pas ? ajouta-t-elle.
— Pff... Vous ne jouez pas dans la même catégorie.
Elle vint coller son ventre à celui de son mari :
— Tiens donc ? Et moi, je suis dans quelle catégorie, alors ?
— Celle des emmerdeuses, pour le meilleur et pour le pire.
— Ah bon ? C'est tout ?
Judith déboutonna la chemise de Dominique et promena ses mains sur son torse. Il lui sourit et rechaussa ses lunettes de soleil avant d'ajouter :
— Non, ce n'est pas tout. Tu entres aussi dans la catégorie des viles tentatrices qui veulent la perte des hommes. Maman m'avait prévenu.
— Oh, mais c'est qu'on appelle maman au secours... Les lunettes noires ne suffisent pas à cacher ton désarroi ? Tu es à court d'arguments ? Allons, allons, mais je ne lui veux que du bien , moi, à cette homme-là...
La voix de Judith s'était faite douce et amusée. Devinant ses intentions, Dominique avait reculé lentement, jusqu'à s'appuyer contre la voiture, les fesses contre la portière avant. Les mains de Judith descendirent vers la boucle de la ceinture de son mari, qui jeta un regard circulaire.
— Ne t'inquiète pas, dit-elle toujours plus doucement, j'ai eu largement le temps d'observer les alentours. Nous sommes seuls.
— Je vois... je commence à me douter de la vraie raison de notre arrêt.
Judith fit sauter la boucle de ceinture avec délicatesse, et persévéra vers le bas.
— La vraie raison ? Je l'ai sous la main, mon cher mari.
Plutôt que de baisser les yeux pour vérifier les propos de sa femme, Dominique décida de l'embrasser.
*
Faustine restait assise, les bras ballants. Des larmes coulaient lentement de ses yeux grands ouverts. Cela avait commencé au petit matin, au moment où elle était revenue dans la chambre de Daniel, à peine rassurée quant à l'état de Valérie :
— Ce gars était sympathique, tu sais. J'avais encore chaud. Il souriait tout le temps.
— Daniel ? De quoi me parles-tu ?
— J'avais encore chaud.
— Tu as chaud ? C'est ça ? Tu as trop chaud ?
— Non.
— Tu as froid ? Quelque chose ne va pas ?
— Il était tout sourire, c'est juste que...
— Daniel ? Tu m'entends ?
— Oui, oui...
— Je vais chercher le médecin.
— Il avait les mains moites. Mais sympa, il était sympa.
— Je reviens.
— Il y a le bouton.
Bien sûr. Il fallait bien que ce soit son mari, en plein délire, qui lui dise quoi faire. Elle avait pressé le petit interrupteur rouge situé à droite du lit, et patienté en tentant de garder son calme. Quelques minutes plus tard, une infirmière était venue : la température de son mari était toujours très haute (mais elle ne grimpait plus, c'était bon signe), ce qui pouvait entraîner des discours incohérents. Le médecin arriverait plus tard, « avec aussi un diagnostic pour la vue de monsieur », avait-elle dit.
Faustine attendait encore et encore, car elle n'avait pas le choix, et pour ne pas céder à la panique, elle s'accrochait à l'image de sa fille. Valérie n'accusait plus qu'un bon 39° et dormait paisiblement. Le virus l'avait épuisée, mais elle se défendait très bien. Pour Daniel, le match était bien plus engagé, et Faustine sentait ses propres forces la quitter peu à peu.
Le discours de Daniel tournait en rond dans la tête de Faustine. Un homme souriant, avec qui il avait bu quelque chose. L'homme avait les mains moites mais chaudes. Et Daniel avait fait des efforts avant. Quels efforts ? Il lui avait bien dit avoir accepté un petit boulot, un colis à porter au milieu de nulle part. Elle lui avait demandé si cela lui semblait réglo, il avait dit : « Oui, mon amour, rassure-toi, c'est pour un projet scientifique ». Elle lui faisait confiance : jamais Daniel n'aurait accepté un travail douteux.
Faustine se calmait peu à peu. La surprise causée par les propos incohérents de son mari était passée, et contre toute attente, l'arrivée imminente du médecin la rassurait plutôt que d'aiguiser son impatience. Sans vraiment s'en rendre compte, elle commença à interroger Daniel.
— Daniel ? Tu m'entends ?
— Où est Valérie ?
— Dans une autre chambre. Vous avez tous les deux la grippe A. Elle va bien, elle se repose.
— Merde, c'est de ma faute ?
— On n'en sait rien, mon amour. C'est qui ce type sympa qui avait les mains moites ?
— Il m'a payé.
— Il t'a payé ? Pour ton travail, c'est ça ?
— Sympa, mais les mains moites. Désagréable.
— C'est le type qui t'a employé, c'est ça ? Il avait l'air malade ?
— Sais pas. Crois pas. Non.
La colère monta en elle. Sa famille souffrait, ils étaient à l'hôpital, son homme ne voyait pas. Que ce soit ou non à cause de ce type, l'esprit fatigué de Faustine se rua vers le présumé coupable.
— Daniel ? Est-ce qu'il avait l'air malade ?
— Non, non. Pas malade. Les mains moites.
— C'est le type qui t'a payé et que tu as vu hier matin, c'est ça ?
— Oui.
— Et il n'avait pas l'air malade mais il avait les mains moites ?
— Fatigué, Faustine. Pas l'air malade. Il m'a remercié. Payé.
— Ok, il t'a payé. Puis il est parti ? Tu connais son nom ? Son numéro de téléphone ?
— Dans mon portefeuille.
— Ton portefeuille est à la maison, mon amour. On l'a oublié. Tout est allé vite, je n'ai pas pensé à le prendre.
— Il y a le bouton.
— Le bouton, oui, j'ai appuyé, l'infirmière est déjà venue. Le médecin ne va plus tarder.
— Non, je veux dire...
— Tu veux dire quoi ?
— Le bouton sous la machine.
— La machine ? Quelle machine ?
— Je l'ai déposée au col des Vosses.
— C'était ça ton travail ? Déposer une machine ?
— Et appuyer sur le bouton. J'ai mal à la tête.
— Le médecin arrive.
— C'est à cause de la lumière.
La porte de la chambre s'ouvrit, laissant entrevoir un jeune homme avec un stéthoscope autour du cou, qui les salua poliment. Faustine ignora son bonjour :
— Daniel ? Que viens-tu de dire ?
— Je ne vois pas bien, mais ça revient.
Faustine se retourna vers le médecin.
— Cela devrait même aller mieux assez vite, dit-il d'un ton satisfait. Si vous voulez bien m'accorder quelques minutes, je vais vous expliquer tout cela.
Alvéoles est disponible en texte intégral ici...
Cet été vous pourrez voir les toiles
de
BENOIT-BASSET
à
KNOKKE-LE-ZOUTE
GALERIE DANIEL BESSEICHE
Dumortierlaan 111 - 8300 - Knokke
Belgique
Un vieil hommage aux femmes toujours d'actualité.
En avoir autant
Sur le coeur
Et ne rien dire
Et pouvoir vivre
Et faire tout vivre
Autour de toi
Avec la joie
Et le plaisir de servir !
***
Souffrir
Supporter sans te plaindre
Te consumer
Et sans t'éteindre
Inconditionnellement aimer
Etre ange
Et donner sans échange !
***
C'est si étrange
Qu'autour de toi
Il n'y ait de loi
Qui te consacre
Reine des coeurs
Reine des mères
De l'univers !
***
Tu sèmes sans
Toujours cueillir
Tu aimes sans
Toujours trop jouir
Tu donnes tant
Sans t'apauvrir
***
Laisse-moi t'offrir
Ces humbles mots
Qui dans le flot
Des sentiments
Saluent ta rage
Et ton courage
***
Des mots d'amour
Et de tendresse
Des mots qui pansent
Ces maux qui blessent
Des mots caresses
Venant de l'âme
D'une autre femme
Qui sait reconnaître
En ta flamme
L'ardent amour
Qu'en toi tu portes
Et la main forte
Qu'au monde tu tends
Salut à toi
A travers l'air
L'espace le temps
Et tous les âges
Salut à toi
Mère courage!
Matinale de mon peuple ( extrait )
Que furent la terre qui s'ouvre,
le typhon qui s'abat sur la maison natale,
à côté de vous, Proconsuls des ténèbres !
Les enfants meurent de soif au milieu des fontaines.
A la porte des camps, avant de disparaître,
les jeunes hommes injurient leurs bourreaux :
"A quoi servirait de mourir
quand la vie est pour eux !"
Une avalanche de projecteurs, de chiens, de barbelés,
dévore leurs pauvres corps.
Vers la ville, nous lançons des phrases.
Qu'une charpente frémisse, la forêt peut renaître.
Pour toute réponse nous parvient
un vol affolé de cigognes.
Nous le jurons, sur ton visage, frère,
la dynastie du saccage
n'aura pas de postérité.
Jean Sénac
Chères amis je vous demande pardon pour mon silence. Je suis de passage en ville pour un jour, mais bientôt je retournerai dans un petite village entre les montagnes de l’Apennine ou… il n’y a pas la connexion Internet !
Je vous souhaite les meilleurs vacances d’été et aussi je vous remercie pour vos messages !
A bientôt, avec amitié,
Liliana
Denis Auger achevait de poster ses petites annonces. Cette fois-ci, il se faisait passer pour le responsable local d'une société de services dont Météo France était cliente. Il avait repris le contenu du site Internet précédent, changé toutes les références, et appliqué une nouvelle feuille de style. En moins d'un quart d'heure, une nouvelle société, sans existence réelle aucune, venait d'apparaître sur la Toile. Le numéro de téléphone fixe et le numéro de fax ressemblaient à des coordonnées régionales, mais en réalité ils correspondaient à un compte Skype, qui lui-même était dévié vers son portable. Pour le reste, tout se passait par courrier électronique. Idem pour toute communication avec son riche employeur.
Si Denis avait autant de chance que pour l'opération menée dans la Drôme et les autres départements, tout serait terminé d'ici une semaine. Il partirait au soleil quelques jours plus tard, jouirait de son argent, et ne reviendrait pas de si tôt.
Un dernier département. Ce n'était pas la mer à boire, mais l'approche de la fin le rendait quelque peu nerveux. Jusqu'ici personne ne semblait s'être mis à sa recherche. Cela ne l'empêchait pas de s'inquiéter, car personne « en haut » n'avait daigné lui confirmer que les porteurs ne pouvaient remonter jusqu'à lui.
La camionnette s'approcha. Un homme en descendit, armé, comme à chaque fois. Et comme à chaque fois aussi, c'était une nouvelle tête.
— Bonsoir, dit Denis en lui tendant la main.
L'homme ne dit rien. Il était chauve, avait des sourcils blancs, des yeux bleus « fond de piscine ». Il devait avoir la cinquantaine et portait des gants en latex, comme chacun de ses prédécesseurs. Il lui tendit les clés de la camionnette entre le pouce et l'index.
— Merci. Attendez, voici les miennes...
Il tendit la main. L'homme se saisit des clés avec élégance, sans quitter Denis des yeux, ce qui acheva de le mettre mal à l'aise. Il s'écarta pour laisser Denis se diriger vers la camionnette.
La cargaison était là : vingt-quatre cylindres bombés d'où émanait un léger bourdonnement. Impossible de savoir comment l'alimentation en oxygène s'effectuait, mais ce n'était pas son problème.
— C'est bon. Quel est le point de chute ?
Denis avait utilisé un ton volontaire, comme pour montrer à l'inquiétant individu qu'il était à la hauteur, mais cela n'avait eu aucun effet. Pire, la fin de la phrase avait laissé poindre une petite nuance d'angoisse.
Pour toute réponse, ce dernier lui tendit une carte SD, du type de celles que l'on glisse dans les appareils photos numériques. Les réponses à toutes ces questions étaient manifestement stockées sur ce petit support. L'homme conserva la main ouverte.
— Ah, oui, j'allais oublier... Voilà.
Denis remit son téléphone portable à l'inconnu : comme à chaque fois, un autre appareil l'attendait dans sa voiture.
— Merci.
Sa voix n'était guère plus assurée, mais il n'y avait rien à y faire : cet homme lui foutait les jetons. Il embarqua dans la camionnette et tourna le contact. Sur le siège du passager l'attendaient un nouvel ordinateur, le téléphone portable, et une petite mallette contenant vingt-quatre tubes numérotés.
Il démarra immédiatement. Le GPS lui indiqua la route à suivre jusqu'à l'hôtel. Il y serait dans trente minutes environ. Un rapide coup d'œil au téléphone portable lui confirma que toutes ses données y avaient été transférées, jusqu'au moindre détail : touches préprogrammées, carnet d'adresse. Seul l'historique de ses appels et des messages échangés n'avait pas été transféré.
En arrivant sur l'autoroute, il ouvrit son ordinateur portable. Là aussi, tout était à l'identique : couleur du fond d'écran (qu'il avait modifiée sur l'autre portable juste deux heures avant), connexionbluetooth avec le GPS et l'appareil portable. Denis Auger se demanda comment il leur avait été possible de configurer tout ceci avec tant de rapidité et de précision. Il n'aima pas l'idée qui lui vint comme unique réponse : il était espionné en permanence.
Deux sorties d'autoroute plus loin, il prit une départementale vers l'est. Sa chambre d'hôtel l'attendait, et une longue nuit de préparatifs. Autant se mettre au travail tout de suite.
*
Judith n'avait vraiment jamais aimé conduire sur de longues distances jusqu'à ce qu'elle rencontre Dominique. Ce matin, elle était aux anges : elle avait merveilleusement dormi, le réveil avait été d'une douceur extrême, le petit-déjeuner gourmand. Elle avait dévoré trois croissants – ainsi que son mari, tout frais sorti de sa douche.
Le moteur de l'Alfa ronronnait, tout en portant le véhicule bien au-delà de la limite autorisée. Dominique dormait, le visage mangé par les lunettes solaires italiennissimes que Judith avait vues sur son nez lors de leur première rencontre. Elle aurait bien imaginé son mari mis en scène dans un spot publicitaire pour Martini, tourné en noir et blanc.
L'autoroute était déserte : Judith observait loin devant, en quête d'un radar fixe ou d'une unité mobile. Elle était d'humeur taquine et insouciante. Si elle se faisait arrêter – qu'ils y viennent seulement – elle ralentirait sans freiner, et laisserait son homme dormir pensant qu'elle réglerait ses comptes avec les gendarmes. Elle leur dirait : « chut, ne réveillez pas mon homme, on s'est mariés hier ». Elle leur montrerait fièrement leur carnet de mariage. Ainsi elle en aurait le cœur net : faut-il une bonne fois pour toutes considérer que les gendarmes n'ont aucun sens de la tolérance ?
Oui, en ce matin d'insouciance, l'état d'esprit de Judith offrait de nombreuses similitudes avec celui d'un gamin qui se prend pour un super-héros : sa vue portait à des kilomètres, son vaisseau spatial était passé en vitesse supraluminique, et ils seraient arrivés à destination avant que son spatio-chevalier personnel ne soit tiré de sa léthargie artificielle.
Elle se réjouissait aussi de ce qui se passerait une fois à destination. Ils s'installeraient dans la grande bastide, accueilleraient leurs proches – ils seraient une quinzaine environ – et fêteraient leur mariage avec eux, à l'ombre des pins parasol. Plus tard, ils s'offriraient de grandes promenades et de longues siestes, ils oublieraient le reste du monde et s'aimeraient jusqu'à plus soif.
Jamais elle n'avait réellement veillé sur le sommeil d'un homme. Depuis le début de leur relation, Judith éprouvait un sentiment qui jamais n'avait habité son cœur auparavant. C'était quelque chose qui ressemblait à un manque subit, puis aussitôt comblé, mais en plus fort, en plus plein.
Avec ses rares fiancés précédents, Judith avait toujours aimé se sentir protégée. Dans les bras de Dominique, elle n'était pas seulement à l'abri : elle était immortelle. Pour la première fois de sa vie, elle avait envie à son tour de protéger son homme, et cela, c'était vraiment inédit.
Sans vraiment s'en rendre compte, elle avait laissé l'Alfa ralentir progressivement. Les derniers nuages bas qui avaient accompagné le début de leur route s'effilochaient, et laissaient la place à un ciel bleu foncé, comme ceux qu'elle avait tant connu lorsqu'elle pratiquait l'alpinisme. Depuis leur rencontre, elle n'avait eu ni l'occasion ni l'envie de retourner dans les Alpes. Dans quelques dizaines de minutes, ils longeraient le flanc ouest du Vercors, et Judith se demandait avec une pointe d'impatience si elle aurait comme à chaque fois ce petit pincement au cœur en observant au loin les falaises calcaires.
Probablement que non, se dit-elle en jetant un regard sur son homme endormi. L'envie de montagne avait déjà changé, car elle ne se voyait plus y aller seule.
Dominique lui avait dit un jour :
— J'aime beaucoup la montagne : je me souviens d'avoir beaucoup randonné en Sicile quand j'étais petit. Mais pour ce qui est de la grimpe, je n'ai aucune notion technique. Donc si tu veux bien m'apprendre...
— En Sicile ? Sur l'Etna ?
— Oui, entre autres choses. C'est d'ailleurs un terrain assez difficile par endroits.
Judith avait tenté de cacher un petit sourire.
— Qu'est-ce qui t'amuse ?
Elle avait pris un petit air faussement dédaigneux pour lui répondre :
— C'est un volcan, c'est pas une montagne, ça ne compte pas.
*
Faustine sentait comme une armure autour de sa poitrine. Sa fille dormait, une perfusion dans le bras, la température stabilisée à quarante. Ce n'était pas le plus grave pourtant, et Faustine avait honte de ressentir cette oppression principalement vis-à-vis de Valérie. C'était une évidence : dans sa vie, Daniel était le pilier, le pater familias infaillible, et Valérie était sa petite fille à protéger ; elle s'en voulait de réaliser cela si tardivement, alors que père et fille étaient chacun confirmés positifs au virus H1N1.
Gérard avait dû les abandonner à l'hôpital pour s'occuper de ses propres patients. Il était probable que Valérie resterait en observation durant quelques jours.
Faustine passerait de toutes façons la journée à osciller entre la chambre de sa fille et celle de son mari. On lui faisait passer tous les examens nécessaires pour trouver l'origine de sa cécité. Elle décida non sans angoisse d'abandonner Valérie aux bons soins des infirmières, et d'aller aux nouvelles. Dieu merci, les deux services n'étaient pas loin l'un de l'autre.
Elle tomba nez à nez avec le brancardier qui emmenait Daniel pour de nouveaux examens.
— Monsieur sera de retour dans sa chambre dans quelques minutes, dit-il. Je l'emmène faire un scanner, ce ne sera pas long.
Daniel avait levé la tête :
— Tu es là ma chérie ?
— Oui, je suis là. Tu te sens comment ?
— Courbaturé, chaud, froid. Ça dépend des moments. Je distingue vaguement l'éclairage au plafond.
— Je reste près de toi, mon amour.
— Reste près de Valérie, s'il te plaît. Ça va aller. On viendra bien te chercher quand on aura du nouveau.
Une bouffée de gratitude desserra quelque peu l'armure de Faustine ; elle remercia mentalement son mari de la laisser se concentrer sur sa fille.
— Tiens.
Faustine s'était éloignée de son homme. Elle fit demi-tour : Daniel n'avait pas compris qu'elle s'était déjà éloignée. Il lui tendit la main.
— Je ne voulais pas que cela traîne dans ma chambre.
Faustine tendit la main et se saisit de quatre billets de cinquante euros.
— Ok. Je te les garde, dit-elle sans réfléchir.
Cette fois-ci elle laissa s'éloigner le lit, et ajouta un timide « je t'aime » avant de tourner les talons.
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De l'eau s'abat en abondance
Sur les jardinets assoiffés.
Aura-t-elle un heureux effet?
Les fleurs paraissent en souffrance.
...
Sur les jardinets assoiffés,
Un assaut semblant une offense.
Les fleurs paraissent en souffrance.
Tout remède n'est pas parfait.
...
Un assaut semblant une offense,
Il sera peut-être un méfait.
Tout remède n'est pas parfait.
En décide la providence.
...
Il sera peut-être un méfait,
S'il blesse et laisse sans défense.
En décide la providence;
En cet instant, me stupéfait.
...
S'il blesse et laisse sans défense.
L'incertitude m'agaçait.
En cet instant me stupéfait,
Du soleil, la magnificence.
...
5 août 2012

Parfois, surgissent en un flot
Des grâces demeurées uniques,
Des mots à saveur poétique,
L’éblouissement d’un tableau.
...
Des grâces demeurées uniques,
Des vers, défiant des sanglots,
L’éblouissement d’un tableau,
Mémoire vraie ou onirique.
...
Des vers défiant des sanglots.
Créant des cercles concentriques,
Mémoire vraie ou onirique,
Des galets ricochant sur l'eau.
...
Créant des cercles concentriques,
Laissant immergés bien des maux,
Des galets ricochant sur l'eau,
Réminiscences nostalgiques.
...
18 0ctobre 2010
À une amie du genre félin
et d’Arts et Lettres…
« L’homme est véritablement le roi de tous les animaux,
car sa cruauté dépasse celle des animaux.
Nous vivons de la mort des autres. Nous sommes des tombes marchantes ».
Léonard de Vinci
Dites-moi, je vous prie, comment font-ils, ceux qui infligent des mauvais traitements à un être vivant aussi confiant, et qui accorde d'emblée sa foi absolue en l'homme? La réitérant, même, en dépit des sévices endurés, jalonnant leurs parcours... Ceux qui commettent ces coupables gestes, sont-ils donc dépourvus du moindre sentiment, de la plus infime conscience ?
Certes, notre capacité de bipèdes animés d’une pseudo âme, est grande, lorsqu’il s’agit de s’illustrer par la perversité, l’apanage des humanoïdes, semble t-il, agissements qui ne sont pas sans me suggérer cette sentence douée de raison signée de l’auteur de « Pygmalion », George Bernard Shaw :
« L'homme est le seul animal qui rougisse ;
c'est d'ailleurs le seul animal qui ait à rougir de quelque chose. »
En cet instant, où Biquet se laisse contempler, par le truchement d’un cliché photographique interposé, pouvant dès lors s’adonner à ses rêves de félin, tout à ses aises, désormais à l’abri d’un odieux et lâche abandon, ô combien traumatisant, pour lui et ses frères de misère, permettez que je me souvienne de chacun d'entre-vous, chats uniques, qui dans votre singularité, m'avait intimement marquée, à chaque fois qu'il nous fut donné de croiser votre chemin.
Que de minois irrésistibles, attendrissants me reviennent en mémoire, rien qu’à l’évocation de nos noms, chats bien aimés, qui ont choisi de se donner à nous, par le plus grand des hasards, ou que nous avons élu, mu par une toute autre volonté !
Que de grâces inépuisables en vous, en vos positions de « grands sphinx allongés au fond des solitudes », que de beautés en vos prunelles parlantes saupoudrées de mille et une paillettes d’or, de mille et un précieux joyaux, à faire pâlir de jalousie les joailliers de la place Vendôme !
Que de trésors cachés en vous, révélés au gré d’une existence partagée, au fil des saisons égrenées ! Que de confiance accordée, de loyauté incarnée, aux antipodes des préjugés répandus concernant votre « race » !
Jamais nous n’avons pu déceler dans vos tempéraments et attitudes, et ce en dépit de maladresses exercées à votre encontre, une infime trace, de « rancune », de vengeance, séquelles relatives à vos anciennes trahisons perpétrées par des individus ne méritant guère le titre d'humains !
Lequel des deux est redevable à l’autre, le savez-vous ? Assurément !
Car, pour notre part, nous vous devons de nous avoir offert cet immense privilège de la découverte, puis de subtils rapprochements synonymes d’émotions, et, n’ayons pas peur d’user de lyrisme, de délices ineffables, et lorsque vous nous avez causé quelques chagrins, ce fut bien malgré vous, pauvres chéris, telle la peine engendrée par votre partance prématurée vers la voûte étoilée ! Mais de déceptions ? Point !!!
Qui de Duchesse, à Anaïs, Pénélope et Ronsard, Osiris, Roxane, Chérubin, Séraphin le Magnifique, Darius la douceur venue du pays de Freyja, constellations aujourd’hui s’étant fondues dans l’infini mais qui surent avec un charme consommé régner en tyrans sur nos jours d’esclaves consentants dévolus à leurs services, sans omettre les anonymes en désarroi entrevus, et pour lesquels nous sommes demeurés, hélas, impuissants, perdurent au royaume de nos cœurs ?
Quelle aberrante et navrante question posée sous forme de truisme, formulée présentement ! Pourquoi vouloir établir une hiérarchie dans l’histoire de nos idylles et nos amours félines ?
Or, j'ose vous le déclarer solennellement : que vous soyez de la "roture" ou de "sang bleu", innocents sacrifiés sur l’autel de nos caprices, vous mettant sur un piédestal, pour dès qu’il nous plaira, vous en destituer, votre sort si lié, sinon entièrement dépendant des pouvoirs et bon vouloir du grand manitou à quatre pattes auquel vous vous vouez cependant avec amour, contrairement aux idées reçues, m'émeut profondément !
Serait-ce en raison du fait, que nous nous sommes penchées sur vos entités, tentant de discerner et comprendre votre noble langage ? Sans doute, car votre essence complexe ne se livre pas ainsi, au premier du commun des mortels désireux de vous appréhender !
En l’occurrence, je vous le demande, membres de l'espèce dite « supérieure », quand évoluerons-nous vers un humanisme impliquant le respect de la condition animale et végétale ?
Tant que séviront de tels actes, d'une violence inouïe, nous ne pourrons prétendre nous référencer de cette société soit disant évoluée, en similitude de l'adage suivant :
« Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme,
c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux ».
Marguerite Yourcenar
Le 6 Août 2012,
Valériane d’Alizée
Quintette de félins dans un carton de Braldt Bralds
*1 : C’est en regardant un portrait du dénommé Biquet, que cette réflexion est née… Je laisse maintenant la parole à la maman humaine de ce gentil félin, Anne Renault, qui nous présente la mascotte de son foyer: « Voici Biquet, chat roturier, né dans la rue, recueilli, placé, puis retiré pour mauvais traitements et enfin adopté pour trouver depuis 8 ans le bonheur et faire le nôtre. »
Le médecin conduisait aussi prudemment que possible. Il conservait le contact visuel avec l'ambulance qui le précédait, mais tentait d'adoucir sa conduite sur la petite départementale. Faustine et Valérie étaient installées à l'arrière. Il avait insisté pour que mère et fille restent à la maison. Faustine avait réagi instantanément, tout en posant sa voix une octave plus bas que d'habitude :
— Je viens avec vous, Gérard.
Malgré la fièvre, Daniel avait tout de suite compris que sa décision était sans appel. Le médecin avait bien tenté de ramener Faustine à la raison :
— À quoi cela servirait-il ? Et puis tu ne vas pas laisser Valérie toute seule ?
— Je viens avec vous. Point.
— Faustine, explique-moi à quoi tu seras utile à l'hôpital.
La jeune femme s'était levée, et, tout en montant les escaliers pour aller chercher leur fille, avait ajouté avec un calme froid :
— Laisse tomber, Gérard. J'accompagne mon homme. Il est bouillant de fièvre, et il ne voit plus. J'espère que rien d'autre ne l'attend. Mais tant qu'on n'a pas fait le tour de la question, je ne le quitte pas. Je vais réveiller Valérie.
Une fois Daniel installé dans l'ambulance, mère et fille s'étaient glissées dans la voiture du médecin. Les questions avaient commencé.
— Tu en penses quoi ?
Gérard avait été une fois encore surpris par le ton froid de Faustine. Depuis qu'il connaissait le couple, il avait gardé d'elle une image inébranlable de jeune femme joyeuse et rayonnante : lorsqu'ils s'offraient une soirée entre amis, il ne manquait jamais de la taquiner en l'appelant « l'éternelle fiancée ».
En cette fin de nuit, c'était un visage dur et froid qu'il voyait fugitivement dans son rétroviseur. Il répéta patiemment les paroles raisonnables qu'il avait prononcées en appelant l'ambulance :
— Je te l'ai dit, on dirait bien une très forte grippe, mais il faut absolument procéder à des examens pour trouver l'origine de sa cécité.
— Je ne t'ai pas demandé ton diagnostic, Gérard. Je t'ai demandé ce que tu en pensais.
Gérard pila sur ses freins.
— Holà ! Désolé, Faustine, je te regarde et je perds la route de vue. J'ai failli me payer l'arrière de l'ambulance.
— Ne me regarde pas, réponds plutôt.
— Alors arrête de prendre cette voix froide comme si j'étais responsable de la situation. Bon... Voici ce que j'en pense : la grippe « A » n'a pas dit son dernier mot. On en a suffisamment parlé un peu partout. Il est possible qu'il en soit victime : une fois à l'hôpital, nous serons fixés en moins d'une heure.
— Et pourquoi ne voit-il pas ?
— Je n'en sais rien. Cela n'a peut-être aucun lien.
— Mais peut-être que si.
— En effet.
— Tu connais des cas similaires ?
— Non.
— Tu as lu des choses là-dessus ?
— Non. La grippe A, dont le très médiatique virus H1N1 est responsable, peut entraîner nombre de complications, mais souvent, on ne constate rien de particulier. Je veux dire : mis à part de fort symptômes, précisément ceux dont Daniel souffre.
Gérard n'avait pas été plus loin, car il n'en savait pas plus. Entre-temps, Faustine s'était murée dans le silence. Durant le reste du trajet, il avait de temps à autres jeté un regard à l'arrière du véhicule : la jeune femme regardait dans le vide, caressant la tête de sa fille endormie sur ses genoux.
Au moment où le panneau « Bollène » apparût dans la lueur de ses phares, Gérard rompit le silence :
— Nous y sommes presque. Nous allons pouvoir poser un diagnostic sur tout cela.
Faustine ne dit rien. Une fois à proximité de l'hôpital Louis Pasteur, il ajouta encore :
— Nous ne pouvons pas suivre l'ambulance. Nous allons passer par l'entrée principale et ensuite rejoindre Daniel aux urgences. Ça va, Faustine ?
— Non.
Le médecin se retourna. Son visage s'était encore durci.
— Qu'est-ce qui ne va pas ?
— Valérie. Elle est toute chaude.
*
Les locaux du Centre étaient situés dans une zone d'activités banale de la banlieue bruxelloise, non loin du siège de l'OTAN. Une société de services spécialisée dans la réalisation de projets informatiques en assurait une parfaite couverture : il y avait pas moins de cinquante entreprises exerçant les mêmes activités dans un rayon de dix kilomètres.
Depuis que la France avait annoncé son souhait de réintégrer le commandement intégré de l'Alliance, elle avait participé activement à nombre d'initiatives en matière de lutte contre le terrorisme : parmi elles, la modernisation des méthodes d'investigations électroniques avaient donné naissance au Centre Interallié de Lutte contre le Terrorisme Informatique. Officiellement, sa mission consistait à déceler toute tentative d'action terroriste « ayant pour cible des systèmes d'information, ou faisant usage de ceux-ci ». Sa création avait été acceptée du bout des lèvres quelques années plus tôt par l'administration Bush, qui restait accrochée à ses méthodes datant de la guerre froide, dont le système « Échelon » était le digne héritier. Celui-ci consistait à faire digérer des millions de messages sous toutes leurs formes à des ordinateurs surpuissants, en quête de traces d'activités terroristes. En réalité, il se disait un peu partout au sein de l'OTAN que les États-Unis avaient trouvé dans le mandat confié au CILTI un complément idéal au travail de bénédictin automatisé que « Échelon » prenait en charge.
Les méthodes du CILTI différaient radicalement de celles de l'administration américaine : au lieu de lancer une battue systématique sur des millions de messages, emails, échanges « peer to peer », vidéos en flux continu et autres objets électroniques circulant sur les autoroutes de l'information, le Centre privilégiait des opérations plus ponctuelles, destinées à « faire sortir du bois » les échanges litigieux, dont les auteurs ou destinataires étaient ensuite mis sous surveillance. S'en suivait un travail d'espionnage plus classique, pris en charge par les états qui pouvaient en tirer le plus grand avantage. C'est ainsi que quelques libérations d'otages en Afghanistan avaient récemment pu être facilitées. Milos était intervenu dans le cadre de leur dernière opération.
Sabrina fit glisser son badge d'accès dans le lecteur et présenta sa main droite sur la plaque de reconnaissance digitale. Une fois entrée dans le sas, elle s'empara du stylet électronique et apposa sa signature sur le petit panneau gris situé à hauteur de visage. La porte opposée du sas, donnant sur les locaux du Centre, s'ouvrit après cinq secondes.
Elle se dirigea ensuite vers la salle de réunion où l'attendait Morhange.
— Bonjour, monsieur.
— Bonjour, Sabrina. Comment se porte notre pirate ?
— Il récupère, dit la jeune femme en posant son sac à main sur la table. Selon moi il n'a pas dormi ces dernières nuits.
— Je peux comprendre cela.
— Qu'ont donné les renifleurs ?
— C'est un succès. Ils ont trouvé l'origine des chalutiers. Ils ont été lancés depuis la Chine dans leur grande majorité, comme nous l'avions prévu. Venez voir à quoi ressemblent leurs filets de pêche.
Depuis des années, plusieurs pays – principalement l'Inde – bataillaient ferme pour se protéger d'innombrables agressions informatiques. Nombre de sociétés, qu'elles soient conceptrices de logiciels, ou qu'elles aient commandé de nouveaux systèmes informatiques « clé sur porte », sous-traitaient leur mise au point dans des pays où la main d'œuvre était d'excellente qualité mais d'un coût moins élevé qu'en Occident. L'Inde, le Pakistan, Taïwan, l'Indonésie... autant de régions qui luttaient avec difficulté contre le vol de propriété intellectuelle , dont la plupart étaient dus à des actes de piraterie informatique.
Sabrina s'assit en face de son supérieur. Sur le mur écru de la salle de réunion vint se peindre une carte du monde, où des zones plus claires et plus sombres symbolisaient le jour et la nuit.
— Voici la situation à trois heures du matin, dit Morhange.
— Il n'y a encore rien à cette heure.
— Nous allons lancer l'animation. Chaque seconde représente un temps écoulé de cinq minutes.
En Europe, dans la partie ouest de l'arc alpin, un point circulaire jaune vint s'inscrire.
— Voilà le barrage d'Émosson, dit Sabrina.
— En effet. Vous pouvez féliciter notre recrue : nous savions grâce à vous qu'il était en Belgique, et malgré cela nous n'avons pas pu repérer le point d'origine de son attaque sur la centrale de Vallorcine. Regardez ce qui suit.
En quelques instants, une multitude de points rouges s'allumèrent sur le globe, la plupart en Asie, avec une forte concentration dans les grandes villes chinoises.
— Voilà les chalutiers, dit Morhange. Ils sont prêts à jeter les filets. Nos renifleurs ont failli être saturés. Les médias prétendent que la centrale n'est pas reliée à Internet. C'est de la poudre aux yeux : tout ce que la planète compte de « veilleurs de nuit » sur le Net s'est réveillé en à peine quelques minutes. Regardez-ça : même en filtrant les données pour éliminer les hackers à la petite semaine, c'est comme si nous avions donné un coup de pied titanesque dans la fourmilière.
Partout sur la carte, les points naissaient, puis, comme un essaim d'insectes, convergeaient vers l'Europe. Sabrina savait qu'il s'agissait d'autant de coups de sonde destinés à chercher le hacker – ou à défaut, sa victime – et en apprendre le plus possible : qui, quoi, et surtout comment. À peu près un tiers de l'activité, cependant, se concentrait vers l'Inde et le Pakistan. Sabrina enchaîna :
— Pourquoi s'acharnent-ils sur ces pays ? Nous sommes à T + 30 minutes : à ce moment tout le monde devait savoir que l'incident s'était passé en Europe.
— Il y a deux explications à cela. D'abord, il y a beaucoup de trésors industriels à y trouver : les tentatives de pénétration y sont quasi permanentes. Nous les avons mesurées à cette occasion, mais si nous refaisions l'expérience demain sans « opération spéciale » comme celle de cette nuit, il est probable que nous obtiendrons des résultats comparables pour ces pays. Ensuite, nous supposons que certains hackers chinois ont tenté leur coup vers ces pays en imaginant que ces derniers baisseraient la garde pendant l'heure qui a suivi l'incident.
— Et que pouvons-nous en déduire ?
— Nous en avons pour des semaines à analyser toutes les informations que nous avons glanées. Cette nuit, nous avons donné un coup de flash sur une scène : si nous rééditons la chose trop tôt, nous serons repérés, et nous devrons concevoir de nouveaux moyens d'investigation. Nous allons donc utiliser « la chute des dominos », mais avec parcimonie. Mais nous pouvons déjà fournir de précieuses informations à notre commandement.
— Et en ce qui concerne le terrorisme ?
— Je viens de vous le dire, Sabrina, dit Morhange avec humeur. Les analyses ont à peine démarré.
La jeune femme accusa le coup. Son supérieur n'appréciait pas qu'elle lui rappelle le côté « limite » de cette opération. Tous deux savaient que la tentative de cette nuit pouvait leur ramener des informations intéressantes pour la lutte contre le terrorisme, mais il était manifeste que le but poursuivi était tout autre. Il s'agissait de fournir à leur hiérarchie les preuves factuelles de la responsabilité des autorités chinoises dans le piratage informatique organisé. Sans compter que l'opération avait eu des conséquences locales non négligeables dont Morhange n'avait visiblement rien à faire. Sabrina changea de sujet :
— Nous considérons donc que Milos fait désormais partie du Centre ?
Morhange ne répondit pas tout de suite. Il regarda la jeune femme dans les yeux, lui laissant deviner sa réponse :
— Lorsqu'il nous aura livré la « chute des dominos ».
Sabrina protesta :
— Monsieur, nous avions promis...
— Sabrina, vous savez très bien quelle est notre mission. À l'avenir nous devrons impérativement être à même de lancer une opération comparable sans son concours. Milos nous a expliqué le principe de la « chute des dominos » mais pas le détail de son fonctionnement. Nous ne pouvons pas encore le considérer comme fiable.
— Milos est fiable, monsieur, insista Sabrina. Vous m'avez demandé de faire en sorte qu'il le soit.
— Vous avez œuvré à ce qu'il allume un feu cette nuit, pour éclairer le visage de ceux que nous souhaitions démasquer. C'est chose faite, ou presque. J'imagine volontiers qu'il a été satisfait de sa récompense.
Sabrina encaissa le sarcasme sans broncher. Il poursuivit :
— J'admets que Milos a fait exactement ce que nous voulions. Il s'est livré à un acte de piraterie informatique spectaculaire et sans grandes conséquences. Il a obéi aux ordres, ce qui prouve qu'il a assez peu de scrupules, mais au risque de me répéter, cela ne fait pas de lui un homme fiable.
— Demandez-lui de venir travailler au Centre. Il travaillera à documenter « la chute des dominos » et formera notre équipe. Ainsi vous pourrez juger sur pièce.
— Il n'en est pas question. Je ne lui ferai confiance que s'il nous livre d'abord ce que nous lui demandons. Nous prendrons le temps d'analyser le fruit de son travail sans qu'il pose ses mains sur un clavier dans nos propres locaux. Ensuite seulement nous verrons comment collaborer avec lui. D'ailleurs, ne deviez-vous pas nous fournir une copie du disque dur de son précieux portable ?
Sabrina jeta un œil sur son sac à main, puis revint à Morhange :
— Je n'y suis pas encore parvenue. Et pour ce qui est de le convaincre à vous livrer ce que vous voulez... J'ignore si je pourrai obtenir cela de lui.
— Je suis sûr que vous trouverez les arguments.
La jeune femme sentit son dos se raidir. La condescendance de son supérieur la transformait lentement en une statue glacée. Il était temps de conclure cette conversation.
— Il me faut encore quelques jours.
— Je vous donne deux nuits.
— Monsieur ! Je...
— Ne le prenez pas de mauvaise part, Sabrina. J'ai plus de trente ans d'avance sur vous dans l'exercice de la persuasion. Je sais où et comment cela va se régler. Je ne vous juge pas. Je veux « la chute des dominos ». C'est tout.
Morhange lui adressa un petit sourire satisfait. La jeune femme se leva en décidant de ne pas livrer le précieux contenu de sa caméra tout de suite. Il lui donnait deux nuits : il allait attendre deux nuits. Elle lui rendit son regard.
— Je vous raccompagne, dit-il. J'ai envie de respirer un peu d'air frais.
Sabrina fut surprise mais ne cilla pas. C'était bien la première fois que son supérieur l'emmenait jusqu'à la porte du Centre.
Ils se servirent du sas l'un à la suite de l'autre, puis arrivèrent sur le parking. Morhange lui serra la main.
— Bonne chance. Et n'oubliez pas de féliciter notre allié.
— Merci monsieur.
Sabrina tourna les talons, écœurée. Morhange avait osé qualifier « d'allié » un homme vis-à-vis duquel il ne témoignait que du mépris. En s'éloignant, elle entendit les portes de l'entrée s'ouvrir à nouveau. Pour un homme qui voulait s'aérer, il est bien pressé de rentrer, pensa distraitement la jeune femme en serrant son sac à main contre elle.
Alvéoles est disponible en texte intégral ici...
Une sculpture ou un portrait
Révèlent peu ce qu'est une âme,
Seulement d'éphémères traits,
Sombres ou clairs, des yeux sans flamme.
...
Quand des éloges se répètent
Venant de l'esprit et du coeur
On conserve des noms en tête,
Des émois et de la ferveur.
...
Nombreux êtres, de grand mérite,
Qui furent souvent honorés,
Que l'on admire, que l'on cite,
N'ont laissé d'eux aucun portrait.
...
Parfois, quand l'envie me surprend
De vouloir rendre un tendre hommage,
À un être que je comprends,
Qui m'attendrit par son courage,
...
Ou qui, par son talent, m'enchante,
Je n'ose pas. Or, si des mots,
En s'associant, se présentent,
Je juge pauvres leurs propos.
...
Néanmoins, par pure habitude,
Je les transcris, les mets en vers.
Se transforme ma certitude.
Mon hommage sera offert.
...
5 août 2012
Attaques
Un acte de piratage informatique cause d'énormes dégâts au village de Finhaut
Cette nuit vers 03:05, un pirate informatique s'est introduit au sein du système de commande de la centrale électrique de La Bâtiaz, non loin de Martigny. Cette centrale, qui exploite les eaux du barrage frontalier d'Émosson, appartient au réseau qui alimente en énergie une bonne partie du Valais et fournit en été quelque 250 Gigawatts à notre réseau fédéral.
L'intrus a réussi à prendre le contrôle du système complexe de vannes qui régulent le débit du barrage ainsi que son alimentation en eau. Dans un premier temps, il a activé la procédure d'urgence de vidange du barrage principal, ce qui a immédiatement alerté les agents de permanence basés à Vallorcine, où se situe un des deux systèmes de turbines du complexe.
Les opérateurs ont rapidement établi qu'aucun membre du personnel n'avait, ni sciemment, ni par erreur, procédé à l'ouverture des vannes. C'est en donnant l'ordre de leur fermeture que l'hypothèse d'un piratage s'est muée en conviction : en effet lorsque l'ordre de fermer les vannes a été transmis, celui-ci a été interprété a contrario par le système de commandes : non seulement la vidange n'a pas été interrompue, mais en plus, l'alimentation du barrage à partir du bassin des Esserts, commandée depuis Vallorcine, a été déviée directement en direction de la vallée, doublant le débit d'évacuation. La zone située en aval de Finhaut s'est rapidement retrouvée inondée, malgré l'intervention rapide du personnel, qui a interrompu la procédure manuellement et repris le contrôle du débit.
Même si l'incident n'a pas fait de victime, les dégâts sont considérables dans la vallée, juste sous le village, dont l'accès restera coupé tant que le viaduc n'aura pas été inspecté et sécurisé par les Ponts et Chaussées. Plusieurs jours seront probablement nécessaires pour obtenir une estimation du coût global de cet acte de piraterie.
Au-delà des dégâts proprement dits, on peut s'interroger sur le modus operandi utilisé par le (ou les) hacker(s), qui ont réussi à modifier les paramètres de gestion du système de vannes de telle sorte que les ordres donnés par les opérateurs soient interprétés différemment par la machinerie. Plus inquiétant encore : afin de le protéger contre les tentatives d'intrusion, le système de commande informatisé n'est pas relié à l'internet. « Non seulement aucune trace de pénétration n'a été détectée dans les systèmes eux-mêmes, témoigne Erik Netz, le porte-parole de l'Alpiq, propriétaire à 50% de la centrale, mais il n'existe pas de « porte d'entrée » informatique susceptible de livrer le passage à un pirate ». L'enquête promet d'être longue, tandis que le débat se porte déjà sur le plan politique, relayé notamment par (…)
Milos en savait assez ; il déposa avec satisfaction son ordinateur sur la table de nuit. Sabrina avait enfilé un de ses survêtements pour aller chercher le petit-déjeuner. Il la trouvait terriblement sexy dans cet accoutrement.
Elle dût le percevoir, car elle projeta avec amusement ses yeux dans les siens, avant d'enlever d'un geste le sweat-shirt, livrant ses seins aux regard de Milos, puis à ses mains.
*
Dominique avait posé le thé sur la table de nuit, et attendait patiemment que sa jeune mariée se réveille.
Jamais il n'aurait espéré être si heureux.
Ce n'était pas tant leur mariage, ni la délicieuse nuit qu'ils avaient partagée qui contribuait à son bonheur de l'instant : il était tout simplement sûr d'avoir fait le bon choix. Quelque chose de plus fort qu'eux-mêmes les unissait : cette idée s'imposait à lui comme une évidence.
À chaque fois qu'ils en avaient parlé, Judith aussi avait exprimé le même ressenti. Il y avait entre eux, et autour d'eux, quelque chose comme un lien qui les précédait et leur survivrait. Ni l'un ni l'autre n'en étaient au début de leur vie amoureuse : à trente six ans chacun, ils avaient déjà l'un et l'autre aimé, « désaimé », souffert, compliqué bien des choses, pris du temps pour eux, alterné les périodes solitaires et les saisons plus ou moins tumultueuses.
Une amie de Judith leur avait dit un soir : « Certains êtres sont reliés, qu'ils le veuillent ou non : parfois ils passent toute leur vie à se chercher, à peine conscients de l'existence de ce lien. Ils se trouvent parfois dès leur enfance, ou alors bien plus tard, quand ils sont mariés, et mènent chacun leur vie. Mais s'ils se croisent, ils s'accrochent inévitablement, et quelque chose les submerge, une conviction comme : c'est en sa compagnie que je suis moi-même. Un peu comme s'ils étaient mariés avant même de se découvrir».
Elle n'aurait pu mieux dire , car Dominique ressentait exactement cela, au plus profond de son être. Depuis cette nuit, il comprenait aussi à quel point Judith pouvait ressentir la même chose.
Peut-être même en plus fort, si c'est possible, se dit-il.
Leur rencontre ne les avait pas vraiment poussés l'un vers l'autre. Judith avait perdu deux amis dans une affaire criminelle très spéciale : une mort, une disparition. Il enquêtait, elle témoignait. Il avait été dessaisi de l'affaire, qui avait été très rapidement classée – trop rapidement selon Dominique. Il avait eu la mauvaise idée de tenir quelques propos amers en présence de personnes influentes, et d'afficher trop vite sa relation avec Judith. Il avait démissionné quelques semaines plus tard.
Peu après, ils s'étaient retrouvés au cours d'une de leurs soirées en tête-à-tête, à dévorer des tagliatelle au ragoût d'aubergines et copeaux de truffe – une des nombreuses spécialités de Dominique. Judith avait tout à coup perdu le sourire :
— Tu sais, Mimmo, je ne voudrais pas que tu aies un jour un mauvais arrière-goût...
— À quel propos ?
— À propos de notre histoire.
— Que veux-tu dire ?
Judith, à qui Dominique disait souvent combien il aimait lorsqu'elle était « cash », s'était mise à hésiter.
— Tu comprends, il y a pas mal de gens à qui nous avons caché les circonstances réelles de notre rencontre...
— Je sais cela, Judith, nous avons convenu de ne dire que le strict minimum, ce n'est pas un mensonge pour autant.
— Ce n'est pas cela : ce que je veux dire, c'est... je ne voudrais pas qu'un jour ce passé te pèse, ou que tu imagines que nous avons bâti notre relation sur les cendres de mes amis disparus.
Dominique lui avait pris la main, puis attendu un instant avant de lui demander :
— Tu veux savoir ce que j'en pense ?
Elle avait fait un signe affirmatif de la tête.
— Je pense que nous n'avons pas « bâti » ni « noué » une relation, je pense plutôt que nous la vivons, et qu'elle se nourrit de notre amour. Je pense que cet amour était là avant nous, qu'il n'était qu'un rêve, et qu'il est venu s'inscrire dans le monde réel lorsque nous nous sommes rencontrés. Les circonstances n'ont rien à voir là-dedans.
— Oui, mais tu as démissionné peu après.
— C'est la meilleure idée de toute ma carrière, tu le sais bien. Je suis parfaitement satisfait de mon orientation professionnelle. Et toi, que dire de ta maison qui a failli être détruite ?
— Elle a pu être décorée comme nous le voulions. Nous n'avons eu que des compliments.
— Alors, de quoi devrions-nous nous plaindre ?
— De rien... j'ai juste parfois peur que tu regrettes tes choix, ou les nôtres.
— Tu as peur de les regretter, toi ?
— Non, pas du tout.
Dominique avait levé son verre :
— À la femme que j'aime. Moi non plus je n'ai pas peur. Et j'estime ne pas avoir fait de « choix » : je me suis juste laissé guider par mon bon sens de Sicilien, qui sait toujours comment faire venir le bonheur à lui.
Judith avait repoussé sa chaise, et, le verre à la main, était venue s'asseoir sur les genoux de son homme.
— À l'homme que j'aime, et que j'aime tant rendre heureux.
— Tu peux être fière : personne n'y était arrivé avant toi.
Elle avait fermé les yeux en l'embrassant, dans un signe de confiance et de quiétude qui ressemblait comme deux gouttes de Limoncello à ce qu'exprimait maintenant son visage endormi.
Les parfums de thé avaient envahi la chambre : sa belle n'allait pas tarder à ouvrir les yeux.
Alvéoles est disponible en texte intégral ici...
Comme la rosée chaque matin,
J’arrose de larmes mon jardin
Et j’en vois les lettres épanouies.
Leurs pétales colorés accueillent
Les doux baisers de la Lumière.
Les mots gorgés d’amour renaissent,
Mes phrases frémissent sous les caresses
Des regards tendres de cette Lumière
O belles caresses tant désirées !
Caresses aimantes, réitérées
Sur le satin de mes pensées
Pour le bonheur de mes rosiers
Offrant leurs bourgeons aux baisers
De la brise échappée au vent !
Passez encore sur mes velours !
Caressez-en dos et contours !
Leurs cœurs n’en battront que prières
Pour que cet amour désaltère
La soif des fleurs à la Lumière.
Khadija, Agadir, Jeudi 02/8/2012
« Julie Laï-Pei ou l’émergence d’une artiste »
La toute jeune Julie Laï-Pei crée l’événement dès sa première exposition, dévoilant un indéniable talent qui par son âge, 19 ans, laisse augurer un avenir plus que prometteur…
Elève de l’école Pivaut à Nantes, se destinant plus particulièrement à l’illustration, Julie Laï-Pei s’intéresse aux arts plastiques depuis toujours –pourrait-on dire-, tant le dessin fait partie intégrante de son quotidien, ainsi adolescente s’adonnait-elle à l’art du manga, la culture japonaise l’attirant fortement… Ayant choisi la filière arts appliqués, elle a également très tôt croqué scènes et personnages de son environnement sur ses carnets…
Ainsi a-t-elle développé de réelles qualités de dessinatrice, sachant saisir une attitude, appréhender l’instant…
Se documentant beaucoup, étudiant l’histoire de l’art, Julie s’est depuis une pleine année tournée vers la peinture, trouvant dans l’abstraction une forme d’expression propice à une écriture personnelle, en phase avec son univers intérieur riche d’une poétique existentielle libre et plurielle.
Dès ses premières toiles, le geste est là, maîtrisé et spontané tout à la fois.
Travaillant une palette réduite aux noir, blanc, violet et rouge, elle possède un sens instinctif des fondus, crée des évanescences noires, anime la surface picturale de signes qui rappellent la calligraphie orientale (assurément une réminiscence intuitive de ses racines chinoises paternelles), couvre ses toiles de zones colorées grattées, griffées, démontrant l’importance fondamentale de la matière dans ses compositions d’une réelle densité plastique.
Julie investit la technique du dripping, tout en expérimentant tous les possibles du champ pictural, se révélant proche d’un abstrait lyrique mais pas seulement…
Elle réinvente gestuelle et langage, cherche à pénétrer entièrement l’acte créateur, à se l’approprier pour mieux le dominer jusqu’à créer –qui sait… un jour- une voie originale et autre…
La peinture de Julie Laï-Pei est époustouflante de maturité, là où certains mettraient une décennie à apprivoiser technique et traitement, Julie a déjà tout assimilé et peut tendre à une affirmation de son « moi » artistique… mais ce serait bien mal la connaître que s’imaginer qu’elle puisse s’en enorgueillir...
Humilité et travail sont l’apanage des grands…
Julie n’en est qu’à ses débuts, son parcours à ses balbutiements mais je ne doute pas de sa volonté et sa capacité à bâtir une œuvre diseuse d’humanité et de vérité, digne de nos espérances…
Prêtons-lui attention, suivons-la au fil de ses créations et expositions, soutenons son travail et le futur nous donnera raison…
De la chrysalide émerge une authentique artiste, accordons-lui notre confiance…
Julie Laï-Pei nous éblouira !
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Docteur en Histoire de l’art
Agent d’art, critique
Directrice de l’espace NLB-Limoges
Et de Espace NLB Galerie en ligne.
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Remerciements à toi, ma chère Thalie, pour ton soutient, tes encouragements, qui me motive pour aller de l'avant, à me découvrir au travers de mon travail, me découvrir au travers de ces belles rencontres...
Dans mon salon, chaque matin,
Ma tasse de café en main,
Savourant la dernière goutte,
Je reste immobile à l’écoute.
Ma mémoire, sans me lasser,
Me reconduit dans le passé,
À la rencontre de moi-même.
Je soliloque sur un thème.
Quand la nécessité s’impose,
Je mets fin à ma longue pause,
Sors de mon salon, à regret,
Continuant à palabrer.
Je m'étonne n’avoir plus d’yeux
Pour ce qui le rend chaleureux.
Ailleurs, d'indicibles richesses
Renouvellent mon allégresse.
...
20 juin 2007
Amour,
homme,
vie,
écoute réciproque, absolue,
prolongement de mes rires, de mes larmes,
battements de cils à deux, simultanément,
sourires multipliés, doublés,
plein soleil,
rires désaltérants,
ciel de rêve.
Mots dont les peaux complémentaires
s’appellent, s’attendent, se rapprochent,
se touchent, avec délicatesse se goûtent,
bouches nues :
Alphabet tactile ;
recevoir, comprendre.
Être debout, à l’instar d’une jeune pousse,
d’une rose éblouissante,
nouvellement née.
Tout recommencer, regarder l’instant,
toile superbe,
aiguille d’or sur elle passant, caressante,
horloge vivante,
éveil de plus en plus grand,
large et bleu :
Mer traversée à deux,
entre enlacements et baisers,
regards aérés, un peu troublés,
mêlés, donnés.
Géographie secrète, personnelle ;
nouveau monde.
Amour,
homme,
vie,
Nous.
Faustine avait mal au ventre. C'est à peine si elle avait mangé : voir son mari dans un tel état lui avait coupé l'appétit. Daniel était monté dans la salle de bains et était resté un long moment silencieux. Il avait vieilli de dix ans en moins d'une heure.
Faustine sortit de la chambre de sa fille et l'interrogea :
— Valérie n'a rien remarqué ?
— Elle ne m'a rien dit. Et de toutes façons lorsque je l'ai couchée, je ne ressentais encore rien.
— Et maintenant ?
— Ma température monte, ça, je le sens. J'ai des courbatures partout, des frissons, la totale, quoi. Pour le reste... rien de particulier.
— C'est ta tête qui m'inquiète.
— Oui, là, je t'avoue que je n'y comprends pas grand-chose. Mais bon, j'ai de l'appétit, je suis lucide. Je vais aller dormir, et...
— Tu n'appellerais pas Gérard ?
— Que veux-tu qu'il fasse ? À part constater que j'ai chopé une grippe ?
— Daniel, tu t'es vu dans le miroir, oui ou non ?
Le petit « bip » émis par le thermomètre que Faustine lui avait glissé sous le bras – presque de force – interrompit la conversation. Daniel lut les chiffres et écarquilla les yeux.
— Alors ? s'impatienta sa femme.
— D'accord. Attrape le téléphone.
Jusqu'ici le thermomètre n'avait servi qu'à Valérie. Comme bien des parents, ils avaient déjà passé bien des nuits à veiller leur fille, et à lui faire absorber de quoi faire redescendre sa température. Trente-neuf, trente-huit... Toutes ces nuits grises, rythmées par les mains passées sur son front, les épisodes de mauvais sommeil, pour découvrir quelques heures plus tard, non sans soulagement, leur coquine en bien meilleure forme.
La migraine prenait lentement possession de la tête de Daniel, tout comme les raideurs enchaînaient progressivement sa nuque. Il avait aussi fort mal aux yeux. Il faillit interrompre sa tentative d'appel lorsqu'il entendit la voix de leur ami. Il prit un air dépité :
— C'est le répondeur.
— Laisse un message.
— Chérie, il n'est peut-être même pas de garde !
Faustine lui prit le combiné des mains, avec une douceur qui contrastait avec la dureté de son regard. Il en profita pour s'allonger dans le canapé. Les maux de tête redoublèrent, mais au moins les courbatures se firent plus discrètes.
— Gérard, pourrais-tu me rappeler dès que possible, s'il te plaît ? Pour une fois, ce n'est pas pour Valérie que je t'appelle : c'est pour Daniel. Je suis inquiète. Il n'est pas bien du tout, et... si je dois croire ce que je vois... il a quarante et un de fièvre.
Elle déposa le combiné et posa à nouveau un regard dépité sur son homme qui frissonnait.
— Je monte voir si Valérie n'a pas trop chaud et je te ramène une couverture. Tu veux quelque chose ? Tu as soif ?
— Non, merci. J'ai juste froid.
Faustine gravit les escaliers et fit un détour par la salle de bains pour se laver les mains. Elle ne savait pas à quel point ce qu'avait attrapé Daniel pouvait être contagieux, mais elle ne voulait courir aucun risque.
Comme à son habitude, Valérie s'était débarrassée de ses couvertures et dormait profondément, sur le dos, jambes et bras aux quatre points cardinaux. Leur fille avait toujours eu un sommeil profond, serein, presque dominateur. Sa maman approcha la main de son front, et poussa un soupir de soulagement lorsqu'elle sentit la peau tiède de son enfant. Elle la recouvrit et se dirigea rapidement vers leur chambre pour aller chercher la couverture.
En repassant devant la porte ouverte, Faustine entendit sa fille bouger pour se débarrasser à nouveau de sa couette. C'était bon signe : Valérie ne supportait d'être couverte pour dormir que lorsqu'elle couvait quelque chose. Le reste du temps , il ne lui fallait pas plus d'une minute pour se débarrasser de tout ce qui pouvait la gêner ; draps, couvertures, peluches.
En descendant les escaliers elle lança :
— Notre fille a fait comme d'habitude : son lit est un véritable chantier. Et toi, tu te sens comment ?
Elle n'entendit aucune réponse. Elle accéléra sa descente.
— Chéri ? Tu dors ?
Il dormait en effet, en position fœtale, dans le canapé. Elle le couvrit et lui caressa les cheveux. Daniel s'était mis à transpirer. Il remua :
— Excuse-moi, je me suis assoupi. Quelle heure est-il ?
— Eh bien, vingt-trois heures. Je suis montée il y a deux minutes à peine.
— Houlà. J'ai cru que je m'étais endormi pour de bon.
Daniel ouvrit les yeux, jeta un regard vide en direction de sa femme et lui dit :
— Tu as éteint la lumière ?
*
Sabrina et Milos s'étaient envoyés en l'air deux fois de suite, avec force, presque avec bestialité, et malgré cela dans un silence quasi religieux. Milos avait particulièrement apprécié les fougueuses attentions de sa partenaire, qui avait tout fait pour répondre avec ferveur à son empressement. Après le second assaut, sa partenaire l'avait tenu en elle aussi longtemps que possible, tout en posant une main au creux de ses reins, et l'autre dans le haut du dos. Elle avait souri lorsqu'il avait fermé les yeux avant de s'endormir presque aussitôt.
Sabrina sortit de la douche. Milos ronflait. La partie la moins agréable de la nuit allait commencer : elle aurait tant voulu dormir seule... il lui faudrait supporter le matelas trop mou de son pirate. Sans compter qu'au réveil elle remettrait cela : baisers bouche pâteuse, barbe naissante et menton dans le cou, poids sur vessie pleine... Sabrina n'aimait vraiment pas faire cela avant midi, mais avec Milos, cela avait quelque chose de différent. Il y avait de la reconnaissance dans ses yeux, même au petit matin, et la jeune femme trouvait cela mignon.
Elle s'assit à côté du jeune homme endormi et alluma une cigarette. Son regard parcourut le corps du hacker. Pour une fois qu'elle avait l'occasion de séduire un type dans son genre, elle n'avait pas trop à se plaindre. Dans l'immense majorité des cas, ils étaient bien plus âgés. Ce que ces hommes gagnaient en fierté – Sabrina se savait très attirante, et ils aimaient s'exhiber en sa compagnie – ils le perdaient malheureusement en imagination. À croire que les hommes d'une certaine génération avaient été initiés au sexe par un seul et unique bataillon de soubrettes inhibées.
Tout bien compté, elle vivait de bons moments avec Milos. Il réussissait même souvent à la faire jouir. La première fois, presque par hasard, et sans en avoir le moindre soupçon. En revanche, elle lui avait fait croire sans difficulté aucune qu'elle avait atteint l'orgasme bien plus souvent.
Elle souffla la fumée de sa cigarette dans la direction de Milos. Aucune réaction. Pas même un soupçon de changement dans la mélodie régulière de ronflements. Il était dans une phase de sommeil profond. Elle se mit au travail.
Il aurait été bien imprudent de tenter d'ouvrir le précieux portable de Milos : un bon consultant en sécurité – surtout s'il s'agissait d'un pirate récemment converti – était suffisamment paranoïaque pour truffer son outil de travail de multiples pièges. En revanche, brancher un simple câble sur le port IEEE1394 n'éveillerait probablement pas son attention.
Elle fouilla son sac à main et en sortit une petite caméra vidéo équipée d'un disque dur. Le modèle en lui-même n'était ni récent ni haut de gamme, mais son contenu était pour le moins inédit et exclusif. Sabrina se saisit du portable de Milos sans quitter son propriétaire des yeux. Elle effectua le branchement, puis alluma la petite caméra. Le portable se réveilla en silence, et, sous les ordres du petit logiciel qui venait d'en prendre le contrôle, il entreprit docilement de déverser l'intégralité de son disque dur vers celui de la caméra.
Sabrina jeta un œil sur son pirate endormi. Quelques minutes suffiraient.
*
Sous les étoiles, le cylindre métallique se mit à vibrer.
Dix-huit heures après que Daniel eut procédé à son armement, la plaque métallique qui constituait sa base tomba sur le sol, juste entre les trois pieds. Durant quelques secondes, la vibration s'intensifia, et les parois brossées de l'engin se mirent à résonner.
La vibration se fit plus désordonnée, plus sèche aussi, au fur et à mesure qu'elle semblait prendre du volume. L'air au niveau du col se mit à vibrer. Quelques ombres noires et bruissantes, issues comme par bouffées au ras du sol, se mirent à tourner en rond à environ un mètre de hauteur, élargissant le cercle à chaque révolution.
S'il y avait eu un témoin à la scène, il aurait pu voir se former un nuage sombre et bruyant, tournoyant dans les airs, déployant progressivement des ailes courbées plus denses, comme la spirale d'une galaxie noire. Il aurait aussi pu voir se former trois branches plus denses, qui elles-mêmes se seraient mises à tournoyer sur elles-mêmes, tantôt plus haut, tantôt plus bas. Il aurait observé les tourbillons noirs s'éloigner et se rapprocher, comme sous l'effet d'une lente respiration.
Un bruit métallique se fit entendre au fond du cylindre, un peu comme un couvercle que l'on pose sur une casserole. Comme s'il s'agissait d'un signal, les trois tourbillons quittèrent la zone du col, se dirigeant chacun dans une direction différente.
C'est à ce moment que le témoin hypothétique aurait enfin pu comprendre ce qui se passait. Mais s'il avait été là à ce moment, il aurait très certainement été attaqué, et serait mort en à peine quelques secondes.
*
Denis Auger reçut le vingtième message sur son téléphone portable vers minuit trente.
Il rédigea un rapport succinct avant de s'endormir :
100% de réussite pour les couveuses de cette salve (34ème sur 35). J'attends les résultats du ramassage. Je me consacrerai aux deux dernières dans le 84 dès demain. L'échange peut avoir lieu à l'heure prévue.
Je vous rappelle qu'il est indispensable de disposer d'une procédure qui puisse confirmer que chaque porteur a été mis hors d'état de témoigner.
Alvéoles est disponible en texte intégral ici...
À Dorval, le fleuve s'impose
Aussi vaste qu'un océan.
On n'y voit pas de goélands
Mais des mouettes s'y reposent.
...
Des canards, nombreux, sont superbes.
Ils sortent par groupes de l'eau
Et se mettent en quête d'un lot
De fraîcheur parfumée, sur l'herbe.
...
En glissant, une cane arrive
Suivie de ses huit canetons.
Ils se serrent dans son sillon,
À moins d'un mètre de la rive.
...
Elle se permet une pause.
Tout prés d'eux, s'arrête un passant.
On constate, en s'attendrissant,
Que c'est, pour elle, peu de chose.
...
La confiance est une grâce
Alors que la peur, on le sait,
Pousse à des gestes insensés
Quand elle arrive en une place.
...
Dorval (PQ) 2 août 2012