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LA FENETRE AUX HORTENSIAS

12272827270?profile=original"Entre une rose qui fait tapisserie au bal des éphémères

et le clin d'oeil de l'Eternel pour attraper son ombre

...Que ce jour soit un jour donné

Un jour de passage

qui traîne un peu les pieds dans ta vie..."

Guy Goffette  (Le pêcheur d'eau)

Hommage à la fenêtre de la cuisine de la maison des Champs

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Je n'en aurai jamais fini avec Pierre Reverdy

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Pierre Reverdy (1889-1960)

 

"Je vis d'abord, j'écris parfois ensuite, mais il m'arrive de sentir davantage ce que veut dire vivre en écrivant."

 

"J'ai fait un pacte avec le silence." (pendant l'Occupation)

 

 

Pierre Reverdy venait d'une famille de sculpteurs, de tailleurs de pierre d'église. Toute sa vie en sera marquée par un sentiment de religiosité profonde. Il poursuivit ses études à Toulouse et à Narbonne.

 

Il arrive à Paris en octobre 1910. À Montmartre, au célèbre Bateau-Lavoir, il rencontre ses premiers amis : Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Louis Aragon, André Breton, Philippe Soupault et Tristan Tzara.

 

Pendant seize ans il vit pour créer des livres. Ses compagnons sont Pablo Picasso, Georges Braque, Henri Matisse. Toutes ces années sont liées de près ou de loin à l'essor du surréalisme, dont il est l'un des inspirateurs. Sa conception de l'image poétique a en particulier une grande influence sur le jeune Breton et sa théorisation du mouvement surréaliste.

 

Le 15 mars 1917 paraît le premier numéro de sa revue Nord-Sud à laquelle collaborent les poètes du dadaïsme puis du surréalisme. Le titre de la revue lui est venu de nom de la compagnie de métro qui avait ouvert en 1910 la ligne reliant Montmartre à Montparnasse. Il signifiait ainsi sa volonté de « réunir ces deux foyers de la création ». Joan Miró a représenté la revue dans un tableau qui porte son nom : Nord-Sud en hommage au poète et aux artistes qu'il admirait.

 

Au début des années 20, il fut l'amant de Coco Chanel à qui il dédicaça de nombreux poèmes. En 1926, à l'âge de 37 ans, annonçant que « libre penseur, [il] choisi[t] librement Dieu », il se retire dans une réclusion méditative près de l'abbaye bénédictine de Solesmes où il demeure - jusqu'à sa mort, à 71 ans en 1960. Là sont nés ses plus beaux recueils, tels Sources du vent, Ferraille, Le Chant des morts.

 

Dans la dernière année de sa vie, il écrit Sable mouvant, testament poétique dans lequel il dépouille ses vers et où la voix reste en suspens (son dernier vers ne comporte pas de point final). Il veut qu'il ne demeure de lui qu'un portrait symbolique, dépouillé des détails de l'existence, et ramené à l'essentiel.

 

René Char a dit de lui que c'était « un poète sans fouet ni miroir ».

 

 

 

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  "On ne peut plus

dormir tranquille

quand on a une fois

ouvert les yeux..."

 

Je n'en aurai jamais fini avec toi, Pierre Reverdy

Avec tes mots que je relis sans cesse

à mesure qu'ils s'effondrent

et qu'ils glissent hors du monde...

 

Ta vie à Solesme,

me rappelle l'enfance

quand les moines m'offrirent le pain et le cidre,

quand j'entendis dans la nef

résonner la louange 

puis rien

et que je compris ce qu'était le silence

 

Je n'en aurais jamais fini avec toi, Pierre Reverdy,

ni avec celui qui te faisait signe et

que je ne connais pas plus que je ne te connais

et que je ne me connais moi-même...

 

A cause de qui (mais était-ce à cause de lui ?)

tu es resté trente-quatre ans

dans ce petit village sans éclat et sans joie,

"Un trou noir ou le vent se rue..."

lové dans la solitude

avec pour seuls amis

tes humbles outils 

de poète

rescapés du silence,

 

Avec  des mots,

simples comme les cailloux de la Rougeanne,

la rivière de ton enfance,

en terre d'exil

dans la pauvreté essentielle

toi, l'enfant du soleil...

 

"Toutes les raisons de ne plus croire à rien

les mots se sont perdus tout le long du chemin

Il n'y a plus rien à dire

le vent est arrivé

Le monde se retire

L'autre côté...."

 

"Un homme, dès qu'il marche, est un passant.

Or il marche. Le vent le pousse.

Puis il meurt, lacéré."

 

R.G.

 

"Le caractère évident de la poésie est d'être toujours semblable et de ne se répéter jamais. La monotonie du chant exige des variations incessantes : la surprise jaillit d'un domaine connu comme une source au milieu du désert. Dans ce lieu de la voix, ce qui est nouveau ne rend pas périssable ni n'abolit ce qui est ancien.

 

Le poète est bien l'homme le plus englué de tous ceux qui peuvent être sur la terre, dans la pâte épaisse de la vie...  

 

... Vivre quand même, bien qu'on n'ait pu s'insérer dans la vie - que l'on sentait tellement plus merveilleuse que les autres, voilà la dureté de l'ouvrage, l'essentielle pauvreté qui fut dite, presque au seuil de l’œuvre, inoubliablement :

 

"En ce temps-là le char-

bon était devenu aussi

précieux et rare que des

pépites d'or et j'écrivais

dans un grenier où la neige, en tombant par

les fentes du toit, deve-

nait bleue."

 

Extrait de la préface à Plupart du Temps (1915-1922) d'Hubert Juin

 

 

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Toujours là

 

J'ai besoin de ne plus me voir et d'oublier

De parler à des gens que je ne connais pas

de crier pour être entendu

Pour rien tout seul

Je connais tout le monde et chacun de vos pas

Je voudrais raconter et personne n'écoute

Les têtes et les yeux se détournent de moi

Vers la nuit

Ma tête est une boule pleine et lourde

Qui roule sur la terre avec un peu de bruit

 

Loin

Rien derrière moi et rien devant

Dans le vide où je descends

Quelques vifs courants d'air

Vont autour de moi

Cruels et froids

Ce sont des portes mal fermées

Sur des souvenirs encore inoubliés

Le monde comme une pendule s'est arrêté

Les gens sont suspendus pour l'éternité

Un aviateur descend par un fil comme une araignée

Tout le monde danse allégé

Entre ciel et terre

Mais un rayon de lumière est venu

De la lampe que tu as oublié d'éteindre

Sur le palier

Ah ce n'est pas fini

L'oubli n'est pas complet

Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître

 

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Alvéoles (19)

Milos s'était rapidement calmé.

Il se connaissait très bien. Il s'était couché, et avait d'abord laissé ses pensées partir dans tous les sens. La rage d'avoir été doublé techniquement s'était disputée avec la frustration d'avoir été méprisé par le Centre. Sa vie de pirate l'avait bien entendu exposé à nombre de déconvenues, mais c'était la première fois qu'un enjeu personnel y était lié. Il ne quitterait pas la clandestinité de si tôt.

Très vite, Milos était passé au plus urgent. Était-il en danger ? Probablement pas dans l'immédiat. Mais si le Centre éprouvait des difficultés à faire fonctionner le fruit de ses travaux, cela pourrait rapidement changer. Une visite musclée à son domicile serait très certainement le meilleur moyen d'obtenir les pièces manquantes.

Bien entendu, toutes les sources permettant le fonctionnement de la « chute des dominos » ne se trouvaient pas sur son ordinateur portable. Milos avait fait en sorte que certaines parties de son logiciel soient téléchargées à partir de sources laissées sur l'une ou l'autre des machines virtuelles dont il avait le contrôle. Pour garantir que lui seul puisse utiliser ces parties de code, certaines des adresses des serveurs étaient codées sur sa machine, d'autres étaient introduites manuellement, au moment même où il procédait à une opération de piratage. Le problème, c'est qu'il pouvait toujours rester une trace de ces adresses quelque part sur son disque, fût-elle cachée et cryptée. Avec du temps, le Centre finirait par avoir raison de toutes ces protections.

Pendant longtemps Milos s'était montré bien plus rapide que d'autres pirates : non seulement dans ses actes de pénétration de systèmes ultra-protégés – tels que le « power grid1 » nord-américain – mais aussi par sa capacité à maîtriser les technologies les plus avancées, parfois même avant qu'elles ne sortent officiellement des laboratoires de la Silicon Valley. Mais dans la situation présente, il savait qu'il ne tirerait aucun avantage de cette vélocité. On l'attendait déjà au tournant. À tous les tournants, en fait.

Milos avait pensé à tout cela en nettoyant son petit appartement. C'est ce qu'il faisait habituellement pour calmer ses nerfs. Pour la première fois, il avait astiqué chaque pièce à deux reprises. Il se coucha à nouveau et plongea dans un demi-sommeil. Milos appelait cela « la sieste qui cherche ». Bien souvent, alors qu'il était bloqué dans la recherche d'un bug caché parmi les milliers de lignes de code d'un de ses programmes, il laissait son cerveau travailler en roue libre durant la sieste, et se réveillait avec la solution, ou du moins une bonne indication de l'endroit où il lui fallait chercher.

Si le Centre avait volé une copie de son disque dur, il y avait fort à parier que tous les « renifleurs », après avoir observé les remous suite à l'opération sur le barrage, tenteraient entre autres choses de détecter le moindre de ses mouvements à lui. Inutile de donner l'éveil. Ceci excluait notamment de vérifier le statut de ses machines virtuelles. Le Centre avait très certainement téléchargé les pièces manquantes de la « chute des dominos ». Tenter d'accéder à ces machines ne lui aurait de toute façon rien appris.

De plus, Milos savait bien que chaque machine virtuelle qu'il avait créée pouvait disparaître du jour au lendemain. Il suffisait pour cela qu'un responsable d'une salle des machines se rende compte de son existence suspecte, et la supprime purement et simplement. Pour réduire ce risque, Milos avait joué sur le nombre : il avait copié chaque morceau de programme constituant une pièce de son puzzle sur des dizaines de machines virtuelles différentes. Milos n'avait qu'à vérifier régulièrement que celles-ci étaient toujours accessibles. Ainsi, à chaque fois qu'il s'apprêtait à pirater un système, Milos prenait en toute quiétude le temps d'assembler son arme avant de tirer.

La « chute des dominos » devait donc être considérée comme désormais aux mains du Centre, mais il n'y avait pas là de quoi craindre le pire. D'une part, Milos pouvait encore l'utiliser à tout moment. Il lui suffirait pour cela de tisser une nouvelle toile de machines virtuelles. D'autre part, le Centre ne pouvait pas utiliser cette arme contre lui, ni l'empêcher de la vendre à d'autres organismes susceptibles de lui offrir un retour à la légalité.

Il avait juste perdu son temps avec Morhange et Sabrina, voilà tout.

L'image de la jeune femme vint brouiller le mode « roue libre » de ses pensées. Milos aurait dû se méfier. Il l'avait bien trop rapidement rangée dans son rôle de surveillante-amante inoffensive. Mais la beauté sauvage de la jeune femme avait engourdi sa paranoïa naturelle de pirate. À tel point qu'il n'arrivait pas vraiment à lui en vouloir.

Elle avait fait son métier. Lui, avait baissé sa garde.

Tout cela parce Sabrina était une femme fascinante. Tout cela parce qu'elle ne fermait jamais les yeux en faisant l'amour, et que ses prunelles noires exerçaient un pouvoir hypnotique sur Milos tandis que son ventre agissait avec maestria. Tout cela parce qu'il y avait dans son regard autant de volonté et de désir lorsqu'elle se déchaînait que de reconnaissance et d'apaisement lorsque le calme revenait. Tout cela parce que Sabrina était irrésistible.

Milos se demanda combien d'hommes, soumis à une telle vague de sensualité, avaient commis la même erreur que lui.

Beaucoup, probablement.

 

*

 

Franz Kettenmeyer s'éveillait, confortablement installé dans le siège en cuir de son Falcon. Le whisky lui avait fait supporter le décollage, et contrairement aux vols précédents, il avait aussi contribué à le mettre d'excellente humeur. Son assistante lui proposa un thé, qu'il accepta, et lui tendit un dossier en annonçant son contenu.

— Le message de Bruxelles, monsieur.

— Merci. Combien de temps avant le rappel ?

— Environ une demi-heure. Il sera 17:55, heure locale.

— Parfait.

L'assistante s'éloigna. Kettenmeyer se demanda avec lequel de ses deux frères elle avait dû coucher pour qu'ils la lui recommandent si chaudement. Peut-être les deux, peu importe. Il ouvrit le dossier.

Vous devriez disposer dans les prochaines 48 heures de la technologie demandée. Je vous confirmerai ceci de vive voix lors de notre prochain entretien.

 

C'était tout. Le message était imprimé au beau milieu d'une feuille de format A4 à en-tête de MeyerLintz. Le même logo orangé figurait sur le fuselage du Falcon. Kettenmeyer pensa fugitivement que la température des deux logos devait différer de quelque 60 degrés, alors que moins d'un mètre les séparaient. Ses vieux réflexes de scientifique revenaient à la charge moins souvent que dans sa jeunesse, mais il ne savait pas vraiment s'il devait ou non s'en trouver attristé.

Il était temps pour lui de planifier la suite des opérations. Il faudrait bien un mois pour tout organiser, mais un premier essai pourrait probablement être tenté dans les prochains jours. La première cible était toute choisie. Il n'y aurait pas la moindre victime, mais l'attentat – car c'en serait un – ferait paniquer bien du monde. Les titres seraient aussi gros que ceux du 11 septembre 2001, la mort en moins. Et lorsque tout le monde – citoyens, entreprises et gouvernements – serait au niveau d'alerte maximum, un grand coup serait frappé. Un seul. Après lequel une bonne partie du monde serait obligé de modifier fondamentalement son fonctionnement.

 

*

 

Faustine écoutait avec une angoisse croissante le rythme cardiaque de son mari. Après de longues heures passées à compléter les analyses – lesquelles étaient assez rassurantes, car elles démontraient que la lutte contre le virus H1N1 battait son plein – Daniel s'était vu transférer aux soins intensifs, où on l'avait équipé pour prévenir tout problème cardiaque.

La procédure était pour le moins inhabituelle : il était rare que l'on atterrisse dans ce service de manière préventive. De plus, rien ne permettait de déterminer avec certitude si Daniel allait ou non présenter les mêmes symptômes que l'infortuné patient de Montpellier. Les deux manifestations n'étaient probablement pas liées. Mais a priori la cécité et la grippe ne l'étaient pas plus.

Depuis dix minutes, hélas, tout le monde dans la petite chambre pensait le contraire.

Le cœur de Daniel, dont la cadence au repos était aux alentours de 60 pulsations à la minute, avait progressivement accéléré. Il battait maintenant à 115 pulsations à la minute. Le tensiomètre, lui, restait stable, à 11/7.

— Essayez de vous détendre, monsieur, dit le cardiologue à son chevet.

— Je suis détendu, vous savez. Je sens que mon cœur cogne fort et vite, mais je ne panique pas.

— C'est bien. Il y a dans votre perfusion de quoi contrôler tout emballement.

— Il n'empêche...

— Oui ?

— Il n'empêche que je ne comprends pas ce qui se passe.

— À vrai dire, monsieur, nous non plus. Vos analyses n'ont tout simplement rien révélé qui puisse nous aider.

Daniel ferma les yeux et respira profondément.

— Chérie ?

Faustine s'approcha et lui prit la main.

— Je suis là.

— J'ai une sale tête ?

— J'ai déjà vu mieux. Mais elle est moins effrayante que celle que j'ai découverte hier soir.

— Valérie va bien ?

— Tout est stable. Elle dort la plupart du temps.

Le rythme cardiaque augmenta encore. Faustine demanda :

— Tu t'inquiètes pour elle ?

— Oui. Je me sens coupable.

— Tu n'as rien à te reprocher, Daniel.

— Si. J'aurais dû prendre des précautions. Je suis sûr que c'est ce type qui m'a refilé cette saloperie. Et je n'ai même pas pensé à me laver les mains avant de m'occuper de notre poupée, de lui préparer son repas, lui donner le bain, et tout le toutim.

— N'y pense pas. Ce n'est pas de ta faute.

— Vous avez dit, intervint le médecin, que cette personne vous paraissait en bonne santé ?

— Oui. Mais il avait les mains moites. La première fois que je l'ai vu, et la deuxième aussi.

— Il sera difficile d'établir que c'est vraiment cette personne qui vous a transmis le virus, dit le médecin en modifiant le réglage du goutte-à-goutte. Pour l'instant c'est votre cœur qui est au centre de nos préoccupations. Ressentez-vous quelque chose de particulier ?

— Cela cogne, exactement comme si je faisais un jogging.

— Je viens de faire le nécessaire pour calmer le jeu. Vous devriez vous sentir mieux dans un instant.

— J'ai mal à la tête, à nouveau.

— Nous devons attendre avant de soulager votre douleur. Nous devons nous concentrer sur votre cœur. Désolé.

Le rythme cardiaque de Daniel commença à ralentir. Faustine poussa un soupir et serra la main de son homme.

— Ma température remonte ? demanda-t-il.

— Vous êtes stable à 38.5°C, répondit le médecin. Et votre cœur se calme. Vous vous sentez mieux ?

— Un peu. Je peux vous poser une question ?

— Je vous en prie.

— Je présente exactement les mêmes symptômes que le type de Montpellier ? Je veux dire : température, cécité, rythme cardiaque... C'est exactement le même scénario ?

— En effet. Ce sont les informations qui nous ont été transmises. Seulement, à Montpellier, ils n'ont pas vu arriver le problème cardiaque. Il est probable que le patient n'ait pas exprimé immédiatement ce qu'il ressentait. L'augmentation du rythme cardiaque a précédé l'arythmie, et la crise. Avec vous, nous avons pu anticiper.

Le médecin regarda l'écran de contrôle avec satisfaction avant de poursuivre :

— Vous en êtes à 95 pulsations par minute. C'est déjà bien mieux. Nous allons continuer à surveiller cela.

— Au fond, intervint Faustine, vous ne nous avez pas dit si le patient de Montpellier était vivant ?

— Mon confrère ne vous l'a pas dit ?

— Non.

— Il a pris un taxi pour rentrer chez lui. C'est en arrivant à son domicile qu'il a eu le malaise. Le taxi a fait demi-tour mais il est décédé en arrivant aux urgences.

Le cardiologue se concentra à nouveau sur les paramètres de Daniel en laissant un silence épais s'installer dans la pièce. Faustine le brisa quelques secondes plus tard. Elle semblait sortir d'une longue prière.

— On n'est pas sortis de l'auberge.

— N'ayez crainte, madame. Vous êtes à l'hôpital, pas à la porte de chez vous.

— Vous ne comprenez pas, docteur. Mon mari a d'abord eu de la fièvre, ensuite il est devenu aveugle, mais cela s'est arrangé. Maintenant il faut réguler son rythme cardiaque.

— Oui, dit le médecin avec une pointe d'irritation, mais comme vous pouvez le constater, nous maîtrisons cela.

— Ce n'est pas de cela que je vous parle, docteur. Le patient de Montpellier est mort.

— Parce que qu'il n'est pas revenu à temps à l'hôpital. Ici...

— Rien ne nous dit qu'un nouveau truc ne va pas nous tomber dessus demain, ou plus tard. C'est cela que je veux dire : rien ne dit que c'est fini.

Le médecin hésita. Faustine comprit qu'il n'avait pas pensé à cette éventualité. Un vague malaise remonta de son souvenir, où, dans le même hôpital, elle avait mis Valérie au monde : chaque chambre lui était apparue comme un petit monde isolé et indépendant, où l'on n'envisageait qu'un seul problème à la fois.

La voix du médecin la ramena sur terre.

— D'un point de vue purement logique, vous avez raison.

Mais Faustine n'entendit qu'à moitié ce qu'il dit. Son mari venait de lui serrer la main, d'un seul coup, très fort. Il avait les yeux révulsés.

Juste avant que le signal sonore ne vint vriller les oreilles, de Faustine, elle regarda l'écran de contrôle. Le rythme cardiaque de Daniel venait de tomber à zéro.

 

1Réseau de production et de distribution d'énergie électrique couvrant les États-Unis et le Canada

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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Amours d'insectes.

Je suis Léon le p’tit frelon,

autour d’une gelée de melon,

je tourbillonne, je fredonne, je fonds,

pour Mireille la p’tite abeille qui dans

une rose vermeille, batifole, se désaltère

d’un nectar or et rare.

Sang des fleurs, ambré, sucré.

J’ai le bourdon sans elle !

Bien au dessus de nous, la tenture et

les embrases bleues vertigineuses,

palpitent, s’enchantent de notre amour

inhabituel et mixte ; un frelon noir, un peu gros,

 avec une abeille svelte, dont la robe est dorée,

avec une pointe d’ébène, veloutée.

Piqué en plein cœur je suis !

Depuis,

Léon le p’tit frelon et Mireille la p’tite abeille,

en une étreinte aérienne et légère,

ensemencent leur amour dans le cœur

de toutes les fleurs du monde.

 

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A U B E

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Toujours de nouveaux chants se compose le monde

Tu es la chambre seule et noire dans la nuit

Le papier que tu griffes la lueur du jour

A peine rutilant au lointain pur de l'ombre

 

 

 

Autour de toi au loin passent les avions

Les bateaux les autos les espoirs et les rêves

Les humains à tout faire à tout vivre s'ébrouent

Et tu les suis de loin calme vie isolée

 

 

 

Tu feras le chemin inverse des araignes

Détissant de ta toile une absence de règne

Vers ton futur sanglé de divine harmonie

 

 

 

Point du jour Le matin - Une paix infinie

Berce tes yeux meurtris de veille et de sanie

Les rayons du soleil sont des bras qui s'étreignent

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Un plaisir raffiné

Après avoir capté les saveurs d’un instant,

J’accueille, intéressée, les changements qui suivent,

Souvent imperceptibles et quelques fois troublants.

L’énergie en action est lente ou se fait vive.

J’aime à me souvenir de toute grâce offerte

Et de certains émois, engendrant du bonheur.

Mes mots appropriés les sauvent de la perte.

Ils sont toujours sincères et empreints de candeur.

J’ai fait bien des aveux, sous formes poétiques.

Ils errent au hasard, confiés aux courants.

Des rêveurs flânant, demeurés romantiques,

En prennent connaissance, émus ou souriants.

Ce sont leurs commentaires amusants, que je lis,

Qui me font rechercher de délicats poèmes.

Je les avais laissés recouverts par l’oubli.

Je ressens du plaisir à savoir qu’on les aime.

1 mars 2011

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Je suis du peuple des cantiques

Doux ami

Je suis du peuple des cantiques,

Sonnets, ballades et rondeaux.

J’ai l’âme simple et romantique

La vie m’émeut de ses cadeaux.

Chaque matin, chaque saison,

La joie qu’apporte l’harmonie

S’installe au creux de ma maison

S’y développe en symphonies.

Je sais que le dieu des vivants

,

Qui régente à son gré la terre,

Permet des actes décevants

Mais moi, naïvement, j’espère.

La vie me berce ou m’éblouit.

J’ouvre mon être à la musique

Et mon âme s’épanouit

Dans un univers fantastique.

J’aimerais être troubadour,

A l’ère de la machinerie,

Chanter en stances mon amour

Et te lier sans tricherie.

L’âme en santé ne vieillit pas,

Les ans sont impuissants contre elle.

Je suis demeurée jouvencelle,

Le resterai jusqu’au trépas.

11/11/89

 

 

 

 

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administrateur partenariats

Partenariat entre ActuTV et Arts et Lettres

 Merci à Arts et Lettres et ActuTV de nous donner cette opportunité, je considère que c'est un honneur pour moi qui suis débutante dans le monde des expositions. J'essaye de me faire connaître non pas pour " vendre mes oeuvres" car chaque séparation est un déchirement, mais tout simplement pour m'enrichir des appréciations, des commentaires des spectateurs; ma peinture existe si elle est regardée, si elle interpelle, si elle suscite une émotion, quelle qu'elle soit; c'est une petit morceau de moi-même que je prends le risque d'exposer au regard de l'autre, et cela me demande du courage...

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Remerciements

Un grand merci à Robert Paul pour ttes ses actions attentionnées, sympathiques et intéressantes. Je ne peux pas accuser réception à chaque fois car cela " ne passe pas" ( modération des commentaires ) mais j'apprécie tjrs !

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l'abandonnée

Au premier croissant de lune,

Sous les étoiles filantes,

Le baptême pour les uns

L’onction  extrême  pour les autres.

 

Nue mais dressée au cœur de nulle part,

Les yeux tendus comme des cordes

Fixent l'envol de mes enfants.

 

À L’usure du bonheur

en mâts ils ont forci.

Un tourbillon de feuilles mortes

Peut chavirer ma coque vide.

 

Ivres et jouissifs ils écument l’été…

Ignorants de l’automne,

Ils  moissonnent ma vie…

 

Ravaler le désir de leur retour.

Faire son plein de solitude

Et subir l’hiver qui leur est prédit…

 

Le chagrin de Narcisse a brisé son miroir

Et mes pensées se torturent en vain

Pour encore sourire…

 

Le 18-19-20 août 2012

 

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Alvéoles (18)

Dominique s'enfonça dans le bourdonnement assourdissant de la chambre. Il y pénétra en marchant, sans faire le moindre geste brusque, et se dirigea vers le lit. Il sentit les premières piqûres sur le front, les épaules et le ventre, mais il ne se laissa pas perturber. La douleur était intense, mais son aspect irritant serait sous peu beaucoup plus difficile à supporter. Il s'accroupit auprès de Judith, inanimée, roula le couvre-lit autour d'elle, la souleva, et rebroussa aussitôt chemin.

Les insectes lui donnèrent la chasse jusqu'à la porte de la chambre, mais parurent se désintéresser de lui dès qu'il eut rejoint le rez-de-chaussée. Heureusement, car il lui faudrait vite retourner là-haut. À cette idée, Dominique sentit la douleur monter d'un cran. Il installa Judith dans le canapé et lui découvrit uniquement le visage. Elle commençait à éprouver des difficultés à respirer.

Grouille, Mimmo, grouille.

Il lâcha sans véritable espoir d'être entendu :

— Je reviens.

Le beauty-case. C'est là que se trouvaient les seringues. Il remonta les marches rapidement en frottant ses avant-bras endoloris.

L'essaim semblait s'être à nouveau concentré dans la salle de bains. Il y eut bien quelques téméraires pour se jeter sur Dominique, ce qui ajouta à sa souffrance et en même temps l'obligea à se maîtriser encore. Il ferma la porte, se saisit de la valisette et l'ouvrit.

Solu-Medrol.

Il pouvait parer au plus pressé. Il lui injecterait une première dose en intra-musculaire, puis il appellerait un médecin.

En rejoignant sa femme, Dominique se dit qu'ils avaient péché par insouciance. Non pas qu'ils aient eu tort d'ignorer l'étrange bruit émis par l'essaim au moment où ils étaient encore près de la piscine, car ni l'un ni l'autre n'avait deviné ce qui se passait. Mais Judith lui avait déjà parlé de ses allergies, et du fait qu'elle ne voyageait jamais sans son « petit matériel d'urgence ». Elle lui avait montré l'essentiel : produits, matériel, mode d'emploi. Elle lui avait dit ce qu'il fallait faire, et comment le faire, mais le problème, c'était que Dominique n'avait pas retenu tous les détails à propos du combien. Pourvu que Judith reprenne conscience assez vite pour le lui dire.

Il s'installa près d'elle, emplit la seringue.

— Judith ? Je vais te retourner. Je vais te piquer dans la fesse. Ça va aller, ma chérie.

Dominique libéra sa femme du couvre-lit, faisant s'envoler quelques insectes, qui heureusement, s'abstinrent de l'attaquer. Il chargea une seringue de taille moyenne, fit glisser Judith sur le ventre, et injecta le produit.

Au premier étage, le bourdonnement rageur de l'essaim s'était calmé, mais il semblait s'être installé dans la tête de Dominique, car il lui était de plus en plus difficile d'entendre Judith respirer. Il patienta plusieurs minutes tout en observant la poitrine de sa femme se soulever avec régularité, mais avec bien trop peu d'ampleur.

Son visage s'était déformé sous l'effet des piqûres. La douleur avait été si violente qu'elle s'était griffée sur les tempes, les joues, sur le cou. Sa gorge commençait à gonfler. Dominique s'empara de son portable et composa le 112.

Pas de réseau.

Il aurait dû s'en souvenir. Parfois, il était possible de capter un signal près de la piscine, mais dans la maison ou sur la terrasse, rien. Remonter jusque là, en de telles circonstances, c'était comme partir au bout du monde.

— Je vais appeler un médecin. Je suis de retour dans un instant.

Dominique se dirigea vers le téléphone fixe dans le hall d'entrée et consulta le petit répertoire posé juste en-dessous. Il loua la répulsion qu'éprouvait son ami pour les gadgets électroniques, car en moins de dix secondes il trouva à la lettre « D » : Docteur G. Ferrier. Il répondit tout de suite. Dominique se présenta, cita le nom de son ami propriétaire de la bastide, et résuma la situation. Le médecin s'étonna :

— Des abeilles ?

— Un essaim qui venait de s'installer dans la salle de bains. J'avais laissé les fenêtres grandes ouvertes.

— C'est curieux. En cette saison elles n'ont aucune raison d'être agressives.

— Peu importe, Docteur. Le fait est là, et Judith est allergique.

— Elle est consciente ?

— Non. Si elle était consciente, je ne vous aurais pas appelé. Elle est médecin, comme vous.

— Elle présente des gonflements ?

— Au visage et à la gorge. Pour le reste, je n'ai pas eu le temps de voir. Elle s'est protégée avec le couvre-lit, elle est encore enroulée dedans.

— Quelle quantité de Solu-Medrol avez-vous injectée ?

— 5 ml, mais je n'ai pas vu la concentration. Enfin, si, peut-être, mais je ne l'ai pas retenu.

— Avez-vous vu une canule de Guedel ?

— Je ne sais pas, ça ressemble à quoi ?

— À un tube coudé, de deux centimètres de section, un peu comme une virgule.

— Et ?

— Monsieur Mastrochristino, il y a quelque chose que notre ami commun ne vous a pas expliqué. Je suis son médecin depuis bien longtemps, certes, mais je n'habite pas la porte à côté. Au mieux, je peux être là dans trois quarts d'heure.

— Et qu'est-ce que je dois faire en attendant ?

— Vous devez trouver cette canule et la lui placer.

— Où ?

— Au fond de la gorge.

— Mais jamais elle ne m'a montré cela, ni comment la placer !

— Je vais vous expliquer. C'est plus facile à faire qu'on le croit.

Dominique regarda sa femme à quelques mètres de lui. Il sentit soudain l'irrésistible besoin de se rapprocher d'elle. Il dit :

— Je vais chercher la canule. Ne quittez pas. Si je la trouve vous m'expliquerez.

— Non. Raccrochez. Je me mets en route et je vous rappelle depuis ma voiture dans deux minutes.

— Et si je ne trouve pas de canule ?

— Dans ce cas, je vous conseille de mettre la main sur un scalpel ou un cutter.

*

Assis dans sa voiture, Morhange commençait à trouver le temps long. Il était sorti du Centre après une salve de réunions qui l'avaient mis de très mauvaise humeur, et attendait deux appels téléphoniques qui n'arrivaient pas. Le mobile sur lequel ils devaient aboutir n'avait jamais quitté sa voiture depuis qu'on le lui avait confié, et Morhange souhaitait que cela continue. Personne, ni au niveau professionnel, ni au niveau privé, ne connaissait l'existence de cet appareil, ni l'usage que Morhange en faisait.

L'impatience grandissante qu'éprouvait Morhange avait maille à partir avec sa volonté de ne pas appeler les deux hommes qui s'étaient emparés de la caméra. Il ne voulait pas leur laisser croire qu'il perdait son self-contrôle. Et, plus il y pensait, plus il était persuadé que l'homme qu'il avait eu en ligne lui avait dit exprès « que le point était réglé » à propos de Sabrina, sans rien préciser d'autre. Ceci signifiait deux choses. L'une était que Morhange n'avait pas à être informé des « détails » de cette opération. Il avait facilité le vol de l'image informatique du disque dur de Milos, et c'était tout. L'autre était plus cynique, et signifiait qu'aux yeux des deux hommes, seul comptait le contenu de la caméra. La vie de la jeune femme ne signifiait rien.

Morhange ne pouvait passer le deuxième coup de fil non plus, pour la bonne et simple raison qu'il ne connaissait pas le numéro à composer. Il y avait bien une touche préprogrammée sur son appareil portable, laquelle correspondait à une messagerie vocale. S'il souhaitait être mis en contact avec son commanditaire, il devait y laisser un message, et il recevait en retour une notification précisant l'heure à laquelle il serait rappelé. Cela pouvait être n'importe quand. Morhange soupçonnait d'ailleurs son interlocuteur d'être souvent en déplacement à l'autre bout de la terre, car même au beau milieu de la nuit, celui-ci lui semblait parfaitement éveillé.

La première des réunions avait été relativement simple à mener. Il s'agissait de faire la synthèse de l'opération menée contre le barrage d'Emosson. D'un point de vue purement technique, c'était un succès puisque, apparemment, aucune tentative menée par les autorités suisses pour trouver l'origine de l'intrusion n'avait abouti. Pour ce qui concernait l'exploitation des données enregistrées par les « renifleurs », la moisson avait été excellente. Tous les éléments convergeaient pour attester de la curiosité suspecte de la Chine dans les quelques minutes qui avaient suivi l'incident. Les ministères des affaires étrangères de chaque état de l'Alliance allaient pouvoir recevoir un rapport détaillé de leurs observations, lequel préciserait bien entendu qu'en aucun cas, ni le Centre, ni l'OTAN n'avaient la moindre responsabilité dans ce qui avait pu se passer au barrage.

C'est ensuite que les choses s'étaient envenimées. La seconde réunion avait eu pour objet l'intégration de Milos au sein du CILTI : elle avait rassemblé Sheppard et Wilson. Morhange avait commencé par écouter les arguments de ses subordonnés, et avait été très surpris par leur volonté commune d'accueillir sans délai le pirate parmi les troupes du Centre. C'est Sheppard qui avait commencé :

— J'ignore si je pourrai bosser avec ce type sans qu'il ne me fasse sortir de mes gonds. J'ai d'ailleurs été terriblement vexé lors de notre première réunion. Il s'est ouvertement moqué de nous, et de moi en particulier. Mais il faut se rendre à l'évidence : mieux vaut l'avoir avec nous que contre nous.

Morhange lui avait à peine laissé le temps de terminer :

— Il s'est moqué de nous après avoir réussi à pénétrer nos propres systèmes. Nous lui avons fourni toutes les raisons de railler.

Wilson était venu au secours du directeur de l'infrastructure :

— Milos a pu créer une machine virtuelle sur l'un de nos serveurs, monsieur, c'est un fait. Et il n'y a pas de raison d'en être fier. Mais vous le savez comme nous. Ils sont des milliers à tenter de pénétrer autant de systèmes partout dans le monde. Milos a juste été plus créatif que les autres.

— C'est bien ce qui m'insupporte, avait lancé Morhange d'un ton sec. Nous devrions être protégés contre toutes les intrusions. Qu'elles soient tentées par des kamikazes ou des contorsionnistes, je m'en contrefiche.

Sheppard avait tenté à nouveau sa chance, probablement pour remercier son collègue de minimiser sa responsabilité :

— Monsieur, vous savez bien que le risque zéro n'existe pas. Il faut l'évaluer et prendre les contre-mesures...

— Sheppard, je vous serais reconnaissant de ne pas m'abreuver de lieux communs. Vous vous croyez où ? Dans la société de consultants d'où vous venez ? Do as I say, don't do as I do1, c'est bien joli mais cela ne vous protège pas des vrais risques. La preuve en est faite. Milos a dû se marrer en voyant vos têtes.

— C'est bien pour cela, avait repris Wilson, qu'il vaut mieux avoir Milos de notre côté.

Morhange s'était levé puis avait posé ses deux mains sur la table de réunion. Il avait poursuivi, très bas, en regardant Wilson dans les yeux :

— Bien entendu. Et à chaque fois qu'un pirate réussira à pénétrer nos systèmes, nous procéderons à son recrutement. Vous êtes sérieux, Wilson ? C'est bien cela que vous me conseillez de faire ?

Sheppard avait enchaîné, visiblement énervé :

— Non, monsieur. Mais c'est le meilleur moyen d'exploiter « la chute des dominos » à court terme.

— Évidemment ! Vous croyez qu'il va nous la livrer comme ça ? Et qu'il ne se réservera pas le privilège de revendre cette technologie ailleurs, à sa guise ? J'espère que vous avez mieux à me proposer.

— Milos veut rentrer dans la légalité, monsieur. C'est sa seule motivation. Il fera des concessions pour cela. Je crois que nous pourrons compter sur lui, si nous lui donnons quelques garanties.

— Vous faites dans les ressources humaines, maintenant, Sheppard ? Milos veut peut-être se refaire une virginité avec notre aide, mais rien ne nous permet de croire qu'il n'est pas en pourparlers avec d'autres. Mettez-vous à sa place un instant. Miseriez-vous toutes vos chances sur un seul cheval ?

Wilson avait compris qu'il était inutile d'insister en ce sens et avait changé d'angle :

— Quelle est votre proposition, monsieur ?

Morhange s'était rassis et avait avancé ses pions.

— Nous devons disposer de la technologie de Milos. L'étudier. Nous rendre capables de l'exploiter à notre guise, et de juger de l'opportunité d'une collaboration pour ce que l'homme représente, et non pour le « deal » qu'il nous propose. Nous devons lui prendre la « chute des dominos ». Sabrina s'y emploie et y parviendra certainement très vite. D'autre part, si nous le forçons à patienter avant que nous ne lui ouvrions nos portes, nous pourrons juger à son attitude s'il est vraiment prêt à nous rejoindre ou non. Je compte bien multiplier les occasions d'user de sa technologie, avec son accord et sa participation, sans avoir à l'engager au sein de nos troupes. Cela nous laissera tout le temps d'analyser la réelle valeur ajoutée que représenterait son recrutement.

— Monsieur, avait dit Sheppard, si le lien entre l'incident d'Émosson et le Centre est établi, il vaut mieux que cette technologie ne soit pas dans nos mains.

— Ni son inventeur, avait rétorqué Morhange, satisfait d'avoir piégé son directeur de l'infrastructure. Raison de plus pour éviter qu'il soit parmi nous le cas échéant.

— Et comment pouvons-nous être sûrs que Sabrina arrivera à ses fins ?

— À ma connaissance, messieurs, depuis qu'elle est à notre service, Sabrina n'a jamais échoué.

Ses deux contradicteurs n'avaient pas répliqué. Morhange avait ensuite conclu :

— Officiellement, Sabrina est en mission de surveillance car nous soupçonnons Milos d'être à l'origine de l'incident d'Émosson, et nous savons qu'il est à Bruxelles. C'est tout ce dont nous avons besoin pour l'instant.

Morhange s'était levé, signifiant à ses deux acolytes que la réunion était terminée. Wilson était resté assis.

— Vous avez un problème, Wilson ?

— Oui, monsieur.

— Vous avez une minute pour me l'exposer.

— Je n'aurai pas besoin d'autant de temps. Je suis responsable des opérations spéciales, et c'est à moi qu'il revient de décider de leur modus operandi. J'ai accepté que l'on teste l'efficacité de la « chute des dominos » dans des conditions réelles en laissant Milos lancer l'attaque sur la centrale de La Bâtiaz. Le test est concluant et je ne compte pas en refaire d'autre. Pour moi, la « chute des dominos » entre parfaitement dans notre stratégie. En revanche, en sous-traitant cette attaque à une ressource qui ne fait pas partie du Centre, nous avons pris des risques. Je m'oppose à ce que l'on renouvelle un pareil essai.

Avant que Morhange eut le temps de répliquer, Wilson avait ajouté :

— À moins bien entendu que l'ordre nous vienne de plus haut.

Morhange avait explosé :

— Allez pleurer chez vos amis à l'OTAN si ça vous chante ! Vous trouverez certainement une bonne oreille au sein de la clique de planqués qui vous entoure. Vous ne voulez pas confier à Milos d'autre mise à l'épreuve ? D'accord. Mais moi je refuse de l'engager. Reste une seule solution. J'espère pour vous que Sabrina ne rentrera pas bredouille. Sinon, la « chute des dominos » nous passera sous le nez.

Morhange entendait encore sa propre voix mettre un point final à la conversation. Wilson avait en effet beaucoup d'amis bien placés à l'OTAN, ce qui lui avait été d'une aide précieuse lorsqu'il avait entendu parler de la création du Centre. Il disposait de toutes les compétences nécessaires à l'exercice des fonctions de Morhange, mais malheureusement pour lui, il avait été convenu en haut lieu – et bien à l'avance – que la direction du Centre serait attribuée à un Français.

Dans quelques jours tout ceci n'aura plus de raison d'être, s'entendit murmurer Morhange juste avant que le téléphone ne sonne.

1Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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À bord

 

Le large n’est pas loin quand on vit sur une île.

Le bateau où je reste est amarré au port.

J’y séjourne à l’année, toute seule à son bord.

Fleuve asséché, ma rue garde un rythme tranquille.

...

Le bateau où je reste est amarré au port.

Il n’y arrive pas les échos de la ville.

Fleuve asséché, ma rue garde un rythme tranquille.

Le soleil y dessine à l’encre noire ou or.

...

Il n’y arrive pas les échos de la ville.

Le silence parfait convient à mon confort.

Le soleil y dessine à l’encre noire ou or.

J’accueille des pensées qui sagement défilent.

...

Le silence parfait convient à mon confort.

Occultant de mon mieux les regrets inutiles,

J’accueille des pensées qui sagement défilent,

Je capte la beauté qui se prend sans efforts.

...

4 février 2010

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Les coquillages sur le sable

 

Prés du fleuve bordé d'érables,

L'immensité insoupçonnable.

Le merveilleux parait aimable,

Je vis un instant délectable.

...

Espace serein, remarquable.

Canards et mouettes affables,

Créent une ambiance enviable.

La confiance est profitable.

...

Dans un éclairage admirable,

Tableau vivant incomparable.

Flottent des îlots dissemblables,

Sur des lacs aux contours instables.

...

Silence berceur, favorable,

Je m'endors sous un vieil érable.

Ô ma mémoire inestimable!

Les coquillages sur le sable!

...

                                                                          20 août 2012

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Compte-rendu d'une conférence donnée par Monsieur Georges Buisson, administrateur du domaine de Nohant, à la salle des festins du palais Jacques Cœur à Bourges, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de George Sand :


George Sand est l’auteur de près de 90 œuvres de fiction. On oublie trop souvent qu’elle fut aussi un écrivain engagé et une journaliste politique de talent.

Le XIX°, puis le XX° siècle ont  édulcoré l’aspect politique de son œuvre pour deux raisons exactement opposées. L’académicien Edme Caro, par exemple, reproche à George Sand son engagement politique et contribue à construire l’ image rassurante (et fausse) de « la bonne dame de Nohant », auteur champêtre et régionaliste, qui a largement cours à l’époque. A l’opposé, dans la deuxième moitié du XX° siècle, beaucoup d’ intellectuels  considèrent que George Sand « n’est pas allée assez loin ».

Face à ces visions qu’il juge injustes ou réductrices, George Buisson s’est attaché à illustrer l’engagement profond,  réel et sincère  de George Sand. Un engagement qui s’enracine dans les contradictions et les souffrances de son enfance.

Par ses origines, George Sand  est à elle toute seule une synthèse des contradictions sociales, politiques et économiques de son temps. Elle est confrontée très tôt à l’injustice et à la discrimination sociale lorsque sa grand-mère, Marie-Aurore Dupin de Francueil, descendante du roi de Pologne par son fils naturel, le maréchal de Saxe, la sépare d’une mère aux origines modestes qu’elle juge indigne de l’éduquer.


Par ailleurs, grâce à son  précepteur Deschartres, médecin de campagne à Nohant qu’elle accompagne dans ses visites, la future George Sand découvre la société qui l’entoure et prend conscience de la misère des campagnes. Chaque fois qu’elle le peut, la petite Aurore pousse la porte qui la sépare de la ferme. Rien ne lui est plus étranger que le mépris envers ceux qui ne font pas partie de son milieu social.

Cette vie de « sauvageonne » ne l’empêche pas de « dévorer » dans le plus grand désordre les  volumes de la riche bibliothèque familiale, en particulier Le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau dont la lecture est à l’origine de ses convictions républicaines.

Les engagements de George Sand n’ont rien d’abstrait ; ils s’enracinent toujours dans des situations vécues. A la mort de sa grand-mère, elle épouse le baron Casimir Dudevant. Son mariage est  un échec. Mis à part leurs convictions républicaines, ils n’ont rien en commun. Elle fait alors l’expérience intime des injustices et des servitudes de la condition féminine et découvre les rigueurs du code Napoléon qui prive la femme de tous ses droits pour les donner à l’homme. De là  vient son engagement féministe. Romancière prolifique, elle est la première femme à assurer son indépendance grâce à son travail.

L’engagement politique de George Sand se nourrit d’événements et de rencontres : celle de Jules Sandeau tout d’abord, qui l’emmène à Paris en 1830 et auquel elle emprunte une partie de son nom  (Sand est une abréviation  de Sandeau) ; elle assiste à la « Révolution avortée » qui donne le pouvoir au roi Louis-Philippe, s’inquiète des idoles du jour : Thiers,  Talleyrand et  La Fayette qu’elle méprise. Elle est surtout le témoin horrifiée des violences commises contre le peuple aux côtés duquel elle se range résolument.

A 26 ans, sa conviction est faite et elle n’en changera jamais  : elle se déclare  républicaine. Il lui a fallu beaucoup de courage pour rester fidèle à cette République alors considérée comme une utopie et qu’elle ne connaîtra que durant 7 ans. C’est à cette époque qu’elle écrit dans Le Figaro ( un journal « de gauche » à l’époque comparable au Canard Enchaîné ). En 1832, elle assiste aux obsèques du général Lamarque qui sert de prétexte à une manifestation républicaine ; la troupe tire sur le manifestants. « Voir le sang couler est une horrible chose » écrit George Sand ; cette horreur du sang versé explique son pacifisme et son attitude au moment de la Commune de Paris qui lui fut si souvent reprochée.


En 1833, elle rencontre Michel de Bourges. Avocat « éloquent, simple et grandiose », il défend au Palais Jacques Cœur, alors transformé en tribunal, des ouvriers jugés pour faits de grève, un droit qu’elle justifiera, elle aussi, dans ses écrits. Elle fait également la connaissance de La Mennais qui incarne une vision sociale et progressiste du christianisme. Croyante, mais anticléricale, George Sand admire  cet homme qui lui montre une dimension de la foi qu’elle n’avait pas soupçonnée.

L’une des étapes les plus importantes de sa formation politique demeure la rencontre avec Pierre Leroux. Cet ouvrier typographe est un authentique homme du peuple qui lutte à la fois pour l’émancipation économique des prolétaires et pour le développement d’une culture ouvrière, position très originale à l’époque. Elle lui sera toujours fidèle et l’aidera de ses deniers.

Au contact de Pierre Leroux, George Sand comprend que l’émancipation du peuple passe par l’éducation. Consciente que la diffusion des livres est aussi un problème financier, elle fera éditer ses œuvres dans des  éditions « à quatre sous », ancêtres de nos « livres de poches ».
 
A la veille de la Révolution de 48, elle écrit coup sur coup deux romans très engagés, qui comptent parmi les plus forts de son œuvre : Le Meunier d’Angibault qui traite de la question des paysans et des ouvriers boulangers et Le Péché de Monsieur Antoine où elle dénonce les excès de la civilisation industrielle et développe des préoccupations écologiques.

Quand éclate la Révolution de 48, George Sand est consciente de la fracture entre le peuple de Paris et celui des campagnes. Conseillère respectée et écoutée, elle a ses entrées dans tous les ministères du gouvernement provisoire et déploie une activité intense : elle fonde le journal La Cause du Peuple et s’attache dans Les  Bulletins de la République à expliquer et à justifier les grandes décisions de la Deuxième République : abolition de l’esclavage, droit au travail et à la rémunération, instauration du suffrage universel, abolition de la peine de mort…Elle est profondément meurtrie par la répression sanglante du général Cavaignac en juin 48 et par l’arrestation de Blanqui et de Raspail, qui seront  jugés et emprisonnés au Palais Jacques Cœur, à Bourges.

 Après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte et durant tout le Second Empire, elle se dépense sans compter en faveur des prisonniers politiques. « Pour sauver mes amis, affirme-elle, je suis prête à mettre les pieds dans tous les crottins. »

 George Sand a près de 70 ans au moment de la Commune de Paris ; contrairement à Marx, elle ne croit pas aux vertus de la violence et refuse le « dictature de l’idéal » et le mépris du suffrage universel.

Devenue plus sereine et plus « contemplative », elle connaîtra, à la fin de sa vie les débuts de la Troisième République qui règle les grands thèmes sandiens : séparation de l’Eglise et de l’Etat, instruction gratuite et obligatoire.

Dans une lettre de 70 pages adressée à son vieil ami Flaubert (qui, lui,  ne croit pas à la politique), elle écrit cette phrase qui la résume tout entière, avec son constant optimisme et son courage indomptable : « Tâchons d’améliorer l’homme en nous et autour de nous et de pousser le siècle, au risque de nous casser les bras. »

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Lithophyse (blessure d'étoile)

12272823491?profile=original"Oeuf du tonnerre" ("Thunderegg", lithophyse, agate, Oregon, Etats-Unis)

Lithophyse

 

Etrange fleur

Blessure d'étoile

Oeuf du tonnerre

Ophiure imaginaire

Poussière transfigurée

Premières lueurs

D'un hiver boréal

Réveil de la matière

Primaire pie-mère

D'une aurore bleutée

Innocente candeur

Rose de cathédrale

Pentacle d'avant Collomb

Mystérieux blason

Hymen pétrifié

Michel Lansardière

12272823890?profile=originalAgate (lithophyse, agate rouge avec au centre du quartz, Sankt-Egidien, Saxe, Allemagne)

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C'est en 1837 que Frédéric Chopin fit la connaissance de George Sand. Entre ces deux êtres que tout séparait naquit une liaison passionnée qui dura neuf ans.

Musicien de génie, profondément attaché à son pays natal (son père était français et sa mère polonaise), Chopin se fixa à Paris après l'écrasement de l'insurrection polonaise et la mise à sac de Varsovie par les troupes russes en juillet 1831. C'est un homme d'une grande intelligence et d'une profonde noblesse de cœur, mais il est doté d'une sensibilité presque maladive et d'une santé fragile... "Son esprit était écorché vif, écrit de lui George Sand... le pli dune rose, l'ombre d'une mouche le faisait saigner."

Conservateur et sédentaire, il se plaît dans l'atmosphère raffinée des salons parisiens. George Sand, qui préfère la vie champêtre de Nohant aux attraits de la capitale, est son exact opposé ; sa célébrité garde un parfum de scandale, elle aime les changements et l'aventure, prône l'émancipation des femmes et ne cache pas ses sympathies républicaines.

Comme la littérature l'avait rapprochée de Musset, c'est la musique qui rapproche George Sand de Frédéric Chopin. "Je l'ai revue trois fois, écrit Chopin... Elle me regardait profondément dans les yeux, pendant que je jouais. C'était de la musique un peu triste, légendes du Danube ; mon cœur dansait avec elle au pays. Et ses yeux dans mes yeux, yeux sombres, yeux singuliers, que disaient-ils ? Elle s'appuyait sur le piano et ses regards embrasants m'inondaient."

En 1838, pour tenter de rétablir la santé défaillante de Chopin et soigner son fils Maurice, issu de son mariage avec Casimir Dudevant, George Sand les emmena tous les deux, ainsi que sa fille Solange, sur l'île de Majorque, au sud de l'Espagne. Ils sont loin de se douter que cette même Solange, petite fille espiègle et pleine de vie qui batifole gaiement sur le pont du bateau sera, des années plus tard, à l'origine de leur rupture.

Ils trouvèrent à se loger dans le cadre pittoresque mais insalubre de la Chartreuse de Valldemosa, un ancien monastère à moitié en ruine. Si ce séjour fut profitable à George Sand et à ses enfants, il se transforma en revanche pour Chopin, dont la santé se dégrada rapidement en raison du climat humide de l'île en hiver, en un véritable calvaire : les pluies torrentielles moisissent les murs et les chambres sont presque impossibles à chauffer. Chopin, atteint d'une maladie que l'on n'appelait pas encore "tuberculose", mais "phtisie", dont il mourra en 1849 et que l'on ne savait pas soigner, tousse et crache le sang ; le cadre étrange de la Chartreuse suscite en lui des impressions pénibles et jusqu'à des hallucinations. "Le cloître était pour lui plein de terreurs et de fantômes, écrit George Sand dans ses Mémoires, même quand il se portait bien. Il ne le disait pas et il fallait le deviner. Au retour de mes explorations nocturnes dans les ruines avec mes enfants, je le trouvais, à dix heures du soir, pâle, devant son piano, les yeux hagards et les cheveux comme dressés sur sa tête. Il lui fallait quelques instants pour nous reconnaître."

Les habitants de Majorque, effrayés par la maladie de Chopin et prévenus contre George Sand, les tiennent à l'écart...

C'est pourtant au milieu de ce calvaire que Chopin trouva la force d'achever ses admirables Préludes. "Ce sont des chefs-d’œuvre, plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l'audition de chants funèbres ; d'autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sous la neige."

Le calvaire finit pourtant par prendre fin. Dès que les forces de Chopin le permettent, cette étrange "famille" regagne la France à la fin de l'hiver, via Barcelone et Marseille. "Je quittais la Chartreuse avec un mélange de joie et de douleur. J'y aurais bien passé deux ou trois ans, seule avec mes enfants. Le ciel devenait magnifique et le lieu enchanté. Notre installation romantique nous charmait... Le malade lui-même eût été adorablement bon de guérir. De quelle poésie sa musique remplissait ce sanctuaire, même au milieu des plus douloureuses agitations ! Et la Chartreuse était si belle sous ses festons de lierre, la floraison splendide dans la vallée, l'air si pur de notre montagne, la mer si bleue à l'horizon ! C'est le plus bel endroit que j'aie jamais habité, un des plus beaux que j'aie jamais vus."

Conformément à la conception romantique de la création artistique, ce douloureux épisode se révéla "fécond" puisqu'il fut à l'origine d'un très beau roman de George Sand : Un hiver à Majorque et d'une œuvre musicale qui compte parmi les plus accomplies de la littérature pianistique.

Les citations entre guillemets sont extraites du chapitre V de l'autobiographie de George Sand Histoire de ma vie, texte établi, présenté et annoté par Georges Lubin, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard (1978), et de : Un hiver à Majorque : texte établi, présenté et annoté par Jean Mallion et Pierre Salomon, collection de l'Aurore, Editions Glénat, 1993. Cette édition comporte également en appendice le chapitre V de l'autobiographie de George Sand. Les Préludes de Frédéric Chopin ont fait l'objet de nombreux enregistrements, les plus célèbres sont ceux d'Arthur Rubinstein et de György Cziffra.
 
 
 
 

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Anna Akhmatova

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Anna Akhmatova (en russe : Анна Ахматова ; 23 juin 1889 - 5 mars 1966) est le nom de plume d'Anna Andreïevna Gorenko (en russe : Анна Андреевна Горенко), une des plus importantes poétesse russes du XXme siècle .

 

Egérie des acméistes, surnommée la « reine de la Neva » ou « l'Âme de l'Âge d'Argent », Anna Akhmatova demeure aujourd'hui encore l'une des plus grandes figures féminines de la littérature russe.

 

L'œuvre d'Akhmatova se compose aussi bien de petits poèmes lyriques, genre qu'elle contribue à renouveler, que de grandes compositions poétiques, comme Requiem, son sombre chef-d'œuvre sur la terreur stalinienne. Les thèmes récurrents de son œuvre sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et pour écrire dans l'ombre du stalinisme.

 

L'or se couvre de rouille, l'acier tombe en poussière,

Et le marbre s'effrite. Tout est prêt pour la mort

Ce qui résiste le mieux sur terre, c'est la tristesse,

Et ce qui restera, c'est la Parole souveraine

 

Anna Akhmatova

 

 

Paisible coule de Don

La lune entre les maisons

La lune entre sans façons,

Elle voit une ombre dans la maison.

Cette femme est malade.

Cette femme est solitaire.

Le mari mort, le fils est en prison.

Priez à mon intention !

Depuis dix-huit mois je hurle : reviens !

Reviens à la maison !

Je rampe aux pieds des assassins,

Mon effroi, mon garçon !

 

 

Et j'ai appris l'affaissement des visages,

la crainte qui sous les paupières danse,

les signes cunéiformes des pages

que dans les joues burine la souffrance ;

les boucles brunes, les boucles dorées

soudain devenir boucles d'argent grises,

faner le sourire aux lèvres soumises,

et dans le rire sec la peur trembler.

Et ma prière n'est pas pour moi seule,

Mais pour tous ceux qui attendaient comme moi

dans la nuit froide et dans la chaleur

sous le mur rouge, sous le mur d'effroi.

 

1940 (Requiem, Epilogue)

 

"Elle s'était drapée dans les mots de la poésie, dont elle fit son maquis, sa terre de résistance. Elle reste la recluse, la beauté irradiante mise en cage par les bourreaux staliniens. Interdite de publication, traquée par la police et par les déportations ou la mise à mort de ses proches, elle semble par la force tranquille de ses poèmes s'opposer seule à la tyrannie du monde. Sa poésie, à peine redécouverte, nous saisit par ce qui semble irradier d'elle : une pureté d'eau.

 

En ces temps toujours incertains, l'image et les mots de cette statue de la résistance au mal, à l'extermination folle, sont toujours dressés et actuels :

 

Mon Dieu nous régnerons avec sagesse

bâtissant des églises au bord de la mer

et aussi des phares élevés

Nous sauvegarderons l'eau et la terre

et nous ne ferons du mal à personne

 

(Juste au bord de la mer)

 

Nous n'avons sans doute pas besoin de Dieu pour réaliser cette prophétie mais sûrement d'Anna Akhmatova." (Gilles Pressnitzer)

 

(In memoriam A.A.) :

 

 

                                                            Demain la Russie sera belle !

 

 

 

                                              Un train à vapeur chemine interminablement

                                                               Dans l’océan de la plaine.

              

                                                Le Palais d’Hiver est tombé,

                                               Mais ce n’est pas le printemps.

 

                                     Les nouvelles vont plus vite que le bonheur.

 

                      Mais pour les cœurs que réjouit la pie perchée sur la barrière

                                             Non, ce n’est pas le même hiver.

 

                                              Demain, la Russie sera belle !...

 

                                                            Demain ?

 

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"Aux terribles années de la Iéjovchtina*, j'ai passé dix-sept mois à faire la queue devant les prisons de Leningrad. Un jour, quelqu'un crut me reconnaître. Alors, derrière moi, une femme aux lèvres bleuies et qui, bien sûr n'avait jamais entendu mon nom, sembla s'éveiller de la torpeur où nous étions toutes plongées et me chuchota à l'oreille (là bas, nous ne parlions toujours qu'à voix basse) :

 

 - Et ceci, vous pourriez le décrire ?
Et j'ai répondu :
- Oui.

Alors, quelque chose comme un sourire glissa sur ce qui, un jour, avait été son visage."

 

 

"léjovchtina" * : Période de Lejov, Nikolaï Ivanovitch Lejov (en russe : Николай Иванович Ежов), policier et homme politique soviétique né le 19 avril (1er mai) 1895 à Saint-Petersbourg en Russie et mort fusillé sur ordre de Staline et de Lavrenti Beria le 3 février 1940 à Moscou.

 

Chef suprême du NKVD de septembre 1936 à novembre 1938, il est le principal artisan de la mise en œuvre des Grandes Purges staliniennes. En 1936, il remplace Guenrich Lagoda au poste de commissaire du peuple à l'intérieur où il poursuit et accentue les purges entreprises par son prédécesseur, d'où le nom Iejovtchina qu'on donne à cette Grande Terreur, qui gagne démesurément en intensité jusqu'à aboutir à l'assassinat d'une balle dans la tête d'au moins 750 000 personnes, souvent choisies au hasard pour atteindre les quotas fixés par villes ou régions (soit environ un citoyen soviétique sur 200).

 

 

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Alvéoles (17)

Départs

Franz Kettenmeyer s'envoyait son troisième Jack Daniels devant le regard réprobateur de son ami John Owl.

— Tu sais bien que je n'aime pas l'avion, dit Franz. Imagine qu'à chaque fois que tu prends le métro tu aies des crises d'angoisse, et tu comprendras ce que je ressens.

— Je le conçois aisément. En revanche, je n'ose pas imaginer l'état dans lequel tu seras lors de ton retour à Genève.

— Moi je l'imagine bien, et je m'en contrefiche. Ta sobriété n'a d'égale que ton talent à habiller notre mariée financière, mais elle ne t'autorise pas à me donner des leçons. Tu ressembles à un mormon face à un irlandais un soir de St Patrick.

— Arrête avec tes métaphores à la con, Franz. Je m'inquiète pour ta santé, c'est tout... et sache que la manière dont nous validons tes comptes n'a rien d'illégal.

— J'espère bien !

— Heureusement que tu n'entres en décadence que lorsque tu te déplaces, dit John en levant son verre de Perrier.

— Heureusement que je me déplace peu, surtout. D'ailleurs, je commence à passer pour un snob au sein du comité de direction. J'ai personnellement veillé à réduire drastiquement les frais de déplacement au sein du groupe, j'ai fait déployer des systèmes de vidéoconférence partout, mais lorsque j'utilise mon Falcon, je ne montre vraiment pas l'exemple.

— Et ça te donne des remords, sans doute ?

Franz contempla avec satisfaction son verre bientôt vide.

— Pas le moins du monde.

— Je m'en doutais.

— Mes heures de vol ont un caractère intégralement professionnel. On ne peut pas en dire autant de Dieter et Gerhard.

— Ils vont bien, tes frangins ?

— Dieter sèche, Gerhard engraisse. Et ce ne sont pas les secousses qui l'agitent quand il s'envoie ses putes de luxe qui vont compenser ses excès de table.

John ne put s'empêcher de sourire :

— Je vois que tu considères Gerhard toujours avec autant de nuance.

— Je ne partage ni ses jeux, ni son mode de vie, c'est tout. Ne te méprends pas, John : mes frères sont tous deux très compétents dans leur domaine. Mais s'ils étaient vraiment aux commandes du groupe, nous aurions été servis au petit-déjeuner d'un de vos géants de l’agroalimentaire depuis longtemps.

— Je sais. Pas mal de mes confrères m'ont confié l'étonnement de leurs clients : dans votre secteur d'activités, vous êtes la dernière entreprise entièrement familiale en Europe. Pour eux, votre existence est un non-sens intégral.

Franz s'était jusqu'ici montré jovial malgré son appréhension du vol au-dessus de l'Atlantique, mais subitement, toute trace d'ébriété disparut. C'est ce que John appréciait le plus chez son ami : en toute circonstance il pouvait redevenir le capitaine d'entreprise que les médias glorifiaient régulièrement.

— Je ne suis pas surpris, John. Il y a encore des choses auxquelles vos rapaces financiers sont allergiques par principe. Même au plus profond de la crise financière en 2009, il s'en est encore trouvé pour vouloir prendre des parts de marché dans nos propres fiefs.

John ajusta son dos au canapé de cuir. Il connaissait le discours de son ami par cœur, et il le trouvait d'ailleurs pleinement justifié. C'était principalement pour cette raison qu'ils avaient commencé à travailler ensemble, après de nombreuses années où la vie les avait éloignés l'un de l'autre. Leurs études étaient bien loin.

— Tu sais bien, dit Franz, que depuis plus de quinze ans, les clients de tes chers confrères font un lobby d'enfer à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg. Ils ont tous pignon sur rue. Certains ont même poussé le vice jusqu'à engager à prix d'or d'anciens hauts fonctionnaires européens pour noyauter les institutions.

John prêtait l'oreille à son ami Franz avec d'autant plus de plaisir qu'il ne comprenait rien à l'Europe et à son fonctionnement. Comment un conglomérat de plus de vingt états (et presque autant de langues officielles) pouvait-il s'entendre et faire fonctionner de manière cohérente autant d'institutions aussi compliquées ? Union Européenne, Commission, Parlement, Conseil des ministres, constitution, traités : vu depuis ses tours de verre new-yorkaises, tout ceci lui avait toujours fait l'effet d'un vieux moteur diesel impossible à faire tourner rond.

— Cela a commencé par l'autorisation de cultiver certains produits génétiquement modifiés, poursuivit son ami. La fameuse pomme de terre super-amidonnée a été la pionnière en 2010. L'Europe a dit « ok, nous n'interdisons pas ce produit, mais chaque état-membre est libre d'autoriser sa culture ou de l'interdire ». Résultat : moins d'un an plus tard, tous les pays (sauf la France) ont donné leur feu vert. D'autres cas ont suivi, bien plus dommageables. Les brèches se multiplient, John. Écoper ne suffit déjà plus.

Franz s'interrompit pour commander un dernier « Jack ». John n'exprima pas la moindre réprobation : son ami s'était effacé derrière le chef d'entreprise, et resterait pour quelques minutes encore insensible à tout propos d'ordre privé.

— Je leur donne moins de trois ans pour arriver à leurs fins. Une fois le pouvoir exécutif européen dans leur poche, ils lanceront le tsunami des OGM à l'assaut du vieux continent. Nous aurons beau rester une entreprise qui n'est pas à vendre, ils vont s'employer à nous affaiblir. Nous isoler. Nous étouffer. Jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'autre choix que de les laisser entrer dans notre capital.

— Ton groupe résiste très bien aux pressions, Franz. Ne joue pas les victimes avec moi.

— Il résiste, et il peut encore reprendre des positions avantageuses à court terme. Mais dans une Europe telle qu'elle se dessine, une entreprise de droit suisse n'a qu'un poids tout relatif auprès des commissaires européens. Je fais travailler plus de monde en Europe que bien d'autres entreprises, mais on ne m'écoute pas autant que si j'étais français ou allemand. Non, John, si je veux conserver une seule chance de résister à la guerre qui se prépare, je dois avoir cinq as dans mon jeu. Pas moins.

Franz accueillit son whisky avec le visage formaté qu'il avait arboré sur la couverture de « Fortune » l'année précédente.

— C'est pour cela que j'ai lancé mes deux frères à l'assaut des recherches les plus ambitieuses de l'histoire du groupe. Et c'est pour cela aussi que j'ai besoin de toi pour que nos comptes ne laissent rien soupçonner des investissements colossaux consentis en matière de R&D. Nos ennemis nous observent de très près.

— Je sais tout cela, Franz. Nous avons bien travaillé. Tu peux dormir sur tes deux oreilles.

— Je te fais confiance et je te remercie. Sans toi je n'aurais pas pu utiliser à ma guise les budgets dont j'ai besoin. Surtout avec la réputation de transparence que notre père a entretenue avant de me céder les commandes du groupe.

— J'espère que tu réussiras. Cela ne me ferait pas plaisir de voir l'empire de mon ami mourir comme César face à ses traîtres.

— César en a terminé avec la mise au point de son arme secrète, John. Plus rien ne pourra arrêter le processus. Mais moi, contrairement aux ayatollahs du transgénique, je ne vais tuer personne.

— En es-tu si sûr ?

— J'en suis certain. Pourquoi le ferais-je ? L'Occident doit bien vivre, pour qu'il paie la nourriture que je vais lui vendre.

Un homme en uniforme s'approcha des deux amis.

— Mister Kettenmeyer ? Ready when you are.

— Je suis à vous dans une minute.

John acheva son verre d'eau. Il s'attendait à voir son ami faire de même avec le whisky, mais Franz se leva sans même y jeter un regard.

— Dans moins d'un mois, les médias vont s'emparer de toute cette affaire. Ça va être l'affolement. Les gouvernements vont probablement paniquer. La presse, va complètement perdre la boule, car il sera difficile de faire la différence entre ceux qui diront n'importe quoi et ceux qui feront écho de ce que nous leur aurons dicté. Et moi, je vais simplement me mettre au travail. Attends-toi à valider le plan financier le plus ambitieux de toute ta vie.

Ils se serrèrent la main avec énergie, comme au temps où, étudiants, ils partageaient les mêmes positions dans leur équipe de football américain.

— On va sauver le monde, John. Toi et moi.

John mit la sortie de son ami sur le compte de l'alcool – sauver le monde, rien que cela.

Franz n'était pas de cet avis, mais il était encore trop tôt pour lui donner tous les gages de sa détermination.

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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FRAICHEUR

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  • FRAÎCHEUR
  • Je me souviens de cette première fois ou je la vis ..
  • Elle paraissait si fragile , toute menue , mais en l'approchant de près je découvris un regard remplit de cette force sereine qu'on les personnes ayant parcouru la plus grand
  • e partie du chemin .
  • C'est ainsi que cette rencontre apporta dans mon existence , de merveilleux moments de vie ..de bien être et de rires .
  • Elle était assise à une terrasse de café ; une table à côté de la sienne étant libre je m'installais et commandais un citron pressé bien frais , ce qu'elle même était en train de déguster .
  • Je ne sais pourquoi je l'observais , sentant mon regard elle me sourit .
  • " Voulez vous que nous partagions ce verre ensemble " me dit elle .
  • " Mais avec plaisir " !! Et nous voilà bavardant comme des amies se retrouvant après de longues années d'absence..
  • Jeanne c'est ainsi qu'elle se prénommait me confia ses chagrins ...une dame âgée , cela était indéniable , mais son visage avait gardé cette fraîcheur , qu'aucun artifices n'avait ternit au fil des ans ... elle était touchante Jeanne et chaque semaine je la retrouvais avec ce sentiment d'être en sa compagnie sur un oasis ..partageant avec elle la fraîcheur d'un citron pressé .
  • Solen le 19 Aout 2012 à 21 heures

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