Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Toutes les publications (16070)

Trier par
administrateur partenariats

Un billet écrit avec le coeur.

En fin d'année scolaire, fleurissent les dessins offerts, les textes écrits au tableau.

Le professeur, surpris par ces hommages spontanés, reçoit avec grâce ces cadeaux souvent maladroits, empreints de pudeur, parfois hésitants dans leur forme, autant de témoignages attendrissants d'élèves reconnaissants pour la patience, l'écoute, la gentillesse dont il a su fait preuve durant l'année.

Certains ados remercient alors que plus que d'autres, ils ont été réprimandés...eh oui, c'est souvent le cas.

La réprimande est aussi un manifestation de l'intérêt que l'on porte à cet enfant, le faire progresser, ne pas ignorer ses difficultés, lui reconnaître des qualités, lui donner une affection parfois inexistante ou mal distribuée à la maison.

C'est cela aussi que le métier d'enseignant, dans les écoles d'élèves faibles, défavorisés, où le quotidien se révèle une difficulté chaque jour renouvelée.

Nous sommes aussi des guides, parfois. Un phare. C'est une tâche délicate, importante, capitale, qui laisse des traces indélébiles.

Sur mon bureau en désordre, un petit papier plié, que je promis de lire plus tard, afin de ne pas la gêner. Je venais de recevoir de ses mains un dessin, et je sais qu'elle a pris le temps de le faire, d'une gamine, fragile, un enfant-proie, dont j'ai flouté le prénom.

Ce texte est maladroit, truffé de fautes, car oui, elle n'a pas réussi ses primaires, et non, elle ne fera pas de hautes études.

Emotion.

Parce qu'elle a écrit.

Elle a dépassé ses faiblesses, oh non, ici, jamais nous ne verrions ce genre d'orthographe, non, nous, nous savons écrire. Enfin, plus ou moins bien, suivant nos aptitudes et ceux qui ne savent pas ou pas bien, publient autre chose ou bien se contentent de lire les beaux textes des autres ou alors, ils admirent les images superbes des artistes du crayon, du pinceau, du maillet, de l'objectif...clic !

Elle a écrit.

Et c'est le plus important pour elle.

12273225693?profile=original

12273226472?profile=original

Je fais un des plus beaux métiers du monde.

Liliane, professeur depuis 36 ans.

Lire la suite...

Au Rythme des Marées

une aquarelle d'Adyne Gohy

12273224675?profile=original

a inspiré

Le Passage du Gois

Un poème de Raymond Martin

 

 

Paisible, envoûtante, lunaire ou terrestre au gré des saisons et marées, cette étendue

Sauvageonne attirant  le quidam en quête d’un trésor aquatique et burlesque, anoblit

Ce paysage mythique vaseux et sableux, reliant ou déliant l’île d’Her  de jadis au continent.

 

Flanqué d’un râteau au bout d’un bras hésitant, orné d’un seau couleur d’un bleu des mers du sud, un être penché aux pas incertains, zigzague sur le sable enchevêtré d’algues, surprises par la fuite de la mer au loin vers l’océan.

 

Ce n’est pas l’or du Rhin qu’il désire, non, c’est celui d’un haut-fond fertile à son heure.

Breton un jour, Poitevin un autre, mystère des alliances, cet espace paisible parfois dangereux,

Offre à l’indécis d’un jour son lot de trésors, l’or du Gois.

 

Repues de plancton et grassouillettes, les palourdes, la coquille béante,  se retrouvent en un instant

Au fond d’un bleu des mers du sud. Flotte dans l’air, déjà, un fumet de sauce marinière.

Les coques ensablées pour quelques instants ressentent les dents ajourées des râteaux empressés.

 

Dépourvues de perles, ces perles océaniques,  les huîtres, s’offrent aussi au gratouilleur d’occasion

Pour  parachever cette course aux trésors, avant que la marée ne remonte.

  de courants marins, passage du Gois, tu es passage, et pour des millénaires encore.

 

Raymond  Martin

 

Mars 2015

 

D’après  une aquarelle de : Adyne  Gohy 

 

 

Lire la suite...

Les roches 4/4 : LAVE & CHARBON

Merci de me confier vos avis sur cette série de 4 poèmes.

La puissance du feu a œuvré dans la Terre

Qui a sursauté, éructé, craché et vomi

Tout son saoul pour élever les longs flancs arides

Des volcans de Sicile, de France, d’Islande, de Grèce...

Parfois coiffés de fumées et brumes épaisses

Leurs laves sombres arrangées en dures rides

Figent la montagne comme un froid tsunami

Image des temps de jeunesse de la Terre.

Une autre force du feu dort en profondeur.

Souvenir du déluge de vie végétale :

Le charbon (la houille), la lignite et l’anthracite

Forment des masses colossales, bien protégées.

L’humain sut les exploiter à s’en faire piéger,

Rapportant à l’air ce que les temps de jadis

Avaient caché, ces géants aux forces fatales,

Croyant en son bonheur, mais creusant son malheur.

Lire la suite...

Les roches 3/4 : ARGILE

Merci de me confier vos avis sur cette série de 4 poèmes

Qu’elle soit très pâteuse ou sèche à craqueler

Qu’elle soit figée ou bien prête à modeler

On la triture, la cuit : cette roche est facile !

Finalement c’est une roche assez docile.

Elle apprécie l’eau qui l’emporte dans son flot,

La dépose, la reprend, l’entrepose : c’est son lot.

Elle est une indomptable passagère des crues

Et quand elle fait masse toute chose elle obstrue,

Colmatant la terre, les racines elle englue,

Les étouffe, les limite, aspirant leur peu d’eau

Quand celle du ciel généreux lui fait défaut.

Quand elle se dépose avec parcimonie,

Elle devient riche et nourricière : une amie !

On lui reconnaît aussi une autre noblesse

Quand elle peut soigner la peau qu’elle caresse.

Elle qui est née des schistes, des micas, des gneiss.

Des nuances de gris, rouge, vert au blanc palot

Elle avive la couleur des fresques avec l’eau.

Informe elle s’offre à toutes formes mobiles.

Simple et tolérante, elle est comme ça, l’argile

Se prêtant au jeu de qui peut la bousculer,

Conservant la forme selon son modelée.

Lire la suite...

Les roches 2/4 : CALCAIRE

Merci de me faire part de votre avis sur cette série de 4 poèmes.

Escaliers de géants, descendant des plateaux

À l’herbe sèche et rase, abandonnés des eaux,

Ou prairies entaillées de roches d’un gris blanc

Travaillées par les pluies qui sont bues dans l’instant,

Channel passant entre les géants qui le gardent,

(Falaises de Douvres et Calais qui se regardent),

Grands plateaux crayeux où méandrent les rivières

(Myriades de squelettes, tassés au fil des ères),

Steppe de la Crau, plaine de Salisbury

La Dobroudja qui au bord de la Mer Noire rit,

Et les karsts de Slovénie, de Croatie

Ciselés de grottes, de failles, de pics aussi ;

Et le jardin du Rhône qui met face à face

En ordonnant leurs zones par des tranches d’espace

Les maquis de silice, les garrigues calcaires.

Et calcite, aragonite, …, marbres de la Terre.

Terres sèches, dures et sévères le plus souvent,

Les zones calcaires savent souffrir sous les vents,

Patienter pour les pluies, ainsi que geler, cuire,

Mais elles offrent leur roche tendre pour bâtir.

Lire la suite...

Les roches 1/4 : GRANIT

Merci de me faire part de votre avis sur cette série de 4 poèmes.

Beaux sommets élancées, à-pics majestueux

Vertiges effrayants, glaciers aux reflets bleus

Vous bassinez dans la cristalline lumière

Vos granits des hautes montagnes aiguillères.

L’eau coule sur vos flancs jusqu’en-bas des vallées

Dessinant ses cascades en traits étoilés,

Buvant à souhait la pureté de votre air,

S’infiltrant dans vos failles vers le cœur de la Terre.

Vieille roche usée du massif armoricain

De la Forêt noire ou du massif bohémien

C’est encor toi, granit, qui soutient les campagnes

Aux collines masquées de forêts de cocagne.

L’air s’imprègne des lumières de tes cristaux

Quartz, micas, feldspaths agglutinés en chaos,

Imageant la ligne, la surface et le volume

En une unité symbolique et peu commune.

Tes feldspaths variés nourrissent nos prairies ;

Ta silice fait le sable et nos verreries ;

Ton micas offre l’argile et nos céramiques ;

Ta tripartition fait de toi un être unique :

Ton quartz évoque le beau monde de la fleur ;

Ton micas tient de la feuille et de sa minceur

Tes feldspaths collaborent avec les racines.

S’il manque le fruit, pourquoi pas la tourmaline ?

Lire la suite...

LA NUIT...

La nuit est une amie, douce et compréhensive

Elle veille à nous donner les heures les plus exquises...

Et nous sommes fort ingrats poussés par le sommeil

D'oublier ses appâts et nos sens en éveil!

Magnanime, elle prépare des rêves en pagaille

Car on y fait bombance et même parfois ripailles!

C'est qu'elle nous veut vaillants, pour pouvoir nous bercer

Elle nous vole les heures mais nous offre des baisers...

J.G.

Lire la suite...

Nouveau premier jour de juin

Songerie

Le premier jour d'un nouveau mois!
Mai terminé, juin commence.
Se continue mon existence,
Moins exaltants sont mes émois.

.

Souvent, je me plais à rêver
Ou médite en état d'attente.
Ma sérénité me contente
Or d'envies ne veux me priver.

Suis médusée par l'énergie.
Des changements insoupçonnables,
Qui resteront irréparables, 
Après avoir brisé des vies.

Parfois, une chance inouïe
Sauve des êtres à la dérive;
Sur une confortable rive
Les fait reposer éblouis.

Ailleurs agit la perfidie
D'une infernale cruauté
Qui prive de leur volonté
Des humains paraissant maudits.

Ces constats sont indéniables,
Pourraient faire douter de tout,
De la vie dégrader le goût. 
Les occulter est préférable.

Me semble doux et salutaire
L'oubli que crée la providence.
Il fait que cessent la souffrance
Et une pénible colère.

Subsiste pourtant la tendresse
Envers les aimés que la mort
A fait couler loin de tout port.
Ne s'efface pas leur adresse.

Le ciel en l'instant m'émerveille.
Des tonnes de neige éclairée
Restent figées dans la durée.
Mon être, en entier s'ensoleille.

Ier juin 2017

Lire la suite...

Un chant

La pluie tombechute rectilignegoutte-à-gouttemonotoneun peu tristel'expression d'une lassitudeet puisde ma fenêtreje t'ai vutu accourais vers moien ce soir clapotantet la pluie s'est mise à chanter(Martine Rouhart)
Lire la suite...

T'écrirais-je une villanellle?


T'écrirais-je une villanelle
Moi qui, jamais, n'en avais lu ?
Une petite ritournelle,
Quelques mots tendres, rien de plus ?

Une vaillante villanelle

Doux ami, mon âme sommeille.
Perdus mon allant, mes espoirs,
Lors ton souvenir me réveille.

Ton rayonnement m'ensoleille
Cependant, au retour du soir,
Doux ami, mon âme sommeille.

Bien rarement ne m'émerveille,
Indifférente à recevoir,
Lors ton souvenir me réveille.

La vie se répète pareille,
Sans me ravir ni décevoir.
Doux ami, mon âme sommeille.

Sur les roses quelques abeilles
Resteront collées jusqu'au soir,
Lors, ton souvenir me réveille.

Broderies sur la soie vermeille,
La beauté engendre l'espoir.
Doux ami, mon âme sommeille,
Lors ton souvenir me réveille.

19/9/2003

Lire la suite...

Le cellier ( 5 )

Et voilà les boules qui continuent, vertes, rouges, bleues, comme si elles facilitaient l’appétit ! Et cet enclos de bois perché en hauteur qui se refermait avec une trappe d’où je ne pouvais m’échapper, condamné à boire et à manger : une chaise à bébé. A cinq ans,comme je suis petit et peu gros ma mère m’y engouffre quand même et je lui fais comprendre en me tortillant que le temps est venu de me laisser courir seul et qu’elle n’avait pas de crainte à avoir. Ah les mamans, ce quelles sont peureuses et précautionneuses avec leurs bavoirs et leurs recommandations ! Je suis placé près du cellier, ainsi quand elle descend elle peut jeter un oeil vers le haut et s’assurer que je ne me sauve pas. Elle sait que je fais tout pour sortir de cette mangeoire-prison. Je ne suis pas un cheval attaché à l’écurie mais je rue gentiment et j’aimerais aller au cellier voir ce qu’elle y fait. Et puis je l’avoue je n’aimerais pas qu’on lui fît du mal. L’ombre sombre, les histoires de chevaliers avec des épées, pour peu qu’il y en ait un caché sous les marches de l’escalier, les pas gravés dessus, iraient-ils encore se cacher là ? Alors j’ai brutalement une peur qui me vient. Enfermé dans ma geôle, près des douves du château, je ne perçois aucun bruit, aucun froissement, que fait-elle ? Je me penche pour scruter le trou sombre où rien ne bouge. Soudain l ‘édifice où je perche tout en hauteur bascule et je suis projeté comme un boulet par une catapulte. J’atterris la tête en avant sur la terre. Je ne vois rien, ne devine rien, pas de soldats mais l’odeur moite et froide du sol. J’entends crier très fort. Des nuages lumineux me viennent à la tête et je ne sens rien qui me fasse mal, au contraire, c’est comme une histoire avant de s’endormir. Pendant la chute j’ai eu peur, mes yeux sont devenus gros. Maintenant je vois ma mère tout près, pourtant il fait noir ici. Elle me prend dans ses bras, son visage est mouillé, elle mouille le mien et crie du fond de ce trou que je n’irai plus jamais dans la chaise à manger. A cet instant je suis content en espérant que pour me débarrasser du bavoir ce serait moins douloureux.

Lire la suite...

L'aveu

L'aveu

Vous ai-je dit un jour ami, que je vous aime?
C'était souvenez-vous, sous la pluie à Paris.
Vous sembliez ému et tellement surpris.
Quarante années de plus et cependant nous-mêmes.

C'était souvenez-vous, sous la pluie à Paris.
Après l'étonnement, votre joie fut extrême.
Quarante années de plus et cependant nous-mêmes.
Notre amour de la vie n'était pas amoindri.

Après l'étonnement, votre joie fut extrême.
Nous avions bavardé mais surtout beaucoup ri.
Notre amour de la vie n'était pas amoindri.
Je vous ai dit combien, de toujours je vous aime.

Nous avions bavardé mais surtout beaucoup ri.
Un hasard provoqué comme un défi suprême.
Je vous ai dit combien, de toujours je vous aime.
Nous marchions en chantant dans les rues de Paris.

23 janvier 2007

Lire la suite...

Le Paradis ( 4 )

A la baronnie d’ Emblise il n’y avait pas d’eau courante mais un puits et une pompe à main. J’aimais l’actionner. Il fallait attendre le glou-glou avant que le jet magique d’une pureté absolue n’entre en contact avec le monde terrestre. Non loin, les écuries intactes gardaient de lourdes mangeoires en pierre qui avaient servi à ravitailler les chevaux. Il me semblait entendre des hennissements et des piétinements à chaque fois que je passais la lourde porte. Mais pas de peurs, ni du noir, ni des recoins aux toiles d’araignées géantes comme s’étant nourries pendant des siècles, ni de ces voix venues d’un autre âge. Tout semblait vivre comme à l’époque quand les seigneurs avaient déserté l’endroit ; ils avaient dû croiser le fer âprement avant de quitter leur domaine et ce paradis niché au sein d’une forêt protectrice. Il y avait des terres autour. Quand arrivait le printemps des agriculteurs qui en avaient l’usage se mettaient au travail et préparaient la terre. Ils y plantaient betteraves et pommes de terre. Une fois leur récolte faite, avec ma mère nous allions glaner les fruits restants que nous stockions avec précaution au cellier. Ce dernier se trouvait sous la cuisine et le sol était en terre battue. Les trois lourdes marches de l’escalier qui y menaient portaient la marque des chaussures du passé car la terre argileuse en avait façonné les traces. Je marchais sur les pas de Gautier et de Godefroid et il me semblait entendre parfois le bruit d’une armure ! Il fallait en effet penser aux provisions pour l’hiver. Quand la neige recouvrait le chemin, certains hivers nous isolaient complètement. Le blanc paysage était alors féerique. Je dormais sous la croisée. La cheminée crépitait de ses derniers feux, envoyant par intermittence ses lueurs dormantes quand un hibou familier venait prendre une place devenue quotidienne sur le rebord, comme envoûté par leurs incandescentes rougeurs.

Lire la suite...

En fin de mon vieillissement

Soliloque

Les choix s'offrant à moi dans mon oisiveté
Sont plus ou moins tentants et certes limités.
Diminue l'énergie qui me maintient active;
Je demeure en éveil, de longs moments, passive.

La vue de la beauté m'apporte de la joie.
Je la prends en photo, s'il se peut, chaque fois.
Elle brille lovée en de flottants nuages.
Lors, j'accueille des mots dont sortent des images.

 

Malgré tous les effets de mon vieillissement,
Qui me fait régresser très progressivement,
Si je me sens troublée ou bien admirative,
Sans faire aucun effort, redeviens créative.

Méditer me permet de rester exigeante.
J'aime aussi écouter ma mémoire qui chante.
Je sens que le besoin d'aimer en moi persiste,

Ne peux m'imaginer flouée sur une piste.

27 mai 2017

Lire la suite...
administrateur littératures

Il nous faut l'admettre car c'est indéniable:

Nos Arts inspirent; nos Lettres sont porteuses

De beau, de pur, de vérité, d'incroyable,

Passion et créativité fabuleuse!

Des artistes débordant d'imagination!

Des acteurs jouant sur scène avec ferveur!

Des écrivains non dénués d'inspiration!

Nous transmettons joies et plaisirs avec bonheur!

Ne pourrions-nous point révéler non sans fierté

Que nous sommes inspirés et dynamiques?

Notre patrimoine garant de qualité

Et de créations aux effets bénéfiques!

La puissance des mots, le pouvoir des pinceaux,

La portée de notre jeu et de nos voix,

Soyons heureux, bénis car c'est dès le berceau

Que nous portons nos Arts et Lettres avec foi!

Lire la suite...

Petit vertige

Les yeux pleins de rireje prends des chemins de traverseà demi-effacéssans savoir où ils mènentmes pensées prennent le largecomme des ballons qu'on lâcheje vais d'étonnement en étonnementet donne des ailes à toutes choseset puis je me couchedans le silence des arbresessoufflée de mes petites joies(martine rouhart)
Lire la suite...

La maison ( 3 )

“Mais où allons-nous ? ” entendais-je ma mère qui me paraissait s’inquiéter. La camionnette s’était en effet engagée sur un chemin de terre et avait brusquement quitté la grand-route. Les phares balayaient une nature qui n’avait pas l’air de recevoir souvent de visites. Les arbres sous les lumières saccadées paraissaient des géants de carnaval. Dans la nuit noire ils me prenaient dans leurs bras ou je leur prenais la main et nous partions en courant en faisant des bonds jusque dans les nuages. Ils étaient joyeux, c’étaient de bons camarades. Ils le resteraient toujours, j’en étais sûr. Le chemin semblait interminable. La camionnette plongeait dans les ornières ou partait à gauche ou à droite quand les trous étaient trop profonds ce qui nous secouait sacrement ! Voilà le bout du chemin : une maisonnette de garde forestier à belle allure de petit château transformé pour la fonction.Ce qui me frappait en premier c’étaient les fenêtres : rondes dont une croix divisait en quatre leurs vitres. Perdue au milieu de la forêt, de la nuit noire, cette résurgence de l’histoire au silence assommant baignait sous la lumière de la pleine lune. La lune serait désormais le réverbère naturel de ce petit château ! Ma mère s’est effondrée. Peut-être qu’elle regrettait d’avoir choisi ici sa nouvelle vie. Je comprenais à cinq ans qu’il ne fallait pas se tromper, que si l’on se trompait on aurait du chagrin. Moi je n’étais pas sur le coup d’une erreur puisque mes parents décidaient pour moi. J’étais heureux. Je les trouvais originaux. Nous étions seuls ici, personne autour et je me sentais riche de cette solitude. Les gens riches, je le saurai plus tard, sont des gens seuls. Cet endroit avait un nom : La baronnie d’ Emblise, près de la frontière franco-belge. Ce nom signifie ” bois du château ” ou ” bois de la forteresse entourés de marais ” ou ” hameau entouré d’eau “. Il n’y avait plus de marais. Nous étions sur les terres ancestrales des seigneurs d’ Emblise, de Gobert prince de ligne et du Saint Empire, foulées par Julienne de Looz, Gauthier II, Godefroid III d’ Aspremont. J’en inspirai leur mémoire mais je me faufilerai surtout dans les buissons et guetterai en silence la vie secrète des oiseaux et des lièvres qui avaient survécu à leurs flèches !

Lire la suite...
"La beauté est le mystère suprême d'ici-bas."
"La beauté est le mystère suprême d'ici-bas."
"La beauté est le mystère suprême d'ici-bas."
"La beauté est le mystère suprême d'ici-bas."

"Par une disposition éternelle de la Providence, tout ce qu'un homme produit en tout domaine quand l'esprit de justice et de vérité le maîtrise est revêtu de l'éclat de la beauté.

La beauté est le mystère suprême d'ici-bas. C'est un éclat qui sollicite l'attention, mais ne lui fournit aucun mobile pour durer. La beauté promet toujours et ne donne jamais rien ; elle suscite une faim mais il n'y a rien en elle de nourriture pour la partie de l'âme qui essaie ici-bas de se rassasier ; elle n'a de nourriture que pour la partie de l'âme qui regarde. Elle suscite le désir, et elle fait sentir clairement qu'il n'y a en elle rien à désirer, car on tient avant tout à ce que rien d'elle ne change. Si on ne cherche pas d'expédients pour sortir du tourment délicieux qu'elle inflige, le désir peu à peu se transforme en amour, et il se forme un germe de la faculté d'attention gratuite et pure.

Autant le malheur est hideux, autant l'expression vraie du malheur est souverainement belle. On peut donner comme exemples, même dans les siècles récents, Phèdre, L'Ecole des femmes, Lear, les poèmes de Villon, mais bien plus encore les tragédies d'Eschyle et Sophocle ; et bien plus encore l'Illiade, le Livre de Job, certains poèmes populaires ; et bien plus encore les récits de la Passion dans les Evangiles. L'éclat de la beauté est répandu sur le malheur par la lumière de l'esprit de justice et d'amour, qui seul permet à une pensée humaine de regarder et de reproduire le malheur tel qu'il est.

Toutes les fois aussi qu'un fragment de vérité inexprimable passe dans des mots qui, sans pouvoir contenir la vérité qui les a inspirés, ont avec elle une correspondance si parfaite par leur arrangement qu'ils fournissent un support à tout esprit désireux de la retrouver, toutes les fois qu'il en est ainsi, un éclat de beauté est répandu sur les mots.

Tout ce qui procède de l'amour pur est illuminé par l'éclat de la beauté.

La beauté est sensible, quoique très confusément et mélangée à beaucoup de fausses imitations, à l'intérieur de la cellule où toute pensée humaine est d'abord emprisonnée. La vérité et la justice à la langue coupée ne peuvent espérer aucun autre secours que le sien. Elle n'a pas non plus de langage ; elle ne parle pas ; elle ne dit rien. Mais elle a une voix pour appeler. Elle appelle et montre la justice et la vérité qui sont sans voix. Comme un chien aboie pour faire venir les gens auprès de son maître qui gît inanimé dans la neige.

Justice, vérité, beauté sont soeurs et alliées. Avec trois mots si beaux il n'est pas besoin d'en chercher d'autres."

(Simone Weil, La personne et le sacré, Londres, 1943, Editions Payot&Rivages, Paris, 2017, p.74-76)

Lire la suite...
RSS
M'envoyer un mail lorsqu'il y a de nouveaux éléments –

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles