En fin d'année scolaire, fleurissent les dessins offerts, les textes écrits au tableau.
Le professeur, surpris par ces hommages spontanés, reçoit avec grâce ces cadeaux souvent maladroits, empreints de pudeur, parfois hésitants dans leur forme, autant de témoignages attendrissants d'élèves reconnaissants pour la patience, l'écoute, la gentillesse dont il a su fait preuve durant l'année.
Certains ados remercient alors que plus que d'autres, ils ont été réprimandés...eh oui, c'est souvent le cas.
La réprimande est aussi un manifestation de l'intérêt que l'on porte à cet enfant, le faire progresser, ne pas ignorer ses difficultés, lui reconnaître des qualités, lui donner une affection parfois inexistante ou mal distribuée à la maison.
C'est cela aussi que le métier d'enseignant, dans les écoles d'élèves faibles, défavorisés, où le quotidien se révèle une difficulté chaque jour renouvelée.
Nous sommes aussi des guides, parfois. Un phare. C'est une tâche délicate, importante, capitale, qui laisse des traces indélébiles.
Sur mon bureau en désordre, un petit papier plié, que je promis de lire plus tard, afin de ne pas la gêner. Je venais de recevoir de ses mains un dessin, et je sais qu'elle a pris le temps de le faire, d'une gamine, fragile, un enfant-proie, dont j'ai flouté le prénom.
Ce texte est maladroit, truffé de fautes, car oui, elle n'a pas réussi ses primaires, et non, elle ne fera pas de hautes études.
Emotion.
Parce qu'elle a écrit.
Elle a dépassé ses faiblesses, oh non, ici, jamais nous ne verrions ce genre d'orthographe, non, nous, nous savons écrire. Enfin, plus ou moins bien, suivant nos aptitudes et ceux qui ne savent pas ou pas bien, publient autre chose ou bien se contentent de lire les beaux textes des autres ou alors, ils admirent les images superbes des artistes du crayon, du pinceau, du maillet, de l'objectif...clic !
Elle a écrit.
Et c'est le plus important pour elle.
Je fais un des plus beaux métiers du monde.
Liliane, professeur depuis 36 ans.



