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Une passion ordinaire

 

 

J’ai fait la connaissance de Julie un dimanche après midi alors que j’étais attablé à la terrasse du Wellington.

Il y avait toujours beaucoup d’hommes au Wellington, la clientèle féminine préférait la taverne voisine. Des hommes seuls, plus très jeunes, des hommes sans femme, pas nécessairement des veufs.  C’est d’un même mouvement de la tête qu’ils suivaient du regard celles qui empruntaient le boulevard.

Ils me rappelaient mon adolescence lorsque dans les boites,  le samedi soir, se réunissaient les jeunes gens que nous étions alors. Avant même qu’ils n’aient jeté leur dévolu sur une fille, après les avoirs examinées toutes, une sorte de compétition s’instaurait entre nous. C’était un duel informel fait de mots et de rires.

La fille avait conscience d’être l’objet consentant de notre désir et la fierté comme un fard de lumière illuminait son visage.

Finalement, un seul d’entre nous s’avançait vers elle et laissait au comptoir un groupe de garçons meurtris, et soudain moins bruyants.

Moi non plus je n’avais pas de femme. Durant vingt ans j’ai pensé de Cécile qu’elle était une compagne provisoire en attendant le grand amour. En réalité j’ignorais à quoi je pourrais le reconnaitre, et je suis resté avec Cécile jusqu'à sa mort. Elle apaisait mes besoins sexuels, j’avais une compagne quand je rentrais chez moi, c’était une situation confortable.  La plupart de nos relations croyaient que nous étions mariés. Pendant longtemps j’ai pensé que notre liaison s’achèverait dès que j’aurais rencontré la femme avec laquelle j’aimerais vivre et vieillir.

Lorsque Julie est passée son visage m’a paru familier sans que je puisse le situer. Elle devait avoir une quarantaine d’années, je n’ai jamais pu estimer l’âge des femmes, elle souriait et je l’ai trouvée séduisante.

C’est elle qui s’est approchée de ma table.

- Vous ne me reconnaissez pas ?

- Oui, mais…

Je me suis levé, les mains appuyées sur la table. Un vrai abruti, ai-je pensé.

- La maman de Christian, votre élève.

Je me souvenais à présent. Une dizaine d’années auparavant, elle assistait à des réunions de parents d’élèves. J’avais rarement eu affaire à elle.

- Vous voulez vous asseoir ?

J’ai écarté la chaise voisine de la mienne. Elle s’est assise, le visage tourné vers moi. Elle souriait.

- Vous savez, je vous cherchais.

-Vous me cherchiez ?

- Je ne vous cherchais pas mais j’avais envie de vous revoir. Vous allez rire de moi mais c’est parce que je vous avais reconnu dimanche dernier que je suis revenue aujourd’hui. Vous aviez l’air de vous ennuyer tellement. Je ne vous dérange pas au moins ?

- Vous ne me dérangez pas. Je n’attendais personne.

Le temps était doux bien que l’après-midi fut déjà bien avancée. Julie portait une robe légère dont le col s’ouvrait jusqu’à la hauteur de la poitrine.

Nous sommes restés silencieux jusqu’à ce que Julie me dise :

- J’ai appris que votre compagne était morte, je suis désolée.

J’ai été surpris de la facilité avec laquelle, pour lui répondre, je lui ai parlé de Cécile, de la vie que nous menions, de la solitude dans laquelle je me trouvais. Est-ce qu’au fond, ce n’était pas une preuve d’amour que de se sentir seul à ce point ?

- C’est drôle, je vous parle comme si nous connaissions depuis des années.

- Je vous comprends. A qui peut-on parler sinon à un inconnu ? Mon mari est mort lui aussi. Parfois, je lui reproche de m’avoir laissée. Je me demande s’il  n’eût pas mieux valu qu’il m’eut laissée pour une autre.

Je lui ai demandé si elle accepterait de dîner avec moi.

Après le repas, je l’ai raccompagnée chez elle, elle m’a demandé si je voulais prendre un dernier verre. J’ai hésité, et nous avons fini la nuit ensemble.

Le lendemain, j’ai décidé de ne l’appeler que plus tard. J’avais besoin de réfléchir. Tout me paraissait trop rapide ou trop différent de ce à quoi je m’attendais. D’ailleurs, est-ce que j’attendais quelque chose ?

Le téléphone a sonné. C’était Julie.

- Tu as passé une bonne journée ?

J’avais reconnu sa voix à cette raucité que le téléphone amplifiait, et qui  avait été une caresse supplémentaire durant la nuit.

- J’avais des choses à mettre en ordre, je viens à peine de rentrer.

- Moi aussi, je viens à peine de rentrer. C’est fou ce qu’il y a à faire.

Je ne savais pas ce qu’il fallait dire. J’attendais qu’elle raccroche.

- A demain.

Après un moment de silence, elle a ajouté encore.

- J’espère que tu as passé une bonne nuit.

Pendant deux jours nous ne sommes pas revus. Elle avait téléphoné le lendemain pour me demander de mes nouvelles et le soir, c’est moi qui l’avais appelée pour lui souhaiter une bonne nuit. Puis, elle m’a téléphoné pour m’inviter à dîner le soir même, et j’ai apporté un disque, je craignais que des fleurs aient un caractère trop convenu.

Elle avait dressé la table, mais nous avons pris l’apéritif dans un coin du salon devant le poste de télévision, c’est là qu’elle devait s’asseoir lorsqu’elle était seule.

- Tu veux aller au lit maintenant, nous mangerons après ?

J’ai fait oui de la tête, et elle m’a entrainé en me prenant la main.

Durant deux à trois semaines, nous nous sommes retrouvés chez elle, et notre rencontre se déroulait de la même  façon. Ce qui changeait cependant à mesure que le temps passait, c’était l’intensité de nos rapports physiques. Deux êtres affamés qui s’ingéniaient à des gestes, à des baisers, à des propos capables de leur procurer des sensations à chaque fois plus puissantes. Je n’avais jamais imaginé que le corps pouvait être, c’est Julie qui le disait, un violon dont il fallait se servir en artiste créateur.

- Tu n’aimes pas faire l’amour ?

- Si, si.

Elle y mettait tant d’ardeur que j’avais parfois le sentiment de participer à nos ébats comme un voyeur  avide. Nous reposions côte-à-côte. Elle disait que je lui appartenais davantage quand elle me touchait.

Je ne voyais pas Julie tous les jours mais tous les jours nous nous téléphonions. Lorsqu’ elle m’invitait ou que j’avais envie de passer la nuit avec elle, nous nous retrouvions chez elle ou dans un restaurant où nous avions pris nos habitudes.

Un jour, Julie m’a demandé de l’accompagner à une soirée organisée par une de ses amies à l’occasion de son anniversaire.

- Ce sera l’occasion de connaitre mes amis.

Elisabeth  avait invité Julie, son amie la plus proche, moi et deux couples  dont Julie m’avait dit qu’ils couchaient parfois à quatre.

- Ils sont bien plus heureux que lorsque la timidité les retenait encore.

La soirée avait été fort agréable, nous avions un peu bu, nous avions dansé, nous avions beaucoup  ri de tout et de rien. A un moment de la soirée, Elisabeth avait dit à Julie :

- Tu veux bien ?

Elle m’avait entrainé pendant que Julie diminuait l’intensité de la lumière. Puis elle n’avait plus rien demandé et s’était abandonnée contre moi, la tête sur mon épaule.

Un soir que je me rendais chez Julie, c’est Elisabeth qui se trouvait dans l’appartement. Julie était absente.

Durant huit jours nous ne nous sommes pas revus, Julie et moi. Peut être qu’elle avait pensé que c’était mieux comme ça, que les choses finissent d’une manière ou d’une autre, allez savoir pourquoi ?

Elisabeth avait du lui raconter comment s’était déroulée notre soirée. Elle avait du lui dire que je m’étais littéralement enfui comme si j’avais risqué d’être violé.

Le huitième jour, je lui ai téléphoné.

- Je peux venir chez toi, ce soir.

- Je ne suis pas libre ce soir.

Puis, j’étais sûr qu’elle avait hésité, elle a ajouté :

- J’ai promis à Elisabeth d’aller la voir.

Je me suis rendu dans sa rue en face de la maison. Il y avait de la lumière dans son appartement. J’ai sonné à plusieurs reprises mais personne n’a répondu. Lorsque je suis parti, il y avait toujours de la lumière. Elle ne s’était pas donné la peine d’éteindre avant de soulever les rideaux.

Je suis venu de nombreux soirs. De ma voiture, je regardais ses fenêtres.

Un soir, elle a téléphoné.

- Ca ne peut pas continuer. Tu te conduis comme un enfant.

- Parce que je veux te parler, j’ai besoin de toi.

Elle a presque crié :

- Tout le monde a besoin de quelqu’un. C’est fini, je t’en prie.

- Je veux te parler et je veux te voir, tu comprends

J’ai ajouté :

-  Même si c’est la dernière fois.

-  Tu me jures que c’est la dernière fois.

Je l’ai juré, et Julie m’a dit qu’elle m’attendait. Il était presque minuit quand j’ai sonné. Elle avait posé deux verres sur la table basse 

Je me suis avancé pour l’embrasser, elle a détourné la tête et c’est sur la joue que j’ai déposé un maigre baiser.

- Je voulais te voir. Nous sommes des amis, non ?

- Des amis, oui.

Je me sentais aussi gauche que lorsque nous nous étions rencontrés à la terrasse du Wellington et que je m’étais levé, les mains appuyées à la table pour l’inviter à s’asseoir. Il y avait de la compassion dans ses yeux.

- Tu veux t’asseoir, je t’ai préparé un verre.

J’ai secoué la tête.

- Je veux faire l’amour avec toi Julie, même si c’est la dernière fois.

J’ai mis les mains sur ses hanches,  elle y était aussi sensible qu’à la pointe des seins. Elle avait dit un jour que c’était son petit moteur que je déclenchais, et les yeux de Julie s’étaient enflammés autant pour le geste que pour le mot.

C’est parce que j’ai répété : la dernière fois, qu’elle a porté son ventre contre le mien. Nous avons fait l’amour comme ces jours de grâce où chacun d’entre nous était l’esclave reconnaissant de l’autre. Le visage de Julie était livide, ses traits saillaient sous la  peau.  Je la forçais comme si je la violais. Son visage était devenu laid. Je savais qu’elle jouissait. J’ai serré son cou, et j’ai compris que je l’aimais.

 

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administrateur partenariats

Chers amis,

La saison hivernale nous laisse un peu de répit.

Les frimas ne nous tiennent pas calfeutrés

au coin du feu, et notre blog hivernal

semble s'endormir dans une tranquille béatitude.

Néanmoins, certains membres

sont venus lui rendre visite et ont déposé qui, une peinture ,

qui , un poème , qui, une aquarelle sentant bon la neige

et les beautés qu'elle nous offre souvent....

Nicole Duvivier, Joelle Diehl , ainsi que tous les membres du groupe "Partenariats "

et moi-même avons le plaisir de vous inviter à découvrir et éventuellement commenter

d'une de vous oeuvres , passée ou récente, ce blog qui sera clôturé au printemps

par une belle video reprenant toutes les publications.

Cette aventure des quatre saisons sera unique en son genre et sera

le seul partenariat entre les membres qui vous sera proposé cette année 2014 !

N'hésitez pas à la rejoindre !

Elle vous permettra de découvrir d'autres membres, d'autres talents !

A bientôt !

 

Le lien vers le blog hivernal :

" La battue " Interprétations poésie, peinture et photos entre les membres d'Arts et Lettres, sur un poème de Joelle Diehl et une peinture de Nicole Duvivier

et le blog automnal:

" L'automne est un chant de couleurs"

Les quatre saisons:

"Les quatres saisons sur Arts et lettres"

Liliane

Les partenariats

Arts

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Lettres

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Des vers de Constantin Balmont

 

*

J'ignore la sagesse, utile pour les masses,
Et ne mets dans mes vers que ce qui fuit et passe,
Car l'instant passager, pour moi, contient un monde
Empli de jeux changeants et d'opalines ondes.

Ne me maudissez pas, vous qui vous croyez sages,
Je porte en moi la flamme et ne suis qu'un nuage ...
Et comme le nuage orageux mais si tendre,
Je parle aux seuls rêveurs qui seuls peuvent m'entendre.


Les roseaux

Lorsqu'arrive minuit dans les marais déserts
Les roseaux doucement soupirent dans les airs,
Que disent les roseaux, pourquoi donc ces murmures ?
Pourquoi des feux follets brûlent dans leur verdure ?
Ces errantes clartés sur le miroir des eaux
Se rallument ou bien s'éteignent de nouveau.
Les roseaux de minuit s'inclinent et bruissent,
Ils cachent des crapauds, de longs serpents y glissent.
Le visage penché d'un livide croissant
Se mire dans les eaux, tremblant, évanescent.
Oh ! l'odeur de la vase, étrangement sauvage,
Il aspire, il étreint, l'attirant marécage...
"Qui donc est-ce ... Pourquoi ? demandent les roseaux.
Pourquoi brûlent ainsi des flammes sur nos eaux ?"
Mais le croissant se tait tristement qui l'ignore,
Et penche son profil plus bas, plus bas encore ...
Les roseaux chuchotant dans la nuit de saphir,
D'une âme disparue évoquent les soupirs.

 

Constantin Balmont

(In Anthologie de la poésie russe/ Edition de Katia Granoff/ NRF/Poésie/ Gallimard)



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La meilleure façon d'aimer

 

Je le guettai de ma fenêtre.

Il me dit, d'un air entendu:

Homme ne fut tant attendu!

Et il me tendit une lettre.

...

Mon attitude impatiente,

Il l'avait bien vite perçue.

Ne pensant pas être déçue,

Je me présentai souriante.

...

Non! ce ne fut pas ce matin,

Ni hier, ni dans la semaine.

Mais je suis devenue sereine.

Mon ardent désir s'est éteint.

Le véhicule ailé, ce jour

S'est arrêté loin de ma porte.

Je fus aimée, ce qui m'importe

Est de n'avoir pas le coeur lourd.

...

La meilleure façon d'aimer

Est un échange de tendresse.

La mort ne fait pas qu'elle cesse;

Je la garde vive à jamais.

...

17 septembre 2012

 

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administrateur théâtres

04f06818d335b3dd653907b83d52fce8.png?1310493152Dès les premières mesures, le chef d’orchestre Paolo Arrivabeni  - une première pour le maestro- convoque l’atmosphère. On sait que ce sera musicalement superbe. Intensité dramatique croissante : les contours angoissants de la sinistre prison emplissent l’imaginaire engouffré dans les replis de la musique et accroché à l’ombre portée  des barreaux sur le rideau. Où se trouve donc le prisonnier enfermé pour dissidence?

C’est alors qu’une très instinctive Cinzia Forte donne vie à la jeune Marzelline, la fille du geôlier de la prison d’état et ne se laisse pas faire par Jaquino (Yuri Gorodetski) qui a décidé de l’épouser, per amore o per forza ! Heureusement que le père a du bon sens et ne veut pas livrer sa fille au premier venu ! « Quand on n’a pas d’or on ne peut pas être heureux ! » Morale bourgeoise ? Mais là n’est pas le propos !

_dsf6838__b_.jpgFidelio, le seul et pour cela très unique opéra de Beethoven, raconte le sauvetage du prisonnier politique Florestan par son épouse Léonore. Léonore habillée en garçon, Fidelio, obtient un emploi avec le directeur de la prison, Rocco. Elle persuade Rocco de laisser les prisonniers respirer au grand jour quelques moments, en espérant que cela offrira à Florestan une petite chance d'évasion. Mais à son insu, le gouverneur tyrannique Don Pizzaro prévoit de le tuer puisque Rocco s’y refuse ( « Das Leben nehmen ist nicht meine Pflicht »), afin de ne pas être découvert et confondu par les autorités pour ses agissements. Léonore fera tout, y compris creuser de ses mains la tombe de son mari pour lui venir en aide et lui faire retrouver la liberté.

La dualité obscurité / lumière oriente le texte, la musique, les voix et la mise-en scène. A chaque niveau on perçoit une nette (r)évolution de l’une vers l’autre. A tout moment l’auguste épouse est une femme debout qui se bat impitoyablement contre la dictature, l’oppression et la haine. Le ton se situe  entre le conte fées et un jeu qui rappelle Bertold Brecht. La musique oscille dans le premier acte entre des réminiscences lumineuses d’Haydn ou de Mozart, tandis que dans la deuxième partie les couleurs complexes et sombres  du romantisme se développent et parallèlement, l’idéalisme humaniste de Beethoven. Cette musique exemplaire devient exemple de moralité. Une moralité constamment rappelée par un Rocco diablement  humain et sympathique. Lui et sa fille ne vivent-ils pas dans une prison, la condition humaine? Une superbe voix de baryton: Franz Hawlata. Osmin dans « L’enlèvement au sérail » dernièrement sur la même scène et L’esprit du lac dans « Rusalka ».  

Dans son air sublime, Léonore, la merveilleuse soprano américaine Jennifer Wilson,"l'une des plus grandes sopranos dramatiques du monde",  s’exclame en deux montées l’une chromatique et l’autre diatonique sur le si aigu pour cueillir le mot magique « ERREICHEN ». Oui, elle entrevoit l’issue heureuse de son entreprise ! Trois cors, symboles de l’espoir, l’accompagnent et annoncent la promesse de la victoire. Dans le récitatif qui précède, l’orchestre et les timbales ont annoncé le danger qui guette le prisonnier et donnent à entendre son cœur qui bat. « Fidelio, ich habe Mut ! » L’amour peut supporter les pires souffrances. Le dictateur a beau mugir avec extase ses envies de vengeance meurtrières : «  Triumph, Der Sieg ist mein ! » C’est bien la lumière et l’amour qui seront victorieux. Don Pizzaro est interprété avec énormément de conviction par Thomas Gazheli.  

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La scène où les prisonniers retrouvent l’air et la lumière est particulièrement bouleversante : « O Welche Lust in freien Luft den Atem zu nehmen ! »  Fidelio en pleure. Alors que les chuchotements des prisonniers (« Sprecht leiser ! ») annoncent déjà leur adieu à la chaude lumière. Une splendide chorégraphie de Marcel Seminara. Les gardes mettent en joue les prisonniers.

Au deuxième acte, la sombre introduction avec cuivres lugubres et timbales fatidiques laisse filtrer un bruissement de flûtes et l’espoir renaît. La voix solitaire du prisonnier fuse : « O grauenvolle Stille ! O schwere Prüfung , doch gerecht ist Gottes Wille ! »  Zoran Todorovich a la voix de ténor idéale pour ce rôle, glissant légèrement entre  les ombres de la souffrance et la lumière.  Il se soumet aux desseins de Dieu, bercé par les violons ; il a dit la vérité et le cachot est sa récompense.  De sa voix claire et souple « Gott ! Welch Dunkel hier ! »  Florestan chante tour à tour sa souffrance et son espoir en la liberté. Il a soudain perçu une lueur féerique et senti la voix de sa femme? Magie musicale et affective s’emmêlent, on est en plein conte de fées !  Les voilà qui chantent à trois l’espoir radieux retrouvé !  Léonore a offert du pain au prisonnier qui ne l’a pas encore reconnue sous son lourd manteau. Lorsque Pizarro descend pour le tuer, Léonore dévoile son identité de femme, s’interpose et le menace de son pistolet.

 

_dsf6888__b_.jpgLe bon ministre Don Fernando (Laurent Kubla) est arrivé, Pizzaro emmené par des gardes. C’est Leonore qui libèrera son mari des entraves. « O Gott, welch ein Augenblick ! » « Liebend ist es mir gelungen, dich aus Ketten zu befrei´n».  La lumière emplit l’espace et inonde le plateau qui avait pris l’apparence d’un pénitencier moderne. Dans le final  resplendissant qui  s’apparente à la thématique de l’Hymne à la joie - long moment inoubliable - toutes les femmes suivent l’exemple de Léonore et enlèvent les fers des pieds de leur mari, les jetant avec dégoût au bord de la scène. On est très loin de la moralité bourgeoise! Il s'agit plutôt d'une morale héroïque.  On ressort du spectacle, l’amour de la liberté fiché dans le cœur. On a entendu un émouvant manifeste pour l’amour conjugal, dans sa profondeur et sa vérité, l’accomplissement du devoir moral et l’affranchissement de toute dictature.

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Fidelio

Direction musicale :  Paolo Arrivabeni
Mise en scène :  Mario Martone
Chef des Chœurs :  Marcel Seminara
Artistes :  Jennifer Wilson, Zoran Todorovich, Franz Hawlata, Cinzia Forte, Yuri Gorodetski, Thomas Gazheli, Laurent Kubla
Du vendredi, 31/01/2014 au mardi, 11/02/2014
http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/fidelio
Opéra Royal de Wallonie
Place de l'Opéra
4000 Liège - Cité
Téléphone +32 (0)4221 47 22
location@orw.be
www.operaliege.be

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La femme du boxeur

 

J’ai appris très tôt à ne pas draguer la femme d’un boxeur. J’avais quinze ans et Anne de Valois en avait près de trente. Ce n’est que plus tard que j’ai su qu’elle n’appartenait pas à la noblesse mais que Valois était son nom de guerre. Bien qu’elle n’ait jamais fait de résistance, comme d’autres de ses consœurs elle s’était choisi un nom qui séduisait ses pratiques tout autant que ses charmes qui étaient bien à elle, ceux-là. 

J’avais fait sa connaissance alors que nous étions couchés, côte à côte, sur un talus, à proximité des usines Michelin que des avions bombardaient. C’était durant la guerre. Mes parents et moi étions des refugiés installés depuis peu à Montferrand. Sous de faux noms parce-que nous étions juifs.

Comme la plupart des gens du voisinage, ils avaient abandonné  leur logement  pour se réfugier sur un terrain vague et couchés sur le sol, les mains sur les oreilles, ils s’efforçaient de ne pas entendre le sifflement des bombes et le fracas des explosions. J’imagine que ceux qui priaient étaient nombreux.  

- Blottis-toi contre moi, Anne.

Elle se rapprocha tout en gardant la tête plongée dans l’herbe. C’était bon.

- Serre-moi fort.

Je lui avais entouré le cou et je sentais son sein gauche contre ma poitrine, de la main droite je tentais de toucher le second.

Les bombardements ne cessaient pas. Ils n’étaient pas dangereux. Tant qu’on les entendait m’avait-on dit, les bombes ne vous étaient pas destinées. De toute manière je m’en moquais, j’étais atteint d’une érection exceptionnelle et je me serrais contre Anne en geignant comme si la peur me poussait à me fondre en elle. Anne geignait elle aussi, elle devait avoir peur.

Les bombardements cessèrent et il y eut ce silence d’après les bombardements. L’usine Michelin n’avait pas été touchée et il y avait du feu plus loin dans la ville. Les gens s’étaient levés mais ils restaient encore muets. Anne me regardait comme si c’était la première fois qu’elle me voyait. Elle me dit : ça va ?, et elle toucha ma joue. Tu sais, ajouta-t-elle, mon ami c’est un boxeur.

Anne de Valois n’était pas une amie de mes parents. En fait, mes parents lui cédaient leur chambre contre un avantage financier, réfugiés nous n’étions pas riches, lorsqu’Anne devait rencontrer une fois par semaine un haut fonctionnaire de la Banque de France qui craignait l’indiscrétion des gérants d’hôtels.  

 Après le départ de Monsieur Pierre, vers trois heures de l’après-midi, Anne tenait compagnie à ma mère pour bavarder entre femmes. Mon père était au travail, et parce que depuis peu c’était mon après-midi de congé, ma mère me demandait de ne pas rentrer avant trois heures et demi, quatre heures. Je prenais le café, ou ce qui en tenait lieu, avec elles.

Avant de partir, Anne nous embrassait ma mère et moi. Moi, je rêvais que je bougeais la tête pour que ses lèvres touchent les miennes plutôt que ma joue, et je rêvais qu’elle s’en rendait parfaitement compte et qu’elles les appuyaient plus longuement que si ça avait été sur ma joue. Je rêvais.

C’était mon après-midi de congé parce que j’avais demandé à mon employeur que ce soit cet après-midi là. Naturellement, je ne l’avais pas dit à ma mère, elle aurait fait le rapprochement avec la présence hebdomadaire d’Anne de Valois.

Anne de Valois était apparue dans ma vie à un moment que je qualifierais d’historique si en même temps, hélas, des évènements plus importants n’étaient en train de bouleverser la vie et l’histoire de peuples entiers. Notre histoire d’amour se déroulait dans un cadre de tragédie.

Anne de Valois, je ne connais pas son véritable nom et je ne suis même pas sûr de son prénom, était une jolie femme, et ce que j’imaginais de ce qui se passait entre elle et Monsieur Pierre, la rendait encore plus séduisante aux yeux du jeune homme que j’étais.

Un jour, c’était après la nuit du bombardement, je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner jusqu’à son domicile

- Cela me fera une promenade, tu veux bien ?

Elle voulait bien.

- Mais ne te fais pas d’illusions. Ami, ami, tu promets ? J’aurais promis n’importe quoi pour la ramener chez elle. Chez elle, après une bataille de pure forme, elle m’avait laissé me serrer contre elle en répétant:

- Tu avais promis, tu avais promis.

J’étais à ce point excité que je ne l’écoutais même pas. Soudain, cela arrive aux jeunes gens de quinze ans, j’avais perdu tous mes moyens. J’étais honteux et je n’avais plus qu’à me suicider.

- Cela arrive, m’a dit Anne, en souriant, elle avait mon visage contre sa poitrine.

- Ne t’en fais pas, est-ce que c’est la première fois que tu aurais fait l’amour ? Tu sais, cela vaut mieux. S’il l’avait appris, mon ami ne nous l’aurait pas pardonné. C’est un boxeur, je te l’ai dit. Il est jaloux, et il tape dur. Soyons amis, tu veux bien.

J’ai fait connaissance de son ami le mercredi suivant.

Ah, c’est donc toi, dit-il ? Il avait embrassé Anne  en lui entourant la croupe. J’ai une faim de loup. Il m’a regardé : Cela t’intéresse la boxe ? J’ai une faim de loup, répétât-il, et pas seulement de manger. Si tu veux, je t’emmènerai  avec moi. D’accord ? Et il me tendit la main. J’étais à peine à la porte qu’il avait glissé sa main entre les seins de son amie visiblement consentante. 

Il se nommait Henri Petitjean mais dans le milieu, on le connaissait sous le nom de Petit Riri. Il était poids léger et, entre les matches pour le titre, il gagnait sa vie en se produisant dans des salles spécialisées, souvent des arrière-salles de café, devant des amateurs et leurs amies qui appréciaient son jeu de jambes et son sens de l’esquive. Un véritable danseur, disait-on. La preuve, son visage indemne de marques de coups.  Il haussait les épaules avec modestie et il me montrait, les deux poings l’un derrière l’autre devant son visage de biais, comment il fallait se tenir.

J’aimais beaucoup petit Riri. Moi aussi désormais, je l’appelais par son nom de guerre. A croire que personne n’était heureux de celui dont la nature l’avait doté. J’avais le sentiment inavoué que de la sorte je devenais plus âgé et que je partageais avec lui une partie des relations qu’il entretenait avec Anne. En moins réel peut-être mais pour un garçon de quinze ans, c’était très confortable et sans danger.

En revanche, à mesure que l’amitié que me portait Petit Riri se développait, avec des tapes dans le dos, des clins d’œil complices de je ne savais quelles aventures clandestines, j’avais le sentiment que le regard d’Anne se modifiait à mon égard. Quand elle me regardait désormais, ce n’était plus avec une curiosité amusée mais, le dirais-je, elle me regardait avec ce que je devinais être de l’intérêt.  Dieu, que j’en étais fier.

Peu à peu, ils s’habituèrent à moi et je devins un intime. Je leur racontais  des anecdotes de travail et Petit Riri me parlait de ses matches et de l’admiration qu’il suscitait. Et il arrivait qu’à force de parler et, surtout d’écouter, l’heure du couvre-feu nous surprenait.

Petit Riri me retenait et faisait de la baignoire un lit improvisé. Je ne m’endormais pas facilement, la salle de bains était près de leur chambre à coucher et Petit Riri était comme un gosse qui détaille à haute voix tout ce qu’il contemple à la vitrine d’un magasin de jouets.

Un jour, tous les trois, Anne, Petit Riri et moi, nous avons assisté à un match de boxe où se confrontaient ceux qu’on appelait des espoirs. Cela tapait ferme et la salle, elle n’était pas très grande, s’excitait comme devant un match de championnat.

Lorsqu’un des garçons, il devait être âgé de dix-sept ans environ, se fît ouvrir l’arcade sourcilière  par son adversaire soudain plus hargneux, ce fût du délire. Les femmes s’accrochaient au bras de leurs compagnons vraisemblablement pour les protéger tandis que leurs compagnons s’arrachaient de leurs bras pour se pencher vers le ring et crier plus fort.

- Ce n’est rien, tu dois les voir quand c’est un vrai match. Elles font dans leur culotte.

Puis en se levant, il ajouta :

- Tu vas ramener Anne, moi, je dois parler aux organisateurs.

Il se tourna vers Anne pour lui dire :

- Je ne rentrerai pas très tôt, tu les connais, et avec le couvre-feu …. Mais je te laisse en de bonnes mains.

Il avait raison. Je lui promettais intérieurement  que je veillerais sur Anne  comme sur ma sœur.

Je ne sais comment l’expliquer: j’avais envie de rentrer avec Anne au plus tôt et, en même temps, de ne pas le faire immédiatement. Rentrer, soit ! Pour faire quoi ? Ou plutôt pour ne pas faire quoi.

C’est terrible d’avoir quinze ans et de se trouver face à une telle alternative. Je me souviens que bien plus tard dans le cours de ma vie professionnelle, j’ai pris plus rapidement des décisions qui me paraissaient plus importantes.

Nous sommes rentrés. Je lui tenais le bras, sa cuisse parfois frôlait la mienne, j’avais le sentiment qu’elle s’abandonnait. Chez elle, elle a fermé la porte, elle s’est retournée, elle m’a souri, elle a dit :

- Tu n’as pas envie de m’embrasser ?

Je me suis approché. Quand elle a touché mon sexe, elle s’est mise à rire.

- Ce n’est pas vrai, tu es toujours come ça ?

C’est au moment où elle a ouvert la braguette de mon pantalon que petit-Riri a frappé à la porte. C’est moi a-t-il crié. Et Anne lui a ouvert la porte.

Il a dit : j’ai pu me dégager et en me regardant, il a ajouté : Tu vas dormir ici, c’est plus prudent à cause du couvre-feu.

Anne a placé un oreiller dans la baignoire, elle a ajouté une couverture, elle m’a dit : tu n’auras pas trop froid ?, et elle est allée rejoindre petit-Riri qui ôtait son pull.

C’est ainsi que je n’ai pas été déniaisé par une femme de boxeur et que j’ai cessé de m’intéresser à un sport dont finalement, je ne sais pas ce que les femmes lui trouvent.

 

 

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Pour le meilleur ou pour le pire

 

Je ne sais si je crus longtemps

Que le hasard fait bien les choses.

On peut s'engager confiant

Sur une voie qui se propose.

Les données sont souvent trompeuses.

On s'en prend au pouvoir du sort,

Lors de déceptions douloureuses.

On ne s'accuse d'aucun tort.

Des tragédies inexplicables

Lui sont bien des fois imputées

Et des victoires remarquables

Grâce à lui, seraient remportées.

Il existe des faits étranges,

Agréables ou déplaisants,

On peut y voir la main d'un ange

Ou celle d'un esprit malfaisant.

Je reçus un troublant message

Cinq ans après qu'il fût écrit.

Une demande en mariage,

Détournée du chemin prescrit.

Le hasard est incontournable.

On peut en fabriquer un faux,

Créer des plaisirs délectables,

Osant parfois quand il le faut.

7 février 2014

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Bonheur tranquille

 

Tenu loin de la cruauté

Tant que se prolonge l'enfance,

Jouissant de la douce innocence,

On vit dans la légèreté.

Tant que se prolonge l'enfance,

Accueillant plaisir et gaieté,

On vit dans la légèreté,

En repoussant la méfiance.

 

Accueillant plaisir et gaieté,

Dans la grâce de l'ignorance,

En repoussant la méfiance,

Adulte, on ne veut s'inquiéter.

Dans la grâce de l'ignorance,

Qui occulte l'indignité,

Adulte, on ne veut s'inquiéter.

Un jour s'impose l'évidence.

 

18/12/2012

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Le prix de la liberté

 

Sa mère et Alexis avaient fui la Hongrie communiste en 1956, il n’était encore qu’un enfant de dix ans à peine. Son père, Peter Ferdman, professeur de philosophie, avait été arrêté pour ce qu’ils avaient nommé, au Parti, déviationnisme. C’était le mot à la mode durant ces années là. Par la suite, sa mère apprit que le juge qui l’avait condamné à trois ans de rééducation, c’était peu somme toute, était juif lui aussi.

Lorsqu’elle reçut officiellement l’asile en Belgique, un permis de travail et des papiers d’identité, elle se nommait Fermant et non Ferdman. Sur les formulaires, c’est de cette manière qu’elle avait orthographié son nom. Elle avait le sentiment qu’un nom à consonance juive était comme une étoile qu’elle se mettrait elle même sur la poitrine.

Son mari avait choisi d’être communiste avant même que la guerre ne se soit achevée. C’était sa façon à lui de lutter pour un monde où on ne distinguerait plus les juifs de ceux qui ne l’étaient pas. Et parce que les hommes ont besoin d’une communauté spirituelle, le communisme à y bien réfléchir en était une lui aussi, et de permettre aux hommes d’adhérer à celle qu’ils souhaitaient.

Alexis était un garçon travailleur. En bon élève, il n’abandonnait ses devoirs que lorsqu’ils étaient achevés et ses leçons que lorsqu’elles étaient parfaitement apprises. Au sortir des études secondaires il était prêt à entamer brillamment des études universitaires et de devenir le meilleur de sa promotion. C’était son ambition et celle de sa mère.

Son père n’était jamais revenu. L’aura de ce père broyé pour ce que des journaux appelaient des convictions politiques et que d’autres au contraire  dépeignaient comme des trahisons, rejaillissait sur Alexis.

Ses études de médecine, il les avait entamées et poursuivies pour obéir à sa mère. Elle pensait que, en tant que médecin, il serait réellement indépendant, que son savoir-faire suffirait à le faire vivre sans être attaché à un endroit précis, qu’il serait toujours prêt à partir une valise à la main et que de plus il serait utile à d’autres humains. Etre utile à d’autres, elle pensait que c’était nécessaire pour vivre.

Dès qu’il eut prêté serment, ce ne fût pas trop long parce qu’il avait choisi d’être généraliste, sa mère dit que c’était le plus beau jour de sa vie. Lui se chercha un emploi où on maniait l’argent comme une marchandise.

- Si tu veux gagner de l’argent ne fais pas commerce de marchandises, il y en a toujours une partie qui se dépréciera, fais commerce d’argent.

Son premier emploi, ce fût chez un agent de change qui lui apprit à échanger des devises, à reconnaitre des monnaies rares, et de disposer même de celles qui n’étaient autorisés que dans leur pays d’origine.

Un an plus tard, il avait vingt-quatre ans, il épousait Alice. Elle n’est pas juive, avait dit sa mère, j’espère que tu ne le regretteras pas.

- Je ne suis pas juif non plus, maman. En tout cas, je ne veux pas l’être. Je ne vois pas la différence. Alice est chrétienne comme moi je suis juif mais comme moi, elle ne croit pas en Dieu. Et nos enfants ne seront ni l’un ni l’autre, uniquement des garçons ou des filles.

Ils formaient un beau couple, tous les deux. Sur l’une des photos prises lors de leur mariage il tenait Alice à bout de bras comme un trophée, et Alice avait la bouche ouverte photographiée en plein fou rire.

Cela n’avait pas été ce qu’on appelle un grand mariage. Une vingtaine d’amis avaient été invités, quelques jeunes gens et l’employeur d’Alexis. La maman d’Alexis assise à un bout de la table paraissait intimidée. Les parents d’Alice par contre étaient joviaux,

- C’est le plus beau jour de notre vie, enfin peut être que le plus beau a été celui de la naissance d’Alice.

Le père d’Alice bégayait un peu. Il avait les joues rouges et le regard troublé par la boisson. On ne marie pas sa fille tous les jours, avait-il répété.

- Désormais, tu es mon fils, Alexis. Et que tu sois juif, ça m’est complètement indifférent. Nous sommes tous frères. Enfin, toi tu n’es pas mon frère, tu es mon fils.

Il avait serré Alexis dans ses bras.

Vint ans après le génocide des juifs en Europe, Israël, ce minuscule Etat de misérables survivants, était la victime d’une coalition d’Etats arabes qui voulait les rejeter à la mer.

C’est Alice qui m’a raconté ce que fut leur vie de couple à cette époque et qui m’a dépeint la transformation mentale d’Alexis.

- Ils ne nous pardonneront pas d’être juifs.

Il avait fait un don à une organisation qui recueillait des fonds pour soutenir l’effort d’Israël. C’était une petite structure créée pour l’occasion. La secrétaire, une jeune bénévole, lui demanda d’en être le trésorier. N’était-il pas agent de change.

- Tu sais, nous, les questions d’argent, ce n’est pas notre fort.

Elle s’appelait Rachel. Elle avait des cheveux noirs bouclés, le teint mat, le nez légèrement busqué, somme toute le profil parfait des filles de Sion. C’est elle qui le disait en riant.

- C’est ma mère qui est juive. Mon père est le descendant d’une famille catholique où on allait à la messe le dimanche. Il a fait ses études secondaires chez les Jésuites puis, Dieu sait pourquoi, le doute l’a saisi.

Avec Rachel, la plupart des conversations finissaient par des rires. Elle faisait les choses sérieusement mais sans y mettre de la gravité.

-Tu comprends, Israël, c’est notre dignité retrouvée. Un jour, j’irai vivre en Israël. Mais ma mère veut que je termine mes études.

- Tu es pratiquante ?

- Je ne vois pas le rapport. Et toi ?

Elle était devenue sa maîtresse un peu plus tard. La guerre s’était terminée, et ils avaient fêté la victoire ensemble. Il ne voulait pas penser à Alice.

Il ne savait pas pourquoi il était tombé amoureux de Rachel. Tombé était le mot juste d’après lui. C’était comme durant ses rêves d’enfant lorsqu’il tombait dans un abyme sans fin incapable de se retenir aux parois.

Avec Rachel il participa aux activités d’un cercle de jeunes gens qui rêvaient de « monter en Israël » après qu’ils auraient achevé leurs études supérieures. Dans les kibboutz, ils travailleraient de leurs mains avec de plus leur savoir. Ingénieurs, agronomes, biologistes, architectes, ils seraient plus utiles à leur future patrie que de simples paysans. Les temps n’étaient plus ceux des fondateurs même s’ils étaient toujours ceux des guerriers. Ils discutaient avec la conviction de ceux qui n’ont d’autre issue que la victoire ou la mort.

A chaque fois qu’ils se réunissaient pour parler d’Israël, c’était un affront qu’ils lavaient. Ils s’étaient posé la question avec beaucoup de sérieux, elle figurait à l’ordre du jour de la réunion de ce soir-là : fallait-il baptiser leur cercle du nom de« Massada » ? Faute d’unanimité, ils reportèrent la question à une prochaine réunion.

Alice éprouvait une sorte d’angoisse. Alexis se montrait toujours aussi prévenant mais on eut dit qu’il se conformait à un devoir.

C’était la fin de l’été. L’air était chaud et humide. Dans leur chambre, Rachel et Alexis avaient ôté leurs vêtements. C’est à moitié nue, et Alexis en slip, que Rachel lui annonça qu’elle allait poursuivre ses études aux Etats-Unis.

- Aux Etats-Unis ?  Mais moi ?

Elle s’efforçait de dégrafer son soutien-gorge.

- C’est mon père qui le veut. Il ne comprend pas que mon amant soit un homme marié. Et juif, par-dessus le marché.

- Juif ?

- Il dit que je le regretterai tôt ou tard. Avec un juif, je nous fais tous revenir aux temps où un chrétien épouse un chrétien, un juif épouse un juif. Ce communautarisme étroit, il l’a rejeté en épousant ma mère, et moi je fais de la ségrégation, dit-il.

C’était une scène burlesque. Parce qu’il avait voulu être comme tout le monde, il avait épousé une fille dont  peu lui avait importé qu’elle ne soit pas juive. Malheureusement s’il était devenu amoureux de Rachel, c’est parce qu’elle était juive précisément.

Le père d’Alice qui n’était pas juif lui avait donné sa fille bien qu’Alexis fût juif. En revanche le père de Rachel dont l’épouse était juive lui refusait la sienne parce qu’Alexis était juif.

- Qu’est-ce que tu fais.

Alexis remettait son pantalon.

Pendant qu’elle avait mit son visage sous les draps, surprise par sa véhémence, il referma la porte du studio.

Plus tard, j’ai appris d’Alice qu’il était revenu chez eux durant quelques jours, sombre, parlant à peine. Puis sa mère à qui j’avais rendu visite, m’avait dit qu’Alexis était passé la voir pour lui dire qu’il partait pour Israël. Il avait laissé pousser sa barbe et ses vêtements étaient gris. Elle ne savait pas où je pourrais le toucher, il n’avait pas laissé d’adresse et elle était inquiète.

J’avais du m’absenter durant six mois. A mon retour, la mère d’Alexis me dit qu’un Israélien  était venu lui remettre des photos d’Alexis. Il était dans un kibboutz agricole situé à proximité de la frontière égyptienne.

- Pourquoi, ne me donne-t-il pas de nouvelles ? Il va bien, au moins.

- Je l’ignore, Madame. Je suppose que oui.

Elle répéta comme si cela justifiait les choses.

- Je suis sa mère, je suis sa mère.

Peut-être est-ce parce que j’avais envie de revoir Alexis ? Peut-être que l’incroyant que j’étais voulait-il  mettre ses pas dans ceux du Christ ? J’ai pris la décision de visiter Israël. Sur une des photos reçues par sa mère, il avait écrit le nom de son kibboutz.

C’est un vendredi que j’ai atterri à Tel-Aviv. Je me suis rendu à l’hôtel que j’avais réservé par téléphone puis chez un loueur de voitures. Le lendemain, samedi, je n’aurais pas d’autre moyen de locomotion. A l’époque les interdits religieux étaient encore puissants.

Tel-Aviv ressemblait à la plupart des grandes métropoles. L’animation y était considérable. Le boulevard Rothschild était semblable à tous les grands boulevards sinon que la foule ne ressemblait à aucune des foules qui arpentent généralement les grands boulevards.

Des jeunes gens en chemise à manches courtes ou en uniforme constituaient le plus gros de ceux qui déambulaient la veille du shabbat. Il faisait encore très chaud, c’était la fin d’une journée accablante. Les bus se suivaient à cadence rapide, bientôt ils allaient rentrer au garage pour ne plus en sortir avant dimanche.

A l’hôtel, on m’indiqua la route à suivre pour atteindre le Kibboutz qui était celui d’Alexis. Il se situait dans le Néguev. J’aurais à parcourir une distance de près de cent kilomètres.

- Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas d’avoir beaucoup de trafic sur les routes. Vous verrez, ce kibboutz près de la frontière, c’est un peu les yeux d’Israël. Vous êtes juif ?

Le lendemain matin je me suis mis en route.

J’avais loué une Volkswagen et je roulais fenêtres ouvertes. Ma chemise était humide. La chaleur était pesante, il y avait peu de végétation mais le paysage était superbe. J’avais le sentiment qu’il ne s’était pas beaucoup modifié en l’espace de deux millénaires.

Le Kibboutz était pratiquement sur la frontière à une vingtaine de kilomètres d’Ashdod. Je me suis arrêté devant le bâtiment le plus imposant pour me renseigner. A l’intérieur, un responsable du kibboutz qui parlait français me dit où je trouverais Alexis.

- Je ne savais pas que son nom était Fermant. Il est inscrit sous celui de Ferdman.  Il est très malade.

C’était une sorte de cabane de béton pourvue d’une fenêtre et d’une meurtrière, meublée d’un lit, d’une table et d’une chaise. Alexis était allongé sur le lit, torse nu, la tête tournée vers moi. Il souriait de ce sourire marqué par la dérision qu’il affichait autrefois quand il me posait des questions sur ce qu’il était aux yeux des autres et que je lui reprochais de se masturber l’intellect.

- Ca va ?

- C’est à toi qu’il faut poser la question. Pourquoi ne donnes-tu pas de tes nouvelles ?

- Tu sais que je n’ai jamais su à quoi ressemblait mon père. Il était jeune quand il est parti. Je lui ressemble ou c’est lui qui me ressemblait ?

- Alexis !

Il a tourné le visage vers le plafond. Il ne m’écoutait plus. Au bout d’un moment je suis sorti, j’ai repris la voiture et je suis parti. Sur le seuil du bâtiment central, le responsable du kibboutz m’a salué de la main.

J’ai appris la mort d’Alexis par une lettre du responsable du Kibboutz à qui j’avais laissé mes coordonnées. C’était une enveloppe de papier kraft. Il y avait joint le portefeuille d’Alexis, quelques billets de banque, une photo d’Alice prise le jour de leur mariage, et une reproduction du dessin de Léonard de Vinci représentant les proportions de l’homme.

 

 

 

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Le charme des fleurs

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En bouton ou corolle ouverte,

Est un poème chaque fleur;

Surprise qui nous est offerte,

Simple tendresse ou coup de coeur.

Le poème, fleur immortelle,

Non pas de soie ni de velours,

Est fait d'une substance telle

Qu'il ne perd rien de ses atours.

Dans l’allée où on l’a placé

Parfois dans l’ombre, le poème,

En dépit des hivers passés,

A un charme resté le même.

À l’ère de la turbulence,

De l'incertitude, des peurs

Fraîchement écloses, les fleurs

Raniment en l'âme l'espérance

24 septembre 2007

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CET AMOUR LA...

C'est comme un long frisson qui parcourt l'échine

Une vague qui meurt sur plage au petit jour

Tous ces instants précieux que chaque fois on chine

Et qui reviennent en bouche en un grand cri d'amour...

C'est un regard posé avec tant de douceur

Une main inspirée, réserve de caresses

C'est contemplant ensemble le soleil qui se meurt

Sentir soudain qu'en soi remonte l'allégresse!

J.G.

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J'eus bien longtemps la certitude

J'eus bien longtemps la certitude

Que moi je ne mourrai jamais.

Face à la vie mon attitude

Était de célébrer, d'aimer.

Après de nombreuses années,

M'a quittée ma folle croyance.

Mon innocence surannée

Fut confrontée à l'évidence.

À présent je me réfugie

Auprès de grâces existentielles.

Mais repense avec nostalgie

Au temps où j'étais immortelle.

Tous les amours sont éphémères;

Sont perdus des êtres choyés.

Nous changeons de vie, d'atmosphère,

Doutons de ce que l'on croyait.

La douleur des pertes s'apaise;

La sagesse agit lentement.

Le soleil revient à son aise,

Nous réconforte brillamment.

6 février 2014

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Mon Cher Ami,

 

Comment pourrais-je me laisser dénaturer, par une société pervertie ?

Cela semblait vous préoccuper, vous inquiéter tout à l'heure  ; rassurez-vous, ceci n'est guère possible, ni réaliste !

En effet, je suis devenue "grâce à nous" ce que je suis au plus profond de moi ; puis l'écriture, enfin la langue poétique, est un exceptionnel antidote, me place en altitude.

Vous savez cet entre-deux dont je vous parle de temps-en-temps ; ma cinquième saison.

Enfin, dois-je vous rappeler que vous êtes et demeurez depuis déjà vingt ans, presque un quart de siècle, "mon modèle", cette identité masculine, dont je murmure chaque soir la musicalité en même temps que l'accent.

Je m'endors ainsi un peu plus femme encore que la veille, plus grande !

Non, vous ne me perdrez pas, de toute façon, vous détenez mes poèmes ; ces bouts de moi, ces petits feux tout blancs.

Bien à vous.

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Un jeune homme ordinaire

 

Jean Fournier, j'avais fait sa connaissance à l'Université. C'était un garçon assez quelconque d'aspect dont le visage fiévreux d'adolescent était marqué d'une imposante paire de moustaches aux extrémités relevées, identiques à celle que portait le chancelier Bismarck.

Un jour, au cours de biochimie, alors que le professeur s'apprêtait à entamer son cours, un élève est entré dans la classe avec fracas, bloqua brutalement, et retira ses rollers.

- Ouf, j'ai cru que je serais en retard.

Il souriait à monsieur Renard, le professeur. Monsieur Renard ne souriait pas.

- Dehors !

Une autre fois, à la sortie des cours, quelques dizaines d'élèves s'étaient rassemblés pour manifester leur opposition à la politique du gouvernement en matière d'immigration.

Jean Fournier criait le plus fort. A un certain moment, il remonta les quelques marches qui menaient à l'entrée du bâtiment de la faculté des Science Politiques et, face aux élèves qu'il dominait d'une hauteur de trois marches, il cria:

- C'est facile de parler. C'est devant le parlement qu'il faut aller. Et tout de suite. Allons-y.

Tous les élèves machinalement s'étaient placés derrière lui en rangs par quatre, et avaient commencé de marcher.

- Ce n'est pas vrai, me dit-il plus tard. Il suffit que quelqu'un crie pour qu'on le suive ? D'être devant. J'ai cru que j'allais m'évanouir.

- C'est comme ça.

Nous n'étions pas des amis à proprement parler mais j'éprouvais de la sympathie pour lui. Il était toujours d'accord avec ce que je disais et au début de nos relations j'en étais flatté. Mais depuis l’incident qu’il avait provoqué il était toujours d'accord avec tout le monde. Jamais plus, il ne se mettait en avant. Et quand des condisciples politisés l'interrogeaient du regard, il souriait d'un air niais.

Je l'ai revu dix ans plus tard au hasard d'un contrôle fiscal de l'entreprise dans laquelle je travaillais. J'ai mis quelques minutes à le reconnaitre. Il n'avait plus les moustaches provocantes de son adolescence mais le visage lisse de la plupart des gens.

Après avoir travaillé très peu de temps dans le privé, il avait cherché un poste de fonctionnaire pour la stabilité que conférait leur statut. Grâce à l'appui d'un ami de sa mère, il avait été engagé au ministère des finances.

- C'est un bon job. Et à cinq heures, tu peux profiter du beau temps pour te promener.

Quand je prendrai ma retraite, je serai sûrement chef de bureau. C'est super, non?

J'ignore s'il plaisantait ou non.

Plus tard, c'est un ancien condisciple qui m’avait parlé de lui. A la sortie de l'université, il avait été engagé en même temps que d'autres universitaires dans une firme de consultance. Ils étaient deux qui, dans une banque, compilaient des tas de documents que le chef de projet aurait à analyser.

Jean avait accompagné son travail de nomenclature de conclusions pertinentes. Il se demanda si son supérieur n'en serait pas heurté. Après tout, ce n'était pas son rôle de tirer des conclusions. Son collègue de travail partageait son avis. Il ne fallait jamais faire plus que ce qu'on demandait.

- Laisse à tes chefs le soin de dire ce qui est juste.

Quelques jours plus tard, son supérieur félicitait son collègue pour son travail, et les quelques conclusions dont il l'avait accompagné.

- Preuve de votre esprit d'initiative. Je vous félicite, jeune homme.

 A cette époque, Jean était amoureux de Cécile, une jeune femme très libérée, disait-elle, qui n'éprouvait aucune gêne à avoir un amant pendant quelques temps, puis un autre, puis un autre encore. Elle les choisissait selon ses fantaisies du moment mais avec soin. Il y avait beaucoup de provocation dans ses attitudes.

Elle avait couché avec Jean sans un attachement plus grand que pour d'autres mais Jean s'était épris d'elle au point qu'il avait osé lui demander de l'épouser.

- Je n'ai pas envie de me marier. Ni avec toi ni avec un autre.

- Mais je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime.

L'après midi de ce jour-là, il la vit aux bras d'un autre.

Ce fut une journée difficile. Lorsqu'il sentit durant la nuit que le sommeil allait prendre le dessus, il se leva pour se mouiller le visage. Il ne voulait pas dormir. Il voulait penser à Cécile.

Il avait d'autant plus conscience de l'aimer qu'il en souffrait. Et de l'aimer lui donnait des droits sur elle que personne ne pouvait lui denier. C’est une conviction assez répandue.  

Une autre vie commença dont le théâtre s’ouvrait la nuit. La nuit, il pensait à Cécile et à son corps. Il la devinait avec un autre mais il était persuadé que s'il pensait à elle suffisamment fort, c'est à lui qu'elle penserait en faisant l'amour.

- Pense à moi, pense à moi. C'est avec moi que tu fais l'amour.

Il s’efforçait de ne pas dormir pour ne pas rêver. Il  prétendait penser sa vie. Il en imaginait le déroulement comme il le souhaitait. Qui peut dire si les personnages de la nuit étaient moins vivants que ceux qu’il rencontrait durant le jour ? Le jour, au ministère, il ne se liait avec personne.

Son chef disait :

- Il manque de personnalité. Si vous dites blanc, il dit blanc. Si vous dites noir, il dit noir. Il n'a pas l'âme d'un chef.

Mais la nuit quand il faisait l'amour avec Cécile, c'est avec maîtrise qu'il l'amenait à la jouissance.

Un jour qu'il l'avait croisée avec son amoureux du moment, il avait eu le sentiment que c'est en rougissant qu'elle l'avait regardé. Il le savait. Comme lui, elle devait avoir conscience de leur relation nocturne. Quel était celui qu'elle trompait ? Lui ou l’autre ? Elle devait être imprégnée de son odeur comme il était imprégné de la sienne. Quand il faisait sa toilette, le matin, il ne lavait que son visage.

Il était trop tendre. En amour, il faut dominer. Il décida de la prendre autrement. C'est en gémissant qu'elle se trainerait à ses pieds.

Elle était devenue folle de lui. Un jour, elle l'avait attendu toute la journée. Lorsqu’il était rentré du bureau, elle lui avait arraché les vêtements.

Jean ne se préoccupait plus de savoir si pendant qu'il la caressait en imagination, c'est d'un autre qu'elle partageait le lit. Il était devenu l’acteur d’une autre vie que celle que vivaient la plupart des mortels destinés à la subir.

Au bureau, lorsque ses collègues évoquaient des histoires de coucheries, souvent des histoires de cocufiages dont certains d'entre eux étaient les protagonistes triomphants ou les victimes, il était heureux. Cécile, elle, ne le trompait pas, trop contente d'être un objet entre ses mains.  Il décida de leur parler d’elle. Il ne s’agissait pas de ces histoires qui font s’esclaffer les hommes autour d’un verre de bière. Ou les femmes lorsqu’elles sont entre elles. Il leur montrerait ce qu’est l’amour véritable.

Il leur parla de Cécile pendant qu'il lisait un rapport que personne d’autre ne lirait. Il leur dit tout. Tout. Leurs visages reflétaient de la jalousie, et chez certains d'entre eux, les plus médiocres, de la haine. Ils vendraient leur femme pour jouir de Cécile. Bien sûr, pensa Jean, ce n'était que son imagination qui s'était manifestée mais où est la différence ? C'était aussi excitant que s'il l'avait fait à voix haute.

   Au bout de quelques temps, il ne trouva plus dans sa vie parallèle les excitations qu'il y trouvait auparavant.

Le rêve devint tout aussi fastidieux que les réalités de l’existence ordinaire.

La vraie vie commence à l'heure de la mort quand tous les événements de la vie s'enchainent définitivement. Sa cohérence ou ce qui en tient lieu, ses ombres et ses lumières est un livre irrémédiablement écrit. Mais qui le lira, pensa-t-il.

Cécile habitait à l'étage d'une étroite maison au balcon constitué par un arc de fer forgé. Durant la nuit, il devait être facile d'y grimper en s'aidant du tuyau d'évacuation des pluies. Jean avait un couteau dans la main.

Tout s'était déroulé trop vite. Le couteau était tombé. L'occupant du rez de chaussée était sorti en criant. Jean avait à peine vu la silhouette de Cécile derrière le rideau.

A la clinique psychiatrique, il restait prostré, assis, le visage enfoui dans les mains.

Il n'est pas donné à tout le monde de vivre ou de mourir pour de vrai. Un suicide raté c'est courant; avait dit le psychiatre.

 

 

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Quand il est accroupi, et les mains dans la terre,

S'occupe à dérouter des fourmis travailleuses,

Inciter un enfant curieux d'ordinaire

À regarder au ciel des formes fabuleuses.

 

Visiblement surpris il les observera,

Dans leurs métamorphoses immédiates ou lentes,

Et très probablement les accompagnera,

Exprimant en ses mots des choses étonnantes.

 

Un coucher de soleil l'exaltera parfois.

Il deviendra heureux s’il a pris l’habitude,

Durant les longs moments laissés à ses émois,

De chercher la beauté et la béatitude.

 

Quand seul avec lui-même un enfant s’émerveille,

C’est qu’on lui a donné le secret du bonheur.

Lors au cours de sa vie la mémoire qui veille,

Lui dira où trouver d'apaisantes douceurs.

 

1/05/2005

 

 

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Vains Regrets


Ce temps est-il passé de raisonner en sage,
De repriser ses plans, retoucher ses avis,
De s’avouer que si notre jeunesse nous fuit,
Nous consolent les sagesses récoltées avec l’âge ?

A quoi bon déplorer ses méprises énoncées
Si ce n’est plus aisé de revenir dessus ?
Autant savoir dès lors en retenir le jus
Et apprendre à gérer les avis prononcés.

La parole, quoique fragile et volatile,
Nous peut être aussi bien traîtresse et assassine
Quand à celui qui ne l’estime on la destine !

Faute de savoir parler, se taire est plus utile
Puisque face à certaines misères ou sottises,
Nul art que le silence ne s’avère de mise.

© Khadija ELHAMRANI

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La vraie grandeur


L’être affamé, curieux, fouillant dans son passé
- Cette psyché lustrée, où se mirent nos pensées
Et miroitent nos désirs et nos rêves entassés- 
Se penche comme sur l’eau s’était penché Narcisse
En espérant ne voir que l’éclat miroitant
De sa petite personne et le meilleur reflet.

Que cherches-tu, ô toi, mesquin et misérable ?
Tu veux t’approprier gloires et dons louables
Alors que tes actions si vaines et si minables,
Éphémères, immatures, méchantes et pitoyables, 
Ne cadrent guère avec tes grandes aspirations !

La vraie grandeur des âmes est fille de la pudeur
Lorsque l’orgueil se veut dignité et honneur
Sans égoïsme hautain ni basse humilité
Mais sagesse et noblesse, et mieux, élévation !

© Khadija ELHAMRANI 2014-02-01

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administrateur partenariats

"La Trinité"

de Robert Pirschel

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Trinité

Un brasier de Lumière au creux de la Beauté

Profondément inscrite au secret de notre âme

Lave brûlant d'Amour, danse de Trinité,

Tu es l'eau jaillissante où s'épuisent nos flammes.

Un donjon bleu plein de Lumière

Elève ses tours vers le ciel

Avec au centre une prière

Chantée par deux êtres irréels.

Ils irradient dans la chaleur

D'un rayon couleur de miel

Où glissent Amour et Bonheur

Au-delà d'un monde cruel.

L'immensité qui les entraîne

Danse pour eux l'Eternité

Car l'étoile dans sa beauté

Lance au lointain sa jolie traîne.

Le Chevalier que l'on devine

Indiquera le long chemin

Vers l'astre sacré du destin

Au coeur de la Beauté Divine.

La Danse de Feu illumine

Car ils sont unis dans l'Amour

De trois personnes et pour toujours

l'Etoile de Paix se dessine.

Rolande Quivron

30 janvier 2014

Un partenariat

Arts

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Lettres

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Hommage à ma mémoire

 

Ma mémoire a raison du temps et de l’espace,

Ranime le passé de troublante façon.

Mon journal est précis mais rien ne la remplace.

Elle me restitue un fleuve de chansons.

Elle a des qualités la rendant méritoire

Et des défauts aussi qui sont certes ennuyeux.

Ses préférences vont à ma petite histoire

De ce que j'ai appris, elle conserve peu.

À présent, je m’étonne et je fais la grimace

Quand je ne trouve pas un vocable oublié.

L’alphabet, m'est alors un outil efficace

L’initial trouvé le noeud est délié.

Ma mémoire conserve une grande importance;

Elle est indispensable à ma sécurité.

Je l'accueille parfois avec indifférence

Mais chante ses refrains dans la félicité

5 février 2014

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STAGES AQUARELLE ET CARNETS DE VOYAGES ALAIN MARC 2014


Cette année, j'ai voulu que la présentation de mon programme de stages aquarelle et carnets de voyages 2014, soit déjà un voyage en elle-même. Mieux que tout autre discours, j'espère qu'elle vous emmènera dans une parenthèse d'évasion et de ravissement qui vous fera oublier quelques instants votre quotidien, même si vous ne rejoignez pas l'une de mes sessions.


Mais si le cœur vous en dit, voyager en réalisant croquis et aquarelles des plus beaux paysages, de rencontres hors du commun, des meilleurs moments de son parcours, est l'un des plus grands bonheurs que je puisse partager avec vous.


C'est à l'apprentissage et au perfectionnement in situe de ce privilège que je vous
invite à travers mes stages, où vous allez pouvoir
à votre tour découvrir ou approfondir tous les secrets, qui changeront votre regard sur le monde.   




C'est d'ailleurs dans un voyage singulier que je vous emmène à travers cette vidéo, pour vous présenter ce programme de stages. Pourtant, je n'ai pas été très loin pour voir les choses différemment : comme quoi, il suffit simplement de s'en donner les moyens, pour mieux saisir la beauté des êtres et des choses, et les traduire avec originalité et caractère !

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à vous rendre sur mon site principal en cliquant ICI


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