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Alvéoles (23)

Faustine n'arrivait pas à se détacher de sa fille. L'épreuve qu'elle avait vécu avec Daniel l'avait laissée dans un état qu'elle n'avait connu qu'une seule fois dans sa vie. Ce mélange d'épuisement et d'adrénaline avait été son mauvais cocktail durant les premières journées qui avaient suivi la naissance de Valérie. Elle en gardait un souvenir étrange, car contre toute attente, la joie d'avoir sa fille dans ses bras ne l'avait pas empêchée de vivre un baby blues particulièrement profond durant quelques semaines.

Elle était restée debout un instant. Elle avait vu la poitrine de son mari se soulever violemment sous l'effet du défibrillateur. Elle avait senti contre elle les bras de l'infirmière, qui, probablement rompue à ce genre de situation, l'avait repoussée comme si tout à coup elle avait été de trop. Les paramètres de Daniel étaient revenus à la normale après un temps que Faustine ne pouvait mesurer. Pendant que son mari revenait à la vie, elle s'était approchée à reculons d'une chaise et s'y était laissée tomber, les yeux grands ouverts, fixés sur le mur écru d'où pendaient prises de courant, tubes et autres fils dont elle ignorait la finalité.

Lorsque le calme était revenu, l'infirmière qui l'avait repoussée s'était rapprochée d'elle. Elle lui avait expliqué que tout était rentré dans l'ordre, qu'elle n'avait plus à s'inquiéter.

Faustine se souvenait vaguement d'avoir répondu désagréablement à l'infirmière, quelque chose comme « vous n'en savez rien », puis « je vais voir ma fille ».

Elle avait marché comme un robot jusqu'à la chambre de Valérie, s'était assise auprès d'elle en attendant qu'elle se réveille. Dès que les doigts de Faustine avait effleuré les cheveux noirs de sa petite fille, le sentiment de vide et d'anéantissement avait entamé une lente retraite. Valérie avait ouvert les yeux quelques minutes plus tard.

— Comment te sens-tu, ma chérie ?

— Mmmh, j'ai mal à la tête.

— Ça va aller mieux, tu sais. Tu vas guérir vite.

— Je sais, le docteur a dit que je n'avais plus rien à craindre. Où est papa ?

Faustine sursauta, réalisant qu'elle venait d'oublier jusqu'à l'existence de son mari depuis qu'elle avait pénétré dans la chambre. Elle balaya cette pensée avec un mélange de dégoût et d'impuissance. Je n'arrive plus à gérer mes pensées. C'est trop pour moi. Ma tête va exploser.

— Il va mieux lui aussi, dit-elle. On a eu chaud. Non, je veux dire... Excuse-moi ma chérie, mais j'ai eu très peur pour vous deux, je ne sais pas trop ce que je dis.

— Il peut venir ?

— Venir ? Ici ? Non, je ne crois pas. Tu sais, il a des appareils autour de lui pour surveiller s'il va bien, alors il ne peut pas se déplacer. Mais on va demander si nous pouvons aller le voir ?

— Le docteur va dire oui ?

— Je vais demander tout de suite. J'en ai pour une minute.

Faustine embrassa Valérie. Le contact de son front – encore un peu chaud, trouva-t-telle – avec ses lèvres donna à la jeune femme un nouveau sursaut d'énergie. Elle pensa fugitivement à elle-même comme à un vampire, suçant avec avidité l'énergie pure de son amour pour sa fille.

Le couloir était désert. Elle y déambula au hasard deux minutes durant, cherchant une personne qui puisse la renseigner, puis revint dans la chambre. S'ils étaient réunis, même pour quelques minutes, cela ferait du bien à tout le monde. Faustine prit sa fille dans ses bras.

— Viens, ma chérie. Tu restes accrochée à mon bras gauche, je pousse ta perfusion avec ma main droite. On n'a que quelques minutes à marcher.

— Le docteur est d'accord ?

— Le docteur n'avait qu'à être là.

— On ne va pas se faire gronder ?

— Maman, peut-être, mais j'ai trop envie qu'on soit tous les trois ensemble.

Faustine avança à grands pas, sa fille pendue à son épaule comme un koala. En approchant du service des soins intensifs, elle croisa quelques médecins et infirmières – et un pompier, il devait y avoir eu un accident – mais elle prit le parti de ne s'adresser à personne. Son regard volontaire faisait d'elle une maman qui savait exactement où aller. Elle profita des derniers mètres qui les séparaient de la salle de soins intensifs pour prévenir sa fille :

— Tout va bien ma chérie ? Nous allons voir papa dans un instant. Il est dans une grande salle, où il y a des lits un peu partout, et des machines pour soigner les gens. Donc on ne sera pas seuls, tu comprends ? Tu resteras dans mes bras ou tu iras dans ceux de papa, mais pas question de t'éloigner. D'ailleurs tu ne pourrais pas aller bien loin, tu as toujours ta perfusion. D'accord ?

— D'accord.

Faustine fit irruption dans la salle sans éveiller la moindre attention. Elle se dirigea vers l'alcôve où elle avait abandonné Daniel, et s'arrêta net.

Sa fille dit :

— Il est où ?

Elle ajouta :

— C'est quoi ce bordel ?

À la place de Daniel, se trouvait une jeune femme. Elle était intubée. Un homme était debout à sa gauche, le dos tourné. Il semblait être médecin, même s'il ne portait pas de blouse blanche. Un autre homme, à sa droite, accompagnait très probablement la femme. Il était penché sur elle et lui répétait pour la énième fois la même chose : ça va aller. Il avait le visage et les avant-bras rouges et gonflés, et d'après son attitude, était à deux doigts de péter un plomb.

— Où est mon mari ?

L'homme à gauche se retourna.

— Faustine ?

 

*

 

Dominique était dans le gaz depuis un bon bout de temps. Les pompiers étaient arrivés les premiers dans la maison. L'un d'eux avait examiné Judith. Il avait posé un nombre invraisemblable de questions, auxquelles Dominique avait répondu par monosyllabes, se souvenant avec distraction que lorsqu'il était encore dans la police, il utilisait aussi la même méthode avec les gens sous le choc : questions simples, réponses simples, puis, de temps à autres, une réflexion pour dédramatiser la situation. Du grand classique. Il avait donc entendu de loin que c'était bien, qu'il avait fait tout ce qui était possible, que les voies respiratoires de sa femme étaient dégagées, qu'il fallait attendre le médecin, et qu’entre-temps on allait préparer sa femme au transport jusqu'à l'hôpital. On allait aussi retirer les dards encore fichés dans sa peau.

Le médecin était arrivé quelques minutes plus tard, s'était présenté, avait examiné Judith. Il avait confirmé que le choc anaphylactique avait probablement été évité par les injections que Dominique avait faites, mais que la respiration de Judith avait probablement été contrariée durant une longue période.

— Votre femme serait morte sans votre intervention. Ne traînons pas. Vous m'accompagnez. Nous allons suivre l'ambulance.

Dominique n'avait pas bougé. Le médecin lui avait répété :

— Monsieur Mastrochristino ?

— Domenico.

— Domenico ? Ça va aller. Venez avec moi.

— Je lui ai déjà sauvé la vie. C'est comme ça qu'on s'est connus1.

— Vous dites ?

— Rien.

— Venez. On ne traîne pas. Vous m'accompagnez dans ma voiture. L'ambulance nous précédera.

— Je prends ma voiture.

— Pas question. Vous ne feriez pas cent mètres sans voler dans le décor.

— Docteur, je vais ramener ma femme ici lorsqu'elle ira mieux. Je prends ma voiture.

Le médecin avait hésité, puis lâché :

— Alors je prends le volant.

Dominique se souvint de l'avoir entendu ajouter pour lui quelque chose comme c'est mon jour en se levant du canapé.

Le trajet lui avait paru court. Le médecin n'avait pas dit grand chose. Il avait juste prévenu Dominique :

— Faites attention lorsque vous sortirez. Vous n'avez pas bonne mine. Testez votre équilibre avant de marcher à mes côtés. Ce n'est pas le moment de nous faire une chute de tension.

Dominique s'était alors suffisamment réveillé pour répondre :

— Ok, docteur. Merci de me prévenir.

En prévenant l'hôpital, les pompiers avaient donné suffisamment de détails pour que Judith n'ait pas à perdre trop de temps aux urgences. Après avoir été conduit au service des soins intensifs, Dominique avait vu qu'on avait intubé Judith. Son cou semblait avoir un peu dégonflé. Le médecin lui avait dit alors :

— Parlez-lui, durant tout le temps que nous allons prendre pour achever son installation. Elle pourrait avoir mal, autant éviter cela.

Alors Dominique avait parlé. Il avait répété un nombre incalculable de fois la même chose, avec une voix qu'il avait voulu la plus douce et rassurante possible. Tandis que l'on manipulait sa femme, il s'était mis à promettre sans cesse qu'elle et lui seraient bientôt réunis.

L'infirmière avait dit que le médecin arrivait. Le docteur qui les avait accompagnés jusqu'à l'hôpital avait dit :

— Je passe le témoin à mon confrère dès son arrivée. Je ne suis pas sensé me trouver ici, d'ailleurs, mais j'ai été interne dans cet établissement dix années durant. Le chef de service y tolère ma bonne volonté.

Puis l'infirmière et lui s'étaient affairés autour de Judith.

Ensuite cette femme était arrivée, portant une petite fille dans ses bras, et tirant enfin Dominique de sa léthargie.

 

*

 

— Où est mon mari ?

— Faustine ? dit Gérard en se retournant.

— Où est-il ?

— Écoute, je ne sais pas où on a transféré Daniel, mais à coup sûr il n'est plus ici. Je suis à toi dans un instant.

L'infirmière se tourna elle aussi vers Faustine et s'avança vers elle.

— Madame, nous avons transféré votre mari dans une chambre.

— Pourquoi ? On doit surveiller son état de près ! Il a eu un arrêt cardiaque, personne ne sait ce qui va suivre.

Dominique intervint :

— Sortez d'ici, madame. Ma femme a besoin de soins.

— Mon mari était ici. On l'a viré de ce lit pour y installer votre femme.

— Faustine, dit Gérard, calme-toi. Si on a transféré Daniel ailleurs, c'est qu'il y a une bonne raison. Laisse-nous un instant. Je vous rejoins dans le couloir dès que j'en ai terminé.

Sentant l'adrénaline monter, Valérie serra le cou de sa maman.

— Je vais vous conduire à la chambre de votre mari, madame, dit l'infirmière, si vous voulez bien m'attendre dans le couloir.

— Ma fille veut voir son papa, dit Faustine, dont le regard trahissait un mélange de frustration, et de peur.

— C'est bon, dit Dominique. Nous avons compris. Laissez-les s'occuper de ma femme.

— Vous, ne hurlez pas comme ça ! lui envoya Faustine, sentant sa fille resserrer son étreinte.

— Il faut vous le dire en quelle langue ? Sortez.

Deux infirmières affairées auprès d'autres patients quittèrent leur alcôves respectives, pour s'approcher de Faustine et de sa fille. Dominique les vit venir par dessus l'épaule de Valérie qui serrait le cou de sa maman de plus en plus fort.

Faustine fit volte-face et jeta un regard noir aux deux infirmières :

— Vous savez où est mon mari ?

Elles hésitèrent. Faustine enchaîna.

— Non, visiblement. Alors restez à distance.

Sur sa fin, la réplique de Faustine prit des accents d'ultime sommation. Gérard intervint :

— Ça suffit, Faustine ! Attendez-moi dans le couloir, toutes les deux !

— Docteur !

C'était la voix de l'infirmière revenue au chevet de Judith. Gérard se retourna et étouffa un juron.

L'infirmière fut la plus rapide, et parvint à maintenir les épaules de Judith sur son lit. Gérard se jeta sur les hanches de la jeune femme et les maintint de toutes ses forces sur le lit, pendant qu'il donnait ses ordres :

— Domenico ! Aidez-moi !

Dominique se précipita sur les jambes de sa femme pour les maintenir. Le temps qu'il intervienne, les draps étaient déjà au sol. Il saisit les chevilles de Judith, puis, voyant que ses jambes s'agitaient encore avec une force désordonnée, tenta de la maintenir à la hauteur des cuisses. Avant qu'il n'arrive à ses fins, le genou de sa femme vint rencontrer avec violence son menton, faisant éclater une gerbe d'étincelles devant ses yeux.

Les deux infirmières restées face à Faustine sortirent de leur torpeur. Elles la contournèrent rapidement, l'une prit la relève de Dominique et maintint les mollets de Judith sur le matelas, l'autre aida le jeune marié à s'asseoir. Faustine quitta la pièce lorsqu'elle sentit les ongles de sa fille plantés dans sa nuque.

 

1Lire « La maîtresse d'écume », dans « Des vertes et des pas mûres ».

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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administrateur théâtres

12272822894?profile=originalLes Musicales de Beloeil, Château de Beloeil  Samedi 25.08 de 14h30 à 23h

 

12272823297?profile=originalBrillante idée que celle de réunir chaque année  des musiciens de tempérament, d’horizons multiples  et un immense public dans un cadre enchanteur par une belle soirée d’été. Cela se fait depuis de nombreuses années déjà: au Château de Beloeil. Et l’année prochaine promet d’être encore plus prestigieuse pour les 25 ans d’existence de la manifestation.  Balade musicale à travers huit heures de concert,  sept scènes aux noms poétiques, avec pique-nique gourmand, atmosphère ludique et  décontractée, écoute respectueuse des artistes qui nous livrent le meilleur d’eux-mêmes.   Qualité indéniable des diverses présentations. Programme éclectique et découvertes sensationnelles.

Une thématique articule le programme.

 Celle du Festival de Wallonie qui a choisi de mettre en scène les « EspagneS » comme au festival Musiq 3 à Flagey en juillet dernier. En Hainaut, la foule de  mélomanes d’un jour  a été conviée à un parcours initiatique balayant  l’histoire pour découvrir une suite insolite de  paysages sonores qui rappellent toutes les « Espagnes ».

 

12272824496?profile=originalNotre choix s’est porté  par deux fois sur le  Bassin des dames où nous avons découvert Boyan Vodenitcharov, pianiste belge d’origine bulgare, plusieurs fois membre du jury du concours Reine Elisabeth,  interprétant avec sensibilité et finesse des extraits du 2e livre de Claude Debussy dont on sait qu’il n’a jamais mis les pieds dans la péninsule ibérique. Il s’agit d’une  Espagne totalement  réinventée, sur base d’une gravure de l’Alhambra. Mais ô combien évocatrice.

12272825677?profile=original A la deuxième visite nous sommes tombés sous le charme de Frank Braley qui nous a interprété  la soirée dans Grenade de Debussy puis La fantasia Baetica de De Falla. Debussy encore avec  une suite de 5 extraits : La puerta del Vino, Les collines d'Anacapri, Ce qu'a vu le vent d'ouest, Feuilles mortes, Général Lavine - eccentric …pour en arriver à George Gershwin. Sa présence au clavier est d’une rare poésie. Il nous donne l’impression d’une recherche d’harmonie presque sensuelle, comme s’il goûtait chaque sonorité produite avec délices. Expressivité, élégance, grappes d’accords colorés. Jeu palpé qui va chercher la musicalité aux sources de l’émotion.  La proximité avec le pianiste qui joue sur un podium au milieu de la pièce d’eau est un vrai bonheur.  Il a remporté à 22 ans en 1991 le concours reine Elisabeth.12272825872?profile=original

 

La clôture de la première partie de la soirée à 18h nous mène à la Grande  scène  où le Trilogy, trio explosif Hrachya Avanesyan, Lorenzo Gatto et Yossif Ivanov, accompagné par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, va revisiter les chefs-d'œuvre du répertoire violonistique en passant par les tubes de la musique pop et de la musique de film. Trois virtuoses extraordinaires aux mimiques réjouies. Des toréadors de l’archet qui s’éclatent au Carnaval de Venise. Des bombes d’humour musical. 12272829073?profile=original

De quoi achever de séduire les jeunes familles après Le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, féerie où l’on retrouvait de charmants talents de la Chapelle Musicale : Stephanie Proot, Christia Hudziy et l’exquise Noëlle Wiedmann.

 12272829858?profile=originalA 19 heures on se partage entre le Bassin vert avec  le Trio Dali et le duo Solot à la scène Champ des roses. Eblouissants tous les deux.  Pas moyen de choisir entre Fauré, le trio opus 70, n°2de Beethoven et l’ouverture de Guillaume Tell transcrite  par Gottschalk. Nous découvrons la connivence artistique infaillible  de Stéphanie Salmin et de Pierre Solot et l’harmonieuse complicité du trio Dali qui déborde de présence et de générosité. Dernier voyage, avec le mythique Piazzola au Parc des cerfs sous la baguette déguisée en archet de Michael Guttman et la  Brussels Chamber Orchestra. Les quatre saisons de Buenos Aires qui ne sont pas des saisons mais des états d’âme. La Oracion del Torrero de J. Turina: une nouvelle découverte palpitante.  On ne peut hélas pas embrasser tous les programmes, ni rendre compte de tout le plaisir que peut procurer une telle journée, tant les musiques et les parfums et les émotions  se confondent.

 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Harmonie du Soir, Baudelaire.

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Après ce festival de créativité,  de liberté et  de passion musicale l’apothéose très attendue se donne face au château sur la Grande scène à 22 heures.  L’Orchestre Philharmonique

Royal de Liège présente des extraits du Carmen de Bizet avec Julie Mossay (soprano) Kinga Borowska (mezzo-soprano) Audrey Kessedjian (mezzo-soprano) et Domingo Hindoyan à la  direction. L’exécution est hautement précise et raffinée, les sonorités éclatantes et belles, les voix et les lumières dansent  ...la habanera,  avant le feu d’artifice qui comble les heureux visiteurs gorgés d’écoute et  épuisés d’avoir applaudi.12272823669?profile=original

 

Rendez-vous le 31 août 2013 avec l’Orchestre National de Lille… pour le 25e anniversaire de l’événement.

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Paul Eluard

 

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Nusch au miroir

« Capitale de la douleur » est un recueil poétique de Paul Éluard, pseudonyme d'Eugène Paul Grindel (1895-1952), publié à Paris chez Gallimard en 1926.

 

Éluard réunit dans son premier grand recueil de l'époque surréaliste des poèmes publiés séparément en plaquettes sous les titres: Répétitions, paru en 1922 à la librairie Au Sans Pareil, en collaboration avec Max Ernst, qui propose des dessins en contrepoint; Mourir de ne pas mourir, «dernier livre» publié chez Gallimard en 1924, à la veille de son départ pour un mystérieux voyage autour du monde. La troisième section, «les Petits Justes», qui figurait déjà dans la plaquette Mourir de ne pas mourir, reprend partiellement les «onze haïkaï» de Pour vivre ici publiés en 1920, tout comme la dernière section des «Nouveaux poèmes», qui comprend en outre des textes de Au défaut du silence primitivement publié en 1925 de manière toute confidentielle, et illustré anonymement par Max Ernst. Éluard renonce ainsi au silence qu'il s'était imposé. Breton, à qui était dédié Mourir de ne pas mourir, dans le prière d'insérer repris dans Point du jour, célèbre la «passion» et l'«inspiration» des «mouvements du coeur» que le recueil laisse affleurer.

 

La structure de Capitale de la douleur suit à peu près la chronologie des prépublications, de sorte qu'il serait vain d'y chercher une «architecture secrète» concertée. L'unité thématique et stylistique de l'ensemble, très sensible, permet toutefois de discerner une évolution, en particulier de la première section, «Répétitions», aux trois suivantes, «Mourir de ne pas mourir», «les Petits Justes», «Nouveaux Poèmes». «Répétitions», par la typographie de ses vers centrés au milieu de la page, souligne la discontinuité d'une écriture vouée à la fulgurance et à l'ellipse, plus proche du style de Breton, voire de Char, que de celui, fluide et harmonieux, auquel Éluard habitue le lecteur dès «Mourir de ne pas mourir». Contrairement aux recueils ultérieurs, Capitale de la douleur fait éclater la syntaxe par de fréquentes anacoluthes. De l'amplification de la forme poétique témoigne alors la récurrence du poème en prose, rare dans la première section, et surtout la disposition strophique qui permet une métrique régulière ou quasi régulière (alexandrin). De façon générale, les poèmes sont assez longs, favorisant le développement tout musical de «variations» thématiques fondées sur la répétition: «Dans un coin...» ("Max Ernst"), «Il y a» ("Dans la danse"), etc. Le titre de la section «Répétitions», qui renvoie aux échos et reflets du texte et de l'image, prend également la valeur d'un commentaire en abyme du poème et annonce le style litanique de Poésie ininterrompue. Cette tendance, un temps contredite par les «haïkaï» des «Petits Justes», est largement confirmée par les «Nouveaux Poèmes», où s'imposent à égalité le poème en prose et le poème strophique, avec une prédilection pour le quatrain, parfois rimé. Cette continuité stylistique sera la «signature» d'Éluard dans le groupe surréaliste.

 

 

Ce n'est qu'à la lecture des épreuves, dans le rapt de l'inspiration, que s'impose et se substitue au titre primitif «l'Art d'être malheureux» celui de Capitale de la douleur, titre qui conserve la thématique du «malheur» et scelle l'unité de recueils antérieurs apparemment disparates. C'est ainsi que le recueil tout entier est traversé par le motif de la douleur, de la souffrance, du malheur et d'une destinée funeste qu'il faut sans doute rapporter au taedium vitae [dégoût de la vie] que voulait exprimer le voyage de 1924, mais aussi, assurément, au décadentisme laforguien qui marque l'entrée en poésie de l'auteur: Premiers Poèmes (1913-1918), le Devoir et l'Inquiétude (1916-1917) et le Rire d'un autre (1917). A cet égard, Capitale de la douleur est, avec Le temps déborde de 1947, écrit après la mort de Nusch, le recueil dont la tonalité est la plus sombre et, peut-être, la moins conforme à l'image communément reçue de la poésie d'Éluard. Ce «désespoir qui n'a pas d'ailes» ("Nudité de la vérité"), étonnamment proche du "Verbe être" dans le Revolver à cheveux blancs de Breton, introduit une négativité rare chez Éluard, et dont la corrélation est étroite avec les tensions stylistiques. L'influence de Verlaine se fait même sentir dans ces poèmes qui évoquent parfois la figure du «poète maudit» dont le «malheur» est narcissiquement chanté par une prosodie envoûtante:

 

 

Larmes des yeux, les malheurs des malheureux,

Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs. [...]

Il fait un triste temps, il fait une nuit noire

A ne pas mettre un aveugle dehors.

 

("Sans rancune")

 

 

Éluard, qui avait sans doute lu les Oeuvres de Rimbaud publiées en 1898 par Paterne Berrichon, proclame avoir «quitté le monde», «un monde dont [il est] absent» ("Giorgio de Chirico"). Les «absences» des «Nouveaux Poèmes» témoignent aussi d'un malaise fondamental: celui de la «douleur» d'être au monde.

«Mourir de ne pas mourir», bien évidemment, reprend cette thématique doloriste, mais pour la rattacher à la lyrique amoureuse médiévale et renaissante et, au-delà, à la mystique. Le titre est en effet inspiré du célèbre «Que muero porque no muero» de Thérèse d'Avila, devenu topos du «mal d'amour» dans la poésie européenne du XVIe et de la première moitié du XVIIe siècle. Gala, à qui sont dédiés les «Nouveaux Poèmes», est au centre de ce recueil; Éluard, ayant entre-temps rencontré Nusch, évoquera en 1929 dans la Révolution surréaliste l'aliénation de sa liberté par une femme «inquiète» et «jalouse». C'est aux souffrances et aux affres de l'éros que le recueil est donc consacré, proche en cela des Mystérieuses Noces de Pierre-Jean Jouve, publiées en 1925. Le motif de la «chasse», des «liens», des «jours de captivité», omniprésent, se trouve ainsi remotivé, tissant un réseau serré d'images au fil d'un recueil qui s'inscrit dans la grande tradition de la Vita nuova de Dante, puis du pétrarquisme. De là, peut-être, la présence à la fois obsessionnelle et anonyme d'«une femme» qui, telle la «passante» de Baudelaire qu'évoque irrésistiblement "Ronde", demeure la «belle inconnue». Souvent évoquée à la troisième personne par un «elle» indéterminé dans «Répétitions», la femme aimée devient progressivement une interlocutrice. «Tes yeux sont revenus d'un pays arbitraire...» Les «Nouveaux Poèmes», qui hésitent encore entre la communication directe et l'évocation indirecte, s'achèvent pourtant sur une série d'invocations jusqu'à l'admirable et justement célèbre: «La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur...» Et le recueil de se clore sur: «Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même», qui consacre la transitivité de cette poésie entièrement vouée à sa destinatrice, à la fois proche et inaccessible. Mais il convient, néanmoins, de ne pas surévaluer la distance entre le poète et la dame; car Éluard ne manque pas de représenter l'union accomplie, qui deviendra la thématique centrale des recueils ultérieurs, allant jusqu'à la fusion dans "l'Amoureuse": «Elle est debout sur mes paupières...».

 

C'est encore à la tradition pétrarquiste qu'il faut rapporter l'importance du regard, des yeux, si souvent commentée par les critiques, dans Capitale de la douleur. Éluard décline tous les paradigmes de ce topos: source de lumière, les yeux causent aussi le désespoir lorsque, «toujours ouverts», ils empêchent le poète de dormir ("l'Amoureuse"), suscitant un «ciel de larmes [...] pour que sa douleur s'y cache» ("Entre peu d'autres"). Mais - et c'est là l'originalité de la poétique éluardienne - le regard joue aussi, de manière ambivalente, un rôle médiateur dans la communication - voire la communion - amoureuse. Par une dialectique des contraires, qui n'est d'ailleurs pas étrangère au lyrisme pétrarquiste, la douleur se mue en jouissance et la poésie prend une tonalité volontiers euphorique, comme l'atteste l'omniprésence du rire et du sourire et, surtout, de l'oiseau aux ailes duquel les yeux finissent par être identifiés, comme dans "Leurs yeux toujours purs" - «vol qui secoue [s]a misère» -, «ailes couvrant le monde de lumière», dans "la Courbe de tes yeux [...]". L'oeil est alors explicitement associé à des images érotiques, comme dans "la Grande Maison inhabitable ":

 

 

Les yeux plus grands ouverts sous le vent de ses mains

Elle imagine que l'horizon a pour elle dénoué sa ceinture.

 

 

Cette thématique bien connue se développe donc pour la première fois dans Capitale de la douleur, pour s'imposer dans les recueils suivants. Les vers célèbres: «Le monde entier dépend de tes yeux purs / Et tout mon sang coule dans leurs regards» montrent bien que la vie procède du regard, dont le cercle est l'image de la perfection, selon la tradition néoplatonicienne.

Autant diamants, cristaux et miroirs contribuent à l'épanouissement de cette «beauté facile» et «heureuse» évoquée dans "la Parole", autant l'obscurité et, surtout, l'opacité et l'ombre - ces «vitres lourdes de silence / Et d'ombre où mes mains nues cherchent tous tes reflets» ("Ta chevelure d'oranges [...]") - définissent déjà dans Capitale de la douleur le mal absolu, alors même que la nuit, parce qu'elle trace un «horizon», paradoxalement, «donne à voir»: «Il faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit» ("Joan Miró").

 

Car le regard, au-delà même de l'amour, participe à la genèse du monde par la lumière. L'oeil est simultanément ce qui voit et ce qui est vu - à la fois source et objet de la lumière. La «pureté» du regard de l'aimée «Chaque jour plus matinale / Chaque saison plus nue / Plus fraîche» ("la Vie") saisit à ses origines le monde dans son intégrité native, ainsi que pour l'enfant:

 

 

Et c'est dans les yeux de l'enfant,

Dans ses yeux sombres et profonds

Comme les nuits blanches

Que naît la lumière.

 

("le Plus Jeune")

 

 

Le premier des «Nouveaux Poèmes», "Ne plus partager", révèle le pouvoir créateur de la vision: «L'espace a la forme de mes regards», «L'espace entre les choses a la forme de mes paroles.»

Le privilège accordé à la vision (il s'agit même de «voir le silence») conditionne évidemment la dimension picturale du recueil. «Répétitions», on le sait, est né d'une étroite collaboration avec le peintre Max Ernst, dont le nom constitue le titre du premier poème du recueil, de même que «les Petits Justes». «Mourir de ne pas mourir» et «Nouveaux Poèmes», par certains de leurs titres, montrent bien l'importance des peintres: "Giorgio de Chirico", "André Masson", "Paul Klee", "Max Ernst" à nouveau, "Georges Braque", "Arp", "Joan Miró". Éluard ne se singularise pas en cela, qui invoque les mêmes amis peintres que Breton. Mais de façon plus significative, il met en scène la peinture ou le travail du peintre, comme s'il décrivait des tableaux imaginaires, comme dans "l'Invention" ou "Ronde", qui évoquent un paysage, ou "Oeil de sourd" qui mentionne un portrait. "Intérieur", qui se réfère sans doute à la peinture hollandaise, s'ouvre sur la fuite du «peintre et son modèle». Mais c'est surtout par la richesse des notations de couleurs et de lumière que le recueil affiche sa qualité picturale - «lèvre rouge avec un point rouge», «jambe blanche avec un pied blanc» du corps de la femme décrit dans "Manie", «femmes de bois vert et sombre» de "Dans la danse", «liane verte et bleue qui joint le ciel aux arbres» dans "Celle qui n'a pas la parole"... Le poème "Première du monde", dédié à Picasso, atteste que la peinture a partie liée avec les origines, si bien qu'elle devient l'allégorie de toute création; ainsi du poème "Georges Braque" qui décrit, en fin de compte, l'acte poétique lui-même:

 

 

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.

Il en rassemble les merveilles.

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Le Prix Pierre Nothomb 2012 est décerné à Jacqueline De Clercq pour Le temps qu'il fait.

Placé sous la présidence d'honneur d'Amélie Nothomb, ce prix récompense l'auteur lauréat d'un concours de textes inédits devant satisfaire à une série de prescrits de fond et de forme (thème, genre littéraire, présence de mots imposés, nombre de signes...) ou comment transmuer la contrainte en liberté.

Remise du prix à la lauréate et parution de Le temps qu'il fait, le 30 septembre 2012 au Château du Pont d'Oye.

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Poésie (suite)

 

Lorsque l’on atteint un certain degré d’inconfort existentiel,

soit l’on se brise, on se défait de soi-même,

 on s’ensable dans une plage qui n’existe pas,

 soit l’on devient peu-à-peu un être volatil, un oiseau,

un enfant du soleil,

 un ensemenceur de l’alphabet du ciel,

 un bout de ciel chantant ;

oui  la terre, même en l’absence de la mer, est bien bleue ;

on parle avec le soleil, on se désaltère de la pluie,

 en hiver devenue chaude,

en été fraiche, diaprée !

Boire un arc-en-ciel,

en faire des mots,

le monde l’élargir encore !

Poésie.

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Marcher et se retrouver

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J'étais un homme perdu et j'ai marché longtemps pour me retrouver. 
J'ai même ôté mes sandales pour mieux sentir le sol brut de mes pieds.
J'ai parcouru de nombreuses collines dans cet état.
Je voulais atteindre le volcan Karisimbi au Rwanda.

Je n'y suis pas arrivé, beaucoup trop haut cette fois. 
J'ai alors traversé à plusieurs reprises le fleuve Kagera.
J'ai marché dans ces pluies qui favorisent le développement de la savane boisée.
J'ai pu participer à ces fêtes de villages et danses folkloriques d'anciens guerriers. 
J'ai dû aller voir l'ailleurs pour m'oublier, voir ces visages d'enfants tant émerveillés. 
J'ai gagné à rencontrer ces gens, l'autre culture, voir la vie autrement.
Je me suis enfin retrouvé, une autre façon de penser, depuis ce bel été au sud.
Ben2012
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Alvéoles (22)

La douleur était restée à la surface de sa peau pendant un fugitif instant, puis s'était inexorablement répandue dans tout son corps, glissant sur chacune de ses cellules comme un sirop épais enveloppant des galets. Certaines parties de son corps s'étaient mises à gonfler, alors que Judith sentait encore les ailes de nombreuses abeilles, prisonnières du couvre-lit, vibrer contre son épiderme.

Elle aurait donné très cher pour sombrer immédiatement vers l'inconscience, car elle savait que cette lente chute ne lui apporterait aucun réconfort. Le voile noir auquel elle aspirait serait précédé par la paralysie. Peut-être des spasmes, aussi, assez violents pour qu'elle se brise une côte, ou même la colonne vertébrale. L'idée même de se révolter, de hurler, du moindre mouvement dont elle puisse décider vraiment, tout cela était déjà derrière elle. Une marée noire et venimeuse envahissait sa chair, la pénétrait en profondeur, et partout sur son passage entraînait la panique, jusqu'aux confins de son système nerveux. Son corps allergique ne fuyait pas le venin, il ne se révoltait pas. Il se désorganisait sans offrir la moindre résistance.

Dans un ultime effort, Judith tenta de maintenir un peu de cohérence dans ses pensées. Son homme allait arriver. Il se souviendrait de ce qu'il faut faire.

N'hésite pas, Mimmo.

En cas de surdosage, elle serait bonne pour une désintoxication progressive de la cortisone qu'il lui injecterait, mais c'était un moindre mal.

Si toutefois il arrivait. Avait-il crié ? Montait-il les escaliers ?

Judith aurait bien voulu entendre ses pas précipités sur les marches, mais le bourdonnement assourdissant des abeilles était lui-même déjà bien loin. Judith ne pouvait plus entendre que son cœur, et sa respiration. Si elle voulait garder espoir, il était grand temps qu'elle s'en désintéresse, sinon elle prendrait vraiment peur.

Mais la peur elle-même était vibrante et désordonnée. Elle allait et venait par vagues, un coup je meurs un coup j'étouffe, mon corps se ferme s'endort et pèse des tonnes. Judith n'était plus le médecin tombée amoureuse de son Mimmo un matin de mai. Judith n'était plus une jeune femme non plus. Judith était un corps à la torture. Judith n'avait peut-être plus beaucoup de vie en elle, mais elle gardait une conviction : il fallait s'accrocher à quelque chose.

Avant qu'il ne soit plus possible de décrire le fil de ses pensées avec des mots, Judith se pelotonna mentalement autour de son ultime richesse. Celle qui l'avait amenée à la vie.

C'est ainsi qu'elle avait été appelée par sa maman, juste au moment où on l'avait déposée sur son ventre.

Et quel que soit son avenir proche, qu'elle reprenne conscience sur cette terre ou ailleurs, on viendrait la chercher en l'appelant ainsi.

Judith.

Franz et Gerhard Kettenmeyer étaient installés à l'arrière de la limousine qui les conduisait vers le centre de recherches de MeyerLintz à Burtigny, à quelques kilomètres à peine de l'aéroport de Genève. La contrariété avait envahi Franz après sa conversation avec ce français prétentieux. Elle l'avait presque distrait de son appréhension au moment de l'atterrissage, mais elle lui avait aussi donné mal à la tête. Franz avait franchi un nouveau seuil de mauvaise humeur lorsque son assistante lui avait présenté un verre d'eau et un tube de paracétamol, comme si elle avait pu lire le mot céphalée sur le front du capitaine d'entreprise. Franz aimait que l'on réponde à ses attentes, mais détestait que l'on se montre trop prévenant. L'anticipation était son privilège exclusif. Finalement, la coupe avait débordé lorsque Franz avait aperçu la silhouette de son frère sur le tarmac au moment où le Falcon s'était immobilisé.

Son frère cadet s'était engouffré dans la voiture sans mot dire, au moment même où Franz s'apprêtait à le saluer.

— Je suppose que tu as de mauvaises nouvelles à m'annoncer, lui dit Franz en pénétrant dans le véhicule.

— Pas du tout, répliqua son frère. C'est l'impatience qui m'a fait me déplacer jusqu'ici. Vas-tu encore me demander de me montrer patient ?

— Vingt-quatre heures tout au plus.

— Cela m'en laisse à peine douze pour tout paramétrer. Tu n'es pas sérieux, Franz !

— Si.

— Tu es totalement inconscient.

— Tu as des leçons à me donner ? Qu'as-tu fait les trois derniers jours ?

— Ça te regarde ?

— Tu as trompé ton attente dans la salle VIP du casino de Montreux ?

— Arrête, Franz. Ne me fais pas la morale.

— Et comme tu as perdu des sommes colossales, tu as fini au lit avec... comment s'appelle-t-elle encore ? Tania ? À moins que cette fois-ci ce soit Inge, l'interminable Hollandaise que tu as emmenée se faire rougir les seins à Nassau le mois passé ?

— Franz...

— Tu les paies au mois pour avoir l'exclusivité de leurs faveurs ou tu acceptes de partager ?

— Laisse tomber, tu veux ? J'attendais que tu me fournisses ce que tu m'avais promis, est-ce que je dois te le rappeler ? Pendant que tu trafiquais nos comptes avec ton ami John, j'étais sensé tout tester, de bout en bout. Nous n'aurions plus qu'à appuyer sur le bouton.

— Si tout est prêt, tu n'as pas à t'inquiéter.

— Franz, ça, c'est à moi d'en juger. Mon rayon. Pas le tien. Il manque une pièce à mon puzzle, et elle doit s'adapter parfaitement. La moindre erreur serait fatale.

— Alors qu'attends-tu pour m'expliquer ce que tu comptes faire ?

Avant de se rendre compte que Franz faisait diversion, Gerhardt s'était laissé entraîner sur la pente technique.

C'était un ingénieur hors pair. À la fin de ses études, il s'était consacré à la modernisation de l'ensemble des services du groupe MeyerLintz. Depuis la mort de son cousin Charles – de vingt ans son aîné, et dernier représentant de la famille Lintz au sein du groupe – il avait pris à bras le corps un dossier crucial : l'autorisation de la vente de leurs produits pharmaceutiques auprès des autorités nord-américaines. Il s'était doté pour cela de moyens rarement consentis au sein d'autres entreprises du secteur, mais était parvenu à considérablement augmenter le score de leurs dossiers, offrant à MeyerLintz quelques jolies avancées au sein du premier marché mondial.

— L'algorithme est ok, dit Gerhard. Nous l'avons testé dix fois sur nos nouveaux serveurs. Ces machines sont les meilleures dans ce créneau.

— Et ?

— Et elles ont été mises hors d'état en moins de vingt secondes. Ce sera encore plus rapide sur les serveurs que nous visons.

La limousine ralentit pour pénétrer dans le domaine bien entretenu qui abritait le centre de recherches. C'était un bâtiment moderne, qui formait un anneau de plusieurs centaines de mètres de circonférence, tout en vitres et en armatures métalliques. L'ensemble siégeait au centre d'un arboretum ouvert au public chaque week-end.

— Tu as entendu pour la centrale de la Bâtiaz ? demanda Gerhard.

— Oui. C'est d'ailleurs pour cette raison que tu n'as pas eu la « chute des dominos » plus tôt.

— Que veux-tu dire ?

— Je veux dire que c'était le test ultime.

Gerhard écarquilla les yeux.

— Quoi ?

— Tu as bien entendu.

— Tu es en train de m'expliquer que cette attaque était destinée à tester la « chute des dominos » ?

— Exact. La preuve de son efficacité a été faite. Il ne te reste plus qu'à l'utiliser.

— Quand vous en êtes-vous emparés ?

— Cela te regarde ?

— Oui, Franz, ça me regarde à plus d'un titre. Je veux être sûr de disposer de la version qui a fichu le bordel à Émosson.

— Je te le confirme.

— Cela veut dire qu'elle avait été volée il y a moins de vingt-quatre heures.

— En effet.

— Et si cette opération avait été un échec ?

— Nous aurions dû patienter. C'était un risque à courir.

Les joues rondes de Gerhard devinrent rouges. Il sortit de la voiture et se dirigea à grand pas vers l'entrée sans attendre son frère. Franz se laissa distancer, et compta mentalement jusque trois. Comme à son habitude depuis qu'ils étaient tout petits, Gerhard s'emportait, s'éloignait de son frère, puis revenait comme une balle de jokari, le doigt tendu vers sa poitrine.

— Cela fait des mois que je prépare ma bombe, et que tu me promets de me fournir le véhicule qui va l'acheminer là où elle doit exploser. Et c'est maintenant que j'apprends qu'en réalité, tu as failli rentrer bredouille ?

— Calme-toi.

— Non, je ne me calme pas ! Tu prends des risques inconsidérés !

Une fois encore, Gerhard repartit à nouveau vers l'avant. Franz marcha à son rythme vers le bâtiment. Cette fois-ci il prit le parti de reprendre la parole dans le dos de son cadet :

— Tu auras ce que tu veux dans quelques heures. Je sais bien que tu n'aurais pas procédé de pareille manière, mais tu m'as dit toi-même il y a six mois que tu n'étais pas en mesure de concevoir quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la « chute des dominos » sans y consacrer deux années entières. Tu ne m'as guère laissé de choix : je me suis mis à la recherche d'une solution prête à l'emploi. Je l'ai trouvée. Et elle vient de faire ses preuves.

Les deux hommes s'étaient engagés dans le couloir qui menait au bureau de Gerhard.

— Il n'empêche que ta solution arrive bien tard.

— Peut-être. Mais dans tous les films, on désamorce la bombe à trois secondes de l'explosion, non ? Ah oui, j'oubliais. Tu n'es pas cinéphile. Pas le temps. Le sexe a ses raisons que la raison ne connaît pas.

— Ta désinvolture me laisse indifférent, Franz.

— À chacun ses défauts. J'ai rempli ma partie du contrat. Maintenant dis-moi comment, toi, tu comptes procéder.

Gerhard ouvrit la porte de son bureau en poussant un long soupir.

— Entre. Tu connais déjà l'essentiel.

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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administrateur théâtres

C'est dans les chœurs religieux et scolaires en Arkansas que Barbara Hendricks commence à chanter, avant d'entreprendre des études de sciences. À partir de 1968, elle prend des cours de chant, notamment à la Juilliard School of Music de New York, où elle a comme professeur Maria Callas. On connait la suite de son parcours qui a saisi d’admiration des générations d’amateurs d’art Lyrique depuis les années 70.

C’est ce cadeau inestimable que nous a fait la 13e édition de la célèbre Nuit des chœurs au Château Bois-Seigneur-Isaac hier soir.

 Au point de s’octroyer le plaisir de réécouter l’intégralité de son concert une deuxième fois. Le programme est « gospels » tout simplement. Les meilleurs jamais entendus, avec cette sublime formation,  le  Mikrokosmos Choir, fondé en 1989 par son actuel directeur artistique Loïc Pierre, et qui rassemble aujourd’hui deux ensembles composés de jeunes chanteurs venus de la France entière. Une palette de jeunes artistes qui savent transmettre l’émotion, pour qui le décor, le public, les éléments fâchés avec le soleil semblent s’évanouir avec leur création musicale toute en nuances.

C’est la musique de ses racines que Barbara Hendrickx nous livre avec simplicité. Car comme  sur les 6 autres scènes, elle n’a que 20 minutes contre vents et pluies. Ce qui ne l’empêchera pas d’interrompre sa divine prestation en disant d’une voix inoubliable à un spectateur distrait « …. ne fumez pas, s’il vous plait, ne fumez pas ! ». Car l’essence de ses chansons est divine, et on ne peut se permettre le prosaïsme. « My God is so high ! » Glory, Glory Alleluia en solo, sous les arbres et devant une marée de spectateurs captivés. La sonorité est liquide et chaude, l’esprit qui porte le chant fuse comme une jeunesse éternelle, troue les nuages fâcheux et rejoint l’infini. «  Down by the riverside » revient à la terre au bord du Mississipi. Touche ses racines. Le velours de sa voix donne le vertige, les trémolos palpitent, les riches modulations du chœur accompagnent. Les feuilles de partitions s’envolent. Diction sublime.  Point culminant : «  Nobody knows the trouble I see. » Le chœur hulule des soupirs  dignes de Old man River. Des notes très profondes sortent de la bouche de la chanteuse qui ajoute simplement : « …. like Jesus. »   Personne ne voit la misère comme Jésus. L’ample dévotion est au zénith de l’émotion. Des guirlandes de sons se déploient. « Didn’t my lord deliver Daniel ? » Suspense encore :  «….why not e-ve-ry man ? ». Rythme, joie, espoir, texte totalement ressenti, no fake swinging and singing. Le retour aux sources sacrées du chant.  Elle a le sens du drame et de la résurrection. Sa voix juvénile – parcelle d’éternité - s’élance une nouvelle fois vers le ciel lourd et bas. Bis : « Give me Jesus ». Son message en trois mots de la fin. C’est un appel poignant alors que la nuit descend.  « ….when I come to die. » Dernier suspense.12272825886?profile=original

On oublie avec ces instants mémorables le remplacement inopiné du groupe de 30 choristes libanais dont on attendait avec impatience les chants maronites. On se souvient des malicieux « Rossignols Polonais » lauréats du titre de « Chœur de l’Union européenne-ambassadeur de la culture» sous la baguette du talentueux Jacek Sykulski. Ils ont séduit les familles par leur fraîcheur et  leur programme qui brassait l’Alléluia du Messie de  Haendel, les Carmina Burana et les miaous exaltés de  Walt Disney dans Lady and the Tramp. L'a cappella des Flying Pickets a plu. Mais si, pour renouveler le programme l'année prochaine, on partait à la recherche d' un peu plus de chœurs classiques en faisant moins appel à l'aspect "pop", le public serait encore plus ravi. Nous en sommes convaincus.

 

www.nuitdeschoeurs.be

http://www.barbarahendricks.com/

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De la part de Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople des Rives du Bosphore

alias le « Prince Noir » de la Vallée ligérienne

à son cher frérot, le fertile Cyrano de la Mosquée bleue

régnant en pacha sur son royaume de la « Flûte enchantée»

 

 

 

« À fréquenter le chat, on ne risque que de s'enrichir.

                                Serait-ce par calcul que depuis un demi-siècle je recherche sa compagnie ?»

Colette 

 

 

 

 

                          Les conventions du protocole de nos deux pattes favorites étant «chatcrément» sclérosantes, vous en conviendrez avec moi, chers  «chatmis» des bêtes et en particulier du genre félin, que je me devais de me montrer extrêmement pointilleux en digne Aristochat qui se respecte, obligé de révérer les codes de ces humains un peu fous, qu’il faudrait prendre parfois le soin de « purger avec quatre grains d’ellébore », et ce n’est pas le Maitre des Eaux et forêts de Château Thierry, éminent fabuliste, qui me contredirait ! 

 

                         Me voici donc porteur d’une noble mission, et non des moindres,  moi l’ancien « Bon Petit Diable » surnommé Diabolus, au gré de ses diableries de diablotin facétieux et retords : «chatluer » mon illustre ainé… ayant pointé son museau couleur ébène, quelques minutes avant le mien, sur cette planète Terre qui est bien loin de tourner rond, si vous me pardonnez l’expression, il y a maintenant de «chats»… cinq ans, quasiment jour pour jour, enfin presque, étant donné que chez nos bipèdes humanoïdes, il semblerait qu’il soit de coutume de célébrer les anniversaires, la veille …

 

                         Ainsi, permets moi, auguste frérot, en souvenances de quelques joutes fraternelles partagées en quintette dans notre berceau angevin, fief du fameux  « bon roi René » d’Anjou, avant même que tu sois désigné à rejoindre ta maison poitevine pour y fonder la dynastie de l’Arc de Lune, tandis que de mon côté, j’étais convié bien des semaines plus tard et ce, contre mon consentement, cela va sans dire, à aller résider au cœur du « Jardin de la France » afin de tenir compagnie à un certain duo féminin de félinopathes associés, de te présenter mes vœux les plus « chatleureux  » de plein épanouissement dans ta nouvelle fratrie recomposée, toi qui bénéficie dès lors, de la protection de Dame Béatrice, depuis qu’en ce jour de fête nationale, tu as daigné en sage, t’intégrer «chatdmirablement» , faisant honneur à notre lignée, ainsi qu’à la bonne éducation dont tu as pu jouir chez la jouvencelle répondant au doux prénom provençal, à la Pagnol, de Fanny, elle, qui avait fait autrefois de toi son élu, t’adoubant chef de sa tribu chattesque…

 

                        Quoiqu’il ne te fut pas donné, mon cher Cyrano, de régner sur un gynécée de splendides créatures expertes en mille et une chatteries et mignonneries typiques de graciles donzelles à longues vibrisses et griffes acérées auxquelles tu rêvais de compter tour à tour fleurette au gré de tes humeurs folâtres, phéromones à la clé, en leur chantant de tendres mélopées miaulesques, sérail proche d’un sultan de l’empire ottoman, où maints de nos trisaïeuls virent le jour, qu’il me soit encore une fois autorisé de souligner combien tu as, dans un proche passé, œuvré avec mérite en courtisant assidûment et durablement, ta promise, damoiselle Chana d’Angora’Mour pour que notre race si rare et hautement historique de Catus angorensis décrite par le savant naturaliste Carl Von Linné puisse compter un bel éventail d’héritiers assignés à assurer la succession, et le devenir de notre espèce ancestrale !

 

                       Car vos amours, placées sous les meilleurs auspices, ne pouvaient être assurément que florissantes !

                      J’en ai une preuve flagrante grâce à mon fidèle et proche compagnon, le délicieux neveu farfadet Florestan, ce si expressif Brutus vorace, ton fils, puisque chaque jour que la déesse Bastet fasse, il est là pour me remémorer par sa présence, combien le devoir conjugal porta ses fruits…contrairement à mon sort contrarié de galant impénitent, voué au célibat par la Force du Destin !

 

                      Ah, ne m’entends tu pas soupirer à fendre l’âme ? Pauvre malheureux, j’ai du apprendre le sentiment de résignation en renonçant à jouer aux amants de Vérone …

 

                      Depuis ma cellule monacale d’où je vis veillant sur les jeunots de notre trio retiré des turbulences de l’existence (si, si, je persiste et signe, nos congénères savent méditer, n’est pas chat contemplatif qui veut) j’ai ouï dire que ton intégration en contrée natale de la Faunesse de Saint Sauveur en Puisaye, alias notre alliée l'écrivain Colette, perdure à se dérouler en douceur, et que tu as su promptement conquérir membres de la maisonnée et visiteurs de la gente dame Jolie, en incurable « chatrmeur » que tu représentes, le pendant félin, si j’ose dire, de ce Casanova de séducteur, trouvant ses repaires malgré son « âge de raison », en un clin d’œil, ou le temps qu’il faut pour le miauler d’aise …

 

                     Voilà, un quinquennat déjà de passé, nanti des petites et grandes misères que cela implique au quotidien, toi le tireur forcené à la carabine qui heureusement t’a épargné le pire, soit un trépas prématuré, moi, tous les épisodes aigus générés par le mal chronique dont je suis irrémédiablement atteint…

 

                    Mille et une pattes de velours de ton quasi jumeau Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople des Rives du Bosphore, sans oublier de la part de ton fiston, Florestan de l'Arc de Lune …

 

                     Chattesquement à toi !

                      le "Prince Noir"

                      Par l'intermédiaire du scribe préféré de Cyrus, Valériane d'Alizée,

                      Pour les cinq ans des deux frérots, le 25 Août 2012

 

 

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Scène de l'écrivain public de Braldt Bralds

 

 

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le 15 juillet à 5 heures S Lama

Ta voix murmure
Tranquille et sûre
Comme un vieux disque qu'on écoute
Un verre de whisky à la main
Sous la véranda on s'installe
Dans un bruit feutré de sandales
Devant un parterre de fleurs
Le 15 juillet à cinq heures.

Le vent s'épuise
Sur la remise
Où mon piano s'endort enfin
Après une nuit de chagrin
Sous le parasol du feuillage
Le vent feuillette page à page
Le livre de notre bonheur
Le 15 juillet à cinq heures

Dans la maison de Frédérique
Tu as classé quelques bouquins
Tu as disposé quelques fleurs
Cueillies fraîches de ce matin
A ta main une cigarette grésille
On mange du melon
Hormis la chanson des frelons
Nous n'avons plus rien dans la tête.

Dans la maison de Frédérique
Eblouis comme deux enfants
Tu me parles d'anciens amants
Moi de mes maîtresses d'avant
Tu croques du raisin bien tendre
Des grappes lourdes, couleur d'encre
Je ferai du café tout à l'heure
Le 15 juillet à cinq heures

Presqu'irréelle
Tu es si belle
Entre mes cils tu apparais
Comme une dame d'y a longtemps
Que j'ai aimée ailleurs, peut-être
Il faut que j'écrive une lettre
À un vieil ami qui se meurt
Le 15 juillet à cinq heures

Demain c'est triste
La vie d'artiste
On reprendra la vie d'avant
L'appartement où l'on s'ennuie
On invitera Frédérique
Mes frères, tes surs, toute la clique
Il ne restera qu'une odeur
Du 15 juillet à cinq heures

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Impression d'été

Je viens de passer deux mois dans l’univers des mots. Etonné par les découvertes à chaque pas amorcés. Mes lectures sont dans le texte, je voulais autre chose qu’une liste.

Il paraîtrait que… (la formule d’Eric Guillote) vous avez certainement du voir ce début de phrase qui commence au conditionnel et qui se poursuit par une synthèse fouillée et amusante, de réflexion sur l’état actuelle des choses. Il paraîtrait que internet et ses foutus réseaux sociaux sont les assassins de la pensée et des relations bien réelles.

Virtuel. Bah c’est réel quand même. Les connexions s’établissent ne partant de rien à tous. De la pensée jusqu’au langage compréhensible visible sur des petits bouts rectangulaires blancs. Une somme de réalités individuelles se trouve en un lieu de constructions, d’amusements. La création de liens profonds, ou passagers agence le quotidien de tout un chacun. Un vrai semblant je trouve...

Un semblant qui m’a subjugué ces dernières années… Non pas les infos. Là je retiens la phrase du king dans Rage avec une intro à la Mr Guillote : Il paraîtrait que…  « “Quand on recrache le passé et que le présent est encore pire, ça rend le vomi presque appétissant”.

Deux mois d’été de découvertes. Époustouflant ce que la disparition d’une chose, la vraie relation sociale, il paraît, peut faciliter la création d’une autre, une vraie relation sociale grâce à la virtualité.

Livres et sensations de lectures, encore un nuage d’idées qui selon certains endort les sens si il y a une surconsommation. Pourtant dans une maison fondée en 1959, j’ai rencontré un proprio bien dans ses bottes. Un groupe de colocataires uni comme les six doigts de la main qui savent où mènent leur barque, essayez de les déloger.

N’ayons crainte, ils ne sont pas du genre à agir sous la bannière de la religion. Ils veulent juste. Oui juste de son prénom, le juste équitable. Simple non. Le (s) maître (s) sur son (leurs) trône de fer, veille (nt) au grain. La pensée furtive et les réseaux sociaux sont contrôlables et punissables plus facilement que pour un tueur en série, ou un abuseur de gosses. Donc tranquille. Ce n’est que la toile, qui tue la relation réelle, donc laissons faire, laissons-les s’autodétruirent, ce n’est pas réel.

Au passage, il paraîtrait qu’un “flash mob” gigantesque foutrait un sacré bordel.

Dans cette cohue de clics, de bavardages, de grattes papiers, j’ai appris, j’observe cette toile qui semble si empoisonnée et assassine. Bizarre, je ne ressens rien, un poison sans effet dirait-on. Le démon des morts ne m’a pas expédié auprès de son juge l’enfant des cimetières. J’ai passé le concours de l’A666. Et tout va bien. C’est ce que j’ai envie de dire aux détracteurs qui vomissent l’art. Tout va bien, rassurez-vous. Il n’y a pas qu’une dimension ici bas.

Oui, il paraîtrait que dans les mots, à travers eux, on peut vivre et survivre, créer ou catastropher, rire ou couiner. C’est le Nouveau Monde. En construction. Alors quand quelque chose bug. Il paraîtrait qu’un update est recommandé.

Vous l’avez vu aussi la phrase des vacances :

“Un homme qui a réussi est un homme qui se lève le matin et se couche le soir,

Et qui entre les deux a fait ce qu’il aimait”

Laissez-le devant son ordinateur si nécessaire…12272825460?profile=original

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Georg Trakl, une vie magistralement ratée

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                               Georg Trakl (1887-1914)

 

"Une vie ratée, mais le plus magistralement du monde." (Marc Petit)

 

"Sentiments dans des instants où la vie est semblable à la mort : tous les êtres sont dignes d'amour. Au réveil, tu sens l'amertume du monde ; il y a là toute la dette que tu n'as pas rachetée : ton poème, une expiation incomplète." (G. Trakle)

 

"A celui-là qui méprise le bonheur, sera donnée la connaissance." (G. Trakle), écrit à l'âge de 17 ans.

 

"Mais qui donc pouvait-il être ?" (Reiner-Maria Rilke)

 

 

A Georg Trakl

 

(puisqu'il est désormais plus facile de parler avec les morts qu'avec les vivants)

 

"Am Abend tönen die herbstlichen Wälder

Von tödlichen Waffen..."

 

Dans l'eau stagnante sombrent les étoiles,

Les tournesols fanés

Tournent vers la terre leur unique oeil noir,

Des larmes d'or

S'accrochent à leur splendeur déchue...

 

S'approchent les compagnons d'infortune :

L'Etranger, L'enfant Elis et le pauvre Kaspard

Et les morts de Grodeck qui jouaient jadis,

 

"Garçons étourdis de rêve,

Le soir doucement là-bas à la fontaine"...

 

Un oiseau bleu appelle

Dans la clairière des anges

Et des hyacinthes,

Grete, la tendre soeur,

Eclaircit la douleur

De ton front  couronné de ronces

"Où saignent en silence

Des légendes immémoriales

Et le présage obscur

Du vol des oiseaux"

Et ferme tes yeux de lune.

 

"Sur tes tempes goutte de la rosée noire,

 Le dernier or d'étoiles déchues"...

 

Le suc fatal du pavot

 

Ton esprit et ton cœur ont quitté le pressoir...

 

"Tu vas, toi, d'un pas lisse vers la nuit

Toute chargée de raisins pourpres,

Et tu bouges les bras plus beaux dans le bleu..."

 

O wie lange bist, Elis, du verstorben...

 

 Mais quel est donc ce monde où l'on assassine les archanges ?

 

 

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Bouche au ciel,

Les chevaux forcenés des fontaines

Pleurent

Dans leurs prisons de pierre...

Une couronne rayonne en entrelacs compliqués...

Les parcs exhalent la vaste fraîcheur des valses...

Des fantômes tristes et anciens

Hantent la gloire abolie des palais déserts...

Comme un triste bruissement de fontaine,

Comme la joie inaccessible

D'une claire matinée de neige,

Comme une barcarolle désaccordée,

Comme une jubilation secrète,

Prisonnière du gel et du temps...

Vieille Europe, je te porte en moi...

"Oui, je suis vieille,

J'ai trop porté le poids de la douleur,

Mais je suis belle encore...

 

Priez pour que le printemps revienne !"

 

R.G.

 

Georg Trakl, né le 3 février 1887 à Salzbourg, Autriche et décédé le 3 novembre 1914 à Cracovie, est un poète autrichien. Il est l'un des représentants majeurs de l'expressionnisme. Georg Trakl laissa comme témoignage de sa vie tout aussi brève qu’intense - il est mort à l'âge de 27 ans - une œuvre sulfureuse composée de poèmes dont l'importance fait de lui un des poètes majeurs du XXème siècle.

 

Il se lance dans des études de pharmacie le 5 octobre 1908 et passe ses premiers examens en chimie, en physique, chimie et botanique l'année suivante. Sa jeunesse est fortement marquée par ses attitudes anti-bourgeoises et provocatrices, ainsi que par la drogue, l’alcool, l’inceste et la poésie qui resteront les piliers de son existence. On sait qu'il s'adonne à la drogue dès 1905 alors qu'il commence un stage dans la pharmacie À l'ange blanc de Carl Hinterhuber dans la Linzer Gasse à Salzbourg.

 

Il écrit à son ami von Kalmar : « Pour surmonter la fatigue nerveuse à retardement, j'ai hélas encore pris la fuite avec du chloroforme. L'effet a été terrible ». L’amour incestueux de Trakl pour sa sœur va profondément influencer son œuvre. L’image de « La sœur » s’y retrouve de façon obsédante, et c’est cette relation charnelle et amoureuse qui va devenir une source d’angoisse et de culpabilité profonde pour le poète. On sait toutefois peu de choses directes sur leur relation, la famille ayant fait disparaître leur correspondance.Trakl publie son premier poème en 1908 dans la Salzburger Volkszeitung : Das Morgenlied.

 

En mai 1914, Trakl est invité au château de Hohenburg à Innsbruck par le frère de Ludwig von Ficker. Le 27 juillet 1914, Ludwig Wittgenstein autorise von Ficker à donner 20 000 couronnes à Trakl en les prenant de la somme qu'il avait mise à disposition pour soutenir les artistes autrichiens dans le besoin. Mais Trakl, qui depuis plusieurs mois cherchait vainement un emploi pour assurer son existence matérielle, n'aura pas le temps d'en profiter.

 

Lorsque la guerre éclate, Georg Trakl est mobilisé dans les services sanitaires. Il quitte Innsbruck pour le front de l'est la nuit du 24 août 1914. Le détachement sanitaire dont il fait partie est stationné en Galicie et participe du 6 au 11 septembre à la bataille de Gródek.

 

Trakl a pour mission de prendre en charge, dans une grange et sans assistance médicale, pendant deux jours, les soins d’une centaine de blessés graves. Il fait quelques jours plus tard, à la suite des horreurs dont il vient d'être témoin, une tentative de suicide au moyen d'une arme à feu. Il est transféré le 7 octobre à l’hôpital militaire de Cracovie.

 

Les 24 et 25 octobre, Ludwig von Ficker rend une ultime visite au poète dans la cellule de la section psychiatrique. Trakl y exprime toute sa crainte, toute son angoisse. Déjà un an auparavant, il avait fait part à von Ficker de sa dépression et de sa peur de la folie : « Ô mon Dieu, quelle sorte de tribunal s'est abattu sur moi. Dites-moi que je dois encore avoir la force de vivre et de faire le vrai. Dites-moi que je ne suis pas fou. Une obscurité de pierre s'est abattue. Ô mon ami, comme je suis devenu petit et malheureux". Trakl donne lecture à Ficker de ses derniers poèmes, Klage (Plainte) et Grodeck. Dans une lettre du 27 octobre, il les lui envoie et fait de sa sœur son unique légataire.

 

À l’âge de 27 ans, dans la nuit du 2 au 3 novembre Trakl décède d’une overdose de cocaïne. Les autorités médicales de l’hôpital militaire concluent à un suicide. « Mais qui donc pouvait-il être ? » se demandera Rilke juste après la mort de Trakl sans parvenir toutefois à répondre. Georg Trakl est enterré au Rakoviczer Friedhof de Cracovie le 6 novembre. Son amie Else Lasker-Schüler lui dédie alors un poème intitulé Georg Trakl publié en 1917 :

« Georg Trakl succomba à la guerre, frappé par sa propre main.
Et ce fut tant de solitude dans le monde. Je l'aimais. »

 

 

Grodek

 

(le dernier poème écrit par G. Trakl)

 

Le soir, les forêts automnales résonnent

D'armes de mort, les plaines dorées,

Les lacs bleus, sur lesquels le soleil

Plus lugubre roule, et la nuit enveloppe

des guerriers mourants, la plainte sauvage

de leurs bouches brisées.

Mais en silence s'amasse sur les pâtures du val

Nuée rouge qu'habite un dieu en courroux

le sang versé, froid lunaire ;

Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire.

Sous les rameaux dorés de la nuit et les étoiles

Chancelle l'ombre de la sœur à travers le bois muet

pour saluer les esprits des héros, les faces qui saignent ;

Et doucement vibrent dans les roseaux les flûtes

sombres de l'automne.

Ô deuil plus fier ! autels d'airain !

La flamme brûlante de l'esprit, une douleur puissante

la nourrit aujourd'hui,

les descendants inengendrés. 

 

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Georg Trakl

Die schöne Stadt

 La belle ville

Alte Plätze sonnig schweigen.
Tief in Blau und Gold versponnen
Traumhaft hasten ernste Nonnen
Unter schwüler Buchen Schweigen.
 
De vieilles places se taisent au soleil.
Absorbées dans le bleu et l'or
Se hâtent, rêveuses, de douces nonnes.
Sous le silence de hêtres lourds.
 

Aus den braun erhellten Kirchen
Schaun des Todes reine Bilder,
Großer Fürsten schöne Schilder.
Kronen schimmern in den Kirchen.

 

Dans les églises éclairées de brun

Regardent les images pures de la mort,

Les beaux écussons des grands princes,

Des couronnes étincellent dans les églises.

 

Rösser tauchen aus dem Brunnen.
Blütenkrallen drohn in Bäumen.
Knaben spielen wirr von Träumen
Abends leise dort am Brunnen.

 

Des chevaux émergent de la fontaine.

Sur les arbres des fleurs sortent leurs griffes.

Des garçons jouent, étourdis de rêve,

le soir doucement là-bas à la fontaine.

 

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 Mädchen stehen an den Toren,
Schauen scheu ins farbige Leben.
Ihre feuchten Lippen beben
Und sie warten an den Toren.

 

Des filles se tiennent au portail,

Timidement regardent la vie aux couleurs vives.

Leurs lèvres humides tremblent

Et elles attendent devant le portail.

 

Zitternd flattern Glockenklänge,
Marschtakt hallt und Wacherufen.
Fremde lauschen auf den Stufen.
Hoch im Blau sind Orgelklänge.

 

Des sons de cloches volent, frémissants,

Une cadence de marche résonne, et des appels de

sentinelles.

des étrangers écoutent sur les marches.

Haut dans le bleu il y a des sons d'orgue.

 

Helle Instrumente singen.
Durch der Gärten Blätterrahmen
Schwirrt das Lachen schöner Damen.
Leise junge Mütter singen.

 

Des instruments clairs chantent.

A travers le décor de feuilles des jardins

Frémit le rire de belles dames.

Des jeunes mères à voix basse chantent.

 

Heimlich haucht an blumigen Fenstern
Duft von Weihrauch, Teer und Flieder.
Silbern flimmern müde Lider
Durch die Blumen an den Fenstern
 
Familièrement passe devant des fenêtres fleuries
Une odeur d'encens, de goudron et de lilas.
Argentées scintillent des paupières lasses
Au milieu des fleurs, aux fenêtres.
 
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                         An den Knaben Elis

 

Elis, wenn die Amsel im schwarzen Wald ruft,

Dieses ist dein Untergang.

Deine Lippen trinken die Kühle des blauen Felsenquells.

 

Laß, wenn deine Stirne leise blutet

Uralte Legenden

Und dunkle Deutung des Vogelflugs.

 

Du aber gehst mit weichen Schritten in die Nacht,

Die voll purpurner Trauben hängt

Und du regst die Arme schöner im Blau.

 

Ein Dornenbusch tönt,

Wo deine mondenen Augen sind.

O, wie lange bist, Elis, du verstorben.

 

Dein Leib ist eine Hyazinthe,

In die ein Mönch die wächsernen Finger taucht.

Eine schwarze Höhle ist unser Schweigen,

 

Daraus bisweilen ein sanftes Tier tritt

Und langsam die schweren Lider senkt.

Auf deine Schläfen tropft schwarzer Tau,

 

Das letzte Gold verfallener Sterne.

 

 

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A L'enfant Elis

 

Elis, quand le merle appelle dans la noire forêt,

C'est là ton déclin.

Tes lèvres boivent la fraîcheur de la source bleue des

rochers.

 

Laisse, quand de ton front saignent en silence

des légendes immémoriales

Et le présage obscur du vol des oiseaux.

 

Tu vas, toi, d'un pas lisse vers la nuit

Toute chargée de raisins pourpres,

Et tu bouges les bras plus beaux dans le bleu.

 

Un buisson d'épines sonne,

où sont tes yeux de lune.

Ô il y a si longtemps, Elis, que tu es mort.

 

Ton corps est une hyacinthe

dans laquelle un moine plonge ses doigts de cire.

Une caverne noire est notre mutisme,

 

D'où sort parfois une bête douce

et abaisse lentement ses paupières lourdes.

Sur tes tempes goutte de la rosée noire,

 

Le dernier or d'étoiles déchues.

 

Georg Trakl, Sebastien en rêve

(Traduit par Marc Petit et Jean-Claude. Schneider, NRF, Poésie/Gallimard)

 

 

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                                           Egon Schiele, Herbstsonne, 1914

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Les éditeurs le savent-ils?

 

Ceux que l'on nomme les aînés,

Se réfugient dans le silence.

Souvent atteints d'inappétence,

Ils pensent aux plaisirs surannés.

...

Se réfugient dans le silence,

Pour ne pas être importunés.

Ils pensent aux plaisirs surannés

Vont vers un ailleurs, en errance.

...

Pour ne pas être importunés,

Les regrets ne sont que nuisance,

Vont vers un ailleurs, en errance,

Parfois, la poésie renaît.

...

Les regrets ne sont que nuisance!

Chacun le sait, le reconnaît.

Parfois, la poésie renaît,

Fait oublier torts et offenses

...

Chacun le sait, le reconnaît,

La poésie est jouissance,

Fait oublier torts et offenses.

Y ont recours nombreux aînés.

...

La poésie est jouissance.

Leur service enfin terminé,

Y ont recours nombreux aînés,

Témoigant avec élégance.

...

24 août 2012

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Songe calédonien

12272824073?profile=originalSonge calédonien

 

Surface lisse, peau serpentine

De ton cortex se dessine

Un front barré de rides

S'écoulant dans leur sablier

Creusant un regard vide

Qui se fixe au-delà du limier

Cherchant dans ses larmes colloïdes

Une bouche esquissée, livide

Un rire à jamais étreint

Dans une gorge nouée

Pétrifiée, aphone, garrottée

Masque de boue énucléé

D'une beauté figée au pilori

Née du hasard, au biribi

Pureté minérale, primidi

Terre oubliée, paradis ?

Aucune lueur ne s'éteind

Dans deux yeux ocelles

Devant tes yeux oscille

Une nuée de mouches noires

Nul vent, miroir de moire

Jardin zen que tu contemples

Qui te cultive et qui te hante

Pierre-aux-masures, improbable temple

Où tes mains jointes, implorantes

Cherchent la trace devinée

De ta propre destinée.

 


Illustration : serpentine métamorphisée (péridotite/dunite) de Nouvelle-Calédonie. J'ai malencontreusement brisé cette belle roche, qu'importe. Qu'en sera-t-il de nos os ?

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L'inventaire de l'aube

"Les souvenirs sont du passé qui espère." (Jean Mambrino, le mot de passe)


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Tandis que des ombres usurpent la scène, les êtres de chair et de sang et les belles créations imaginaires se pressent aux marches de la mémoire...

Les amis de l'enfance : le petit prince, Alexis Romanov, la grâce assassinée... Ivan, l'enfant soldat, courageux comme un homme, dont le fier regard bleu de déviait jamais et qui grandit trop vite, dans la nostalgie de l'enfance perdue... Alexandre, l'enfant russe aux cheveux d'or, l'oiseleur pacifique aux épaules de colombe... Franz, qui se baignait nu dans les torrents du Tyrol... Marc, tacheté de rousseur, qui aimait les mystères... Frédéric, le maçon des hirondelles, qui n'apprit jamais à lire... Baptiste, le cancre subtil qui marchait sur les mains... Didier, qui descendait des collines, cheveux au vent... Christian, aux yeux mauves, dont la beauté ne touchait pas terre, John, que sa mère n'aimait pas et l'enfant d'Amérique qui m’offrit un jour Votre Image..." car j'étais un étranger et vous m'avez accueilli."

Richard, qui me regarde tristement de loin...

Anne et Sophie, les deux sœurs, qui m'accordèrent, par une belle après-midi d'été, à Versailles, dans les allées fraîches du château royal, leur amitié enchantée...

Et Jean-Jacques, dont le sida vola la vie magnifique.

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Les plages infinies du Nord dans la blancheur brumeuse des vols d'éoliennes...

La splendeur du hêtre rouge sous son diadème de pluie...

L'innombrable blancheur orfévrée du cerisier en fleurs...

L'odeur métallique de la pluie...

Le baume suave et citronné d'éternel printemps des fleurs d'acacias...

La pluie contre les vitres, les nuits d'orage...

L'aube, l'innombrable et forcenée jubilation du fracassant gazouillis de ces gosiers ponctuels à inaugurer la lumière !

 

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Les héros de l'enfance : Tom Sawer, Huckleberry Finn, Old Shure Hand, Long John Silver... et tous les autres.

Les desserts de l'enfance : l'île flottante, la gâteau de Savoie, le clafoutis aux cerises...

Les amis de l'âge mûr : Gilles et Katarzina, en vêtements de noces, dans la lumière bleutée de la mer Baltique, quelques mois avant la démission du général Jarulevski.

Michel Velmaens, le guérisseur de Rochesauve, qui vit Eluard pleurer sur le mépris des poètes...

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... Mon grand-père...

Dans les sous-bois embaumés des fées du Limousin, parmi les fraîches jaseries des geais aux livrées éclatantes, un enfant ramasse les champignons délicieux : le cèpe de Bordeaux, épais et ambré, le pied bleu, la délicate chanterelle qui porte aussi le nom de la corde la plus fine du violon, la rose des prés et le mousseron de Saint-Georges, gracile et timide.

Quand la nuit tombe, pour la première fois sur la vieille Europe, il part, à 17 ans, vers le grand casino de la mort. De la Galicie, du Chemin des Dames, des Dardanelles, il ne dit rien. Il n'est pas de ces anciens combattants qui ressassent "leur" guerre. Il ne parle que de la souffrance des chevaux. Il porte au cou la cicatrice d'un coup de baïonnette. Ses poumons lui font mal : le gaz moutarde.

Pendant les grandes grèves ouvrières de 1936, sa femme, la souris de Cendrillon, lui passe son casse-croûte à travers les grilles de l'usine. Il est mal vu quai de Javel. Il fait partie des meneurs. Il sera bientôt licencié.

Quand la nuit tombe pour la deuxième fois sur la vieille Europe, l'ange de la dignité le tient toujours par la main.

Il arpente Les falaises de marbre, il cherche dans le grand livre de Dieu le sens de tant de malheurs.

Il flâne au bord de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l'Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavé des rois, dans le frais silence de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles métalliques des Halles de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de légumes, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires... Sur le vieux Pont Neuf du bon roi Henri, où Molière enfant découvrit la comedia dell'arte...

J'ai dix ans. Je me promène avec lui dans le Paris d'autrefois. Il me tient par la main.

Je porte en moi sa transparence énigmatique.  

                         
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L'ange qui monte la garde à la porte du cœur s'amuse à changer le mot de passe : "La Beauté, l'enchanteresse, l'indéchiffrable"... "La justesse de l'âme"... "L'oxygène de la possibilité"... "La vie espérante"... "La flèche empourprée du désir"... "Renoncer à soi, consentir à l'inattendu"... "Tout est déjà, mais rien n'est encore"...

"Seul l'instant parfait est digne d'être offert" :

Au bout de la presqu'île, l'arbre solitaire se dissout dans la lumière...

Il entra dans le grenier silencieux où flottait une odeur de poussière...

Le bébé corbeau grimpa sur son épaule et frotta son bec contre son cou...

Il s'assit dans la clairière au milieu des anges...

Ils nagèrent nus dans le phosphore des étoiles, le sel brûlait ses bras d'or...

Ma solitude porte la nuit.

Vide, le ciel pourtant s'incline...

Une odeur de poussière et de pluie éclaircit ma douleur...

Oiseaux, archers des nuages, fous jubilants, acrobates enfiévrés d'azur, de la plus haute joie, messagers. Salut !

...Giration d'un grand hortensia bleu ocellé de pluie, rincé de lumière, le ciel de Cornouailles agrandit nos rêves.

Un brouillard d'oiseaux blancs jubile... Éperdus, nous courons vers la mer...

Les enfants jouent, les martinets sont fous, le jour s'en va...

Fumée d'herbe sèche, je respire et me réjouis, buvant le vin de la nuit...

Mon cœur est une grange aux vitres brûlantes.

Je te parle dans la clarté, comme le tremble au chemin d'eau.

Les grandes carpes lentement tournent en rond et montent se réchauffer au pâle soleil de février, réjouissance du cœur profond !

 

Obstinément, la lune persiste dans la nuit.

 


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La douce brûlure de L’embarquement pour Cythère, automnale et saturnienne... Ses perspectives cavalières, ses clairières lointaines, ses masques et ses bergamasques, ses amoureux improbables et extravagants... L'accord inattendu d'une nostalgie douloureuse et d'une secrète allégresse.

Bartleby, l'inconsolable, "qui dort avec les rois et les conseillers".

Sur la plage de Venise, l'adolescent sublime, l'ange de la mort, dans le couchant...

La mort de Bergotte... Le petit pan de mur jaune... Vermeer... La palpitation de l'invisible, la suave imbibition du bonheur... La prunelle, semblable à une perle, d'une jeune fille en bleu, à demi retournée... Les visages et les choses rayonnant de l'éclat précieux du mystère...

La beauté douloureuse, semblable aux envols d'Allegri et les larmes de Mozart mourant murmurant les premières mesures du Lacrimosa...

François Couperin, Henri Purcell, Marin Marais, Jacques Duphly... Les barricades mystérieuses, le bracelet ocellé, le miroir d'argent, les orangers sous la pluie...

Tout ce que l'on porte en soi...

 

Les initiateurs...


Fraternels, terribles, proches et lointains, souvent cassés par la tempête, ils reviennent de tous les combats et nous disent : "Voici ce que j'ai vu, regarde à ton tour !"

Friedrich Hölderlin, chantant la patrie perdue, pleurant la terre dévastée, l'errance, préservant ce qui sauve à mesure que croît le danger, car "les poètes, seuls, fondent ce qui demeure."

Frédéric Nietzsche, veillé, dans l'extrême enfance de sa raison dévastée, par l'ange de la compassion.

Piotr Illich Tchaïkovski, noyant son secret  dans la Néva.

Vladimir Maïakovski dont l'espoir ressuscite chaque printemps.

Nicolas Gogol, écrasé par sa vocation : contribuer au salut de la Russie... Son silence, sa maladie, sa "stérilité créatrice"... Les manuscrits brûlés. Il s'excuse, il voudrait rester "poli", "enjoué", mesuré, humble... Il sent qu'il ennuie tout le monde, qu'il en fait trop.. Mais il voit des choses si terribles ; il a des choses si terribles à dire...


Stefan Zweig, l'homme de subtile civilisation, rendant son billet, un soir d'hiver 1942, au plus noir de la nuit.

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Marcel Proust, aux yeux cernés de nuages, la bouche offerte, le camélia alangui, écrevisse protégée par une carapace irisée de politesse parfaite... L'analyse délectable, la lucidité précoce, l'obsession de la précision, la force paralysée, vouée tout entière à la contemplation désirante... La fuite hors du monde et du temps, qui ne sont que songes embellis d'art et de mémoire.

Arthur Rimbaud, le voleur de feu.


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... Les suites pour violoncelle seul de Bach...

Des crépuscules de soie s'allument
Le violoncelle crépite parmi les blés
Marcel Bardon célèbre
Le baptême des coquelicots




Sur une œuvre de Claude Pasquer intitulée "Silence"

La lumière coule dans l'interstice... La lumière coule à travers les persiennes des paupières, la blessure du regard... Un tombeau de basalte couvre l'ivoire des os ; le goudron obscurcit le froment.

La lumière recouverte persiste cependant, prisonnière de la mort, prise dans le silence.

Au plus noir de la nuit luit l'ensevelie.



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Écoledu soir

Ma jeunesse étincelle au feu des oiseaux qui passent
Et l'instant sans retour
S'enfuit
Dans le crépuscule d'or pourpre,
Parmi les jeux et les cris.

Le soir est tendrement penché sur ton visage,
Douce douleur, flèche-hirondelle
Dans l'espace bleu.

Je dormirai longtemps
Et quand je m'éveillerai
Il n'y aura plus que la Beauté

Partout.


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"Un poète ne vit guère que de sensations, aspire aux idées et, en fin de compte, n'exprime que des sentiments." (Pierre Reverdy, Le Livre de mon bord)

Nuit penchée


S'attarder à l'immobilité frissonnante, aux murmures des feuilles, à la fraîcheur métallique de l'air, au parfum poivré des arbres vivants, à l'épaisseur indéchiffrable.

Et puis fermer les volets, non pour se protéger des voleurs, mais pour ne plus sentir peser sur la vitre un mystère trop lourd pour le sommeil.

(Bourges, le 24 juillet 2008)

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Villandry

Les ombres s'allongent
Au chandelier du soir
Les hirondelles s'affairent.
Assis sous la tonnelle,
Un homme attend.
La rose thé rappelle
Les jours anciens.
De la bouche de pierre,
Du cœur de la rose,
Coulent des paroles
Qu'il ne comprend pas...
L'eau descend les marches.
Nul remède à sa douleur
Au jardin des simples,
Mais l'apaisement de la fraîcheur.

(Le 5 août 2008)


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Hauteur du soir

Avec les derniers rayons clairs égarés dans les herbes folles, les martinets siffleurs habitent enfin l'espace limpide.





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Le cimetière d'hiver


Les morts ne sont pas plus morts que nous ne sommes vivants... Un jour, la vraie vie viendra.

Dans le cimetière d'hiver, les naufragés sont endormis... Au firmament, l'étoile polaire et le souffle du Dieu vivant dans les grands arbres. Ce sont les mâts d'un navire d'étoiles.

Voici l'urne où la nuit verse des violettes.

Au baume du pardon, ils ont guéri leurs blessures. Ils ne connaissent plus ni soucis, ni rancune et leur esprit n'est plus à l'étroit, car ils savent et la grandeur leur a été donnée.

Sous le phosphore lunaire, ils reposent. Lumière de neige, dans la nuit calme et la douce blancheur se délivre en silence.

Des saules, il ne demeure que le squelette d'or, comme un sourire sur le sommeil des morts...

Et malgré l'hiver, ils bourgeonnent.

"Que dans la mort
Je ne m'endorme pas
illumine mes yeux, Seigneur,
Eveille-moi !"

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Déploration d'Olvier Larronde

La rose du chemin de givre,
Ronde, douce comme une bouche,

A versé d'amoureux sanglots
Sur son miroir miraculeux.

La voilà en grand désarroi,
Étonnée qu'elle s'en prenne à elle,
cette douleur qui est en nous.

Les yeux ourlés des hirondelles
Contemplent la pure blessure
de naître au milieu des saccages.

Quand ferons-nous encore la ronde
Avec les jeunes dieux de la vie
dans le verger des jours heureux ?

Le voilà l'olivier béni,
le bel arbre de l'éclair qui luit...
L'huile du poète à sa table,
Qui brûle dans nos corps aussi.

O Olivier, mon bon Larronde,
Si loin tenu, si malmené,
Si fulgurant de drôlerie,

Sur la croix des mots incendiés
Fleurit le sourire de la nuit.



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Colloque imaginaire :

Julien Green :
"Pour certaines âmes, tout est tentation !"

Le diable :
"Succombe !"

saint Ephrem :
"Roule-toi dans les épines !"

Le talmudiste :
"Interpose une haie de roses !"




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Le soir, au crépuscule, dans une lointaine église, une flamme s'allume...

"Que ma prière vers Toi, seigneur
S'élève comme l'encens
Et mes mains devant Toi
Comme l'offrande du soir..."

Le parfum de la terre
Sous la chanson du vent,

Le sommeil de la pierre
Et les douces collines,

Le haut vol de la buse
Et l'écho du coucou...

Qu'ils s'élèvent vers Toi, au cœur de ma prière !


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Automne

Le froid sur la joue
La fourrure du renard
La profondeur du ciel
Les feuilles cristallisées
Le soleil sec
Très loin, au centre du monde,
dans la lumière qui se creuse,
Je m'appartiens.

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Printemps de février

L'hiver a perdu la mémoire
Et le printemps s'est invité
Dans les tristes maisons des hommes.
Je me suis assis simplement
Sur les marches de mon enfance,
Pour mieux respirer le soleil
Et l'ivre parfum du buis
Et j'ai crié dans la douceur

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Dégel du cœur

C'est comme un soulèvement léger
c'est quelque chose au fond du cœur
C'est l'oiseau du matin
Dans l'ombre des feuillages


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Dites-moi

Par-delà la vitre musicale, la statue ailée
Et le store vert du vieux café,
J'épie le jardin bleui, le kiosque naïf,
Et la blancheur des églantines...

Mon corps et cet instant ne font qu'un,
Même le silence se réjouit...
Dites-moi que le printemps revient
Et que la mort n'existe pas.

(Bourges, le mercredi 24 mars 2004 à 17 heures)


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J'attends

Nulle part de s'ouvre l'orée
Si ne chuchote encore dans l'ombre
La bouche de lumière

Si l'Ange au luth
Ne sourit Sur ma peine

Si la cerise éclatée de soleil
Ne brille
Au seuil du parvis...

Une giboulée de lumière
A blanchi le chemin

J'attends le sourire des violettes...

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Le vieux chevalier

Il sortit de la nuit des arbres et des ronces
La voie lactée brillait sur son armure meurtrie
Créneaux et pont-levis luisaient dans la nuit bleue

Le temps avait mangé son visage et ses mains,
Le Graal n'aimantait plus son cœur depuis longtemps,
Il ne voulait qu'un peu de pain et de repos

Un enfant lui ouvrit et le prit par la main...

Le Graal de douceur chantait dans la pénombre.


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Crépuscule

La rose du sang versé du soir
Est couchée dans le vent d'automne
Et je bois les vendanges des dernières fêtes
Le malheur n'a pas eu raison
De mon chant
Pas plus que les grandes gelées.
L'oiseau transi de froid n'hiberne pas,
Il s'en va vers les simples cieux,
Vers les nuages inviolés
Du ciel intime.


Je mange le pain de l'exil
Mais Tu es là où je demeure
Et je demeure avec Toi
Dans mon exil.

 

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Alvéoles (21)

Milos s'était levé. Il tournait lentement autour des six caisses vides de Château Pavie 1989 qui, placées en rang comme des écolières au milieu de son appartement, faisaient office de table de salon. Il les avait appelées ses « pionnières » : le premier acte de piratage qui portait vraiment sa signature. Dès le début de sa vie d'étudiant, il s'était essayé aux fraudes en tout genre : détournements de moyens de paiement, fausses commandes auprès de sites marchands, pénétration de systèmes de gestion de titres. Mais très rapidement il s'était détourné de ce type d'agression. Donner l'assaut aux bases de données les mieux protégées constituait la meilleure manière de se faire arrêter. De plus, s'attaquer à une entreprise – ou un particulier – pour lui voler quelque secret ou richesse était souvent une entreprise très peu rentable.

En revanche, Milos éprouvait un malin plaisir à observer la vie de certains secteurs d'activité, leur processus, ce qui faisait que certaines sociétés se montraient plus ou moins performantes que les autres. L'étude minutieuse d'un secteur pouvait se révéler passionnante, beaucoup moins risquée, et très lucrative dès lors qu'une faiblesse pouvait y être exploitée. C'est ainsi que Milos avait mis sous sa cyber-loupe un site web de vente de vins en ligne. La société venait d'être cédée au leader européen de la distribution de produits de luxe, mais son fonctionnement n'avait pas encore été harmonisé avec les processus bien maîtrisés de son acquéreur. Depuis des années, nombre de grands crus étaient distribués partout dans le monde, mais leur acheminement était assuré par une société de transport dont Milos avait réussi à pénétrer les bases de données sans grande difficulté. En l'espace de quelques secondes, six caisses de grand cru avaient été déviées de leur destination initiale et pour se retrouver à un point de dépôt (une station-service non loin de la frontière germano-belge) où elles avaient été récupérées par la petite amie de Milos. À peine le produit réceptionné, le pirate avait à nouveau modifié l'adresse de destination des précieuses bouteilles. Les coordonnées de leur acheteur initial étaient de retour dans la base de données du transporteur.

Milos et sa petite amie avaient bu et fait l'amour trois jours durant.

Et voici qu'à son tour il s'était fait voler, presque de la même manière. Ni vu ni connu ? Pas du tout. Il connaissait le nom de sa pirate. Sabrina. Juste le nom, en fait, car à changer de téléphone portable et de lieu de mission à longueur de temps – jamais il n'était allé chez elle, comment avait-il négligé ce détail ? – Sabrina semblait avoir œuvré à chaque instant pour s'offrir une porte de sortie au moment où elle le souhaiterait.

Exactement comme lui-même avait conçu sa « chute des dominos ». Et c'était justement le modus operandi utilisé pour lui dérober son invention qui posait problème.

Il avait eu beau retourner les hypothèses dans tous les sens, quelque chose ne collait pas du tout dans cette histoire. Si le Centre voulait disposer de la « chute des dominos », pourquoi Sabrina ne lui avait-elle pas tout simplement volé son portable ? C'était une femme intelligente. Jamais elle n'aurait pu s'imaginer pouvoir copier le contenu de son disque sans que, tôt ou tard, Milos s'en aperçoive. Et en lui envoyant des messages contradictoires ce matin, elle n'avait rien fait d'autre que lui mettre la puce à l'oreille. Qu'elle ait l'intention ou non de revenir vers lui – pour quoi faire d'ailleurs ? Lui glisser un couteau sous la gorge, histoire de lui arracher un mot de passe ou une adresse électronique ? – son attitude n'avait rien de cohérent.

Et cela ne cadrait pas avec ce qu'il avait perçu d'elle.

Les yeux dans le vide, Milos échafauda encore quelques hypothèses. Sabrina avait peut-être doublé Morhange et le Centre. Ou bien ils servaient tous deux leurs intérêts personnels. Ou des intérêts contradictoires. Au jeu du « qui baise qui », toutes les options restaient ouvertes. Sauf qu'aucun scénario ne lui permettait d'expliquer pourquoi il était toujours en possession de son portable.

Milos regarda sa table de salon improvisée.

Une des caisses portait encore sur le côté le code-barre qui avait permis à sa petite amie de récupérer la marchandise.

C'est à ce moment qu'il comprit.

Que Milos s'aperçoive ou non du vol de « la chute des dominos » était tout à fait secondaire.

Il se leva et se prépara à quitter son appartement, où il ne reviendrait plus. Ce n'était jamais que la vingt et unième fois depuis le début de sa carrière de pirate, mais cette fois-ci, il n'aurait pas le temps de prendre ses caisses avec lui. Ni même quelques vêtements, et surtout pas son portable. On devait l'observer depuis l'instant où Sabrina avait mis le pied en-dehors de son lit ce matin-même, et peut-être même depuis bien plus longtemps.

 

 

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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Pas bête d’avoir pensé à des pétroglyphes, cette gravure puise ses sources dans des temps immémoriaux et confus avant même que se dessine l’aube de nos civilisations, elle m’a été inspirée par les traces sédimentaires laissées sur la paroi de l’Aven Noir (souvenez-vous) par les crues successives de la rivière primitive qui l’a creusé, et que les diverses actions du temps ont transformées en merveilleux graphismes dans la nuit du paléokarst  …

Présences pariétales

Elle est aussi symbole «de chemins, de sentiers, de venelles qui se croisent, s'entrelacent, s'enchevêtrent comme toiles d'araignées, se recoupent, se poursuivant, se séparant pour finalement continuer et aller on ne sait où, peut-être à la rencontre de ces êtres fantastiques, animaux, oiseaux, êtres humains» que nous n’avons pas connus, dont nous n’avons même pas conscience ...
En tout cas cette gravure fait partie d’un ensemble de peintures que pourront très bientôt découvrir les Millavois, et dont vous avez ici la primeur .
Je vais les mettre en parallèle avec des extraits du carnet d’exploration (non encore édité car en cours de finition) que j’ai en partie réalisé au fond de ce gouffre de l’Aven Noir en compagnie de mon camarade spéléologue Roland Pélissier .
Si vous êtes ou passez par Millau c’est donc avec plaisir qu'avec Monsieur le Maire et son adjointe déléguée à la culture je vous invite au vernissage de cette exposition :
Invitation exposition Millau 1

Mais avant, son titre : elle aurait donc pu s’appeler «Futur antérieur» car il ne s’agit que de la première phase d’un projet plus ambitieux (une action future, avant une autre action future) ou même «Futur d’un passé simple» tant la conjugaison de mes descentes au fond de cette extraordinaire cavité m’amena à revenir sur ma démarche picturale, mais je lui donnais finalement le nom de «Démarches créatives autour d’un carnet d’exploration» car cela résume mieux mon propos et celui qui m’amène à vous en faire part .
Vous savez que je relate depuis plusieurs années (7 ans déjà !) dans un «carnet d’exploration» la reconnaissance des nouveaux réseaux «Macary - Pélissier» de l’Aven Noir, cet important gouffre du causse du même nom visité pour la première fois par Louis Balsan dont les plus récentes extensions sont le fruit des découvertes du spéléologue Roland PÉLISSIER ?
J’ai donc régulièrement accompagné R. Pélissier et ses camarades (un carnet de ce type ne se fait pas en quelques jours) en notant lors de chaque descente les avancées et travaux effectués sur le terrain par mes compagnons, prenant croquis et aquarelles de la cavité autant que temps forts des explorations, complétant mon carnet de terrain par de nombreuses photos et vidéos réalisées in situ.
S’en est suivi une réflexion débouchant sur des peintures sur toile et gravures monotypes inspirées par les profondeurs du karst et la vie préhistorique des régions caussenardes, qui viennent s’ajouter à un travail antérieur évoquant déjà cette thématique (souvenez vous de la petite jument magdalénienne, des chevaux oranges dans la prairie bleue, et d’autres «visions artistiques» plus anciennes …)  .
L’exposition «Démarche créative autour d’un carnet d’exploration» n'est donc pas la présentation du carnet de l'Aven Noir en tant que tel mais de quelques-uns des principaux extraits de ce carnet associés à un choix de peintures et de gravures qui ont rapport à la géologie, à la préhistoire, et par-là même à l'évocation des régions karstiques autant qu'à la "mémoire" dont elles sont le réceptacle .
Les sentinelles 2

Cette toile (acrylique, pigments et sable de dolomie sur toile 20 F) fait partie de l’exposition et se nomme « Sentinelles » .
- Y avait-il des sentinelles autour de l’Aven Noir au cours de son histoire récente ? … Certainement y en avait-il au moment des «caps barrés», (ces enceintes protohistoriques érigées sur les promontoires des causses environnants dès le fin du néolithique), sans aucun doute au temps des Camisards lorsque les protestants des Cévennes et d'une partie de la plaine du Bas-Languedoc entrèrent en lutte armée contre le pouvoir royal de 1702 à 1705, et qu’ils y descendaient avec une hardiesse inimaginable pour y fabriquer secrètement du salpêtre destiné à de la poudre à canon !
L'exposition reprend aussi des travaux dont certains sont bien plus anciens que le début du carnet, mais celui-ci permet de les revoir avec une approche et une signification particulières.
En faisant allusion au gouffre, à la découverte de ses dernières extensions (et indirectement aux richesses cachées du causse et de la vallée auxquels il est associé) à travers les réalisations graphiques et picturales qui sont présentées dans l'exposition (aussi bien formelles - figuratives, qu'informelles), c'est un autre aspect du monde souterrain et de ses influences culturelles anciennes que j’ai ainsi voulu aborder, nous découvrirons dans le prochain article d’autres travaux exposés et leur raison d'être …
Salpêtriers

Vestiges d’un four à salpêtre dans la Fosse au Ours de l'Aven Noir et croquis explicatifs (page 184 du carnet) : la peinture «Les sentinelles» est à mettre en relation avec cette page (entre autres) et ma correspondance à ce sujet avec le spéléologue auteur et historien spécialiste des Grands Causses Daniel ANDRÉ que j'ai aussi eu le plaisir de côtoyer dans ce gouffre …

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FANTASME...

Partir, partir comme un oiseau

Et traverser tous les nuages...

Atteindre ce ciel où tout est beau

Sans qu'il soit besoin de langage!

Planer, planer avec ivresse

Pour de loin admirer la terre

Ne plus ressentir de détresse

Ni mettre la tête à l'envers!

Frôler, frôler le soleil d'or...

Se réchauffer à ses rayons

Ne plus jamais craindre la mort

Apprendre à vivre sans ce poison!

Aimer, aimer avec distance...

En connaissance de solitude...

Ensuite gérer nos différences

Ainsi créer une fortitude!

Chanter, chanter même si c'est faux!

Et faire entendre une voix claire...

Et puis oublier tous les maux

Penser à vivre, non plus à plaire!

J.G.

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Le velouté de l'existence

 

À Rébecca Terniak

Prendre le temps de méditer,

De s'inspirer de la beauté,

De rendre grâce à la nature,

Peut être un besoin qui perdure.

...

Or, d'incontournables contraintes,

Qui peuvent engendrer des craintes,

La turbulence, la vitesse,

Entament certes l'allégresse.

...

Se sentent souvent dérangées,

Et certaines découragées,

Les personnes, âgées surtout,

Nostalgiques de l'ancien goût.

...

Les doux tissus des pantalons

Sont remplacés par le coton,

Inélégant mais si commode!

Chacun, très tôt s'en accommode.

...

Les jeunes gens des temps nouveaux,

Portant casquette pour chapeau,

Adoptent des façons de vivre,

Excitantes, qui les enivrent.

...

Le velouté de l'existence,

Apprécié dans le silence,

Le lyrisme qui endormait,

Seront-ils goûtés désormais?

...

                                                                             23 août 2012

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http://lelivresurlesquais.ch/

http://lelivresurlesquais.ch/invite-dhonneur-wallonie-bruxelles

Invité d’honneur : Wallonie-Bruxelles

Située, pour le meilleur et pour le pire, au centre de la construction européenne, la Belgique reste une nation fragile dont le territoire fut jadis régulièrement labouré par les confrontations incessantes entre les grands Empires. Dans ce jeu permanent des dominations étrangères, les villes ont toujours constitué un espace de résistance et d’identité. Il n’est dès lors pas étonnant de constater la place qu’elles tiennent dans la littérature belge depuis ses origines (Charles De Coster, Georges Eekhoud, etc.).

Une série importante d’auteurs contemporains, de William Cliff à Bernard Quiriny, s’inscrivent dans cette tradition revisitée par la découverte d’une dimension urbaine élargie à l’Europe entière. À ce titre, on peut penser que le principe d’identité faible souvent utilisé lorsqu’il est question du sentiment national belge, a acquis le statut de modèle pour cette Europe qui peine à rassembler les éléments d’une culture partagée qui ne soit pas strictement économique.

Invité d'honneur : Le Québec
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