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Diffusions troubles

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Ô paysage hyalin qui m'enlinceule de perles gelées,
les bras croisés dans une inerte somnolence,
je te multiplie des laudes de mes lèvres enserrées.
Sous ton aube sans couleur, j'écoute l'anhélance
de ton frimas me répondre et emporter
dans sa danse sémiotique le pont des mots
tout en lénifiant mon esprit de son silence
asthénique venu du fond du ciel.
Dans l'oubli des brumes, les diffusions troubles
de ce tableau changeant niellent d'éclats diamantés
le lit de givre froid dans lequel mon âme inféodée s'enténèbre
et raffinent lascivement l'encre de cendre ondulant
sur le lavis de mon cœur où frissonne ma cristal déchirure.

Nom d'auteur Sonia Gallet
recueil © 2014.

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administrateur théâtres

Faire Pivoter le Monde! Ce soir, deux fabuleux comédiens, Jacqueline Bir et Alain Leempoel nous précipitent dans la crise économique cruciale qu’a connue l’Argentine en 2001. Et Pietro Pizzuti, le génial metteur en scène, de déplorer que la situation n’est pas fort différente à notre époque. Il suffirait peut-être (et encore…) d’ôter le vieux Frigidaire  vintage  du plateau et nous serions quelque part en été, en Europe ? Un credo vibrant va se décliner sur le mode des variations captivantes lors de conversations mère-fils. Face aux débâcles économiques et sociales qui servent d’arrière-plan à la pièce, subsistent néanmoins l’amour de la liberté et la compassion pour les plus faibles. C’est le message qui tout au long de la pièce perle tantôt avec tendresse, tantôt avec combattivité sur les lèvres aimantes de cette mère de 82 ans qui, soudain, voit ressurgir un fils de 50 ans toujours pressé et qui lui téléphone bien plus souvent qu’il ne vient la voir.

Mamà, cheveux blancs, est assise dans le sofa et tourne le dos au public, comme dans « Le récit de la servante Zerline ». Son fils, Jaime, (prononcez Chaïm), surgit au milieu de l’appartement bien rangé, lustré, étincelant de propreté. Surprise, elle pense : « Qu’est-ce qu’il me cache ? » Lui : « Comment vais-je lui dire ? » Cette fois il a un problème de taille à lui soumettre : il voudrait lui faire quitter l’appartement où elle vit (seule?) depuis la mort de son mari mais qui ne lui appartient hélas pas. Sa femme Laura exige la vente. Ayant perdu son emploi enviable, Jaime est désemparé. Ils sont dans une situation financière inextricable avec des enfants habitués au luxe dont il faut continuer à payer les études. Le spectre de la maison de repos est aussitôt abordé par la mère, très lucide, qui n’en a pas fini avec la vie.

Malgré la salle comble, tâchez de trouver des places près de la scène, car les métamorphoses passionnées du visage de la mère, tellement émue de retrouver son fils, plongent le spectateur dans des vagues d’émotions. Jacqueline Bir a cette fibre particulière de comédienne qui vous fait monter les larmes aux yeux alors même que l’on voudrait s’en défendre. La vérité des sentiments, l’intensité du jeu deviennent pour le spectateur le plus flegmatique un émerveillement toujours recommencé. Le chantage affectif règne, on s’en serait douté ! Serait-on une mère sans cela. D’ailleurs, « est-ce que Freud aurait réussi, sans les mères? » lance la sémillante mama. On se retrouve en tout cas - couleurs chatoyantes et lumières automnales du plateau aidant - baignés de chaleur humaine et touchés par ces profondes vibrations qui ont fait fondre les cœurs lorsque Jacqueline Bir incarnait il y a quelques années « Oscar et la dame rose ».On reçoit ici toute la tendresse espiègle et rouspéteuse d’une mère pour son fils comme un cadeau du ciel et on rit de bonheur à ses bons mots et à sa remarquable intuition, on savoure sa mauvaise foi, ses réparties et son humour cinglant. Le duo avec Alain Leempoel est magistral.

A la fin du premier acte, voilà que les cœurs qui s’étaient insensiblement distanciés se rapprochent, se reconnaissent, se livrent avec pudeur et se retrouvent. Pas d’entracte et pour cause, le ciel a de ces surprises… Ah oui il y a aussi un mystérieux Gregorio, presqu’aussi vivant que les deux complices!

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Par leur jeu, Mère et Fils réussissent un miracle : celui d’abolir le Temps et les pénibles contingences matérielles, faisant de ces retrouvailles progressives, presque des noces spirituelles. La connivence est revenue entre celle qui s’entêtait « à cuisiner comme avant » et ce fils au prénom portugais beau comme une caresse. Voici un fils perdu et retrouvé, qui, après avoir fondé et après avoir trimé sans compter pour se conformer aux exigences du paraître une famille peu attentionnée, est rassuré sur lui-même et mûri. Grâce aux très particulières conversations avec sa mère, il renaît à la vie, au désir, à la liberté et aux valeurs essentielles et surmonte peurs et angoisses. Un conte philosophique?

Jusqu'au 18 mai 2014

Conversations avec ma Mère

Théâtre - Contemporain
La Vénerie - Espace Delvaux
Rue Gratès 3 1170 BRUXELLES - BELGIQUE

Création en langue française d’après le film argentin de Santiago Carlos Ovés, adaptation théâtrale de Jordi Galcerán
Mis en scène par Pietro Pizzuti avec Jacqueline Bir et Alain Leempoel

http://www.lavenerie.be/index.cfm?r1=1&r2=102670

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administrateur théâtres

12273041288?profile=original Alas, the  SINGING BRUSSELS CELEBRATION WEEKEND is over !

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BOZAR   a donc démarré sa nouvelle saison en  C H A N S O  N S !  De  tous les coins de la Belgique, des groupes d’amateurs sont venus se produire pendant tout un week-end dans le dédale des lieux mythiques du palais des Beaux-Arts de Bruxelles les 12, 13 et 14 septembre derniers. Une palette impressionnante de styles: des chœurs professionnels dont la réputation n’est plus à faire, dont Voces 8 et The Tallis Scholars, mais aussi, et surtout, plus de 50 chœurs amateurs venus de  partout en Belgique.

 Entre les concerts, des musiciens professionnels  ont animé des ateliers de chant pour petits et grands.  Au programme,  Le projet Equinox sous la direction artistique de Maria Jao  Pires et le soutien de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, pour des enfants en situation difficile. Mais le clou de la participation des visiteurs, c’était le dimanche à 13 heures dans la grande Salle Henry Le Bœuf où  un des « Top of the Charts anglais » – les Voces 8 – dévoilaient à un public d’amateurs pendant une bonne heure les mécanismes de base de leurs compositions extraordinaires. Ils organisent d’ailleurs des semaines entières de stage sur le sol anglais! Si le cœur vous en dit…  Après une demie heure d’échauffement et d’exercices variés et ludiques  toute  l’assemblée chantait  « Skyfall » (le dernier James Bond) avec la soliste. Une expérience inoubliable!

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La vénérable institution des Beaux-Arts de Bruxelles a donc secoué les esprits et les c(h)œurs…A tous les étages et dans tous les recoins, malgré les travaux en cours, pendant trois jours,  c’était un joyeux festival qui avait encore des airs d’été alors que c’est bel et bien la rentrée ! Parmi les joyaux de ces vendanges d’automne en dehors du splendide concert de Voces 8 donné le samedi soir devant une salle  Henri le Bœuf délirante de bonheur, citons le très sympathique ensemble de Namur ( Voix-ci Voix-là, Arianne Plangar)  qui a transformé le Hall Horta en salle bourdonnante de plaisir, chacun  fort tenté de muser des tubes de la musique française en même temps que les 80 choristes.  On ne peut bien sûr,  ni  citer  toutes les formations musicales, ni les avoir toutes écoutées !

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 Mais le dimanche après-midi, la salle Henry Le Boeuf était particulièrement fertile en crus musicaux de haute voltige, tous d'origine flamande. Tout d’abord, «  Just for Fun » un groupe de Malines noir blanc rouge,  dirigé de main de maître par Johan De Lombaert.  Après leur « Sweedish tune: ‘Balambam… douja la Bamba, badadua Wap…’ chanté a capella, suivaient de près, Duke Ellington, Pink Panther, I can’t get the melody out of my mind. Ils sont venus en train avec leur chef, Johan De Lombaert, “Tchou,tchouoû! Aussi «The Earthsong » de Michael Jackson pour faire plaisir aux choristes et aux spectateurs, dit-il.

12273043300?profile=originalPlace  ensuite à Musa Horti, un ensemble vocal de toute beauté qui vient d’éditer un superbe album « AUS DER TIEFE ». Fondé en 1989, leur point d’attache est l’abbaye du parc d’Heverlee. Ils portent le coquelicot des Flanders Fields à la boutonnière. Cet ensemble est constitué d’une trentaine de choristes très engagés. Le thème de leur album est « guerre et paix » et nous avons pu faire un parcours plus que lumineux avec eux en écoutant de nombreux extraits tels que « Wie liegt die stadt so wüst » de Rudolf Mauersberger , « Warum ist dans Licht gegeben dem Mühseligen » de Johannes Brahms, « How they so softly rest » de Healey Willan et « Lux aeterna » de Edwar Elgar.

 12273043683?profile=originalLe chœur mixte De Vedel  de Turnhout est d’un tout autre style… Sous la baguette d’Els Germonpré ils ont participé au Cobra’s Classic battle et ont reçu une distinction spéciale du jury, tout comme le Brussels Chamber Choir. C’est l’humour, la diversité  et le dynamisme qui président  décidément à leur programme. « Avond geluiden » sur un texte de Paul van Ostaaijen mais aussi un hilarant  « Old Mc Donald had a farm » et un pot-pourri « Name the tune » de Grayston Ives encore plus jubilatoire!

12273044665?profile=original12273045259?profile=originalLe Waelrant Kinder en Jeugdkoor terminera cette après-midi très éclectique. Il s’agit d’une formidable entreprise pédagogique qui rassemble 120 jeunes âgés de 8 à 25ans et qui ont remporté le Cobra’s Classic Battle avec à leur tête Marleen De Boo , une femme passionnée, formée à l'institut Lemmens.  Leur bastion est Borgerhout et  ils ouvrent leur enseignement aux enfants dès l’âge de 5 ans. Avec six chœurs,  des jeux de couleurs musicales, une belle variété des pupitres et des chorégraphies et des mouvements réglés au millimètre, leur représentation regorgeait d’inventivité et de musicalité, mêlant la culture flamande aux musiques du monde.  

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Haut les chœurs! De la musique classique et chansons de la Renaissance jusqu’aux Gospels, pop, jazz et musiques du monde, nous avons été émus de voir que notre capitale,  toutes les catégories d’âges et  de sensibilités confondues,   pouvait vibrer avec une telle intensité lors  de ce  premier Singing Brussels Celebration Weekend*. Les musiques du monde étaient aussi très présentes avec des chœurs marocains, turcs, africains, latino-américains... Cet événement unique et que l’on espère beaucoup voir se réitérer l’an prochain, nous rappelle  que la pratique du chant est la forme d’expression collective la plus ancienne et la plus universelle qu’il soit, mais surtout qu’elle est là pour enchanter tant le public que les choristes.

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« *BOZAR n’est pas seulement destiné à l’artiste professionnel, mais veut aussi accueillir les arts amateurs, synonymes d’engagement et d’énergie. L’art amateur représente un riche bouillon de culture et donne de l’oxygène au secteur professionnel. Et n’oublions pas que tous les grands musiciens ont commencé en tant qu’amateurs… » Paul Dujardin, CEO et directeur artistique du Palais des Beaux-Arts.

 Nous apprenons aujourd'hui qu'à l’occasion de sa rentrée académique, l’ULB honore deux personnalités belges, Paul Dujardin (directeur du Palais des Beaux-Arts) et Peter de Caluwe (directeur de la Monnaie) qui recevront les insignes de Docteur honoris causa, en hommage à leur action culturelle et aux institutions qu’ils dirigent. La séance académique se déroule le vendredi 19 septembre à 16h45 (Amphithéâtre Henri Lafontaine – campus Solbosch)

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Une vision héraclitéenne rappellera que l’homme n’est qu’un pion parmi d’autres à l’intérieur de l’infini jeu du monde.  Étudier les structures métalittéraires sans référence aux structures constitutives, normatives et évolutives, ne saurait garantir la compréhension de la littérature en soi, puisque ces codes décrivent les conditions de possibilité de l’œuvre sans véritablement l’expliquer. Ils n’indiquent pas comment la littérature parvient à remplir les différentes fonctions qui lui sont attribuées.

Conformément à la tradition philosophique de son époque, Kant privilégie la raison et donc le sujet et sa volonté. L’image de la révolution copernicienne qu’il a choisi pour symbole de sa philosophie —en affirmant qu’on devait cesser de voir le sujet tourner autour de l’objet et s’interroger plutôt sur l’objet tournant autour du sujet—, a d’ailleurs été très mal accueillie et sévèrement critiquée. Les excès d’une critique devenue ennuyeuse et vaine à force de se vouloir objective n’ont pas manqué de susciter des polémiques.

 

  1.               Déviation de la critique

Proust a prôné un retour à la subjectivité critique : en France, Albert Thibaudet, Charles Du Bos illustrent de manière exemplaire cette réhabilitation du subjectif par une « critique créatrice ». Influencés tout aussi bien par la philosophie bergsonienne que par la psychanalyse, ces auteurs ouvraient déjà la possibilité d’une « poétique », entendue au sens qu’apportait au mot « poétique ». Gaston Bachelard dans son exploration des thèmes de l’imaginaire, Georges Poulet, Jean-Pierre Richard, Jean Rousset, par leurs recherches thématiques, s’inscrivent dans cette même lignée. Par leur démarche, ces critiques et théoriciens essayent de montrer comment chaque écrivain, à travers des formes et des thèmes singuliers, exprime sa sensibilité et bâtit sa propre image du monde.

Au début du siècle, le plus insigne représentant français des études littéraires semble être Gustave Lanson, représentant d’un courant de l’histoire littéraire féru d’objectivité. Par la méthode historique et comparative, les spécialistes universitaires cherchent à resituer le texte dans son contexte biographique et littéraire d’origine.

Cependant, placées sous le sceau de l’événementiel, leurs enquêtes minutieuses se perdent parfois dans des reconstitutions biographiques plutôt anecdotiques, et le texte littéraire se voit souvent noyé par un appareil érudit plus soucieux des révélations philologiques ponctuelles que des visions d’ensemble.

Parallèlement à la constitution de la psychocritique, on a assisté au surgissement de la sociocritique, qui « interroge l’implicite, les présupposés, le non-dit ou l’impensé, les silences, et formule l’hypothèse de l’inconscient social du texte »[1].

La sociocritique, explique Pierre Barbéris, « contribue à constituer le texte comme l’un des lieux où s’élabore la réaction de l’homme au réel et comme l’un des discours qu’il tient sur sa condition parmi les êtres, les choses et les événements [...], elle est une conquête décisive de la modernité. »[2]. Parmi ses représentants les plus célèbres, on peut citer, entre autres, Paul Bénichou et Lucien Goldmann. À la différence de l’histoire littéraire, la sociocritique n’accorde nullement la priorité au sujet créateur ; son but consiste à resituer une œuvre dans l’histoire collective (intellectuelle, sociale, économique). Inspirée par la pensée marxiste, elle tente d’accomplir une synthèse entre l’approche sociologique (pour tenir compte de la « névrose objective » d’une époque, selon la formule de Jean-Paul Sartre) et l’approche psychologique (c’est-à-dire, les données d’une histoire personnelle). Axée sur ce que nous avons appelé les structures métalittéraires, et sur le contexte, la sociocritique ne semble pourtant pas avoir eu recours jusqu’à présent à la métaphore ludique de manière systématique.

En fait beaucoup d’approches littéraires dont le formalisme et le structuralisme ont placé le texte en première ligne jusqu’à aller prétendre « la mort de l’auteur » ainsi le « je » qui écrit ne saurait avoir de réalité que textuelle. Cependant cette approche a conduit les chercheurs à des impasses.  Les résultats les plus éclatants dépassent le cadre formel pour s’ouvrir à des disciplines  diverses.  Dès 1969, Paul Ricoeur, dans le Conflit des interprétations, établissait les conditions de réussite de l’analyse structurale :

  • le type d’intelligibilité qui s’exprime dans le structuralisme triomphe dans tous les cas où l’on peut :
  • travailler sur un corpus déjà constitué, arrêté, clos et, en ce sens, mort ;
  • établir des inventaires d’éléments et d’unités ;
  • placer ces éléments ou unités dans des rapports d’opposition, de préférence d’opposition binaire ;
  • établir une algèbre ou une combinatoire de ces éléments et de ces couples d’opposition.[3]

Sous l’influence des diverses disciplines qui s’y sont intéressées, le structuralisme a peu à peu évolué vers une nouvelle conception de la structure comme dynamisme réglé plutôt que comme inventaire clos. Il devient désormais possible, par exemple, d’inscrire parmi les objectifs d’une analyse structurale une meilleure compréhension de la manière dont fonctionnent le cadre et le pacte de lecture en tant qu’ensembles de règles virtuelles et implicites, en intégrant aussi des données autrefois considérées externes et donc non recevables.

Après avoir investi avec force le structuralisme, Roland Barthes a été l’un des premiers à en rejeter la canonisation et à explorer de nouvelles voies. Les propositions théoriques de Roland Barthes restent à exploiter pleinement, du moins en ce qui concerne la problématique du jeu. Il conviendrait sans doute de mettre en parallèle sa philosophie du Je comme sujet et objet de l’expérience —« une théorie du Je, trouvant son identité dans la reconnaissance de sa singularité »[4]— avec l’un des postulats majeurs qui sous-tendent notre propre analyse du jeu, à savoir, la possibilité de dissocier le(s) sujet(s) du jeu comme acte, comme pensée et comme énonciation. Il faudrait alors évoquer sa place parmi ceux qui, comme Jacques Lacan, Michel Foucault ou Louis Althusser, ont contribué à bâtir le mythe de l’antihumanisme structuraliste.

Étant donné notre objet d’étude, nous ne pouvons pas non plus négliger le rôle fondateur de Roland Barthes dans la « nouvelle critique », pour laquelle l’auteur « cède [...] le devant de la scène à l’écriture, au texte, ou encore au scripteur, qui n’est jamais qu’un “sujet” au sens grammatical ou linguistique, un être de papier et non une “personne” au sens psychologique : c’est le sujet de l’énonciation, qui ne préexiste pas à son énonciation mais se produit avec elle, ici et maintenant. »[5]. Cette nouvelle critique nous rappelle les interrogations de Husserl dans la relation entre l’objet, l’auteur et le monde.

 

2.   L’entreprise husserlienne et l’intentionnalité dans l’écriture

Science des phénomènes de connaissance, la phénoménologie est d’une part « science des connaissances comme apparitions, figurations, actes de conscience dans lesquels telles ou telles objectivités, se configurent », d’autre part elle est « science des objectivités, elles-mêmes, en tant que sens : il signifie à la fois ce qui apparaît et l’acte même d’apparaître. « Toute conscience est conscience de quelque chose », ce qui signifie que ce quelque chose est transcendant à la conscience, alors même qu’il se trouve bien en elle, c’est-à-dire qu’il lui est immanent (« transcendance immanente »). La phénoménologie ne se contente plus de considérer l’objet essentiel « apparaissant en personne », mais inclut dans la définition du phénomène aussi bien l’acte de connaissance (noèse) que le contenu de cet acte (noème).

La « réduction phénoménologique » entre au cœur même de la noèse, elle est amenée à examiner l’ « égo pur » (ou « je » transcendantal »), dont la sphère est la « vie intentionnelle ». La phénoménologie se trouve ainsi à la source, à la racine de toute «  constitution » (genèse) du monde. Seul le « je » qui accomplit la tâche ou qui vit l’expérience phénoménologique peut atteindre le moi « universel », « pur » et « transcendantal ».

Husserl renoue ainsi directement avec les questions relatives au sujet, qu’il n’avait jamais vraiment délaissées : « la phénoménologie ne nous a pas, en réalité, fait perdre le monde comme objet phénoménologique. Nous le gardons en tant que coagitatum ». la « vie transcendantale de la conscience » prise dans son « flux de devenir » et orientée alternativement vers le passé (rétention), vers l’avenir (protention) ou vers le présent  (intention actuelle) est en même temps immanente : c’est  une « transcendance immanente » capable de se déployer comme à l’infini dans les phénomènes, dans la « vie pure, avec l’ensemble de ses états vécus purs et de ses objets intentionnels » dans le « monde de la vie » (ou vie-monde)[6]

L’impressionnante entreprise création conceptuelle à laquelle s’est livré Husserl donne à  sa phénoménologie une allure de système clos sur lui-même. Mais par ses présupposés elle est en fait infiniment ouverte sur l’ « irréfléchi en fuite », comme l’a dit Maurice Merleau-Ponty.

L’entreprise husserlienne s’inscrit dans toute la tradition de l’histoire de la philosophie, à commencer par la philosophie et, au premier chef, l’idéal platonicien. Le concept d’ « intention » s’inspire de l’intensio médiévale telle que telle que Brentano l’avait interprétée pour ses élèves, et les Méditations  cartésiennes aborde explicitement le cogito de Descartes. De même l’ensemble de l’œuvre de Husserl se réfère au phénomène  et au transcendantal  kantiens. Quant au rejet de l’épistémologie « psychologiste » de son temps, ainsi qu’à son désir de fonder  par la phénoménologie une mathésis universalis, science universelle capable de mener à son accomplissement la philosophie, ils furent repris et repensés par des philosophes éminents : Marx Scheler, Martin Heidegger en Allemagne, Merleau-Ponty et Sartre en France. 

S’assignant l’objectif d’ « aller aux choses mêmes » et visant à retrouver et à décrire, par un effort théorique constant, « les phénomènes »_ masqués par l’usage habituel de la raison mais montrés par l’intuition, Husserl adopte une méthode rigoureuse pour faire apparaître et élucider ce « champ de la conscience  absolue », ces « eidétiques ». Cette méthode préconise le « suspens » (époché) et la « réduction » : elle consiste schématiquement  à mettre entre parenthèses, autrement dit à la suspendre, la vision rationnelle (vision « naturelle ») et à « réduire » le monde à ses sens essentiels, ce qui permet  de dévoiler la subjectivité transcendantale dans son être absolu. Pour cela, il faut procéder à des « variations imaginaires », c’est-à-dire qu’il faut varier par l’imagination les prédicats attribués.

Cette technique de la « variation » permet de saisir l’essence des objets, de leurs corrélats (spatialité, temporalité, rapports   de causalité). A travers ces « expériences  possibles », la phénoménologie établit les divers plans de l’être (« ontologie régionale ») : les « régions » de la géométrie, de la logique, de la psychologie…

Selon la phénoménologie husserlienne, la conscience n’est pas un réceptacle passif, mais « elle tend intentionnellement » vers les essences qu’elle « vise » et qu’elle classifie en une architecture universelle de la conscience ; elle relève  d’une ontologie concrète  portant sur tout le domaine du « vécu » du je phénoménologique. La conscience est en effet « intentionnalité », elle se définit à la fois comme « tension » vers son objet et « intention » nourrie pour les objets qu’elle constitue.

 

3.         Quelle méthode pour approcher un texte ?

La méthode adoptée pour approcher un texte est un chemin de connaissance, une direction à prendre pour la suite d’une démarche. La méthode, au niveau épistémologique, est une conversation transdisciplinaire  à laquelle participent nombreux critiques, nombreux théories et disciplines. Réfléchir sur un texte s’avère alors une fresque de questions philosophiques qui s’importe d’y réfléchir. Le « texte » est un dispositif expérimental, l’œuvre et sa narration sont donc inscrites à l’intérieur d’un essai plus large qui cherche à réfléchir le problème épistémologique posé par la pratique artistique comme chemin de connaissance.

La pluridisciplinarité lui permet de surmonter un grand nombre des apories passées, tout en lui rappelant la nécessaire humilité du théoricien, condamné à ne jamais embrasser la totalité de son champ.

Il est indéniable que la phénoménologie a ouvert les études littéraires de réceptions sur une gamme de champs qui ont souligné le rôle de la conscience dans la lecture. La phénoménologie nous offre un exemple concret de cette osmose entre conscience de l’auteur et celle de lecture en donnant l’exemple de la toupie et que J-P SARTRE en résume : « pour la[toupie] faire surgie, il faut un acte concret qui s’appelle lecture, et elle ne dure qu’autant que cette lecture peut durer. Hors de là, il n’y a que des tracés noirs sur le papier »[7]

La vision transdisciplinaire est résolument ouverte dans la mesure où elle dépasse le domaine des sciences exactes par leur dialogue et leur réconciliation non seulement avec les sciences humaines mais aussi avec l’art, la littérature, la poésie et l’expérience intérieure[8]. Dans la perspective transdisciplinaire, on le voit, toutes les formes de connaissance devraient trouver leur place. On pense qu’une vision globale du monde, si elle était possible, ne serait concevable que par l’articulation dynamique des épistémologies et méthodologies conjuguées de toutes les disciplines scientifiques, des « sciences de l’humain » (anthropologie, sociologie, psychologie, etc.) et des modes plus interprétatifs, herméneutiques ou créateurs, comme la littérature, la philosophie, la psychanalyse, l’art, la théologie, le mysticisme, etc. Le mouvement transdisciplinaire accueille donc, évidemment, la contribution d’artistes à son projet

 

  •       Herméneutique pluridisciplinaire

Dans le cadre de ce panorama d’ensemble des poétiques qui, au XXe siècle, il nous a semblé pertinent de retenir trois approches : le dialogisme, inauguré par Mikhaïl Bakhtine ; la transtextualité, telle qu’elle est conçue par Gérard Genette, qui nous permettra ensuite de nous pencher sur différentes théories de la parodie au sein desquelles la métaphore ludique occupe un rôle particulier ; et enfin les jeux intertextuels

Maurice Blanchot insistent sur l’effacement du sujet et de la référence au monde dans l’écriture. Dans le Livre à venir (1959), Maurice Blanchot postule qu’il n’est d’œuvre que du mouvement de pensée et de langage qui mène vers elle, car l’œuvre est toujours questionnement sur son propre avènement. Ainsi mis en exergue, le caractère autotélique du texte semble légitimer l’usage du réseau métaphorique du jeu, d’autant plus que la pensée heideggérienne trouve des échos grandissants. On peut alors étudier à la lumière du jeu l’œuvre de ceux qui, comme Samuel Beckett et ses contemporains, ont annoncé l’irrémédiable déchirure entre le langage et le Je qui croyait en être l’origine.

La conception du texte comme « micro-univers sémantique fermé sur lui-même » lui confère une fonction de sui-réflexivité, c’est-à-dire « d’auto-référence, d’auto-représentation, qui le soustrait à toute relation sémiotique externe avec les référents extra-textuels [...]. Le dispositif structure clôture, qui, sur le plan de la référence, instaure l’autonomie du discours, sur le plan éthique définit la singularité et la subjectivité du discours poétique [...]. La fermeture par la structure a pour effet de spatialiser le discours, qui devient ainsi un objet de langage hors temporalité, achronique[9].

Inspirés par le structuralisme, mais résolus à le dépasser, deux théoriciens singuliers allaient contribuer, chacun à leur manière, à la réouverture du texte. Jacques Derrida développe son concept essentiel de différance, qui englobe aussi bien l’objet que la subjectivité de l’interprète. De son côté, Roland Barthes insiste sur l’importance du sujet sémiotique, sur l’écriture littéraire comme énonciation, sur la lecture comme participation.

Cette méthode contribue à mettre en évidence l’importance d’un phénomène longuement étudié par Mikhaïl Bakhtine, et qui reste lui-même associé au ludique : le dialogisme. Car, intentionnellement ou non, les discours critiques sur le jeu « entre[nt] en dialogue avec les discours antérieurs tenus sur le même objet, ainsi qu’avec les discours à venir, dont il[s] pressent[ent] et prévien[nen]t les réactions. La voix individuelle ne peut se faire entendre qu’en s’intégrant au choeur complexe des autres voix déjà présentes. »[10]

Le concept de dialogisme, forgé par Mikhaïl Bakhtine, repris ensuite par Julia Kristeva sous le nom d’intertextualité, et développé par Gérard Genette en tant que transtextualité, a profondément marqué la théorie littéraire de notre siècle.

 

  •       Le principe du dialogisme

Il nous fallait exposer ici dans ses grandes lignes le principe dialogique bakhtinien, en raison de son influence sur la critique littéraire de la fin du XXe siècle, en général, et sur la notion de transtextualité, en particulier[11]. La théorie du texte de Roland Barthes —fondée sur l’idée que le texte est une tresse, un tissu de voix et de codes 1179— doit elle aussi beaucoup à la réflexion de Mikhaïl Bakhtine sur l’écriture polyphonique. Ce n’est pourtant pas dans les textes consacrés au dialogisme que les métaphores du jeu vont être sollicitées par Mikhaïl Bakhtine, textes sur le carnaval et notamment dans l’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance (1965 ; 1970 pour la tr. fr.).

Le rôle des formalistes russes dans la constitution du structuralisme littéraire est bien connu ; il ne faut cependant pas oublier qu’ils ont également ouvert la voie aux recherches bakhtiniennes sur le dialogisme. En effet, dans un souci de prendre en compte la dimension historique de la littérature, les formalistes avaient érigé la discontinuité en principe de l’évolution littéraire : les formalistes russes avaient dégagé deux modes de fonctionnement de l’évolution littéraire : d’une part la parodie de procédés dominants, d’autre part l’introduction de procédés marginaux au centre de la littérature. [...] Suivant le second mécanisme, des procédés devenus familiers sont remplacés par d’autres procédés empruntés à des genres marginaux, dans un jeu entre le centre et la périphérie de la littérature, entre la culture savante et la culture populaire, qui annonce le dialogisme bakhtinien[12].

Le dialogisme bakhtinien repose sur deux postulats :

1. tout discours suppose, d’une part, deux sujets, l’un individuel (l’homme qui parle), l’autre collectif (le groupe social auquel il appartient) ;

 2. Chaque discours s’oriente toujours vers le « déjà dit » : « Sur toutes ses voies vers l’objet, dans toutes les directions, le discours en rencontre un autre, “étranger”, et ne peut éviter une action vive et intense avec lui »[13].  Selon Mikhaïl Bakhtine, « “au fond de l’homme”, n’est pas le “ça”, mais l’autre. »[14]. Sa réflexion littéraire aboutit ainsi à ce que Tzvetan Todorov appelle une «anthropologie philosophique »[15]où c’est l’être humain même, irréductiblement hétérogène, qui n’existe qu’en dialogue.

Ce constat va conduire Mikhaïl Bakhtine à établir une différence d’objet entre les sciences.  Or, Mikhaïl Bakhtine a établi une nette distinction entre sciences exactes et sciences humaines: là où les premières travaillent à partir de données fournies par l’objet de connaissance lui-même, les dernières ont pour objet le texte, au sens le plus large du terme, en tant que matière signifiante faite de pensées et d’expériences[16]. Dans Esthétique et théorie du roman, il explique cette dichotomie, pour montrer ensuite à quel point le principe dialogique est incontournable en poétique.

Tout l’appareil méthodologique des sciences mathématiques et naturelles s’oriente sur la maîtrise de l’objet réifié, muet, qui ne se révèle point dans la parole, qui n’informe en rien sur lui-même. La connaissance n’est pas liée à la réception et à l’interprétation des paroles ou des signes de l’objet connaissable lui-même.

Dans les sciences humaines [...] naît le problème spécifique du rétablissement, de la transmission et de l’interprétation des paroles « étrangères » [...]. Quant aux disciplines philosophiques, le locuteur et sa parole y apparaissent comme l’objet fondamental de la connaissance. [...] Dans les domaines de la poétique, de l’histoire littéraire (de l’histoire des idéologies en général), et [...] dans la philosophie de la parole, aucune autre approche n’est possible : dans ces domaines, le positivisme le plus aride, le plus plat, ne peut traiter la parole de façon neutre, comme une chose, et se trouve contraint ici à se référer à la parole, mais aussi de parler avec elle, afin de pénétrer dans son sens idéologique, accessible seulement à une cognition dialogique incluant tant sa valorisation que sa réponse[17].

Autrement dit, « en sciences naturelles on cherche à connaître un objet, et en sciences humaines un sujet. »[18] Il n’est pas question pour Mikhaïl Bakhtine d’idéaliser l’individualité psychologique, mais plutôt « d’insister sur le caractère unique, non réitérable des faits qui forment l’objet des sciences humaines. »[19]. Chez les théoriciens de la littérature, l’ignorance ou le refus de cette spécificité de l’objet-sujet des sciences humaines se traduit par une prédilection envers deux types d’objets empiriques : les objets formels, les objets psychiques. Apparemment contradictoires, ces deux empirismes se rejoignent pourtant dans leur volonté de séparer l’étude de l’œuvre de celle des participants à l’acte de communication qu’est la littérature. Pour sa part,

Mikhaïl Bakhtine défend la subjectivité non pas de l’individu mais de l’objet à connaître : « Les sciences de l’esprit : leur objet est non pas un, mais deux “esprits” (étudié et étudiant, qui ne doivent pas fusionner en un esprit unique). Leur véritable objet est l’interrelation et l’interaction des esprits »[20].

L’intertextualité, telle que la conçoit Mikhaïl Bakhtine, appartient donc au discours, non à la langue, tout comme l’interaction ludique appartient au jouer, non au jeu. Et le sens de ce discours ne peut être compris qu’en référence au contexte d’énonciation : « Le sens [...] implique la communauté. Concrètement, on s’adresse toujours à quelqu’un, et ce quelqu’un n’assume pas un rôle purement passif [...] : l’interlocuteur participe à la formation du sens de l’énoncé, tout comme le font les autres éléments, également sociaux, du contexte d’énonciation. »[21]

Une telle anthropologie philosophique, fondée sur l’indispensable altérité, pourrait être mise en rapport avec la réflexion de Jacques Derrida. En effet, le contexte d’énonciation n’est pas pour Mikhaïl Bakhtine une entité qu’il suffirait de dégager une fois pour toutes et qui figerait le sens ; en perpétuelle évolution, il s’inscrit de façon dynamique dans la « grande temporalité»[22]:

Il n’existe pas de premier ni de dernier discours et le contexte dialogique ne connaît pas de limites (il disparaît dans un passé illimité et dans un futur illimité). Même les sens passés, c’est-à-dire ceux qui sont nés au cours du dialogue des siècles passés, ne peuvent jamais être stables (achevés une fois pour toutes, finis), ils changeront toujours (en se renouvelant) au cours du développement ultérieur, à venir, du dialogue. A tout moment de l’évolution du dialogue, il existe des masses immenses, illimitées, de sens oubliés, mais, à certains moments ultérieurs, au fur et à mesure que ce dialogue avance, ils reviendront à la mémoire et vivront sous une forme renouvelée (dans un nouveau contexte). Rien n’est mort absolument : chaque sens aura sa fête de renaissance. Le problème de la grande temporalité[23]

la réflexion de Michael Riffaterre[24] est, à ce propos, exemplaire : Riffaterre appelle « illusion référentielle » : «  [...] l’erreur, courante à ses yeux, qui consiste à substituer la réalité à sa représentation [...]. Victime de l’illusion référentielle, le lecteur croit que le texte réfère au monde, alors que les textes littéraires ne parlent jamais d’états de choses qui leur soient extérieurs. [...] ».  Riffaterre concède que, dans le langage ordinaire, les mots réfèrent aux objets, mais c’est pour ajouter aussitôt qu’en littérature il n’en est rien. En littérature, l’unité de sens ne serait donc pas le mot mais le texte entier, et les mots perdraient leurs références particulières pour jouer les uns avec les autres dans le contexte et produire un effet de sens nommé signifiance.

Aujourd’hui, l’intertextualité désigne donc en sémiotique littéraire l’ « ensemble de relations existant avec d’autres textes (passés ou contemporains) qui se manifestent à l’intérieur d’un texte. » L’insistance sur l’intrusion inévitable des discours autres dans un texte est sans doute à mettre en rapport avec la notion de structure différante développée par Jacques Derrida.

Le terme même d’ « intertextualité » a été introduit en 1969 par Julia Kristeva, dans ses Recherches pour une sémanalyse, pour désigner aussi bien l’inscription d’un texte dans un autre que l’inscription d’un code culturel dans un texte donné. Elle reprenait ainsi le troisième aspect de l’écriture dialogique proposé par Mikhaïl Bakhtine, celui de la polémique cachée (discours d’autrui présent par ses réfractions dans le texte) 1240.

Substituant la notion d’intersubjectivité dialogique par celle d’intertextualité, elle remplace également la notion de « voix » —qui suppose une intentionnalité— par celle de texte. Celui-ci « se construit comme mosaïque de citations ; tout texte est absorption et transformation d’un autre texte. [...] le langage poétique se lit, au moins, comme double » 1241 ; autrement dit, dans le dialogue textuel qu’instaure le langage poétique, toute séquence est tout à la fois orientée vers la réminiscence (évocation d’une autre écriture) et vers la sommation (transformation).

  •     Herméneutique et déconstruction

Du côté des philosophes post-heideggeriens qui ont eu recours à la notion de jeu, nous retiendrons deux noms capitaux : celui de Hans Georg Gadamer (1900-) et celui de Jacques Derrida (1930-). Leur présence ici est d’autant plus nécessaire que l’herméneutique et la déconstruction ont profondément marqué l’âge d’or que furent pour la théorie littéraire française les années 60 et 70. Gadamer et Derrida peuvent également être considérés comme les principaux représentants des deux grandes voies de l’héritage heideggerien sur le langage, l’un assurant une certaine continuité de la tradition philosophique, l’autre la déconstruisant.

Gadamer et Derrida pensent tous deux qu’il n’y a pas d’expérience pure du monde possible ; néanmoins, tandis que le premier tente de concilier interprétation et expérience, le second affirme qu’il n’y a pas d’expérience qui vaille : il n’y a que des interprétations qui se succèdent sans fin, impossibles à référer à un quelconque centre ontothéologique.

Voyons de plus près en quoi consiste l’apport de ces deux philosophes au champ littéraire, ainsi que leur influence possible sur la critique et la théorie littéraires d’aujourd’hui.

Chez Gadamer, la problématique du langage est étroitement liée à celle du sujet. Gadamer, à la différence de Derrida, considère que le fait de s’inscrire dans une tradition ne limite pas la liberté de connaissance mais au contraire la rend possible. Car s’il est vrai que toute tentative de compréhension est inévitablement précédée par des préjugés, ces préjugés vont faire l’objet d’une transmutation dynamique. Par exemple, les idées préconçues du lecteur face à un poème ou un roman iront en se modifiant, en se déplaçant sans cesse durant le processus de lecture, dont le lecteur lui aussi sortira transformé. Le texte est ainsi conçu comme une œuvre: « la transformation par laquelle le jeu humain atteint son véritable accomplissement, qui est devenir art, je l’appelle la transmutation en œuvre. »[25]

Discutant la phénoménologie de Husserl, et s’inspirant des théories linguistiques de Saussure, Derrida va donc élaborer une théorie du signe comme producteur de sens, et de l’écriture comme différance. En effet, le principe saussurien de différence exige de considérer tout procès de signification comme un jeu formel, un échange dynamique supposant « des synthèses et des renvois qui interdisent qu’à aucun moment, en aucun sens, un élément simple soit présent en lui-même et ne renvoie qu’à lui-même. »[26].  Puisque toute identité signifiante implique l’inscription de la signification dans un code et le renvoi à d’autres traces ou « grammes », la différance sera définie comme « le jeu systématique des différences, des traces de différences, de l’espacement par lequel les éléments se rapportent les uns aux autres. »[27]. Ce jeu sans fond aboutit à une annulation du sujet, car il n’y a pas « de sujet qui soit agent, auteur et maître de la différance et auquel celle-ci surviendrait éventuellement et empiriquement. La subjectivité —comme l’objectivité— est un effet de différance. »

Gilles Deleuze a essayé de rendre compte de ce déséquilibre entre deux séries structurales —celle de « l’événement par nature idéal » et celle de « son effectuation spatio-temporelle dans un état de choses »[28] — en parlant, à la suite de Claude Lévi- Strauss, de « signifiant flottant » et de « signifié flotté ». Il s’agit de conceptualiser une valeur dont l’unique fonction est de combler l’écart entre le signifiant et le signifié, c’est-à- dire un « différentiant », une « case vide » en déplacement constant dont dépend le fonctionnement même de la structure. Cette case vide a pour fonction « d’articuler les deux séries l’une à l’autre et de les réfléchir l’une dans l’autre, de les faire communiquer, coexister et ramifier »[29]. Grâce à la réflexion structuraliste, le sens n’est plus conçu comme apparence, mais comme « effet de surface et de position, produit parla circulation de la case vide dans les séries de la structure »[30]. Ni principe ni origine, le sens est produit : « il n’est pas à découvrir, à restaurer ni à re-employer, il est à produire par de nouvelles machineries. »[31]

Le XXe siècle, pourtant caractérisé comme le siècle de l’incertitude et du flou dans les sciences, réserve une place croissante aux modèles et aux modélisations les plus diverses —songeons par exemple à l’impact de la théorie mathématique des jeux—. Y a-t-il une véritable contradiction entre ces deux tendances ? La concomitance a priori paradoxale entre flou et modélisation n’est pas sans rappeler la dichotomie propre au jeu mécanique, dans lequel le fonctionnement optimal d’un rouage exige tout à la fois une grande latitude et une grande précision.

Dans tout ce brassage, ce foisonnement d’idées, on peut retenir la mise en examen de la fonction de l’art et particulièrement la fonction de l’œuvre, de même que des principes liés à son autonomie et à sa décontextualisation ; la possibilité, entre autres, que l’œuvre ne soit plus forcément une fin en soi ou l’aboutissement ultime obligé de toute création.

 

Bibliographie

    BAKHTINE, M.- Esthétique et théorie du roman, Gallimard, Coll. Tel, 1987.

    Bakhtin M., Estetika Slovesnogo Tvorchestva [Relié] , Moscow (1979)

    BARBERIS, P.- BERGEZ, D. (dir.).- Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, Armand Colin, coll. Lettres Sup, 2005.

    COMPAGNON, A.- Le Démon de la théorie, Éditions du Seuil (La couleur des idées), 1998.

    DERRIDA, J. Positions, Edition de Minuit, coll. Critique, 1972.

    DESSONS Gérard, Introduction à la poétique. Approche des théories de la littérature, Armand Colin, 2005

    DEULEUZE G., Logique du sens, Editions de Minuit, coll. Critique, 1969.

    DUCHET, C.,  Sociocritique, Paris : Nathan, 1979.

    HUISMAN, D.- Dictionnaire des philosophes, PUF, 2009

    RICOEUR, Paul, le Conflit des interprétations, ed. Seuil, coll. Esprit, 1969.

    RIFFATERRE, M.- La Production du texte, Seuil, coll. Poétique, 1979.

-Sémiotique de la poésie, Seuil, coll. Poétique, 1983

    SARTRE, J.-P.- Qu’est-ce que la littérature ?, Idées Gallimard, Folio, 1948

    TODOROV, T.- Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, Seuil, coll. Poétique, 1981.



[1] DUCHET, C.- « Introduction. Positions et perspective », Sociocritique (Paris : Nathan, 1979), p. 4, apud

HAMON, Ph.- « Texte et idéologie. Pour une poétique de la norme », p. 109.

Plus récemment, et en s’inspirant de cette première définition, P. Barbéris écrit : « Sociocritique désignera donc la lecture de l’historique, du social, de l’idéologique, du culturel dans cette configuration étrange qu’est le texte. » [« IV. La sociocritique », BERGEZ, D. (dir.).- Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, Armand Colin, coll. Lettres Sup, 2005. p. 123]

[2] BARBERIS, P.- « IV. La sociocritique », BERGEZ, D. (dir.).- Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, op. cit, p. 152.

[3] Paul RICOEUR, « La Structure, le mot, l’événement », le Conflit des interprétations, ed. Seuil, coll. Esprit, 1969, p. 80.

[4] HESS, R.- « BARTHES Roland, 1915-1980 », HUISMAN, D.- Dictionnaire des philosophes, PUF, 2009,  p. 219.

[5] COMPAGNON, A.- Le Démon de la théorie, Le Démon de la théorie, Éditions du Seuil (La couleur des idées), 1998, p. 53

[6] Concept développé par Husserl  à la fin de sa vie.

[7] J.-P SARTRE, - Qu’est-ce que la littérature ?, Idées Gallimard, Folio, 1948 p. 48.

[8] (Lima de Freitas, Edgar Morin et Basarab Nicolescu, Charte du CIRET, art. 5 Centre international de recherches et d’études transdisciplinaires (CIRET). Le projet moral [en ligne]. http://nicol.club.fr/ciret/projfr.htm (consulté le 4 novembre 2008). 

 

[9] Gérard DESSONS, Introduction à la poétique. Approche des théories de la littérature, Armand Colin, 2005, p. 166-167.

[10] T.TODOROV, - Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, Seuil, coll. Poétique, 1981, p. 8.

[11] La notion de transtextualité, développée par G. Genette à partir de celle de l’intertextualité, elle-même dérivée du dialogisme, repose en partie sur le réseau métaphorique du jeu, comme nous aurons l’occasion de le constater ci-dessous.

[12] Le Démon de la théorie, op.cit, p. 224-225.

[13] M. BAKHTINE, Esthétique et théorie du roman, Gallimard, Coll. Tel, 1987, p. 102.

[14] T.TODOROV, - Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, op. cit p. 55.

[15] Tel est le titre que T. Todorov a donné au septième chapitre de Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique. Pourtant, M. Bakhtine ne semblait guère apprécier cette discipline, à propos de laquelle il écrit, dans l’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance : « L’anthropologie philosophique avec sa méthode phénoménologique n’a rien à voir avec la science historique et sociale véritable et ne peut donner de solution à ce problème [vaincre le pessimisme de la conception existentialiste] ; de plus, elle est braquée sur la notion de fête détériorée de l’époque bourgeoise. » (p. 276)

[16] « Le texte est cette réalité immédiate (réalité de la pensée et des expériences) dans laquelle seule peuvent se constituer ces disciplines [les sciences humaines] et cette pensée. Là où il n’y a pas de texte, il n’y a pas non plus d’objet de recherche et de pensée. » [BAKHTINE, M.- « Problema teksta v lingvistike, filologii i drugikh gumanitarnykh naukakh. Opyt filosofskogo analiza » (« Le Problème du texte en linguistique, philologie et dans les autres sciences humaines. Essai d’analyse philosophique », Estetika slovesnogo tvorchestva (Esthétique de la création verbale, Moscou, 1979), p. 281, apud TODOROV, T.- Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, p. 31)]. T. Todorov ajoute : « Ce n’est donc pas simplement l’homme qui constitue l’objet des sciences humaines ; c’est plutôt l’homme en tant qu’il est un producteur de textes. » (Idem)

[17] M.BAKHTINE, - Esthétique et théorie du roman, op. cit, p. 169-170.

[18] T.TODOROV, op. cit., p. 33.

[19] Ibid., p. 34.

[20] BAKHTINE, M.- « Iz zapisej 1970-1971 godov » (extraits des notes des années 1970-1971), Estetika

slovesnogo tvorchestva (Esthétique de la création verbale, Moscou, 1979), p. 349, apud TODOROV, T.- Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, op. cit,  p. 38.

[21] T.TODOROV, op. cit., p. 50.

[22] M. BAKHTINE,- « K metodologii gumanitarnykh nauk » (« À propos de la méthodologie des sciences humaines »), Estetika slovesnogo tvorchestva (Esthétique de la création verbale, Moscou, 1979), p. 373, apud

TODOROV, T.- Mikhaïl Bakhtine. Le Principe dialogique, p. 170.

[23] M.BAKHTINE, - « K metodologii gumanitarnykh nauk », op cit.

[24] Cf. RIFFATERRE, M.- La Production du texte, Seuil, coll. Poétique, 1979. Et Sémiotique de la poésie, Seuil, coll. Poétique, 1983.

 

[25]Ibid, p.128.

[26] J. DERRIDA, - « Sémiologie et grammatologie », Positions, Edition de Minuit, coll. Critique, 1972, p. 37.

[27] Ibid, p.38.

[28] G.DELEUZE, - « Neuvième série. Du problématique », Logique du sens, Editions de Minuit, coll. Critique, 1969, p. 68.

[29]G.DELEUZE,- « Huitième série. De la structure », op. cit., p. 66.

[30] G.DELEUZE,- « Onzième série. Du non-sens », op. cit., p. 88.

[31]G.DELEUZE,.- « Onzième série. Du non-sens », op. cit., p. 90.

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À l'horizon de la mémoire

 

Soliloque

La vie est tissée de mystères,

Insondables, qui mystifient.

Aux évidences, l'on se fie,

Paraissent douces ou austères.

L'énergie vitale est en nous,

Agissante et incontrôlable.

On la souhaiterait durable,

Elle peut s'arrêter d'un coup.

On fait des choix et l'on espère

Mener à bien certains défis.

On veille à garder un ami,

On rêve d'une vie prospère.

Or, quand nous surprend un malheur,

Qui cause une douleur extrême,

Quand décède un être qu'on aime,

On découvre ce qu'est l'horreur.

La nature intervient, apaise,

Elle agit subrepticement,

Distrait, inexplicablement,

Fait que l'âme se trouve à l'aise.

À l'horizon de la mémoire

Glissent ceux qui n'existent plus.

À les chérir on se complut.

On bâtissait du provisoire.

13 septembre 2014

 

 

 

 

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Voulez-vous voir ceci dans le flux d'actualité d'arts et lettres?

La belle vie comme dans facebook?

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Voulez-vous montrer à tout le monde que vous likez lotto? Voir votre nom affiché disant que vous laissez tout tomber, que vous bouclez vos valises  pour commencer à cocher, cocher, cocher.

C'est bon pour votre image.

C'est si agréable quand vous verrez votre étoile grandie car votre nom sera accolé à la petite mention "sponsorisé".

Et en plus, vous aurez la possibilité de le faire sur votre mobile. Vous allez cocher sur votre mobile, vous vous rendez compte.. 

Vous serez "en phase" avec la communication face et E-Lotto. La plénitude. Voyez aussi: vous pouvez clamer votre bonheur en partageant cela. Ici, il y en a déjà 28 (dans le monde entier) qui ont fait cette spéciale découverte et veulent la transmettre cette enrichissante expérience à un maximum de leurs amis, c'est-à-dire 4 ou 5 personnes, car au-delà il vous faut "promouvoir"

Jouez.

Mais vite, vite.

Et gagnez 1.500 000 cacahuètes. Mais alors, vite.

Si maintenant au lieu de cocher vous voulez gratter -tous les goûts sont dans la nature- , je vais devoir aussi un peu massacrer votre fil d'actualité avec des jeux de grattage. Je peux tout aussi bien vous donner à cliquer sur un lien raccourci pourri qui vous volera tous vos mots de passe.

Dois-je me lancer, comme sur face machin, dans des manipulations algorithmiques afin de remplacer vos envois d'oeuvres par des placards publicitaires  et des boutons d'inscription où vos connaissances pourront constater votre vrai niveau....disons d'incompétence?

Oui, dites moi tout, ou presque.

Artistiquement vôtre

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12273045468?profile=originalRembrandt van Rijn, Jeune fille à la fenêtre, 1651.

Le musée national des Beaux-Arts de Stockholm abrite la plus grande collection d'art de Scandinavie avec plus de 500 000 oeuvres. Il a été conçu par l'architecte allemand Friedrich August Stüler dans le style d'un palais vénitien et inauguré en 1866.

Sa section peinture (le 1er étage étant consacré aux arts décoratifs) est particulièrement riche en oeuvres flamandes et hollandaises, notre première sélection, françaises et bien sûr suédoises, département sur lequel nous nous focaliserons ultérieurement.

Voici donc le Siècle d'or des Pays-Bas...

Présentations !

Gaspar de Crayer (1584-1669)

12273045858?profile=originalAnne d'Autriche (c. 1610)

Un luxe de détails !

Matthias Stom (1600-1650)

12273046064?profile=originalJeune homme lisant à la lumière de la chandelle (c. 1640)

Un des meilleurs peintres du courant caravagesque.

Jan Davidsz de Heem (1603-1683/84)

12273045698?profile=originalVanité (c. 1630)

Mais qu'il est bon de céder à la tentation...

David Teniers le jeune (16101690)

12273046499?profile=originalIntérieur aux fumeurs de pipe (c. 1635)

aux plaisirs de la vie et de la bonne société...

Judith Leyster (1609-1660)

12273047086?profile=originalGarçonnet jouant de la flûte (c. 1630)

de la musique et des arts, tard, on aura tout le loisir de méditer sur la finitude du temps...

A propos, qui a dit que la peinture était masculine ? alors "la critique", permettez...

Rambrandt Harmensz van Rijn (1606-1669)

12273047496?profile=originalSt Anastasius (entourage de Rembrandt)

A l'image de Saint Jérôme dans sa cellule philosophons...

Dans cette section nous trouverons encore Jan Massys, Frans Hals, Osias Beert, Johannes Bosschaert, Jacob Jordaens, Peter Paul Rubens...

Excusez du peu, mais nous y reviendrons...

Michel Lansardière (texte et photos).

Post scriptum :

Deux tableaux ont suscité un commentaire particulier qui introduit une interactivité bienvenue. Ce qui me permet d'ajouter quelques détails piquants.

Anne d'Autriche de de Crayer (merci Jacqueline). Faste et préciosité. La touche est précise et fluide, le peintre tout au service de son illustre modèle qui exerça la régence de 1643 à 1661 pendant la minorité de son fils Louis XIV, qu'il rend en majesté. S'agit pas d'offusquer ! Tout est léché, idéalisé, un rien empesé. Assurément un chef-d'oeuvre.

La Jeune fille à la fenêtre de Rembrandt (merci David). Humble, voire frustre, nature.

Cette jeune fille, "The kitchen maid" en anglais, est une servante. Très certainement la cuisinière du maître. Edme-François Gersaint (1694-1750), marchand de tableaux ayant pignon sur rue, l'appelait la "Crasseuse". Peint avec vivacité, mais avec cette pointe de non finito qui donne tout son caractère à notre cuisinière, et beaucoup de tendresse (à rapprocher du Titus à son pupitre du Musée Boymans de Rotterdam, portrait de son premier et unique fils). Sûrement un des tableaux les plus attachants de Rembrandt.

Roger de Piles(1635-1709), peintre lui-même, collectionneur et expert, rapporte que Rembrandt "se divertit un jour à faire le portrait de sa servante, pour l'exposer à une fenêtre et tromper les yeux des passants. Cela lui réussit, car on ne s'aperçut que quelques jours après de la tromperie. Ce n'était, comme on peut bien se l'imaginer de Rembrandt, ni la beauté du dessin, ni la noblesse des expressions qui avaient produit cet effet. Etant en Hollande, j'eus la curiositéde voir ce portrait que je trouvai d'un beau pinceau et d'une grande force, je l'achetai et il tient aujourd'hui une place considérable dans mon cabinet."

Toutes deux, par delà la mort, par delà les siècles, sont éternelles, sur le même pied.

Quant au Saint Anastase, il a longtemps été attribué à Rembrandt lui-même, "Oeuvre de sa vingt-cinquième année, où se distingue la finesse de son pinceau dans la pénombre de son envahissant clair-obscur.", Lucien Maury, 1913. Je l'ai rapproché de son Saint Jérôme dans sa cellule. Rembrandt et ses apprentis se penchèrent avec admiration sur la gravure éponyme de Dürer, sur la façon dont il fait entrer la lumière par la baie vitrée, en fait glisser les reflets et les ombres portées. Ou du Philosophe en méditation du Louvre, de Salomon Koninck (1609-1656), moins habile. Koninck, sans être un élève de Rembrandt, fréquenta certainement son atelier.

M. L.

 

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vampires

12273044293?profile=original

Je m’abreuve de tes folies,

Elles donnent un sens à ma vie.

A force d’aimer, jouir et vivre,

Je suis devenu un vampire.

 

Tu as aimé mes folies,

Elles sont devenues tiennes,

J’ai dégusté tes folies,

Elles sont devenues miennes.

 

Tu t’abreuves de mes folies

Elles donnent un sens à ta vie.

A force d’aimer, jouir et vivre,

Toi aussi, tu es un vampire !

 

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En ce clair matin, doux ami

 

Soliloque

Manquant d'énergie ce matin,

Plongée dans un parfait silence,

J'ai glissé dans l'indifférence,

Me suis absentée tout soudain.

Plongée dans un parfait silence,

Privée d'intérêt et d'entrain,

Me suis absentée tout soudain,

Promptement n'eus plus d'existence.

Privée d'intérêt et d'entrain,

Là ou rien n'a de l'importance,

Promptement n'eus plus d'existence,

S'effaça la vie qui m'advint.

Là où rien n'a de l'importance,

Je t'ai rejoint, ce clair matin.

S'effaça la vie qui m'advint.

J'accueille, à nouveau, ta présence.

12 septembre 2014

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administrateur théâtres

3750291215.jpgElle voulait juste s’envoyer en l’air! Le coup de cœur de la rentrée! Dès le départ, un dynamisme fou et un pitch hilarant, pimenté, en un mot : énorme, jamais vulgaire ou déplacé et un vaste questionnement. Cela commence par un striptease et se termine comme un conte de fées… ayant sondé au passage nos strates les plus intimes. Elle: couv’ de mag’ bronzée, en nuisette qui colle à la peau, juchée sur des stilettos de parade amoureuse. Lui : en tenue fantasmagorique de plombier style Mario Bros, en blond. L’humanité dans le regard et jusqu’au bout des cheveux (de la moustache) et surtout …de la langue.


Il a à peine fini de nettoyer le collecteur de la douche virtuelle en sifflotant … qu’elle lui saute dessus et lui demande de la baiser. Les clichés sont éclatés, c’est la femme qui réclame son plaisir sans le moindre habillage affectif et c’est le plombier qui refuse et manie le verbe avec une verve éblouissante! Et pourtant il est loin d’en être à son premier coup…et un plombier, cela ne fuit pas !


3806908095.jpgMais le voilà qui fait éclater un autre cliché. Un plombier peut être philosophe, poète et émotif anonyme. C’est elle, la psy, qui veut coucher et c’est lui qui l’accouche. Il acceptera le deal si elle répond à la question métaphysique de « Pourquoi la chose ? Pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant? » Il l’oblige à justifier son désir…et elle tombe dans la relation ! Philippe Blasband (metteur en scène et auteur) nous fait glisser dans l’évidence que personne ne peut faire l’économie de sentiments! Dans toute relation, il y a rencontre humaine, où et quand que ce soit. On n’est pas des lapins! Une simple histoire de cul cela n’existe pas! Woody Allen? Vous avez sûrement une clé!


 « Vous croyez au destin?». Elle dit que Non!  Lui, il croit en la plomberie. « Et cela fait des pères formidables! ». Il la purge de ses peurs, il rêve de Dieu, le plus grand plombier jamais vu, maître de tous les agencements et il veut changer le monde, « C’est notre métier!». Elle est au bord du divorce, en mal d’enfant… Ils finissent par se confier tous leurs échecs. Elle avoue ses subterfuges. Elle redoute le doute vénéneux de son mari qui a empoisonné son existence. Il découvre devant elle la clé de voûte de la condition humaine: être sûr 100% et douter 100% en même temps… Exercice périlleux, nous jouons haut et sans filets!


2552798687.jpgLe public adore cette première  mondiale au Public ! Les spectateurs qui se font face dans la salle comble rient aux éclats à jet continu, devant tant d’esprit venu au plombier… « un homme doué et droit dans ses bottes »(le craquant Charlie Dupont, « Belle comme la femme d’un autre », « Il était une fois une fois »). Devant tant de déploiement de charmes et de révoltes de tigresse chez Tania Garbarski. Une soirée très rafraîchissante avec un couple de scène qui l’est dans la vie. Un vrai conte de fées, dans une mise en scène talentueuse et une mise à nu virevoltante de Philippe Blasband.

Première mondiale

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=361&type=2

Tania Garbarski et Charlie Dupont sont les Invités du Public le samedi 27 septembre 2014 à 18h00.

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BOURASQUE...

La tempête a soufflé, des branches sont tombées

Le ciel à couleur d'ancre, reflet de nos pensées...

Envie de dire : Assez, à tout ce grand fracas

A ce monde insensé où s'éparpillent nos pas!

Besoin d'une page blanche, de quelques chants d'oiseaux

Pour comprendre à nouveau, combien ce monde est Beau...

J.G.

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12273040672?profile=original

 

1 386 109

% du total:

100,00 %

Sessions

1 386 109

1.

Belgium

606 611(43,76 %)

2.

France

570 992(41,19 %)

3.

Canada

40 826(2,95 %)

4.

Morocco

24 720(1,78 %)

5.

Switzerland

15 888(1,15 %)

6.

United States

13 072(0,94 %)

7.

Tunisia

11 413(0,82 %)

8.

Italy

10 729(0,77 %)

9.

Germany

10 183(0,73 %)

10.

Algeria

9 071(0,65 %)

11.

Spain

6 658(0,48 %)

12.

United Kingdom

3 885(0,28 %)

13.

Portugal

3 833(0,28 %)

14.

Luxembourg

3 750(0,27 %)

15.

(not set)

3 465(0,25 %)

16.

Netherlands

2 549(0,18 %)

17.

Romania

2 504(0,18 %)

18.

Réunion

2 162(0,16 %)

19.

Senegal

2 014(0,15 %)

20.

Poland

1 843(0,13 %)

21.

Brazil

1 807(0,13 %)

22.

Hungary

1 684(0,12 %)

23.

Russia

1 652(0,12 %)

24.

Côte d’Ivoire

1 499(0,11 %)

25.

Greece

1 463(0,11 %)

26.

Bulgaria

1 335(0,10 %)

27.

Mexico

1 241(0,09 %)

28.

Israel

1 193(0,09 %)

29.

Lebanon

1 172(0,08 %)

30.

Turkey

1 095(0,08 %)

31.

Argentina

1 026(0,07 %)

32.

Japan

1 024(0,07 %)

33.

Indonesia

1 003(0,07 %)

34.

Guadeloupe

940(0,07 %)

35.

Martinique

773(0,06 %)

36.

China

771(0,06 %)

37.

Serbia

764(0,06 %)

38.

Austria

750(0,05 %)

39.

Egypt

663(0,05 %)

40.

Tanzania

645(0,05 %)

41.

Sweden

643(0,05 %)

42.

Cameroon

626(0,05 %)

43.

Haiti

569(0,04 %)

44.

Colombia

547(0,04 %)

45.

New Caledonia

540(0,04 %)

46.

Czech Republic

526(0,04 %)

47.

Australia

504(0,04 %)

48.

French Polynesia

496(0,04 %)

49.

Ukraine

475(0,03 %)

50.

India

454(0,03 %)

51.

Madagascar

447(0,03 %)

52.

South Korea

427(0,03 %)

53.

Mauritius

421(0,03 %)

54.

Latvia

393(0,03 %)

55.

Vietnam

369(0,03 %)

56.

Chile

352(0,03 %)

57.

Denmark

346(0,02 %)

58.

Iran

328(0,02 %)

59.

Ireland

318(0,02 %)

60.

Congo (DRC)

312(0,02 %)

61.

Croatia

307(0,02 %)

62.

French Guiana

271(0,02 %)

63.

Thailand

268(0,02 %)

64.

Finland

266(0,02 %)

65.

Gabon

266(0,02 %)

66.

Taiwan

246(0,02 %)

67.

Benin

236(0,02 %)

68.

United Arab Emirates

220(0,02 %)

69.

Norway

208(0,02 %)

70.

Burkina Faso

204(0,01 %)

71.

Monaco

202(0,01 %)

72.

Uruguay

192(0,01 %)

73.

Mali

180(0,01 %)

74.

Moldova

174(0,01 %)

75.

Slovakia

172(0,01 %)

76.

Hong Kong

170(0,01 %)

77.

Togo

167(0,01 %)

78.

Saudi Arabia

165(0,01 %)

79.

Dominican Republic

159(0,01 %)

80.

Peru

159(0,01 %)

81.

New Zealand

150(0,01 %)

82.

Azerbaijan

149(0,01 %)

83.

South Africa

144(0,01 %)

84.

Singapore

130(0,01 %)

85.

Venezuela

125(0,01 %)

86.

Ecuador

122(0,01 %)

87.

Slovenia

122(0,01 %)

88.

Malta

118(0,01 %)

89.

Djibouti

114(0,01 %)

90.

Armenia

105(0,01 %)

91.

Congo (Republic)

104(0,01 %)

92.

Georgia

101(0,01 %)

93.

Lithuania

99(0,01 %)

94.

Nigeria

99(0,01 %)

95.

Belarus

96(0,01 %)

96.

Syria

87(0,01 %)

97.

Malaysia

86(0,01 %)

98.

Philippines

82(0,01 %)

99.

Estonia

80(0,01 %)

100.

Mauritania

78(0,01 %)

101.

Ghana

77(0,01 %)

102.

Albania

74(0,01 %)

103.

Costa Rica

63(0,00 %)

104.

Qatar

63(0,00 %)

105.

Rwanda

61(0,00 %)

106.

Bosnia and Herzegovina

60(0,00 %)

107.

Iraq

57(0,00 %)

108.

Andorra

56(0,00 %)

109.

Burundi

54(0,00 %)

110.

Jordan

54(0,00 %)

111.

Montenegro

54(0,00 %)

112.

Mayotte

53(0,00 %)

113.

Macedonia (FYROM)

52(0,00 %)

114.

Pakistan

52(0,00 %)

115.

Cyprus

51(0,00 %)

116.

Angola

50(0,00 %)

117.

Cambodia

46(0,00 %)

118.

Niger

43(0,00 %)

119.

Guinea

42(0,00 %)

120.

Aruba

40(0,00 %)

121.

El Salvador

39(0,00 %)

122.

Panama

38(0,00 %)

123.

Bolivia

37(0,00 %)

124.

Kenya

37(0,00 %)

125.

Paraguay

35(0,00 %)

126.

Kazakhstan

31(0,00 %)

127.

Libya

30(0,00 %)

128.

Iceland

29(0,00 %)

129.

Sri Lanka

27(0,00 %)

130.

Guatemala

25(0,00 %)

131.

Saint Pierre and Miquelon

24(0,00 %)

132.

Kuwait

22(0,00 %)

133.

Laos

21(0,00 %)

134.

Puerto Rico

21(0,00 %)

135.

Palestine

21(0,00 %)

136.

Oman

20(0,00 %)

137.

Uzbekistan

20(0,00 %)

138.

Macau

18(0,00 %)

139.

Mozambique

18(0,00 %)

140.

Ethiopia

17(0,00 %)

141.

Mongolia

17(0,00 %)

142.

Trinidad and Tobago

17(0,00 %)

143.

Cape Verde

16(0,00 %)

144.

Comoros

15(0,00 %)

145.

Uganda

14(0,00 %)

146.

Saint Martin

13(0,00 %)

147.

Sudan

13(0,00 %)

148.

Yemen

11(0,00 %)

149.

Bahrain

10(0,00 %)

150.

Nepal

10(0,00 %)

Le site a donc bénéficié de 1 386 109 visites

Ce tableau fourni par Google analytics ne reprend ici que 150 pays. Il y a eu en tout des visites de 193 pays.visiteurs.

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Que ne ferais-je pas pour mes membres du réseau!

Je viens en effet de refuser l'accès au réseau de princesse love.

Voyez donc plutôt:

12273043459?profile=original

et encore:

12273043856?profile=original

Et ce n'est pas de la censure, comme le prétend l'amant du radiateur du fond de la classe
qui proclame haut (?) et fort qu'il "ne sait pas écrire et qu'alors alors il peint":
c'est de la précaution, c'est-à dire de la modération.
Par mon acte courageux (avouez-le) je vous évite certainement ainsi beaucoup de désagréments.
Cette spameuse avait quand même l'air fort romantique (mais peu diserte face à mes questions).
Regrets éternels de ma part donc de l'avoir stoppée dans ses "élans".
Je vous invite tous à faire d'aussi beaux billets que celui-ci et à donner vos remarques éclairées ici-même.
Sachez toutefois qu'elles seront aussi modérées.

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Grâce accordée à des élus

Rêverie

Je me sens emplie de tendresse,

En regardant la fine pluie.

Elle rafraîchit et caresse

Toutes les fleurs épanouies.

Accueillir enfin, chaque jour

La paix qui réconforte l'être,

Me fait certes vivre à mon tour,

Sans désirs, un calme bien-être.

Privilège, dans la vieillesse,

Accordé à certains élus,

Guéris de la morne tristesse,

Aussi des besoins superflus.

Préservés de la maladie,

Des gens âgés, mais non passifs,

Apprivoisent la fantaisie,

Veulent demeurer créatifs.

L'indépendance rend heureux.

Chacun acquiert des habitudes.

Les échanges sont fructueux,

Aident à trouver des certitudes.

Refaire le plein d'énergie,

Favorise l'intelligence.

Pour rester fort longtemps en vie,

Il faut aider la providence.

11 septembre 2014

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L'été des indiens

Une aquarelle

d'Adyne Gohy

12273049684?profile=original

Inspirée d'une poésie

de Sandra Dulier

L'été indien

L'été indien

installe sa douceur

sous le parasol

des arbres ornés,

eaux et parures 

aux chevelures

en lentes fanées.

Vert de ciel

métamorphose

le pourpre et l'or

en ramure et cime

d'une saison pointillée,

touches du peintre

Aux doigts safranés.

Une feuille glisse

en bruissement 

sur la dalle

du jardin clos

et le sablier emporte

le reste d'écume

d'un soleil rose.

L'été indien

nous  invite

à la rêverie

et à l'Art de Vie.

Un partenariat
Arts
 
12272797098?profile=original

Lettres

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